Museelo : désolée j'ai conscience que ça doit être chiant parfois de voir Kame et Hyde se chercher (sans jamais se trouver, hoho... hum pardon, c'est la fatigue T_T)... mais je le fais parce que déjà c'est pas le duo central donc c'est forcément moins accentué, ensuite parce que... ça m'amuse XD. Mais promis, ça va bouger en son temps (dans un sens ou l'autre :) )
Voilà donc le chapitre 54 (il est lon oO), et ma foi j'espère ne pas avoir mal choisi l'orientation, ne ? :)
Nakamaru dansait littéralement d'un pied sur l'autre, l'estomac contracté au possible... Derrière lui, se trouvait la sortie. C'était véritablement tentant de s'en retourner là et de la prendre, de s'enfuir à toute vitesse comme le dernier des lâches... Mais il tenait là une occasion de se montrer un peu franc... Alors il fallait être courageux, maintenant. L'inexpérience qui était la sienne n'avait jamais été plus nette qu'aujourd'hui. Nakamaru, c'était un fait, ne savait pas gérer une relation compliquée et sérieuse. Pas que celles d'avant n'avaient eu aucune importance pour lui en leur temps, mais enfin... Bien moins que celle-ci, toutefois. Ce n'était même pas comparable, d'ailleurs. Tetsu lui avait toujours fait un effet incroyable... Il se sentait parfois un peu inférieur à lui, et cette fois plus que jamais. Par ailleurs, c'était dur, de le regarder sans l'approcher... De lui parler sans lui dire ce qu'il voulait vraiment... Et ça allait être tout aussi dur, de lui expliquer pourquoi ils avaient dû se séparer -puisqu'il avait décidé d'être honnête-, tout en lui faisant comprendre que son amour pour lui n'était pas en cause. Au contraire. Mais il sentait d'ici les efforts que Tetsu faisait pour se montrer solide, et il ne voulut pas en abuser. C'était déjà bien qu'il ne l'ai pas jeté dehors, après tout. Alors il se racla la gorge, ce qui n'empêcha pas sa voix de faiblir par endroits lorsqu'il s'exprima :
J'ai... Je dois t'expliquer quelque chose et... J'aimerai... Si possible... que tu ne m'interrompes pas quand je...
Je t'écoute.
Tetsu fut assez tenté d'aller s'asseoir. Il ne tenait pas à se montrer faible devant lui, question de fierté -dérisoire sans doute-. Cependant, ses jambes refusaient clairement d'obéir et il dû rester planté là, à observer Nakamaru fixer le sol et parler presque le nez dans son écharpe, d'une voix tremblante. Peu importe ce que le jeune homme dirait maintenant... dans sa tête, Tetsu était convaincu que c'était perdu. Alors en un sens, ça ne pouvait pas être pire. Peut-être que Nakamaru voulait rompre dans les formes, face à face. Peut-être que l'un ou l'autre de leurs amis communs avait insisté pour cela... Car à voir le jeune homme, on sentait bien qu'il n'avait pas forcément envie d'être là. Tetsu se trompait juste sur ses motivations, en fait.
Je veux que tu saches... Les vraies raisons qui m'ont poussé à agir comme je l'ai fait.
Parce qu'il y en a d'autres ? s'esclaffa Tetsu, amer.
A l'évidence, si : ça pouvait être pire. Quelle autre chose Nakamaru n'avait-il pas mis sur sa liste, l'autre fois ? Tetsu eut presque envie d'en rire, rire pour ne pas pleurer. Il était obligé d'écouter ça, vraiment ? C'est qu'il ne donnait pas encore dans le masochisme, quand même... Un instant, il regretta presque ne pas avoir écouté Yukki... Mais la tentation, l'envie d'être avec Nakamaru était trop forte. Il aurait supporté encore pas mal de choses, pour 5 minutes avec lui. Le jeune homme releva alors la tête et pour la première fois depuis son arrivée en ces lieux, il planta fermement ses yeux dans les siens, réellement convaincu de ce qu'il s'apprêtait à dire :
J'ai dit 'les vraies raisons'. Autrement dit : celles que je t'ai donné n'étaient pas... Peu importe, écoute-moi.
