Chers lecteurs,

J'espère que vous allez bien ! Un grand merci pour votre fidélité et pour vos nombreuses reviews qui sont la nourriture même de ma motivation pour arriver à la fin de cette histoire :) On s'en approche tout doucement.

Ce chapitre est d'ailleurs central et donne une nouvelle direction à l'histoire. Vous n'allez pas forcément apprendre de nouvelles choses mais on se place du point de vue de Harry, fils de Tom Jedusor et je trouve que ça donne une autre dynamique à ce passage. J'espère d'ailleurs que ça vous plaira, tout autant que j'ai aimé le rédiger.

Bonne lecture, Patmol25

Etat de la fic : 65 chapitres écrits - en cours d'écriture

Prochaine publication : mercredi 7 décembre 2016


Chapitre 52 : De Tom Jedusor à Lord Voldemort

« Sais-tu ce que sont les horcruxes, Harry ? »

La voix bienveillante du professeur Dumbledore s'éleva dans le salon miteux au-dessus de la Tête du Sanglier. Harry observa le vieil homme ouvertement, plongé dans ses pensées. Une semaine après la rentrée, il avait reçu un courrier l'incitant à se rendre au bar poussiéreux et malfamé de Pré-au-Lard lors de la sortie mensuelle organisée par l'école de sorcellerie. Aucune signature n'était apposée en bas du parchemin mais Harry avait reconnu l'écriture de son ancien directeur.

Après de nombreuses nuits de réflexion, le Gryffondor avait finalement cédé à la curiosité et au désir d'en savoir davantage. Ce qui expliquait sa présence pour la deuxième fois au bar d'Abelforth Dumbledore.

« Des horcruxes ? » répéta t-il d'un ton hésitant.

Il avait beau fouillé dans sa mémoire, ce mot ne lui évoquait rien. Même s'il n'était pas aussi attentif que sa meilleure amie durant les cours, Harry s'était attelé à être un étudiant modèle et consciencieux depuis son retour du Manoir Serpentard. Si la notion d'horcuxe avait été expliqué par un enseignant, Harry ne s'en souvenait absolument plus. Il secoua la tête négativement, les sourcils froncés.

Dumbledore soupira profondément en passant une main légèrement tremblante sur ses yeux par dessous ses fines lunettes argentées. Harry sentit son cœur se comprimer douloureusement lorsque la fatigue de l'homme lui sauta aux yeux. Il semblait encore plus vieux et en mauvaise santé que lors de leur dernière rencontre.

« Un horcruxe est un objet de la plus mauvaise et sombre magie noire qu'il puisse exister, » commença Dumbledore en le regardant fixement, observant sa réaction. « C'est une invention maléfique mais qui offre le pouvoir de conjurer la mort. »

« D'être immortel ? Grâce à un objet ? Mais comment est-ce possible ?»

« Créer un horcruxe est un procédé terrible permettant de diviser son âme en un ou plusieurs morceaux et de loger cette partie là au sein d'un objet. »

Une grimace déforma les traits de l'adolescent à l'idée de seulement envisager diviser son âme. Et d'ailleurs, comment faisait-on pour diviser son âme en plusieurs parties ? S'il n'était pas certain de comprendre tout ce que Dumbledore lui expliquait, il était néanmoins sûr que cet acte magique était prohibé et surtout condamnable moralement.

« Le réceptacle protège alors ce fragment d'âme et devient ce que l'on appelle un horcruxe. Son créateur continue alors d'exister même privé de son corps tant que l'horcruxe n'a pas été détruit. »

« Mais ça semble… immoral, » supposa Harry à mi-voix. « Et comment fait-on pour découper son âme ainsi et la mettre dans un objet ? »

Même s'il avait eu suffisamment de preuves des merveilles obtenues grâce à la magie, il trouvait ce procédé magique très abstrait. Il fronça à nouveau les sourcils en passant une main dans ses cheveux bruns, dévoilant sa cicatrice en forme d'éclair.

