Un supplément d'âme
Merci aux cartes postales de la semaine : Pacha8, Hermy, BastetAmidala, grispoils, Lizou, Rémi, MAHA1959, Tallia, madame-casse-pieds, Gla10, ora...
C'est frustrant quand je ne peux pas vous répondre - essayez de mettre une adresse mail écrite en toutes lettres atpoint... non ?
Des bises à Alixe, Dina, Fée et Thalys, si vous ne savez pas pourquoi, c'est que vous lisez ce message pour la première fois!
Période couverte par ce chapitre :
vendredi 27, samedi 28 février
Dimanche 1er mars
53. Avec l'aide de Poudlard (Harry)
Un bébé pleure.
Ce n'est pas un son, mais je l'entends pourtant.
Il est partout et nulle part à la fois.
Je voudrais aller l'aider, mais je ne sais où aller.
Je tourne en rond. J'en ai la tête qui tourne.
Partout.
Nulle part.
Puis, quelqu'un m'appelle : « Harry ? »
J'entends encore le bébé, mais l'autre voix est plus proche.
Je le chercherais une autre fois, je décide, et j'ouvre les yeux.
« Harry ! »
La voix est contente. Je ne vois pourtant pas réellement celui qui la porte. Tout est flou devant moi. Mais je n'en ai pas besoin.
« Cyrus ? », je marmonne, ma gorge est tellement sèche que ça me fait mal quand je parle.
« Tu veux tes lunettes ? »
Instinctivement, je tends la main la plus proche de la voix, et le monde n'est plus que douleur.
« Ne bouge pas ta main ! Popy va m'étriper sinon ! », proteste immédiatement mon frère, et je sens ses mains puis le contact habituel des montures de mes lunettes sur mon visage.
Je cille deux fois avant de pouvoir le voir : il me sourit largement, ses mèches noires encadrant son visage sans trop le cacher. Il a un air protecteur qui ne trompe pas : je dois être dans un sale état.
Je baisse les yeux vers ma main gauche et ne trouve en lieu et place que des bandages. Comme j'ai trop soif pour pouvoir parler, je désigne la carafe de ma main droite, et il s'empresse de me servir un verre que je bois lentement.
« Qu'est-ce qui m'est arrivé ? », je soupire, en lui rendant le gobelet.
« Tu ne te rappelles de rien ? »
Rien serait mentir. Il y a le bureau d'Ombrage, les chats sur les assiettes et le serpent endormi. Il y a Mae et Severus plus tendus que pendant une finale de Quidditch. Il y a l'anneau et ses tentatives pour me faire croire qu'il pourrait être mon allié. Il y a le serpent, encore, terrible. Il se repaît d'une chose... d'un bébé... qui pleure... comme dans mon rêve. J'en ai la nausée et manque de peu de vomir l'eau que je viens d'avaler. Alors que je me plie en deux, ma main droite va par réflexe à ma cicatrice, indolore, totalement indolore. Surprenant.
« Harry, ça va ? », s'inquiète mon petit frère, n'osant visiblement pas me toucher.
« Les Horcruxes », je murmure finalement, c'est un souvenir autant qu'une question, mais Cyrus m'a toujours compris à demi-mots.
« T'as gagné ! », il s'exclame avec le même entrain que s'il parlait de la coupe de Quidditch – ce qui me fait penser que je ne suis pas prêt de jouer le match des amedi contre Serdaigle. Tant mieux pour Ginny, conclut une partie de mon cerveau, totalement étrangère au sentiment d'irréalité qui m'étreint.
« Tu crois ? », je croasse.
« Severus en est sûr et certain. »
« Ah. »
« T'es pas plus content que ça ? »
« Je ne sais pas, Cyrus », je réponds, et une étrange lassitude m'étreint. Je me demande si je ne serais jamais plus capable de joie ou de prendre un bébé dans mes bras. Sans parler d'être capable de croire une quelconque affirmation de Severus Tobias Rogue. Est-ce réellement fini ? Qui puis-je encore croire ?
Cyrus grimace en me regardant et reste étonnamment silencieux avant d'oser reprendre.
« Tu veux que je te laisse ? », il propose presque timide. « Papa et Mae ont passé la nuit à ton chevet mais, ce matin, ils sont été obligés d'aller à Londres. J'ai eu l'autorisation spéciale de Minerva de te veiller en dehors de mes heures de cours... Mais, si tu veux... »
« Non ». C'est une certitude. Tout plutôt qu'être seul avec mes doutes. « Non... dis-moi plutôt... comment je suis arrivé là », je propose. Cyrus ne se le fait pas dire deux fois :
« Mae a appelé Linky pour qu'elle t'amène ici – seul un elfe peut transplaner dans le château, blablabla... D'autres ont nettoyé fissa le bureau de la Grande Douleur Spéciale...»
« Nettoyé ?», je le coupe.
« Ton sang... par terre », répond Cyrus perdant un instant son sourire.
« Ok.»
« Hum... Pendant ce temps-là, Mae a convaincu Peeves de retarder Ombrage dans le château ! », il ajoute alors, en n'arrivant pas à s'empêcher de rire.
