Le sombre destin de Serena
Prologue
Les rues de la grande ville futuriste étaient pleines de monde et d'animation, même à cette heure tardive de la nuit. Les vitrines de la plupart des boutiques étaient encore allumées et des touristes se pressaient encore à l'intérieur pour acheter des souvenirs de leur voyage à Néo Domino city. Au loin, une grande tour surplombait la ville, semblant veiller sur elle. Cependant, cette nuit là, quelque chose attirait plus les visiteurs que le stade de la ville ou même les musées. Un homme blond, portant une armure dorée comme le soleil, une cape pourpre et une couronne incrustée de joyaux déambulait dehors. Tous les passants le dévisageaient avec curiosité, après tout, ce n'était pas tous les jours qu'ils avaient l'occasion de voir un homme accoutré d'une telle façon. Mais l'homme semblait ne pas s'en préoccuper et continuait son chemin imperturbablement.
Qui était-il ? Que faisait-il ici ? Voilà les questions qui se posaient sur toutes les lèvres. Certains osèrent lui demander mais se heurtèrent à un visage froid et de marbre. En vérité, l'homme était plongé dans ses pensées, ne remarquant même pas toute l'animation qu'il provoquait. Il repensait au passé, lorsque lui, sa sœur Luna et son amie Celestia, avaient traversé monts et vallées, déserts et guerres avant de trouver une paix, relative certes, le démon restait tapi dans l'ombre, mais une paix tout de même. Il repensait à la grande guerre qui avait pris la vie de ses conseillers, amis et plus important, la vie de la personne la plus chère à ses yeux.
Après cela, ce n'était que le trou noir dans sa mémoire, il ne voyait que des bribes, des images, mais rien de concret. Ses souvenirs remontaient ensuite à quelques mois auparavant, lorsqu'il avait enfin été libéré de l'emprise du démon par ceux que la prophétie appelait les « élus ». Le démon avait été défait et l'homme était, pour la première fois depuis des millénaires, entièrement libre de ses actes. Mais en échange, il avait également perdu ses pouvoirs et son immortalité, c'est pourquoi, le temps lui étant compté à présent, il avait décidé d'entreprendre ce voyage, avant qu'il ne soit trop tard.
Ses pas le conduisirent en premier lieu dans la ville de Néo Domino City, après avoir séjourné quelques temps dans le monde des esprits. Il ne savait pas pourquoi, mais il sentait qu'il avait quelque chose à faire en ce lieu. Peut-être qu'il avait commis un acte atroce par le passé mais qu'il ne pouvait s'en souvenir et qu'il cherchait à se repentir inconsciemment.
Cependant, il n'était qu'un homme du passé dans une ville du futur, incapable de s'adapter. En cinq mille ans, les choses changent et, même s'il vivait dans ce monde depuis plus d'un an, certaines choses lui étaient encore étrangères et en premier lieu, il ne pouvait quitter son armure et son épée et trouvait les gens de cette époque totalement insensés de se balader sans protection alors que le danger rode partout. Une deuxième chose qu'il n'arrivait pas à assimiler était le fait que le duel de monstre soit devenu un simple jeu alors que pour lui, c'était un moyen de survivre. Celui qui n'avait pas d'esprit était condamné. Mais ici, tout le monde en possédait, de nombreux qui plus est.
L'homme à l'armure d'or releva la tête. Il était sorti des grandes artères de circulation et se retrouvait devant un pont majestueux reliant la grande ville à une petite ile au loin. Sans savoir pourquoi, il le traversa, contemplant au passage la mer scintillante dans la nuit, chose qu'il n'avait vue qu'une seule fois auparavant, durant son voyage, et il fut émerveillé. Il se rendit soudainement compte à quel point le monde avait frôlé la catastrophe par sa faute et se mit à accélérer. En ayant côtoyé le démon pendant plusieurs millénaires, il avait fini par comprendre ses motivations, en partie du moins, c'est pourquoi il s'était laissé posséder. Mais à présent, en voyant à quel point le monde avait changé, il ne pouvait plus suivre le même chemin qu'avant et c'est pourquoi il s'était allié à Drago et aux autres dans l'espoir qu'ils l'arrêtent.
Une fois de l'autre côté, l'homme fut totalement déboussolé par ce qu'il constata. Satellite avait beau avoir été réaménagé, il restait encore de nombreux endroits sordides et délabrés. Il venait justement d'atterrir dans l'un de ces endroits oubliés. Autour de lui, des bâtiments aux vitres brisées et aux murs noirs de fumée de voitures s'élevaient sinistrement dans la nuit. Au sol, des milliers de détritus s'entassaient tandis que le vent sifflait et faisait grincer les portes entrouvertes.
Soudain, un bruit de verre cassé retentit dans ses oreilles, très vite suivi de celui de quelque chose de lourd s'effondrant sur le sol.
Intrigué, l'ex roi se dirigea vers l'origine de ce remue-ménage et fut sidéré par ce qu'il vit. Un groupe de quatre hommes armés de massues, couteaux, poêles, encerclaient une personne portant une cape et dont le visage était caché par l'obscurité et une capuche noire. La personne tenait quelque chose entre ses mains, mais il n'arrivait pas à distinguer de quoi il s'agissait. Il vit alors un cinquième homme à terre, saignant du nez et se tenant le bras en grimaçant.
Mais le combat restait inégal. A quatre contre un, la personne encapée n'avait aucune chance. L'homme à l'armure activa alors son disque de duel et s'avança dans la bataille.
Voir quelqu'un ayant le courage de s'interposer surprit tellement les présupposés assaillants qu'ils s'arrêtèrent et se tournèrent tous vers l'étrange homme d'un autre temps.
-Allons, allons messieurs, tout cela ne semble pas très fair-play vous ne trouvez pas ? Dit-il d'une voix grave et assurée.
-C'est qui ce guignol ? Demanda l'un des voyous quelque peu déboussolé.
-Un fou si tu veux mon avis lui répondit son camarade. Je ne sais pas qui tu es, mais tu es ici sur notre territoire, tu dois donc payer ou t'en aller, c'est la loi !
