Note de l'auteur : Surprise ! Vous ne vous attendiez probablement pas à un nouveau chapitre si tôt ! Mais aujourd'hui c'est mon anniversaire du coup je suis de super bonne humeur et j'ai décidé que vous méritez des cadeaux aussi ! Ca et j'ai vraiment envie de finir Happy Ends avant la fin de l'été. Donc voici un nouveau chapitre, ce sera le dernier POV Leighton. Enjoy !
Point de vue Leighton Davis :
Je ne retiens pas les élèves quand ils partent, pourquoi le ferais-je ? C'est leur dernier jour avant les vacances de Pâques et ils sont pressés de faire leurs valises. A quoi bon leur donner des devoirs qui leur serviraient très probablement pour leurs exams ? Je suis trop fatiguée pour m'en soucier.
Les vacances, ça veut dire deux semaines ininterrompues avec James. Ça veut aussi dire deux semaines sans aucune nouvelle de Casey. Contrairement à ce que j'aurais pensé, ça ne fait rien pour me soulager. Ici, même si on ne se parle pas, j'ai toujours des moyens de voir comment elle va, ou au moins de savoir qu'elle est toujours en vie.
Parce qu'elle a recommencé, je le sais, je n'ai pas besoin de la voir se planter une seringue dans le bras. Son attitude est une preuve suffisante et je ne vais même plus prétendre que mon inquiétude est juste un signe de ma compassion pour l'humanité, non je l'admets, je suis inquiète. Plus inquiète que je ne l'ai été depuis très longtemps.
Ses raisons ont changé, avant quand elle se droguait c'était parce qu'elle était en colère ou juste qu'elle s'ennuyait mais maintenant…
Et je sais que ce n'est pas mon rôle de la fliquer. Elle est assez grande pour savoir ce qu'elle fait même si ce qu'elle fait est autodestructeur et généralement stupide et que si elle continue comme ça elle risque de se faire virer. Je ne sais pas comment elle a réussi à détourner les tests anti-drogue pour l'instant mais son astuce ne peut pas durer indéfiniment et on va bientôt arriver au point où la directrice n'aura plus besoin de test pour comprendre que Casey a rechuté.
Mais qu'est-ce que je peux faire ? Vu l'état de notre relation je doute d'avoir un mot à dire sur ce qu'elle fait, elle serait capable de doubler la dose juste pour me contrarier et je n'aime pas me sentir responsable de la quantité de drogue qu'elle prend.
Et j'essaie de ne pas être dérangée par la rapidité à laquelle elle a replongé, en tout objectivité c'était prévisible, d'autant plus qu'elle n'a pas suivi de programme de désintox, elle s'est juste levée un beau matin et a décidé d'arrêter. Ça n'avait aucune chance de marcher sur le long terme.
Je secoue la tête, il faut que j'arrête de penser à ça, que j'arrête de penser à elle. Casey est adulte, elle est responsable des décisions qu'elle prend, aussi mauvaises soient-elles !
Alors je rentre dans ma chambre et fais ma valise. James vient me chercher ce soir pour m'éviter de prendre le Poudlard Express.
Il arrive, un sourire excité aux lèvres.
- J'ai une surprise pour toi !
J'essaie sincèrement d'être enthousiaste et il doit y croire mais aucun papillon ne s'agite dans mon ventre. Je reporte mon attention sur ma valise, prétendant avoir oublié quelque chose pour qu'il ne puisse pas voir mon visage. SI je n'arrive plus à me convaincre que je suis heureuse, combien de temps lui faudra-t-il pour s'en rendre compte ?
Il continue. Il n'a jamais su faire durer le suspense.
- Alors, ce soir, nuit dans un hôtel quatre étoiles ! Puis demain je nous ai dégoté une table pour deux à ce restaurant dont tu n'arrêtes pas de me parler ! Et enfin dix jours de relaxation dans un spa en Suisse. Qu'est-ce que tu en dis ?
Je lève les yeux et fausse un sourire, il le mérite avec tout le mal qu'il se donne pour me faire plaisir.
- Ça m'a l'air absolument génial.
Il fronce les sourcils.
- Tu es sûre ? Tu n'as pas l'air très enthousiaste. SI tu veux, je peux annuler la réservation et en prendre une autre dans un autre restaurant ? Ils ne refus…
- Non, non James c'est vraiment parfait, je suis désolée, je suis juste un peu… fatiguée, mais demain je serai en pleine forme !
Ça a l'air de le rassurer, j'aimerais juste que mes mensonges marchent aussi sur moi.
La nuit à l'hôtel ne fait rien pour me reposer, mais ce n'est pas surprenant, je pense que toutes les suites du monde ne pourraient pas m'apporter une nuit de sommeil réparatrice.
À chaque fois que James me regarde une vague de culpabilité m'envahit et je ne sais même pas pourquoi je me sens coupable. J'ai tellement de raisons que c'est dur d'en choisir une.
Le lendemain, après une matinée passée dans la salle de bain pour l'éviter le plus longtemps possible, on reprend la route.
