Merci à Lily, Rhyn et AmbreOnyx de leurs messages.


Chapitre 48

Hôpital, Los Angeles

Charlie tournait en rond dans la salle d'attente de l'hôpital où il avait été relégué dès que les médecins des urgences avaient pris son frère en charge, environ deux heures plus tôt. Depuis aucune nouvelle n'avait filtré sur l'état du blessé et il sentait l'anxiété prendre le dessus.

Bien sûr Don était resté conscient durant tout le trajet, bien sûr il lui avait même parlé, d'une voix si lente et si lasse qu'il en avait eu les larmes aux yeux, mais c'était bien sa voix, un peu rauque peut-être mais elle prouvait qu'il était en vie. Bien sûr il lui avait souri, d'un sourire un peu pitoyable tant il était fatigué, mais c'était un sourire quand même. Pour autant, cela voulait-il dire que son état n'était pas grave ? Il était si pâle, si épuisé, si faible… Lui qui cherchait toujours à donner le change, n'avait pas réussi à rassurer son cadet sur ce coup-là. Il semblait être allé au-delà de ses forces.

Charlie, au bord des larmes, lui avait serré la main tout le long du trajet, ne le quittant pas des yeux, s'efforçant de se rassurer, de se dire que tout irait bien comme son frère le lui murmurait. Mais à l'arrivée on l'avait empêché de suivre le brancard et il avait dû se résoudre à rester en salle d'attente, incapable de dominer son angoisse.

Il surveillait du coin de l'œil la salle où son frère avait été transporté : plusieurs personnes étaient entrées et sorties, médecins ou infirmiers, comment savoir ? Personne ne lui disait rien.

Il était aussi préoccupé par l'absence de son père. Lorsqu'ils étaient arrivés, au moment où on descendait son frère de l'ambulance, David, déjà sorti de la voiture qui avait suivi le véhicule de secours, lui avait demandé :

- Charlie, tu as appelé votre père ?

Don avait surpris la phrase et s'était alors exclamé :

- Non, pas question ! Inutile de l'inquiéter je vais bien.

- Don…, avait alors tenté de discuter son frère. Papa a le droit d'être au courant. Il sera en colère si…

- Et bien je m'occuperai de sa colère. Ca va aller, je n'ai pas l'intention de rester là crois-moi. Sitôt que les docs m'auront remis sur pied, je rentre à la maison. Il sera toujours temps de raconter ce qui s'est passé à papa à ce moment-là.

- Don…

- Non ! Charlie, promets-moi que tu ne l'appelleras pas !

Le blessé s'agitait : il avait ôté son masque à oxygène et tentait de se redresser sur la civière. Un gémissement lui avait échappé à ce mouvement téméraire et, le cœur déchiré à ce son, Charlie avait alors promis tout ce que son frère voudrait pourvu qu'il se calme et laisse les médecins l'examiner. Satisfait de sa victoire, Don s'était laissé retomber en arrière, plus pâle encore si c'était possible et incapable d'ajouter quoi que ce soit tant cette courte lutte l'avait épuisé.

Mais depuis Charlie ne cessait de se demander s'il avait fait le bon choix : et si quelque chose tournait mal… Comment son père pourrait-il lui pardonner de ne rien lui avoir dit, de l'avoir tenu à l'écart, le privant ainsi peut-être de la possibilité de faire ses adieux à son fils ? Il ne pourrait jamais lui pardonner, c'était simple. Et puis il s'était traité d'idiot d'avoir des pensées si sombres : bien sûr que le cas ne se présenterait pas. Don allait s'en sortir, il l'avait dit : et Don tenait toujours ses promesses.

Il n'empêche : à mesure que le temps défilait, la nervosité de Charlie allait en s'accroissant. Il était incapable de rester en place trente secondes d'affilées, arpentant les couloir, tournant dans la salle d'attente, s'asseyant quelques instants, prenant une revue qu'il feuilletait puis rejetait avec un soupir excédé, jetant des coups d'oeils à la montre que Don lui avait confiée en entrant dans l'hôpital sous prétexte qu'il ne tenait pas à ce qu'on la lui perde :

- Je te confie ce que j'ai de plus précieux frangin, tu en prends soin.

