Désolée pour le retard, j'ai perdu un jour de mon planning. Je me suis réveillée pensant qu'on était jeudi, mais non, nous étions vendredi… C'est moche, d'être bête à ce point….
Les deux chapitres prochains ne seront pas beta-lecturés avant d'être postés, parce que Kiito/Nix n'est pas disponible. Madame part en vadrouille !!! (quelle chance…)
Place à l'action !
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Chapitre 53 – Chassez le naturel, il revient au galop
- « Quel bal ? »
- « Le bal de clôture du festival culturel… »
- « Ça existe, ça ? »
- « Ben oui. »
- « Et tu veux y aller ? »
- « Et oui. »
- « Avec moi ? »
- « Avec ou sans toi, mais je préférerais avec. »
- « Et c'est quand ? »
- « Dans un mois, à peu près »
- « Aaaaah, j'ai le temps, alors ! » Kojirô fut soulagé.
- « Ben non… » Izumi roula les yeux comme s'il venait de dire une insanité.
- « … non ? » demanda timidement – et pourtant courageusement – le Tigre.
- « Il faut que je trouve une robe tout en bossant pour me la payer et--- »
- « Tu n'as pas besoin d'une nouvelle robe. »
- « Ah bon ?. »
- « Euh… non ? » Là, cela tenait presque du suicide.
- « Je mourrais de honte si je devais être vue dans la même robe qu'avant. »
- « … mais personne ne le saura. »
- « … … … »
- « Tu veux juste une nouvelle robe, c'est ça ? »
- « Je veux être belle pour toi. »
- « … »
- « … »
Ha, il aurait dû dire quelque chose. Izumi s'attendait clairement à ce qu'il dise quelque chose. Euuuh. Euuuuuuh…
- « Tu serais très bien, même en vieux jeans. »
- « Roooo, c'est mignon, ça. Mais c'est non. »
- « D'accord. » Il capitula. Surtout, ne pas chercher à comprendre.
- « Alors ? »
- « Alors, quoi ? »
- « Tu m'invites ? »
- « Izumi, je viens de parler chiffon avec toi pendant trois minutes. Pourquoi penses-tu que j'ai fait ça ? »
- « En général, les filles aiment qu'on leur pose la question. »
Kojirô ronchonna pour la forme. Heureusement qu'ils étaient seuls dans ce magasin. Il soupira avant de se lancer :
- « Izumi, veux-tu aller au bal avec moi ? »
- « Ben voilà ! Oui, je veux ! »
- « Ok… …. » Ah, cette fois, il capta qu'il devait parler. Et il pensait même savoir ce qu'il devait dire. « J'irai acheter les tickets demain… »
- « Tu vas être en quelle couleur ? » Apparemment, l'enchainement de questions voulait dire qu'il avait trouvé la bonne chose à dire.
- « Par-pardon ? » Euh ?
- « Tes vêtements ? Que je m'accorde. »
- « En noir. » Et un costume de mariage, un. Un bon investissement, ce costume…
- « J'aurais dû m'en douter. »
Izumi ramassa ses catalogues et sortit. Kojirô, se rappelant des leçons d'Ayame, proposa d'aller prendre un café. L'après-midi touchait à sa fin, et déjà des personnes dans la rue parlaient popote pour le repas du soir. Mais la jeune fille secoua la tête :
- « J'aimerais bien, mais je dois aller bosser. Je fais la fermeture… » Elle avait la voix chagrinée, ce qui, très égoïstement, réconforta Kojirô : elle voulait passer du temps avec lui.
- « Ce n'est pas grave, ce n'est que partie remise…. Je veux dire, on va se revoir, non ? »
- « On va dans la même école… »
- « Je parlais d'un rendez-vous. Pourquoi c'est moi qui dois faire tout le boulot, ici ? »
- « Parce que tu es le garçon. »
- « Je crois en l'égalité des sexes, moi. »
Izumi lui dédia une œillade énigmatique puis sourit.