Dumbledore s'était montré aussi jovial et mystérieux qu'à l'accoutumé depuis qu'ils s'étaient retrouvés dans cette pièce poussiéreuse. Harry, décidé à prouver sa capacité à se contrôler, n'avait pas aussitôt sauté sur l'homme pour connaître la raison de leur entrevue. Pour une fois, ce dernier ne l'avait pas fait patienté en conversant autour de futilités et était entré dans le vif du sujet rapidement.

« Morceler ainsi son âme est un acte ignoble qui requiert un autre geste de la même nature, » répondit finalement le vieil homme au bout de quelques instant. « Un meurtre. Enlever la vie souille l'âme et celle-ci peut alors se déchirer. Un sombre sortilège permet de créer un horcruxe après avoir choisi l'objet devenant réceptacle. »

Les yeux de Harry s'arrondirent et il déglutit, mal à l'aise par les propos du vieil homme. Un assassinat pour ensuite diviser son âme ? Il ignorait pourquoi Dumbledore lui délivrait un cours de magie mais il aurait peut-être préféré ne jamais apprendre l'existence des horcruxes.

« Même si c'est intéressant d'en apprendre davantage sur la magie, je trouve ça … affreux, » confia Harry d'un ton rebuté. « Pourquoi me racontez-vous tout ça ? Qui serait capable de commettre un acte aussi horrible pour devenir immortel ? Je pense que c'est écœu… »

La fin de son mot mourut dans sa gorge alors que la réalité le frappait de plein fouet. Il eut une brusque inspiration alors qu'il se redressait sur le bord de son siège, tendu.

« Mon père ? » bégaya t-il. « Papa ? Il aurait… il a… »

Incapable de former une phrase cohérente, Harry resta muet, le cœur au bord des lèvres. Alors Dumbledore ne se contentait pas de lui faire découvrir la part la plus sombre de la magie noire. Non, il l'informait que son père avait cédé à cette noirceur.

Albus sentit la peine se propager dans sa poitrine face à la douleur et l'incompréhension qui s'affichait sur le visage du jeune garçon face à lui. Il fut tenté de se pencher à travers la table afin d'attraper une de ses mains dans un signe de réconfort mais il se retint, conscient que son geste pourrait être mal interprété.

Entendre Harry appeler Tom « papa » provoquait toujours en lui une sensation de surprise. Lui qui, quatorze ans plus tôt, avait agi pour empêcher cela d'arriver se trouvait face à une réalité qu'il ne pouvait pas nier : tout finissait pas se révéler et revenir à sa place.

« Je le soupçonne depuis quelques temps en effet, » murmura t-il d'une voix qu'il espérait sereine pour apaiser l'esprit tourmenté de l'enfant. « Tom a toujours eu une peur viscérale de la mort et s'est attelé très jeune à trouver un moyen de conjurer la mort. À la fin de ta deuxième année, il est revenu à la vie, maître de son corps et de son pouvoir, grâce à un objet gorgé de magie noire. Peu de magie pouvait permettre une telle chose. »

« Le journal ? » supposa Harry.

Un frisson glacé la traversa lorsque des images de sa confrontation avec son père dans La Chambre des Secrets lui revint en mémoire. À cette époque, il était encore Harry Potter, le Survivant et Tom était Lord Voldemort, assoiffé de pouvoir et de vengeance. Et Ginny venait de mourir sous ses yeux.

Dumbledore hocha tristement la tête et plongea une main dans une des poches de sa robe d'un bleu ciel. Il en sortit le petit carnet noir dont les bords étaient racornis, abîmés par le temps. Il le posa sur la table et le fit glisser jusqu'à lui. D'une main tremblante, Harry se saisit de l'objet en songeant qu'il était celui l'ayant ramené de l'antre de Salazar Serpentard.

Après avoir retrouvé son corps, Tom ne s'était pas attardé dans La Chambre des Secrets. Il s'était contenté d'ordonner au basilic de le tuer avant de prendre la fuite, détruisant une aile du château. Aveuglé par son orgueil et sa confiance inébranlable, il n'avait pas imaginé un seul instant que Fumseck lui viendrait en aide et que l'épée de Gryffondor ferait son apparition dans le Choixpeau Magique.

De La Chambre des Secrets, Harry n'avait remonté que deux choses : le journal intime de Jedusor et le corps de Ginny Weasley.

