Et voici le chapitre 49, passage majeur de l'histoire. Rien ne sera plus comme avant après les événements de ce chapitre.

Je pars en vacances demain soir et ne serait pas capable de répondre à vos commentaires tout de suite.

Bonne lecture!


Chapitre 49 : un décès

Kaoru recula, évitant deux dangereux coups de hache.

- « Rangez-ça, vous allez blesser Emile. »

- « Dépose-le sur le champ ! »

- « Non mais, vous me prenez pour un idiot ? Si je le dépose maintenant, je ne le récupérerai jamais. Et moi, je veux finir ma vie à ses côtés.»

- « Ce sera un plaisir de t'aider à exhausser ce vœux. »

Tout en reculant, Kaoru essayait de gagner du temps. Ses alliés devraient arriver d'un instant à l'autre pour le sortir de ce merdier. Et donc, dans son meilleur néerlandais (et espérant que le taré à la hache le parlait aussi), il tenta une diversion.

- « Donc… vous êtes le grand frère d'Emile. C'est bizarre. Vous étiez supposé avoir bu un puissant somnifère et ne pas vous réveiller de la nuit.»

- « Tu appelles ça un somnifère puissant ? C'est du jus de pomme en comparaison à ce que Lukas peut me faire boire. »

Ah merdre… résistance au poison. Ce n'était pas prévu. Est-ce que cela voulait dire que le troisième frère était aussi debout dans les couloirs ? Cela allait mettre par terre l'accord qu'ils avaient passé avec son grand amour. Ils ne devaient pas blesser sa famille ou ce dernier ne coopérerait plus. De plus, s'il brisait cette promesse-là, Emile le haïrait pour de bon. Cela posait problème. Comment accomplir le sauvetage sans à avoir à affronter ces deux-là ? C'est que l'aîné semblait être un véritable fou-furieux. Avec son précieux chargement dans les bras, il ne pourrait pas esquiver son arme bien longtemps. Il avait besoin d'aide et pour ça, arriver à faire comprendre à ses équipiers qu'il avait un problème.

- « Je suis vraiment sérieux, vous allez toucher Emile avec votre gros machin. Vous pourriez même le tuer. »

- « Ôtes tes sales pattes de mon frère. »

- « Au risque de me répéter, jamais de la vie ! Je l'aime et je n'ai pas l'intention de l'abandonner. »

- « Tu ne le souilleras pas d'avantage, espèce d'erreur de la nature. »

- « Ne me parlez pas de souillure quand vous séquestrez et essayez de vous faire la femme d'un type dont vous avez contribué à la chute. »

Mathias fronça les sourcils.

- « Comment t'es au courant de ça, toi ? »

Kaoru poussa un soupir de soulagement. Son ennemi avait mordu à l'hameçon.

- « J'ai était prisonnier du bateau de Lars Van Dijk pendant presque deux semaines. J'ai eu l'occasion d'apprendre toute l'histoire de la bouche de Kiku comme des membres de l'équipage Kirkland qui y sont toujours enfermés. »

Le blond cessa d'attaquer. Il semblait enfin considérer le fait que sa victime valait la peine d'être interrogée avant d'être tuée.

- « Qui d'autre est en train de s'incruster dans le palais ? Ta famille où les pirates ? »

Il ne savait pas que les loups de mer Européens s'étaient alliés à ceux de la mer de Chine. C'était le principal avantage de ces derniers pour le moment. Pas question de lui en parler. Mais il pouvait un temps précieux en le baratinant.

