53 | Des dispositifs de protection
Le geste de la main de ma mère est infime, mais Carley et Tanya l'interprètent sans une hésitation. Ils se placent chacun à une aile du groupe et désignent silencieusement des membres de notre petite équipe, chacun leur tour. Je me retrouve ainsi avec Tanya et Caradoc. Carley se fait assister par Sam et Egon. Charity est la seule à rester derrière ma mère, en protection sans doute. Quand elle voit les groupes constitués, le Commandant s'avance le plus possible de la rambarde sans risquer les flammes des dragons. J'ai le cœur qui bat plus que je ne saurais le dire.
"Bonjour Hermosa", elle énonce d'une voix égale qui m'impressionne. "Finalement, face à face."
"Face à face ! Ne vous trompez pas, Commandant Lupin : vous ne me tenez pas, ni maintenant, ni demain !"
"Oh, de nouvelles surprises ? J'adore les surprises", prétend ma mère alors que Darnell touche mon bras de manière impérative. Je me rends compte que Carley, Sam et Egon ont disparu. Tanya nous fait signe de la suivre, et je dois donc laisser Mãe, juste protégée par Charity, encaisser la réponse de Hermosa :
"Vous devez manquer d'imagination, Commandant Lupin, rappelez vous que j'ai déjà failli tout vous prendre !"
Tanya nous mène à un énorme tas de marbre noir sculpté de dragons - un thème récurrent pour le décorateur, visiblement : "On va élargir cette cheminée et nous faire notre propre passage."
Darnell se place immédiatement à côté d'elle pour agir de conserve, alors que j'ai un temps de retard - celui de tourner une dernière fois la tête vers le palier où ma mère continue d'affronter verbalement pour l'instant Hermosa.
"Iris", appelle Tanya et je dois me forcer pour la regarder. Elle a des yeux châtains compréhensifs, je l'avais déjà remarqué. "Iris, elle ne risque rien, Charity est là, et on va agir. Ok ?"
"Pardon, chef", je murmure sincèrement embarrassée.
"On comprend tous, Iris. Mais le mieux à faire, c'est d'aller là-haut et de faire le ménage. Tu es opérationnelle, Iris ?"
"Oui, chef", je promets.
Tanya prend le temps de vérifier que mes yeux ne retournent pas vers le palier dès qu'elle a fini de me parler avant de commenter : "Le conduit est très large.. même pas besoin de l'élargir... Darnell ?"
"J'y vais, Chef", annonce Caradoc, et il se place au centre du foyer qui ne semble pas avoir été utilisé depuis longtemps mais sans être en mauvais état. Il ferme les yeux et se laisse léviter dans le conduit. Trente secondes plus tard, on entend le fracas assourdi d'un mur de pierres détruit avec un sortilège amortissant le bruit.
"A toi, Lupin", ordonne Tanya - et je sais qu'elle est là si jamais je ratais ma lévitation.
Je me force à faire le vide dans mon esprit alors qu'il y a maintenant clairement des échanges de sortilèges dans le grand escalier du manoir. Je dois me concentrer sur l'acte magique, proche du transplanage mais à la fois plus simple dans le principe et assez facile à rater également. Je suis en haut sans à-coup et je passe le mur de pierres brisé par Caradoc, qui s'est placé à l'encoignure de la porte pour surveiller ce qui se passe. Je le rejoins après avoir confirmé par jeton à Tanya que tout va bien.
"Hermosa est avec Euthalia", annonce Darnell. "Elle est attachée, par terre à côté d'elle... je crois qu'il y a quelqu'un d'autre en soutien, mais je n'arrive pas à savoir qui et où..."
Tanya est à côté de nous à la fin de ses explications.
"On attend le signal de Paulsen... le mieux est qu'on attaque tous ensemble", elle indique tout en observant à son tour la disposition des lieux.
"Alors Commandant Lupin ? Vous ne trouvez pas le moyen de calmer mes dragons ? Je suis un peu déçue. Mais j'ai déjà été déçue par votre famille auparavant, n'est-ce pas ? Comment va ce bel imbécile de Cyrus ? Toujours gentil avec son Papa et tenu en laisse pas sa rouquine ? Quelle gâchis ! ", pérore Hermosa. Je ne la vois que par intermittence : elle semble marcher en long et en large sur une portion du palier de marbre noir.