« Donc… si je comprends bien, l'horcruxe contenu dans le journal n'existe plus ? »

« Non, le fragment s'y trouvant s'est relié à son âme originelle, permettant ainsi à son créateur de retrouve une enveloppe corporelle vivante et humaine. »

En glissant le journal de Tom dans les affaires de Ginny, Lucius savait-il qu'il allait ainsi permettre à l'homme de revenir à la vie ?

« Il n'y a pas qu'un seul horcruxe n'est-ce pas ? »

Sa voix était étrangement tremblante et il se maudit d'être ainsi traversé par une vague d'émotions intenses. Après tout, il ne découvrait pas que son père était un assassin. Et ce n'était pas comme s'il n'avait tué qu'un sorcier dans sa vie. Était-il même possible de décompter toutes les victimes de la baguette de l'homme ?

Cependant, l'idée qu'il ait, en plus de cela, morcelé sa propre âme lui donnait la nausée. Qui était suffisamment cinglé pour accepter de se déchirer soi-même en plusieurs partie ?

« C'est pour cela qu'il… qu'il a été réduit à l'état d'esprit après la mort de mes … des Potter ? »

« Ton père serait probablement mort cette nuit du 31 octobre 1981 s'il n'avait pas créé plusieurs horcruxes, » confirma Albus en hochant la tête tristement.

« Je n'aurai jamais imaginé… qu'il aurait été jusque là, » geignit Harry à mi-voix. « Il a voulu récupérer la pierre philosophale avant ça mais… mais quand même ! Il s'est mutilé lui-même ! »

Le puissant sorcier resta silencieux, lui laissant le temps de digérer toutes ces nouvelles informations. Albus posa son regard sur la fenêtre près de lui qui donnait sur une rue animée de Pré-au-Lard. Un groupe d'étudiants de Poufsouffle passa sous les fenêtres, les bras chargés de sacs venant de la boutique de Honeydukes. Un sourire attristé étira ses lèvres en songeant que plusieurs mois s'étaient écoulés depuis sa dernière journée à Poudlard en tant que directeur.

« Si… S'il les a déjà fait, c'est trop tard. Il a déjà tué ces personnes. On peut rien y faire. »

Dumbledore détourna son attention de la rue agitée par les étudiants profitant de leur journée. Il dévisagea le garçon dont le visage était crispé par la concentration. Il caressa tristement sa longue barbe blanche, attristé que Harry ne puisse pas être avec ses amis et profiter de son adolescence plutôt qu'avec lui.

« La création d'un horcruxe est déjà un procédé terrible, tant pour les victimes que pour le sorcier qui se mutile de cette façon. Le faire à six reprises comme je le soupçonne pour ton père a eu et aura des conséquences dommageables pour lui. »

« Six horcruxes ? » s'exclama Harry. « Vous êtes sûrs ? »

D'un air malheureux, Dumbledore affirma d'un mouvement de tête et à nouveau, Harry eut l'impression qu'une main attrapait ses entrailles et les tournait dans tous les sens. Le Gryffondor glissa deux doigts tremblants dans le col de sa chemise pour se sentir moins étouffé.

« L'âme abîmée de Tom devient de plus en plus noire à mesure que son âme, écartelée à différents endroits et dans différents réceptacles, tente de survivre sereinement. Sa seule façon est de puiser dans la magie qui l'a créé pour se ressourcer. »

« La magie noire ? » déduisit Harry.

« Oui, Harry. Pour ne pas souffrir, il lui est indispensable d'utiliser de plus en plus fréquemment la magie noire. Et l'utilisation abusive de la magie noire, comme tu dois probablement le savoir à présent, a des impacts tout à fait tragiques sur l'esprit d'un sorcier. »

Dumbledore avait raison : il savait parfaitement de quoi il parlait. Les méfaits de l'utilisation intensive de cette forme de magie lui avaient déjà été expliqué à plusieurs reprises et par différents sorciers. Sa mère. Son père. Adam. Sa tante Narcissa. Théodore.

Tous lui avaient confié que, lors de la première prise du pouvoir de Lord Voldemort, l'esprit de l'homme avait été rongé par la violence et la haine contenue dans la magie noire la plus maléfique.