- « Antonio et ses comparses ont promis à Emile que s'il arrivait à endormir tout le monde, ils passeraient comme le vent, prendre les enfants et la dame et disparaître avant le lever du jours et sans blesser personne. »

- « Qu'est-ce qu'ils ont fait à Emile pour qu'il fasse une chose aussi insensée ? »

- « Pas grand-chose, mais je suppose qu'il voulait vous tenir à l'écart du danger. Il ne voulait simplement pas que vous soyez blessés. Et vous le remerciez de façon bien ingrate en ruinant toute l'opération. Il y aurait bien pu n'y avoir aucune victime, aucun blessé. C'est ce qu'Emile voulait. »

- « Et toi, mis à part que tu as visiblement détruit l'innocence de mon petit frère, qu'est-ce que tu fais avec eux ?»

- « Très bonne question. Quand les pirates ont attaqué notre navire, votre frère ne voulait pas les suivre. Il était trop méfiant. Il a fallu que Kiku… hem, le second de Lars Van Dijk me prenne en otage pour qu'il accepte de monter sur leur bateau. Ensuite, nous avons voyagé sur des bateaux séparés. Emile était sur le bateau de Tonio le dément, et j'étais prisonnier avec quelques membres du Migratory Bird sur celui de Lars Van Dijk. A priori, si on suit la logique des « ennemis de nos ennemis sont nos amis », je devrais plutôt être de votre côté. C'est plutôt logique puisque vous êtes les frères d'Emile. Mais c'est là que tout est devenu tellement compliqué que c'est devenu digne d'une tragédie de théâtre. Mais en gros, si je coopère avec eux et que je récupère Emile, ils ont promis de nous rendre à ma famille.

- « Pourquoi Emile ? Qu'est-ce qu'ils lui veulent encore ? »

- « Antonio a dit que c'était pour vous faire comprendre la douleur de la séparation de sa famille. Il est persuadé que vous avez marché dans la tentative d'assassinat à laquelle il a échappé il y a deux ans. Et moi, j'aime Emile alors je préfère le savoir auprès de moi qu'entre les mains de n'importe-qui d'autre. Je peux vous garantir qu'à mes côtés, il sera parfaitement heureux. Je donnerai ma vie pour lui. »

Mathias voulu l'insulter une nouvelle fois, mais il y eu du mouvement au bout du couloir. Antonio, Marco et Kiku, accompagné de la jeune Mei-Li venaient d'arriver. Et le blond constatait qu'ils étaient armés. Ils avaient même des pistolets.

- « Qué ? Tu n'étais pas supposé être plongé dans un profond sommeil, toi ? » demanda le capitaine espagnol en voyant le gouverneur.

- « Résistance au poison, » expliqua Kaoru.

- « Enfin, ce n'est pas plus mal. La boussole semble avoir un problème. Tu vas me conduire à ma femme et mes neveux, Khǿler. »

Le grand blond réfléchissait à ce qu'il pouvait faire à présent. A priori, il se trouvait dans une impasse. Il y avait ce fichu asiatique qui menaçait d'emporter son précieux petit frère auquel s'ajoutait le problème d'Antonio et ses pirates. Il ne pouvait pas faire les deux à la fois. Et puis, il y avait cette histoire de boussole. Quand il s'était réveillé, ni Emile ni Lukas ne se trouvaient dans sa chambre. Il était parti à leur recherche quand il avait entendu des voix à l'étage. Il avait pris l'escalier des domestiques reliant son antichambre à celle du dessus et était tombé sur les deux tourtereaux. Il n'avait aucune idée d'où se trouvait son cadet, mais si l'artéfact magique avait un problème, alors il devait en être de même pour son véritable propriétaire. Que faire en ce moment précis ? Récupérer Emile, partir à la recherche du demi-norvégien ? Il se rendait bien compte qu'il n'était plus possible de garder ses prisonniers. Il avait perdu la bataille contre Antonio. Tout ce qu'il pouvait faire désormais, et c'était la seule chose qui comptait, c'était de sauver sa précieuse famille.

- « Comment ça, la boussole ne marche pas ? »

- « L'aiguille tourne dans tous les sens. Donc, tu vas me faire le plaisir de déposer cette hache et de me conduire à ma femme. »

Cela n'annonçait définitivement rien de bon. Mais que faire ? Antonio pouvait être cruel. Il n'hésiterait pas à blesser un Emile endormi et sans défense, il le savait. Il avait déjà tailladé la gorge de Lukas par le passé.