Les deux autres acquiescèrent à ce que dit celui qui semblait être le chef. L'homme en armure dorée pencha la tête sur le côté, prenant un air innocent et faisant mine de ne pas comprendre.
-La loi ? Savez-vous au moins à qui vous vous adressez ? Rétorqua-t-il alors, plus fermement cette fois-ci.
-A un type qui s'est échappé d'un bal costumé ! Répondit l'un des hommes.
Les autres se mirent à rire à cette blague. Cependant, insulter l'homme n'était pas la meilleure chose à faire, surtout en pleine nuit alors qu'il cherchait un endroit où dormir. Il posa une carte sur son disque de duel et un grand dragon bleu et or apparut et cloua d'un seul coup les quatre assaillants au sol d'un revers de la main. Ils ne s'y attendaient visiblement pas, après tout, qui s'attendrait à se faire attaquer par un hologramme ?
L'homme se dressa de toute sa taille au dessus des bandits et prit un air sévère, air qui aurait fait trembler même les plus téméraires.
-Je suis Hélios, seigneur soleil d'Héliopolis, les lois, c'est moi qui les crée, et c'est également moi qui décide à qui appartiennent les territoires !
Chapitre 1 : Etrange rencontre
Mon nom est Serena. Un nom de famille ? Je n'en ai pas, qui en aurait besoin quand on grandit dans la rue ?
Oui, j'ai grandi dans la rue, comme de nombreuses personnes à Satellite, et malheureusement pour moi, je suis née dans le quartier délaissé par les forces de sécurités de Néo Domino City, le quartier oublié comme on l'appelle, un quartier tellement envahi par les gangs et les contrebandiers qu'il a été laissé à l'abandon lors de la reconstruction de Satellite, jugé irrécupérable et beaucoup trop dangereux. Ici, la notion de justice n'existe que dans les rares livres ne servant pas de feu de bois en hiver.
Je n'ai pas de mère ni de père, j'ai été abandonnée dans la rue très jeune, vers l'âge de sept ou huit ans et j'ai du me tourner vers d'autres infortunés pour survivre. Et cela fait maintenant presque sept ans que cela dure.
Mais on me dira certainement : pourquoi restes-tu ici si tu déteste à ce point ce quartier ? La réponse est simple, je ne le déteste pas mais je ne l'aime pas non plus. Je ne connais simplement que ça, et il en est de même pour la plupart des personnes vivant ici. Ceux qui partent ne reviennent jamais, si bien que nous ne savons pas ce qui nous attend de l'autre côté du pont.
Certes, de nombreuses légendes circulent sur l'autre satellite et sur Néo Domino City, mais il ne s'agit certainement que de légendes. Du moins, c'est ce que je pensais avant de le rencontrer.
C'était une nuit très ordinaire pour quelqu'un comme moi. J'avais un petit creux dans la nuit n'ayant pas mangé depuis deux jours et j'avais décidé d'aller voler un peu de nourriture au gang contrôlant la zone, les exécuteurs. Et oui, ces malades avaient repris le nom de l'équipe légendaire de satellite qui avait rétabli la paix. Ils ne méritaient pas de porter ce nom, car contrairement à eux, ils ne faisaient rien pour les autres, ils s'appropriaient simplement tous les biens. Leur seul point commun était cependant leur force. Jamais ils n'avaient été vaincus et c'est pourquoi ils considéraient satellite comme leur.
Cela me révoltait tant, mais je ne pouvais rien faire pour m'y opposer. Mes compagnons étaient bien trop faibles pour les combattre, et moi aussi. Cependant, rien ne m'empêchait de leur voler quelques objets de temps en temps.
Mais ce soir là, j'avais été quelque peu imprudente. Rien de bien grave en soi, j'avais simplement laissé une porte ouverte, mais cela suffit à me faire repérer. Ils étaient tellement paranoïaques que le moindre objet qui n'était pas à sa place signifiait pour eux une intrusion, un vol, une attaque surprise.
Ainsi, très vite, je me retrouvai avec cinq types à mes trousses, armés de toute sorte d'objets destinés à me blesser, voire même me tuer. Je courus dans les rues de satellite aussi vite que mon bagage me le permettait- je n'avais pas vraiment fait dans la dentelle, j'avais pris tout ce qui me passait sous la main- et je me rendis compte que j'aurais vraiment du être plus prudente.
J'arrivai après dix minutes de course devant un immeuble en piteux état, aux vitres cassées et aux murs noirs qui était également l'endroit où je vivais, ou plutôt survivais. Les cinq types étaient encore à mes trousses. Je ne pouvais pas les laisser entrer et je m'arrêtai donc juste devant. Le premier se jeta sur moi et je ripostai avec un coup de pied dans le nez. Il s'effondra au sol en hurlant de douleur lorsqu'il atterrit sur son bras gauche.
Les quatre autres arrivèrent à la suite, des sourires carnassiers aux lèvres, comme une meute de loup ayant encerclé une proie, ce que nous devions être pour eux, du gibier.
Des bruits de pas retentirent derrière moi. Certainement d'autres hommes du gang, me disais-je. Je me voyais déjà battue à mort avant d'être laissée là avec quelques côtes cassées dans le meilleur des cas, morte dans le pire.
Mais étrangement, l'homme qui venait d'arriver était, d'un, seul, et de deux, vêtu comme s'il s'était échappé d'un bal costumé. Il était blond et devait atteindre le mètre quatre-vingt. Ses yeux, rouges, luisaient d'un éclat inquiétant dans la nuit, comme ceux des vampires dans les contes. Il portait une cape, tout comme moi, je me dis donc en premier lieu qu'il s'agissait d'un autre petit voleur voulant se faire discret, même si le rouge n'est pas la couleur la moins voyante, mais son armure dorée en dessous me fit très vite changer d'avis, de même que sa couronne incrustée de joyaux. Un type de la ville peut-être ? Ou bien le nouveau costume des services de sécurité ?
Quoiqu'il en soit, mes assaillants eurent un moment d'hésitation en voyant cet étrange homme.
-Allons, allons messieurs, tout cela ne semble pas très fair-play vous ne trouvez pas ? Dit-il d'une voix grave et assurée.
-C'est qui ce guignol ? Demanda l'un de mes poursuivants, quelque peu déboussolé.