- « Très bien. Kojirô, voudrais-tu aller au cinéma avec moi vendredi soir ? »
- « Euh, oui. Enfin, je demanderai à ma mère, au cas où il y aurait un problème. »
- « C'est mignon ça. »
- « Non. C'est juste débile. »
- « Si tu le dis. »
- « Je te raccompagne. »
- « Mais non… »
- « C'est sur mon chemin de toute façon. »
- « …. Un conseil… évite de dire ça la prochaine fois. »
- « Ben dis pas « non », alors que tu le veux. » Pff, ce que cela pouvait être contradictoire, les filles…
Ils continuèrent de parler de tout et de rien tout en marchant, le sujet principal étant le film qu'ils iraient voir, Chose surprenante, Izumi penchait pour le dernier film d'horreur. Mais Kojirô se rappela soudain d'un détail de la soirée avec clarté. Elle aimait le gore. Bizarre pour une fille, mais bon… Ce n'était pas lui qui allait se plaindre, au moins, il éviterait toutes les niaiseries sentimentales…
Le couple arriva au centre commercial et Izumi lui montra la porte des employés d'Impulse, comme ça, « il saurait où c'était ». Kojirô ne comprit pas en quoi cela pouvait l'intéresser, mais la suivit néanmoins. Il hésitait encore sur la façon de lui dire au revoir -le coup du hentai l'ayant déstabilisé - quand elle se colla à lui. Pour une fois, il ne refusa pas le câlin. Il aimait les câlins d'Izumi. Ce n'était pas comme ceux de Neeve. Là, c'était très agréable… Doucement les mains se cherchèrent et des lèvres se trouvèrent…
- « Arhem… »
Izumi s'écarta brusquement et Kojirô tourna au rouge profond. Il aurait dû s'en douter… La seule personne au monde qu'il ne voulait pas voir en ce moment précis se tenait dans l'embrasure de la porte : Neeve venait de finir ses heures.
- « Bon, j'y vais… On se voit lundi ! » Izumi agita la main et se glissa dans l'ouverture laissée libre par Neeve qui, lentement et tout en dévisageant sa collègue, s'était poussée. Kojirô lui dédia un coup d'œil réprobateur et elle eut une moue. Avec un soupir elle se lança.
- « Joli pull Yamashita… »
Izumi s'arrêta et se retourna, incrédule.
- « Euh… merci Neeve. »
- « C'est Hase, pour toi… »
On ne pouvait pas trop lui en demander non plus. Même Kojirô. D'ailleurs, ce dernier se régalait de la voir prendre sur elle comme ça. Il ne dit rien pendant qu'ils marchaient tous les deux vers l'arrêt de bus, mais soudain Neeve bondit devant lui :
- « Efface ce sourire idiot de ton visage ! »
- « Si je veux, d'abord. Arrête de faire ta jalouse. »
Neeve essaya de le taper, histoire de passer sa frustration, mais Kojirô ignora tout simplement les coups, jusqu'à ce qu'elle se mit à le boxer. Craignant le pire, il bloqua son poing et lui tordit « délicatement » le bras dans le dos, la mettant dans une position d'équilibre précaire.
- « Lâche-moi ! » ordonna-t-elle.
- « C'est toi qui l'auras demandé ». Et il obéit, sachant très bien ce qui allait arriver. Neeve perdit l'équilibre et allait tomber en avant, avec très peu de chance de pouvoir se retenir. Alors, il la rattrapa et elle s'accrocha à lui. « Qu'est-ce que tu ne ferais pas sans moi, hein ? »
- « Mais c'est ta faute ! » protesta Neeve qui, en guise de remerciement, lui écrasa le pied.