"Cyrus est désolé, il avait mieux à faire que de se joindre à nous", répond ma mère - sa voix me paraît venir de très loin. Hermosa réplique par des sorts.
"Ok, ils sont en place", annonce Tanya, l'air indifférente aux échanges verbaux ou non qui me font bouillir. "On avance."
On sort très prudemment dans le couloir en se protégeant les uns les autres. Des sortilèges nous visent venant de derrière nous dans le couloir. Darnell et moi, nous retournons pour voir une femme se cacher derrière une sorte de statue. Tanya reste focalisée sur l'autre côté.
"Fuentes", je souffle inutilement.
"On doit pouvoir la choper", estime Darnell.
"Désarmez-la", ordonne Tanya sans se retourner.
On jette ensemble le sortilège qui secoue Fuentes et nous donne sa baguette - c'est un bois précieux et exotique, note mon cerveau. Le sortilège ébranle aussi la statue qui tombe avec un bruit sonore. La Péruvienne a le réflexe de s'enfuir en courant. Caradoc s'élance à sa suite et je vais l'imiter, mais Tanya me retient : "Reste là. Elle est désarmée, Darnell va la coincer tout seul."
"On fait quoi, chef ?", j'abdique - ma mère puis Caradoc, j'ai l'impression de devoir laisser tomber toute loyauté.
"On va laisser Paulsen et les garçons se coltiner Hermosa. On se concentre sur le moyen de libérer Sylvester", elle indique. J'opine. "Elle a placé une sorte de bouclier autour d'elles... sans doute lié à un objet sinon elle ne pourrait pas lancer des sorts... cherche avec moi..."
"On ne voit pas grand-chose d'ici, chef", j'objecte. "Si on montait sur le demi-étage de la coupole, on les verrait d'en haut..."
"Lévitation ?", interroge Tanya en suivant des yeux mon doigt.
"Pourquoi pas", je réponds parce que mon premier réflexe était de grimper "à la moldue" avec mes mains et mes pieds. Mais je sais que peu de mes collègues s'y risqueraient ; tant que la magie s'offre à eux, ils vont l'utiliser.
"Va", elle accepte sobrement, et je me place le long du mur pour guider ma lévitation jusqu'à l'étroite coursive qui orne le dôme qui domine la cage d'escalier centrale. J'ai les yeux demi-fermés mais je vois le sort qui fonce vers moi et qui est efficacement bloqué par un bouclier placé par ma chef qui me couvre d'en bas. J'inspire pour rester calme et ne pas me déconcentrer alors que je prends pieds sur la coursive. Les dragons les plus haut essaient de m'atteindre sans y arriver, et Hermosa a un cri de rage :
"Vous ne jouez pas fair-play, Commandant Lupin !"
"Mille pardons, Hermosa", réplique ma mère plus bas - j'imagine qu'elle m'a reconnue. Est-ce qu'elle a peur pour moi ? Ça ne s'entend pas. "Si vous en tiriez des conclusions et que vous vous rendiez, on gagnerait tous du temps..."
"Jamais !", crache l'égérie du XIC. Une série de sorts rageurs suivent. Je n'ai pas l'impression que le Commandant ou l'Auror Perkins s'en émeuvent.
Je ne perds pas de temps à essayer de supprimer les protections qu'Hermosa a placées autour d'elle et de Sylvester. Je place un bouclier autour de moi et je me tiens prête à le déplacer sur Tanya. Juste à ce moment là, Paulsen et les garçons - comme les appelle Tanya - attaquent de l'autre côté, et nous offrent la diversion qu'il nous manquait. Sawbridge est à côté de moi l'instant suivant, et on se concentre sur le dispositif de protection alors que les échanges de sortilèges endommagent le décor.
"C'est lié à elle", décide Tanya après un ou deux sorts de détection. Les attaques des garçons restent infructueuses mais captent efficacement l'attention de Hermosa.
"Elle n'est pas sûre que ça tienne", je souligne.
"Oui", abonde ma chef. "Il doit y avoir des relais extérieurs au bouclier lui même."
Je les vois à ce moment là. Des statuettes, évidemment, quand on sait l'intérêt qu'aurait exprimé le XIC pour les théories de catalyse - je ne suis pas totalement si divergente du reste de ma famille pour ne pas être au courant de deux ou trois points fondamentaux du fonctionnement.