« Peeves ? Mais Ombrage n'était plus avec Papa ? »
Une fois que le mot a franchi mes lèvres une nouvelle douleur intérieure m'étreint : Papa. Pourquoi n'est-il pas là ? Cyrus a bien parlé de Londres mais, vraiment, n'aurait-il pas pu être là ? Et que dirait-il de ce bébé ? Savait-il ? La tête me tourne.
« Si, bien sûr, c'est pour cela que Peeves ne voulait pas !! », s'amuse Cyrus, tout à son récit. « Mae a dû lui promettre sa protection ! Mais ce n'est même pas le plus drôle ! »
« Non ? »
« Après ce 'petit contretemps', Papa a raccompagné Ombrage à ses appartements et, quand ils sont entrés, le Chevalier au catogan découpait le serpent en rondelles en chantant : 'A moi Saint-George, à moi !' », raconte mon petit frère en mimant des coups d'estoc à la fin de sa phrase.
« Mais il était déjà mort avant », je m'étonne et, en même temps, me revient l'image de l'anneau qui l'a étranglé. L'anneau que je portais à ma main gauche. La douleur traverse de nouveau mon corps comme un écho.
« Ce n'est pas du tout la version officielle, Harry ! », glousse Cyrus, sans pitié. Pour preuve, il extirpe de son sac au pied de mon lit un exemplaire de la Gazette, dont la première page se barre du titre : « Anarchie à Poudlard : Remus Lupin s'excuse personnellement auprès du Ministère »
J'imagine que ça explique l'absence de Papa auprès de mon lit, je décide.
« Tu veux que je te lise ? », reprend mon frère sans attendre ma réponse. « Madame la Conseillère spéciale à l'éducation, Dolorès Ombrage, n'était pas depuis une semaine à Poudlard qu'elle a été le même soir victime de deux agressions.
La première, de l'esprit frappeur du château qui l'aurait prise pour une élève ayant oublié le couvre-feu, alors qu'elle revenait d'un dîner 'très sympathique' avec le professeur Lupin et la professeur Ash à Pré-au-lard.
La surprenant seule, l'esprit l'a arrosée d'eau glacée en appelant le concierge du château. L'eau a verglacé, formant une véritable patinoire interdisant à madame la Conseillère spéciale tout mouvement pendant de longues minutes », s'esclaffe Cyrus. « Tu imagines la scène ? »
Je souris malgré moi et Cyrus embraye :
« Tu me diras que si elle était moins grosse, elle aurait tenu sur la glace » Ma réaction instinctive doit se lire sur mon visage - on m'a appris trop petit à ne pas juger verbalement le physique ou la condition des autres. « Non, OK, toi, tu ne le dirais pas ! Mais ça reste vrai !»
Comme objectivement, il n'a pas tort, je souris et content de cette approbation muette, il reprend sa lecture :
« Le professeur Lupin, revenu sur ses pas en entendant des cris, a dû venir lui-même à son secours, le concierge n'ayant pas trouvé de solution.
« Attends, elle ne sait même pas faire fondre de la glace ? », je m'étonne malgré ma sincère indifférence pour le sort de la Conseillère spéciale.
« Faut croire », répond Cyrus en haussant les épaules. « Quelque part, ça ne m'étonnerait qu'à moitié. Mais le plus drôle est à venir : Quand le directeur de Poudlard a raccompagné son invitée à ses appartements, il a constaté, sans doute avec horreur, qu'un sujet de portrait du château, leChevalier au catogan, massacrait un des portraits accrochés au mur et ramenés à Poudlard par Madame la Conseillère spéciale pour l'édification des jeunes générations... »
« Ah, les chats aussi, elle comptait nous les laisser ? », je demande, étonné moi même de l'irrévérence et la vivacité de mes pensées.
« Tu sais les journalistes n'ont jamais peur des généralisations », commente Cyrus, blasé, avant de reprendre sa lecture. « La perte est irremplaçable, blablabla... Ah, voilà, le meilleur : 'Remus Lupin, le premier lycanthrope à, non seulement avoir étudié à Poudlard, mais aussi à y être devenu professeur puis directeur grâce à la protection d'Albus Dumbledore, a reconnu que ces événements malheureux traduisaient la réticence de Poudlard face à la mission de Dolorès Ombrage. 'Je n'ai sans doute pas assez expliqué le sens de cette mission' a-t-il confié à notre reporter en sortant du Ministère où il était venu en personne amener les excuses de l'institution.' - Quel pince sans rire, ce Remus, non ? »
Comme un sourire est venu tout seul sur mes lèvres, je me contente d'opiner. Tout Poudlard, des elfes aux portraits, en passant par Rusard nous avait aidés en quelque sorte. Je ne sais pas si ça justifie quoi que ce soit, mais ça me fait étonnamment plaisir.
« Mais ça ne va pas lui tomber sur le dos tout ça ? » je m'inquiète presque.
« Il a le cuir épais », estime Cyrus avec confiance. « Et ça ne sera pas la première fois qu'il mentira pour nous. Il sait faire ! De toute façon, la bataille n'est pas finie... L'expert en tableau du Département de l'Histoire magique, sur les conseils de grand-père, va demander une expertise du portrait du serpent... »
« Pourquoi ? », je m'alarme - je ne vois pas ce qu'il pourrait sortir de bon d'une telle expertise.
