Heya, je suis assez fière de mon peu de retard sur cette publication... quoique je ne sois plus très sûre d'avoir un véritable planning de publication mais enfin, j'essaie :-) En tous cas, j'espère que ce chapitre vous plaira, on ne peut pas dire qu'il s'y passe grand chose mais je trouve que c'est quand même important pour la suite.
Un grand merci à Caromadden (non, elle n'est pas enceinte mais c'est vrai que ça aurait pu être ça... et puis il va falloir attendre encore un peu pour la réconciliation mais j'essaierais de faire apparaître Severus de temps à autre), Lily (merci), Shaushka (il n'était pas si court mais ok, pas rapport au précédent il l'était ;-)), Philae (ah, ah, tu verras...) et Arwenn (eh bien la grandeur de la maison... c'est vrai que c'est peut-être un peu excessif mais n'oublions pas qu'ils viennent de familles aisées habitué à beaucoup d'espace et puis il y a tout juste assez de chambres :-)) pour leurs reviews qui me font toujours autant plaisir.
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PS : pour le site, en fait il manquait des traits bas (la touche du 8) entre "make a wish" et après Londres : http://makeawish.myblog.fr/Maison-de-Megan-a-Londresalb57156.html
oxoOoxo
Mercredi 2 mai 2006
Une petite hermine blanche grimpa avec agilité de hauts escaliers de pierres, traversa un long couloir tapissé de vieux portraits puis se faufila entre les battants d'une large porte de bois sculpté. Le curieux mammifère trotta ensuite, la tête haute, à travers une enfilade de pièces claires, ses griffes crissant sur le parquet. Pénétrant dans une salle légèrement moins vaste, l'animal au pelage immaculé se dirigea vers le long bureau qui en occupait le centre. Une jeune femme aux boucles ébène y était installée et pianotait sur le clavier d'un ordinateur portable tout en s'interrompant de temps à autre pour prendre une gorgée de la tasse fumante posée à sa droite. L'hermine passa sous le meuble pour venir se poster aux pieds de la sorcière aux yeux de jade qui fredonnait au rythme de la musique qui résonnait dans la pièce.
Megan, se sentant observée, quitta un instant l'écran du regard et sourit lorsqu'elle prit conscience de la présence de son familier. Soulevant Psyché d'une main et la caressant sous le menton, la descendante de Merlin s'étira avec délice. Elle travaillait sur la mise en forme du règlement intérieur du projet et de certains protocoles d'urgence depuis plus de deux heures maintenant et l'interruption était la bienvenue. Repoussant légèrement son fauteuil, la jeune femme se leva et rejoignit la terrasse sur laquelle s'ouvraient les doubles baies vitrées de son bureau. Elle savoura la douceur de cette matinée de mai, admirant le paysage qui s'étendait devant elle. Les rayons du soleil printanier baignaient les jardins du Manoir Malfoy d'une lumière dorée et auréolaient d'ambre les massifs rocheux qui entouraient la propriété.
Un tableau enchanteur que la jeune femme ne se lassait pas de contempler, ses boucles ébène dansant doucement sous la brise légère qui portait avec elle le parfum délicat des premières lavandes. Soupirant de satisfaction, Megan s'accouda au garde-fou de fer forgé, s'enivrant de la quiétude et de la beauté des lieux. Même si le manoir où elle avait passé son enfance aurait toujours sa préférence, ce petit coin de Provence – pas si petit que ça se serait récrié Lucius si il avait pu lire dans ses pensées – était devenu comme une seconde maison. Elle savait bien sûr que c'était moins le cadre que les personnes qui vivaient là qui l'attiraient indéniablement. Beaucoup ne pourraient pas comprendre, si elle venait à le leur avouer, qu'elle puisse se sentir davantage en sécurité – et même parfois davantage entourée – auprès des Malfoy qu'auprès de ses propres parents.
Ce n'était absolument pas de la faute de ces derniers. Elle les aimait profondément et se savait aimée par eux. Mais ici elle pouvait être elle-même, elle avait l'impression d'une plus grande liberté, d'une plus grande écoute. Narcissia et Lucius comprenaient qu'elle n'ait pas toujours envie de parler, ils respectaient ses secrets et acceptaient la part d'ombre en elle. Non pas que James ou Lily ne l'aient jamais repoussée ou critiquée mais… Ils savaient tous qu'elle était plus 'Serpentard' qu'aucun Potter ne l'avait jamais été et, quelques fois, il lui était difficile de se confier à eux.
- « Megan, chérie ? »
La voix de Narcissia la sortit brusquement de sa rêverie et la jolie sauveuse du monde sorcier, un léger sourire aux lèvres, regagna l'intérieur du bâtiment.
- « Dans le bureau ! » indiqua t'elle à son aîné tout en reposant Psyché sur le sol avec une dernière caresse.
L'hermine, manifestement satisfaite, s'éloigna en trottinant vers le salon où elle s'installerait sans nul doute sur son pouf préféré pour une petite sieste en attendant l'heure du déjeuner. Deux coups discrets frappés sur la porte l'avertirent de la présence de la maîtresse de maison et c'est avec un plaisir sincère qu'elle l'invita à entrer.
- « Alors, tu travailles dur ? » s'enquit Narcissia avec une pointe de malice et une évidente affection.
- « J'essaie » répondit Megan sur le même ton, les yeux rieurs. « Je vais te tirer les pages que j'ai modifiées » annonça t'elle avant de démarrer l'imprimante. « Au fait, Utah m'a apporté une part de moelleux aux noisettes avec mon thé, c'est délicieux… Tu veux goûter ? » fit la jeune femme, l'air mutin.
L'épouse de Lucius marmonna quelque chose comme 'corruption… elfe de maison… impossible…' en riant puis prit place sur la chaise qui faisait face au fauteuil de sa cadette.
- « Merci, chérie, mais je crois que vais plutôt attendre le déjeuner » répondit l'aristocrate aux boucles blonde avec humour
- « Ah, mais ce sera du crumble aux fruits rouges en dessert » l'informa sa jeune compagne, mi-espiègle mi-contrite.
