Un grand MERCI à tous pour vos reviews, on a dépassé les 300, vous êtes justes méga-géniaux !

Pepoune, comment ça tu es sûre ? Genre, moi, je suis capable de vous faire tourner en bourrique ? N'importe quooooi. Ahaha, t'inquiète, Gem va se réveiller. Un jour. Merci pour ta review :)

Merci à Barbie pour son bêtatage et tout et tout !


« Le cri du sentiment est toujours absurde ; mais il est sublime, parce qu'il est absurde. »

Charles Baudelaire


- Bonjour, murmura timidement Nella en s'installant à la table des Gryffondor pour le petit-déjeuner.

- Neeeel, couina Dewi qui ne l'avait pas vue avant, t'es sortie de l'infirmerie finalement ?

- Depuis hier soir.

La jeune Serdaigle passa sous silence la nausée qui l'envahissait toujours quand elle repensait à l'épisode traumatisant de son doigt tombant sur le sol et adressa un sourire désolé à Wil Jordan à ses côtés. Elle n'avait pas revu son petit-ami depuis deux jours et il n'avait pas cherché à lui rendre visite non plus. La jeune fille redoutait donc cette confrontation mais il n'avait pas l'air de lui en vouloir pour son excès de colère passé et l'embrassa tendrement sur la joue, avant de se saisir d'un bol et de le remplir de chocolat chaud qu'il poussa devant elle.

Nella le remercia d'un sourire enjoué et son regard se posa sur le dernier membre du trio. Potter avait les yeux perdus dans le vague, les mains appuyées sur sa tête et il ne paraissait pas l'avoir remarquée. A ses côtés, une tartine reposait tristement dans un bol de lait et se décomposait lentement.

Elle se retourna mais ne vit rien d'autre que deux deuxième année de Serdaigle qui révisaient leurs cours tout en déjeuner eux aussi et comprit aussitôt qu'il était seulement perdu dans ses pensées.

- Fais pas attention à lui.

- Il est comme ça depuis hier soir, ajouta Dewi en passant sa main devant les yeux du jeune homme qui ne bougea pas d'un pouce. Depuis sa ronde avec Lysenko. Je ne sais pas ce que ta copine lui a fait mais…

- Peut-être qu'elle lui a coupé un testicule cette fois, proposa Wil avant d'avaler sa propre tartine en trois bouchées.

- N'importe quoi. Hé James ! Joana Mayer de Poufsouffle est toute nue derrière toi et elle a l'air d'attendre quelque chose, mentit Dewi en secouant son meilleur ami par l'épaule.

- Hein ? Oui, oui, j'arrive.

Sous les yeux éberlués des trois autres, le capitaine de l'équipe de Quidditch des Gryffondor se redressa, repoussa son bol qu'il n'avait même pas touché et se saisit de sa besace avant de quitter la table. Il bouscula Thomas Ayling, le Serpentard, qui le rabroua fermement, mais ne parut pas s'en soucier car il ne rétorqua même pas.

- Je ferais mieux de le suivre, murmura Dewi sans quitter des yeux le jeune Potter. Il a vraiment l'air bizarre.

Après avoir esquissé un sourire en direction des deux autres, la jeune fille se saisit de son propre sac et suivit le même chemin que Potter à petites foulées.

Au fond d'elle, Nella aurait préféré qu'elle reste. Maintenant, elle se retrouvait en tête à tête avec Wil Jordan, qui paraissait aussi muet qu'elle, préférant se concentrer sur son estomac plutôt que sur elle. Prenant une grande bouffée d'air frais, elle préféra crever l'abcès plutôt que de rester une minute de plus dans cette situation.

- Je voulais m'excuser pour la dernière fois, lâcha-t-elle timidement. Tu sais, je n'aurais pas dû m'énerver, c'est juste que… tout ce sang et… ça m'a fait perdre les pédales.

- Non, c'est moi. J'aurais dû mieux tenir cette plante, répliqua-t-il aussitôt en relevant brusquement le nez de son bol de lait.

Un sourire nerveux s'afficha sur leur visage et ils éclatèrent de rire au même moment. Nella se sentit idiote de croire qu'il pouvait lui en tenir rancune pour une broutille comme ça et songea qu'elle réfléchissait parfois beaucoup trop pour son propre bien. Néanmoins, elle ne pouvait nier que les mots avaient dépassé sa pensée, ce qui ne lui arrivait que rarement, et s'en voulait pour ça.

- Mais il faut qu'on parle.

- Hein ? lança-t-elle, un peu perdue.

Il faut qu'on parle ? N'était-ce pas ce qu'on disait quand on voulait rompre ?

Affolée, Nella tenta de reprendre contenance en se saisissant de la sucrière mais ne réussit qu'à la faire tomber sur la table, ruinant ainsi la deuxième tartine qu'était en train de beurrer Wil. Le métis sursauta et tenta d'empêcher le sucre de tomber par terre en mettant ses mains en coupe sur le bord de la table tandis que Nella faisait mécaniquement le même geste. Leurs mains s'entrelacèrent automatiquement mais elle les retira prestement, encore sous le choc de ses déductions.

Le jeune homme la regarda bizarrement et, finalement, un sourire idiot s'afficha sur son visage.

- T'es vraiment trop …

- Trop quoi ? couina-t-elle.