James s'arrête devant une vielle bâtisse et je fronce les sourcils, surprise, ça ne ressemble définitivement pas à un restaurant cinq étoiles.
Je reconnais la maison qu'ils appellent le Terrier et je suis nerveuse, même lorsqu'on était toujours ensemble James m'emmenait rarement chez des membres de sa famille, encore moins ses grands-parents qui semblent être leur pierre angulaire. Pour être honnête, une part de moi a toujours été soulagée d'éviter les présentations officielles mais il se tourne vers moi avec un sourire contenant à peine son agitation et je sais déjà ce qu'il va dire.
- J'ai besoin de récupérer quelque chose à l'intérieur, ça te dérange si on rentre cinq minutes ?
Je veux répondre non, cette maison a l'air de pouvoir s'écrouler à tout moment et ce n'est pas vraiment le genre de standards auxquels je suis habituée. Traitez-moi de fille superficielle mais je ne comprends même pas pourquoi ils ont toujours ce taudis, ils sont riches ! Ou en tout cas ils ont les moyens de s'acheter quelque chose d'un peu plus…convenable. Mais je force un sourire et hoche la tête parce que ça semble être important pour lui et je dois me tenir à ma résolution de faire des efforts pour que notre relation marche cette fois.
Quand on rentre, il y a plus de monde que ce à quoi je m'attendais et je regrette ma décision de ne pas avoir attendu dans la voiture quand James quitte mes côtés pour aller parler à son père et que sa grand-mère Molly vient m'accueillir. Cette femme m'a toujours intimidée, et le fait qu'elle me déteste ne fait rien pour arranger les choses. Mais je souris, un sourire tellement forcé que mes joues finissent par me faire mal, et réponds poliment à toutes ses questions aussi déplacées soient-elles.
Oui je veux des enfants, non je ne prévois pas d'arrêter de travailler. Je n'ai pas d'opinion sur les contrats de mariage pour l'instant parce que ce n'est vraiment pas d'actualité.
Je suis presque soulagée quand Molly se retire à l'approche de Fleur, jusqu'à ce que celle-ci débute la conversation par le seul sujet auquel je tente désespérément d'éviter de penser.
- Est-ce que tu as des nouvelles de Casey ces derniers temps ?
Le nœud constamment présent dans mon estomac se resserre.
- Comment ça ? Vous ne savez pas comment elle va ?
Elle semble interloquée et je me rends compte que j'ai probablement été un peu trop brusque mais le fait qu'elle n'ait toujours pas répondu à ma question me stresse trop pour que je ressente le besoin de m'excuser.
- Non… Elle m'évite depuis quelque temps.
L'air reste coincé dans ma gorge. SI Casey commence à s'isoler, ça ne peut être que mauvais signe, un très mauvais signe. Mais j'essaie de me calmer, de rationaliser, peut-être que ça n'a rien à voir avec notre situation, ou avec la drogue, peut-être qu'elle l'évite juste parce qu'elle en a eu marre d'avoir une tante attentionnée. C'est quelque chose qu'elle est susceptible de faire si elle se sent submergée. Alors j'expire tant bien que mal.
- Pourquoi la cherchiez-vous ?
Elle frotte son estomac déjà bien arrondi et je serais probablement attendrie si les femmes enceintes ou tout ce qui a à voir avec les enfants en bas âge ne me révulsait pas.
- Je voulais lui demander d'être la marraine de Gabrielle.
Je fronce les sourcils, porte mon regard sur son ventre gonflé puis sur son visage.
- Gabrielle ?
Elle soutient mon regard, mais je peux percevoir une nuance de doute dans ses yeux.
- Oui… Je me suis dit que ça serait un hommage et en même temps une manière de réparer les ponts entre Casey et moi.
Ça ne m'a pas l'air d'une bonne idée et annoncer quelque chose comme ça à Casey alors qu'elle est si instable est ce que je qualifierais d'incroyablement stupide! Casey n'aime même pas les enfants.
- Vous lui avez mentionné ?
Elle hoche la tête.
- Je lui ai écrit une lettre il y a quelques semaines mais elle ne m'a toujours pas fait parvenir sa réponse.
Il ne faut pas être un génie pour comprendre sa raison ! Non mais sérieusement, est-ce que les hormones de grossesse lui ont fait perdre la tête ?
Mais je respire et m'abstiens de commenter l'imbécillité de son initiative en faussant un sourire.
- Si vous voulez bien m'excuser, il faut que j'aille retrouver James.
Je m'éloigne et essaie de me frayer un chemin au travers du rassemblement de plus en plus important de Weasley. Apparemment, on a débarqué dans une sorte de réunion familiale annuelle et j'espère que ce n'est pas la surprise dont parlait James, je ne suis vraiment pas d'humeur à faire bonne figure toute la journée pour ne pas laisser une mauvaise impression.
Un fois assez loin je peux enfin respirer, tout ce monde, cette familiarité ça m'étouffe. Et quand je m'aperçois que quelqu'un occupe déjà le banc que je convoitais je me rends compte que je ne suis peut-être pas la seule.
- Je peux me joindre à toi ?