A chacun de ses séjours au Manoir Malfoy les elfes se mettaient en quatre pour lui offrir ses plats préférés, notamment en matière de sucreries. Lucius, dont le penchant pour les mets sucrés était méconnu, s'en délectait alors que Narcissia subissait cet état de fait avec une bonne volonté sans faille. De toutes façons, comme le faisait régulièrement remarquer son mari avec un petit air supérieur, ce n'est pas comme si il avait besoin de faire attention à sa ligne. Et, effectivement, personne ne pouvait nier le fait que Lucius Malfoy était l'un des sorciers les plus séduisant de sa génération, voir de son siècle…
- « Et en plat ? » s'informa Narcissia, mine de rien, alors que sa cadette faisait apparaître une seconde tasse et y versait une généreuse rasade de thé fumant puis la poussait vers elle.
- « Filet de Saint-Pierre et fondue de poireaux à la crème » lança machinalement Megan avant de se rendre compte qu'elle venait de se dénoncer. « Bon, okay, il se peut que je fournisse des idées à Utah en ce qui concerne les repas, » avoua t'elle les pommettes roses, « mais elle n'est pas obligée de me prendre au pied de la lettre » ajouta la jeune femme, non sans une certaine pétulance.
Son aînée la considéra avec une affectueuse indulgence et jugea prudent de ne pas lui rappeler que la grande majorité des elfes de maison de Grande-Bretagne l'idolâtraient et bénissaient littéralement le sol qu'elle foulait. Narcissia savait pertinemment que ce n'était pas quelque chose que l'ex-professeur de DCFM appréciait… bien au contraire.
- « Les travaux avancent-ils bien à Kensington ? » l'interrogea donc l'aristocrate, préférant changer de sujet.
- « Oui, oui. Tout devrait être prêt d'ici un mois » répondit Megan, visiblement ravie. « Il ne me restera plus qu'à choisir les meubles, la déco et je pourrais m'installer » déclara t'elle avec un enthousiasme mêlé d'impatience.
- « Ce n'est pas pressé » la tempéra sa compagne en fronçant légèrement les sourcils. « Lucius et moi aimons beaucoup t'avoir ici, avec nous » lui rappela t'elle, sincère.
- « Je sais, 'Cissia. Et je vous en remercie » la rassura sa cadette avec un sourire affectueux.
- « Au fait, tu te souviens que nous avons rendez-vous au ministère cette après-midi ? » reprit Narcissia, souriant à son tour.
- « Ne m'en parle pas… » fit la ravissante descendante de Merlin, l'air faussement accablée, entre deux gorgées de thé. « En plus, il faut que j'y retourne demain soir pour un quelconque gala auquel papa tient absolument que je participe » maugréa t'elle avant de se lever pour aller chercher les feuilles que la machine avait fini d'imprimer. « Ma première apparition publique depuis… jamais » conclut la sauveuse du monde sorcier en secouant ses boucles ébène, un vague sourire amusé flottant sur ses lèvres.
- « Pauvre chérie » compatit la blonde, un brin taquine, alors qu'elle se saisissait des feuilles que sa cadette lui tendait. « Quelle robe vas-tu porter ? » s'enquit-elle, soudain curieuse.
- « Je souffre horriblement et toi tu me parles chiffon ? » fit mine de s'indigner Megan, les points sur les hanches et le regard pétillant de malice. « Je suis incomprise… » geignit-elle avec emphase avant de pousser un soupir à fendre l'âme, démenti par le sourire taquin qui menaçait d'étirer ses lèvres.
Narcissia arqua un délicat sourcil et les deux sourcières se jaugèrent un instant avant d'éclater de rire. Cette journée ne s'annonçait pas si mal après tout…
xxx
Jeudi 10 mai 2006
- « Tu es prête, Jade ? » demanda Megan avec une affection teintée d'inquiétude à la fillette blottie dans ses bras.
La jeune femme aux boucles ébène et l'enfant se tenaient dans le hall de l'orphelinat, sur le point de transplaner pour Paris. Jade, une main passée autour du cou de son aînée et l'autre agrippant fermement une licorne en peluche, semblait confiante mais son regard onyx trahissait une pointe d'appréhension. La descendante de Merlin, consciente de cette tension déposa un baiser sur la tempe de Jade et lui offrit un sourire tendre que la petite lui rendit volontiers.
- « On va retrouver Lucius et après on ira se promener dans un grand jardin tous les trois » lui rappela Megan d'un ton doux et rassurant. « Tu te souviens de Lucius ? C'est le monsieur avec les longs cheveux blond qui est venu la semaine dernière. C'est un ami à moi, un peu comme… comme un oncle » tenta t'elle d'expliquer sans trouver les mots adéquates.
En fait, c'est Narcissia qui devait les accompagner aujourd'hui, mais une urgence concernant le projet la retenait au ministère et Megan n'avait pas voulu reporter cette sortie. Depuis deux semaines, elle la promettait à Jade et la fillette lui avait transmis, à sa manière, le plaisir que lui procurait par avance l'idée de ce moment en dehors des murs de l'orphelinat. Par ailleurs, elle avait réussi à convaincre Lucius de rencontrer les petits pensionnaires à qui il avait fourni un toit et, quoiqu'en dise l'aristocrate, il était immédiatement tombé sous le charme de la petite fille aux yeux sombres. Cette dernière, sentant la confiance que Megan avait en l'homme, s'était montrée timide mais non pas sauvage et avait offert un véritable sourire au sorcier lorsqu'il avait transformé un cube de plastique en un magnifique papillon.
- « Uss ? » répéta Jade, observant son aînée avec attention, la tête penchée sur le côté.
- « C'est ça, Lucius » approuva Megan, rieuse, alors que l'enfant souriait avec une satisfaction toute innocente.
Depuis quelques temps Jade s'était mise à répéter des sons qu'elle reliait à des objets ou des personnes et l'ex-professeur de DCFM ne pouvait s'empêcher d'en être terriblement fière. Ainsi sa licorne en peluche, Elanor, était devenue 'Nor'. Les ballons répondaient tous au nom de 'labon'. Charlotte était désignée par 'Lotte', Narcissia par 'Ssa' et Megan par 'Mane'. Il y avait aussi 'Feur' pour fleurs, le 'Mmm' réservé à la purée de carottes et à la compote pomme-abricot, l'inévitable 'Non', qu'elle maîtrisait toujours très bien, et diverses syllabes qui semblaient correspondre à une large variété d'actions.
