Les mains au fond de mes poches, je lève le nez en direction de l'immeuble de ma danseuse. Je sais que passer à l'improviste n'est pas forcément la meilleure de mes idées, mais j'ai réellement besoin de voir Lightning. Nous n'avons pas parlé posément ou sérieusement depuis Oerba, et la soirée du nouvel an, riche en rebondissements ne m'a pas forcément aidée à faire le point. Au contraire, je me sens plus confuse encore qu'avant quant à notre relation. Et je n'aime pas être confuse. J'ai donc l'intention de confronter la blonde pour enfin mettre les choses au clair.

Qu'attend-t-elle de moi ?

Car c'est la toute la question n'est-ce-pas ? Il faut que je sache ce qu'elle veut pour être capable de lui donner. Au fond, je ne sais même pas ce qui me fait le plus peur. Qu'elle me rejette ou qu'elle m'accepte ? Parce que honnêtement, j'ai peut-être un peu plus d'expérience que Lightning dans les relations entre femmes, mais en ce qui concerne les couples à proprement parler ... Comment avouer que je n'ai jamais réussi à m'engager sur plus de trois mois avec la même personne ?

Mes yeux cherchent machinalement la fenêtre de l'appartement de Lightning, mais je m'aperçois vite que je suis incapable de le trouver dans la multitude de vitres. Elles se ressemblent toutes. Je suis pitoyable quand on y pense. Je passe des semaines à me rapprocher de cette femme, je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour gagner son affection et son attention et quand enfin je suis sur le point d'arriver à mes fins, je deviens aussi hésitante qu'une gamine. Et peut-être que c'est ce que je suis d'ailleurs. Une gamine capricieuse qui veut absolument quelque chose, mais qui, lorsqu'elle l'obtient, n'y prête plus d'intérêt. Parce que c'est précisément l'une des choses qui me font peur. La vérité c'est que je ne saurai pas quoi faire si elle me retournait réellement mes sentiments. J'ai toujours aimé jouer et séduire, mais quand il s'agit de mettre les choses à plat et de devenir un peu plus sérieuse, je suis toujours la première à fuir. C'est assez ironique quand on sait que c'est moi qui cherche à mettre des mots sur notre relation aujourd'hui d'ailleurs. Ce n'est pas ma faute : je n'aime pas les couples.

Vanille m'a d'ailleurs longuement fait la leçon à ce propos. Avec sa psychanalyse tout droit tirée d'un magazine féminin en vogue, elle prétend que je ne veux aucun attachement sentimental. Je m'étais contentée de hausser les épaules sous ses accusations à l'époque. C'est vrai non ? Où est le mal à batifoler ? Un couple, c'est chiant, c'est mielleux, ça se sépare, ça se dispute, ça a des responsabilités ... non sérieusement, quel intérêt ?

Je secoue doucement la tête, repoussant ses idées. Je ne pense plus de cette manière. Ma danseuse est différente des autres. Je suis déjà attachée à elle, bien plus profondément que ce que je le soupçonnais au début. Elle est bien loin la Fang qui ne faisait que désirer Lightning. Oh bien sur, ce désir est toujours présent, mais aujourd'hui il ne représente plus qu'une infime partie de tout ce que je ressens pour elle.

Et c'est pour ça que je suis au pied de son appartement. Pour lui dire à quel point elle compte.

Je crois que c'est la chose la plus terrifiante que j'ai jamais faite.

Même le jour où j'ai avoué mon attirance pour les femmes à mes parents j'étais moins stressée. On pourrait croire qu'avec les parents compréhensifs que j'ai, cette étape n'a été qu'une formalité et c'est vrai qu'avec le recul, c'était du gâteau, mais ça ne m'a pas empêcher de me ronger les sangs pendant trois nuits avant de me décider. J'ai un petit sourire en me rappelant la tête qu'a fait ma mère ce jour-là. Ma déclaration n'a rien changé de leur amour pour moi, bien sur, mais ça ne les a pas empêchés d'avoir un choc.

Je suis en revanche beaucoup moi certaine de la réaction de ma danseuse devant mes aveux.

De toutes façons, ça ne sert à rien de se torturer le cerveau comme je suis en train de le faire. Je peux imaginer tous les scénarios du monde, ça sera toujours insuffisant pour prévoir les pensées et les actions de Lightning. Autant en finir une bonne fois pour toutes.

