Remous dans la Grande Salle. Fin du déjeuner, si je ne m'abuse. J'ai faim… Dommage que paraître nous aurait trahies. Pour un meilleur effet de surprise, il est impératif que les Maraudeurs ne nous aient pas encore vues.
Vont-ils sortir, enfin ? C'est moi ou ils font exprès de traîner ? Peut-être que l'un d'eux s'est aperçu de la disparition de la carte du Maraudeur. Mnémosyne en a profité pour la prendre lorsqu'elle est montée pour… vous verrez.
Remarquez…je suis si connue à Poudlard que l'annonce de mon retour a fait le tour de l'établissement. Je m'étonne tout de même que Potter n'ait pas jugé utile de se cacher.
Nouvelle démonstration de sa profonde stupidité. Comment a-t-il pu un instant croire que ses boniments m'intéressaient ? J'aime le Quidditch, mais je me contrefiche de ce qui se passe dans l'équipe, enfin ! Je savais qu'Ulysse rattrape presque tous les Souaffles, et que Léto vole comme une reine.
Sans oublier que Potter – fidèle à lui-même – n'a pas hésité à me chanter ses propres louanges. Quel narcissique.
Le premier qui se permet un raclement de gorge significatif ou quoi que ce soit d'autre du même genre se prendra le maléfice de sa vie.
Ce qui me rappelle d'ailleurs que je dois prendre également ma revanche sur ceux qui m'ont envoyée à Sainte Mangouste. Je ne sais pas exactement de qui il s'agit, alors dans le doute…je vais martyriser toute l'école.
Ma famille et l'équipe de Quidditch exclus, bien sûr. Je ne sais pas encore ce que deviendront les Maraudeurs, dans mon plan. Certes, il demeure notre association, mais j'ai causé un tel désordre le mois passé que je ne suis plus sûre de rien. Et puis j'ai besoin d'un bon défouloir.
Chut ! Silence, maintenant. Les premiers élèves quittent la Grande Salle, et notre présence ne doit pas être remarquée.
Bénissons l'inventeur du sort de désillusion.
Les Maraudeurs sont dans les premiers. Ils sont quatre, je crois. Sirius est caché par Pettigrow. Tant mieux, après tout. Je dois garder toute ma concentration, surtout pas baver comme un chien devant son os.
Hey ! C'est quoi cet ouragan ? Evans ? Elle mange jamais ou quoi ? Je suis prête à parier ma perruque qu'elle était encore à la bibliothèque.
Comment, je n'ai pas de perruque ? Mais c'est cela qui fait tout l'enjeu… Hinhin, je suis machiavélique.
- James ! beugle-t-elle sans égard pour mes pauvres oreilles (je suis pourtant à deux mètres de là) Tu connais la nouvelle ?
Je presse la main de Déméter, à côté de moi. Aussitôt, elle fait de même avec Mnémosyne, laquelle transmet à Maïa, envoyant ensuite à Ajax, lequel transmet à Jason, puis Ulysse informe Léto, dernière de la colonne, et qui gribouille sur un parchemin. Le message est clair. Evans a beau avoir essayé de se montrer aimable, elle n'en demeure pas moins affreusement ennuyante et sinistre comme un bonnet de nuit. Elle va avoir sa part du gâteau, et j'ai l'intention d'y veiller personnellement.
- Quelle nouvelle ? répond Potter sur un ton bêta au possible (comprenez qu'il est parfaitement naturel)
- Ça s'est passé ce matin… les Délos sont là !
- Lily, soupire Lupin (et de ma place, j'entends Mné soupirer de concert, version amoureuse transie. Quelle horreur ! Guimauve pathétique…), les Délos sont à Poudlard depuis septembre. Personne ne t'a jeté de sort ?
- Mais non ! Tu ne comprends pas ! Mnémosyne est revenue…avec Eurynome.
- QUOI ?
Tsss… Sirius… je t'aime, mais tu m'as brisé les tympans, là.
Oh misère de misère… Le voilà qui apparaît. J'avais oublié… Il est beau… Très beau… Trop beau… Ses cheveux de soie… Des yeux brillants… Une peau sans défaut…
C'est ridicule de devoir l'avouer, mais je n'ai en ce moment qu'une envie, celle de lui sauter dessus.
Aïe ! J'ai mal aux côtes.
- Regarde les chaussures de Pettigrow, me souffle-t-elle.
Les chaussures de Pettigrow… Ouch, c'est violent. Sacré différence avec ce que j'ai vu il y a vingt secondes. Ne me dites pas que j'exagère, c'est vrai ! Ce type n'a aucun sens esthétique. Non content d'être laid comme un pou, il s'habille n'importe comment.
Il est loin d'avoir ma classe.