- « Tu as commencé. Tu devrais avoir compris que cela ne servait à rien que d'essayer de me taper. Ou alors, tu es vraiment une idiote évaporée… »
Neeve ne pouvait plus rien dire ou faire. Protester serait avouer qu'elle se sentait mouchée. Le frapper ne lui donnerait qu'encore plus raison. Et bouder, la solution qu'elle choisit bien qu'elle ressemblât par beaucoup à la protestation, avait l'avantage de lui donner assez de temps pour trouver une vengeance. Car vengeance il y aurait. Ça, Kojirô l'avait compris à l'instant où il l'avait vue faire la moue. Mais, comme pour elle, bouder lui laissait un peu de temps tranquille, avant qu'elle ne réattaquât. Il n'essayait même pas de chercher à deviner ses plans. Elle avait un esprit bien trop pervers et retors pour qu'il suivît.
Aussi le trajet en bus se passa dans le silence le plus complet pour eux. Bon, la foule qui s'entassait, montant et descendant en vagues ininterrompues, mettait de l'animation, empêchant toute conversation. Neeve se passionna pour le paysage qui défilait tandis que Kojirô dévisageait quiconque tentait d'envahir son espace vital. La menace fonctionnait, personne ne vint se coller à lui. Mais alors qu'il descendait du bus, il capta l'air à la fois furibond et calculateur de Neeve. Ben voilà, la trêve était finie, elle allait recommencer à lui prendre la tête.
- « Neeve, tu me fatigues… »
- « Mais je n'ai rien fait ou dit. »
- « Tu penses, c'est suffisant à mon malheur. »
Heureusement pour lui, le téléphone de Neeve bipa, lui apprenant qu'elle avait reçu un message suite à un appel en absence, ce qui détourna l'attention de la Furie. Kojirô haussa les épaules et prit la direction de leur maison.
- « On peut savoir où tu vas ? »
- « Quoi encore ? »
- « Keiko m'appelait pour de me dire que Papa est coincé à l'hôpital. Une urgence. Donc elle veut que je prenne des pizzas et loue un film à sa place. Elle a la flemme de cuisiner. »
- « Pourquoi ma mère t'appelle, toi ? » ronchonna-t-il en tournant les talons en direction de la pizzeria.
- « Parce que tu étais censé être en rendez-vous amoureux et qu'elle ne voulait pas te déranger, que ton portable est toujours à plat parce que tu oublies toujours de le mettre en charge et que de toute façon, tu n'as pas assez d'argent sur toi pour payer et que tu as goûts horribles en matière de films et de pizzas et---. »
- « C'est bon, c'est bon, j'ai capté. »
- « Mais je n'avais pas fini ! » gémit malicieusement Neeve en glissant son bras autour du bras de son frère, qui dut ralentir le pas en conséquence…
- « Et pourquoi tu appelles ma mère Keiko, d'abord ? »
- « Parce que c'est son nom ? »
- « Ah-ah-ah… Franchement---. »
- « Mais comment veux-tu que je l'appelles ? Ça ferait trop bizarre de l'appeler « Maman », non ? Et c'est elle qui m'a dit de l'appeler Keiko. »
Kojirô était bien d'accord. Il n'avait jamais réfléchi à la question, mais s'il devait entendre Neeve appeler sa mère « Maman », cela lui ferait un choc. Autant que s'il entendait Mamoru ou Takeru appeler Shouta « Papa ». Pour autant, cela ne le dérangeait pas qu'ils nomment Neeve « nee-san » ou « nee-chan ».
- « Comme tu veux. »
- « Exact. Je n'appellerai jamais personne « maman ». »
- « … et ça te fait quelque chose ? »
- « Plus vraiment. Quand j'étais petite, un peu… Enfin, c'est passé maintenant. »
Neeve esquivait le sujet encore une fois. Elle ne parlait jamais de « avant ». Avant, c'était son enfance à Osaka. Elle l'évoquait à travers des souvenirs et des anecdotes, mais n'abordait jamais les sujets sensibles. Et même la période « Tokyo » restait plus que floue pour la plupart des points.