- … trop, sourit-il. Il faut qu'on parle comme dans il faut qu'on parle de quelque chose. C'est bien un truc de filles le "Il faut qu'on parle, toi et moi c'est fini". Vous êtes vraiment trop compliquées.

Malgré elle, la Serdaigle poussa un soupir de soulagement. Elle sortit ensuite sa baguette qu'elle agita négligemment vers la table et le sucre s'évapora comme par magie.

Mine de rien, elle était attachée à Wil. C'était le petit-ami parfait. Il était souriant, gentil, drôle et prévenant. Rien à voir avec le couple qu'avaient formé Arthur Lowe et Molly Weasley et, heureusement, car elle n'aurait pas supporter qu'il la colle de cette manière. Non, Wil avait beau être souvent dans les parages et elle le surprenait parfois à lancer des œillades furieuses autour d'elle sans qu'elle n'en comprenne la raison, il savait s'effacer et paraissait comprendre son besoin de solitude.

- Hier, tu m'as dit que je n'avais aucune ambition et sur un ton qui voulait visiblement dire que ça te dérangeait.

Ah, ça.

- J'ai parlé sous le coup de la colère, se justifia-t-elle vivement, tout en rougissant jusqu'aux oreilles.

- Le problème, c'est que tu ne me sembles pas être le genre de fille à qui ça arrive. Tu contrôles tellement tout Nella que ça me parait difficile à croire, grimaça-t-il avant de reprendre alors qu'elle ouvrait à nouveau la bouche. Non, attends. J'ai compris que ça te dérangeait que je ne veuille pas faire d'études mais j'aimerais bien que tu l'acceptes. Tout le monde n'a pas l'étoffe pour rentrer à Orel. Moi, moins que les autres. Faut être réaliste, je m'emmerderais comme un rat mort derrière un bureau et personne ne voterais pour moi si je me présentais aux élections. Et je n'ai pas envie ! Je veux juste bosser avec Fred et George, vendre des farces et attrapes et rigoler toute la journée. Je sais que ça parait ridicule pour toi, mais moi je trouve ça génial.

La Serdaigle se sentait rétrécir à chaque phrase et ses joues devenir de plus en plus brûlantes. Même si Wil avait agrippé sa main quelques secondes plus tôt, cela ne l'empêchait pas de se sentir idiote. Pire, minable. Il avait raison, qui était-elle pour vouloir lui imposer une façon de penser ? Pour ça, elle ne valait pas mieux que ce crétin de Johnson.

- Et tu veux quand même rester avec moi ? demanda-t-elle timidement.

Wil poussa un profond soupir et elle crut un instant qu'il avait changé d'avis. Néanmoins, lorsqu'elle osa lever les yeux vers lui, il souriait.

- On a le droit de ne pas être d'accord, non ?

- Si, marmonna-t-elle alors qu'il l'embrassait doucement.

Repoussant cette étreinte fugace, la jeune fille ne lâcha pourtant pas sa main. Ils finirent le petit-déjeuner de cette manière, plus proches que d'habitude. Après avoir avalé six autres tartines et alors que Nella attendait qu'il finisse, il se tourna vers elle, un sourire moqueur scotché au visage.

- Au fait. Tu te rends compte que six mois plus tôt, tu n'aurais jamais osé hausser le ton sur moi ? expliqua-t-il entre deux rires. Tu prends du caractère ma petite, si ça continue, tu ne voudras bientôt plus de moi.

oOoOoOoOoOo

- Wiertz était dans les cachots hier soir, murmura Dominique Weasley en se laissant tomber à côté d'Isaac Nott, qui, jusque là, déjeunait tranquillement dans les cuisines.

La jeune Poufsouffle lui chipa la tartine qu'il venait de beurrer et mordit dedans avec appétit. Si elle revenait d'une courte séance de sport, elle n'était pas en grande forme et n'avait pu faire que deux tours de terrain avant que son cœur ne se mette à battre à une vitesse folle. Prudente pour une fois, elle n'avait pas poussé le vice à dépasser ses limites.

L'hiver passé, la jeune fille espérait que les douleurs se calment et que sa maladie la laisse tranquille.

Preuve qu'il n'en était rien, cette dernière s'acharnait maintenant à lui enlever le dernier plaisir qui lui restait : courir jusqu'à épuisement. Mais elle ne gagnerait pas. Oh que non. Aujourd'hui, il aurait été trop audacieux de s'obstiner mais demain, elle ne s'arrêterait pas. Elle ferait trois tours de terrain, dusse-t-elle les finir en rampant.

Étranger à ses sombres pensées, Isaac la fusilla du regard pour avoir osé - encore une fois - voler sa nourriture. Mais il ne dit rien, se contentant de se décaler d'une bonne dizaine de centimètres, comme si elle avait pollué son espace vital en s'installant à côté de lui. Elle n'eut pas le temps de lui faire une remarque qu'un elfe de maison s'approchait d'elle, les bras chargés de victuailles. Elle le remercia chaleureusement, enfournant de manière peu ragoûtante un pain au lait dans sa bouche.

- Ché James chi me l'a chi. Et Gemma auchi, reprit-elle tout en mâchant.

- Les bonnes manières sont apparemment une notion inconnue pour toi.