« Parce qu'il faut bien qu'on dise que ce tableau n'est pas celui vendu par le vieux Phinéas aux Malefoy ! Qu'il a été plus que transformé et que le sujet qu'il abritait n'était pas tout à faire régulier ! »
« Pourquoi ? »
« Pour mettre Fudge dans le caca, l'air de rien... Je te rappelle que c'est notre part du contrat avec Scrimgeour ! »
Ce n'est pas que je ne savais pas. C'est que je n'avais pas réellement écouté. Je soupire – j'aurais aimé qu'on en ait fini, qu'on puisse essayer d'oublier, je me rends compte.
« T'oublie pas un truc ? », je finis par demander.
« Quoi ? Parce que si tu veux tous les détails du plan, tu sais, je ne suis pas le mieux placé, t'imagines bien ! Ils ne m'ont même pas laissé t'accompagner dans ce bureau, alors ! »
« Ma main, Cyrus », je coupe à ses récriminations.
« Oh, ça ? Tu ne te souviens pas ? »
« Non... C'est l'anneau qui... ? », je questionne pour l'aider.
« Non, l'épée. »
« Quelle épée ? »
« Celle de Gryffondor... Mae n'arrivait pas à frapper ta main qui tenait l'anneau... Severus l'a aidée... » Un frisson me transperce, parce que la scène s'impose dans mon esprit comme si elle avait été occultée avant. La douleur, le sang, le noir total. « D'après les parents, Popie a passé des heures pour recoller les os ensemble et réparer les muscles... T'en as pour une semaine avant de pouvoir espérer t'en resservir... Et sans doute plus avant que Papa et Mae te lâchent d'un œilquand ils seront revenus », conclut mon petit frère préférant la gouaille comme toujours.
« Il m'aurait possédé », je marmonne.
« Qui ça ? »
« L'anneau ».
« C'était terrible, hein ? », il questionne dans un murmure désolé.
« Pire que ça », je réponds pas plus haut.
« C'est ce que Sev... »
« Ne me parle pas de lui », je crache, surpris moi même de ma propre violence.
« Non ? »
Je confirme d'un signe de tête.
« Il avait donc raison », commente mon petit frère avec un calme absolu, voire une pointe d'admiration.
« Quoi ? »
« Il m'a dit que ce n'était pas sûr que tu lui reparles un jour. »
« Est-ce qu'il n'aurait pas pu me dire que j'étais un Horcruxe !? », je crie alors. Ça me fait un bien fou.
« Papa, Mae et Albus savaient, eux aussi », remarque Cyrus.
« Je sais... Mais je ne peux pas en vouloir à tout le monde non plus », je soupire. « Ils t'ont dit alors ? »
« Oui, maintenant que c'est derrière nous - tu les connais.... Pour qu'on les comprenne et qu'on leur pardonne... », il énumère en levant les yeux au ciel et en refaisant parfaitement la voix de Mae pour l'occasion.
« ...de nous avoir protégés contre notre avis... ou d'avoir compté sur notre confiance pour nous priver de tout choix ? », je me moque avec lui. Il ne nous reste sans doute que le rire comme défense.
« Un truc comme ça. »
On se regarde. Ses yeux gris sont exempts de toute colère, et je me dis qu'il a énormément grandi cette année. Je ne sais pas si Papa ou Mae s'en rendent compte. Mais moi, je le sais.
« Ils ont cru en toi », il ajoute pour bonne mesure.
« Oui, grand frère », je grimace, et on éclate de rire tous les deux.
oo
Comme l'avait prédit Cyrus, je ne suis sorti de l'infirmerie le soir même que pour aller chez mes parents. Officiellement, je m'étais coincé la main dans la porte d'entrée de Gryffondor alors qu'il ne restait que moi dans la salle commune.
« C'est tout ce que vous avez trouvé comme excuse ? », j'ai objecté quand Mae m'a appris ça juste avant que Linky me transfère à la maison sans que j'ai à poser le pied par terre. « Comme ça, j'ai l'air d'un crétin qui ne sait pas fermer une porte !? »
« On va dire qu'on avait épuisé nos capacités d'improvisation », elle m'a répondu avec un petit sourire désolé. « Et franchement, Harry, tu es loin de faire la une de Radio Poudlard. Personne n'a encore totalement épuisé les attaques contre Ombrage. Peeves et leChevalier au catogan y veillent personnellement... »
« Ça ne vous inquiète pas de donner un peu plus de raisons à la presse pour dire que c'est l'anarchie à Poudlard ? », je me suis un peu alarmé. Quelque part, c'était à cause de moi. Encore.
« Cyrus t'as montré La Gazette ? », a soupiré Mae. « Faut pas trop y prêter attention. C'est plus Ombrage qui est vexée que Fudge qui est réellement inquiet. A priori il a seulement demandé à Remus de faire montre de plus d'autorité...Ça va voler bas dans les couloirs pendant quelques jours, et tout sera oublié ! »
« Vous croyez vraiment que je vais vous croire ou vous dites ça pour que je ne m'inquiète pas ? », j'ai persiflé.