Un peu plus confiante, je longe les entrées de l'immeuble pour aller au numéro 47, l'allée de ma belle. Je souris en constatant que la porte n'est toujours pas réparée. On peut dire que ça m'arrange bien, sonner aurait brisé tout mon effet de surprise. Je pénètre dans le hall et jette un oeil à toutes les boites aux lettres à moitié arrachées du mur. Lightning m'a dit une fois que la leur est l'une des rares à ne pas avoir subit le même sort. Je hausse les épaules me dirige vers les escaliers que je grimpe en préparant et répétant mentalement le discours que je veux tenir à la blonde.

Bien vite cependant, le bruit de mes pas n'est plus la seule chose que j'entends.

Je ralentis mon allure en entendant les éclats de voix se faire de plus en plus forts et je fronce les sourcils. Ce sont des sonorités indéniablement féminines. Un crêpage de chignon entre ménagères peut-être ? Je continue mon avancée et plus je monte, plus les voix sont distinctes, jusqu'à ce que je reconnaisse clairement celle de Lightning. Je sens mon coeur faire un bond dans ma poitrine tandis que l'inquiétude s'empare de moi, occultant le reste de mes pensées. Je grimpe encore quelques marches et m'arrête. Peut-être que je ne devrais pas continuer. Ma danseuse n'aime pas que je mette le nez dans ses affaires, j'en ai eu la preuve à maintes reprises. Je n'arrive pas à comprendre le sens des paroles qui s'échangent avec l'écho qui rebondit sur les murs de la cage d'escalier, mais je perçois en revanche nettement le ton plein de colère de Lightning.

Abandonnant ma raison, je me remets en marche. Je n'ai pas entendu de seconde voix, mais à moins que la jeune femme ne parle toute seule, elle doit bien se disputer avec quelqu'un. Je veux être sure que tout va bien.

J'aurais largement préféré voir Lightning en plein conflit de voisinage avec une grand-mère remontée. Au lieu de ça, ce que je vois lorsque j'atteins enfin le couloir de l'appartement de la danseuse me serre le coeur. Lightning et Serah. Je crois ne jamais les avoir vu aussi en colère. Encore moins l'une contre l'autre.

Maintenant que je suis à la même hauteur qu'elles, j'entends enfin ce qui se dit. Je préférerais que ce ne soit pas le cas, car je me sens subitement comme une voyeuse.

- Serah, nous ne devrions même pas avoir cette discussion !

Lightning prend quelques pas, certainement pour faire passer son énervement qui transparaît dans chacun de ses gestes, mais ça n'a pas l'air de fonctionner. Elle passe nerveusement une main dans ses cheveux, et je me demande pourquoi est-ce qu'elles sont dans le couloir au lieu de se disputer dans leur appartement. Pas que ce soit mieux hein, c'est juste que ma danseuse n'est pas du genre à étaler sa vie en public d'habitude.

- Je dis juste que nous devrions au moins l'écouter !

Serah me tourne le dos, je ne peux donc pas voir son visage, mais sa voix tremblante et suppliante me convainc qu'elle est sur le point de pleurer, si ce n'est pas déjà le cas.

- Ecouter ? Ecouter quoi exactement ? Je me fiche de ses explications ou de ses excuses !

Je ne sais pas de quoi il retourne, mais ça doit être quelque chose de sensible pour les mettre dans cet état. Je ne devrais pas être là à entendre tout ça. Une partie de moi pourtant m'empêche de partir. La cadette Farron serre les poings dans un mouvement compulsif, comme pour se contenir.

- Je ne m'en fiche pas ! Lightning nous ne-

- ça suffit Serah !

La danseuse appuie une main contre le mur et baisse la tête vers sol. Elle couvre ses yeux de son bras et soudain, sa voix perd sa nuance de colère pour devenir aussi froide et tranchante que l'acier.

- Le sujet est clos.