"Trois. Une sur la rambarde de notre côté, une de leur côté, une derrière Sylvester."
"Les espèces de statuettes ?", vérifie Tanya. "Ok, mais après ?"
"Si elle est aussi fan des écrits de mon frère qu'elle en a l'air, elle doit porter un collier ou une médaille qui transmets son énergie magique... elle peut aussi la faire porter par Euthalia...", je développe.
"...voire les deux", conclut seule Tanya. "Eh bien, je ne vois aucun risque à essayer... Deux statuettes en même temps ?"
J'opine et on pointe nos baguettes de concert. Les deux statuettes encaissent d'abord les sorts de marteau, comme si elles les absorbaient. Elles se mettent à luire et je vois, à la fois, Euthalia s'arquer comme sous le pression d'un effort douloureux et Hermosa tourner la tête vers nous et balancer un sort qui fait exploser la rambarde de marbre noir devant nous. Un éclat se plante dans mon front et m'arrache un cri étonnamment aigu à mes propres oreilles.
"Ça va ?", s'inquiète Tanya sans cesser de tirer.
"Superficiel", je souffle en mettant une énergie renouvelée à m'attaquer aux statuettes. La plus proche de nous en perd un bras.
"Elles sont en bois !", remarque alors ma chef, et nous adaptons nos sorts immédiatement. Elles s'enflamment comme si les dragons les avaient touchées, et l'air autour d'Hermosa et Euthalia se met à vibrer signalant des distorsions du champ de protection magique.
"Je vais vers la droite, pour attaquer la troisième", je propose.
"Je te couvre", indique Tanya avec un sobre assentiment de la tête.
La coursive a pris trop de sorts depuis quelques minutes. Des pans entiers de la rambarde ont basculé dans le vide et même des parties du sol de la coursive se sont détachées. Je me tiens aux moulures des murs pour avancer ; Hermosa balance sort sur sort, mais Paulsen et les garçons ne la lâchent pas et, avec la protection de Tanya, rien ne m'arrête. Je vise dès que la statuette est dans mon champ de tir et le cri de colère d'Hermosa est plus clair que ma vision. Un morceau de la fresque du plafond du dôme me tombe dessus comme une vengeance ; le bouclier de Tanya n'en retient qu'une partie et la poussière de plâtre emplit l'air et obscurcit ma vision. Quand le nuage se dissipe, Carley et Sam tiennent Hermosa chacun par un bras ; Egon est penché sur Euthalia ; ma mère et Charity montent le dernier escalier en courant accompagnées d'une magnifique gerbe de flammes verdâtres.
"Un collier ou un médaillon", je crie - la poussière de plâtre me fait tousser. "Elles doivent porter quelque chose qui donnait l'énergie aux statuettes !"
Egon est le premier à retirer une médaille argentée du cou d'Euthalia. D'où je suis, elle ressemble tellement à le mienne que j'ai un moment de vertige.
"Reviens, Iris", ordonne Tanya alors que Carley enlève avec plus de difficulté malgré le fait que Sam tienne Hermosa de son mieux une autre médaille du cou de la femme enragée.
"Retirez-lui tous ses bijoux", ajoute ma mère, sa baguette toujours à la main. "Faites attention : elle aime les empoisonner !"
On est tous réunis l'instant d'après. Darnell tient fermement Pilar Fuentes qui a l'air défiante et furieuse. Carley et Sam amènent Hermosa étonnamment calmée devant ma mère qui n'a eu qu'un bref regard insondable pour moi.
"Je vous avais dit de vous rendre", rappelle le Commandant avec un infime soupir, qui me rappelle quand elle nous grondait Kane et moi.
"Vous croyez avoir gagné !?", crache Hermosa avec fierté.
Euthalia Sylvester n'arrive pas à tenir debout, et Egon la fait asseoir en catastrophe.
"Saltegg, évacue-la", indique le Commandant.
"Moi ?", a le courage de vérifier Egon. Il doit sans doute penser que c'est en dessous de son rang de s'occuper de la santé d'un témoin.