Si Tetsu s'était abandonné un tout petit peu à une quelconque forme d'espoir, il aurait pu décoder ceci à travers ces mots : 'ce que j'ai dit était faux'. C'était facile, vu de l'extérieur. Simplement, son esprit trop chagriné refusait même d'y penser. L'espoir, c'est juste un leurre. Et au final, ça blesse plus qu'autre chose. Dire que ça nous maintient debout, chanter ses louages comme le fait toute bonne histoire romantique à souhait, c'est bon pour les contes pour enfants. Il s'efforça de chasser ces pensées tentatrices et de se concentrer sur ce qu'il entendait.
Je dois pour ça, te raconter quelque chose qui s'est passé il y a quelques temps... Un soir où j'ai dû me rendre avec les autres au bureau de Johnny-san. Il avait reçu quelque chose qui me concernait...
Et Nakamaru, sans s'arrêterun instant, à toute allure de peur de faiblir, lui raconta tout dans le détail. Dans le moindre détail, jusqu'au plus petit et anodin. Les photos, la réaction de Johnny par rapport à cela. L'attitude protectrice et amicale de Jin. La désaprobation et la maladresse de Kame. Le froid qu'il y avait eu entre eux. Le soutien de Koki. Sa réconciliation avec Kame. Ses efforts pour oublier cette mauvaise histoire. Puis sa deuxième convocation vers Johnny. Tout se déroulait dans sa tête comme si ça s'était passé le matin même. Tout était d'une précision remarquable, ça ne lui demandait aucun effort de mémoire. Il lançait ces faits presque froidement, en sachant tout à fait que s'il prenait une seconde pour y penser, il ne pourrait pas continuer. Une fois encore, sa propre froideur l'étonna. Le dérangea. Tetsu ne montra aucune réaction, si ce n'est qu'il trésaillit lorsque Nakamaru lui donna la date de son deuxième rendez-vous avec Johnny. Ce jour là, cette date là, Tetsu ne l'avait pas oublié, et pour cause. En dehors de ce moment, le bassiste se contenta d'écouter, debout, les bras tombant sagement le long de son corps, comme s'il écoutait un professeur...
Lorsque le jeune homme eut fini, il s'arrêta à son état en sortant de chez Johnny. Là encore, Tetsu aurait pu sans peine faire le lien entre ce qu'il venait de lui dire et leur rupture. Lien que Hyde avait fait sans mal à un autre moment, lui. Mais Hyde était une tierce personne, parfaitement apte à juger de la situation avec objectivité, puisqu'il n'était pas concerné. Pour lui, c'était clair comme de l'eau de roche. Pour Tetsu, confus et meurtri, ça n'était pas aussi évident que cela. Car il était radicalement simple dans son fonctionnement : quand on s'aimait, rien n'avait vraiment d'importance. Même si ça paraîssait un peu trop convenu de dire ça. Si Nakamaru l'aimait, ce rendez-vous aurait dû entrer par une oreille et sortir par l'autre. Quelle que soit la façon dont il tournait tout cela, en resortait toujours la même conclusion. Elle restait inchangée, pour son plus grand malheur. Une partie de lui cependant, voulut creuser un peu. Car ces paroles avaient éveillé un détail rangé dans un coin de sa mémoire... Mais le chagrin est plus fort, et il fit taire cette partie résistante. Pour le moment.
Je... Ne sais pas quoi te dire... avoua-t-il bien sincèrement.
Je n'ai pas tout à fait fini... Si tu veux bien m'accorder encore...
Non, j'en ai assez entendu.
Nakamaru trésaillit, tant la voix de Tetsu s'était faite tranchante et sèche. Ce ton là n'appelait à aucune réponse. Pourtantn il n'avait pas fini. Il avait encore des choses à dire. Peut-être que Tetsu les avait déjà comprises, qu'il ne réagissait pas simplement parce que maintenant c'était trop tard... n'empêche qu'il lui fallait les dire. Il fit un pas en avant, puis un autre... Réduisant ainsi la distance qui les séparaît. Physiquement, du moins. Car Tetsu refusait de tomber dans le panneau, de se laisser aller. Nakamaru s'entêta et avança encore :
Ecoute-moi... Rien qu'une minute encore, je t'en prie...
Pourquoi je ferai ça ? Demanda le bassiste, sur la défensive.