Rose sursaute au son de ma voix, je suis presque certaine que mon arrivée l'a perturbée et je ne la blâme pas, moi aussi ça me semblerait bizarre de voir ma prof débarquer à une journée familiale. Elle finit par hocher la tête et je m'installe à ses côtés, faisant attention à ne pas m'assoir sur sa robe, qui aurait cru qu'elle a si bon goût ? Le banc est trop petit pour nous laisser assez d'espace mais le jardin ne m'a pas l'air assez bien entretenu pour vouloir m'y aventurer alors je m'en contente et profite du silence.
James finira bien par me trouver.
S'il me cherche ! Il a l'air de bien s'amuser avec ses cousins ou oncles ou neveux, peu importe ! Au moins avec Casey je n'avais pas ce problème, elle est quasiment orpheline. Mais je ne dois pas penser à ça ! En fait, je dois arrêter de penser tout court.
- Réunion familiale ?
Elle hoche la tête et ajoute :
- On fait ça une fois par an pour ne pas perdre de vue la famille éloignée. Et ce soir on se retrouve chez tante Fleur avec la famille proche pour faire le point.
Sachant que sa famille proche compte au moins une trentaine de personnes je n'ai jamais été aussi heureuse de ne pas avoir une grande famille. Je lui suis reconnaissante quand elle continue la conversation, c'est une distraction comme une autre.
- D'ailleurs Thalia est là quelque part. Lily est en train de la présenter officiellement.
La grimace qu'elle fait quand elle prononce son nom laisse entendre qu'elle n'en est pas ravie. Je grimace aussi mais seulement parce que je suis un peu vexée qu'en quatre ans James ne l'ait jamais fait alors qu'il n'a fallu que, quoi ? Un an ? à sa sœur pour faire. Et okay je ne suis pas une fan de sa famille, mais c'est l'intention qui compte, non ?
En scannant la foule, je peux effectivement voir Thalia aux côtés de Lily, elle sourit à ses interlocuteurs et a l'air sincèrement intéressée par ce qu'ils lui racontent. Je ne sais pas comment elle fait pour s'intégrer aussi bien, le nom Malfoy devrait être un obstacle en soi mais apparemment Thalia est assez confiante pour ne pas se laisser intimider par tous les préjugés qu'ils peuvent avoir à son sujet. Et je suppose que sa copine ne s'éloignant jamais à plus d'un mètre doit aussi aider.
Je sais que je devrais me lever et aller lui dire bonjour, histoire de la féliciter pour son récent coming out, ça fait tellement longtemps qu'on ne sait pas vu, si on met de côté ma salle de classe. Mais je ne suis vraiment pas d'humeur à retourner dans la foule et elle semble aller bien alors je ne bouge pas, contente de rester sur le banc de touche pour une fois.
Mais je suis curieuse.
- Pourquoi n'es-tu pas avec elles ?
Rose fixe ses mains qui reposent sur ses genoux. Je n'arrive pas à discerner si elle est gênée ou énervée.
- Hmm, Thalia et moi avons eu un différend il y a quelque temps et je préfère éviter une autre altercation.
Ça me semble raisonnable, même si Thalia est la fille la plus adorable qui existe. Son côté Malfoy tend à ressortir quand elle en veut à quelqu'un et… disons juste qu'elle n'est pas à Serpentard pour rien. Cependant, il n'y a que très peu de raison qui peuvent la mettre assez en colère pour qu'elle ressente le besoin de se montrer rancunière.
- Est-ce que ça a un rapport avec Alexia ?
Je ne suis pas aveugle. J'ai remarqué que Rose et Alexia ne se parlent plus depuis quelques semaines, et bizarrement ce timing coïncide avec la baisse d'assiduité de Rose, ce qui n'est jamais arrivé auparavant, genre jamais, pas une seule fois de toute l'année scolaire. Et à l'opposé, Alex s'est montrée effrayamment ponctuelle et calme, ce qui serait génial si ce n'était pas aussi inquiétant.
Elle reste silencieuse pendant un moment et j'allais passer à autre chose quand elle répond à ma question par une autre question.
- Comment as-tu su que tu étais amoureuse ?
Je suis prise de cours, ça c'est un retournement de situation surprenant ! Mais la réponse à sa question me vient sans même avoir besoin d'y réfléchir.
- Les pires décisions que j'ai jamais prises ont commencé à avoir l'air d'être les meilleures, si bien qu'être raisonnable ne me paraissait plus si important tout à coup.
Elle acquiesce et son regard se perd en pleine réflexion comme si je venais de dévoiler le secret de l'univers et que maintenant il lui fallait méditer la question. Et quand je repense à mes paroles cette impression de malaise qui me poursuit depuis des semaines réapparaît, décuplée.
- Leighton !
Je relève la tête, James est à quelque mètres, un sourire éclatant aux lèvres et quand après quelques secondes de trop sans réaction de ma part Rose me fixe avec curiosité, je me rends compte que l'expression sur mon visage ne reflète pas la joie que je suis supposée ressentir.
Je me lève et vais le rejoindre sans un regard derrière moi. Quand il me serre dans ses bras et se penche pour m'embrasser je détourne la tête.
