BONUS 7

Médiation(s) par le jeu…

Bonjour à toutes et tous. Désolée pour le retard de "post", je n'ai pas pu le faire avant. Trop à faire et à penser... !

- Nami : oui, ta patience légendaire... la voilà recompensée (je l'espère en tout cas!) sans avoir besoin de menaces...

- Neko : lol je ne te crois pas, pour les 6 min ! Ce n'est pas possible que tu puisses lire aussi vite quoi moi qui connais le chapitre ;) mais ravie que cela t'ai plu... Alors, les artichauts ?! La suite est donc à découvrir !

- Mallau : ah ah ! ravie de t'avoir surprise ! Hum.. tu verras pour la "tenue du secret"...!

- chou05 : excuse moi pour la peur..!

- canardsac : j'aime bcp en bleu et c'est moins commun ! Désolée pour la frustration... quant au reste... wait and see !

- Loony : ah ah ah ! trop drôle ton "capotage" à toi ! désolée pour ce stress trop intense...! Ca y est, suite !

- Alexandra : oui je suis sadique, pardon... je suis méga heureuse que cela t'ai plu... ! Merci pour ce comm ! 4 lectures, et bah !

- readingaboutlove : et non, rien d'horrible... vous vous y attendiez trop, ca m'a donné l'idée d'être vraiment sadique avec vous !

- Nanoushka : et oui, on approche de la fin (de la faim, à l'instant présent d'ailleurs), et donc... on passe sur des rappels du passé, des caractères... Pauvre encéphalogramme, j'espère que tu te remettras... En tout cas j'ai ri en lisant ta review.

- Mayrine : re.. merci ! oui, malin le gamin ! Mais Candice l'est encore plus !

- CélineMm : gros oubli ? pas le temps avec la rentrée, ma pauvre, on est tous bien à l'arrache... je comprends, je cumule les tuiles et les tracasseries;) Tu as retrouvé ton rythme /débit/volume ventilatoire ?

- Stphanie : Merci pour ton commentaire ! Tu as découvert cette série en venant dans notre pays ? Tu es de quel coin ? Merci encore et.. voila la suite en question !

Voilà, je vous laisse lire et j'espère que ça vous plaira... désolée encore pour le décalage horaire. Et merci pour les reviews. J'attends de découvrir vos réactions, si vous avez le temps et la possibilité !

Bonne lecture...

K.


Il se réveilla avec cette impression incroyable de sérénité et de bonheur… En ouvrant les yeux, Antoine contempla le visage paisible et encore endormi de sa compagne. Ses boucles blondes s'étalaient en corolle sur l'oreiller bleu. Leurs corps étaient toujours blottis l'un contre l'autre, presque dans la même position que lorsqu'ils avaient sombré dans le sommeil, quelques heures plus tôt…

Dumas se sentait enfin « légitime ». Et heureux… Comblé… Leur relation avait franchi une nouvelle étape. Pour la première fois, ils avaient fait l'amour et le capitaine se demandait si leur plaisir avait été proportionnel au temps qu'il leur avait fallu pour s'avouer leurs sentiments et s'abandonner… Il effleura des lèvres l'épaule de sa compagne avant de se détacher doucement d'elle, veillant à ne surtout pas la réveiller. Après être passé aux toilettes, il revint dans la chambre, enfila silencieusement un boxer puis entreprit de ramasser les vêtements disséminés sur le sol. Il caressa délicatement la dentelle du soutien-gorge jade, soupirant de plaisir en se remémorant les quelques secondes durant lesquelles Candice l'avait arboré … Puis il plia les différentes pièces de tissus sur le dossier d'une chaise et, mû par une soudaine inspiration, attrapa sur une étagère le bloc de feuilles et sa trousse à dessin. Il avait besoin de poser sur le papier les images qui hantaient son esprit et brûlaient ses rétines… S'installant à la table basse, un rayon de soleil printanier illuminant sa zone de travail, il laissa son crayon courir, tracer des courbes tant désirées, des lignes tentatrices, des rondeurs gourmandes, ombrer amoureusement la silhouette qui apparaissait…