Parce que tu veux savoir.
Tetsu se mordit la lèvre inférieure. Dans tout ce qu'ils avaient vécu, une chose au moins n'était pas un mensonge : Nakamaru le connaîssait par coeur. Il déchiffrait ses réactions, les anticipait parfois... Il savait ce qu'il se passait dans sa tête sans mal. C'était venu très vite, et de façon très précise, aussi étonnant que cela puisse paraître. Ca, c'était une chose indéniable. Et cette fois encore, il voyait juste. La situation n'y changeait rien. Tetsu ne bougerait jamais, et il ne lui demanderait pas non plus de partir. Il voulait tout entendre. En lui, et malgré ses efforts pour le faire taire, ce fichu espoir se rallumait comme une braise attisée par le vent... Il inclina la tête, résigné, et Nakamaru inspira :
Tetsu, j'ai une question à te poser.
Quoi ?
Si jamais... commença le jeune homme avant d'enchaîner à une allure rapide. Imagine-toi que la personne que tu aimes le plus au monde soit... disons menacée. Qu'elle ait un problème, disons. Tu y es ?
Oui...
Ce problème peut avec le temps, devenir vraiment important... Peut-être que oui, peut-être que non, on ne sait pas. Mais il faut y penser. Tu ne me contrediras pas là-dessus, tu es un homme prévoyant.
Oui... murmura Tetsu, plus par automatisme qu'autre chose.
Maintenant, imagine-toi que tout ça soit... Ta faute, lâcha Nakamaru d'une voix cassée. Que, même si telle n'était pas ton intention, même si tu n'y pensais pas, ce soit tes actes, ta situation, qui causent ce tort à cette personne. Cette personne que tu aimes.
Je... vois...
Alors si jamais tu avais le moyen... disons... d'anticiper... Qu'on te laisse une chance pour épargner cette personne... Que ferais-tu ?
Je suppose que... Je m'en détacherai, admit Tetsu.
A dire vrai, à ce moment là, il ne savait pas si sa réponse était réellement de son fait, ou si elle était le résultat des questions précédentes... Une forme d'influence de Nakamaru, peut-être. Non, il n'était pas un manipulateur, à la réflexion. Cependant, la partie de lui qui voulait savoir et espérer commença à prendre le dessus. Ses yeux s'écarquillèrent, pendant que Nakamaru continuait sur un ton persuasif :
Tu la laisserais.
Puisqu'il le faut... reconnut-il, suivant la raisonnement de l'autre.
Comprends-tu maintenant ?
Pourquoi tu me dis tout ça ?
Quoi ?
Ca sert à quoi ? S'emporta Tetsu. Qu'essaies-tu de dire ? Ce qui est fait est fait. Je ne comprends pas pourquoi t'es là !
L'énervement prit place en lui, à une vitesse fulgurante. Il était plus ou moins en train d'apprendre que s'il s'était donné la peine de creuser un peu, s'il avait ouvert les yeux, le mensonge de Nakamaru n'aurait jamais marché. Ce n'était même plus de la crédulité, c'était de la bêtise, à ce stade ! Il était tellement en colère que l'espace d'un instant, il ne sut plus s'il le détestait ou s'il l'aimait. A ce stade des opérations, cela revenait un peu au même, cependant. Le jeune homme était dans un état de décomposition avancée... Fatigué, il commençait à puiser dans ses réserves. Et surtout, il était choqué. Il s'était soigneusement employé à ne pas penser à Tetsu, durant tout ce temps. Ou à n'y penser que le minimum. Là, en quelques minutes, il venait de revivre plein de choses, bonnes ou pas, peu importe. C'était comme respirer de l'air frais après avoir été enfermé dans une cave pendant longtemps. Et c'était presque s'il ne s'étouffait pas. Dans sa tête, avant de venir, il s'était dit que s'il pouvait lui expliquer, il le ferait et s'en irait tout de suite. Maintenant, il commençait à comprendre qu'il serait difficile de tourner les talons et repartir. Impossible, même. Il s'approcha encore et expliqua d'un ton si bas que Tetsu cessa presque de respirer pour bien l'entendre :
J'essaie de t'expliquer... Je ne veux pas que tu penses que je t'ai trompé tout ce temps. Je ne veux pas que tu te crois trop âgé pour moi... Trop incapable... pas assez à l'écoute... Tout ce que j'ai dit cette fois là... rien de tout ça n'est vrai ! J'ai jamais pensé ça ! Cria-t-il presque, tandis qu'il se sentit plus léger, bizarrement.