-Un fou si tu veux mon avis lui répondit son camarade. Je ne sais pas qui tu es, mais tu es ici sur notre territoire, tu dois donc payer ou t'en aller, c'est la loi !
Les deux autres acquiescèrent. L'homme en armure dorée pencha la tête sur le côté, prenant un air innocent.
Il était stupide ou quoi celui là ? Il ne voyait donc pas que s'il restait là, il allait se faire massacrer, tout comme moi ?
-La loi ? Savez-vous au moins à qui vous vous adressez ? Rétorqua-t-il alors, plus fermement cette fois-ci.
-A un type qui s'est échappé d'un bal costumé ! Répondit l'un des hommes.
Les autres se mirent à rire à cette blague. L'étrange homme fronça les sourcils. La blague sur son accoutrement ne parut par lui plaire du tout à en juger par son expression.
Il posa une carte sur son disque de duel, doré également et un grand dragon bleu et or apparut. Il cloua d'un seul coup les quatre assaillants au sol d'un revers de la main. Je réprimai un hoquet de surprise. Mais qui était-il pour posséder un disque de duel et des cartes ? Et plus que tout, comment cela se faisait-il que cet hologramme les ait touchés ?
Après la guerre contre le démon, je pensais que plus jamais je n'aurais eu l'occasion de me retrouver face à de telle créature…
L'homme se dressa de toute sa taille au dessus des bandits et prit un air sévère, air qui aurait fait trembler même les plus téméraires.
-Je suis Hélios, seigneur soleil d'Héliopolis, les lois, c'est moi qui les crée, et c'est également moi qui décide à qui appartiennent les territoires !
Ce type était bel et bien un malade ! Un roi ? N'importe quoi. Un mégalomane oui. Il s'inventait même une ville à son nom. Mais il avait eu au moins un effet bénéfique, celui de faire fuir mes cinq agresseurs. Mais l'effet négatif était que je me retrouvais maintenant seule avec lui et son dragon terrifiant. Je m'apprêtais déjà à prendre la fuite également lorsqu'il se tourna vers moi. Ses yeux rouges me glacèrent le sang et me pétrifièrent. Que voulait-il de moi à présent ?
Une pensée affreuse me passa par la tête. Et s'il s'en prenait à mon gang à présent ? S'il était venu faire justice dans ce quartier ou cette dernière n'existait pas ?
Il me posa alors une question étrange :
-Dis-moi, est-ce que par hasard tu saurais où je peux me loger par ici ?
Je ne trouvai rien d'autre à répondre qu'un « Hein ? », ce à quoi il répondit par quelque chose d'encore plus étrange.
-J'ai les moyens de payer si c'est le problème.
-Les…les moyens ? M'étranglai-je à moitié. Non mais vous avez regardé autour de vous ? Pensez-vous sincèrement que vous allez trouver un hôtel dans ce dépotoir ?
-Oh, je ne suis pas à Satellite ?
-Nous sommes dans le quartier oublié de satellite, vous ne trouverez rien ici, si ce n'est que les ennuis, alors vous feriez mieux de partir au plus vite !
-Vous avez une drôle de façon de remercier les gens par ici.
-Remercier ? J'aurais très bien pu m'en tirer toute seule, merci !
-Ah oui ? J'aurais bien aimé voir cela dit-il avec une étincelle de malice dans l'œil.
Je soupirai, exaspérée. En fait, il était simplement stupide, je perdais mon temps avec lui. Cependant, en regardant son dragon, je pensai soudain qu'il pouvait m'être très utile pour me débarrasser enfin de ces exécuteurs. Je changeai alors radicalement de tactique d'approche.
-Vous savez, nous n'avons peut-être pas d'hôtel mais je connais un endroit où vous pourriez loger cette nuit repris-je d'une voix doucereuse.
-Ah bonne nouvelle ça, parce que je suis épuisé après un tel voyage !
-Vous n'avez qu'à me suivre dis-je en ouvrant la porte du bâtiment.
Naïvement, l'homme me suivit à l'intérieur.
Je ne fus même pas étonnée de voir des dizaines de couteaux et autres se brandirent vers moi lorsque franchis le palier.
-Ola, doucement les gars, ce n'est que moi, Serena, vous vous souvenez, on est dans le même camp.
Une voix s'éleva et toutes les armes s'abaissèrent. Un homme, mon chef, celui qu'on appelait tous communément le patron ou boss vint à ma rencontre, pour me sermonner j'imaginais. C'était un grand gaillard, qui devait atteindre un mètre quatre-vingt-dix, aux larges épaules et au visage dur. Son nez était cassé depuis la guerre contre le démon mais cela lui donnait un air encore plus effrayant. Il avait toujours son éternelle coiffure de balais brosse, je lui avais dit que c'était ridicule, mais il ne voulait rien entendre…
Comme tous les membres du groupe, il portait des haillons, bien que les siens fussent des haillons qui furent autrefois des vêtements de luxe.
Il s'arrêta devant moi, croisa les bras sur la poitrine et me toisa avec un œil sévère.
-Alors Serena, on peut savoir où tu étais encore passée ?
Je pris l'air le plus innocent que je pouvais faire et je lui répondis :
-Simplement allée faire des courses.
Je lui montrai l'énorme sac que je tenais entre les bras et il écarquilla les yeux.
-Tu…comment as-tu réussi à leur prendre autant d'un coup sans te faire attraper ?
J'allais lui répondre quand le guignol en armure éternua bruyamment. Tous les regards se tournèrent vers lui, de même que les couteaux. Je m'interposai très vite avant qu'il ne soit réduit en chair à corbeau, ce qui était le sort réservé aux intrus.
-Serena, il est avec toi ? Demanda alors un garçon me ressemblant beaucoup qui n'était autre que mon frère jumeau, Satoshi.
Comme moi, ses cheveux étaient un croisement entre le bond et le châtain mais il était un peu plus grand que moi et son visage était beaucoup plus dur. Ah oui, et il était totalement paranoïaque aussi.
-Il s'appelle Hélios, il m'a sorti d'un mauvais pas à l'instant.
-Ravi de vous rencontrer ! S'exclama-t-il avec un signe de la main.