Près d'une heure plus tard, alors que sa folie créatrice s'apaisait enfin, le doux crissement des draps se fit entendre. Antoine délaissa ses crayons et retourna la feuille pour rejoindra sa compagne sous la couette. Il avait envie que, comme lui, elle se réveille confortablement lovée contre la personne tant aimée, celle avec qui on venait de partager une nuit d'amour…

Ses yeux bleus, superbes, s'ouvrirent encore bouffis de sommeil… puis se posèrent sur lui et s'illuminèrent. Il caressa tendrement son visage, laissant ses doigts se perdre dans les boucles blondes. Sans un mot… A quoi bon… ? Candice vint se blottir davantage entre ses bras, sa main douce glissait sur son flanc. Il perçut le grognement désapprobateur lorsqu'elle pinça l'élastique de son boxer.

- Je me suis levé quelques minutes, tout à l'heure, expliqua-t-il dans un murmure. Tu as bien dormi ?

- Hum…

Visiblement, cela signifiait « oui »…

- Je te prépare un thé ?

Renoir acquiesça, son nez venant frôler son torse… Antoine se leva donc, déposant un léger baiser sur la tempe de sa maîtresse, pas encore totalement éveillée. Quelques minutes plus tard, il revenait dans la chambre. Sa compagne était debout, au pied du lit, la couette enroulée autour de son corps. Il vit son regard se poser sur les vêtements pliés, puis sur le crayon et la feuille, laissés là…

- Tu as dessiné… ?

Il hésita à lui répondre puis franchit les deux mètres qui les séparaient, l'enlaça et souffla un bref « oui » au creux de son oreille. Les doigts de Candice étaient posés sur le papier, attendant son accord…

- Tu peux regarder… Si tu veux…

Le léger bruissement d'une page que l'on retourne, le rose de ses joues tandis qu'elle découvrait les lignes… La vision qu'il avait eue d'elle lorsqu'elle l'avait chevauché, pendant la nuit, ondulant sur lui, la tête rejetée en arrière…

- De mémoire… Murmura-t-il.

- Et tu as besoin de te rafraîchir la mémoire, l'interrogea la blonde, mutine.

- Je crois, valida Antoine fiévreusement.

La couette glissa sur le sol tandis qu'ils reculaient vers le lit…

Il posait la boite à thé sur la table quand sa compagne franchit le seuil de la cuisine, vêtue de la chemise qu'il portait la veille et, il le devina, son shorty de dentelle verte… Durant leurs ébats, le café avait eu le temps de refroidir… ainsi que l'eau, dans la bouilloire. Candice était donc partie prendre une rapide douche, le temps qu'il prépare le petit déjeuner.

Il l'accueillit d'une tendre étreinte, glissant les doigts avec délice dans ses boucles et s'enivrant de sa peau. Antoine réalisa soudain qu'elle avait son odeur habituelle. Pas de produit à douche… Les cheveux secs… sûrement pour éviter d'être « démasquée » par ses enfants… Elle n'allait pas tarder à rentrer chez elle…

Une heure plus tard, ils se glissaient dans le terrain du pavillon Renoir, chuchotant comme des enfants qui faisaient une bêtise. Ils longèrent la maison, s'arrêtant un bref instant devant une jardinière pleine d'aromates. Candice la souleva et prit la clé plate qui se trouvait cachée là et l'utilisa pour déverrouiller la baie vitrée de sa chambre. Elle était là, lumineuse, sur le pas de sa porte, se mordillant la lèvre… Elle hésitait… Me faire rentrer ou me laisser repartir… ?! Rester ne serait pas raisonnable, du moins… pas pour l'instant. Il serait malvenu que ses enfants découvrent leur relation en les trouvant enlacés dans le lit maternel. Ce genre de situation serait aussi inconfortable que générateur de tensions. Leur couple n'avait pas besoin de cela. Antoine trancha donc le problème en embrassant sa dulcinée :

- Si tu veux que je passe plus tard… pour une balade en Ferrari… avant de la rendre… !