C'est cruel... murmura Tetsu d'une voix blanche.
Pardon...
Tu... tu me demandes d'oublier tout ça et... de croire à cette fable que tu viens de me servir ?
J'ai conscience que...
Tu me demandes de croire que tu as cherché à... me protéger ? Articula Tetsu, choqué.
Je sais que c'est...
Tu voudrais que j'accepte le fait que j'ai gobé sans peine cette histoire... ce qui reviendrait à dire, si c'est maintenant que tu dis la vérité, que j'ai si facilement cru tes mensonges... qu'en fin de compte je ne te connaissais pas... En fait... qu'est-ce que je suis censé penser ? C'est quoi, ton résumé ? S'énerva-t-il, n'étant plus sûr de rien.
Nakamaru mis ses mains en avant comme pour lui dire « stop », pour le calmer. Il avait bien conscience du trouble qu'il semait chez Tetsu. Peut-être qu'il ne faisait qu'agraver les choses, en fait ? Peut-être qu'il n'aurait pas dû... Mais de toute façon, il ne pouvait plus reculer, maintenant. Il ne pouvait que continuer dans cette voie, et dire toute la vérité cette fois, d'une voix oscillant entre persuasion et fatigue :
La seule chose qui soit vrai, Tetsu, dans tout ce que je t'ai dit... C'est que je voulais arrêter tout, à ce moment là. Je le voulais et en même temps non, bien sûr. Mais ces raisons qui t'ont fait du mal... Je le regrette. A ce moment là, j'ai juste voulu te dégoûter de moi... pour que tu ne songes pas à me revoir. Je n'imaginais pas que ça te blesserait à ce point... lâcha-t-il confusément.
Tu m'as quitté parce que tu pensais que si un jour un scandale éclatait... tu voulais me préserver de ça ? Répèta Tetsu, les yeux semblant vouloir sortir de leurs orbites.
Je ne voulais pas être la cause d'un tourment... Il y a... ton groupe... Ta famille... tes amis... Toi, bien sûr... Il fallait y penser, et je ne ...
Et qui es-tu, pour décider ou non de ce qui est bon pour moi ? Coupa Tetsu durement.
Je ne voulais pas...
Je savais ce que je risquais ! Éclata le bassiste, à bout de nerfs.Tu crois que j'avais attendu ces photos pour me poser certaines questions ? Je savais bien ce que...
Et bien pas moi ! S'emporta Nakamaru à son tour.
Quoi ?
Puisqu'il voulait tout savoir, il allait être servi... Ces choses là, Nakamaru ne les avait pas dites encore... Pas à Koki, pourtant si proche de lui habituellement... Même quand Hyde avait réussi à le faire un peu parler la dernière fois, ça n'était pourtant pas sorti. Cette peur et ce manque cruel de confiance en lui que Tetsu avait soupçonné à une certaine époque, il allait en prendre toute la mesure seulement maintenant. Nakamaru inspira profondément et avoua :
Je suis stupide et complètement perdu... Je ne me suis pas posé les bonnes questions, moi. Quand j'ai appris tout ça, je suis tombé de haut. Comme si j'avais imaginé qu'on vivrait tous les deux sans jamais être découvert par qui que ce soit, ou qu'on n'ait jamais à s'expliquer... J'ai réalisé alors que j'étais... Si jeune... Tu n'as jamais été trop âgé, tu comprends ? Moi en revanche... Je suis un gamin. J'ai paniqué. J'ai voulu, pour une fois, être utile... Mais ce n'est pas ça qu'il te faut. Il te faut quelqu'un sur qui tu puisses compter, qui soit solide... Moi je suis si faible que j'ai... Ben que je suis là aujourd'hui. J'ai même pas pu m'éloigner, même pour ton bien.
'Mon bien' ? Répéta Tetsu, cloué au sol.
Oui, ton bien.
'Mon bien', espèce de... de...