"J'aurais besoin de toi ici après pour la fouille du bâtiment mais, là tout de suite : oui, toi", confirme le Commandant d'une voix relativement égale mais qui n'a pas mis que moi sur le qui-vive. "Ne reviens pas sans avoir mis en place une protection adéquate de Madame Sylvester, Egon", elle rajoute pour bonne mesure. "Dis-leur bien de faire un bilan de santé complet : empoisonnement, sortilège retardé, la totale. Dis que la demande vient de moi et que je veux un rapport signé du docteur Smiley-Rogue, rien de moins."
"Bien, Commandant", cède lentement Saltegg, non sans avoir tenté d'en appeler à Carley, qui lui a offert un visage plus impassible qu'une statue de pierre moldue. Il tire son Portoloin de secours de sa poche, prend la main d'Euthalia qui est grise et amorphe et, la seconde d'après, ils ont disparu.
"Ainsi vous l'aviez retournée : je m'en doutais", commente Hermosa toujours très calme.
"Madame Sylvester s'est mise dans suffisamment de problèmes avec nous pour ne pas constituer une recrue de grande valeur pour vous", abonde le Commandant sur le ton de la conversation. Elles s'observent un assez long moment sans que personne ne dise rien.
"Arrête-la, Iris", propose ma mère.
"Moi ?", je vérifie comme un écho de la surprise de Saltegg, sauf que moi, je me trouve tout sauf au-dessus de l'ordre qui vient de m'être donné.
"Oui, toi", confirme Mãe avec un bref geste d'agacement. "Ça fera plaisir à ton père et à ton frère ; on aura peut-être épuré tout ressentiment familial..."
Hermosa me regarde brusquement avec curiosité. Je ne sais pas de quoi j'ai l'air avec mes vêtements couverts de plâtre, le sang sur mon front dû à l'éclat de marbre, mes cheveux emmêlés par la bataille.
"Votre fille... la jumelle...", elle commente pour elle-même. "Une sang de lune..."
"Iris", ordonne ma mère impassible.
"Hermosa Fioralquila McNair, vous êtes en état d'arrestation au nom du Département d'application des lois magiques", je commence donc après avoir avalé ma salive. J'ai le goût du plâtre dans la bouche. "Vous êtes accusée de trafic de produits interdits, de détournement de technologie moldue, d'enlèvement et de résistance à arrestation", je liste lentement pour faire attention à ma formulation.
"Au moins ça", confirme Tanya. Et je me dis que c'est elle qui aurait dû être à ma place.
"Emmenez-la", ponctue ma mère et, cette fois, ni Carley ni Sam ne vérifient que l'ordre s'adresse bien à eux. "Darnell, évacue madame Fuentes ; j'imagine que tu l'as déjà arrêtée."
"Bien, Commandant", se plie Caradoc.
Il reste donc, la seconde d'après, Perkins, Sawbridge, le Commandant et moi. Les dragons se sont un peu calmés, je réalise, faute de détecter des mouvements suffisants pour les alerter certainement.
"Tanya ?", interroge ma mère en s'appuyant sur un morceau intact de la rambarde.
"Il y a les interrogatoires et la fouille des lieux", répond cette dernière sans se donner la peine ou se permettre d'émettre la moindre protestation sur la forme de l'arrestation. Peut-être que, comme le Commandant, elle est au dessus de ça, je me dis. Ma mère acquiesce sans rien dire. Tanya en déduit qu'elle lui demande d'élaborer un plan d'action : "Je peux laisser la perquisition à Perkins ?"
"Avec qui ?", est la réponse de ma mère, les yeux perdus dans le vague.
"Emma et Egon ?"
"Camden aussi - ça lui apprendra des trucs", rajoute ma mère toujours dans ses pensées.
"L'Auror Lupin pourrait réviser les procédures afférentes", propose Tanya avec plus d'effronterie que précédemment. Ça amène un sourire fatigué sur les lèvres du Commandant.
"L'Auror Lupin a pas mal donné, là, non ? Je ne suis pas sûre qu'elle soit en état de totalement tirer profit de quelconques révisions... et puis, il me semble me rappeler que ce qui devait être révisé avait plutôt à voir avec les procédures d'interrogatoire..."
"C'est vrai, Commandant", abonde Tanya. "Soutien aux interrogatoires, alors."