- Je suis fatiguée, on peut y aller ?
Il fronce les sourcils mais quand je force un sourire pour le rassurer il se détend.
- Oui bien sûr, je venais te chercher de toute façon.
Il fait ses adieux aux personnes que l'on croise sur notre chemin jusqu'à la sortie pendant que je reste derrière lui à jouer les potiches et prie pour que cette journée se termine.
Il doit me sentir tendue parce qu'il ne lâche pas ma main jusqu'à ce qu'on arrive à la voiture et qu'il essaie de me distraire.
- As-tu vu Thalia ?
Je mens parce que s'il savait que je l'ai vue mais n'ai pas pris la peine de la saluer il commencerait à se poser des questions, je doute qu'il en vienne à la bonne conclusion mais dans tous les cas je suis trop fatiguée pour m'occuper de ses interrogations.
Pour être honnête, je suis trop fatiguée pour m'occuper de quoi que ce soit ces temps-ci et sa présence aussi bienveillante soit-elle devient étouffante, j'ai besoin d'être seule.
- Oh j'avais totalement oublié ! J'ai quelque chose de prévu avec mes mères cet après-midi, ça te dérangerait de me déposer ?
Il fronce les sourcils, soit parce qu'il trouve étrange que je n'ai rien mentionné auparavant soit parce qu'il avait une autre surprise planifiée cet après-midi, mais il ne proteste pas et je lui en suis infiniment reconnaissante.
- Non pas du tout, donc je viendrais te chercher vers… dix-huit heures ? Ça te va ?
J'acquiesce et lui offre un baiser pour le remercier quand il se gare devant chez moi.
Je rentre et aussitôt que je l'entends repartir mes jambes lâchent, je me laisse glisser contre la porte et ramène mes genoux contre ma poitrine, ma respiration est bruyante mais au moins ça veut dire que je respire toujours. Inspire, expire, continue jusqu'à ce que tu n'aies plus l'impression que tes poumons sont en train de collapser.
Je repose ma tête contre la porte mais quelque chose à l'arrière de mon crane m'empêche de trouver une position confortable, je tâte mes cheveux pour trouver la barrette qui les retient, mais je n'arrive pas à l'ouvrir, frustrée, je tire et tire jusqu'à ce que je puisse l'extraire, mes doigts se coincent dans des nœuds et je peux en sentir certains s'arracher. Je me recoifferai dans deux heures de toute manière.
J'allais jeter la barrette, une revanche infantile contre un objet inanimé mais les motifs dorés retiennent mon attention et je stoppe mon geste. C'est la barrette que m'a offerte Casey.
Je la ramène contre ma poitrine, la serrant si fort que les motifs s'impriment sur la paume de ma main, et ferme les yeux pour lutter contre la pression exercée contre mes paupières. Je me remaquillerai dans deux heures de toute manière.
Après un moment je trouve enfin la force de me relever, je me sers un verre d'eau dans la cuisine pour soulager ma gorge sèche, évitant de lever les yeux vers toutes les surfaces réfléchissantes que je suis susceptible de rencontrer. Sur le bar je trouve une note de mes mères me rappelant qu'elles sont parties pour le week-end avec l'adresse de leur hôtel et de ne pas hésiter à les contacter en cas d'urgence. J'esquisse un faible sourire au cœur dessiné en guise de signature.
Après une profonde inspiration, je me sens assez calme pour regarder dans un miroir. Je me dirige vers la salle de bain pour réparer le massacre que doit être mon visage mais je me fige quand j'aperçois le miroir à double sens sur la commode.
Casey a le second. Mes mères lui ont offert après les quelques mois qu'elle a passé ici, au cas où elle aurait besoin de parler à quelqu'un ou qu'il y ait une urgence. Elle n'a jamais appelé, mais je sais qu'elle l'a rangé dans sa table de chevet.
Je le saisis, glisse mes doigts contre la surface lisse du couvercle. Je pourrais l'appeler, si elle répond au moins je saurais qu'elle va bien, et sinon c'est qu'elle m'en veut et ne souhaite pas me parler ou qu'elle n'est pas dans sa chambre ou…
Je repose le miroir.
À dix-huit heures pile, James tape à la porte et quand je lui ouvre, j'ai l'air parfaite. Ce n'est pas de l'arrogance, juste une constatation. Je porte une robe flambant neuve, mon maquillage est impeccable et aucun de mes cheveux ne dépasse, j'arrive même à sourire quand j'accepte la rose qu'il me tend.
On arrive au restaurant. Et tout est comme d'habitude, James me raconte ses derniers déboires au Ministère et je hoche la tête et hum quand il le faut, mais je ne fais pas vraiment attention à ce qu'il dit. Et il ne remarque rien.
Ou c'est ce que je pensais en tout cas mais vers le dessert, le silence s'installe et quand je prends enfin le temps de le regarder je me rends compte qu'il est nerveux, assez nerveux pour demander.
- Est-ce que ça va ?