- « Comment peut-on parler autant pour ne rien dire ? » songeait Kojirô en jetant un coup d'œil en biais à Neeve à ses côtés. « Techniquement, je ne sais presque rien d'elle. Alors qu'elle sait tellement de choses personnelles sur ma famille et moi. A croire qu'elle désire que cela soit le cas… »
- « Hello ? Terre à cerveau de Kojirô ? »
- « Quoi encore ? Je ne peux pas penser tranquille maintenant ? »
- « Pas quand tu me regardes bizarrement comme ça… »
- « Bon, tu voulais quoi ? » gronda-t-il. Neeve, habituée maintenant à son caractère de cochon, ignora sa question et lui tendit une liasse de billets qu'elle avait tirée de son porte-monnaie.
- « Tu prends les pizzas. Et ne choisis pas les trucs immondes comme la dernière fois. Et pas de thon ou d'anchois. Ça rend Keiko malade. »
A vingt-deux semaines de grossesse, la mère de famille aurait dû être débarrassée des nausées et dégoûts alimentaires. Mais il lui arrivait encore de souffrir d'accès de répulsion pour tel ou tel ingrédient, et toute la famille devait jongler avec ces impératifs digestifs pour éviter de la voir se précipiter dans la salle de bains. Neeve, continuant dans sa lancée de « sœur-poule », était la seule capable de suivre les mises à jour des lubies maternelles…. Ou à y prêter grand-cas. Non que Shouta ou les Hyûga ne se souciaient pas du bien-être de Keiko, mais ils temporisaient et ne passaient pas en mode « surexcité » au moindre incident, bon ou mauvais.
- « D'accord. » Kojirô restait le plus placide de la famille devant les événements. Si Shouta était un adulte, il n'en était pas moins inquiet pour la santé de sa femme et de son futur enfant. Pour le chirurgien, c'était un peu Noël avant l'heure, et surtout, sa dernière chance d'avoir un enfant. Kojirô, lui, se contentait de savoir que la grossesse se passait bien, aussi ne se faisait-il aucun souci. Il savait parfaitement comment sa mère allait se comporter, ayant dû « subir » ses trois dernières grossesses, notamment celle de Takeru. Il craignait surtout la fin, quand elle aurait ses chamboulements hormonaux couplés à l'imminence de l'accouchement. A ce moment, Keiko devenait carrément une hystérique à l'instinct maternel surdimensionné. Le moindre bobo et elle appelait les pompiers… Il était beaucoup plus soucieux et impatient de connaître le sexe du bébé, annonce qui aurait lieu bientôt.
Profitant de son moment de solitude, il fit la queue à la pizzeria et passa commande. Il caressa l'idée de choisir une pizza sucrée-salée, parce que Neeve détestait ça… avant de se rappeler que lui aussi. Le vendeur lui assura que cela ne prendrait pas longtemps, aussi alla-t-il attendre dehors. Mais en ne voyant pas Neeve revenir, il se décolla du mur avec un soupir. Que fabriquait-elle encore ?
Il la vit dès qu'il passa le pas de la porte du vidéoclub. En train de flirter avec le gars de la caisse. Mais ce n'est pas vrai ! On ne pouvait pas la laisser seule une minute. Ce type, c'était un vrai clown !
- « Tu as pris quoi ? »
- « Aaaah. Euh, rien. J'ai dû renouveler l'abonnement… » expliqua Neeve en rougissant un peu. Le type au comptoir évalua Kojirô du regard, puis, soudainement, se rappela qu'il avait d'autres clients à servir.
- « Je vais choisir alors. »
- « NON ! Tu as pris les pizzas, je prends le film ! »
Kojirô s'engagea néanmoins dans les allées et consulta les boites dont les affiches ou titres attiraient son attention. Il finit par trouver un western sauce moderne et alla soumettre son choix à Neeve, vu qu'elle adorait ce genre de film.