- Oh, tu m'emmerdes. T'as vraiment un Nimbus dans le cul, râla la jeune fille.

- J'ai quoi ?

- Un objet longiligne et constitué de bois d'if ou de hêtre en dessous du rectum, pardon très cher, corrigea-t-elle en prenant une voix pompeuse.

Celle de sa mère en fait. Mais Fleur Weasley aurait quand même répugné à prononcer le mot "rectum" et le Serpentard sortant du même moule que sa mère, il allait encore trouver à redire.

- Je pourrais te l'enlever, proposa-t-elle tout en baillant, permettant au Serpentard d'admirer les restes de viennoiseries dans sa bouche.

- Non, s'opposa-t-il vivement, retenant une grimace de dégoût. Parlons plutôt de Wiertz.

- Je crois que je préfère parler de ton problème de rectum. Qu'est-ce qu'i dire ? Il se disputait avec Assem dans les cachots.

Dominique attrapa un bout de pain, qu'elle découpa en deux, cherchant des yeux le beurrier. Tout en louchant vers son couteau, une idée lui traversa l'esprit. Isaac n'allait pas apprécier. Pas du tout.

- Qu'est-ce qu'il disait ? s'enquit ce dernier, sans paraitre remarquer le sourire sadique de la Poufsouffle.

- Ils n'ont pas entendu, répondit-elle doucement. Mais revenons à ton petit problème de derrière.

Lentement, elle tendit le couteau devant ses yeux, ses lèvres s'étirant en un fin sourire qui donnait l'impression d'une démente. Un soupçon d'incompréhension passa un instant sur le visage d'Isaac qui redevint très vite platonique.

Il ne s'était apparemment pas préparé à ce que Dominique fasse un bon en sa direction, son maigre corps arrivant tout de même à faire trembler le banc qui glissa vers la droite, les déstabilisant tous les deux. Dominique se rattrapa in-extremis sur la cuisse du jeune homme et, pas dérangée pour une mornille, releva son bras à toute vitesse. Il fut sans doute surpris par son geste, ce qui expliqua son manque de réaction.

- Alors tu vois, pour enlever ce genre de chose, une seule solution, ricana-t-elle en tapotant le couteau contre son dos.

- Cesse donc tes bêtises, ordonna-t-il en se décalant encore vers la droite, tandis qu'elle en faisait de même. Pourquoi Potter et Lysenko n'ont pas tenté de les suivre ?

- Parce qu'ils se détestent et que leur ronde se finissait dans dix minutes. Tu ne les imagines tout de même pas passer du temps supplémentaire ensemble ? Tu tiens vraiment à finir sur le sol ? s'enquit-elle en remarquant qu'il n'était plus qu'à quelques millimètres du bord.

Le Serpentard soupira et la repoussa prestement. Deux secondes plus tard, elle était de nouveau à une distance respectable de lui et il lui adressa un tel regard qu'elle ne poussa pas l'audace à recommencer. Non pas par peur mais parce qu'il aurait été capable de l'envoyer voler contre le mur en un seul geste, avec ou sans baguette, et qu'elle n'avait pas envie de finir à l'infirmerie aujourd'hui. Elle avait un cours d'Histoire de la Magie dans moins d'une demi-heure et promis à Camille de lui mettre une raclée aux échecs sorciers.

- Pourquoi t'es comme ça ? reprit-elle en poussant un soupir à fendre l'âme.

- Tu devrais vraiment faire du théâtre Dominique. Réfléchis plutôt. Pourquoi Wiertz serait à Poudlard alors qu'il devrait être en Bavière ?

- Ça te gêne ? répondit la jeune fille en ignorant délibérément la question.

La Poufsouffle releva le regard vers son camarade, réellement perplexe.

Outre le fait qu'il niait toujours lui avoir pardonné sa bêtise de première année, elle ne voyait pas réellement le problème.

Elle se revit, quelques mois plus tôt, surprendre Camille et Arthur en plein baiser. Ce jour-là, elle avait agrippé le bras du Serpentard tout naturellement et, si elle n'avait pas vu son expression, il s'était dégagé très vite.

Elle se revit encore, un peu plus tôt, lui sauter dans les bras. A l'époque, elle avait cru qu'il éprouvait du dégoût ou de la colère envers elle. Ce n'était pas vraiment ça, elle s'en rendait compte à présent.

- Qu'il soit là où il ne devrait pas être ? répondit Isaac, ignorant lui-même le véritable sens de sa question.

- Non, quand je fais ça, ça te gêne ?

Avec un naturel déconcertant, la jeune fille leva la main et pointa un doigt interrogateur en direction de la joue du Serpentard. Elle se rapprocha du plus en plus et finit par l'effleurer, doucement.

Un sourire victorieux s'afficha sur son visage lorsqu'elle vit passer une expression fugace de malaise dans ses yeux. La jeune Poufsouffle se sentit très fière d'elle : il ne fallait pas être n'importe qui pour décrypter les expressions de Nott et encore moins pour le dérouter.

Doucement, elle rapprocha son visage du Serpentard qui la fixait sans sourciller.

- Tu te souviens quand je t'ai dit que je trouverais comment te reprendre ? s'enquit-elle. Et que ce serait toi qui te trainerait à mes pieds après ça ?