La phrase jette un silence et Serah ne bouge pas pendant quelques secondes avant de se retourner violemment et de partir en courant. Elle ne me prête aucune attention, et, avec ses yeux embués de larmes, je ne suis même pas sure qu'elle me voit lorsqu'elle passe à côté de moi. J'ai la tentation de la retenir au passage mais ne réagis pas assez vite pour l'intercepter. Je la suis donc du regard tandis qu'elle dévale les escaliers que je viens de monter. J'hésite un moment à la poursuivre. La voir si triste me fait quelque chose, elle ressemble tellement à Vanille que je me sens l'envie de la protéger et de la réconforter elle aussi. Mais je pense qu'elle trouvera vite des bras pour s'occuper d'elle. Ce qui n'est pas le cas de Lightning.

Je repose lentement mon regard sur la danseuse. Elle a toujours la même position et je suis presque sure qu'elle ne m'a pas vue. Ma tête me crie de faire demi-tour, de revenir plus tard lorsqu'elle ira mieux et qu'elle ne risquera pas de m'utiliser pas comme moyen pour passer sa colère. Mon coeur, lui, m'incite à aller la voir et à la prendre dans mes bras. Je reste figée une seconde, incapable de prendre une décision, puis je fais un pas en avant.

Le bruit de mes chaussures sur le sol brise le silence qui s'est installée lorsque Serah est partie, et la danseuse relève la tête. Lorsqu'elle me voit, c'est à son tour de s'immobiliser. Nous nous jaugeons mutuellement, moi essayant de deviner comment elle va réagir à ma présence, elle, probablement en se demandant ce que j'ai bien pu entendre.

- Fang.

Énoncer mon prénom semble lui permettre de réaliser que je suis là, et elle se redresse complètement. Des tas d'émotions défilent sur son visage. Je ne les reconnais pas toutes, mais je distingue de la colère et de la lassitude, avant qu'elle n'éclate de rire. Je fronce les sourcils. ça y est, elle est devenue folle.

- Comment se fait-il que tu sois toujours là quand les choses dérapent ?

Sa question à l'air plus rhétorique qu'autre chose et je pose une main sur ma hanche. Je n'arrive pas à déterminer si elle est sérieuse ou non. Elle ne va quand même pas oser affirmer que cette petite scène entre sa soeur et elle est de ma faute tout de même ? Heureusement, ça ne semble pas être le cas, car elle n'ajoute rien, se contentant de reculer et d'ouvrir la porte de son appartement.

- Entre, chuchote-t-elle.

J'obéis en silence, scrutant son visage lorsque j'arrive à sa hauteur, à la recherche d'un indice sur le comportement à suivre. Le fait qu'elle n'ai pas commencé à crier pourrait être encourageant s'il n'était pas aussi inquiétant.

Elle ferme la porte derrière elle, et s'appuie contre le bois en soupirant. Elle croise les bras et me regarde enfin dans les yeux.

- Qu'est ce que tu fais là ?

Je passe une main sur ma nuque.

- J'étais venue te parler.

Mes confessions sont pourtant la dernière chose qui me préoccupent pour l'instant. Lightning aussi, car elle semble comprendre avec un train de retard à quoi je fais allusion et détourne le regard, le posant aléatoirement dans la pièce. Elle parait un peu gênée.

- Oh. De quoi voulais tu me parler ?

Sérieusement ? Va-t-elle essayer d'éviter ainsi de m'expliquer la dispute à laquelle je viens d'assister ? Et puis parler de mes sentiments, là, maintenant, alors que la danseuse à l'air si peu réceptive ne me semble pas du tout être une bonne chose. Non, comme Lightning n'a pas l'air de vouloir se défouler sur moi ni de se mettre à pleurer comme sa soeur, je regagne mon assurance, surprise de la vitesse à laquelle celle-ci peut disparaître face à la blonde.

- Qu'est ce qu'il se passe avec Serah ?

Je vois la mâchoire de la danseuse se contracter et son regard se fait dur. Elle se décolle du mur dans un mouvement du bassin et avance jusqu'à la table de la cuisine sur laquelle elle pose lentement ses clés et la lettre qu'elle tenait dans sa main et que je n'avais pas remarqué avant. Elle place ensuite ses paumes bien à plat contre le meuble en penchant la tête, les yeux fermés, comme pour

s'aider à garder le contrôle. J'ai conscience qu'elle est en plein combat intérieur et que l'issue de cette lutte ne peut être que deux choses : me mettre dehors ou s'ouvrir à moi.