A son sourire éclatant, la réponse ne faisait aucun doute… Après un dernier baiser, il s'éloigna à regret. Au moins, ils pourraient partager un moment ensemble, dans l'après-midi…

Le mardi soir, il arriva avant les autres. Oh, il n'avait aucun mérite, il était venu presque directement, à peine un crochet au super marché pour acheter de la bière ainsi que de quoi préparer des mojitos. Il avait hâte de retrouver sa douce maîtresse… La journée ne leur avait guère permis d'être proches. Trois jours sans elle… Il était bien revenu, comme prévu, le samedi mais le dimanche… ils n'étaient parvenus à se ménager un moment. Laurent avait débarqué et toute la famille Renoir avait passé la journée au zoo de Lunaret. Les sms avaient adouci cette absence. Sa charmante supérieure l'avait encore remercié pour leurs escapades en bolide… Et puis lundi et mardi, le temps était passé trop vite, ils avaient été accaparés par leur travail. Mais l'enquête sur la disparition du petit Legavre était bouclée. Le gamin était envieux que sa sœur parte à Paris, ait son appartement, son indépendance… Lui voulait partir en vacances, rouler carrosse, en quelques sortes… Bercé de séries policières et de romans, il avait imaginé son kidnapping. Tout ça pour demander une rançon de 3 000 €… Ses parents avaient été aussi heureux que sidérés. Choqués… Ils n'avaient pas souhaité porter plainte mais l'ado partait en comparution immédiate auprès d'un juge pour enfants. La mère leur avait rendu visite, le jour-même, venant les remercier pour leur efficacité et leur « délicatesse ». En passant devant le bureau de sa compagne, il avait saisi des bribes de la conversation : Sophie Legavre racontait avoir proposé à son fils de travailler dans sa société de services, dès qu'il aurait ses 16 ans. L'adolescent toucherait ainsi un petit salaire et, surtout, comprendrait ainsi mieux la valeur de l'argent, la difficulté à le gagner… Grâce à son petit pécule, il pourrait, s'il le souhaitait, s'offrir des vacances à hauteur de ses moyens… Cette famille avait désormais besoin de retrouver ses marques, reprendre confiance…

Juste avant de frapper à la porte, de faire à nouveau semblant de n'être « que de simples collègues », il souffla profondément, se remémorant ce samedi après-midi…

Il était presque 16heures quand il l'avait retrouvée…

A peine avait-il eu le temps d'arrêter la voiture que, déjà, Candice apparaissait au portail… Antoine lui laissa la place, derrière le volant. Ils quittèrent sagement ce quartier résidentiel et le capitaine en profita pour recouvrir de sa main celle, plus petite, de sa compagne, positionnée sur le levier de vitesse. Ils parcoururent ainsi quelques paisibles kilomètres avant de s'immobiliser à un feu rouge, à la sortie de l'agglomération. La blonde entrecroisa leurs doigts, les amenant vers elle, sur sa cuisse. Ils étaient bien, ainsi… Elle ne se détacha de lui que pour redémarrer mais Dumas ne bougea pas d'un iota. Les yeux fermés, profitant de la chaleur du soleil, il sentait sous sa paume le fin tissu qui glissait sur son corps. Et les souvenirs de la nuit passée remontaient… Leurs caresses… sa peau brûlante… les soupirs…

Puis Candice s'était jouée de la puissance de la Ferrari, s'accordant quelques accélérations fulgurantes, frôlant les 180 km, sans mal… Comme la veille… La vitesse la grisait, l'électrisait, et il le comprenait totalement. C'était aussi enivrant que sur sa cylindrée… Une partie de plaisir… jouissif… Mais elle était prudente. Les pointes étaient brèves, toujours en ligne droite… et quand ils étaient seuls sur la route.