- « Alors, on va transplaner maintenant, d'accord ? » reprit la sorcière aux yeux émeraude et Jade resserra sensiblement sa prise autour de sa nuque. « Il est possible que ça te fasse un peu peur parce que c'est impressionnant au début mais je suis là alors il ne t'arrivera rien » fit-elle en caressant doucement le dos de l'enfant pour la rassurer.
Deux secondes plus tard, elles apparaissait dans le salon du loft parisien où Draco seul vivait encore d'une façon plus ou moins constante. Lucius était déjà là, installé dans le canapé avec son élégance habituelle, et se leva prestement à leur arrivée dans la pièce. L'aristocrate embrassa Megan sur le front et sourit en observant Jade qui avait enfoui son visage contre l'épaule de la jeune femme durant le transplanement.
- « Bonjour mademoiselle » fit le séduisant sorcier à l'attention de la fillette.
L'enfant, toujours blottie contre la jolie anglaise, ouvrit précautionneusement un œil et le referma aussitôt. Megan et Lucius échangèrent un sourire et la descendante de Merlin passa doucement ses doigts dans les boucles noires de Jade. Peut-être aurait-il été plus judicieux de passer cette journée au manoir Malfoy plutôt que de venir ici puis de sortir dans Paris. Mais elle pensait que Jade avait besoin de voir d'autres gens, de 'sortir' réellement dans le monde moldu, qui lui était plus familier que celui des sorciers. Du reste, il lui semblait plus approprié qu'ils soient en plein air pour cette première journée à l'extérieur de l'orphelinat.
- « Dis, Jade, tu voudrais que je te montre ma chambre avant qu'on aille au parc ? » proposa Megan en pinçant gentiment le nez de la fillette qui avait momentanément relevé la tête.
La petite acquiesça et jeta un coup d'œil furtif à Lucius qui lui sourit avec douceur. Deux heures plus tard, le fier sorcier à la chevelure cendrée était assis sur l'un des bancs qui bordaient l'aire de jeux du petit jardin public parisien où Megan les avait conduits. La jeune femme, ravissante dans un bermuda gris et une chemise aubergine, était à présent auprès de Jade qui jouait à tirer une petite girafe de bois montée sur roulettes tout autour du bac à sable. Depuis qu'ils étaient arrivés, l'enfant s'était notablement enhardie. Pendant la première demi-heure, elle était restée assise sur les genoux de la descendante de Merlin qui lui avait lu des histoires. Ensuite elle avait voulu faire le tour de l'aire de jeu en se tenant fermement à la main de son aînée.
Puis elle avait essayé toutes les balançoires, les unes après les autres ainsi que le bac à sable sous le regard bienveillant de Lucius. Celui-ci savait pertinemment que Megan n'avait besoin de personne pour l'aider à s'occuper de Jade. Elle avait besoin d'être rassurée par une présence maternelle – ou plutôt paternelle dans ce cas précis – dans son rôle de futur parent. Il se prêtait d'ailleurs au jeu avec plaisir. Depuis ce premier été qu'elle avait passé avec eux, quelques douze ans auparavant, il la considérait quasiment comme sa propre fille et la petite était adorable. En fait, par certains points, elle ressemblait beaucoup à l'image qu'il se faisait de Megan lorsqu'elle était enfant…
- « Monsieur, si je peux me permettre, » pipa une vieille dame au visage ridé et avenant qui était assise sur le banc à la droite du sien, « vous avez une femme et une fille charmantes » fit-elle avec un sourire qui respirait la sincérité.
- « En fait, madame… » commença Lucius dans l'intention de la détromper, avant de changer d'avis, « en fait, je suis le grand-père » déclara t'il en souriant.
Techniquement c'était un mensonge mais personne n'était là pour le contredire, n'est-ce pas ?
- « Oh, pardonnez-moi, vous me semblez si jeune ! » s'excusa son interlocutrice, confuse.
- « Ce n'est rien » la rassura l'aristocrate, affable, tout en songeant que ses anciens camarades mangemort seraient atterrés de le voir converser – aimablement – avec une moldue.
La vieille femme ne s'attarda pas et Lucius reprit son observation. Megan et Jade se poursuivaient à présent à tour de rôle, leur course ponctuée d'éclats de rire. C'était bon de les voir ainsi. Toutes les deux. Heureuses. C'était rare de voir Megan ainsi. Surtout depuis qu'elle avait quitté Severus. Il pouvait prédire que la séparation serait douloureuse ce soir…
- « Uss ! » s'exclama Jade en riant, depuis les bras de la jeune sauveuse du monde sorcier.
- « Jade, je suis heureux de voir que tu t'amuses bien » répondit l'aristocrate aux yeux d'acier avant de tendre les bras en une invitation implicite. « Tu veux venir avec moi un moment ? Megan doit être fatiguée de porter cette grande fille, non ? » fit-il avec un sourire taquin.
La fillette sembla hésiter juste un moment, chercha le regard de Megan puis, semblant y trouver un encouragement, passa de ses bras à ceux de Lucius. Elle s'y tint raide les premières secondes puis se détendit progressivement, fasciné par les longs cheveux blond cendré du célèbre Lord Malfoy. L'éducatrice de jeunes enfants lui passa sa licorne en peluche et sourit lorsque l'enfant la serra contre elle et mit son pouce dans sa bouche. Une vague de culpabilité la toucha de plein fouet. Lucius et Jade formaient un tableau des plus attendrissants et elle était infiniment reconnaissante à son aîné d'être là pour elle aujourd'hui. Mais, d'un autre côté, elle s'en voulait par rapport à son propre père et à Lily. Ils étaient ses parents après tout et ils avaient toujours été là pour elle.