Ce que lui, Charlie, avait de plus précieux ce n'était pas ce ridicule morceau de métal et de verre qu'il tenait au creux de sa main, mais la personne à qui il appartenait. Et de le tenir ainsi serré entre ses doigts, ça lui permettait de se sentir plus proche de son grand frère : mais le fait de surveiller les aiguilles comme s'il craignait qu'elles ne s'échappent du cadran ne les faisait malheureusement pas avancer plus vite.

Il se leva de nouveau, repartit en direction de la salle de soin, revint vers la salle d'attente, tourna un peu sur place et poussa un énième soupir où l'exaspération et l'angoisse se mêlaient.

- Calme-toi Charlie. Ca ne sert à rien de s'énerver, tenta de le raisonner Colby. Don va bien.

- Qu'est-ce que tu en sais toi ? rétorqua agressivement le mathématicien peut désireux d'être réconforté de cette manière. Depuis quand tu es médecin ?

- Charlie, tout ira bien alors calme-toi, lui intima à son tour Liz qui les avait rejoints avec Nikki aussitôt qu'elles avaient été mises au courant des derniers rebondissements de l'affaire.

Parties enquêter à trois heures de routes de Los Angeles suite aux recherches qu'elles avaient menées, elles n'avaient pas pu rentrer à temps pour l'intervention et étaient d'ailleurs fort vexées de cet état de chose.

Alors que Charlie allait répliquer de manière peu amène, un médecin, sortant de la salle et se dirigeant vers eux, l'interrompit net. Il se tourna vers lui, le cœur battant et, avant même que le praticien ait ouvert la bouche, il lui demanda d'un ton pressant :

- Docteur, comment va mon frère ?

- Vous êtes le frère de l'agent Don Eppes ?

- Oui, je suis son frère, Charles Eppes , se présenta le mathématicien en piaffant littéralement sur place. Comment va-t-il docteur ?

- Ne vous inquiétez pas ça va aller.

- Qu'est-ce qu'il a ?

Il vit le regard du médecin se détourner vers David, Colby, Nikki et Liz qui s'étaient approchés, désireux eux aussi d'avoir des nouvelles de leur ami. Comprenant les scrupules du praticien, Charlie s'empressa d'ajouter :

- Vous pouvez parler devant eux, ce sont des collègues et amis de mon frère. Je n'ai rien à leur cacher sur son état de santé.

- Très bien. Comme je vous le disais, votre frère ne présente aucune grave blessure apparente.

- Ca veut dire quoi aucune grave blessure apparente ? C'est…

La main de Liz sur son avant-bras le stoppa dans sa récrimination. Il se reprit : il ne servait à rien de bousculer le médecin. Celui-ci allait lui donner des nouvelles de son frère : autant l'écouter jusqu'au bout avant de poser des questions ou de s'énerver encore.

D'ailleurs le praticien continuait, comme s'il n'avait pas entendu l'interruption. Il était habitué à gérer les familles dont les comportements oscillaient entre désespoir et agressivité en passant par toutes les phases possibles de l'anxiété. D'après ses critères d'évaluation, cet homme ne présentait aucun danger : éventuellement il se montrerait agressif en paroles, mais ça n'irait pas plus loin, et ce d'autant que ses compagnons, tous membres du F.B.I. s'il fallait en croire les blousons qu'ils arboraient, l'empêcheraient de se livrer à des actes inconsidérés. Par ailleurs, les nouvelles qu'il apportait n'étaient pas de celles susceptibles de déclencher une réaction violente.

- Bien : votre frère souffre de nombreuses contusions dues, d'après ce qu'il nous a dit, à une chute dans un escalier. Il a des hématomes sur quasiment toute l'étendue du dos et des jambes. Par ailleurs les cordes ont aussi laissé des traces de ligatures mais rien de grave : c'est un peu douloureux mais ça guérira sans problèmes. Il présente aussi une entorse du genou droit et une fêlure du poignet gauche provoquée par un coup, il devra porter une attelle deux semaines au poignet et au moins trois au genou. Il devra aussi suivre une rééducation pour ce dernier et peut-être aussi pour son poignet, selon le cas.

- Sa blessure ? questionna Charlie, incapable d'attendre malgré ses résolutions.