« Il… il perd la tête ? » questionna t-il.

Est-ce que cela pouvait expliquer les accès de rage que son père pouvait avoir ? Quoiqu'il en soit, Harry avait le sentiment que Tom était entièrement et parfaitement conscient et maître du moindre geste et du moindre mot qu'il pouvait avoir à l'égard d'une autre personne. Il ne pouvait pas croire un seul instant qu'il débloquait !

« Ce n'est pas exactement ainsi que cela se passe, » contra le vieil homme en levant un regard songeur sur le plafond sombre recouvert de toiles d'araignées. « La magie noire, lorsqu'elle est utilisée à l'extrême, fait ressortir ce qu'il y a de plus mauvais en nous et nous incite, chaque jour un peu plus, à écouter cette partie de nous. »

« Alors, il est capable de redevenir Lord Voldemort alors même qu'il prétend avoir tourné la page de cette époque. »

Ce n'était pas une interrogation mais bien un constat. Une douleur lancinante explosa dans sa poitrine et il se frotta cette partie du corps inconsciemment, les yeux perdus dans le vague. Il était partagé entre une vive colère et un intense sentiment de désespoir.

« N'as-tu pas remarqué certaines actions répréhensibles ? »

Il jeta un regard sombre à Dumbledore.

« Je crois que mon père a toujours commis des actions répréhensibles, » rétorqua t-il sèchement.

Cependant, il ne put s'empêcher de penser aussitôt au caractère impétueux de l'homme. À ses colères terribles et violentes. Au centre de formation des Mangemorts que ses parents avaient entièrement financé et créé en toute discrétion – et illégalité. Là, il avait pu observer le pouvoir de son père sur ces sorciers et sorcières prêts à lui démontrer toute leur dévotion. Il avait également observé le plaisir intense que l'homme ressentait face à la soumission évidente de ses nouveaux fidèles. Ce plaisir malsain… était-il déjà la marque de ce phénomène décrit par Dumbledore ?

« La prophétie qui me concerne dit que je dois l'empêcher d'être rongé par la magie noire pour ne pas retomber dans une seconde guerre ? »

Harry ignora d'où était venu cette certitude mais au fond de lui, il avait compris. Oui, il avait compris que Dumbledore ne lui parlait pas de cela uniquement pour faire causette autour de son père. Il avala difficilement sa salive alors que le silence s'étirait lourdement entre eux deux.

« Les horcruxes doivent être détruits. Je ne peux pas faire ça seul. Pourquoi la prophétie me désigne moi ? Et pas vous, par exemple ? Vous avez commencé cette recherche ! »

« Car tu es le seul qui a une chance de parvenir au terme de cette quête. »

L'incompréhension se lisait dans le regard bleu de Harry. Le doute également. Aucun sorcier n'était donc capable de détruire des horcruxes ? Dumbledore avait bien entamé des recherches. Pourquoi ne pourrait-il pas aller jusqu'au bout de cette pénible tâche s'il y tenait tant ? L'agacement flotta un instant dans son regard.

À l'inverse, Albus ne fut pas étonné de n'y voir aucune trace de peur. Un sentiment que le Gryffondor, par le passé, avait toujours étouffé bien vite avec un mélange de détermination et de colère.

« Et si j'échoue ? Ou si je ne souhaite pas me lancer là dedans ? »

« Alors le prochain Ministre de la Magie qui dirigera notre communauté ne sera pas Tom Jedusor mais bien Lord Voldemort. C'est écrit. »

Toute explication supplémentaire était superflue. La prophétie le désignait comme celui apte à empêcher l'âme noircie de son père de sombrer dans la folie.

Un peu plus tard, alors que la fin d'après-midi faisait tomber le soleil timide de mars, Théodore pénétra d'un pas décidé dans la bibliothèque de Poudlard. Il était déterminé à achever son devoir de sortilège d'ici le début du dîner. Il lui restait environ une trentaine de centimètres à rédiger et il espérait obtenir la note maximale afin de maintenir son excellente moyenne dans cette matière.

Alors que le Serpentard s'enfonçait dans les allées remplies de bouquins pour trouver un coin de travail loin des autres élèves, il ralentit le pas lorsque son regard tomba sur le Survivant. Son estomac tressauta dans son corps mais il musela aussitôt sa réaction pour se concentrer sur Harry.