Si Jade devenait aussi importante qu'elle le souhaitait dans sa vie, ils méritaient d'être prévenus avant tout le monde, non ? Toutefois, il était également vrai que ces derniers temps c'étaient auprès de Narcissia et de Lucius qu'elle trouvait refuge. D'autant qu'ils étaient les seuls, avec Blaise à être au courant du projet… Et Severus. Elle aurait tant voulu partager ça avec lui. Parce que si Jade… Enfin, si 'ça' arrivait, ça changerait pas mal de choses. Ça les compliquerait en tous cas… Megan chassa ces pensées de son esprit. Si la situation devenait 'sérieuse' alors elle les préviendrait tous. En attendant…
- « Et si on allait goûter maintenant ? » proposa t'elle avec un enjouement forcé qui n'échappa à aucun de ses interlocuteurs. « Il est bientôt cinq heures et tu dois avoir faim, puce » fit la jeune femme aux boucles ébène en chatouillant Jade qui hocha vivement de la tête avant d'éclater de rire. « On pourrait passer chez Kayser pour leur prendre un financier au thé vert et une part de tarte Monge pour nous » ajouta t'elle à l'attention de l'aristocrate dont le regard s'était allumé à la mention de la première pâtisserie. « Qu'est-ce que tu en penses, Jade ? Est-ce que Lucius l'a mérité ? » s'enquit-elle en faisant mine d'hésiter.
- « Vi ! » déclara Jade en battant des mains.
- « Très bien, alors c'est parti » déclara Megan, rieuse, avant de passer un bras sous celui de Lucius qui était libre.
- « Que dirait Rita Skeeter si elle nous voyait ainsi ? » plaisanta celui-ci, feignant l'horreur, alors qu'ils s'éloignaient entre les allées boisées.
- « Imbécile… » le gronda la descendante de Merlin, mi-amusée mi-exaspérée.
xxx Vendredi 18 mai 2006Draco, Théo, Aurore, Megan et Chloé étaient réunis dans le salon de cette dernière et discutaient tout en gardant une oreille à l'écoute de la petite Elisabeth qui dormait à l'étage. Les mélodies, aux accents gaéliques, des Corrs résonnaient dans ce grand appartement, près de la place d'Italie, que le couple Everett-Lépré avait acquis peu avant son mariage. Les deux jeunes gens l'avaient décoré avec goût et simplicité dans un esprit loft qui reflétait à merveille le caractère de ses propriétaires. L'espace inférieur du dupleix était totalement décloisonné et il s'en dégageait une harmonie qui mêlait élégance et modernité. Les placards de la cuisine américaine, d'un éclatant bordeaux métallisé, apportaient quelques touches de couleurs à l'atmosphère zen, soulignée par des murs crème, décidément zen de la pièce.
Du côté de la salle à manger trônait une immense table de bois clair, entourée de six chaises assorties, où avait été oublié un ordinateur portable et un hochet d'enfant. L'édition originale de 'Parce que je t'aime' de Guillaume Musso et un numéro de 'Cosmopolitan' datant du mois de février paressaient sur la console qui semblait soutenir un immense miroir à l'esprit très XVIIIème. Le mobilier du salon se composait, lui, d'un canapé d'angle et de trois fauteuils de velours bordeaux. Deux épais tapis de la même teinte recouvraient le parquet flottant et de lourds rideaux assortis encadraient les deux baies vitrées qui s'ouvraient sur une superbe terrasse. Un feu, joyeux mais sans chaleur, brûlait dans la cheminée de marbre noir reliée, en permanence, au réseau sorcier.
La table basse, de bois clair également, s'accordait aux étagères, croulant sous les DVD et les cadres aux tailles et aux formes les plus variées. Chloé, passionnée de cinéma possédait une collection impressionnante et éclectique de films en tous genre. De 'Cuirassé Potemkine' d'Eisenstein à 'Jules et Jim' de Truffaut en passant par 'Coup de Foudre à Notting Hill' de Roger Michell et les deux premières saisons de 'Stargate Atlantis'… La jeune maman semblait radieuse, toute trace de sa grossesse déjà effacée, excepté cet éclat de bonheur qui paraissait l'illuminer en permanence. Draco et Megan échangèrent un regard complice alors que le regard de la brunette se perdait dans le vague et qu'un sourire étirait rêveusement ses lèvres, se remémorant sans doute un souvenir heureux.
Ses amis étaient on ne peut plus heureux pour elle, même si la sorcière aux yeux de jade ne pouvait s'empêcher, parfois, d'éprouver une pointe de jalousie. Elle n'était pas jalouse de Chloé mais plutôt de cet équilibre et de cette sérénité qu'elle avait trouvée auprès d'Antoine et de, plus récemment, la petite Lizzie. Cela ne durait jamais et la ravissante jeune femme s'en voulait toujours énormément après l'un de ces rares instants qui la faisaient immédiatement penser à Severus et… Elle ne voulait pas aller par là, c'était encore trop douloureux. Souvent, dans ces moments de douloureuse mélancolie, c'est l'image de Jade et de son adorable petit air espiègle qui lui redonnait le sourire.
- « Je pense qu'elle est réveillée… » fit la propriétaire des lieux en reposant son verre de coca light alors que de légers bruits se faisaient entendre depuis le petit appareil sorcier, équivalent des 'baby phones' moldus.
D'un regard elle invita Megan à la suivre à l'étage et les deux jeunes femmes gravirent les escaliers dans un silence détendu. La libraire irlandaise savait que son amie, même si elle n'en disait rien, souffrait énormément de sa rupture avec le maître des potions. En particulier de l'effondrement brutal des rêves d'avenir et de famille qu'elle avait pu imaginer, sans doute inconsciemment, autour de lui. Ainsi, Chloé essayait de la faire sentir le plus possible comme faisant partie d'une famille. Elle soupçonnait que la sorcière aux boucles ébène l'avait plus ou moins démasquée mais, la jeune anglaise ne protestant pas, la brunette continuait d'agir de la même manière. D'autant plus que si elle pouvait confier sa fille à quelqu'un à qui elle pouvait faire pleinement confiance, c'était bien à Megan.
Evidemment, elle faisait confiance à ses parents, à ceux d'Antoine et à leurs amis en général. Mais la descendante de Merlin était la seule, parmi eux, dont s'occuper de petits enfants était précisément le métier et donc la seule, d'après Chloé, qui savait vraiment ce qu'elle faisait avec le bébé. D'ailleurs cela se voyait à sa façon de tenir Lizzie, avec naturel et assurance, et à la façon dont la petite réagissait avec elle, calme et confiante… Lorsqu'elles arrivèrent sur le seuil de la chambre d'enfant, la sauveuse du monde sorcier prit un instant pour embrasser la pièce du regard. De belles dimensions, elle était éclairée par une large fenêtre à présent obscurcie par des rideaux crème qui se mariaient à merveille avec les murs d'un tendre jaune-orangé.