Je veux fausser un énième sourire et le rassurer, lui dire que tout va bien mais l'oxygène ne semble pas pouvoir atteindre mes poumons et je suis soudainement convaincue que j'éclaterais en sanglots si j'essayais de parler. Alors j'acquiesce, espérant qu'il ne remarque pas que c'est un mensonge.
Il soupire puis s'éclaircit la gorge, une expression déterminée au visage qui me rappelle le genre qu'il porte quand il doit faire des discours publics et soudain je suis partagée entre panique et soulagement, persuadée qu'il a compris que cela fait des mois que je mens. Mais il glisse sa main sur la mienne et le nœud dans mon estomac se resserre quand son expression s'adoucit.
- Tu sais, je crois qu'un jour tu te réveilles et tu te rends compte qu'il y a une personne dans ta vie qui a toujours été là pour toi, juste à côté, que ce soit dans tes pires moments ou dans les meilleurs, quelqu'un qui a vu toutes tes facettes même les plus horribles et ne t'a jamais demandé de changer.
Il se lève de sa chaise et tout en continuant de parler, fait le tour de la table, je suis tellement assommée par ses paroles que je suis surprise quand il pose un genou à terre devant moi.
- Et je sais que j'ai un an de retard mais je veux être cette personne pour toi. Alors je te le demande maintenant, Leighton Davis, me ferais-tu l'honneur d'être ma femme ?
J'ai dû imaginer ce moment des centaines et des centaines de fois, mais quand il lève vers moi des yeux pleins d'espoir, la seule chose que je peux penser c'est qu'ils sont de la mauvaise nuance de bleu.
Je ne peux pas faire ça.
- James… non.
Son sourire se fige, l'étui dans lequel il tient la bague tremble. Je ne l'avais jamais vu aussi stupéfié.
- Non ?
Il répète ma réponse comme pour essayer de prononcer un mot nouveau, jamais entendu auparavant. J'avale difficilement, mon cœur se contracte douloureusement et pourtant j'ai l'impression de pouvoir respirer sans encombre pour la première fois depuis des mois.
- Je suis désolée.
Quand je me lève, il est toujours à genoux. Il ne s'anime que quand il comprend que je m'apprête à partir, et saisit mon poignet.
- Attends !
Sa prise n'est pas serrée, juste un moyen de me retenir. Quand il parle, sa voix prend un ton faussement jovial qui m'est familier parce que c'est celui que j'avais l'habitude d'utiliser.
- Est-ce que c'est la bague ? C'est celle de ma grand-mère et j'aurais dû deviner que ce n'est pas ton style mais je peux en avoir une autre si tu veux ?
Je secoue la tête. Durant un court instant, je me dis que le laisser là sans aucune explication serait une façon de l'épargner quand la vérité est bien plus cruelle mais je sais d'expérience que de longues nuits à se demander pourquoi font bien plus mal sur le long terme.
- Il y a quelqu'un d'autre.
Il lâche mon poignet. Je quitte le restaurant sans un regard en arrière.
Je marche un moment, ma veste trop fine pour vraiment couper le vent mais je sens à peine le froid. J'ai encore du mal à réaliser ce que je viens de faire. Épouser James était mon rêve depuis le jour où je l'ai rencontré et je viens juste de dire non à la question qui a fait l'objet de toutes mes fantaisies.
Alors pourquoi est-ce que je ne regrette rien ?
J'éclate de rire en pleine rue, je dois avoir l'air d'une vraie folle mais je n'arrive pas à m'arrêter parce que ça y est !
Casey aura réussi son plus beau coup finalement ! Seulement celui-ci n'était pas prémédité et j'y suis tombée de mon plein gré.
Casey…
Je transplane sur le chemin de traverse. Je suis vaguement consciente que mes escarpins ne sont pas les chaussures les plus appropriées pour courir et que je risque de me casser une cheville avant même d'atteindre son appartement, mais j'ai trop besoin de la voir pour me montrer raisonnable.
Et au bout de quelques minutes, je me trouve en bas de son appartement. Je monte les escaliers deux à deux et tape à la porte avant même d'avoir repris mon souffle. Après une dizaine de secondes sans aucune réponse un sentiment désagréable commence à se répandre dans ma poitrine et ça n'a rien à voir avec le manque d'oxygène. Je tape plus fort.
- Casey ! Casey, ouvre moi !
Toujours rien.
Je fouille dans mon sac pour trouver le jeu de clefs qu'elle m'a donné il y a six mois, je tremble tellement que la moitié du contenu tombe par terre. Quand j'ai enfin les clefs je prends une inspiration profonde, il ne me faut que trois essais avant de réussir à la mettre dans la serrure.
J'ouvre la porte
- Casey, c'est moi.
J'essaie de détecter quoi que ce soit d'inhabituel, à part une bouteille de whisky dont la vue me donne la nausée, je ne vois rien, et je n'entends rien non plus, l'endroit m'a l'air désert ou peut-être que hanté serait un mot plus approprié.
Je m'aventure plus loin, jusqu'à la porte de sa chambre, le silence perdure, j'arrête de respirer quand je pose la main sur la poignée.
J'ouvre, mon cœur s'arrête à son tour.