- « Et ça ? »
- « Non. »
- « Ben pourquoi pas ? » Il était vexé qu'elle n'eût fait que jeter un rapide regard alors qu'il avait sélectionné ce titre pour lui faire plaisir.
- « Je l'ai déjà vu au cinéma et puis, j'ai trouvé ! » Et là, elle agita une boite. Kojirô n'eut pas le temps de protester qu'elle filait au comptoir prendre le film –où elle fut servie par un gringalet boutonneux qui lui reluqua le décolleté et qui se prit une remarqua cinglante en retour. Mais le footballeur en avait assez vu. C'était rose et gris, avec une fille et un gars en train de s'enlacer… Un film romantique, elle avait choisi un film… de filles….
Il contint sa contrariété jusqu'à ce qu'ils fussent sur le chemin du retour, lui portant les pizzas, elle les sacs plastiques avec les bouteilles de boissons et les bacs de glace.
- « Tu l'as fait exprès ? »
- « Mais de quoi tu parles ? » La voix très innocente le trompa presque, mais Neeve passa dans le cercle de lumière d'un réverbère et là, Kojirô pu voir son petit sourire satisfait. Oh que oui, elle avait fait exprès.
- « Je m'en fous, je ne regarderai pas. »
Neeve ne dit rien. Et là, Kojirô sut qu'il allait passer une mauvaise soirée.
Cela commença avec le repas. Neeve avait fait une salade pour accompagner le tout. Elle en servit une grosse portion à Kojirô, qui prit l'assiette par habitude avant de remarquer :
- « Ce n'est pas vrai, tu as mis des carottes !!! »
- « Ordre du docteur, tu dois manger des légumes. »
- « Mais tu sais que je hais les carottes ! Tu aurais pu---. »
- « Arrête de râler et mange tes carottes. Tu ne vas pas en mourir. Non, pas de coca. C'est mauvais pour toi, tu en as déjà eu deux verres. »
- « Maiiiis euuuuuh ! Rends-moi cette bouteille Hase ! »
- « Kojirô ? »
- « Ouiiiii Maman ? »
- « Mange tes carottes en silence, mon chéri. »
1-0 pour Neeve. Puis vint l'heure du film. Kojirô avait bien l'intention d'aller s'enfermer dans sa chambre et passer la soirée à faire quelque chose qui, quoique ce soit, serait moins destructif pour ses cellules nerveuses que regarder un film à l'eau de rose. Il avait presque atteint l'escalier quand il entendit Mamoru pester :
- « Neeve, tu ne peux pas t'asseoir ici. C'est la place de Nii-san ! »
- « Nii-san ne veut pas voir le film, alors je prends sa place. »
- « Nii-san, pourquoi tu ne veux pas voir le film ? » demanda le garçon en se retournant.
- « J'ai pas envie. »
- « Pourquoi ? »
- « Ça ne me plait pas. »
- « Tu ne sais même pas de quoi ça parle. » fit doucement Neeve sans se retourner.
- « C'est un truc romantique… c'est pas mon genre. »
- « Ah bon ? » releva une voix douce.
- « Maman, comme si c'était nouveau. »
- « Mais tu as une copine maintenant » contrattaqua Neeve. Quelle petite sournoise ! « Tu devrais commencer à t'intéresser à ça… »
- « Allez, viens voir le film et faire plaisir à ta mère. Tu pourrais aussi apprendre quelque chose. » Chantage affectif et maternel. 2-0 pour Neeve. Elle lui céda sa place et vint se blottir dans son fauteuil habituel avec un petit sourire satisfait.
La famille commença par regarder les dessins animés de Takeru (et Mamoru, bien qu'il essayait de les convaincre qu'il était trop grand pour ça, mais pour autant, ne ratait pas un épisode). A la fin du programme, les deux garçons montèrent se coucher et Kojirô les regarda avec envie. Comme il aimerait avoir une heure-butoir pour aller dormir ! En plus, il réalisa qu'il allait subir un film pour filles… avec trois filles. Pire, pas des filles : sa mère et ses sœurs ! N'y avait-il pas pire torture sur Terre… ?