Celui-ci était installé sur une petite table carrée et un livre était ouvert devant lui. Il n'y avait ni sac, ni parchemins, ni plume sur la table. Juste ce livre. Mais en l'observant plus attentivement, Théodore s'aperçut vite que le Gryffondor ne lisait pas la moindre ligne. Son regard était fixé d'un air vague sur un point à quelques centimètres au-dessus du livre. Son visage paraissait tourmenté et ses bras étaient sagement pliés devant lui.

Résolu jusque là à se concentrer uniquement sur son travail scolaire, sa détermination flancha alors qu'il s'avançait près de Harry. Il était trop difficile pour lui de résister à un instant privilégié avec lui. Ce dernier ne sembla pas remarquer son arrivée et il se plaça juste devant la table silencieusement.

« Les techniques de danse : entre modernité et tradition, » lut Théo en se penchant par-dessus la table.

Harry eut un brusque sursaut et il leva un regard noir vers lui avant de se détendre, le reconnaissant. Il poussa un léger soupir et rosit doucement en prenant conscience du titre de son livre. Il haussa les épaules avec flegme malgré son embarras.

« C'est plutôt avant le bal de Noël que tu aurais dû faire une telle lecture, » ajouta le Serpentard.

Le brun ne répondit pas et l'observa tirer la chaise face à lui pour s'y installer. Théodore laissa tomber son sac d'école au sol sans se pencher pour en sortir son devoir ou son ensemble à plume. Les deux adolescents se contentèrent de se regarder fixement. Si Harry paraissait désorienté, Théodore ne pouvait pas empêcher l'inquiétude de le gagner.

Après leur expérience buccale sur le balconnet de sa chambre, Théo avait craint que l'embarras ne les éloigne. Mais, hormis les premières minutes gênantes où ils s'étaient retrouvés dans le Poudlard Express avec Drago, leur relation était toujours aussi naturelle et amicale. Ils n'avaient jamais reparlé de cette soirée là même si, le Serpentard en était certain, Harry en avait été plus perturbé qu'il ne voulait l'avouer !

« A quoi pensais-tu ? »

Harry eut un brève inspiration, ses yeux étrangement brillants. Il s'empressa de baisser la tête sur le livre ouvert devant lui, les mots et les phrases ne constituant qu'un amas de lettres noires imprimées.

Après son retour au château, Harry n'avait pas eu le courage de remonter à la Tour de Gryffondor et d'y croiser Hermione. Celle-ci, bien qu'inquiète de le savoir auprès de Dumbledore à nouveau, l'aurait interrogé avec précipitation sur leur rencontre. Il s'était alors réfugié dans l'antre de Mrs Pince, s'était dirigé vers les dernières allées et avait attrapé le premier bouquin devant lui pour feindre être en pleine lecture.

À présent, il se sentait incapable de formuler la moindre phrase tant sa gorge était serrée. Tout ce qu'il avait appris aujourd'hui ne cessait de tourner en boucle dans son esprit. Plus il y pensait, plus cela lui semblait atroce et angoissant.

« Rien de particulier, » croassa t-il.

Théo resta muet en lui lançant un regard perçant. Il n'était évidemment pas dupe mais ignorait s'il devait insister ou juste se consacrer à son travail scolaire comme il en avait l'intention en premier lieu.

Le silence s'étira entre eux et alors que le Serpentard allait attraper son sac, la voix basse et hésitante de son ami s'éleva.

« J'essaie juste de comprendre. »

« Que cherches-tu à comprendre qui t'inquiète tant ? »

A nouveau, Théodore eut l'impression que Harry était sur le point de fondre en larmes. C'était la première fois qu'il le voyait si fragile et soucieux. Il se pencha par-dessus la table en vieux bois et attrapa avec délicatesse une de ses mains. Il ignora le sursaut de l'autre garçon et enroula ses doigts autour des siens avec douceur, espérant y transmettre un sentiment de chaleur.

« C'est mon père, » lâcha Harry en évitant son regard.