Ils finirent par s'immobiliser au bord d'une plage déserte sur laquelle ils marchèrent, pieds nus, main dans la main. Silencieux… Antoine savourait l'instant : le léger vent, porteur des parfums de la garrigue et de la mer, la Méditerranée et son discret clapot, le sable tiédi par le soleil printanier, crissant sous leur pas et leurs doigts entremêlés, leurs corps qui s'aimantaient, la peau à la fois douce et chaude de sa compagne… Le couple déambula, seul, profitant de la quiétude des lieux. Après un certain temps, sans qu'il ne s'en aperçoive, ils commencèrent à parler… Bavardant indifféremment de cette page et de la nuit passée, de leur travail, de ces sentiments qui avaient grandi entre eux, des années durant et qui désormais s'épanouissaient, des enfants de Candice ou du nouvel aménagement de la chambre du capitaine… Ce dernier fut rassuré qu'ils partagent le même avis : il n'était pas question de faire une annonce… ni de se montrer en public pour l'instant. Leur histoire avait été trop chaotique, trop malmenée… Ils pouvaient en profiter simplement. Après tout, leur relation était très récente. Peut-être à cause du passé, Dumas craignait que tout disparaisse, brutalement. Comme s'il s'agissait d'une chimère, comme si le moindre élément perturbateur pouvait briser l'alchimie entre eux… Une impression de fragilité et de vulnérabilité.

Finalement, ils s'installèrent à même le sable, Candice blottie entre ses bras. Le policier avait cette étrange impression que le monde tournait enfin rond. Que tout était en ordre et que lui était là où il devait se trouver. A sa place…

Sa séduisante supérieure ouvrit la porte, rayonnante et il en profita pour lui voler un baiser. La soirée risquait fort de ne pas leur laisser une grande intimité… Après avoir salué la tribu Renoir, Antoine mit au frigo les bières, softs et, en compagnie de Jules, entreprit de préparer un pichet de mojito. L'adolescent s'absenta quelques minutes, le temps d'aller chercher de la menthe pouliot dans une des jardinières puis ils se mirent au travail. Chrystelle et Meddhi ne tardèrent pas, entrant dans la maison les bras chargés… Emma vint à leur rescousse, déclarant avec un petit clin d'œil :

- Je crois qu'on ne va pas mourir de faim !

Ecarlate, le jeune brigadier expliqua, penaud, qu'il avait rendu visite à sa maman, annonçant inconsidérément cette soirée… La charmante femme avait insisté pour qu'il reparte avec une quantité impressionnante de pâtisseries orientales, réalisées l'après-midi-même… Les quatre policiers dînèrent avec les enfants de Candice, bavardant gaiment, jusqu'à ce que la conversation prenne un tournant particulier :

- Hey ! S'exclama soudain Emma. Je viens de retrouver « Elixir », ça vous dit, une partie ?!

- Le truc des sorcières ? S'étonna Jules.

- Ca fait une éternité qu'on n'y a pas joué, je ne sais même plus les règles…

Candice paraissait si sincère… qu'Antoine failli éclater de rire. Elle pourrait être comédienne, pensa-t-il, amusé.

- Un jeu de sorcières ? Ca ne me tente pas trop, marmonna Chrystelle.

- Les sorcières, c'est juste un prétexte, expliqua la jeune fille. En gros, on a des cartes de « sorts » et des « ingrédients ». Dès qu'on a ce qu'il faut pour un sort, on le lance sur un des joueurs ! Du genre parler en rimes, se taire pendant un moment, aller faire le café… !

- Ca peut être sympa… On tente une partie ? Rebondit Dumas.

