Bien le bonjour! Voici le chapitre du jour, sorti bien plus tôt que le précédent. Une petite mise en garde : ce chapitre n'est pas vraiment sombre mais les thèmes abordés ne sont pas très joyeux, alors ne vous attendez pas à quelque chose de léger. Il faut bien des chapitres sérieux de temps en temps, et celui-ci en fait partie.

Réponse au commentaire :

Guest : Contente que le chapitre t'ai plu. Pour l'année dernière, j'ai fait quelque chose que je ne pourrais plus jamais faire parce que tout le monde comprendrait immédiatement, c'était un one-shot. Comme ça tombait un vendredi, jour où je publie habituellement un chapitre, j'ai mis un message comme quoi je mettais la fic, Midgard contre Niflheim, en pause de manière indéfinie en disant que j'étais stressée par l'écriture et autre. Bien entendu, je n'avais pas précisé que c'était une blague. Les commentaires étaient très touchants et drôles, quelques personnes y ont cru.^^ J'ai quand même posté le véritable chapitre le lendemain. Si ça t'intéresse, j'ai laissé la note, renommée "Poisson d'Avril", dans la fic, tu peux aller voir. Merci pour ton commentaire.

Merci pour votre soutien et vos commentaires. Bonne lecture!


- Harold?

- Je suis là!

Stoïck entre dans la tente et contourne prudemment les tables où sont posés des ordinateurs et autres appareils précieux. Il parvient au fond de la tente où se trouve Harold, assit devant un ordinateur.

- Tu as fini de rédiger le rapport? demande Stoïck.

- J'ai juste à ajouter les photos et ce sera prêt.

- Parfait, le général aimerait avoir toutes les données pour la réunion. Tu pourras les présenter et expliquer ce que tu as vu. Ça ne devrait pas prendre plus d'une ou deux heures. Je te raccompagnerais à l'abri après la réunion, il faut que je parle à ta mère et aux autres soigneurs.

- Attends, reviens en arrière, dit Harold. Je dois aller à la réunion? Pourquoi?

- Parce que tu es celui qui a fait un vol de reconnaissance et rédigé le rapport. Ce sera plus simple de te poser des questions tout de suite plutôt que de les mettre par écrit pour te les poser plus tard.

- Personne ne m'a dit qu'aller faire deux ou trois photos et écrire un rapport me ferait atterrir dans une réunion! proteste Harold.

- Fils, un Chef doit se plier aux exigences administratives, même en temps de guerre, et que cela lui plaise ou non. Tu n'as qu'à voir ça comme un entraînement.

Harold fait la grimace mais ne répond pas. Il attrape les dernières photos qui sortent de l'imprimante et les ajoute au dossier devant l'ordinateur puis attrape un clé USB. Stoïck s'empare du dossier et de la clé, laissant Harold libre d'utiliser ses béquilles sans gêne, et sort de la tente, attendant son fils à l'extérieur. Dès que le jeune garçon est dehors, Krokmou arrive et se frotte contre lui.

- Désolé, mon grand, je ne peux pas rentrer tout de suite. Tu veux bien attendre encore un peu?

Le furie nocturne arbore un air triste mais ronronne doucement pour montrer son accord. Harold le gratte au-dessus des yeux, sachant que son partenaire aime ça, puis monte sur la selle. Le dragon suit Stoïck qui les conduit à un bâtiment relativement intact. Des fissures sont visibles sur la façade et des volets ont été arrachés mais l'ensemble paraît encore solide.

- C'est quoi ce bâtiment? interroge Harold.

- Une ancienne banque reconvertie en garderie pour jeunes enfants, répond Stoïck. C'est l'un des seuls bâtiments dans le coin encore debout et qui ne donne pas l'impression de vouloir s'écrouler dans les prochaines heures. Un architecte nous a dit qu'il a été fabriqué il y a un siècle et que les matériaux utilisés, ainsi que les méthodes de constructions, étaient différents et se sont avérés plus solides que les bâtiments modernes. Il nous a conseillé de rester dans les vieux bâtiments , c'est plus sûr.

- Alors c'est la nouvelle base de commandement?

- Pour l'instant, oui. Si nous trouvons un bâtiment plus adéquat, nous changerons.

- S'il est solide, pourquoi en changer?

- Tu verras à l'intérieur. Viens.