Tetsu leva la main en l'air comme s'il voulait vraiment lui mettre son poing dans la figure. De l'extérieur, on l'aurait cru en tous cas. Naturellement, Nakamaru ne broncha pas, sachant bien qu'il ne craignait rien. Et effectivement, le poing de Tetsu alla lourdement s'abattre contre la table à côté d'eux, comme s'il fallait qu'il passe ses nerfs sur quelque chose. Un peu inquiet car il n'était pas dans les habitudes de Tetsu de perdre le contrôle de sa personne, Nakamaru s'approcha une fois de plus. Cette fois, ils étaient à un pas l'un de l'autre, tout au plus.
Tetsu ?
Je dois vraiment être lamentable, pour n'avoir pas vu à quel point tu étais terrorisé et si peu sûr de toi... murmura Tetsu, attristé.
Mais non, je...
A mon tour de poser une question.
Oui ?
Tetsu avait l'air déterminé. Tout à fait certain de ce qu'il s'apprêtait à faire maintenant. Et Nakamaru voulut reculer. C'est alors que la main de Tetsu se referma sur son poignet en un geste vif et ferme, pour le maintenir là. Nakamaru déglutit, mais il hocha la tête. Il lui devait au moins ça, quand même. L'écouter. Le bassiste le regarda un moment, une expression indéchiffrable sur le visage, puis il demanda, les joues un peu rouge :
Là, maintenant, tout de suite, et sans rien te demander d'autre... Est-ce que tu m'aimes ?
Nakamaru écarquilla les yeux, réellement pris au dépourvu. Il y avait tant d'espoir dans sa voix, lorsqu'il avait posé cette question... Pas ça... C'était la réponse qui allait définitivement mettre son 'plan' par terre. Car il savait déjà qu'il ne réussirait pas à lui mentir. Pas à cette distance là. Et certainement pas sur ce point. Pas en sentant son poignet brûler parce que simplement, sa main était dessus... Il gémit et baissa la tête :
Bon sang... Pas ça, s'il te plaît...
Ca ira, je survivrai... fit Tetsu avec ironie, se méprenant sur sa réaction. S'il te plaît, je dois l'entendre... Je pourrai passer à autre chose...
Oui.
Comment ?
Oui, je t'aime. C'est évident... C'est... peut-être parce que c'est un peu trop grand et que moi, je ne suis pas assez solide... C'est peut-être pour ça que j'ai fait n'importe quoi... La première fois que je t'ai vu en concert, j'avais 20 ans et j'ai pensé « wow, quelle personne incroyable »... La première fois que je t'ai rencontré personnellement, j'ai conservé cette impression dans un coin de ma tête, tout en ne pouvant rien penser d'autre. J'avais juste l'impression que mon coeur allait se décrocher et que si je te regardais dans les yeux, j'allais agir bêtement. Finalement, même lorsqu'on aurait pu tomber dans une certaine routine, tu as toujours procuré ce genre de sensations chez moi, à chaque fois que je te voyais... Des « il est magnifique » aux « qu'il est doué »... Tu as toujours été impressionnant et... je n'étais sans doute pas à la hauteur. Il n'empêche. Je voulais que tu le crois, au début... que tu penses tout ce que je t'ai sorti cette fois là... Mais maintenant, je n'admets pas que tu puisses vivre en doutant de ce que je... enfin tu vois...
Les phrases se succédaianet sans réel lien entre elles... Presque revivait-il certains instants, et parlait-il en fonction de ses souvenirs... Pas de lien, hein ? Si, au contraire. Une idée centrale émergeait de ces paroles désordonnées et rapidement confessées : il l'aimait. Et ce fut plus fort que Tetsu : il y crut. Son côté raisonnable lui intimait l'ordre d'en douter, de se méfier, de prendre ses jambes à son cou, même... Mais à peine avait-il entendu tout cela, qu'il se fichait pas mal de souffrir dix fois plus qu'avant : il voulait y croire. C'est alors que, comem un flash, quelque chose qu'il avait mis de côté un moment lui revint en tête. Cette fois-là où Nakamaru avait coupé les ponts, il y avait eu... Une chose étrange. Bon, si on allait pas là, tout était étrange bien sûr, tant Tetsu ne s'y était pas attendu... Mais il y avait eu cette phrase... Une phrase sur laquelle Tetsu avait buté, lorsqu'il s'était repassé cette conversation dans sa tête, encore et encore. Lorsque Nakamaru lui avait dit quelque chose comme « tu trouveras quelqu'un... plus libre de ses mouvements »... Plus libre... Ca sous-entendait « plus libre que moi »... La traduction littéraire pouvait donc aussi bien être : « moi, je ne peux pas faire ce que je veux »... Soit : « ce n'est pas ce que je désire ». C'était très clair maintenant. Avant, Tetsu s'était refusé à décortiquer cette phrase qui avait tout de même attiré son attention, comme il se refusait toute forme d'espoir. Maintenant... elle sonnait clairement à ses oreilles. Il comprenait absolument tout. D'une voix ressemblant plus à un gémissement plaintif, il lança :
Pourquoi... Pourquoi tu ne m'as pas fait confiance ?