A son grand soulagement, ses collègues acquiescèrent. Le stratagème de la blonde fonctionnait parfaitement… Restait à voir si elle parviendrait à mener son plan jusqu'au bout… ! L'heure qui suivit fut dense de terribles fou-rires, d'instants de gêne, de légers flottements, de clins d'yeux complices, de déclarations dithyrambiques et de poèmes hésitants… Assis côte à côte, Antoine et Candice étaient parvenus à voler, en toute discrétion, quelques caresses ou frôlements.

Le capitaine se leva pour aller préparer « la commande », et obéir ainsi à la tâche imposée par Chrystelle. La brunette s'était lâchement vengée de son propre sort qui, il fallait l'avouer, s'était avéré particulièrement pervers pour une grande impatiente comme la lieutenant ! Cela leur avait d'ailleurs valu de beaux éclats de rire tandis qu'elle grommelait…

Les jumeaux le suivaient afin de lui montrer où se trouvait ce dont il pouvait avoir besoin. Pendant qu'il préparait la cafetière, les deux pré-ado s'accoudèrent face à lui. Silencieux. Trop calmes, se dit le policier avec un soupçon de méfiance. Ce fut Léo qui attaqua :

- Tu sors avec Maman ?

- C'est avec toi qu'elle était vendredi ? Continua le second.

- Je… quoi ?! Bredouilla-t-il après quelques secondes de sidération.

- On a vu comment elle t'a mis la main sur le genou… reprit Martin.

- … Et comment elle s'appuyait sur toi… Elle ne faisait pas ça avec Meddhi !

- Meddhi était sur l'autre canapé, elle ne risquait pas, trancha la voix de Jules, qu'Antoine n'avait pas vu arriver.

- Oui mais…

Léo n'eut pas le temps de continuer sa phrase qu'il se faisait interrompre.

- Mais rien du tout, fit Jules, usant de son autorité de « grand frère ». Vous délirez… Et c'est pas comme ça que vous allez l'aider, le café va être dégueu…

- Maman commence à se demander pourquoi rien ne vient, déclara Emma en entrant à son tour dans la cuisine.

Il était seul avec les quatre enfants de sa compagne et ne se sentait pas vraiment à l'aise dans ce contexte… Les plus jeunes ne le quittaient pas des yeux, semblant attendre une réponse, coûte que coûte…

- Allez, vous deux, dehors !

Le cadet chassa les jumeaux qui protestèrent faiblement avant de regagner la salle à manger. La fille de Candice pinça les lèvres, se dirigeant nonchalamment vers le réfrigérateur pour en sortir des bouteilles. Son frère remplissait la bouilloire et sortit boites et boules à thé.

- Pas du tout insistants, tes frères, tenta d'ironiser Antoine qui se sentait encore secoué par le traquenard des garçons.

- Ils sont chiants… mais pas idiots, répondit l'ado en lui faisant face.

Il recula d'un pas, se plaçant dans l'embrasure de la porte, comme pour l'empêcher de quitter cette pièce… Le vaudeville n'est pas finit, se dit le capitaine avec une soudaine sueur froide. Il n'y a plus personne pour détourner la conversation, si elle vient à nouveau sur le sujet que je crains…

- Tu l'aimes ?

- Pardon ? S'étrangla le capitaine, dont le cœur venait de rater un battement.

Ses craintes se confirmaient… Et Emma demeurait muette, tirant les bouteilles hors du frigo et faisant tinter les glaçons dans le bol.

- Maman… Tu l'aimes ? Insista le lycéen.