« Si Fudge était sur le pied de guerre, les articles seraient signés Skeeter ou Pieternel », elle a affirmé.
Je ne pouvais pas lui donner tort. Papa avait peut-être de bons appuis mais il avait aussi de vrais ennemis de longue date. Tristam Pieternel Le Jeune était sans doute le pire de tous. Il ne pouvait pas y avoir un cas de lycanthropie sans qu'il appelle à la vigilance, à l'abrogation de toute les lois qui peu à peu rendaient la vie des garous possibles.
« Il sera là tout à l'heure, il te racontera », elle a ajouté, et ça a immédiatement ranimé en moi une rage un peu adolescente mais incontournable.
« Quel privilège, des mensonges de première main ! », j'ai grincé. C'est que je l'attendais de pied ferme, mon père. C'était même la seule chose qui me faisait accepter pour l'instant leur décision de me confiner à la maison : l'occasion de pouvoir lui parler sans le décorum poudlardien.
« Jamais il ne t'a menti », elle a répondu sans s'émouvoir ni s'arrêter de mettre toutes les cartes de rétablissements, bonbons et cadeaux envoyés par mes camarades de classe dans un sac.
« Non, juste oublié un énorme détail », j'ai balancé avec tout le sarcasme dont je pouvais être capable – je n'arriverais jamais qu'au genou de Cyrus ou la cheville de Severus pour ce genre de chose, je sais.
« Le désespoir n'est pas le meilleur carburant pour qui doit lutter contre les forces du mal », elle s'est calmement justifiée.
Pas de doute, elle attendait la remarque et elle était prête.
« Aucune pensée profonde à propos de la confiance ? », j'ai continué sur le même ton. Si je devais encore me confronter à Remus, fallait que je m'entraîne.
« Harry, ne dis pas que tu ne savais pas », elle a répliqué. « Tu as eu des dizaines d'occasion de poser la bonne question. Tellement de fois. Tu as choisi de ne pas savoir... »
« Je vous ai fait confiance ! », j'ai hurlé.
« Et ça t'a desservi ? »
Ce coup-ci, je n'ai rien trouvé à rétorquer, et j'ai préféré sauver le peu de dignité qui me restait en confiant ma main valide à Linky.
A l'appartement, les jumeaux étaient trop contents de me voir pour que je puisse réellement imaginer continuer de me rendre pénible. Si mes bandages rendaient un peu difficile la construction de tours en cube, rien ne m'empêchait de leur relire l'intégralité des aventures de Flammèche, à demi-allongé sur mon lit, un pichet de jus de citrouille et des montagnes de chocolat à portée de ma main valide. Mae venait de loin en loin dire aux petits de ne pas me fatiguer mais elle n'osait pas réellement rester. Son manège a réussi : je me suis senti coupable d'avoir été aussi offensif avec elle plus tôt. Il me suffisait d'imaginer son choix – ma main ou ma vie ? - pour avoir envie d'aller lui dire combien elle avait été à la hauteur.
« On veut une histoire », a réclamé Iris quand Mae a voulu les coucher.
« Avec tout ce que Harry vous a déjà raconté ? Il vous suffit de fermer les yeux et tout devrait revenir ! »
« Et Harry, il va se coucher ? », a essayé Kane. Chacun sa stratégie.
« Harry est assez grand pour savoir quand il doit aller se coucher », a affirmé Mae. « Par contre, vous deux, au lit ! »
« Mais Papa n'est pas rentré ! », a continué Iris – pas à dire, ils ont de la ressource.
« Il va rentrer et il viendra vous voir, promis », elle a commencé, puis elle m'a lancé un regard coupable - comme si j'allais être jaloux !
« Je peux leur lire la fin du dernier album », j'ai proposé. C'était mon armistice. Elle l'a entendu.
Quand les infatigables yeux gris de mon petit frère et ma petite sœur se sont enfin fermés et que j'ai pu sortir de leur chambre sans protestations, Papa arrivait. Il s'est planté au milieu du salon, l'air incertain, en me voyant. A mi-chemin entre lui et moi, Mae s'est mordue les lèvres. Évidemment, hein, je pouvais les accuser de tout sauf de ne pas tenir à moi, j'imagine. Sauf de ne pas s'en vouloir.
« Harry », il a finalement dit.
« Présent. »
Il a soupiré et puis il s'est risqué :
«Tu es en colère ? »
Je l'avais posée tellement de fois, cette question ! J'avais mis tant d'ardeur, enfant, à lui plaire. J'avais mis tellement de temps à pouvoir croire que cet homme tenait suffisamment à moi pour m'aimer même quand je n'étais pas parfait... C'était ma question, en un sens. Ma gorge s'est serrée toute seule en l'entendant retournée vers moi :
« Un peu », j'ai fini par reconnaître avec moins de véhémence que je l'aurais souhaité.
« Je comprends », il a murmuré en baissant les yeux. On aurait dit un môme. On aurait dit Cyrus quand il a fait une connerie plus grosse que lui. Ça a dégonflé une grosse partie de ma colère.