Ma mère regarde encore une fois autour d'elle comme si elle voulait inscrire la disposition des lieux dans son cerveau avant de s'adresser à Charity Perkins qui n'a pas pipé mot :
"On te laisse le contrôle du bâtiment et on t'envoie des renforts, Charity. Attends-les avant d'explorer plus avant et fais gaffe : il y a sûrement d'autres pièges, protections et saloperies. Tu fais un rapport de sécurité toutes les heures, sinon j'envoie la cavalerie... et si elle se déplace pour rien, cette cavalerie, je m'occupe personnellement de m'assurer que tu n'oublies jamais un autre de mes ordres. Bien compris ?", elle termine avec une violence subite qui me surprend mais fait presque sourire Tanya.
"Oui, Commandant", lui assure Charity apparemment stoïque ou fataliste face à la mise en garde. Elle sait d'où elle vient, je me dis, voire elle estime la mériter.
"Allons", est le dernier ordre du Commandant pour Tanya et moi. On sort nos portoloins calibrés pour contourner la barrière anti-transplanage et on les active.
oo
La Division est en effervescence quand on y arrive. Les nouvelles arrestations en sont bien sûr la cause mais pas seulement. Il y a aussi Sam en conversation au beau milieu de la salle commune avec deux civils qui lui ressemblent trop pour ne pas être ses parents. La Division qui est en pause les observe à la dérobée et l'arrivée de ma mère fait monter les paris et les enjeux. Cette dernière me jette un regard interrogateur.
"Ses parents, je pense. Il devait aller les chercher à la Croisée des chemins à 18h", je souffle en regardant ma montre. Ça doit faire presque deux heures que les McDermott sont arrivés..
Ma mère va directement vers eux et leur tend la main avec une détermination qui les fait presque reculer. "Commandant Lupin", elle se présente sans doute inutilement. "Ravie de faire votre connaissance."
"Mes parents, Fergus et Fergus Mary McDermott", répond Sam, un peu rouge mais pas tant que cela, je me dis. Je suis un pas derrière ma mère avec Tanya.
"Enchanté", se lance Fergus McDermott. "Sincèrement enchanté, Commandant."
"Nous réalisons que nous n'aurions pas dû venir, mais Samuel n'arrivait pas et nous nous sommes inquiétés", rajoute sa femme.
"Je comprends très bien, et la Division est au service des familles de ses Aurors", répond ma mère, chaleureuse. "Cette opération n'était pas anticipée, nous avons dû répondre à un développement inattendu et rapide."
"Vous meniez l'opération vous-même", souligne McDermott père avec révérence.
"Conjointement avec l'Auror Sawbridge à qui le dossier appartient", indique ma mère avec un geste pour notre chef d'équipe. En se retournant, elle me voit - tout le monde me voit. Je suis la seule que personne n'a présentée.
"Je suis fière de compter Samuel dans mon équipe", décide de commenter Tanya en serrant à son tour la mère des parents de mon amoureux. "Maintenant, j'espère que vous me pardonnerez mais nous venons d'arrêter plusieurs personnes et je ne peux pas rester plus longtemps avec vous."
"Chef", commence Sam tellement prévisible que j'en rirais presque.
"Prends le temps de rassurer tes parents, Samuel. J'imagine que je te laisse Iris cinq minutes?"
"S'il vous plaît, chef", reconnaît Sam, assez rouge maintenant.
"A tout de suite", conclut diplomatiquement Tanya en s'éloignant.
"Ce n'est pas... comme cela que je voulais m'y prendre pour... mais... Papa, Maman, voici Iris", termine mon amoureux avec difficulté.
J'ai une pensée très brève pour mon apparence extérieure et je réprime un soupir en leur tendant la main à mon tour avec mon meilleur sourire poli.
"Mademoiselle... enfin, je devrais dire Auror Lupin", se lance Monsieur McDermott. Personne n'est bien à l'aise, je me dis.
"Vous être très impressionnante", conclut sa femme en me détaillant de la tête aux pieds.
Je rougis immédiatement, et ma mère n'arrive pas à retenir un sourire.
"Je dois dire que tout le monde peut être légitimement fier d'Iris comme de Sam aujourd'hui", elle commente sans s'inquiéter de nous faire rougir davantage. "Je suis désolée de devoir rappeler combien notre actualité est chargée, Monsieur et Madame McDermott : vous êtes là en visite ? Où deviez-vous résider à Londres ?"
"Chez moi, Commandant", souffle Sam. "Pas chez Iris, chez moi", il précise.