'Abricot' si l'on en croyait l'appellation de la peinture qu'avait utilisé Antoine. Le couple ne connaissant pas, à l'époque, le sexe du futur bébé, avait choisi une teinte neutre et chaleureuse. A mi hauteur une frise assortie et décorée de petites licornes avait été dessinée par les soins de Megan. Sur les étagères étaient alignées d'adorables peluches dont certaines avaient appartenu à Chloé, qui avait tenu à transmettre cet héritage à sa fille. Un berceau de bois clair occupait le centre de la pièce et la jeune femme aux yeux émeraude eut un sourire en songeant à la 'guerre' qu'avait mené la jolie irlandaise pour bannir de la chambre tout item ayant trait, de près ou de loin, à 'Dora l'exploratrice'. Antoine trouvait le personnage amusant alors que sa femme l'abhorrait au plus haut point.
La jolie brunette avait gagné bien sûr – elle gagnait presque tout le temps – d'autant que, cette fois, Draco, Théo, Aurore et Megan avaient tous été de son côté… Il y avait encore un cheval de bois au pelage pêche, un confortable fauteuil à bascule, quelques jouets et une collection, déjà importante, de livres pour enfants.
- « Coucou ma puce… » murmura tendrement l'irlandaise aux boucles brunes alors qu'elle se penchait sur le bébé qui lui répondit par un adorable sourire.
Chloé prit sa fille dans ses bras avec une infinie délicatesse alors que l'enfant, les yeux grands ouverts, observait avec attention son environnement avant de se fixer sur le visage rieur de sa mère.
- « Tu as bien dormi mon cœur ? » l'interrogea tendrement cette dernière, tout en jouant avec ses petits doigts avant de déposer un baiser sur son front. « Tu peux la prendre pendant que je sors de quoi la changer ? » s'enquit-elle à l'intention de sa meilleure amie qui sourit en acquiesçant doucement.
Une fois la petite Lizzie confortablement installée contre sa poitrine, Megan la détailla avec affection. En toute objectivité – et non parce qu'il s'agissait de sa filleule – elle trouvait que la fille de Chloé était le plus beau bébé qu'elle n'ait jamais vu… mis à part Jade. Mais Jade n'était plus vraiment un bébé. La petite Elisabeth June Everett-Lepré possédait de fines boucles brunes aux reflets auburn. Un visage pâle aux traits harmonieux dans lequel ressortaient de grands yeux verts tirant sur le turquoise. Un petit nez que la jeune femme jugeait parfait et de petites lèvres roses délicatement dessinées… Elle était tout simplement adorable.
- « Bonjour jeune fille » souffla affectueusement la descendante de Merlin alors que le bébé attrapait une mèche ébène avec sa menotte. « Comment vas-tu aujourd'hui ? » fit-elle d'une voix douce en passant un doigt sur le nez de l'enfant.
La fillette la fixa avec curiosité puis esquissa un sourire qui fit fondre Megan. Elle ne doutait pas que la jeune Everett-Lepré briserait de nombreux cœurs lorsqu'elle serait en âge de le faire, tout comme sa maman l'avait fait avant elle – et avant de rencontrer Antoine… La sauveuse du monde sorcier avait encore parfois un peu de mal à réaliser que deux d'entre eux étaient déjà mariés et parents. C'était un peu effrayant quand on y songeait. Habitués pendant une vingtaine d'années à n'être que les enfants de quelqu'un, nos parents en l'occurrence, on devenait nous-même responsable d'un enfant. Cela signifiait-il qu'on arrêtait d'être un enfant pour de bon ? Elle n'avait jamais vraiment ressenti le passage de l'enfance à l'âge adulte. Elle avait eu trop de responsabilités trop tôt puis trop de liberté.
Elle s'était sentie terriblement vieille à seize ans et délicieusement jeune à vingt et un. Mais maintenant, quatre ans plus tard, une étrange sensation de manque pointait son nez. Un peu comme si quelque chose lui faisait défaut. C'était peut-être pour ça qu'elle ne s'était pas jugée prête à s'ouvrir totalement à Severus. Elle ne se sentait pas assez stable. Il lui semblait avoir besoin d'une sorte de port d'attache, au sens propre comme au figuré. Un endroit où se sentir chez elle – sa nouvelle maison donc – et une personne qui la rattacherait à cet endroit, une personne qui aurait besoin d'elle, vraiment. Peut-être que cette personne était Jade. Cette chère petite Jade. Ou peut-être pas. L'avenir le lui dirait… Une petite main agrippa son index, la tirant de ses réflexions et elle sourit tendrement à Elisabeth qui paraissait la contempler avec un air légèrement interrogatif.
- « Tu vas voir du monde aujourd'hui » la prévint l'ex-professeur de DCFM en posant sur elle un regard émeraude pétillant d'espièglerie. « Draco et Aurore sont venus exprès pour ça et Blaise nous rejoindra pour le dîner. Tu sais, c'est le jeune homme était venu ici avec moi jeudi dernier » expliqua t'elle à l'enfant tandis qu'elle s'avançait vers l'une des étagères. « Oh, je vois que maman t'a acheté une nouvelle boîte à musique » constata Megan avec une pointe de malice.
Il s'agissait en fait d'une boîte à musique magnétique. Sous la forme non d'un coffret mais d'une sorte de table miniature dans les tons de blancs et de rose sur laquelle avaient été posés deux figurines aux formes arrondies. Une lapine à robe parme et une étrange – mais néanmoins adorable – créature ailée. Chloé, qui les avait rejointes entre temps, marmonna quelque chose comme 'quoimaisnonmaispasdutout' avant de tourner la petite clef sur le côté de l'objet. Une douce mélodie s'éleva dans la pièce alors que les personnages se mouvaient sur leur socle. Les deux jeunes femmes restèrent ainsi un moment à observer le mouvement quasiment hypnotique – quoiqu'un peu haché – des figurines, jusqu'à ce qu'un geste du bébé ne les ramène brusquement à la réalité.
- « Hey, Lizzie, tu vas venir avec maman maintenant, d'accord ? » fit la brunette en déposant un léger baiser sur la main de sa fille avant de la reprendre dans ses bras. « Je vais te changer puis on descendra pour retrouver les autres au salon » l'informa t'elle très sérieusement alors qu'elle l'allongeait avec délicatesse sur la table à langer.