Oh, bien entendu, Nott ne serait jamais aux pieds de personne. Ça, c'était ce que voulaient dire ses yeux flamboyants et son visage tendu tandis qu'il cherchait comment lui faire du mal.

Elle se rendit soudainement compte que, si elle pouvait apercevoir les yeux pas si noirs que ça du Serpentard - comme elle l'avait remarqué en première année -, c'était qu'elle était beaucoup trop proche de lui.

Retenant son souffle, la jeune fille se demanda si le jeu en valait la chandelle. Et puis, sa misérable existence lui apporta elle-même la réponse : ses poumons s'enflammèrent et elle se mit à tousser. Les restes de son trop plein d'envie d'exercice, de son trop plein d'envie de vivre, s'agitèrent entre ses côtés. Pas longtemps, juste quelques secondes, comme une vieille fumeuse qui ouvre son deuxième paquet de clopes quotidien.

Lorsqu'elle retrouva son état normal, les choses étaient plus claires, comme limpides.

"Préservez-vous"

"Il faudra peut-être qu'elle arrête le Quidditch …"

" Son état empire d'année en année"

" Madame Weasley, vous devriez retirer votre fille de Poudlard"

" Mais quelle inconsciente ! Je ne suis pas formée pour ce genre de cas, Weasley. Alors, je vous en conjure, cessez de me malmener !"

Les voix de Pomfresh et de l'un des nombreux Médicomages que sa mère la forçait à voir durant les vacances scolaires lui martelaient les tympans.

Brusquement, la jeune fille se redressa et ressentit l'envie de s'éloigner très vite de cet endroit et, surtout, du Serpentard. Sans plus d'explications, elle rebroussa chemin.

De toute façon, il n'y avait pas qu'elle que ça arrangeait.

oOoOoOoOoOo

- Bon, il est là. On y va, affirma James.

Une semaine plus tard, les choses étaient toujours au même point. Wiertz n'avait pas officiellement réapparu jusqu'à aujourd'hui. Aucun d'entre eux n'était officiellement remonté au septième étage mais Dominique soupçonnait son cousin d'y aller en douce. Pourquoi ? Histoire de se faire mousser ? Pour les retombées sur sa prétendue réputation ? Parce qu'il s'emmerdait ?

Elle-même était soulagée du temps libéré par les tours de gardes et en avait profité pour courir et multiplier les entrainements par deux. Le dernier match contre les Serpentard approchait et il était hors de question que son équipe se ramollisse. Ce n'était pas qu'un prétexte pour s'épuiser, elle tenait réellement à ramener la coupe aux Poufsouffle.

- Va chercher Lysenko et Nott, souffla son cousin en la retenant vers le bras.

Surprise, Dominique lui fit les gros yeux.

- Ils veulent la jouer à la loyale, autant faire semblant, affirma-t-il en détournant le regard.

Ce n'était pas ça qu'elle voulait dire. Elle évitait Isaac depuis une semaine et n'avait aucune envie de s'approcher de lui, et il le lui rendait bien.

- Vas-y, je le suis, reprit James d'une voix plus ferme.

Son cousin se précipita à la suite de Wiertz qu'ils avaient croisé en se rendant déjeuner à la Grande Salle. Celui-ci venait de sortir dans le parc et était à présent hors de leur vue. Elle le suivit du regard avant de se diriger docilement dans la Grande Salle. Lysenko d'abord.

Un coup d'œil vers la table des Serdaigle lui remonta le moral. Au moins, elle allait pouvoir s'amuser.

- Pardon Johnson, s'excusa-t-elle faussement en posant une main sur l'épaule du petit-ami de Gemma. Pourrais-tu cesser de récurer la bouche de Miss-coincée, elle a un rendez-vous…

Sans se soucier des convenances, elle repoussa fermement l'horripilant garçon tout en ignorant le regard noir de la Serdaigle qu'elle avait momentanément séparé de son petit-ami. Peu importe, elle la remercierait un jour. Quand elle aurait compris que ce type était tout, sauf l'homme de sa vie.

- Weasley…, menaça la jeune fille qui, décidément, n'avait rien compris.

- Chérie ?

Avec un sourire étincelant, la jeune fille se délecta du dégoût de sa camarade. Ah, Lysenko était si facile à avoir, toujours prête à se jeter sur la perche qu'elle lui tendait.

- Bon, tu viens crétine ? grogna-t-elle soudainement en changeant de ton. Faut qu'on aille voir Wiertz. Pour notre problème de… sortilèges.

Lysenko parut soudainement comprendre son sous-entendu mais, en même temps, l'inverse aurait été étonnant. Tandis qu'elle s'excusait auprès de Johnson, Dominique eut une idée. Elle agrippa la Serdaigle par le bras et lui murmura à l'oreille.

- On se retrouve dans le parc, ramène Nott.

- Mais… Nott ? Pourquoi moi ? Hé reviens ! Traitresse !

Dominique était déjà loin et il ne servait plus à rien de s'indigner, surtout que les regards commençaient à se tourner vers elle. La jeune fille regarda autour d'elle, un peu perdue et, remarquant la présence de Nott, Moorehead, Moorehead et Ayling à la table des Serpentard, songea qu'elle pouvait tout aussi bien poursuivre Dominique sans s'en préoccuper.

Elle tourna donc le dos à la table des Serpentard et, le plus dignement possible, fit demi-tour, direction le hall d'entrée.