Non, non, non, non, non.
Je me rue dans la pièce, saute à moitié sur le lit, sur la forme inanimée de Casey. J'attrape ses épaules et la secoue et je prie pour avoir tiré la mauvaise conclusion, pour qu'elle soit juste endormie et avec une gueule de bois, que la seringue à ses côtés ne soit qu'un vaccin contre la grippe.
-Casey ! Réponds-moi !
Je la secoue mais rien n'y fait. Elle ne se réveille pas.
J'essaie de me calmer, de penser de manière rationnelle, de surmonter la panique qui envahit chaque fibre de mon corps. Dans un éclair de lucidité, j'attrape ma baguette et envoie un appel à l'aide mais je sais que ça ne suffira pas, il leur faudra au moins cinq minutes avant d'arriver ici alors je fais la seule chose à laquelle je peux penser. J'attrape ses bras et la traîne dans la douche, j'allume le jet. L'eau froide me glace le sang et ruine mes cheveux mais je suis trop préoccupée pour m'en soucier. Je recommence à la secouer. Et à paniquer.
- Casey, s'il- te plaît!
Je suis trempée, ma robe me colle à la peau, probablement ruinée. Casey est trempée elle aussi mais si ça la dérangeait vraiment elle se réveillerait ! Merlin, pourquoi elle ne se réveille pas ?! Pourquoi faut-il qu'elle soit aussi stupide ! Pourquoi est-ce que je ne suis pas arrivée avant ?
Je la tiens sous le jet glacé, mes bras me font mal mais je n'arrête pas de la secouer, je ne pense pas que j'en serais capable, pas quand mon propre corps commence à être secoué de sanglots. Je lui crie dessus, m'étouffant à chaque mot.
- C'est bon, tu as gagné ! Je t'aime okay ?! Je t'aime ! Réveille-toi !
Au loin je peux entendre du bruit brisant le silence oppressant et je sais que c'est les secours, mais quand le gars tente de me la prendre des bras, je crie à nouveau et refuse de la lâcher. Je ne la laisserais pas, pas encore une fois.
X
Je me réveille dans une pièce blanche. Je cligne des yeux pour essayer de m'habituer à la clarté aveuglante qui m'entoure, le plafond, les murs, les gens…
L'hôpital, je suis dans un hôpital et tout me revient en mémoire, comme être frappée par un cognard à pleine vitesse.
Je me lève, la couverture qui se trouvait sur mes épaules tombe et je me rends compte que mes cheveux sont toujours mouillés. Combien de temps ai-je dormi ? Et oh Merlin ! Ils m'ont donné un sédatif ! Ils ont le droit de faire ça ?
Peu importe, je m'occuperai de ça plus tard. J'espère pour eux qu'ils ont un bon avocat.
Je trébuche quand je fais un pas et après un regard en bas je m'aperçois que j'ai toujours mes talons aiguilles. Je les enlève, les laisse tomber sur le sol et reprends ma route. Quand je sors de la pièce où j'étais, j'ai un geste de recul, assaillie par les lumières encore plus aveuglantes et les cris des guérisseurs et la sonnerie qui retentit demandant l'attention du personnel et je suis toujours étourdie à cause du sédatif ou peut-être que je suis en état de choc mais ce n'est pas important, une seule chose compte.
Tant bien que mal je me dirige vers la réception prête à faire une scène si la secrétaire refuse de me donner des informations mais avant que je ne puisse y arriver un homme en uniforme vert se met sur ma route et la seule chose qui m'empêche de rentrer en collision avec sa poitrine sont ses mains qui saisissent mes épaules pour me soutenir.
- Attention mademoiselle, vous ne devriez pas être debout si tôt.
Je n'ai pas l'énergie de lever la tête pour regarder son visage ni pour l'écouter quand il parle.
- Casey, où est Casey ?
Quand il ne répond pas tout de suite, je me force à reculer pour voir pourquoi il reste silencieux. Il a l'air nerveux. J'ai envie de vomir.
- Est-ce qu'elle…
Je ne peux pas continuer. Je refuse d'explorer cette possibilité.
Heureusement il doit comprendre la conclusion que j'ai tiré parce qu'il s'empresse d'articuler.
- Non, non, elle n'est pas morte elle… et bien, je ne peux pas vous en dire plus parce que ce sont des informations confidentielles et nous n'arrivons pas à joindre son père pour le moment mais elle n'est pas morte.
Il essaie d'être rassurant, mais le « pas encore » reste en suspens. Et ça ne fait rien pour m'apaiser, j'ai besoin d'en savoir plus.
- Son père ne répondra pas… Je suis sa petite-amie.
J'essaie d'ignorer le tiraillement dans ma poitrine quand mes paroles raisonnent à mes oreilles et, à la place, me concentre sur chaque mot qui sort de sa bouche.
Casey a fait une overdose, elle est dans un état critique, ils ont dû la ranimer en arrivant ici parce que son cœur s'était arrêté de battre, ils lui ont injecté quelque chose supposé contrer les effets de la drogue mais ils ne savent pas encore si cela fonctionne. Il faut attendre.