Confiance ?
Tu aurais dû m'en parler. Pas seulement de cette histoire, mais de tout ! S'énerva de nouveau le bassiste. De ces craintes là que tu avais ! Avais-tu peur de m'embêter ? Je n'aurais pas crisé ! Crois-tu que je sois...
Je sais. La peur fait faire des trucs stupides des fois... murmura Nakamaru d'un ton las, visiblement plus apte à se défendre.
Franchement, c'était plus qu'il ne pouvait en supporter. Oui, ce qu'il avait fait était complètement inutile. Oui, il les avait blessé tous les deux pour une question d'ego et de peur, en quelque sorte. Il s'en rendait malade tout seul. Mais encore une fois... Quand Tetsu le disait, ça paraîssait si simple. A l'entendre, c'était facile : ils en auraient parlé et hop, plus de problème ! Et si... et si c'était possible, en fin de compte ? Franchement, il commençait à se sentir presque nauséeux, d'un coup. Fatigue, nerfs en pelote, manque de nourriture, esprit en surchauffe et coeur qui tenait plus du puzzle... Besoin d'air urgent ! Il se retourna vivement en vue de gagner la sortie. Tetsu, qui le tenait toujours, affirma davantage la pressio nde sa main sur son poignet, ce qui obligea Nakamaru à lui faire de nouveau face, un air interrogateur dans les yeux. Tetsu arborait une expression plus détendue... plus sereine, presque. Et sur un ton qui exprimait une évidence même, il dit simplement :
Mais Yuichi... Tu crois vraiment, maintenant que tu m'as dit tout ça... tu crois vraiment pouvoir repartir ?
Là, comme ça ? Non, effectivement. Si Tetsu continuait à le regarder comme ça... A le couver du regard... Comme avant... Comme à chaque fois qu'ils étaient ensemble, où il était toujours surpris de voir comme Tetsu le regardait amoureusement... Là effectivement, repartir allait être compliqué... Il s'entêta cependant :
Soyons réalistes. Rien n'a changé. A ceci près que je t'ai blessé plus qu'il ne l'aurait fallu. Je n'ai pas le droit de...
Tu as encore beaucoup à apprendre, effectivement, fit Tetsu avec douceur.
C'est-à-dire ?
C'est-à-dire qu'il y a de puissants moteurs, dans la vie, tu vois... Le chagrin était le mien, ces temps-ci... N'empêche qu'il ne fait pas le poids face à un autre : le pardon.
M... Mais...
Certes, Tetsu avait été blessé. D'abord de croire qu'il avait encore été le seul à s'attacher comme ça... et plus récemment, de penser qu'il n'était pas assez digne de confiance pour que Nakamaru parle avec lui... Il aurait pu lui en vouloir, il avait de bonnes raisons pour cela... D'ailleurs, Nakamaru était convaincu apparement, qu'il serait rancunier... Sauf qu'il n'était pas dans la nature de Tetsu, d'agir ainsi. Et aussi parce que cette fois différait de tout ce qu'il avait connu. Il l'aimait beaucoup plus que de raison, et il ne lui en avait jamais voulu. Presque... Presque commençait-il à s'émouvoir de la force qu'il avait fallu à Nakamaru pour tout envoyer promener, dans le seul but de le préserver. Ca avait été maladroit et dévastateur, mais n'empêche... De son côté, le jeune homme se croyait en plein délire. Comme si c'était possible, que Tetsu lui pardonne... Il pensait avoir perdu le droit de l'aimer et d'être avec lui, en le blessant. Et là, Tetsu avait l'air de dire qu'il s'en fichait ! Il avait sa tête de celui qui s'apprête à être convaincant. Et Nakamaru se sentit comme ces sportifs à moitié blessés, qui vont au combat en sachant qu'il perdront. Ca n'était qu'une question de secondes, maintenant. En fait, et même s'il s'était interdit de se l'avouer : il n'attendait que ça.