- La balle n'a fait que traverser le muscle sans endommager l'os. La perte sanguine a été assez importante tout de même, d'où son relatif état de faiblesse, mais cela ne nécessitait pas une transfusion. Il faudra surveiller son taux de globules rouges pour être sûr qu'il ne fasse pas d'anémie, mais avec du repos et une alimentation correcte et riche en protéines et en fer, tout devrait rentrer naturellement dans l'ordre. Le chirurgien est venu désinfecter et débrider la plaie : il n'y a pas besoin d'opération au sens strict du terme. Il devra cependant garder le bras en écharpe une quinzaine de jour pour ne pas risquer de rouvrir la blessure. Nous n'avons décelé aucune blessure interne ou fracture ni à la radio, ni à l'échographie ce qui est encourageant. Nous avons aussi suturé la plaie du cuir chevelu et il va partir au scanner.

- Un scanner ? s'affola Charlie. Vous pensez qu'il peut y avoir des dégâts internes ?

- Non, à priori tout va bien mais on ne peut jamais être complètement sûr. Il a tout de même reçu un coup assez violent pour lui faire perdre connaissance donc, même s'il semble alerte et réactif, nous ne voulons prendre aucun risque. Le scanner nous indiquera s'il y a le moindre risque d'hématome ou de contusion cérébrale. Mais je suis plutôt confiant.

- Ca va aller ?

- Tout semble l'indiquer. Il était déshydraté suite à la perte de sang et aux conditions dans lesquelles il a passé ces dernières heures, mais sans gravité. Nous allons le garder en observation vingt-quatre à quarante-huit heures puis il devrait pouvoir rentrer chez vous.

- Vous le gardez ? s'inquiéta Charlie.

- Ca semble plus prudent. Même si le scanner ne révèle rien, après un coup pareil et ce qu'il vient de traverser, il vaut mieux pouvoir exercer une surveillance, s'assurer qu'il reste conscient, veiller à ce qu'il s'hydrate très régulièrement et qu'il se repose suffisamment pour pallier la perte de sang.

- Mais…

- Je vous écoute.

- Est-ce qu'il serait possible que ce suivi soit fait chez nous ? Je veux dire…

Il hésita un instant : avait-il le droit de faire cette proposition ? Ne risquait-il pas de mettre la santé de son frère en danger ? D'un autre côté il ne pouvait pas se résoudre à rentrer chez lui en le laissant là. Et puis cela signifierait devoir mettre son père au courant et il imaginait bien la réaction de celui-ci en apprenant que son fils était hospitalisé depuis plusieurs heures et qu'on ne le prévenait qu'en dernier recours. La colère du patriarche, qui ne serait pas jugulée par l'inquiétude quant à l'état de Don puisque celui-ci était satisfaisant, risquait d'être redoutable et Charlie n'avait pas vraiment envie de l'affronter. En tout cas pas seul. Après tout, c'était son aîné qui lui avait interdit de l'appeler : c'était à lui d'en assumer les conséquences !

Il s'aperçut que le médecin attendait qu'il finisse sa phrase et se reprit :

- D'après ce que vous dites, en fait mon frère n'a pas réellement besoin de soins médicaux. Enfin du genre injections, soins… tout ce que les familles ne peuvent pas pratiquer. S'il ne s'agit que de surveillance je peux le ramener chez moi. Mon père y vit aussi, ainsi que ma fiancée. Nous pourrons sans aucun problème nous relayer pour veiller sur mon frère. Il suffit que vous nous disiez ce que nous devrons faire.

- Et bien…

Le médecin sembla hésiter un instant, jaugeant son interlocuteur, cherchant vraisemblablement à discerner s'il pouvait lui faire confiance.

- Je ne suis pas totalement contre. Il est vrai que votre frère n'a pas besoin de soins médicaux poussés. Il suffira qu'un infirmier change son pansement à l'épaule quotidiennement, pour le reste il n'y a rien de particulier : il aura un traitement à suivre, anti-douleurs et pendant quelques jours sans doute un anti-migraineux, peut-être quelques vitamines si ses globules rouges ne remontent pas assez vite. Mais effectivement, s'il y a quelqu'un pour veiller sur lui durant les prochaines vingt-quatre heures notamment pour veiller à son état d'éveil, je pourrais le laisser partir. A condition, bien entendu, que le scanner ne révèle rien d'anormal et que votre frère soit d'accord pour vous accompagner.

- Il le sera, affirma Charlie, certain que Don préfèrerait mille fois cette solution à celle de rester à l'hôpital, son aîné détestant ce type d'établissement peut-être encore plus que lui-même.

(à suivre)