Le patron me chuchota à l'oreille :
-Mais c'est qui ce type ? Et pourquoi l'as-tu amené ici ?
-Pour ta première question, je n'ai pas de réponse, mais il m'a sauvée. Pour la deuxième, je pense qu'il peut nous être très utile, il a le même pouvoir qu'eux.
-Rendre les monstres réels ? S'étouffa le boss.
J'hochai la tête et il commença à dévisager notre invité. Il fut visiblement déconcerté par la tenue assez…exotique d'Hélios.
-Ah oui, j'oubliai quelque chose repris-je, toujours à voix basse, il pense que nous allons le loger cette nuit, alors fais semblant d'être accueillant si tu veux qu'il nous aide.
-Le…loger ? Non mais tu t'es crue où ? A l'hôtel ? J'imagine qu'on devra le nourrir et tout ça ? C'est hors de question, je ne donnerai rien à un inconnu, nada !
-S'il peut nous débarrasser de ces idiots, moi je suis prête à n'importe quoi terminai-je alors en tournant le dos au chef pour faire face à l'étrange homme.
J'avais vraiment du mal à croire qu'il ne se doutât de rien mais je devais tout faire pour le ménager afin qu'il nous apporte son aide.
Je lui fis signe de me suivre tandis que je commençai à monter les escaliers. Je vis cependant le chef murmurer quelque chose à l'oreille de mon frère, certainement l'ordre de me surveiller, mais ça, il n'avait pas besoin d'ordre pour le faire…
Hélios monta avec moi au premier étage et je le conduisis dans la seule pièce inoccupée du vieil immeuble. Ce n'était pas bien grand, à peine cinq mètres carré, avec des murs où la peinture se décollait, un plafond envahi par les fuites et un sol recouvert de vieilles affaires inutilisées. Mais il y avait également une sorte de vieux canapé qui pouvait faire office de lit. Je lui désignais la chose. L'homme eut l'air surpris et hésita un instant. Je pris peur qu'il ne décide d'aller ailleurs, ce qui aurait fait tomber mes plans à l'eau, mais il finit par enlever sa cape pourpre et la poser sur le divan.
-Bon, ce n'est pas un hôtel quatre étoiles mais c'est déjà mieux que de dormir dans la rue ! Dit-il joyeusement.
-Ah…et bien, c'est parfait si cela vous convient bégayai-je, déconcertée par sa réaction.
-Tu sais, parler à quelqu'un en gardant sa capuche sur la tête n'est pas très poli.
Je ne sus quoi répondre à cela. C'était bien la première fois que quelqu'un me parlait de bonnes manières, cela nous passait totalement au-dessus du crâne à satellite, nous avions mieux à faire que de nous préoccuper de cela. Néanmoins, cette cape était bien pratique à l'extérieur pour se cacher, mais à l'intérieur, elle était plus encombrante qu'autre chose et je la retirai donc.
-Ah voilà, c'est mieux, je n'aime pas parler à quelqu'un sans voir sa tête, ça me rappelle de mauvais souvenirs…Et puis, tu n'as aucune raison de cacher un aussi joli visage.
Je rougis. C'était également la première fois qu'on me faisait des compliments sur mon apparence physique. J'avais tous les traits d'une clocharde, ce que nous étions tous d'ailleurs : des yeux marrons sans aucune vie, des cheveux gras et sans éclat en bataille que je n'avais pas coiffés depuis plus d'un mois, des égratignures un peu partout sur le corps et surtout je portais de véritables loques. Je n'avais qu'un seul pantalon parsemé de trous et dont l'une des jambes était plus courte que l'autre. Quant à mon tee-shirt, il était bien trop petit pour moi depuis longtemps mais je n'avais rien d'autre. Voilà ce qu'il trouvait joli. Soit il se moquait de moi, soit il avait de sérieux problèmes, ou bien des gouts très étranges…
-Bon, maintenant, je pense qu'il serait temps de se présenter convenablement. Je m'appelle Hélios. Tu peux me considérer comme un voyageur en quête de vérité.
-En...quête de vérité ? Répétai-je sans comprendre.
-Oui, disons que ma vie n'a pas été très facile ni même très glorieuse. Alors je cherche des réponses à travers ce voyage.
-Et ce déguisement, il vous servira à reconnaître la vérité quand vous la verrez ? Raillai-je.
-Mais qu'avez-vous donc avec mon armure ? Je pourrais vous poser la même question vous, pourquoi est-ce que vous êtes tous habillés aussi légèrement.
Je fis une grimace. Il touchait un point. Il était peut-être ridicule mais lui au moins avait de quoi s'habiller et se protéger en cas de besoin. Devant ma réaction, il eut l'air de comprendre qu'il touchait un point sensible et changea de sujet.
-Mais au fait, à qui ai-je l'honneur exactement ?
-Je m'appelle Serena.
-Pas de nom de famille ?
-Vous non plus je vous signale.
-Tu as raison, je suis désolé de t'embêter avec cela répondit-il en se remettant à rire.
Voyant qu'il avait l'air bien disposé, je pris mon courage à deux mains et je lui demandai finalement ce qui me trottait dans la tête depuis que je l'avais rencontré.
-Mais au fait, votre monstre là, il était réel tout à l'heure ?
-Evidemment qu'il l'était, dans mon pays, tous les monstres sont réels d'ailleurs.
-Oh, et, vous pensez qu'il aurait assez de puissance pour…disons, battre tout un groupe d'hommes ?
-Certainement oui, il l'a déjà fait par le passé.
Je jubilais déjà en mon for intérieur en l'entendant dire cela. J'avais vraiment mis la main sur une mine d'or, dans les deux sens du terme quand je regardais son armure. Je voyais déjà les exécuteurs s'enfuir en courant devant le dragon de l'étrange homme, cependant, il ajouta quelque chose qui me déplut au plus au point.
-Mais il ne le refera plus.
-Par…pardon ? M'étranglai-je. Pourquoi donc ? Si vous le vouliez, d'après ce que vous me dites, vous pourriez conquérir le monde !