Lentement et le plus silencieusement possible, j'enlève mon manteau et le pose sur le dossier d'une chaise avant de m'approcher. Pour la première fois de ma vie, je me sens toute la patience du monde. Délicatement, je pose ma main sur la sienne et cherche ses yeux.

- Light, tu peux me parler tu sais.

J'essaye de mettre dans mon ton le plus de douceur possible. ça semble fonctionner car enfin, elle accepte de me regarder. Ses iris sont agités et je regrette de ne pas être capable de lire ses pensées afin de pouvoir de la rassurer. Pendant une fraction de seconde, j'ai l'impression de voir en elle la gamine perdue qu'elle a sans doute été un jour. J'emmêle mes doigts aux siens et les serre instinctivement. Lightning déglutit et mon geste semble la pousser à faire son choix. Elle me désigne l'enveloppe à moitié froissée du menton.

- J'ai ... reçu une lettre.

Je l'encourage à continuer d'un signe de tête, n'appréciant définitivement pas les inflexions de sa voix. L'expression qu'elle porte me rend nerveuse. On dirait qu'elle me supplie et qu'elle se méfie à la fois, c'est d'autant plus déconcertant que je n'ai jamais vu Lightning être aussi expressive, elle qui préfère généralement l'impassibilité ou la sévérité.

- De mon père.

Elle continue de m'observer et je comprends que c'est sur ma réaction que la suite va reposer, mais je suis incapable d'assimiler l'information pour autant. C'est absurde pas vrai ? Mais ces trois petits mots viennent de briser une partie de ce que je pensais savoir. Parce que, son père ? J'ai l'impression que mon cerveau tourne à vide.

- Ton père est mort.

J'énonce ma pensée comme elle me vient, et je vous l'accorde, sans beaucoup de tact. Mais il faut me comprendre, je m'attendais à tout sauf à ça. Lightning soupire et se dégage avant de reprendre une position défensive en croisant les bras et en appuyant sa hanche contre la table.

- Je n'ai jamais dit ça.

- Si tu l'as dit.

Je ne l'ai pas rêvé. N'est-ce pas ? Elle m'a dit textuellement "mes parents sont morts", ça veut bien dire ce que ça veut dire par Etro ! Tous ses mystères ne me plaisent pas du tout. Et je ne les comprends pas surtout. La danseuse se mord les lèvres et se met à marcher dans la pièce avec frustration.

- C'est compliqué !

Ses déplacements sont limités par la taille de la pièce et ça semble l'énerver plus encore. Je reste immobile pour ma part.

- Explique-moi alors.

Elle se tourne vers moi et une colère qui ne m'est pas destinée transparaît dans ses mots.

- Il est mort à mes yeux.

Je dissimule mon agacement devant ses demi-réponses et l'attrape par le poignet pour qu'elle arrête de bouger. Elle va finir par me donner le tournis à s'agiter ainsi. Gentiment mais fermement, je l'entraîne vers le canapé et m'assoie à ses côtés, en la forçant à me faire face. Je suis franchement étonnée qu'elle ne se soit toujours pas refermée comme une huître et j'ai l'intention de pousser ma chance au maximum.

- D'accord, raconte-moi, depuis le début.

Lightning prend une grande inspiration et semble essayer de mettre ses pensées dans le bon ordre. J'ai l'impression qu'elle voudrait être n'importe où plutôt qu'ici. Elle triture nerveusement le bas de son écharpe qu'elle porte toujours autour du cou.

- Et je t'interdis de me dire de laisser tomber.

Parce que j'ai la sensation très nette que c'est exactement ce qu'elle s'apprête à faire. Je refuse de faire un "deux pas en avant et trois en arrière". Qu'elle commence à s'exprimer pour ensuite fuir. La blonde prend une inspiration tremblante, et, lorsqu'elle prend la parole, sa voix reste mal assurée.

- Je ne sais pas par où commencer.

Je ne peux pas m'empêcher d'être soulagée. C'est encourageant.

- Par le commencement ?

Lightning pince les lèvres et je suis sure que c'est parce que ma réponse ne lui convient pas, mais ça reste la meilleure que je puisse lui donner avec le peu d'informations que j'ai. La danseuse ferme les paupières, garde un moment le silence et finit par entamer :

- Quand ma mère est morte, ça a été très dur ... J'avais douze ans et Serah en avait huit.