- Les quintuplées…sont toutes là ? reprend Sirius en écarquillant des yeux de poisson rouge. TOUTES ? Alors ça veut dire que…Eury…
- S'est réveillée, termine Evans à sa place. Je ne sais pas ce qui s'est passé avant qu'elles ne reviennent. Eurynome et Mnémosyne sont juste venues chercher leurs sœurs en Métamorphose, puis sont reparties sans donner d'explication. D'après ce que je sais, elles ont ensuite emmené les triplés et Aphrodite.
- Peut-être que leurs parents les ont renvoyées à Beauxbâtons, dit Pettigrow avec espoir.
Hey, reste-là, Déméter ! C'est bien Ulysse, continue de retenir Léto. Pettigrow aura son compte en temps voulu, ce serait dommage de gâcher notre revanche (enfin, plutôt ma revanche, mais dans ce domaine, mes intérêts deviennent ceux de tous) sur Potter pour pareil avorton. Maraud, va !
Il n'empêche, s'il n'en tenait qu'à moi, je lâcherais Dém' tout de suite…
- Ne dis pas ça ! gronde Sirius en cachant son visage dans ses mains (tant mieux… peut-être que je vais parvenir à me retenir de baver maintenant…) Elles doivent avoir une bonne raison de faire ça…
- Un coup pour marquer leur retour peut-être, suggère Lupin.
Wow. Pincez-moi, je rêve. Impossible… Ce serait… Enfin… Lupin… Il est intelligent, alors ? Il sait réfléchir ?
Miracle ! Dansez de joie, préparez un banquet, Lupin est intelligent !
Quoique non, ne faites rien. Après tout, je ne suis même pas sûre qu'il ait un neurone. Sa suggestion doit être due au hasard.
Nom d'un chien de mémé, si Mnémosyne m'entendait, je ne donnerais pas cher de ma peau.
Mais elle ne m'entend pas…donc je peux dire ce que je veux !
- Sans nous ? bêle Potter. Mais on avait passé un accord !
Oh, mais il tient toujours… Sauf quand c'est toi la victime, mon cher. Horreur, j'ai dit mon cher ? Eurk ! Je suis souillée. Potter m'est tout sauf cher. Au contraire, c'est un parfait crétin. Sa stupidité est une distraction permanente.
C'est le bouffon de la reine.
Comprenez, évidement, que je suis la reine.
Fin de la page de modestie.
- Avec elles, on ne sait jamais à quoi s'attendre, grommelle Evans. Restez sur vos gardes.
- Je ne crois pas qu'elles oseraient…sort Lupin d'une petite voix.
Il croyait mal, alors. Oubliez ce que j'ai dit tout à l'heure. Lupin est un imbécile fini. Je ne comprends toujours pas ce que Mnémosyne peut lui trouver.
En tout cas…si, on va oser !
- On y va ! je murmure à une Déméter à peine calmée.
Le message remonte savamment jusqu'à Léto. Parfait.
Au milieu de la colonne, Maïa tend un arc d'un air très concentré. La flèche qui y est accrochée n'est pas méchante, c'est un jouet moldu avec une ventouse au bout. J'aurais bien voulu prendre une vraie flèche, mais Maïa m'a gentiment fait remarquer que Sirius risquait de ne pas être très content envers moi si j'avais prémédité le meurtre de son meilleur ami.
Il l'aurait mérité, pourtant. Pas Sirius, hein. Potter. Ce qu'il a fait est impardonnable.
Ne me dites pas que je suis excessive, je déteste ce mot-là. La seule chose dans laquelle je tolère de l'excès est le fait que j'aime Sirius. Ça n'aurait jamais dû arriver, vous le savez aussi bien que moi. Enfin, inutile de s'étendre sur le sujet, le mal est déjà fait.
Enfin, toujours est-il qu'à cause de cette stupidité, j'ai dû renoncer à mon projet d'assassinat, et me contenter d'un but plus modeste : le voir faire dans son pantalon d'ici la fin de la journée.
Au bout de la flèche, un mot. Un peu théâtral, je vous l'accorde, mais je n'aurais pour rien au monde renoncé au plaisir de voir la tête de Potter quand il le lira.
Maïa relâche brusquement la corde. La flèche parcourt en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire les quelques mètres qui nous séparent des Maraudeurs, et vient se ficher en plein dans le front de Potter.
Cri de douleur. Pff…chochotte. Tu protestes pour ça ? Qu'est ce que ça aurait été si Maïa avait pris une vraie flèche ?
Oh mais d'ailleurs, ça me donne une excellente idée. Si jamais – hypothétiquement – je reprends ma place dans l'équipe de Quidditch – ce qui pour l'instant n'est pas gagné, je risque fort de lui envoyer un Cognard volontairement involontaire…dans ses attributs.