- …

Derrière l'adolescent, un mouvement capta son attention. Candice s'était appuyée au dossier du canapé et les regardait. Elle semblait soucieuse… Une ride était apparue entre ses sourcils froncés et ses yeux paraissaient plus sombres… inquiets… Sans doute avait-elle vu revenir Léo et Martin et, remarquant que Jules restait dans l'encadrement de la porte, elle se doutait d'un traquenard… Elle l'avait prévenu, sur la plage, le samedi précédent. « Mes enfants vont s'en apercevoir… Aussi discrets que l'on puisse être, ils le verront… ». En effet, songea Dumas. Ils étaient aussi observateurs et machiavéliques que leur mère, quand il s'agissait de mener à bien un projet. Ou extorquer des informations… Sa compagne ne le quittait pas des yeux et il la devinait prête à se lever. Etrangement, cela le soulagea et leva ses ultimes appréhensions. D'un sourire, il la rassura, heureux de voir le front pâle se détendre immédiatement tandis que ses prunelles azuréennes s'illuminaient.

- Oui… souffla-t-il avant d'affronter le regard de l'ado. Oui, je l'aime.

- C'est avec toi qu'elle était, vendredi, demanda Jules, reprenant les mots des jumeaux.

- Oui.

Emma ne pipait toujours pas et cela dût alerter son frère. Ce n'était pas normal… !

- Et toi, tu savais… Et tu ne m'as rien dit.

- Maman est libre et puis elle a le droit d'être heureuse ! Lâcha la brunette avec un hausseent d'épaules, tout en ajoutant une cuillère dans le bol à glaçons.

- Putain, c'était ça, la discussion que j'ai surprise, l'autre soir… C'était pas Fabio !

Le cadet des Renoir semblait se souvenir de quelque chose… Sa sœur se mordit les lèvres puis lui sourit innocemment, dans une parfaite réplique de la mimique de sa mère, avant de partir avec le plateau chargé. Antoine n'avait rien compris à leur petit échange… Quelque chose lui échappait… Il va falloir que je demande à Candice ce que c'est que cette histoire. Jules lui faisait à nouveau face, un peu perplexe… blasé, aussi… Le policier était amusé et attendri par sa mine déconfite, pareille à celle d'un enfant qui découvrirait un nounours inconnu en lieu et place de son habituel doudou… !

- Telle mère, telle fille, murmura-t-il avec un clin d'œil.

- A qui l'dis-tu, marmonna le jeune homme en secouant la tête.

- … Ecoutes, Jules… Ce n'est pas contre toi… Ni contre vous… mais c'est récent, entre ta mère et moi et… on préférait attendre un peu… pour le dire…

- Je comprends… Mais vous doutiez bien qu'on allait s'en rendre compte, quand même !

- Oui… Enfin… ta mère en était certaine…

Ils échangèrent un regard amical. Complices…

- Bon, j'ai intérêt à y aller, parce que Chrystelle va me reprocher de m'être fait aider… !

L'adolescent sortit du placard un second plateau qu'ils chargèrent ensemble. A peine le policier arrivait-il dans la salle à manger que la voix de sa collègue, goguenarde, se faisait entendre :

- T'abuse, Antoine, franchement ! C'est Emma et Jules qui ont tout fait !

- Hey ! Ce n'est pas de ma faute, ils ont insisté pour m'aider… Protesta le capitaine, mentant éhontément.

- Tu t'en tires bien… Grommela la brunette.

- J'amène les boissons… pas toutes, mais je respecte ta demande… Que veux-tu de plus ? Quand même pas que je reste faire la vaisselle… ?!

- Ah, si, justement ! Excellente idée !

Il soupira, feignant d'être ennuyé alors qu'en réalité, il était ravi… Sa ruse avait fonctionné à merveille et, sans le savoir, la lieutenant lui fournissait une excuse pour prolonger la soirée… ! Il surprit un regard bleu posé sur lui. Pétillant. Amusé… La femme qu'il aimait lisait en lui comme dans un livre ouvert. Il n'eut que le temps de poser, enfin, le plateau que, déjà, il se faisait alpaguer :

- Allez, Antoine, on t'attend ! S'impatientait Léo, devant la télévision.