La fillette commença à pleurnicher, n'appréciant sans doute pas d'avoir quitter des bras chauds et confortables pour un fin matelas de plastique. Chloé secoua doucement ses boucles brunes puis fredonna la berceuse préférée d'Elisabeth qui se calma progressivement et se mit à jouer avec ses propres mains. Megan sourit devant ce tableau de félicité familiale avec peut-être une petite pointe d'envie teintée d'espoir. La journée qu'elle avait passée avec Jade, à Paris, avait été parfaite. Même si la jeune femme s'était sentie nerveuse au début, les choses avaient rapidement pris leur place. Elle ne pouvait qu'être ravie de la facilité avec laquelle Jade et elle avaient trouvé leur équilibre. L'enfant avait paru enchanté de leur petite escapade, se montrant bien plus enjouée et exubérante qu'elle ne l'avait jamais été.
Le temps était passé bien trop vite, la séparation avait été plus douloureuse que jamais et l'ex-professeur de DCFM songeait déjà à leur prochaine sortie. Si tout se passait aussi bien alors peut-être que c'était un signe. Peut-être que le moment était enfin venu. Le moment de prendre des risques, de se donner une chance d'être heureuse…
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Mardi 30 mai 2006
- « Darian, où est-ce qu'on va ? » s'enquit la charmante sorcière aux boucles ébène dans un murmure alors qu'ils suivaient un groom en costume sombre à travers une enfilade de pièces plus majestueuses les unes que les autres.
L'élégant vampire esquissa un sourire mystérieux et resserra légèrement le bras qu'il avait passé autour de sa taille fine sans dire un mot. Megan adopta une expression boudeuse mais consentit à continuer d'avancer tout en admirant au passage les sculptures et les tableaux qui ornaient les couloirs du Ritz parisien. Avec sa petite jupe noire et son haut de mousseline taupe, elle se sentait vaguement déplacée dans ce décor somptueux. Quand Darian était passé la chercher pour déjeuner, plus tôt dans la matinée, son petit air de comploteur satisfait aurait du lui mettre la puce à l'oreille. Lorsque le taxi les avait déposés devant le perron du célèbre hôtel, sa curiosité avait définitivement été piquée mais il s'agissait Darian et elle pouvait raisonnablement s'attendre, avec lui, à une certaine mesure de luxe et… d'extravagance.
Ainsi, quand son compagnon avait donné son nom à l'accueil et qu'un groom les avait aussitôt invités à le suivre, dans la direction opposée à celle du restaurant, la jeune femme avait été surprise mais pas totalement prise de court. Du reste, elle avait confiance en son ex-amant et cette 'aventure' avait quelque chose d'euphorisant. Comme une sorte de répit, une brise bienfaisante dans la terrible tempête d'évènements qui caractérisait cette période de sa vie. Elle avait tellement de décisions à prendre, tellement de responsabilités sur ses frêles épaules qu'il lui semblait parfois qu'elle allait exploser…
- « Ça va, chaton ? » fit le séduisant brun, inquiet de l'air un peu absent de sa cadette.
- « Oui, oui » le rassura t'elle avec un léger sourire. « J'étais juste perdue dans mes pensées » ajouta t'elle avec une touche d'espièglerie qui n'atteignit pas ses yeux de jade.
- « Tu as l'air fatiguée, chaton » poursuivit Darian, les sourcils froncés. « Tu avais l'air plus… enjouée la dernière fois que je t'ai vu » élabora t'il en la couvrant d'un regard tendre.
E pour cause, songea Megan avec mélancolie, la dernière fois qu'ils s'étaient vus remontait à six mois et, à l'époque, elle était parfaitement heureuse avec Severus et son projet n'avait pas encore pris toute l'ampleur qu'il avait aujourd'hui. A présent, elle était redevenue célibataire – mais toujours désespérément amoureuse de son maître de potions – et il y avait tant de choses à faire avant de pouvoir ouvrir le futur complexe pour enfants qu'elle se sentait littéralement submergée. Ses sorties avec Jade et ses visites à Chloé étaient ses seuls rayons de soleil. Ajoutez à cela qu'elle n'avait pas passée une bonne nuit depuis trois mois et…
- « Je suis un peu préoccupée en ce moment » finit par admettre, bien qu'à contre cœur, la jeune femme en repoussant une mèche ébène derrière son oreille.
C'était plutôt un euphémisme et le vampire ne parut absolument pas convaincu mais alors qu'il allait répondre, le groom s'arrêta devant une large porte de bois doré avant d'en pousser les battants dans un geste dramatique. Megan ne put retenir une exclamation étouffée en découvrant la pièce dans laquelle ils étaient sur le point de pénétrer. Elle avait l'impression d'avoir fait un saut dans le temps pour se retrouver à la cours de Louis XV. Les murs ocre étaient décorés d'exquises boiseries formant d'élégants médaillons ou s'ouvrant en boutons comme autant de fleurs délicates. Une cheminée de marbre gris surmonté de deux chandeliers de bronze et d'un superbe miroir faisait face à de hautes baies vitrées s'ouvrant sur le jardin d'été baigné de soleil.
Sur le sol, de marbre également, se dessinaient de ravissantes scènes champêtres et d'étranges arabesques dans lesquelles se mêlaient plantes exotiques et animaux mythiques. Une magnifique tapisserie, visiblement d'époque, occupait tout un pan de mur et ajoutait encore à l'atmosphère solennelle de l'ensemble. Au centre du salon, juste sous l'imposant lustre de cristal, une table ronde avait été dressée pour deux. Sur la nappe couleur d'or, on avait disposé des dizaines de pétales de roses écarlates assortis au velours des fauteuils. Une musique discrète flottait dans l'air ajoutant encore à la féerie de l'endroit et Megan crut reconnaître l'un des concertos pour piano de Mozart.
- « Bonjour, je m'appelle Michel et je serais votre maître d'hôtel aujourd'hui » se présenta un homme d'une quarantaine, habillé avec élégance à la mode de Louis XV, avec un sourire avenant. « J'espère que vous passerez un agréable moment dans le salon de Psyché. »
- « C'est magnifique… » souffla la descendante de Merlin en s'approchant de la tapisserie, émerveillée.