Je suis sûre qu'il pleurera comme une fille.
- C'est quoi ce truc ? geint Potter en enlevant la flèche de son front.
- C'est un jouet moldu, le renseigne Evans. Les enfants s'en servent pour jouer aux indiens.
- Aux quoi ?
- Aucune importance. Il y a un message dessus !
Potter me déçoit. Il ne l'attrape pas et reste planté là bêtement, les bras ballants. Lupin doit faire preuve d'intelligence (…ou simplement d'un sens pratique ?) à sa place et décrocher le mot pour son ami.
Je me mords les joues pour ne pas rire en voyant sa tête. C'est un exercice assez difficile, vous savez. Nous ne devons pas faire de bruit, et pourtant tout prête à cela. Déméter est pliée en deux et rigole silencieusement. Elle est comme moi. Lupin ne lui revient pas.
Juron. Fi donc ! Monsieur Lupin, voilà un langage bien peu académique ! Quoique te connaissant, ça ne m'étonne pas. Les Maraudeurs n'ont jamais été pour moi un exemple de distinction.
Sauf au niveau physique, pour l'un d'entre eux.
Mieux vaut ne pas penser à cela pour l'instant.
- Alors, c'est quoi ? Fait voir !
Potter arrache le morceau de parchemin des mains de Lupin. A son tour, il blêmit en lisant ce que j'y ai écrit il y a cinq minutes :
Ma vengeance sera terrible, prépare-toi à souffrir ! Ha ha ha !
Je vous l'accorde, c'est stupide. Mais ça m'amuse.
- M-mais q-qui parle de-de quoi ? bafouille Potter.
Ne pas rigoler, ne pas rigoler… Nom d'une ampoule, c'est difficile ! Il ne me facilite pas la tâche, le bougre !
- Il y a un problème ?
Ah. Les choses sérieuses peuvent commencer. Là, ce n'était qu'un simple hors d'œuvre.
Tous les Maraudeurs se tournent vers la voix qui a parlé, à savoir…je vous le donne en mille, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Aphrodite ! Vous n'aviez pas remarqué qu'elle ne figurait pas dans la colonne ? C'est à elle que revient l'un des points les plus importants. N'importe qui pourrait revendiquer notre coup, si nous ne signons pas, et cela je le refuse.
C'est donc à elle, ma chère petite sœur, brillante élève de l'école eurynomienne, de faire revenir cette vengeance à qui de droit.
N'est-elle pas angélique ainsi ? Les cheveux sagement tirés en arrière, les mains derrière le dos, elle ressemble à la plus adorable des enfants. On y croirait, si elle n'avait pas le regard made in Délos : celui qui annonce une bêtise.
- Vous me paraissez ennuyés…dit-elle en leur décochant son sourire le plus innocent.
- Oui ! dit aussitôt Sirius (Aphrodite, garde tes pensées pour toi. Si tu rigoles, je te torture jusqu'au coucher du soleil !) Où sont tes sœurs ?
- Lesquelles ?
- Mnémosyne ! s'écrie Lupin.
- Eurynome ! beugle Sirius en même temps.
- Ah…répond Aph avec un talent de comédienne égalant presque le mien. Elles… Oui, une rumeur dit qu'elles sont rentrées… Je crains de ne pas pouvoir vous renseigner, malheureusement. Je ne les ai pas vues.
- Ne te moque pas de nous, dit Evans en tentant de paraître impressionnante (ce qui est loin d'être le cas, je peux vous en assurer). On m'a dit qu'elles sont venues te chercher pendant ton cours. Nous devons leur parler.
- Hum…je ne suis pas sûre que tu gagnerais au change, Evans. En revanche, Potter, j'ai un message pour toi.
- Et c'est ?
- Ça !
Ce disant, Aphrodite sort de son dos le camembert et le lui colle dans la figure.
Ha ! Magnifique. Potter en a partout. J'ai bien choisi ce fromage. Il a voyagé dans une boîte bien chauffée. Il coule de partout, et sent plus fort qu'une charogne. Potter va garder l'odeur pendant longtemps, grâce au sort que Déméter a jeté sur le camembert.
Tiens…Déméter…camembert…ça rime ! Je ne vais pas faire la remarque, sinon Dém' va me tuer.
- Sale gosse ! beugle Potter. Je vais te tuer !
- Ça, ça m'étonnerait !
Aussitôt dit, aussitôt fait, Aphrodite pique un sprint de tous les diables et disparaît derrière une porte. Potter tente de la poursuivre, mais glisse malencontreusement sur une peau de banane qu'Aph avait savamment laissée tomber.
Maintenant, c'est à nous.