-Justement, je ne veux plus. Le duel de monstre ne doit pas être utilisé de cette façon. Il l'était peut-être par le passé, mais à présent, les esprits de duel ne sont plus aussi puissants et de nombreuses personnes n'en possèdent malheureusement plus. Et surtout, tu as dû subir la crise du démon, comme nous tous.
-Oui, je m'en souviens comme si c'était hier dis-je en grimaçant alors que je repensais à cette époque.
-Tu as dû constater qu'user d'un tel pouvoir de supériorité est injuste.
-Je pensais l'avoir compris cela, mais que voulez-vous dire avec vos esprits de duel ?
-Regarde autour de toi. Le monde a changé tout simplement, et nous n'y pouvons rien.
Bêtement, je parcourus la pièce du regard. Je n'étais pas très à l'aise avec les images à cette époque, ce qui arracha un sourire amusé à mon invité. Je décidai d'arrêter pour ce soir et de revenir à la charge le lendemain, espérant qu'une bonne nuit de sommeil le fasse changer d'avis.
Je le laissai donc seul et je sortis de la pièce et je me heurtai immédiatement au regard interrogateur de mon frère qui écoutait visiblement aux portes.
-Satoshi, qu'est-ce qui t'arrive encore ? Soupirai-je.
-Ce type, il ne m'inspire pas confiance répondit-il en fronçant les sourcils.
-Tu crois que toi, tu lui inspires confiance avec tes airs supérieurs ?
-Je suis très sérieux Serena, qui te dit que ce n'est pas une taupe venue nous détruire de l'intérieur ?
-Nous ne sommes pas dans un film Américain de Série B, et puis, ça ne serait pas la première, ni la dernière fois, alors détends toi.
Je le laissai derrière moi et j'allai me reposer dans ma chambre qui n'était pas en meilleur état que celle donnée à notre invité, pour ne pas dire pire. Je me jetai sur mon lit, épuisée et je me retrouvai nez à nez avec une vieille photo où je me trouvais, avec mon frère, mon père et ma mère, devant le nouveau satellite, sept ans plus tôt.
Nous étions censés déménager là-bas à une époque. Tout était déjà prêt, nous avions déjà un appartement, une école, mais voilà, le sort en avait décidé autrement. Mes parents ont disparu du jour au lendemain, sans laisser de trace, nous laissant seuls, livrés à nous-mêmes.
Jamais les forces de sécurité n'avaient essayé d'élucider cette disparition, ce qui se passait dans le quartier oublié ne les regardait pas. Mais moi, je savais ce qu'il s'était passé, je savais qu'ils n'avaient pas disparu simplement par plaisir. Les rares chanceux ayant l'opportunité de passer dans l'autre satellite étaient très souvent visés par les chefs des gangs en place, et il y en avait beaucoup plus qu'aujourd'hui. Et c'est pourquoi, je vouais une haine incommensurable à tous ces gangs, y compris le mien. Mais, il était ma seule chance de survie, alors j'étais patiente.
L'arrivée d'Hélios cette nuit là avait réveillé cette ancienne rancœur. J'avais trouvé le moyen de me venger de toutes ces années de souffrance, et je ne comptais pas laisser passer l'occasion !
Je fus réveillée en plein milieu de la nuit par une sorte de grattement sur le plancher. Je pensai tout d'abord qu'il ne s'agissait encore que d'un rat venu voler un peu de nourriture et je n'y prêtai pas une grande attention. Cependant, le grattement continua et s'intensifia. Exaspérée, je me levai et sortis dans le couloir pour voir de quoi il s'agissait. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je vis trois membres du gang en train d'essayer de crocheter la serrure de la chambre d'Hélios.
Je levai les yeux au ciel. Evidemment, comment est-ce qu'un gang aurait pu résister à la venue d'un type portant de l'or sur lui ?
J'allais surprendre les trois idiots – il ne fallait pas mécontenter mon seul espoir de vengeance – lorsque la serrure émit un petit bruit et la porte s'ouvrit.
Je jurai en moi-même. J'avais été trop lente et à cause de trois bouffons, tous mes plans allaient tomber à l'eau.
J'allais perdre tout espoir lorsque je vis les trois lascars ressortir de la chambre, l'air complètement déboussolés. Je me précipitai pour les sermonner mais c'était comme s'ils avaient vu un fantôme, ils étaient livides.
Intriguée, je passais la tête par l'ouverture mais je ne vis rien d'extraordinaire, simplement Hélios dormant sur le canapé, sa cape lui servant de couverture et à côté de lui, son disque de duel et sa couronne. L'envie ne me manquait pas à moi aussi de prendre tout cela et de m'enfuir au loin mais une question me taraudait l'esprit. Qu'est-ce qui avait donc bien pu déstabiliser ainsi des hommes se faisant passer pour des durs ?
Sur la pointe des pieds, je me faufilai à l'intérieur mais je ne vis toujours rien. Je me mis alors à penser comme mes compagnons dans l'espoir de retracer leurs actions.
Ils étaient venus chercher de l'or ou quelque chose de précieux, et les affaires d'Hélios, posées à côté de lui, ne passaient pas vraiment inaperçu. J'en conclus donc qu'ils avaient tout d'abord tenté de prendre la couronne.
Alors que je m'approchai du précieux objet, je remarquai qu'il devait manquer un joyau et qu'à la place, il n'y avait qu'un grand trou. Est-ce que ces idiots avaient quand même réussi à voler quelque chose? Si c'était le cas, il allait falloir que je le récupère si je voulais garder Hélios de mon côté…
Je saisis alors la couronne, toujours essayant de retracer les gestes de mes prédécesseurs et c'est alors qu'une étrange énergie m'envahit.
C'est assez dur à décrire, mais en tenant la couronne dans mes mains, je me sentais plus forte, mes sens étaient décuplés, je voyais des détails qui me seraient totalement passés sous le nez en temps normal comme un cafard se baladant au plafond, j'entendais des bruits imperceptibles pour un être humain normal. Je me sentais si…puissante, j'avais vraiment l'impression de pouvoir faire ce que je voulais.
Hélios éternua dans son sommeil et je lâchai l'artefact sous le coup de la surprise, et toutes les sensations s'en allèrent avec elle. Elle atterrit bruyamment sur le sol.