- Avance, qu'on ne nous voit pas ensemble.

Gemma sursauta. Ce type était plus vicieux et discret qu'un serpent. Comment avait-il deviné que, justement, elle le fuyait, contrairement à ce que lui avait demandé Dominique ? A croire que sa brève discussion avec Dominique avait été suivie de loin et qu'il savait lire sur les lèvres. Enfin, peu importe. Au moins, elle n'avait pas eu besoin de s'approcher de la table des Serpentard.

Nott sur ses talons, elle prit la direction du parc. En cette deuxième semaine du mois d'Avril, le temps s'était bizarrement refroidi et le pull qu'elle avait pris soin d'enfiler avant de descendre déjeuner n'était pas de trop. Elle frissonna tout en regardant autour d'elle, cherchant du regard Dominique qu'elle ne tarda pas à trouver, non loin d'une grande silhouette sèche qui portait l'uniforme des Gryffondor.

Les deux cousins étaient arrêtés sur le sentier qui menait au cours de Soins aux Créatures Magiques et à la cabane de l'ancien garde-chasse, inhabitée depuis deux ou trois ans. Leur regard portait en contrebas du chemin. En se rapprochant, Gemma se rendit compte que seul Potter observait quelque chose, Dominique, elle, regardait ses chaussures.

- Pas trop tôt, grogna Potter. Il est là.

Il désigna du doigt une silhouette carrée. Wiertz. Leur professeur de Duels suivait le sentier avec application, se dirigeant vers le lac. Sans doute venait-il profiter de la fraicheur du matin pour se retrouver un peu seul.

Sans attendre, Potter se dirigea vers lui et les trois autres furent bien obligés de suivre. Si Gemma y mettait beaucoup d'entrain, enfin rassurée d'avoir un adulte à qui confier leurs soupçons, à ses côtés Dominique trainait des pieds, silencieuse. Nott marchait derrière et elle ne pensait pas se tromper en affirmant qu'il était toujours contre prévenir un adulte. Dans ce cas, que faisait-il là ? Comptait-il saboter leur entreprise ?

Elle n'eut pas le temps d'y réfléchir plus intensément que Potter héla le rouquin.

- Hé professeur ! Professeur Wiertz !

Ce dernier se retourna brusquement alors que les quatre adolescents arrivaient vers lui. Il esquissa un bref sourire mais ses sourcils se froncèrent alors qu'il les détaillait un par un. Gemma comprit quelques secondes après qu'il ne devait pas être évident pour lui de les voir tous les quatre devant lui et qu'il ne devait pas comprendre.

Après tout, il n'avait pas tort. Les maisons ne se mélangeaient pas.

Et là, il avait une Poufsouffle, un Gryffondor, un Serpentard et une Serdaigle devant lui.

C'était d'ailleurs plus compliqué que ça car la rivalité de Potter et Nott était connue de tout le château tout comme la mésentente des deux Préfets-en-Chef. Et rappelons aussi qu'elle s'était battue comme une chiffonnière avec Dominique au début de l'année et qu'on avait dû les séparer avant que cela ne dégénère un peu plus. Alors, quatre élèves avec un tel passif ne pouvaient qu'éveiller les soupçons d'un professeur.

- On voudrait vous parler des agressions, commença Potter qui semblait s'être autoproclamé porte-parole de leur groupe.

Le visage du professeur se fit plus inquiet et il regarda autour de lui.

- Quelque chose est arrivé ? s'enquit-il, passant la main dans la poche de sa cape.

La Préfète-en-Chef comprit qu'il cherchait sa baguette magique. Elle secoua rapidement la tête et reprit elle-même la parole avant que Potter ne le fasse. Après tout, elle était beaucoup mieux placée que lui pour raconter. C'était quand même Dominique et elle qui avaient découvert l'existence de la salle du septième étage.

Alors elle raconta. Tout. De leur première découverte de l'ancienne salle d'Aritmancie, de l'odeur étrange que Dominique avait reconnu en partie, de leur étrange déconvenue lorsqu'ils étaient remontés là-haut et que la porte était ouverte, la salle totalement vide. Elle parla aussi de leur nombreux aller-retour là haut et, au bout d'un moment, son regard se posa sur Dominique.

Cette dernière avait l'air de se foutre comme de son premier balai-jouet de la conversation et son pied traçait des ronds avec application dans le sol meuble. Sans la quitter des yeux, elle continua, relatant leurs doutes sur la composition de la potion et son utilité, sur les deux hommes qui parlaient Russe et dont elles n'avaient entendu que la voix. Elle passa sous silence la façon dont Potter les avait espionnées et la manière dont Dominique avait rallié Nott à leur cause.

Et puis, elle raconta comment ils avaient entendu la voix d'Assem et, alors que l'Auror semblait septique, argua qu'ils étaient trois et tous avaient reconnu leur professeur de Potions. Lorsqu'elle se tut enfin, Dominique semblait toujours étrangère à la conversation. Quant à Nott, un simple coup d'œil lui apprit que, s'il n'avait pas ouvert la bouche, il fixait Wiertz avec un sans-gêne notable.

Là, Potter crut utile de préciser qu'ils les avaient surpris, Assem et lui, dans un couloir des cachots en train visiblement de se disputer.