« J'ai le droit, non ? », j'ai quand même insisté.
« Bien sûr. N'importe qui serait furieux à ta place, Harry.... Ce n'est pas parce que nos intentions étaient... bonnes, que ça excuse quoi que ce soit ! Ce n'est même pas parce que nous étions tous d'accord pour nous taire... que.. »
« Ni même parce que ça a marché », j'ai ajouté en croisant les bras avec un air qui se voulait sévère malgré mes bandages et le sourire stupide qui me démangeait les lèvres. Il se défendait tellement mal. Il devait salement s'en vouloir !
« Oh Harry... il fallait que ça marche ! », s'est empressée d'ajouter Mae, les larmes aux yeux.
« S'il y avait eu une autre solution... », a commencé Papa puis il a renoncé. « Il fallait te rendre ta vie... te libérer de ce monstre... pour toujours. »
« Depuis combien de temps, tu savais que j'étais un Horcruxe ? », j'ai soufflé, plus ému que je n'aurais aimé par ce qu'il venait de dire.
« Mais tu n'étais pas un Horcruxe, Harry ! Ta cicatrice contenait un Horcruxe, c'est totalement différent ! », il s'est récrié.
Sinon je serais mort, j'ai compris brutalement. C'est moi tout entier que le serpent aurait tenté de dévorer. Et l'anneau l'aurait su bien avant. J'ai hoché la tête. Pas un Horcruxe ? C'était une bonne nouvelle, je devais le reconnaître. Mais ça ne changeait pas le fond :
« Depuis quand ? », j'ai répété très doucement.
« Quelques mois », il a reconnu.
« T'es incroyable », j'ai murmuré, sidéré qu'il ait réussi à se taire aussi longtemps.
« Il n'y serait jamais arrivé tout seul », a voulu le défendre Mae.
« Détrompe-toi, Mae. J'ai même tendance à penser que, sans lui, vous n'y seriez jamais arrivé », j'ai rétorqué.
« J'aurais tellement voulu être à tes côtés », il a alors affirmé en osant me regarder pour la première fois.
« Personne d'autre n'aurait pu supporter Ombrage à un pareil moment », je lui ai assuré.
« C'était une punition méritée, on va dire », il a essayé.
« Sans parler des excuses à Fudge », j'ai ajouté perfidement.
Il a ri. M'a regardé par en dessous, a encore hésité puis a murmuré :
« Échecs ? »
« Il faut qu'il se repose ! », a protesté Mae.
« Il dormira demain », a contré Papa.
Je ne croyais pas me souvenir d'un autre moment où ils s'étaient désolidarisés dans un moment comme cela – aller se coucher, finir nos légumes, faire nos devoirs... Ça m'a décidé.
« Je vais te battre », j'ai annoncé en m'avançant vers la table basse du salon.
« Je sais », a soufflé Papa en s'installant en face de moi.
ooo
Le lendemain matin, samedi, je me suis assis à côté de mon père pour regarder le match - ça faisait sept ans que ça ne m'était pas arrivé. J'étais tout content en un sens. Même si la tribune m'a paru moins haute et large que dans mes souvenir. Sur le terrain, Cyrus et Ginny ont totalement dominé l'action, la seconde jouant avec l'attrapeur Serdaigle comme un chat avec une souris, sous la protection rapprochée du premier
« Quel couple ! », a jugé Pomona.
Je ne pouvais pas applaudir mais je suis allé hurler avec mon équipe après la victoire.
Avec Severus, on s'est regardés de loin sans oser ni l'un ni l'autre faire le premier pas. J'avais encore besoin de temps. Il n'était sans doute pas plus coupable que les autres, mais il avait assisté à tout, à ces pensées affreuses, aux tentations de l'anneau... Finalement, c'était presque de son jugement sur ma prestation dont j'avais peur, je me suis dit en me reposant l'après-midi sur mon lit.
A mon réveil, Poppy était là pour voir l'état de ma main. Quand elle a défait les bandages et que j'ai vu la ligne violacée et boursoufflée qui marquait ma paume en deux, j'ai failli vomir.
«Tu as mal ?»
«Pas réellement», j'ai marmonné - avec tout ce que je prenais comment aurais-je pu avoir mal ?
Elle a essayé de plier mes doigts et j'ai grimacé.
"Pardon»
«Non.. Il va bien falloir...», j'ai essayé de faire mon Gryffondor.
«Si tu ressens de la douleur avec ce que tu as comme calmants dans le sang, c'est qu'il est trop tôt», elle a affirmé et prenant un parchemin pour me donner l'autorisation d'utiliser une Plume-à-papote pendant les cours. Elle a mis un pansement moins massif et a prescrit un nouvel onguent, en insistant pour que je fasse de longs massages de ma cicatrices des deux côtés avec. J'ai promis. Quand elle est partie, Papa et Mae ont décidé qu'on irait dîner ailleurs, « loin », et on est allés manger des frites et des moules à Bruxelles.
Les jumeaux ont adoré.
Dimanche matin, on était invités à petit-déjeuner avec Grand-père Albus qui m'a serré plus fort que d'habitude dans ses bras en me voyant.