-Hum…qui est la ? Marmonna Hélios à moitié réveillé.
Je me figeai. Entrer par effraction dans la chambre de mon atout n'était pas la meilleure façon de s'en faire un ami, je devais inventer quelque chose, et vite.
-C'est toi Serena ? Tu as oublié quelque chose ?
-Euh…oui, exactement, je crois que j'ai laissé…euh…ma cape. Oui, c'est ça, je cherche ma cape, il me semble que je l'ai oubliée ici.
-Oh, si ce n'est que ça, je l'ai posée sur la table, je pensais que tu allais venir la récupérer alors je l'ai mise en évidence.
-Mer…merci beaucoup dis-je en la saisissant. Bon, et bien, bonne nuit, et désolée pour le dérangement.
Je m'éclipsai le plus vite possible et je ne recommençai à respirer qu'une fois que je fus dans le couloir. J'avais frôlé la catastrophe, et de très près. Je me mis à remercier la providence qu'Hélios ne fût pas aussi paranoïaque que tous les gens que je connaissais.
Je retournai dans la chambre, toujours un peu tremblante, mais surtout en ne pouvant pas oublier la sensation procurée par l'étrange objet. Etait-ce de là qu'Hélios tirait son pouvoir afin de rendre les monstres réels ? Si tel était le cas, je savais ce qu'il me restait à faire s'il refusait de se joindre à nous.
Le lendemain ou plutôt le jour même comme il était minuit passé lorsque je retrouvai le sommeil, je me levai comme chaque jour, pensant à la longue journée qui m'attendait.
Ici, tous les jours se ressemblaient. Nous commencions toujours par faire un inventaire de ce que nous avions, puis, si nous manquions de quelque chose, nous allions le voler. Dans le cas contraire…et bien, on faisait la même chose afin de faire des réserves. Mais aujourd'hui, j'avais décidé que cela serait différent.
La première chose que je fis fut d'aller voir comment se portait notre invité. Je frappai à la porte mais je ne reçus aucune réponse. Je commençai à paniquer en pensant qu'il aurait déjà pu partir.
Je descendis les vieux escaliers en courant, évitant les nombreuses irrégularités, franchis le hall à toute vitesse avant de me retrouver dehors. Je regardai de tous les côtés mais je ne vis toujours personne. C'était fini, tous mes plans venaient de tomber à l'eau…
Dépitée, je rentrai à l'intérieur lorsque j'entendis comme un bruit de combat au sous-sol. Certainement le chef qui avait trop bu, encore pensais-je.
Mais en arrivant en bas, mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Hélios était en train de se battre à mains nues contre un des hommes de mon gang. Il ne semblait pas vraiment comprendre ce qu'il se passait et se contentait d'esquiver les coups de son adversaire, qui, au contraire, semblait épuisé.
Alors que mon camarade tentait une nouvelle attaque, Hélios bougea avec une vitesse surhumaine et asséna un violent coup de pied à son adversaire qui s'écrasa, face contre terre, devant les regards hébétés des autres membres.
-Et c'est ainsi que je combats déclara Hélios en se frottant les mains.
-Je comprends mieux comment tu as sauvé Serena hier dit le boss en s'approchant de lui. Tes techniques de combat sont incroyables.
-Non, ce ne sont que de vieux trucs poussiéreux, tout le monde pourrait faire de même répondit Hélios un peu gêné.
Le boss l'empoigna alors par les épaules. Je crus qu'il allait le frapper à son tour, mais non, il se contenta de le regarder droit dans les yeux et dire :
-Enseigne nous tes techniques.
-Oh, moi professeur ? Je ne suis pas sûr que ça soit une bonne idée. Et puis, je dois partir dans peu de temps…
-Ce n'est pas grave, enseigne nous tout ce que tu pourras pendant le temps que tu restes ici…s'il te plait.
J'étais stupéfaire. C'était bien la première fois que je voyais le patron demander quelque chose sans menacer l'intéressé. Hélios hésita un moment, mais devant les regards émerveillés de mes camarades, il finit par céder.
En un sens, j'étais rassurée. J'avais maintenant un peu plus de temps pour le convaincre de nous aider avec ses pouvoirs, car je savais que même super entraînés, nous n'avions aucune chance contre les exécuteurs. Mais d'un autre, cela signifiait également que le temps était compté. Je n'avais pas une minute à perdre.
J'allais relancer ma proposition lorsque mon frère sortit du recoin où il se terrait et vint m'adresser la parole.
-Je n'arrive pas à y croire cracha-t-il.
-Quoi donc ?
-Que le boss se soit laissé corrompre. Nous n'avons pas besoin de ce type, nous ne savons même pas si nous pouvons lui faire confiance.
-Je t'ai déjà dit de te détendre, relax, cool, tout ce que tu veux, mais s'il te plait, arrête de penser que toute la terre est ton ennemi.
-Tu continues à dire cela, même après la guerre ? Tu me déçois Serena, et moi qui pensais que cela t'avait servi de leçon.
Il repartit grogner dans son coin, en me laissant encore sous le choc. Je savais qu'il avait raison, la guerre m'avait appris quelque chose, mais je sentais bien que cet Hélios était différent de tout ce que nous avions connu jusqu'ici.
Je m'assis dans un coin et commençai à regarder Hélios montrer des mouvements qu'aucun d'entre nous n'avait jamais vu auparavant. Ce n'étaient pas des arts martiaux, ce n'était pas non plus de simples coups de poing et encore moins des attaques sauvages. Tout semblait calculé à la seconde près, au millimètre près, afin de causer le plus de dommages possible chez l'adversaire. J'étais sincèrement impressionnée et je me mis à ressentir un sentiment nouveau : l'admiration.
Et oui, lorsqu'on vit dans la rue, admirer quelqu'un n'est pas quelque chose de possible. On peut respecter, craindre, mais pas admirer puisqu'il n'y a rien d'admirable dans ce que nous faisons. Nous nous battons pour survivre, comme des animaux. Mais quand je regardais Hélios se battre, c'était comme si j'étais transportée dans un autre monde, où le combat devenait un art, un sport, possédant des règles, un code d'honneur et surtout, des limites, ce que nous n'avions pas dans la rue.