En grand combattant qu'il se targuait d'être, Kojirô serra les dents et endura. Il alla même chercher la boite de mouchoirs sur le comptoir américain quand les trois filles commencèrent à renifler à qui-mieux-mieux dès la vingtième minute du film. Bon, elle était orpheline à dix ans ? Et alors ? Alors, ce n'était que le début d'une longue vie miséreuse. Franchement, à sa place, Kojirô se serait pendu depuis longtemps… Par exemple, vers ses quinze ans, lorsqu'elle accepta d'aller travailler comme servante dans le grand manoir du seigneur qui était évidemment une pourriture sans nom qui n'en avait qu'après sa vertu… Le footballeur était en train de se dire qu'il préférait se faire injecter de l'acide dans les orbites plutôt que de regarder ça plus longtemps quand Shouta rentra. Alléluia !!!
Il se dévoua pour tenir compagnie à son beau-père le temps que celui-ci mangeât, mais dut revenir subir la fin du film. En plus, comme il n'avait pas trop suivi, il ne comprenait plus qui était le père de l'enfant et pourquoi la grosse rousse en voulait à l'héroïne. M'en fous ! A sa place, il lui aurait collé une torgnole pour lui apprendre à lui piquer son mec. Enfin, le film se termina et le guerrier put aller se coucher, dégoûté par la stupidité humaine. Dire que Neeve avait dépensé quatre euros pour une telle ineptie. Et dire qu'elles avaient toutes aimé et pleuré. Et dire qu'il s'était fait traiter d'insensible…
L'asticotage dura tout le lendemain. Neeve avait trouvé une stratégie qui se révélait payante. Certes, elle ne lui faisait pas la tête, mais cette attitude de parfaite petite peste commençait à l'énerver autant qu'elle l'amusait. En effet, c'était irritant de se faire prendre sur des défauts ou sur un sujet qui mettrait automatiquement les parents contre vous. Mais c'était drôle de la voir se démener pour lui pourrir la vie. Surtout qu'il suffisait de faire « comme si de n'était rien » pour mettre à l'eau ses plans. Bien sûr, la coquine portait toujours ses attaques sur un terrain qui désavantageait Kojirô. Une journée bien éprouvante donc pour le peu de patience que possédait le Tigre.
Aussi fut-il content que le lundi arrivât et qu'il pût s'enfuir en cours. Minute papillon !!? Venait-il de penser à préférer les cours ? A s'enfuir ? LUI ? … Hé bien oui. Neeve avait cet effet. Kojirô réalisa cela alors qu'il se changeait après l'entrainement du matin. Il tira sur sa chaussette, et comme un mauvais présage qui se répétait, le tissu craqua et son doigt de pied passa à travers le trou. Le footballeur resta un instant immobile à regarder le bout de chair qui s'agitait comme mu par une vie propre avant de pousser un énorme soupir.
- « Ben alors ? » s'inquiéta Ken. « Ce n'est qu'une chaussette. »
- « C'est Neeve. Elle me fatigue. » avoua Kojirô. « C'est chiant, les sœurs. »
- « T'inquiète, je la maitrise, Neeve. » sortit Kazuki qui se débattait avec sa chemise qu'il essayait d'enfiler sans avoir défait les boutons du col, par paresse.
- « Comment ça ? »
- « Je ne sais pas ce qu'elle veut ou cherche, mais elle n'arrête pas de me coller ces derniers temps. Je crois que cela a à voir avec Ayame et Nagata, mais franchement, je n'en suis pas sûr. »
- « Et en quoi cela va me la calmer ? » demanda un Kojirô qui jetait l'éponge en n'essayant même pas de comprendre la logique de ce comportement, et encore moins d'en déduire les implications.