Yuichi, ces photos n'étaient qu'un prétexte pour que tes craintes s'expriment. Si tu as la volonté, tu peux aller voir ton boss et l'envoyer se faire foutre. Après tout, tu n'es pas un jouet. Le vrai problème, c'est cette fausse image que tu as de toi. C'est un peu comme si tu t'attendais tellement à ce que je me lasse de toi un jour, que tu étais presque soulagé de rompre le premier. Sauf que je n'ai pas l'intention de me passer de toi. Si je te dis qu'on va trouver une solution tous les deux... A tous les problèmes. Tu me crois ?
Oh, bon sang... Il avait tout compris. En quelques mots, il avait parfaitement saisi l'essentiel. Le coeur de Nakamaru se mis à battre la chamade, ayant compris bien avant son cerveau que ça y était, il venait de le récupérer. Ses genoux fléchirent presque tandis qu'il murmura, presque par acquit de conscience :
Mais le groupe..
Le groupe en a vu d'autres. Ces photos, j'en fais mon affaire. J'ai des relations, tu sais, rétorqua Tetsu avec un clin d'oeil. Et ce que tu ressens, si tu m'en parles, si je promets d'être moins autoritaire... Si je dis que je t'aime et que je vais très certainement en crever si tu ne viens pas m'embrasser maintenant.... Tu ne changeras pas d'avis ?
Pour changer d'avis, il aurait déjà fallu réellement vouloir rompre. Chose qui n'avait jamais été le cas, sentimentalement parlant, du moins. A cet instant où le coeur de Nakamaru tapait si fort qu'il en devenait sourd, le jeune chanteur comprit une chose. Même sans les interventions de Koki, de Hyde... Même sans sa prise de conscience... Il serait revenu vers Tetsu. Le bassiste avait parlé de supplier, un peu plus tôt... Nakamaru était convaincu que c'était plutôt lui, qui l'aurait supplié d'ici pas tard... Quelques jours... Des semaines, tout au plus. Ca n'était plus gérable, et il serait revenu vers lui, il le savait. On allait encore l'accuser d'être un brin trop émotif, mais pour le coup, il ne le nierait pas : il n'empêcha aucunement ses larmes de couler abondamment le long de ses joues. Au début, il ne sut pas si elles lui faisaient du mal, ou du bien... Il était encore tellement triste... Bientôt, elles lui brouillèrent la vue... Et ce qui lui fit vraiment frôler la crise cardiaque, ce fut la sensation des lèvres de Tetsu qui pressèrent les signes... Là, Nakamaru, son cerveau du moins, ne fut plus apte à suivre le mouvement : ses mains allèrent se perdre autour du coup de Tetsu, dans ses cheveux, le long de son dos, agrippant son t-shirt, peu importe, du moment qu'il le touchait... Comme si le bassiste allait partir en fumée d'une seconde à l'autre. Il l'embrassait fièvreusement, quitte à en avoir la respiration coupée. C'était comme s'il n'arrivait pas à s'en rassasier. Dès qu'il quittait ses lèvres à la recherche d'un peu d'air, une seconde après, ils étaient de nouveau en contact. A dire vrai, Tetsu le serrait tellement fort qu'il commençait à en avoir mal, mais il s'en fichait pas mal. Il avait peine à imaginer que le bassiste l'aime toujours, ne lui en veuille pas... Mais puisque ça avait l'air d'être bel et bien le cas, alors il saisirait cette autre chance des deux mains, et tant pis pour les conséquences et éventuelles difficultés. Il le pensait réellement, lorsqu'il colla sa tête sur le torse de Tetsu, qui ressera son étreinte en lui embrassant le sommet du crâne de temps à autres tout en lui caressant le dos doucement pour qu'il se calme...