Je hoche la tête et laisse ma main qui tient toujours le bras de la blonde se desserrer et glisser jusqu'à ses doigts. Lightning n'a pas l'air de le remarquer vraiment, elle continue :

- Mon père ... Il n'a pas su gérer. Le deuil, nous ... Il était tellement en colère. Contre tout et tout le monde. Il ne laissait personne l'aider ou nous approcher..

Lightning s'exprime presque comme une enfant à mes yeux, son discours est désordonné et je comprends qu'elle se perd dans ses souvenirs.

- Il disait que c'était lui le père, que ce qui se passait dans sa maison ne regardait que lui. Mais, il n'était pas là. Il n'était jamais là. On se débrouillait seules, il rentrait tard, et un jour ...

Elle prend une pause, avale sa salive, cherche ses mots.

- Un jour ... J'ai compris qu'il avait un problème. Il buvait déjà un peu trop quand ma mère ... était toujours là. Mais après ... Il a juste ... Plongé.

Elle évite mon regard et je réalise qu'elle a honte. Et c'est la chose la plus incompréhensible que je n'ai jamais vue. Je voudrais lui hurler qu'elle ne doit pas, que ce n'est pas à elle de ressentir ça, mais je me force à me taire pour la laisser continuer à parler.

- Et il s'est laissé couler ... Il a changé, il est devenu agressif, raconte-t-elle, il criait sur les voisins d'abord, puis sur son patron. Quand il a été renvoyé, il a commencé à crier sur nous.

Elle prend une inspiration, les yeux brillant.

- Plus le temps passait plus il s'énervait souvent et fort ... Il jetait les assiettes contre les murs, il insultait tout le monde ... Il disait ... Il disait qu'il était mieux sans nous, que c'était notre faute si tout allait si mal pour lui ... Quand il commençait à sortir ses bouteilles, je montais m'enfermer dans ma chambre avec Serah et on l'entendait faire du bruit en bas, casser des choses ... Et pleurer. Et quand il pleurait, il était encore plus en colère.

Je sens le poing de la blonde se serrer autour de ma propre main et enfin elle plante ses iris dans les miens. A cet instant, je ne peux pas dire que je comprends sa colère, mais je la partage. L'idée d'un homme terrifiant les jeunes Serah et Lightning me met hors de moi.

- Mais il n'était pas toujours comme ça ... Parfois il allait mieux, il nous emmenait au zoo, il jouait avec nous, il riait ... Mais ça ne durait jamais longtemps. Il se mettait subitement en colère, pour rien. On ne savait jamais ce qu'il fallait faire pour qu'il reste comme il était ...

Jamais la nature humaine ne m'avait plus dégoûtée. Comment un père peut-il inspirer tant de crainte, lui qui est censé protéger et aimer ses enfants plus que tout ? Je serre les dents et j'ai une brève pensée pour mes propres parents.

- Mon père est mort pour moi, le jour où il a levé la main sur ma soeur.

Le ton de Lightning tremble. Mon coeur se serre douloureusement à l'idée et me donne presque la nausée.

- Ce n'était pas quelqu'un de bien Fang, murmure la blonde. Mais nous n'avions personne vers qui nous tourner. Aucune famille.

Et nous avions peur. Même si elle ne le dit pas à voix haute, cette pensée plane au dessus de nous.

- Nous vivions dans un petit village, tout le monde savait ce qu'il se passait. Et pourtant, personne n'a rien fait.

Elle ferme les paupières avec force, probablement pour empêcher les larmes de couler. Une rage sourde me broie l'estomac. Comment est-il possible de laisser deux petites filles à la merci d'un homme violent et alcoolique ? Pourquoi ? Quel genre de personnes peuvent être aussi passives et aussi lâches ?

- On nous montrait du doigt, on nous regardait avec pitié, mais sans jamais nous approcher ... C'est comme s'ils avaient peur qu'on leur apporte des problèmes.

Elle secoue doucement la tête comme pour chasser ses souvenirs avant de reprendre après quelques secondes :

- Et un soir, mon père n'est pas rentré.

Même avec sa voix brisée, même avec les yeux clos, Lightnning semble décidée à aller jusqu'au bout de son récit, et je comprends qu'elle veut s'en libérer.