- « A une condition », proposa le gouverneur.

- « Tu te crois en mesure de négocier ? »

- « Si ce morveux me rend mon frère, alors je déposerai mon arme. Tant que je porte Emile dans mes bras, je ne pourrai rien faire de suspect, non ? »

- « Hé ! » protesta Kaoru. « Il n'en est pas question. Il était convenu que j'emmène Emile avec moi ».

- « Pour le moment, il est mieux dans les bras de son frère que dans les tiens, » lui répondit l'Espagnol.

- « Ce n'est pas dans notre accord ! »

Le pirate se retourna vers Mei-Li pour lui demander de raisonner l'amoureux, mais découvrir que la jeune fille n'avait absolument pas suivit la conversation. Elle fixait le grand scandinave d'un air rêveur. Seul Kaoru pouvait comprendre ce qui se passait dans la tête de sa sœur. Il la connaissait assez que pour savoir que la demoiselle venait de tomber nez à nez avec son idéal masculin : Européen, blond, grand, solide, viril… C'était peut-être même le coup de foudre. C'était bien le moment…

- « Kaoru, rends-lui son frère, » lui-conseilla Kiku. « Qu'il le garde pour le moment. La nuit est loin d'être finie de toute façon. »

Le Chinois comprit que personne ne serait de son côté. Alors, la mort dans l'âme, il remit son précieux colis au géant blond. Mais il avait tout de même ce désagréable pressentiment qu'il allait réellement perdre son amour ce soir.

Mathias déposa sa hache et pris son benjamin dans les bras.

- « Maintenant, si tu avais l'amabilité… » lui commanda l'Espagnol.

Le Danois ouvrit le chemin, résigné. Il se dirigea l'étage du dessous. Il avait installé Emma juste à côté de celle de Lukas, afin de mieux la surveiller. D'ailleurs, les deux hommes à qui il avait confié la surveillance de la porte étaient en train de dormir à poing fermés. Mais après avoir ouvert la porte, ils eurent une surprise. La chambre semblait vide. Les rideaux étaient toujours retenus par leurs cordelettes dorées, la fenêtre grande ouverte. Le lit n'était même pas défait et la tenue de nuit se trouvait toujours sur une chaise.

- « Est-ce que tu te fiches de moi, Khǿler ? » menaça Antonio tout en pointant un pistolet vers le garçon inconscient. Cet enfoiré savait parfaitement quel était le point faible de Mathias et n'hésitait pas à s'en prendre aux membres de sa famille pour obtenir ses réponses.

- « Elle était enfermée ici ! Il y avait des gardes à sa porte pour l'empêcher de s'enfuir.»

- « Alors où est-elle ? » demanda Antonio, de plus en plus nerveux.

- « Qu'est-ce que j'en sais ? Etais-je supposé savoir que la nourriture de mes gardes serait empoisonnée ? Elle si apparemment. De ce que je constate en examinant la pièce, elle ne s'est même pas mise au lit ! Je n'ai pas la moindre idée de ce qu'elle a fait quand elle a réalisé que ses gardes dormaient.»

Les autres parcouraient la pièce en quête d'indices. Ce fut Mei-Li qui trouva un papier avec un message griffonné à la hâte sur le secrétaire. C'était de l'espagnol et elle ne savait pas le lire. Elle le tendit au capitaine.

« Bourgeois emmène les deux enfants. Je le suis.

Je t'aime, Emma.»

Cette lettre jeta le trouble dans la pièce. D'abord parce que Emma se baladait visiblement seule dans les rues et que personne ne l'avait vue sortir du palais, mais aussi parce qu'un homme que Mathias croyait hors circuit venait de tous les doubler.