Il dit aussi que je suis en état de choc, qu'il ne faut pas que je reste seule, il demande s'il peut appeler quelqu'un pour rester avec moi.
Je me souviens vaguement lui donner l'adresse de l'hôtel où sont mes mères. Il me fait m'asseoir sur une des chaises de la salle d'attente et replace la couverture sur mes épaules.
Je ne sais pas combien de temps passe avant que mes mères arrivent, ça m'a l'air à la fois d'un battement de cil et d'une éternité. Je ne sais pas si ça veut dire que Casey est en train de se rétablir ou si un médicomage se cache dans la salle de repos et répète son speech « nous avons fait tout ce que nous pouvions cependant elle était en trop mauvaise état quand elle est arrivée ici, je vous présente mes plus sincères condoléances ». Je crois que je le frapperais si c'est ce qu'il dit.
Mes mères s'asseyent, une de chaque côté. Maman forme des cercles réconfortants sur mon dos et mère tente d'arranger mes cheveux. Je dois probablement avoir l'air d'une SDF, si les SDF portaient des robes de créateurs et des boucles d'oreilles en diamants.
Je les entends parler, je n'enregistre pas le sens de leur paroles juste le son de leurs voix, comme quand j'étais enfant et qu'elles me lisaient des histoires pour m'endormir. Je perçois vaguement les noms de Théodore et Fleur et mon cerveau en tire la conclusion logique qu'elles les ont appelés.
Et je me rappelle distraitement du début de ma journée. Si c'était une Weasley, la salle d'attente serait pleine à craquer mais, à la place, il faut à son père deux heures pour débarquer. L'odeur de whisky dans son souffle me donne envie de le gifler.
Fleur arrive cinq minutes après se dandinant parce que son ventre arrondi la ralentit. Et le silence confortable qui me servait de bulle est brisé.
Ils commencent à se disputer, elle le traite de loser et d'alcoolique, le rend responsable de toute cette situation et lui il lui crie de partir, que ce qu'il se passe dans sa famille ne la regarde pas. Ils sont presque aussi hystériques l'un que l'autre.
La seule famille qu'il reste à Casey. Un alcoolique et une femme enceinte hormonale. Je les déteste tous les deux.
- Fermez-la !
Ils me regardent, choqués, peut-être parce qu'ils trouvent que c'est totalement déplacé ou alors parce que c'est la première chose que je dis depuis qu'ils sont arrivés. Cela n'a pas vraiment d'importance, tout ce qui importe maintenant, c'est Casey.
- Vous disputer pour savoir de qui c'est la faute ne va pas arranger les choses ! La vérité, c'est que c'est votre faute à tous les deux !
Je me lève et les pointe du doigt tour à tour.
- Vous l'avez ignorée pendant huit ans ! Trop occupé à boire ou à avoir une famille parfaite pour faire attention à elle ! Et je comprends que la regarder soit douloureux mais Casey n'est pas sa mère ! Elles n'ont rien en commun à part leurs apparences! Parce que Casey est intelligente et forte et drôle et, et, et plein d'autres choses et vous le sauriez si vous arrêtiez de la voir comme un portrait vivant et que vous preniez le temps de la connaître ! Et si vous voulez vraiment blâmer quelqu'un, alors blâmez Casey ! C'est elle qui s'est plantée une seringue dans le bras !
Je veux crier parce que je suis tellement, tellement en colère ! Mais ma voix se brise à la fin et l'humidité que je sens sur mes joues doit vouloir dire que je suis en train de pleurer.
Merlin, je la déteste !
J'essaie de moduler ma respiration et de reprendre plus calmement, de leur expliquer comme on expliquerait à un gamin de cinq ans quelque chose d'aussi simple que l'utilité d'une brosse à dent.
- Casey est toxicomane. Peu importe qu'elle arrête trois jours ou trois ans, il y aura toujours des risques de rechutes. Elle a une addiction et même avec toute la bonne volonté du monde, elle ne peut pas s'en débarrasser en claquant des doigts… elle a besoin d'aide.
Ils me fixent un instant, puis se regardent, puis baissent les yeux. J'espère que c'est parce qu'ils ont honte de leur comportement. Parce que s'ils entament un nouveau round de « celui qui est le plus à blâmer », je vais les tuer tous les deux.
Je soupire et me rassois, mes mères me regardent partagées entre surprise et fierté.
Le guérisseur de tout à l'heure s'approche de nous, il m'offre un sourire et hoche la tête avant de s'adresser à Théodore. Ça ne peut être que bon signe.
- Monsieur Nott ? J'ai de bonnes nouvelles, le remède semble fonctionner et les traces de la substance toxique dans son organisme sont en train de disparaître. Bien qu'elle soit toujours inconsciente pour le moment, nous restons optimistes. En clair Casey est tirée d'affaire.
Je peux enfin respirer. Elle va bien, enfin pas bien mais elle est vivante. Merlin ! Je vais la tuer !
- On peut la voir ?
Son sourire s'efface.
- J'ai bien peur que ce ne soit pas possible pour l'instant mais vous serez les bienvenus demain, elle devrait être réveillée d'ici là.