« Je savais que tu nous surprendrais », il a murmuré.
« Ne compte pas sur moi pour te raconter ! », j'ai tout de suite précisé.
« Je comprends. Sache néanmoins que si toi, un jour, tu as envie d'en parler, je serai là. »
Je me tenais sur mes gardes, mais la conversation s'est effectivement tournée vers l'avenir : la possibilité de montrer que Fudge n'était plus en état de gouverner le pays ; qu'il avait été possédé ; l'importance de l'expertise en cours sur le tableau à ce titre. J'étais secrètement assez content de ne plus être en première ligne d'une certaine façon même si Grand-père a dit à un moment qu'il faudrait peut-être un jour que j'accepte de raconter les termes de mon affrontement avec Voldemort.
Dimanche après-midi, j'ai annoncé que je rentrais à Gryffondor parce que c'était l'anniversaire de Ron et qu'on avait prévu une fête surprise avec Hermione et Ginny de longue date. En expliquant ça, je me suis rendu compte que j'aurais pu ne pas y être, que j'aurais pu savoir que je risquais de ne pas y être, et j'ai pensé qu'ils avaient peut-être bien fait de ne rien me dire.
« L'anniversaire de Ron ! », s'est exclamée Mae.
« Oui, hein, on finirait par oublier les anniversaires », je me suis moqué gentiment.
Papa s'est levé chercher dans son immense bibliothèque pour en sortir un livre, dont la couverture était un peu abimée. Après l'avoir lissé avec un air un peu nostalgique, il me l'a tendu
« Sirius et James ont préparé leur concours d'Aurors avec », il a commenté. « Comme je pense que ni Cyrus ni toi ne voulez suivre cette voie... »
« Ron va être très touché », j'ai murmuré, ému moi même, et n'osant pas poser la question.
« Ils l'avaient acheté ensemble », il a ajouté ayant bien compris le cours de mes pensées. « Pas qu'ils manquaient d'argent l'un comme l'autre, mais ils bossaient rarement l'un sans l'autre... acheter deux livres aurait été un peu stupide... Ils auraient été contents que ton meilleur ami l'ait. »
« Sûr », j'ai conclu avec un sourire, avant de m'enfuir en promettant de prendre soin de ma main.
A Gryffondor, l'ambiance était festive – la victoire de la veille n'y était pas pour rien ; sans compter que Ron était le capitaine. Tout le monde m'a quand même accueilli avec de grands cris.
« Faudra que tu m'expliques, Harry, comment t'as pu t'estropier la main comme ça avec la porte ? », s'est risqué Colin.
« Le premier qui embête mon frère avec sa main ou la porte aura affaire à moi », est immédiatement intervenu mon protecteur attitré.
« Et il t'engueulera parce que t'as aucun droit d'intimider les autres », a rétorqué Crivey, citant effectivement une phrase que j'ai dû prononcer un certain nombre de fois depuis que je suis préfet.
« Mais non, il est malade aujourd'hui, il n'est pas préfet ! »
La salle commune a rugi de rire, et on m'a tendu une bièreaubeurre et on m'a oublié. Dès que j'ai pu, j'ai donné le livre à Ron :
« Il était à James et à Sirius » , j'ai indiqué. "Mon père t'en fait cadeau.... ça tombe bien, je n'ai pas eu le temps d'aller à Pré-au-lard comme prévu hier pour t'en faire un !"
« A James et Sirius » , a répété Ron impressionné.
« C'est très gentil de votre part » , a renchéri Hermione avec un regard pour Cyrus qui a haussé les épaules.
« En fait, c'est une fuite », il a commenté. "On aimerait autant que la famille Weasley-Granger prenne le relais dans la défense quotidienne contre les forces duMal, si vous voyez ce que je veux dire ! »
«Ne dis pas ça, Cyrus», j'ai râlé. « Je ne souhaite à personne de passer par ce qu'on est passé ! »
« Mais c'est fini, hein, Harry ? » , a soufflé Hermione. « C'est vraiment fini ? »
J'ai hésité avant de répondre.
"Tout le monde me dit d'y croire... mais je ne crois pas à la disparition du Mal. »
"Disons qu'on peut espérer la disparition d'un mal que seul toi pouvais combattre » a affirmé Ron doucement. "Et Cyrus a raison, pour le reste, d'autres peuvent participer ! »
J'en étais à féliciter Ginny sincèrement de sa prestation, quand un elfe que je ne connaissais pas est apparu à mes côtés :
« Harry Potter-Lupin doit venir avec moi », il a déclaré en tirant sur ma manche.
« Et où donc ? »
« S'il vous plaît, Dobby doit vous mener à son maître, maintenant !»
Il y a des mots qu'il ne faut pas dire. "Maître" en était un. La seconde d'après, cinq baguettes étaient pointées en direction de la créature – la mienne, celle de Cyrus, celle de Ginny, celle de Ron et celle d'Hermione. Le reste de la salle commune s'est figé. L'elfe a d'abord reculé puis s'est lamenté.