Le silence dura quelques secondes à peine.

- Vous avez pris beaucoup de risques pour rien jeunes gens, murmura le professeur de Duels, ses sourcils roux froncés derrière ses lunettes en cul de bouteille. Vous auriez dû venir m'en parler plus tôt.

Si Gemma baissa la tête, piteuse, ce ne fut pas le cas des autres. Enfin, hormis Dominique qui courbait toujours l'échine, sans qu'on sache si c'était en rapport ou non avec la conversation.

- Personne ne nous aurait cru si nous n'avions pas eu plus de preuves, contra James Potter qui n'avait pas l'air mal à l'aise du tout. Maintenant on sait, on sait que c'est Assem.

- Vous avez entendu sa voix, remarqua Nott avec une voix trainante.

Gemma leva les yeux au ciel. Si la voix d'Assem était là, alors son corps aussi. Rien de plus simple. Quant à Wiertz, il les regardait alternativement et elle se demanda s'il les croyait ou ne voyait que des divagations d'adolescents dans leurs racontars.

- Bien sûr, Nott prend la défense de sa Directrice de Maison, grinça Potter.

- Bien sûr, Potter ne voit pas plus loin que le bout de son nez, rétorqua Nott sur le même ton.

- Silence, s'exclama Gemma en même temps que Wiertz.

Les deux garçons se turent mais ce fut nettement à contrecœur car ils continuèrent à se fusiller mutuellement du regard, semblant n'attendre qu'un seul geste, un seul mot pour se jeter l'un sur l'autre.

- Vous aussi vous aviez des soupçons sur elle ? s'enquit Gemma, voulant éclaircir la dispute de leurs deux professeurs dans les cachots.

Le regard de Wiertz se posa sur elle et, un instant, elle eut l'impression qu'il la jaugeait. Le visage de l'Auror contrastait vraiment avec ce qu'il était en cours avec eux. De jovial et amical, il semblait à présent soucieux et en pleine réflexion. Ce fut la première fois qu'elle le vit réellement comme un représentant de la loi et non comme un professeur un peu trop jeune pour le poste.

- J'ai très vite su que le responsable de ces agressions ne pouvait pas être un élève, révéla-t-il contre toute attente. Avec le recul que m'offre mon statut, il a été très facile de cibler mes soupçons sur un membre du corps professoral.

- Assem, comprit Potter.

- Tout à fait. Néanmoins, malgré de lourdes suspicions, je n'ai jamais eu de preuves, au point de me détourner parfois de mon intuition. Néanmoins, là-aussi je ne me suis heurté qu'à des murs. Alors, la semaine dernière, j'ai fais mine de retourner en Allemagne, expliqua-t-il alors que son visage s'assombrissait. J'ai suivi le professeur Assem mais je n'ai pas été assez prudent. J'ai alors joué le tout pour le tout mais, malheureusement, ça n'a rien donné si ce n'est qu'elle se méfie de moi à présent. Malgré de lourdes certitudes, je n'ai pas de preuves.

Ce qu'il voulait dire, c'est qu'il ne pouvait décemment pas enfermer Assem à Azkaban sans témoignage affligeant. Mais maintenant, cela changeait tout. Potter semblait avoir suivi le même résonnement car il poussa une exclamation enjouée.

- On veut bien répéter ce qu'on vient de vous dire à McGonagall.

- Le professeur McGonagall, corrigea mécaniquement Wiertz.

James éluda de la main, comme si le manque de respect envers leur directrice n'était pas important.

- Je le ferai moi-même. Mais, jeunes gens, je présume d'avance que votre témoignage ne changera rien. Il aurait fallu des preuves concrètes, reprocha-t-il.

Ah, pardon. Promis, la prochaine fois on prendra des photos, songea Gemma sans pouvoir s'empêcher de lever les yeux au ciel.

- Néanmoins, l'existence de cette pièce change tout, continua Wiertz, l'air un peu remonté. Il faudrait que j'aille me rendre compte par moi-même et que je réussisse à pénétrer dedans.

Pendant quelques minutes, Potter et Gemma expliquèrent à tour de rôle comment retrouver la pièce. Le premier se proposa même de l'accompagner là-haut mais l'Auror refusa net. Après quelques indications d'usage, il leur promit une nouvelle fois d'en toucher un mot à McGonagall et, surtout, de s'occuper de cette fameuse salle d'Aritmancie. Wiertz leur conseilla ensuite d'être prudent et de ne plus chercher à jouer les détectives privés, tout en leur promettant de les tenir au courant.

Il leur souhaita ensuite poliment une bonne journée et remonta au château, suivi de près par Potter.

- Ça ne sent pas très bon, marmonna Nott quelques secondes plus tard, avant de suivre le même chemin que son rival.

Gemma se retrouva donc avec Dominique qui paraissait toujours fascinée par le sol. A force de remuer l'herbe avec ses pieds, elle en avait arraché une grande partie. Quelque chose ne tournait pas rond. Depuis quand Dominique Weasley n'ouvrait pas sa bouche quand on le lui demandait ? Ou quand on ne lui demandait pas d'ailleurs ? Elle, capable de se taire pendant près de vingt minutes ? Et puis quoi encore, bientôt elle allait avoir des O en Sortilèges ?