- « Je savais que ça te plairait » fit Darian à son oreille d'un ton sensuel, une main posée dans le creux de son dos.
La jeune femme secoua ses boucles ébène, amusée et légèrement rougissante. Elle se laissa aller un moment contre le torse de son aîné, savourant la sensation de confort et de sécurité que la présence de Darian réveillait toujours chez elle. Pourtant… Pourtant quelque chose manquait indéniablement. Un simple de détail, vraiment. Darian n'était pas Severus.
- « Viens, allons nous asseoir et tu pourras me raconter ce qui se passe dans la vie de Megan Potter » proposa t'il soudain, comme si il avait pu lire ses pensées. « Tu es plutôt concise dans tes lettres et ça fait longtemps qu'on se s'est pas vu » poursuivit-il avec un petit sourire en coin alors qu'il la guidait vers la table. « Mais peut-être devrais-tu faire quelque chose pour cette conversation ne soit pas entendue par une oreille indiscrète » suggéra le beau brun à voix basse en glissant un regard vers Michel qui revenait, les cartes à la main.
Une heure et demi plus tard, le maître d'hôtel débarrassait leurs plats et leur détaillait le choix de desserts.
- « Un cheese cake aux fruits rouges pour moi, s'il vous plaît. Le risotto de Saint-Jacques était réellement délicieux » déclara Megan, les yeux pétillant de malice.
- « Un millefeuille et deux coupes de Vouvray pétillant, je vous prie » renchérit Darian avec un vague air de condescendance qui lui attira un regard noir de la part de sa compagne.
Il attendit que l'homme qui les servait soit hors de vue pour se pencher vers la jeune anglaise qui lui faisait face et prendre sa main dans la sienne dans un geste tendre.
- « Ne t'imagine pas que je n'ai pas eu plaisir à entendre parler de Chloé, Draco, Théo et les autres, ni que je ne m'intéresse pas aux avancées du projet mais je sens qu'il y a autre chose. Quelque chose qui te perturbe et je n'aime pas te voir comme ça » exposa simplement le riche aristocrate en pressant doucement les doigts mêlés aux siens. « D'autre part, je n'ai pas pu m'empêcher de constater qu'il a un nom que tu n'as pas prononcé de toute la matinée et je voudrais savoir pourquoi » conclut-il d'un ton mi-grave mi-affectueux.
Evidemment, elle aurait du s'en douter. C'était Darian après tout et elle n'avait jamais été très douée pour lui cacher quoi que se soit. D'autant que, effectivement, refuser d'aborder un sujet particulier revenait pratiquement à le mettre en première ligne.
- « Je… C'est… Severus et moi… Nous avons rompu il y a deux mois » avoua Megan, les yeux baissés, tandis qu'elle triturait nerveusement sa serviette de tissu grenat. « Les choses étaient devenues… compliquées, ça ne pouvait plus continuer comme ça et nous avons trouvé plus sage de nous séparer… pour l'instant » ajouta t'elle après une légère hésitation.
C'était un sujet délicat, surtout vis-à-vis d'un ex-amant. Pourtant elle avait la sensation de lui devoir la vérité, justement parce qu'ils étaient par là eux aussi. Tout en lui faisant comprendre que c'était différent cette fois. C'était différent parce qu'elle avait vraiment aimé Severus et parce qu'elle l'aimait toujours.
- « Je vois » fit simplement le séduisant vampire, sans retirer sa main, l'air sincèrement peiné pour elle. « Tu l'aimes encore, n'est-ce pas ? »
- « Oui, mais je crois que je n'étais… que je ne suis pas prête pour ce genre d'engagement. Je ne peux m'imaginer avec lui que 'pour toujours' et il y avait trop de choses, trop de secrets, trop d'incompréhensions pour que l'on puisse rester ensemble » expliqua la jeune femme aux boucles ébène, le regard voilé par la résignation et les regrets.
- « Pourquoi tu ne me l'a pas dit avant ? » lui demanda Darian, la tête penchée sur le côté, après quelques minutes de silence.
- « Je ne savais pas comment et puis à chaque fois que quelqu'un d'autre est au courant cela rend les choses plus… réelles et c'est dur parce que… parce qu'il me manque » répondit Megan, un petit sourire triste flottant sur ses lèvres.
- « Ça ne te ressemble pas, chaton » remarqua Darian en l'observant avec attention. « Que t'a-t-il fait ? Qu'a-t-il fait pour que tu renonces à te battre pour lui ? »
Sa voix avait pris un accent dangereux et ses yeux flamboyaient de colère à l'idée que ce sorcier avait pu faire du mal à sa Megan. Cette dernière le sentit et posa son autre main sur celle du vampire.
- « Non, ce n'était pas comme ça » s'empressa t'elle de démentir. « Il n'a pas… Il n'a rien fait, c'est juste que… Ce n'était pas le bon moment, pour aucun de nous. Nous n'étions pas disponibles l'un pour l'autre à cette période là de notre vie et puis… Je ne suis pas sûre de mériter d'être heureuse avec lui alors… C'est compliqué » conclut finalement la jeune femme dans un soupir.
C'était affreusement compliqué et elle ne savait plus du tout où elle en était. Elle n'avait pas encore eu l'occasion de – ou n'avait pas voulu – se poser et s'interroger sur les raisons profondes de cette rupture. Enfin, elle savait pourquoi elle avait rompu mais elle avait encore du mal à véritablement comprendre ce qui les avait conduit là. Ils étaient si bien au début… Tant qu'elle ne saurait pas exactement ce qui avait mal tourné ou du moins, tant qu'elle ne pourrait pas y remédier, ils ne pourraient pas se retrouver. Il y avait tant de choses à résoudre, tant de discussion à avoir, tant de secrets à avouer…
- « Madame, voici » intervint soudain Michel qui était réapparut avec leur dessert et qui posait une assiette devant elle avant d'aller poser l'autre devant son compagnon. « Voilà pour Monsieur et les coupes de Vouvray » indiqua t'il encore en déposant les verres en question sur la table avec dextérité. « J'espère que cela sera à votre goût, s'il y a autre chose, vous n'avez qu'à demander… »
- « Merci » fit Megan, souriante.