C'était toujours son père. Ou la plupart du temps en tout cas. Mais cette fois-ci, Théodore était persuadé que c'était plus important qu'à l'accoutumé.

« Qu'a t-il fait ? »

'Si tu savais,' songea amèrement Harry. Comment pourrait-il un jour révéler le terrible secret de son géniteur à quelqu'un ? Tous en seraient horrifiés ! Tout comme il l'était.

Il cligna des yeux à plusieurs reprises alors qu'il y ressentait une brûlure désagréable, signe que les larmes n'étaient pas loin. Ses doigts se resserrèrent nerveusement autour de ceux de Théodore et une étrange sensation contracta son estomac à ce contact. C'était agréable. Foutrement agréable.

« C'est… C'est juste moi qui me questionne sur lui et ses actions, » déclara t-il en songeant qu'il s'agissait seulement d'un demi-mensonge. « Sur lui et ses Mangemorts, ces sorciers qui de leur plein-gré se soumettent à quelqu'un dans une sorte de… d'avilissement de leur personne. »

À ces mots, les yeux de Théodore s'élargirent de surprise puis il fronça les sourcils. Il se recula légèrement et leurs doigts se lâchèrent. Harry redressa la tête pour l'observer, ce même air soucieux peint sur le visage.

« Je ne vois pas ça comme une négation de ces sorciers. »

Harry faillit le rabrouer sèchement, peu enclin à entendre une éloge de son père tant il était bouleversé. Cependant, il retint sa rancœur et se félicita pour son contrôle plus ferme de ses émotions depuis le début de ses cours d'occlumancie avec le professeur Selwyn. À la place, il prit une forte inspiration et sortit sa baguette magique.

« Silencio, » chuchota t-il et tous les bruits autour d'eux disparurent, les laissant dans une bulle de silence. « Explique-moi ce que je n'arrive pas à comprendre, s'il te plaît. »

Le garçon châtain clair aux reflets d'un blond étincelant pencha légèrement la tête sur le côte en le dévisageant ouvertement. Quelque chose au fond de lui lui indiquait que sa réponse était réellement importante pour son ami. De ce fait, il s'autorisa quelques instants de réflexion et dans ses songes, passa sa langue sur ses lèvres desséchées.

« Devenir un Mangemort a été pour beaucoup de sorciers un réel honneur, » commença t-il lentement en choisissant soigneusement ses mots. « C'était même un privilège de côtoyer un sorcier possédant un tel pouvoir. Selon mon père, beaucoup murmuraient que la magie de ton père semblait constamment l'entourer comme si elle exprimait ainsi sa force. »

Et c'était vrai. Cette magie, Harry l'avait déjà ressenti à de nombreuses reprises. Lorsqu'il apparaissait dans des lieux publics, son père tentait de dissimuler cette aura sombre qui paraissait effectivement toujours le suivre. Une fois de retour entre les murs protecteurs du Manoir familial, il relâchait tout ce qu'il retenait et laissait sa magie s'exprimer librement. Une aura au reflet de son âme.

Est-ce qu'à l'époque du recrutement des premiers mangemorts, son père avait déjà créé un ou plusieurs horcruxes ? Cette interrogation lui coupa le souffle alors qu'elle amenait une autre question. À quel âge avait-il commis son premier meurtre ? Harry ignorait où et comment trouver les réponses à tous ses questionnements.

Son entrevue avec Dumbledore s'était rapidement achevée après qu'il ait pris conscience du poids de la prophétie. Trop désemparé et chamboulé, il n'avait pas songé à poser d'autres questions concernant les horcruxes, les réceptacles de ces fragments d'âmes, là où ils se cachaient et comment les détruire.

À présent, une foule de questions envahissait son esprit et il savait pertinemment qu'il devait attendre sa prochaine rencontre avec le professeur Dumbledore pour espérer obtenir des réponses. Si cette perspective le frustrait, ça lui laissait le temps d'encaisser tout ce qu'il avait appris et de réfléchir à leur impact sur sa vie.