"Je pense que tu peux demander à Vijaya de leur trouver un transport", propose ma mère, assez formelle mais toujours chaleureuse. "Je ne peux malheureusement pas vous laisser votre fils pour l'instant : j'ai encore besoin de lui pour plusieurs heures."
"Non, non, nous comprenons. Nous sommes là pour le week-end, nous aurons sans doute le temps de... passer du temps avec lui...", commente McDermott père avec un regard pour moi mais il hésite à m'inclure.
"Son travail passe avant tout", complète Madame McDermott avec conviction.
"Puisque vous êtes là pour plusieurs jours, j'espère avoir l'occasion de vous rencontrer dans des circonstances moins... formelles", conclut ma mère, et toute la famille McDermott échange des regards. Je ne sais pas ce qu'ils se disent, mais il me semble bien voir dans les yeux de Sam une sorte d'ultimatum pour ses parents.
"Si vous avez le temps", finit par formuler Fergus Mary McDermott, "nous en serions... honorés, n'est-ce pas, Fergus ?"
"Tout à fait, Commandant Lupin", confirme ce dernier.
"A bientôt alors", conclut ma mère et elle s'éloigne vers notre bureau d'équipe - ce qui rappelle bien les priorités collectives du moment et fait déguerpir une bonne partie des curieux.
"Je vais y aller aussi - il doit y avoir des montagnes de rapports à faire", je glisse - on peut dire que je m'enfuis si ça vous fait plaisir.
"J'arrive tout de suite", m'absout Sam avec un vrai sourire pour moi que ses parents ne ratent pas.
Plein de regards curieux me suivent dans les couloirs. J'imagine que c'est dû à la présence des parents de Sam - la rumeur de nos fiançailles va sans doute se développer toute seule. Seul, Barrington s'ébahit pour une autre raison :
"T'as pris un sac de farine sur la tête, Iris ?"
"Heu, un plafond plutôt", je souris en époussetant inutilement mes épaules. Il faudra plus que ça pour me rendre présentable.
"T'as vu la guerre et t'es vivante", commente William avec son inimitable ton chaleureux.
"Je crois que, quand ça va me rattraper, j'aurai des sueurs froides", j'admets sans m'attarder plus.
"Tu devrais quand même soigner ça", il insiste en désignant mon front.
"Je ne sais pas si j'ai je le temps."
"Tu as celui que ça s'infecte ?", il réplique. "Un médicomage est là pour ausculter les prévenus ; demande- lui !"
Je décide que je pourrais toujours arguer avoir reçu un ordre - Barrington est rang quatre - et je cherche le médicomage qui se trouve être un pote de Kane, deux ou trois ans plus âgé, mais du genre qu'il invite à son anniversaire. Jason Woodenspoon est content de me soigner, et je ressors même avec des vêtements plus propres. Dans le bureau, ma mère, Tanya et Carley discutent dans une bulle de silence : ils ont l'air sérieux et concentrés. Caradoc est seul à gratter des parchemins et je m'assois à côté de lui.
"On va regretter de ne pas faire la fouille", je commente.
"Tout le monde aura mal à la main ce soir", confirme Darnell avec un sourire en coin. "Je suis sur Pilar Fuentes. Ils se gardent Hermosa dans la bulle de silence, cela va sans dire. Ça te laisse, au choix : les sbires du premier étage, le gars qui les a reçus à la porte..."
"Bah, vas-y, chef, ne me ménage pas : les sbires ?"
"Rien de passionnant, je sais", s'excuse Darnell alors que j'attire à moi la pile de parchemins qu'il a désignée. Sam arrive alors que je suis en train de lire les noms des personnes interpelées. Je note qu'il y a deux Niassa dans la liste : un prévenu - Joaquim- et un mort - Raul.
"Ça va ?", souffle mon amoureux en s'asseyant à côté de moi. Darnell lève la tête et semble décider que la question n'est pas pour lui.
"On ne sait pas où est Vitor Niassa", est ma réponse volontairement professionnelle. Le reste est beaucoup trop intimidant, voire déplacé. Cette fois, Caradoc relève vraiment la tête. "Le soi-disant chef de la sécurité de Hermosa", je leur rappelle. "Il est où ?"
"Merde", commente sagement Caradoc.
ooo
Les chefs prennent notre (ma) découverte avec tout le sérieux voulu.