« Oh, Maître ne va pas être contents ! Méchant Dobby ! Inutile ! »
J'avais vu mon père lutter toute mon enfance contre cette pratique d'autopunition des elfes qu'il tenait pour le symbole profond de leur asservissement. Sans réfléchir, j'ai rattrapé son bras de ma main droite avant qu'il ne se cogne la tête avec une bouteille vide de bièreaubeurre.
« Harry », s'est écrié Cyrus. « Lâche-le, il va te .. »
La sensation de crochet à l'estomac lui a donné raison avant qu'il n'ait fini sa phrase. La seconde d'après, j'étais avec ce mystérieux Dobby au bord du lac. Qu'il ne m'ait pas fait sortir du parc ne m'a qu'à moitié rassuré.
« Ah te voilà, Harry ! », s'est alors réjoui la petite voix de Nero Malefoy.
J'ai regardé autour de moi et je n'ai pas vu trace de son grand-frère. Ça plaidait pour moins de danger mais je n'étais pas prêt à totalement baissé ma garde.
« Le kidnapping, vous avez ça dans le sang les Malefoy », j'ai répondu, ma baguette pointée vers lui.
« J'ai juste demandé à Dobby d'aller te chercher ! », a plaidé Nero visiblement surpris de ma réaction. Il avait levé ses deux mains vides comme pour me dire qu'il ne me voulait pas de mal.
« Tu n'avais pas de hibou sous la main ? »
Le regard surpris du petit Malefoy et presque gêné maintenant m'a semblé trop sincère pour être mis en doute.
« Tu ferais mieux de le renvoyer à Gryffondor avant que mon frère n'ameute tout le château », j'ai donc conseillé en baissant ma baguette, mais en la gardant à la main. « Il m'a fait transplaner au milieu de l'anniversaire de Ron... », j'ai précisé. L'elfe a dû sentir qu'il avait une bourde parce que ses oreilles se sont immédiatement affaissés.
« Oh, Dobby ! Va vite ! », l'a quasiment supplié Nero - j'ai apprécié qu'il ne lui fasse pas de reproches. "Tu peux ramener Cyrus s'il accepte... mais que lui ! »
« Dobby part tout de suite », a répondu l'elfe.
« Dis à mon frère que je suis avec Nero », j'ai conseillé à l'elfe, le retenant de ma main valide. « Dis-lui que mon parrain n'a pas à s'inquiéter », j'ai ajouté ayant vainement trouvé autre chose de plus personnel à dire pour qu'il se rassure.
« Ton parrain ? » s'est enquis timidement Nero, une fois que l'elfe ait eu disparu.
« Sirius était mon parrain. »
« Alors je suis peut-être une sorte d'oncle pour toi ! », s'est amusé le môme.
« Tu avais un truc à me dire », j'ai coupé assez sèchement.
« Drago ne voulait pas mais... je voulais te parler des Horcruxes », il a répondu sans trop tourner autour du pot cette fois.
« C'est qui, cet elfe ? », j'ai questionné parce que comprendre ce qu'il venait de se passer me paraissait un préalable à toute conversation.
« Dobby est le seul elfe de la maison Malefoy que j'aime bien », il a répondu. « Je lui ai demandé de chercher l'Horcruxe de Regulus. Je suis sûr que Drago refuse de me le dire mais qu'il sait où il est... Je lui ai demandé d'espionnerKreatur... »
Le nom m'a fait l'effet d'un coup de poing à l'estomac.
« Qui ça !? »
« Un elfe... un vieil elfe qui pue » a grimacé Nero, l'air sincèrement dégoûté.
Kreatur. J'avais oublié son nom mais ça me revenait. L'elfe de Square Grimmaurt. Celui qui s'était enfui quand Papa, Cyrus et moi nous avions hérité des biens de Sirius et que la maison avait été transformée en Fondation Sirius Black. Avait-il pu leur apporter le Horcruxe contenant un fragment de l'âme de Regulus à ce moment-là ? Mon cerveau était en pleine ébullition.
« Tu le connais ? », a compris le môme.
« Je crois. Mais dis-moi, il l'a trouvé ? »
« Peut-être. C'est difficile à dire... je ne suis pas un spécialiste ! »
« Tu l'as là ? », j'ai demandé, la voix plus basse et tendue que je n'aurais voulu. Mais franchement, qui aurait pu vouloir revoir un Horcruxe ?
« Non. Dobby pense savoir où il est mais il avait peur que, s'il le prenait, Kreatur ne prévienne Drago qu'il l'avait pris », a expliqué calmement le môme qui valait son poids en roueries. « Je voulais que tu nous dises comment reconnaître un Horcruxe... »
La vérité était que je n'en savais rien.
« Nero, j'avais.... un lien avec les Horcruxes de Voldemort » , j'ai donc commencé à répondre, plein d'hésitation.« Mais sinon... je n'aurais jamais su qu'ils en étaient... »
Puis je me suis rappelé des cours de Papa, quasiment sur le même sujet. Est-ce que je n'avais pas pour ambition de devenir briseur de sorts ? Je devais être capable de faire mieux que cela.