- « Il y a autre chose, non ? » insista Darian une fois que le maître d'hôtel se fut de nouveau éclipsé vers le fond de la salle.
- « C'est juste… C'est stupide mais je… j'ai entendu une conversation. Entre mes parents et Severus. Apparemment, il aurait été am… il aurait eu un faible pour ma mère, avant, quand ils étaient à Poudlard. Et je me demandais si… Enfin, ils passent beaucoup de temps ensemble en ce moment et, eh bien, je ne ressemble pas vraiment à Lily mais… » tenta d'expliquer la jolie descendante de Merlin, la voix hachée et le teint pâle, visiblement encore bouleversée par cet épisode et par les doutes qu'il avait entraînés chez elle.
Son aîné eut une douloureuse impression de déjà vu et ne put s'empêcher de ressentir une certaine dose de culpabilité face à cette angoisse qu'il avait été le premier à semer dans l'esprit de Megan un an auparavant.
- « Je suis désolé, chaton, tellement désolé » souffla le ténébreux aristocrate, l'air défait. « Je n'aurais jamais du… »
- « Stop ! Darian, arrête » le coupa vivement la sauveuse du monde sorcier, comprenant où il voulait en venir. « Ça n'a rien à voir avec toi, c'est entre moi et Severus » décréta t'elle avec fermeté avant de se lever et de contourner la table pour rejoindre son ex-amant.
Elle l'obligea à la regarder en plaçant une main sous son menton.
- « J'ai toujours eu ces doutes en moi » reprit la jeune femme au regard émeraude. « Ce qui c'est passé entre nous n'a rien à voir avec… avec ce qui s'est passé entre Severus et moi. J'avoue que j'ai moi aussi fait le rapprochement mais ça serait arrivé de toutes façons » l'assura t'elle avec un sourire triste. « Je veux dire, ce n'est pas comme si j'imaginais des choses… je ne crois pas que j'y aurais pensé si je n'avais pas… surpris cette conversation » ajouta Megan en secouant ses boucles ébène, l'air résignée.
- « Tu sais, tu devrais te méfier » fit Darian alors qu'il l'attirait à lui afin qu'elle s'asseye sur ses genoux. « On ne gagne rien à écouter aux portes… On ne surprend généralement que des fragments de phrase qui, pris hors contexte, sont souvent mal interprétées » la prévint-il très sérieusement, tout en passant une main autour de la taille de sa cadette.
- « C'était très clair pourtant » contrat cette dernière avec une petite moue d'autodérision.
Le vampire soupira, ne sachant pas très bien si il devait être attendri ou exaspéré par l'attitude de la jeune descendante de Merlin. C'était presque comme si elle avait envie de croire que le maître des potions se servait d'elle, comme si elle n'avait même pas envisagé qu'il ait pu y avoir une autre explication aux brides de conversation qu'elle avait surprises. Un peu comme si, avant même que cela ne se produise, elle s'attendait à ce que quelque chose tourne mal. C'était douloureux de voir quelqu'un de si jeune à ce point convaincue que, de toutes façons, elle allait souffrir.
- « Peut-être » concéda t'il tandis que la jolie sorcière posait sa tête sur son épaule dans un geste traduisant toute la confiance et toute l'affection qu'elle éprouvait envers son compagnon. « Ou peut-être que tu n'as eu qu'une seule version de l'histoire… Et même très probablement une version erronée » lui rappela t'il cependant avec justesse.
L'ex-professeur de DCFM resta silencieuse un moment, contemplant les paroles de son aîné. Il avait très certainement raison mais…
- « Ça ne change rien » finit-elle par murmurer, davantage pour elle-même que pour Darian, en se relevant avant de rejoindre l'une des baies vitrée. « C'est trop tard maintenant » souffla la sorcière aux yeux de jade, le front contre la vitre. « C'est trop tard… »
- « Chaton, » fit son compagnon en venant se placer à ses côtés, « tu réfléchis trop. Laisse les choses venir, n'essaye pas de tout contrôler et permets-toi de faire confiance aux gens qui t'aiment » lui conseilla t'il avant de l'obliger gentiment à se tourner vers lui. « Je serais toujours là pour toi. »
Megan ne put que sourire en songeant que son père lui avait tenu sensiblement le même discours quelques mois plus tôt. Elle releva la tête lorsque la main de Darian glissa tendrement sur sa joue et l'affection mêlée de désir qu'elle lut dans son regard orage réveilla en elle des sensations qu'elle n'avait pas éprouvées depuis… Severus. Elle sentit plus qu'elle ne vit le vampire se pencher vers elle avec un étrange détachement – comme si elle n'était qu'une simple spectatrice dans la pièce qui se jouait devant ses yeux. Pourtant, alors qu'elle sentait déjà le souffle de son aîné sur ses lèvres, elle sortit de sa torpeur et, réalisant ce qui se passait, elle détourna vivement le visage. Le baiser effleura sa joue pâle et Darian fit un pas en arrière, l'air contrit.
- « Ne fais pas ça » chuchota la jeune femme d'un ton peiné en posant une main tremblante sur l'avant bras de son compagnon. « Je ne veux pas te perdre mais… » articula t'elle avec difficulté, le regard brillant de larmes.
'Mais il n'y a que Severus' compléta mentalement l'aristocrate en se morigénant de s'être laissé emporter ainsi, sans tenir compte des sentiments de la sorcière aux boucles ébène. Il était pourtant évident qu'elle aimait encore cet homme. Il avait juste cru… Peu importe, c'était stupide et égoïste de sa part. A l'avenir il s'appliquerait à être un meilleur ami pour sa cadette et à ne pas ajouter encore à ses préoccupations. Il l'attira donc à lui, doucement, avec délicatesse, en s'efforçant de garder l'étreinte la plus platonique possible. Megan, tendue au début, se laissa progressivement aller dans les bras du vampire, les yeux clos, la respiration encore erratique. Elle l'adorait mais elle ne pouvait pas… Ce serait injuste envers Severus, qu'elle aurait l'impression de trahir, et injuste envers lui, qu'elle n'aimait pas de cette façon.
- « Tu ne me perdras pas » l'assura Darian à mi-voix alors qu'elle nichait son visage contre son épaule. « Tu ne me perdras jamais… »
oxoOoxo
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