- Bon, qu'est-ce que tu as ? Tu n'as pas ouvert la bouche depuis tout à l'heure ?

- Hein ? Rien, sursauta la Poufsouffle. Pourquoi parler ? Vous le faisiez très bien tout seuls. Vous avez très bien résumé la situation et maintenant le problème est réglé puisque Wiertz s'en occupe. Qu'est-ce qu'il y a ? Le son de ma voix t'a manqué ?

Gemma reconnaissait bien là la verve naturelle de la Poufsouffle et, dans un sens, c'était bien plus rassurant que de la voir silencieuse et pensive.

- Je croyais que tu étais d'accord pour parler à Wiertz ? s'enquit-elle néanmoins, une sombre intuition en tête.

- Bien sûr que oui, t'es bouchée ou quoi ?

- Très bien, qu'est-ce qu'il s'est passé avec Nott ?

- Hein ?

La Préfète-en-Chef poussa un grognement effaré alors que l'exclamation trop enjouée de Dominique lui laissait penser qu'elle ne s'était pas trompée. Elle attrapa la petite blonde par le coude et la traina sous un peuplier, plus à l'écart du passage et plus près du lac.

- Vas-y, raconte.

Dominique secoua fermement la tête mais, bien entendu, lui raconta tout. Tout. De leur dernière rencontre dans les cuisines où elle s'était rendue compte de certaines choses, en passant par ce souvenir qui lui était revenu en tête : le moment où, en première année, elle avait voulu que le Serpentard l'embrasse. Elle expliqua aussi comment elle avait promis de ne plus lui mentir et la façon dont sa maladie lui était revenue la semaine dernière, l'obligeant à fuir. Cela prit un peu plus de quinze minutes et Gemma avait un sacré mal de crâne après ça.

Lorsque la Poufsouffle se tut, elle frissonna.

- Tu as embrassé Nott en première année, marmonna-t-elle, profondément choquée. Et, la semaine dernière tu as voulu lui enlever son balai dans le rectum et, après tu lui as touché la joue.

- Oh, c'est bon, râla Dominique en lui donnant un coup de coude.

- Et après ça, tu vas me dire que tu n'es pas amoureuse de lui.

- Mais bien sûr que non !

L'exclamation de la Poufsouffle était sincère et c'est ce qui embrouilla encore plus la Préfète-en-Chef. Fronçant les sourcils, elle se souvint d'une fois où Dominique avait dit qu'elle voulait juste le récupérer. Elle n'y avait pas réellement cru à l'époque mais si c'était le cas, Weasley était vraiment…

Est-ce que cette cinglée considérait réellement Nott comme son bien et sa propriété ?

- Tordue ! Complètement tordue ! s'exclama-t-elle sans pouvoir s'en empêcher. C'est pas très flatteur pour Nott de le comparer à un objet. Même s'il fait froid dans le dos et…

- N'importe quoi. C'est parce que tu ne le connais pas. Tu ne peux pas comprendre avec ton Johnson toi.

Gemma faillit éclater de rire. Elle tenait vraiment à comparer Abel, si souriant et attentif à Nott qui la considérait visiblement comme une bouse de Veracrasse et qui pouvait pétrifier n'importe qui d'un seul regard ? Néanmoins, le ton de la conversation avait changé et les yeux furibards de Dominique ne présageaient rien de bon. Fronçant à son tour les sourcils, Gemma lança.

- Qu'est-ce que tu sous-entends ?

- Ouvre un peu les yeux. Ce type ne cherche qu'à protéger sa réputation en sortant avec toi et n'attend qu'une occasion pour chasser deux proies à la fois ! D'ailleurs, m'étonnerait qu'il ait attendu aussi longtemps, grogna-t-elle méchamment. Ce type a trompé Stevenson, la meilleure amie de mon frère. Il a trompé Rose. Et il te trompera aussi. Et t'es bien idiote de ne pas le voir.

- Tu te rends compte de ce que tu insinues ? Et c'est toi qui me dis ça ? T'es ridicule avec ton Nott, je suis sûre qu'il préférerait se jeter de la tour d'Astronomie plutôt que de redevenir ami avec toi. Et je ne te parle même pas de ce que tu comptes en faire, t'es complètement tordue, s'écria la jeune fille, profondément blessée. Tu sais quoi ? Au final, t'es vraiment qu'une idiote égoïste et sournoise. Je ne sais même pas pourquoi... Et merde ! Tu m'emmerdes Weasley !

Rouge comme une tomate, Gemma tourna la dos à la Poufsouffle et, sans plus lui accorder une once d'attention, fit demi-tour. Heureusement, Weasley ne chercha pas à la rattraper. L'altercation aurait très bien pu encore plus mal tourner entre elles et, furieuse comme elle était, Gemma n'aurait pas hésité dégainer sa baguette.

Non mais quelle crétine. Comment pouvait-elle juger ce qu'elle ne comprenait pas ?

oOoOoOoOoOoOo

Dominique avait boudé toute la journée, poussant même l'effronterie jusqu'à sécher tous les cours. Elle allait avoir des ennuis, et sûrement quelques heures de retenues en plus, mais elle n'avait aucune envie de recroiser Lysenko aujourd'hui.

Quelle bornée celle-là !