- « Donne-moi ça, toi ! » ordonna Mathias en lui arrachant la lettre des mains.

Et en lisant le texte, il devait admettre qu'il reconnaissait l'écriture de la belle flamande. Les mots avaient été griffonnés à la hâte et il y avait plein de taches d'encre, mais ils avaient bien été écrits par la fille. Mais cela n'avait pas de sens. Bourgeois était supposé être cloué dans son lit à l'étage du dessus.

- « On va à la chambre des garçons. » lui commanda Antonio.

Le gouverneur ne protesta pas car lui-aussi voulait y voir plus clair. Il devait s'assurer que les enfants étaient toujours à l'abri.

La chambre était de l'autre côté du palais, dans une zone supposée être étroitement surveillée, mais les six gardes qui étaient supposés y monter la garde dormaient à point fermé. Ils avaient sans doute mangé un des plats empoisonnés d'Emile. Et en arrivant à la porte et en constatant qu'elle était entrouverte, Mathias commença à paniquer. Il se doutait que les enfants n'y étaient plus. Sans civilité, le pirate espagnol entra dans la pièce.

Et la première chose qu'ils virent, c'était un corps allongé sur le sol, baignant dans une flaque de sang. Il s'agissait d'une personne aux cheveux d'un blond argenté.

- « Lukas ! » hurla Mathias.

Ignorant les pirates, il se jeta sur son cadet.

- « Réveille-toi ! Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Les autres se déployèrent dans la pièce. Les deux lits étaient vides, mais avaient été utilisés. La note d'Emma devenait réaliste. Les enfants avaient été déplacés.

- « Marco, prévient les hommes. Il faut voir si Emma a réussi à sortir du palais. Elle est en grand danger si c'est le cas. »

Et il donna ses instructions pour lancer un vaste plan de recherche. C'était dans ce genre de situation que la boussole aurait été rudement utile. Pourquoi était-elle tombée en panne dans un instant aussi crucial ?

- « Lukas… Lukas, réveilles-toi ! Réponds-moi ! »

Le gouverneur avait déposé Emile juste à côté de son autre frère et tentait de réanimer celui qu'il voulait croire simplement assommé.

- « Laissez-moi faire, je suis infirmière, » tenta Mei-Li dans le maigre Danois que le plus jeune des Khǿler lui avait appris. Un instant, le blond fut tenté de l'envoyer promener, mais se ravisa. Son précieux frère était blessé et avait effectivement besoin de soins.

La jeune asiatique posa sa main sur le cou de son patient. Elle ne pouvait s'empêcher de constater qu'il était la copie exacte d'Emile, avec quelques années de plus et des cheveux un rien plus foncés. Il était magnifique lui-aussi. Et ensuite, elle remarqua qu'il n'avait pas de pouls, que sa peau était déjà froide… non…

- « Kaoru ! Va chercher cette Tania, » s'écria-t-elle en Chinois. « C'est vraiment grave, on a besoin d'elle d'urgence. »

- « Hé ho, » intervint Antonio, « je ne fais pas venir ma fée pour… »

- « Son cœur ne bat plus ! »

Et les pirates comprirent enfin la gravité de la situation. Le ravisseur des enfants avait probablement tué ce jeune homme qui avait du s'interposer.

- « Comment ça, le cœur ne bat plus ? » s'affola Mathias. Il déchira la chemise de son frère et tenta un massage cardiaque, mais tout le monde dans la salle savait que cela ne servait à rien. Au milieu du ventre de la victime, il y avait une profonde plaie visiblement causée par une lame. Cela expliquait la marre de sang.

- « Allez, Lukas. Je sais que tu es increvable. Ouvre les yeux, » supplia son frère, refusant d'accepter la réalité. Pourtant, de tous les gens présents dans la pièce, il était le mieux placé pour savoir que si la boussole avait perdu son pouvoir, c'était parce que son réel propriétaire n'était plus de ce monde.