Les jumeaux étaient armés de leurs manettes de jeu… Candice s'était une nouvelle fois révélée être un fin stratège. En mettant sa fille dans la confidence, la policière s'était assuré d'un soutient aussi habile que discret. En effet, l'aînée des Renoir était parvenue à influencer les benjamins de la famille, les incitant à défier le capitaine sur une partie de Call of Duty, avant que Meddhi ne se trouve pris au jeu. L'idée avait été murie avec Antharn, le psychologue qui suivait le brigadier. L'homme leur avait développé toute une explication sur les Thérapies Cognitivo-il ne savait plus quoi. En résumé, le but était d'exposer graduellement leur collègue à sa « phobie » : les armes à feu et… le stress des opérations policières. Il voyait désormais quotidiennement leur arsenal de travail et avait participé à la mission de « récupération » de Julien Legavre… Il était donc temps de passer à la seconde étape : le faire utiliser un révolver, être confronté au bruit, le tout dans un milieu protégé, sécurisant, convivial… Et ceci, sans pression. Lors de leur discussion avec le psychologue, ils avaient prévu que seul Antoine serait concerné par le « sort », afin de ne pas trop angoisser le brigadier… Puis de créer des petits duels afin de déterminer qui, des policiers ou des enfants, avait le meilleur niveau de tir…

- Ouais, on t'attend… Souffla Badou d'une voix tendue.

- Tu y as déjà joué ? Demanda Dumas.

- Jamais…

- On va se faire une partie de découverte, si tu veux, dès que j'aurais mis la pâtée aux garçons…

- Ohhhh ! C'est nous qui allons t'éclater ! Protesta Martin avec véhémence.

- Les mecs… ! Soupira Emma, lasse…

Dumas affronta donc les jumeaux, puis enchaina avec une mission « découverte de Call of Duty ». Meddhi, Jules et lui-même passaient en revue les différents modes, l'équipement, l'environnement du jeu… Petit à petit, son collègue se détendit. Ses articulations, initialement blanchies tant il serrait la manette, reprirent progressivement des couleurs. Ses épaules se décrispèrent et, bientôt, il se remit à sourire… Les petits groupes se succédèrent à la console, le brigadier y retournant à plusieurs reprises, avec un intérêt et une motivation croissants, allant jusqu'à provoquer Chrystelle en duel… Il semblait y prendre du plaisir et avait cessé de sursauter au bruit des déflagrations.

La soirée touchait à sa fin et il était temps de se séparer. Comme les autres, Antoine se leva, remercia chastement son hôte, échangea encore quelques mots avec les enfants et suivit ses collègues. Il croisait les doigts mentalement… Au moment de passer la porte, Chrystelle fit volte-face :

- Hey ! Tu fais quoi, là ?!

- Euh… comme toi… je rentre chez moi…

- Tu as oublié la corvée de vaisselle ?!

Da Sylva rayonnait de malice, ravie de taquiner son capitaine et de lui rappeler sa « corvée »… Et ce dernier était enchanté : ses prières avaient été exaucées… ! Avec un soupir exagéré, il fit demi-tour et posa son sac dans l'entrée. Quelques minutes plus tard, la nichée Renoir avait disparu dans la cuisine et Candice venait se glisser entre ses bras.

- Ca s'est bien passé, soupira-t-elle à son oreille.

- Oui… Mais tu avais raison…

- Toujours, ironisa-t-elle en l'embrassant dans le cou. Pourquoi, cette fois ?!

- Tes enfants ont compris… Murmura Dumas. Enfin, les jumeaux ont de gros doutes…

La blonde posa le front sur son épaule et il en profita pour resserrer son étreinte autour d'elle. Il n'eut pas le temps de songer qu'ils avaient toutes les chances du monde d'être surpris qu'une voix juvénile s'esclaffa :

- Ah ! Je le savais !

- De même, fit son Léo en réponse. Tope-là !