Elle ne jurait que par Johnson. Que lui avait donc dit ou fait ce type ? Les filles étaient-elles toutes comme ça lorsqu'elles étaient amoureuses ? Elle songea à sa cousine Molly qui ne s'était pas rendue compte de la trahison d'Arthur avant qu'on ne la lui mette sous le nez. A vrai dire, c'était sensiblement la même histoire, hormis que Johnson était beaucoup plus manipulateur qu'Arthur.

- Ça va ?

La Poufsouffle sentit un poids abaisser son lit, qu'elle n'avait pas quitté de toute la journée. Elle aurait préféré être seule mais esquissa tout de même un sourire à Camille Teyssier qui la regardait d'un air inquiet. L'air heureuse de cette marque d'affection, la petite brune s'allongea à ses côtés, ses yeux se fermant doucement.

- Qu'est-ce que tu trouves à Arthur ? s'enquit brusquement Dominique.

- Pourquoi est-ce que tu me demandes ça ? s'inquiéta Camille, sur la défensive.

- Comme ça. Pour savoir.

Leurs yeux se rencontrèrent par hasard et elle comprit que sa meilleure amie se demandait si, par hasard, elle n'allait pas lui reprocher une nouvelle fois d'avoir trahi Molly. Ce n'était pas le cas, du moins pas intentionnellement. Non, pour la première fois, Dominique se demandait ce qui avait pu rapprocher deux êtres aussi opposés que Camille et Arthur.

Arthur était calme, silencieux, intelligent et ambitieux.

Camille était joyeuse, exubérante, moqueuse et croquait la vie à pleines dents.

Comment deux êtres aussi opposés pouvaient s'attirer ? Et il n'y avait pas qu'elle. Anatole Bensberg coulait des jours heureux en compagnie de sa cousine Rose qui n'était ni plus ni moins qu'une furie en liberté. Il y avait aussi Ayling et Isabel Lowell, qui n'avaient pas grand-chose en commun et on pouvait aussi faire le parallèle avec Flint et Jordan même si les deux Poufsouffle ne les connaissaient pas vraiment.

Fallait-il s'opposer pour s'assembler ? Était-ce pour ça qu'Arthur avait délaissé Molly ? Que Joana ne sortait plus avec ces types sans cervelle qui ne pensaient qu'à lui toucher les fesses ?

- Et bien…, hésita Camille. Parce qu'il est gentil, intelligent et qu'on rigole bien ensemble.

- C'est tout ? s'enquit Dominique.

- Non. En vérité, je ne sais pas bien, avoua-t-elle en remuant ses courtes boucles brunes. Peut-être parce qu'il a toujours le nez collé à ses bouquins ou qu'il a des miettes sur la bouche à chaque fois qu'il mange un croissant. Peut-être parce que, quand il commence ses phrases par "moi, je ...", il a cet air à la fois snob et horripilant mais tellement adorable. Et qu'il a l'air tellement fragile quand il remonte ses lunettes sur son nez quand il est gêné.

- C'est dégoutant, grimaça Dominique qui commençait à regretter d'avoir posé la question.

Camille pouffa et se redressa sur ses coudes avant de regarder son amie avec un air indéfinissable. Quand elle reprit, elle avait l'air plus sérieuse que jamais.

- Tu sais quoi ? souffla-t-elle. Je crois qu'en vérité, on ne sait pas.

- C'est-à-dire ?

- C'est comme ça, c'est tout. Comme… une évidence. Quelque chose de tellement naturel qu'on se demande après pourquoi ce n'est pas arrivé avant.

Doucement, Camille dégagea quelques mèches de l'épaule de Dominique et se nicha contre son épaule. La jeune fille se laissa faire, fermant les yeux en sentant le souffle chaud de la brune contre son cou.

- Pourquoi tu me demandes ça ?

- A cause de Lysenko et Johnson, répondit-elle sincèrement.

- Ah, marmonna Camille qui s'était un peu raidie en entendant parler de la Préfète-en-Chef.

La jeune fille ne fit aucun commentaire mais ne chercha pas à en savoir plus non plus, ce dont Dominique lui fut reconnaissante. Elle n'avait aucune envie de lui révéler qu'elle s'était encore disputée avec Lysenko et que c'était d'autant plus frustrant qu'elle était persuadée d'avoir raison dans cette histoire. D'ailleurs, Camille l'avait confirmé. Il n'y avait aucune évidence entre eux, ou du moins, pas de la part de Johnson. Même, la Préfète-en-Chef était seulement aveuglée. Plongée dans sa solitude, elle s'était jetée dans les bras du premier venu.

Malheureusement, il y a des premiers venus dont on se passerait bien.

- On s'est éloignées, constata Camille.

- Ouais, répondit-elle sans chercher à nier.

Mais, tant qu'elle pourrait se rappeler de chaque détail du visage de Molly lorsqu'Arthur avait rompu avec elle et lui avait révélé qu'il était amoureux de Camille, elle n'arriverait pas à faire semblant. Malgré tout, les choses s'étaient déjà arrangées. Elle arrivait sincèrement à rire et s'amuser avec la Poufsouffle mais ce n'était pas pareil qu'avant. Il y avait comme une retenue entre elles, un mur qui les empêchait d'être totalement en osmose, comme avant.

- Ça passera, ne t'inquiète pas, promit Dominique tout en espérant que ce soit réellement le cas.