« Ce sont des objets magiques très puissants... Normalement, on doit le ressentir... Il existe même des sorts pour révéler cette magie », j'ai précisé en me disant que le môme n'aurait jamais la capacité deles lancer seul de toute façon. Comme le gamin avait l'air déçu, j'ai ajouté : « Le plus simple serait de convaincre Drago de te le dire. »
« Il ne voudra jamais », il a prétendu avec une moue d'enfant gâté.
« Pourquoi ? »
Nero a haussé les épaules.
« Je ne sais pas... Il dit que c'est trop dangereux »
« Il n'a pas tort », j'ai commenté – aurais-je pu prévoir, qu'un jour, je serai du même avis que Drago Malefoy ?
« Tu les as bien dominés, toi ! »
« Nero », j'ai soupiré. « Les Horcruxes de Voldemort voulaient ma perte, et la seule solution était de les affronter, de les dominer et de les détruire. C'était moi ou eux ! » J'ai agité ma main bandée sous son nez pour bonne mesure. « Ne crois pas que ça soit facile ou gratuit ! Et ça, c'est juste ce qui se voit, Nero ! »
Il a un peu reculé.
« Moi, je veux juste savoir si... si j'ai son âme », il a plaidé.
Une âme... J'allais répondre quand un pop a annoncé le retour de Cyrus et de l'elfe. Mon frère avait sa baguette à la main, comme moi un peu plus tôt.
« Ah, vous êtes là », il a marmonné, son soulagement n'effaçant pas de ses traits une colère lourde comme je lui en avais rarement vue. Elle le vieillissait terriblement et, pour la première fois, je me suis demandé s'il aurait un jour des enfants et comment il serait avec eux quand il serait en colère. C'était une pensée étrange. Sans attendre de réponse de notre part, Cyrus s'est retourné vers le château et a lancé son patronus – un loup.
« Je viens de rassurer mes amis et de dire à mon père que nous venions à sa rencontre », il a expliqué à Nero qui le dévisageait avec une inquiétude certaine.
« Papa ?! », je me suis étonné.
« Parce que tu crois que les passe-passe de ce Dobby sont totalement passés inaperçus ? Attends que les elfes de Poudlard le trouvent, il va regretter d'être né ! », a craché Cyrus, toujours fulminant. «Et tu crois que j'allais laisser encore quelqu'un de la famille disparaître comme ça, sans donner l'alerte ? »
Je n'ai pas eu le temps d'en demander plus parce que la seconde d'après, il avait attrapé Nero par le bras et le secouait comme un prunier :
« T'es une petite vipère, toi, dis-moi ! T'as bien appris de tes parents adoptifs finalement, hein ? Et moi, qui t'ai crû une victime ! Tu te prends pour qui ? »
« Cyrus... », a supplié le gosse en grimaçant.
« Tu lui fais mal », j'ai indiqué.
« Parce que, lui, il fait le bien peut-être », a craché Cyrus sans me regarder. « Quand je pense que je te plaignais, que je voulais t'aider alors que, toi, tu ne penses qu'à faire tes petites magouilles ! »
« Non ! », a protesté l'enfant éperdu.
« Si. Tu voulais parler à Harry, fallait lui demander ! Ou me demander ! On n'oblige pas les gens ! On n'emploie pas la magie comme ça, sans autre raison que son propre caprice ! »
« Maître frère de Harry Potter-Lupin, c'est Dobby qui a voulu aller trop vite », a essayé l'elfe.
« Reste que c'est lui qui t'as demandé », a rétorqué Cyrus.
« Mais Drago me surveille tout le temps ! »
« B'en pas assez ! », a répliqué Cyrus. « Si mon petit frère faisait des coups pareils, je me sentirais pas fier !»
Nero a blêmi, et ses larmes ont coulé. Peut-être parce qu'il se rendait compte, comme moi, de combien ils se ressemblaient physiquement tous les deux en cet instant. Peut-être parce que les reproches de Cyrus étaient justifiés. Peut-être parce qu'il savait que Drago serait en colère. Peut-être parce qu'il avait raté son coup.
« Cyrus », j'ai soufflé, parce que je lui trouvais quand même des excuses à ce gosse : savoir de qui il portait l'âme, ne me paraissait pas totalement illégitime.
« Il faut bien que quelqu'un lui explique qu'on ne peut pas faire n'importe quoi ! », a répliqué mon frère sur un ton que notre père adoptif n'aurait sans doute pas pu renier. J'ai ravalé mon envie de sourire pour continuer de plaider :
« Certainement, mais... »
« Je suis désolé », a balbutié le gamin.
«C'est ça, entraîne-toi à faire des excuses, parce que je ne vais pas me faire engueuler à ta place, cette fois», a repris Cyrus, l'air totalement imperméable à une quelconque pitié. « On va aller raconter tout ça aux autorités. En avant, marche ! », il a conclu en le faisant pivoter de force vers le château.
Dobby se tordant les mains d'inquiétude leur a emboité le pas. Avec le sentiment d'être un peu dépassé par ces nouveaux évènements, je les ai suivis.
Oooo
Le 54 est mené par Remus à la recherche une nouvelle fois de ses fils. Il s'appelle "Un probable abus de confiance"...où l'on voit qu'on en a pas encore totalement fini avec les Horcruxes...