Est-ce que j'aurais pu, moi aussi, exécuter tous ces mouvements ? Je n'osais même pas essayer de peur d'échouer. Jusque là, la vie en solitaire m'avait appris à ne jamais engager une bataille dont l'issue est incertaine car les pertes étaient en général bien plus élevées que les gains potentiels.
J'assistai à l'entrainement ainsi pendant deux bonnes heures. Cela semblait plaire à mes compagnons, après tout, cela sortait vraiment de l'ordinaire, même s'ils prenaient des roustes monumentales et ne semblaient pas faire de progrès.
Le boss, couvert de bleus et de bosses, finit par en avoir assez et cessa l'entrainement, nous ordonnant de retourner à nos activités habituelles…pour ceux qui en avaient du moins.
Je vis là l'occasion de parler seule à seul avec Hélios. Je vis que, alors que tous les membres du gang étaient essoufflés, Hélios au contraire semblait en pleine forme, ce que je lui fis remarquer.
-Il faut bien que je m'entretienne un peu sinon je vais finir par rouiller déclara-t-il. Tes compagnons ne sont pas mauvais, mais manquent cruellement de techniques, j'ai presque l'impression d'affronter des bêtes sauvages.
-Et si ce n'est pas indiscret, où avez-vous appris ces techniques ?
-A Héliopolis bien entendu. J'en ai bavé avant de toutes les maitriser, mais tu vois le résultat. Oh mais attends…tu es venue car tu veux les apprendre toi aussi, c'est cela ?
-Non, je…
-Inutile de mentir, je vois dans tes yeux que tu en meurs d'envie !
-Vous savez lire dans le regard ? M'exclamai-je.
-Ce n'est qu'une expression me répondit-il en éclatant de rire à nouveau. Bon, boss, je vous emprunte la petite un instant !
-Ah oui, fais comme tu veux marmonna-t-il pendant qu'un de ses sous-fifres lui appliquait une pommade sur ses bleus.
Hélios m'entraina à l'extérieur et me demanda s'il y avait un terrain d'entrainement. Je saisis l'occasion de lui faire faire le sale boulot à notre place et je lui indiquais un ancien stade se trouvant sur le territoire des exécuteurs, ne mentionnant bien sûr pas le dernier point. Il ne se douta de rien et acquiesça.
Nous nous dirigeâmes donc vers ce stade. Nous en avions pour une bonne vingtaine de minutes à pieds et j'en profitai pour questionner Hélios sur son passé qui m'intriguait au plus haut point, mais toutes les réponses qu'il me donnait étaient très évasives, comme un voyage de plusieurs mois, une guerre, la disparition de plusieurs de ses amis, mais rien de très précis. Il ne semblait pas tenir à en parler et cela ne fit qu'éveiller encore plus ma curiosité sur le passé de cet étrange homme sorti de nulle part.
Lorsque nous arrivâmes, le stade était désert. Les exécuteurs devaient être en train de maltraiter quelques personnes ou bien en train d'étendre encore leur influence. Je fus un peu déçue, moi qui aurais tellement voulu revoir Hélios à l'œuvre, mais rien n'était encore joué, ils pouvaient arriver d'une minute à l'autre.
Le stade où je l'avais emmené était autrefois, avant la catastrophe du Zéro Reverse, le plus grand de la ville, capable d'accueillir plus d'un million de personnes. Il s'étendait sur plus de cinquante mètres de long pour une largeur avoisinant les vingt mètres. Il servait tout aussi bien pour les grands tournois de duel de monstres que pour les courses automobiles ou les matchs de foot. A présent, l'herbe envahissait le terrain laissé à l'abandon et les sièges des gradins rouillaient lentement. Les portes d'entrée n'existaient même plus, il n'y avait que des trous béants à la place. Ce n'était plus qu'une ruine de ce qui avait été autrefois une merveille de l'architecture…
Hélios contempla ce triste spectacle un moment, l'air perdu dans ses pensées puis se tourna vers moi.
-Bien, cela devrait faire l'affaire je pense. Suis-moi.
Il alla se placer au centre du stade et me fit signe d'approcher. Sans bien comprendre, je vins à lui. Ce que je n'avais pas prévu, c'était qu'il m'attaque par surprise. Il se jeta sur moi avec un cri de guerre. Trop surprise pour réagir, je reçus le coup de plein fouet et je m'écrasai face contre terre.
-Non mais ça va pas vous ! M'écriai-je avant d'être interrompue.
-Première règle d'un combat, ne jamais baisser sa garde.
-Génial, vous m'apprenez vraiment quelque chose là râlai-je tout en me remettant debout.
-Sans des bases solides, on ne peut pas aller bien loin, tu l'apprendras à tes dépends.
-Ah oui ? Et que dîtes vous de ça !
A mon tour, je me jetai sur lui, poing en avant, visant sa tête, comme j'avais l'habitude de le faire mais, vif comme l'éclair, il se décala sur ma gauche au dernier moment et je frappai dans le vide.
Alors que j'étais déstabilisée, Hélios me donna un petit coup dans le dos qui suffit à me faire manger la poussière encore une fois.
Je ne m'avouai pas vaincue et je me relevai une nouvelle fois puis enchainant les coups de pieds et les coups de poing…dans le vide. Hélios les évitait avec une facilité déconcertante. Si je visais ses pieds, il sautait, et quand je visais son torse ou sa tête, il se décalait simplement vers la gauche ou vers la droite. Je finis très rapidement par être à bout de souffle à force d'attaquer sans arrêt et je marquai une pause dans mon assaut. Les yeux d'Hélios brillèrent et, l'instant d'après, je me retrouvai à voler avant de m'écraser deux mètres en arrière.
Mais qu'est-ce qui n'allait pas avec moi ? Ces techniques m'avaient toujours permis de me sortir de n'importe quelle situation auparavant, que ce soit contre les exécuteurs ou contre d'autres gangs. Mais cet Hélios, il se battait différemment d'eux. C'était comme s'il était capable d'anticiper tous mes faits et gestes, comme s'il avait pensé à mes attaques avant même que je n'y aie pensé moi-même…Il ne se contentait pas de donner des coups dans toutes les directions, espérant toucher quelqu'un, non, tous ses mouvements étaient calculés.