Intrigué, Harold ne se le fait pas dire deux fois. Après avoir conduit Krokmou auprès d'une fontaine à moitié détruite, le jeune garçon rejoint son père et ils entrent dans le bâtiment. Dès qu'il a passé les portes, Harold regarde autour de lui et retient difficilement un rire. Les murs sont recouverts de figures souriantes en couleurs pastel. Des enfants qui jouent, des lapins qui courent après des carottes, des oiseaux qui décrivent des cercles autour d'aires de jeux, des clowns et des magiciens qui se promènent partout. Les scènes sont gentilles et donnent un air chaleureux à la pièce. Les couleurs des meubles, plus vives, créent un contraste qui accorde une ambiance joyeuse au bâtiment. Les rideaux aux fenêtres présentent des animaux ou des bonbons. Des jouets sont entassés dans un coin et des photos de différents groupes d'enfants souriant pendant aux murs. Chaque pièce est dans le même thème enfantin et quand Harold et Stoïck arrivent à la cour fermée, qui accueille en temps normal les enfants lorsqu'il ne fait pas beau à l'extérieur, le jeune garçon ne peut cacher un large sourire. Le général et les autres patrouilleurs, ainsi que les Guides et quelques civils, font triste mine parmi ce tourbillon de couleurs. Les uniformes gris ou noirs accordent un air austère aux patrouilleurs, air qui est quelque peu annulé par la scène d'un carrousel peinte sur le mur derrière le général. Par un étrange hasard, le général est assis juste devant un sujet du manège qui a la forme d'une grande souris avec un short rouge et des chaussures jaunes. Du fait de son placement, le général cache en partie la souris, sauf ses oreilles qui sont visibles de chaque côté de la tête du patrouilleur gradé. Harold peut voir plusieurs personnes détourner le regard ou regardant la table devant le général, n'osant pas lever la tête. Les Guides ne font pas beaucoup d'efforts pour cacher leur hilarité mais personne ne semble décidé à informer le général de son placement moins que stratégique. En voyant Stoïck et Harold entrer, Mégane, la présidente du Conseil des Guides, réclame le silence et va s'asseoir à côté du général. Stoïck prend sa place parmi les patrouilleurs assis en rangs devant la table et Harold est conduit sur le côté, près des Guides, où Rand lui avance une chaise.

- Merci à tous et toutes pour votre présence, commence le général. Comme vous vous en doutez, nous avons de nombreux sujets de discussion qui nous attendant mais nous ne pourrons pas tous les voir aujourd'hui. Donc nous allons faire par ordre de priorité. Colonel, si vous voulez bien commencer?

- Certainement, dit le colonel en se levant, tenant une feuille à la main. J'ai envoyé certains de mes subordonnés faire un compte précis de nos pertes ainsi que des blessés. Pour les pertes, elles s'élèvent à deux cent quarante-deux humains et cent vingt-neuf dragons. Selon nos estimations, les Sharkgrifs ont subis des pertes de l'ordre de trois cent individus, mais il est impossible de vérifier puisqu'il semble que les Sharkgrifs dissolvent les cadavres de leurs camarades à l'aide de leur acide. Nous n'avons donc trouvé aucun corps. Les blessés ont été répartis en trois catégories. La première est celle comprenant ceux qui ne pourront plus jamais combattre, ils sont au nombre de vingt-deux. La deuxième catégorie rassemble ceux dont les blessures sont graves mais qui sont assurés de se rétablir complètement. Cependant, ils ne pourront rejoindre les combats avant plusieurs mois et sont donc considérés, comme ceux de la première catégorie, comme inaptes au combat, ils sont soixante dix-huit. Enfin, il y a les blessés légers qui peuvent reprendre leur service dans un intervalle de trois jours à une ou deux semaines, ils sont cent quatorze. Même système pour les dragons. Deux dans la première catégorie, soixante-neuf dans la seconde et trente-deux dans la troisième. Selon nos estimations dans le scénario d'une attaque comme celle que nous venons de subir, nous sommes bien en-dessous des pertes estimées mais cela reste quand même beaucoup trop. En tout, six-cent quatre-vingt huit vies ont été perdues et trois cent sept combattants sont blessés, à des degrés plus ou moins graves. Ce ne sont que les premiers chiffres, les médecins et soigneurs craignent que certains de leurs patients ne survivent pas à leurs blessures. Pour les dégâts matériels, vous devrez attendre demain, ce n'était pas vraiment notre priorité. Mais nous estimons que plus de la moitié du matériel est hors d'état et les réserves ont été entamées. Heureusement, nous avons des civils qui aident pour les réparations, cependant il est improbable que tout le matériel soit réparé d'ici à la prochaine attaque, peu importe quand elle arrivera. Les selliers et autres travaillent aussi vite qu'ils peuvent mais ils sont limités par le manque de matériaux et l'impossibilité de s'en procurer.

- C'est inquiétant, nous ne pouvons aller au combat sans protection, dit le général. Des solutions sont-elles à l'étude?

- Certaines, répond le colonel. Il a été proposé qu'on récupère tous les morceaux d'équipement tombés au sol lors des combats mais ça n'aidera pas beaucoup quand la plupart des morceaux sont endommagés au-delà de toute reconnaissance. Les faire fondre ou les démanteler pour s'en resservir est aussi une solution mais ça prend presque autant de temps que de fabriquer un équipement neuf et en meilleur état.

- Certes, mais au moins les matériaux sont déjà disponibles, objecte quelqu'un dans la salle.

- En effet, mais au vu des dégâts subis, ils ne sont plus bons à riens. Il faudrait faire fondre trois équipements complets pour en obtenir un d'une qualité passable. Je doute que nous souhaitions aller au combat avec une protection qui menace de se désagréger si on la regarde de travers.