Tout le monde acquiesce et se lève pour partir chacun de leur côté mais je reste assise. Mes mères s'arrêtent.
- Tu ne viens pas ?
Je secoue la tête.
- Non je… je pense que je vais rester là un moment.
Mère veut faire un commentaire mais Maman l'arrête et m'offre un sourire compréhensif.
- Comme tu voudras, tu es sûre que tu ne veux pas qu'on reste avec toi ?
Je hoche la tête, j'ai besoin d'être un peu seule histoire de digérer cette journée. Et si elles trouvent ma réaction étrange, elles ne le mentionnent pas.
J'attends que l'hôpital se vide un peu avant de me lever. J'erre dans les couloirs comme dans un état second. Cette journée est probablement la pire de ma vie. Demain je vais devoir appeler Isabel pour lui faire savoir ce qu'il s'est passé et la directrice parce qu'il est hors de question que Casey reprenne le travail dans l'état où elle est et se faire virer n'est pas si grave finalement. Je vais devoir prendre les mesures nécessaires à son rétablissement, fouiller son appartement pour me débarrasser de tout ce qu'il reste, drogue, alcool et tout ce qu'il y a d'autre. Je vais aussi organiser un planning ou quelque chose pour éviter qu'elle ne se retrouve seule trop longtemps. Oui demain va être une journée chargée mais pour ce soir…
Je suis devant sa chambre, j'ai réussi à soutirer le numéro du guérisseur, jouer les petites-amies larmoyantes n'est pas si difficile après une journée comme celle-ci.
Je pose ma main sur la poignée et hésite avant d'ouvrir la porte. Le souvenir d'une porte différente et de Casey étendue, inanimée de l'autre côté, bien trop clair dans ma mémoire.
Je secoue la tête pour m'en débarrasser et rentre dans la pièce. Elle est allongée sur le lit, endormie, et le bip réconfortant des moniteurs a un effet apaisant. Je vais m'asseoir dans la chaise à côté du lit et, pendant de longues minutes, fixe le mouvement de sa poitrine à chaque inspiration qu'elle prend et expiration qu'elle relâche.
Je remarque distraitement que la nuit est tombée dehors.
Il fait toujours nuit quand je me réveille et je ne comprends pas pourquoi je me suis réveillée en premier lieu jusqu'à ce que je sente quelque chose bouger à mes côtés, c'est Casey, bien sûr ! La journée ne lui suffisait plus, il faut qu'elle m'importune dans mon sommeil maintenant !
J'allais la virer du lit, parce que qu'est-ce qu'elle fait toujours là d'abord ? Mais je me rends compte qu'elle est endormie. Ça ne l'empêche pas de gigoter assez pour faire trembler le lit et c'est terriblement énervant !
Je prends ses épaules pour la secouer mais je m'arrête au dernier moment parce que je me rends compte qu'elle est trempée, trempée de sueur et tremblante, comme si elle mourait de froid alors que sa peau est brûlante.
Il me faut quelques minutes pour comprendre qu'elle est en train de faire une crise de manque et dans mon esprit encore à moitié embrumé par une nuit de sommeil interrompue je reste effarée à cette conclusion.
Okay oui, j'avais remarqué qu'elle rentrait de plus en plus tôt, qu'il y avait de moins en moins de fioles suspectes qui traînaient dans la poubelle, qu'elle était plus vive mais je croyais que son dealer était parti en vacances ou un truc comme ça. Pas qu'elle essayait sérieusement d'arrêter.
Elle fait sortir un geignement peiné et même dans le faible éclairage je peux voir qu'elle a l'air de souffrir. Je me demande si c'est la première crise qu'elle fait ou si jusque-là elle me cachait la difficulté de son sevrage. Et je sais que je ne devrais pas mais je me sens mal pour elle, ça a l'air terriblement douloureux.
Je soupire, il est évident que je ne vais pas pouvoir me rendormir maintenant, pas quand elle se tortille dans mon lit et fait des bruits semblables à ceux d'un chiot qu'on torture. Ce n'est probablement pas une bonne idée mais je me redresse dans le lit et après un moment d'hésitation pose sa tête sur mes cuisses et caresse ses cheveux le plus délicatement possible, à moitié pour tenter de la calmer et à moitié pour éviter de ne la réveiller.
Je passe ma main dans ses cheveux, ils ne sont pas aussi doux que d'habitude, ils ont mal séchés et se sont emmêlés. Elle est brûlante et sa respiration parait laborieuse. Je caresse ses cheveux et embrasse son front espérant pouvoir atténuer son inconfort.
Et mon cœur rate un battement quand je sens ses cils effleurer ma peau.
- Hey.
Sa voix est faible, et elle lutte pour garder les yeux ouverts, je ne suis pas certaine qu'elle soit totalement réveillée mais je souris, un sourire fatigué et larmoyant, mais mon premier sourire sincère depuis bien trop longtemps.
- Hey.
Voilà ! Ce que vous attendiez tous depuis le début est enfin arrivé ! Heureux ?
Prochain chapitre : Lily