Les deux garçons, victorieux, se frappèrent dans la main, avant de faire face aux adultes. Jules et Emma apparurent derrière les jumeaux. Antoine les devinait curieux de savoir comment ils allaient bien pouvoir se tirer de ce pétrin…

- Donc on avait raison, reprit Martin. On avait bien vu, ce soir…

- Tu es amoureux de Maman… Continua le second.

- Et je suis aussi amoureuse de lui, répliqua sa compagne en éclatant de rire.

- C'est mieux comme ça, souffla le cadet, sans que le policier ne parvienne à déterminer s'il parlait de la réciprocité de leurs sentiments ou du fait que, désormais, toute la fratrie était informée de leur relation.

Les enfants s'étaient renfrognés, un brin piqués par la taquinerie de leur mère, puis, poussés par leur frère, repartirent dans la cuisine. Quelques chuchotements leur parvenaient, étouffés… Emma, elle, demeurait immobile, appuyée sur le chambranle de la porte, un demi-sourire aux lèvres.

- C'est plutôt bien passé, non ? Leur fit-elle discrètement.

Les tourtereaux échangèrent un regard avant de hocher la tête. Oui, la tribu Renoir semblait accepter leur idylle… Cette dernière n'était plus un secret. Sauf pour leurs collègues. Et ma famille, mais ça… ça risque bien de le rester encore un moment, pour eux !

La jeune fille avait quitté son poste afin de rejoindre les garçons, laissant un peu d'intimité au couple. Entre ses bras, Candice paraissait détendue, sereine… Apaisée.

- Tu sais que si je ne vais pas rapidement aider pour la vaisselle, ils sont capables de le répéter à Chrystelle… ?!

Il écopa d'une petite tape sur l'épaule, immédiatement suivie d'un baiser qu'il l'empêcha de protester…

Elle rangeait le dernier plat, se hissant sur la pointe des pieds. Ils étaient seuls et le capitaine comptait bien en profiter. A pas de loup, il s'approcha de sa compagne et l'enlaça, croisant les bras autour d'elle. Pressé contre son dos, les mains sur ses hanches, il l'embrassait sur l'épaule. La fatigue commençait à se faire sentir et le calme revenu dans la maison invitait à la tendresse. Sans compter que la distance que ces derniers jours avait imposés lui pesait trop… Ses yeux se fermaient alors qu'il resserrait tendrement son étreinte. Il sentit les doigts de Candice glisser sur sa nuque et remonter vers ses cheveux courts dans une douce caresse… Le temps semblait s'être suspendu… Avec un soupir d'envie, toute lassitude disparue, il se fit plus insistant, déposant une chaine de baisers le long de son cou.

- Antoine…

- Mon amour… ? Répondit-il distraitement, trop intéressé par les sensations de sa paume qui venait d'entamer l'ascension du flan de sa maitresse.

- Je crains qu'il n'y ait des yeux indiscrets…

Il s'interrompit, perplexe. Entre ses bras, le corps pivota pour lui faire face et le visage candide s'inclina afin de regarder dans la salle à manger.

- B'nuit… Entendit-il.

La petite voix juvénile fut immédiatement suivie d'un bruit de pas dans l'escalier.

- Léo était redescendu…

- Comment tu l'as deviné ?!

- C'était évident… Tu veux rester, ce soir ?

Il en mourrait d'envie… Mais ce n'était peut-être pas la meilleure idée. Les enfants de Candice venaient d'apprendre leur relation, il lui semblait un peu prématuré de leur « imposer » si rapidement sa présence… Il était certainement préférable de les laisser s'habituer à voir leur mère avec un autre homme avant de le voir quitter la chambre du rez-de-chaussée et partager leur petit déjeuner… !

- Ok, souffla la commandant. Et pour Meddhi… ça s'est bien passé, tu ne trouves pas ?

- Si… Antharn a eu une bonne idée… On continue comme prévu ?

- Oui. J'appelle le psy demain, et on fera le point… Il me dira si c'est bon pour la suite, la semaine prochaine… Ou plus tard…