- Les services sociaux nous on emmenés le lendemain. Et Serah ... Malgré tout le mal qu'il nous avait fait, toutes les fois où il nous avait abandonnées, elle n'arrêtait pas de pleurer. De demander où il était. Où était son papa ... C'était ... Horrible.

J'imagine sans peine la scène.

- On a finit pas apprendre qu'il s'était battu dans un bar. Il a été poursuivi, il a fait un peu de prison même. Mais il n'a jamais cherché à nous revoir. Pas un mot, pas un coup de fil, rien, pendant plus de six ans ... Six ans ! Et aujourd'hui ...

Cette fois elle n'arrive pas à finir sa phrase. S'en est trop. Je suis incapable de rester immobile une seconde de plus. Je glisse mes bras autour de sa taille et l'attire à moi. Je serre Lightning avec force, essayant de lui transmettre tout ce que mes mots ne pourraient pas dire. Et elle me rend mon étreinte. Appuyant son front contre mon épaule, je peux la sentir retenir ses sanglots et ses muscles se tendre sous mes paumes. Pour une fois, je voudrais qu'elle arrête de contenir ses émotions et qu'elle se laisse aller.

Nous restons enlacées un moment pendant lequel je sens les doigts de Lightning se crisper sur mes vêtements, puis elle semble se calmer un peu. Ou plutôt se contenir. Finalement elle se détache de moi avec douceur et essuie gentiment ses yeux, bien qu'aucune larme n'ai réussit à les franchir. Je pose alors doucement ma main contre sa joue et la force à me regarder.

Le bleu de ses iris est toujours aussi tourmenté et j'aimerais savoir quoi faire pour l'apaiser. Je caresse sa pommette avec mon pouce. Comment lui faire comprendre ? Comment lui montrer qu'elle n'est pas comme son père, qu'elle ne sera jamais comme lui, qu'elle est forte, qu'elle devrait-être fière de la personne qu'elle est devenue ? Comment lui prouver que ce n'était pas sa faute et qu'elle n'est plus seule désormais ? Comment lui dire que je suis là, que je l'aime ?

Et je sais que ce n'est pas vraiment le moment le plus approprié pour avoir une révélation, mais cette réalité me frappe plus que jamais. Parce que même avec son passé torturé, même avec ses difficultés à se laisser approcher ou ses regards portant un poids bien trop lourd pour eux, je n'ai pas envie de fuir. Au contraire, plus que jamais je veux être à ses côtés.

Alors je fais la seule chose qui semble capable de traduire toutes ces émotions et tous ces sentiments. Je l'embrasse. Avec force, avec douceur, avec ferveur et peut-être que je me fais des idées, mais Lightning me répond avec la même fougue et la même fébrilité. Ce baiser là, il ne ressemble en rien à ceux que nous avons échangé auparavant. C'est un baiser triste et salé, mais c'est un baiser rempli tendresse. Lorsque nous y mettons fin, j'emprisonne sa tête dans mes mains et glisse mes lèvres sur sa joue pour murmurer près de son oreille :

- Tu n'es pas comme lui Lightning. Tu es quelqu'un de bien.

Je ne sais pas si mes mots sont justes, ni s'ils arrivent à faire passer le message qu'ils contiennent, mais la larme que je sens couler sur ma joue et qui ne m'appartient pas me laisse penser que oui.

- Dans sa lettre, mon père dit qu'il veut nous rencontrer ...

Son ton est bas, et je n'arrive pas à déterminer ce qu'elle ressent.

- Serah veut accepter.

La scène à laquelle j'ai assisté par inadvertance tout à l'heure prend enfin tout son sens. Lightning continue :

- Après tout ce qu'il a fait ... Comment peut-elle ...?

Comment oui ? Pourquoi vouloir voir cet homme que je déteste déjà de tout mon être ? Mais il reste leur père et une partie de moi comprend ce que peut ressentir la jeune fille malgré tout. Alors je tente :

- Serah est assez grande pour faire ses propres choix Lightning, tu ne peux pas l'empêcher d'y aller si elle en a envie, mais personne ne te force à faire pareil.

La danseuse me lance un regard incertain, mais secoue la tête.

- Je ne laisserais jamais ma soeur seule avec lui. Jamais.