« Son dessein parlait vraiment à de nombreux Sang-Pur désappointés de voir le niveau magique diminuer dangereusement de générations en générations et d'être contraints, des siècles après la dernière chasse aux sorciers, à vivre cachés et à nier leurs pouvoirs. »

La voix de Théodore était ferme et Harry put aussitôt dire que son ami adhérait avec force, tout comme son père, à l'idéologie du Seigneur des Ténèbres. Il l'avait évidemment déjà perçu mais le constater à nouveau lui provoquait un ensemble de sentiments indéchiffrables.

« Alors ils se sont logiquement rangés derrière lui et ont suivi ses indications et ordres pour rétablir l'honneur des sorciers. Ils ont adhéré à un parti, à un homme qui souhaite préserver notre magie, notre pouvoir, notre passé, notre histoire et notre futur.»

« Mais il a été brutal et cruel, même avec ses fidèles, » protesta Harry, les sourcils froncés.

« Les familles sorcières Sang-Purs ont élevé, et le font encore aujourd'hui, leurs héritiers avec fermeté et dureté, » répliqua Théo en plissant le bout de son nez alors qu'il réfléchissait intensément. « Mais il est vrai que certains se sont plaints quand ton père a… un peu perdu pied ! Il s'est laissé envahir par le pouvoir et la guerre était terrible. On a pas conscience de ce qu'il s'est passé à cette époque. Mais ses hommes, les plus fidèles, lui ont pardonné et lui font confiance à nouveau maintenant. »

À son grand soulagement, le discours du Serpentard était plus raisonnable et raisonné qu'il ne le craignait. Il reconnaissait au moins que Tom Jedusor n'était pas la perfection incarnée. Et qu'il avait « perdu pied ». Une expression qui, à présent, prenait tout son sens.

« Ok. Je veux bien essayer de comprendre mais quand même, accepter d'être marqué comme du bétail ? » protesta le Survivant en bougeant vivement les bras autour de lui.

Théodore roula des yeux et secoua la tête d'un air dépité.

« Les sorciers ne tatouent pas le bétail, Harry ! » expliqua t-il. « Ils sont identifiés par un sortilège à la naissance et un seul coup de baguette magique suffit à faire apparaître les informations les concernant. Il faut vraiment que tu te renseignes sur le monde magique et que tu te débarrasses de ta vision moldue. »

Le ton désapprobateur, si semblable à celui d'un professeur, du Serpentard eut le mérite d'amuser Harry et dès lors, de faire diminuer la tension palpable entre eux. Le brun lui sourit doucement alors qu'il haussait les épaules. Il devait reconnaître que Théo avait raison et que parmi ses nouvelles résolutions, il devrait consacrer un temps sur ses connaissances de la communauté sorcière !

« Avoir la marque des ténèbres tatouée sur le bras gauche est une véritable distinction. Cela prouve la confiance que ton père accorde à ce sorcier. Et l'appartenance à un groupe puissant. Certains sorciers ont voulu dramatiser ce symbole car c'est la première fois qu'un tel parti, avec une marque, un symbole, un leader, s'est constitué et a effrayé le bas peuple. »

« Tu… tu souhaites recevoir la marque ? »

Harry ignorait si Théo connaissait l'existence de l'entraînement délivré en ce moment même par les Lestrange et Lucius à de jeunes recrues.

« Nous savions qu'Il allait revenir. Ça a toujours été une évidence que nous, enfants de Mangemorts, seront là à son retour aux côtés de nos parents. La marque c'est… évident ! Pour moi. Mais aussi pour Drago, Pansy, Grég ou Vincent. »

La réalité le frappa de plein fouet et il avala difficilement sa salive. Même Drago, pourtant neveu de l'homme, était censé être marqué ? Pourquoi ne lui en avait-on jamais parlé ? Est-ce que ses parents souhaitaient également qu'il reçoive la Marque des Ténèbres ? Était-ce là un de leur projet à son égard ?

« Pour l'instant, on est que des étudiants de quatrième année, » ajouta Théodore en constatant son mutisme. « On n'a rien d'intéressant à lui apporter mais un jour… on sera là. Derrière lui. »

Harry resta encore silencieux, ses yeux rivés dans ceux de Théodore. Et il ne put s'empêcher de se demander il serait lui à ce moment.


Nous voilà la fin de ce chapitre :) Qu'en pensez-vous ?
Patmol25