"Avis de recherche. Il faut mettre la Brigade sur le coup", ordonne ma mère immédiatement.
"On ne sait même pas à quoi il ressemble", remarque Tanya sombrement.
"Mais on a l'autre frère pour y remédier. Darnell et Lupin", désigna le Commandant, suffisamment concentrée pour ne pas avoir de mal à m'appeler par autre chose que mon prénom.
"On y va, Commandant", on répond en coeur.
"Diffuse l'avis pendant ce temps, Sam", rajoute ma mère alors qu'on est déjà à la porte. "On le complétera si on a autre chose..."
Chaque prévenu a été placé dans une salle d'interrogatoire séparée, et Joaquim Niassa est dans la troisième. C'est lui qui a accueilli ma mère et Emma et a tenté de les retarder. C'est un homme massif à la peau très sombre. Une trentaine d'années. Il nous regarde nous installer avec méfiance et haine - n'ayons pas peur des mots.
"Joaquim Niassa, je suis l'Auror Darnell et voici l'Auror Lupin - nous avons quelques questions à vous poser."
L'homme ne bouge pas un muscle, seuls ses yeux méprisants vont de Caradoc à moi. Il nous juge inoffensifs, je dirais.
"Vous avez été arrêté lors d'une opération de sauvetage d'une personne qui avait été retenue contre son gré à Cambus Lockhart House", commence Caradoc s'appropriant le dossier. "Vous avez répondu négativement à la demande de coopération du Commandant Lupin. Le site s'est révélé depuis comme abritant un atelier clandestin de potions entre autres délits. Vous vous rendez compte que vous allez être inquiété ?", questionne mon chef, collègue et ami de manière rhétorique.
L'homme se décale imperceptiblement sur sa chaise mais ne fait pas l'effort de répondre.
"Vous êtes citoyen mozambicain", reprend Darnell, étalant ce que nous savons de lui. "Mais on nous a parlé de votre famille de manière plus globale... de l'implication de vos frères dans les agissements de Hermosa McNair..."
"Vous avez tué mon frère", crache alors la montagne noire dans un anglais correct entaché d'intonations lusophones. "Vous avez tué mon petit frère et vous espérez que je coopère avec vous ?"
"Raul ?", je vérifie parce que Caradoc a l'air saisi par l'accusation. Les yeux de Joaquim Niassa brillent furtivement comme une confirmation inutile. "Il faisait partie des hommes qui nous interdisaient l'accès au manoir", je lui rappelle sans espérer de réponse.
"Vous l'avez tué", il répète.
"Il a basculé par dessus la rambarde ; la chute l'a tué", je réponds. "Je ne dis pas que ce n'est pas en conséquence d'un de nos sortilèges mais ils nous ont attaqués les premiers. A cette heure, celui qui nous intéresse est sans doute bien vivant : où est Vitor, Joaquim ?"
Il n'y a que du mépris dans ses yeux.
"Onde Vitor está?", je répète en portugais ce qui a le mérite de le surprendre et je pousse mon avantage en laissant tomber une partie du formalisme : "Tu es mal barré, Joaquim : tu vas tomber avec Hermosa, c'est ça que tu veux ? Tu ne veux pas faire un geste de bonne volonté dont on se souviendra ?"
La montagne noire met trente secondes à décider de me répondre :
"Tu as des frères, des soeurs, gamine ?!", il m'oppose, et Darnell s'agace de son ton familier mais je lui fais signe de laisser tomber ; on a déjà perdu. "Tu les balancerais à la police pour sauver ta peau ?" Je secoue la tête parce mentir ne mènerait nulle part. "Tu ferais n'importe quoi pour eux, n'est-ce pas, menina ? Você se sacrificaria para eles não é ?", il insiste en portugais.
Le "menina" si souvent utilisé affectueusement par Cyrus me glace comme un avertissement. L'instant d'après, ma médaille brûle à mon cou.
oooo
Souhaitez la bienvenue à Fergus et Fergus Mary McDermott. Ils vont traîner par là pendant plusieurs chapitres...
Et puis dites moi ce que vous pensez de la vengeance de Hermosa...
Le titre ne vous dira sans doute rien mais le prochain s'intitule : "La puissance des métaphores", j'essaierai de le poster la semaine prochaine si j'ai une connexion.
Des bises estivales