-Alors Serena, tu en veux encore ?
-Un peu oui ! Répondis-je en me remettant debout.
Cette fois-ci, j'allais tenter de faire comme lui, de réfléchir avant chaque attaque, prendre le temps d'analyser la situation. Même si cela laissait du temps à l'adversaire d'attaquer en premier, cela permettait également d'esquiver son attaque avant de riposter.
Je fis signe à Hélios d'attaquer. Il sourit et s'élança, poing en avant. Je vis bien qu'il visait ma tête alors, comme lui, je tentai d'esquiver avec un pas sur le côté. Il frappa dans le vide, visiblement étonné de ma réaction. Profitant de la situation, j'essayai, comme lui, de le mettre à terre en le frappant pendant qu'il était déstabilisé mais, contrairement à moi, il ne s'écrasa pas face contre terre et, avec une roulade au sol, se remit debout pour me faire face en souriant.
-On dirait que tu apprends vite Serena dit-il satisfait. Je n'ai même pas eu besoin de te dire quoi que ce soit, c'est impressionnant.
-Et je n'ai pas fini de vous surprendre !
-J'espère bien, mais toi non plus, tu n'as rien vu.
Nous nous jetâmes l'un sur l'autre en criant quand une voix derrière moi interrompit tous nos mouvements.
-Assez !
Je me retournai, craignant de voir surgir les exécuteurs mais ce que je vis me déplus encore plus. Satoshi venait visiblement d'arriver et nous regardait d'un air mauvais, plus particulièrement Hélios. Il nous avait réellement suivi jusqu'ici, mais pourquoi ?
-Je savais bien que je devais garder un œil sur vous, je savais qu'on ne pouvait pas vous faire confiance dit-il d'un ton glacial.
-Attends Satoshi, ce n'est pas ce que tu crois…tentai-je mais il ne voulait rien entendre.
-Vous faites partie des exécuteurs, je me trompe ? Vous êtes venus nous détruire de l'intérieur, mais je ne vous laisserai pas faire !
Hélios me regarda et me fit un clin d'œil.
-C'est exact, je suis un exécuteur, et j'ai pour mission de vous éliminer. Alors, que vas-tu faire pour m'arrêter ?
Satoshi ramassa une vieille barre de fer qui se trouvait par terre, certainement une partie d'une ancienne barrière, et la brandit devant lui comme une épée. Je ne sais pas ce qu'il lisait comme livre, mais il se croyait vraiment dans l'un d'eux le pauvre.
-Tiens, je ne pensais pas avoir besoin de m'en servir aujourd'hui, mais regarde bien Serena, cela pourrait te servir un jour.
-Oui, c'est sûr que me battre à l'épée me sera utile marmonnai-je toujours furieuse contre mon frère.
Les deux hommes se firent face, l'un avec un regard assassin, l'autre l'air amusé de la situation. Je me mis à l'écart pour éviter un coup perdu et ainsi perdre quelque chose d'important comme un œil ou un bras.
Le pauvre Satoshi n'avait aucune chance si Hélios se battait aussi bien à l'épée qu'à mains nues. Je soupirai intérieurement. Je savais bien qu'il essayait de me protéger, mais il en devenait ridicule. Il avait toujours été ainsi, en tant que frère, il s'était juré que rien ne m'arriverait tant qu'il serait là et il avait fini par devenir totalement paranoïaque, voyant du danger partout. Ce qu'il ne comprenait pas, c'était que je pouvais me défendre seule…
Satoshi passa à l'attaque en premier et tenta d'assommer Hélios en utilisant sa barre de fer comme une massue, mais évidemment, ayant anticipé son mouvement, l'homme à l'armure avait placé sa propre épée au dessus de sa tête, bloquant l'attaque. Satoshi recula immédiatement, évitant la riposte d'Hélios et se remit en position.
Il grogna un peu avant de tenter un autre aussi visant le bras d'Hélios tenant l'épée, dans l'espoir de le lui briser certainement. Sans surprise, Hélios n'était déjà plus là quand Satoshi délivra son coup dans le vide.
De plus en plus énervé, mon frère finit par faire comme moi et asséner une pluie d'assauts visant à épuiser son ennemi. Cependant, je savais maintenant que cela épuisait plus l'attaquant que l'attaqué. Hélios contra chacune de ses attaques soit en les évitant, soit en faisant dévier la barre de fer avec la lame de son épée.
-Il serait peut-être temps d'arrêter, tu ne penses pas ? Suggéra Hélios en regardant mon frère.
Celui-ci était visiblement à bout de souffle, la sueur perlait sur son visage et ses bras, mais il refusait d'abandonner. Pour tout réponse, il repassa à l'attaque.
Hélios soupira et, d'un coup majestueux, désarma son adversaire. La barre de fer vola dans les airs tandis que mon frère tomba à genoux, ne pouvant plus faire un geste. Il semblait sidéré par ce mouvement et dut se rendre compte qu'Hélios ne faisait que jouer avec lui depuis le début. Mais je voyais dans son regard qu'il n'était pas prêt à abandonner.
-Vous ne vous en tirerez pas aussi facilement ! Dit-il tout en se relevant tant bien que mal.
-C'est amusant, c'est exactement ce que nous allions dire rugit une voix venant des gradins.
Comme une seule personne, nous nous retournâmes dans la direction d'où provenaient ces mots. Je crus que mon cœur allait s'arrêter de battre.
Un grand homme nous observait d'un regard rempli de haine et de colère depuis le dernier rang des gradins. Il portait un bandeau sur le front lui donnant un air de ninja et ses longs cheveux noirs volaient dans le vent. Ses yeux brillaient d'un éclat sombre reflétant tout le mépris qu'il avait pour nous, membres des gangs rivaux. A ses côtés se tenait une dizaine d'hommes armés de massues, couteaux et battes de baseball ayant l'air aussi peu amicaux que lui.
-Qui est ce guignol ? Demanda alors Hélios.
-Guignol ? Reprit l'homme l'air outré. Montre un peu plus de respect je te prie. Je suis le chef des Exécuteurs, Ramon, et vous vous trouvez actuellement sur notre territoire.