- Il n'y a donc aucune solution viable? s'impatiente le général.

- Aucune qui permette d'assurer la survie de nos combattants, s'excuse le colonel.

- Pourquoi ne pas utiliser le fer de gronckle? chuchote Harold à Rand pendant que le général écoute diverses propositions supplémentaires.

- Parce que la roche donnée aux gronckles pour le produire n'est plus disponible dans la région, répond Rand. Nous avons tous les matériaux sauf cette roche.

- À quoi a-t-elle servi si elle n'est plus disponible?

- La capitale toute entière a été construite avec, dit le Guide tout bas pour ne pas gêner les discussions. Les plus vieux bâtiments en sont intégralement constitués.

- Dans ce cas, il suffit de la récupérer.

- Quoi?

- Avec tous les dégâts causés par les Sharkgrifs, la moitié des bâtiments de la ville est au sol ou en train de s'effondrer. Les anciens comme celui dans lequel nous sommes résistent bien mais même ce bâtiment est trop récent pour avoir été construit en utilisant la roche en question. Il nous suffit de trouver les bâtiments écroulés qui contiennent cette roche et de récupérer tous les morceaux possibles. Nous avons bien assez de gronckles pour faire le travail rapidement.

- C'est une bonne idée, approuve Rand. Je ne suis pas sûr de ce que ton père en pensera, il pourrait ne pas apprécier qu'on dépouille sa ville.

- Si c'est pour aider à la protection des réfugiés, il ne dira jamais non. Il sera même le premier à arracher les murs pour accéder à la roche.

Rand hoche la tête et se redresse puis s'éloigne pour aller parler à Mégane. Ils discutent rapidement avant que le Guide ne se retire pour retourner auprès de son apprenti.

- Général? s'enquiert Mégane. Une solution semble avoir émergée.

- Je vous écoute, présidente.

Mégane transmet l'idée d'Harold aux patrouilleurs. La solution est étudiée un moment jusqu'à ce que le général se tourne vers Stoïck.

- Qu'en pensez-vous, Chef Stoïck?

- Ça me fait mal au cœur de penser à ces vieux bâtiments qui vont être désossés mais c'est pour la bonne cause. Je suis prêt à me mettre au travail tout de suite.

- Merci pour votre offre mais il serait plus prudent de laisser les forgerons et les soigneurs s'occuper de trouver la roche et de l'examiner pour savoir si elle peut servir, contre Mégane. Après tout, les roches ont été utilisées avec d'autres matériaux afin de construire les bâtiments, il est préférable de ne pas en donner une qui soit polluée à un gronckle. Les effets pourraient être désastreux.

- Bien pensé, approuve le général. Colonel, veuillez prendre note que la solution proposée par la présidente du Conseil des Guides a été adoptée et sera mise en application le plus tôt possible. Veuillez également constituer une équipe d'experts pour extraire les roches. Trouvez aussi des architectes, ils pourraient aider à localiser les bons bâtiments.

- À vos ordres, dit le colonel.

- Parfait, sujet suivant. L'état de la ville est préoccupant. Il y a déjà eu plusieurs affrontements avec les Sharkgrifs et à chaque fois, de nouveaux dégâts ont été causés. Nous ne savons plus quels secteurs sont dévastés et lesquels sont encore relativement sûrs. Pour l'instant, il est interdit de s'aventurer au-delà des limites fixées par les patrouilleurs mais nous devrons bientôt avancer si nous voulons mettre fin une bonne fois pour toutes à la menace des Sharkgrifs. Afin de ne pas se retrouver bloqués lors de ces avances, il a été demandé qu'un vol de reconnaissance soit effectué pour évaluer les dégâts de la ville, ou au moins de notre côté. Le fils du Chef Stoïck a bien voulu assumer ce rôle et a pris des photos ainsi que des notes pour que nous puissions les examiner. J'ai son rapport sous la main mais je n'ai pas encore eu le temps de le lire, donc nous allons le découvrir ensemble.

- Comment va-t-on pouvoir examiner quoi que ce soit s'il n'y a qu'un seul exemplaire du rapport? demande quelqu'un.

- Le jeune homme a eu la bonne idée de sauvegarder son rapport sur une clé USB, répond le général. Nous avons la chance d'avoir un projecteur, il ne nous manque qu'un écran et tout le monde pourra voir les photos en même temps. D'autres questions stupides?

Le silence répond au général qui hoche la tête en direction de deux patrouilleurs. Ces derniers avancent sur un côté et fixent un drap blanc sur un mur. Un projecteur, relié à un ordinateur, est installé sur une étagère vidée de son contenu. L'ordinateur est posé sur une table et le patrouilleur qui s'en occupe fait signe à Harold de le rejoindre. Le jeune garçon prend ses béquilles et s'approche du patrouilleur qui tire une chaise près de lui pour Harold. Quand tout est installé, quelqu'un éteint les lumières et le projecteur est mis en route. Dès les premières photos, le léger brouhaha qui régnait dans la salle disparaît, laissant la place à un lourd silence.