- « Je vais lui dire de se calmer, tout simplement. »
- « Parce que tu crois qu'elle va t'écouter ? » railla le Tigre en triturant sa chaussette pour combler le trou.
- « Hé oui. Je ne suis pas son frère, moi ! »
- « Fais comme tu veux. Mais sache que je n'attends aucun résultat. On parle de Neeve, là. »
- « Je sais. »
Kojirô envoya un regard interrogatif à Ken qui répondit par le geste ancestral « moi non plus, je ne capte pas » : les mains, paumes tournées vers le ciel, en haussant les sourcils. Puis il décida de laisser faire. Kazuki était passé du côté obscur de la Force et Kojirô ne se sentait pas l'âme de Luke Skywalker aujourd'hui. C'était lundi après tout.
Pour autant, il n'en oublia pas les choses importantes. En allant en cours, il fit un détour par la table du comité des fêtes qui vendait les tickets pour le bal à venir, et il donna une attaque cardiaque à ses amis, ainsi qu'à l'ensemble des gens rassemblés, en achetant deux billets.
- « QUOI ENCORE !? » rugit-il en voyant la mine décomposée de deux footballeurs.
- « On ne savait même pas que tu étais au courant pour le bal…. »
- « Vous vous êtes plantés. » ronchonna-t-il. « Vous allez y aller, vous ? »
- « Sûrement. Chiyo va m'y trainer. » répondit Ken en achetant ses propres tickets.
- « Hors de question ! » lança Kazuki, à la surprise de Ken.
- « Pourquoi ? »
- « Oh, vous comprendrez quand vous y serez. »
Sur ces énigmatiques paroles, il éclata d'un rire sonore qui fit froid dans le dos des deux autres, qui restèrent plantés là comme deux concombres à regarder leurs billets qui s'ils allaient les mordre. La Force Obscure, il l'avait dit…
La journée se passa plus calmement. Kojirô trouva un moment lors de la pause de midi pour voir Izumi. Un petit câlin et une discussion « normale » avec une fille, sans qu'elle cherchât à le piéger eurent un effet foudroyant sur lui, et notre joueur fut tout requinqué pour l'après-midi. Et il en eut besoin, parce qu'il se retrouva à devoir organiser la rencontre Tôhô-St Elizabeth. Les entraîneurs respectifs s'étaient parlés durant la journée et avaient trouvé l'idée d'un match amical excellente. Aussi s'étaient-ils empressés de fixer un rendez-vous pour le lendemain, où Tôhô se rendrait au lycée international. Et comme Kojirô ne pouvait pas participer aux entraînements, il allait se taper les démarches administratives à la place de Kitazume, qui se débarrassa de la paperasserie avec grand plaisir. Déjà, ça apprenait quelque chose au grand buteur. Ce n'était pas comme s'il avait autre chose à faire en ce moment, si ? Et puis, ça formait le caractère. Et tout le monde savait que s'il y avait un caractère à former ici bas, c'était celui de Kojirô Hyûga.
Ledit Kojirô se retrouva donc noyé sous une montagne de demandes d'autorisation diverses et passa trois longues heures à remplir tout ça, en regardant vers le terrain d'un air de chien mouillé… alternant soupirs et jurons. Décidemment, il en avait marre de cette mise au vert forcée. Et dire qu'il en avait encore pour au moins une semaine comme ça. Heureusement, il jouerait demain. Juste une mi-temps, parce que c'était un match amical. Mais il jouerait ! Cette seule pensée lui redonnait courage à chaque fois que l'envie de mettre tous ces papiers à la corbeille le prenait.
Maussade, il se traina jusqu'à chez lui. Etrangement, le vide et le silence de la maison lui semblèrent pesants. D'habitude, tous les lundis, il se retrouvait seul avec Neeve. Mais la jeune fille était en plein entraînement avec son équipe de basket. Pour officialiser leur inscription comme club d'amateurs, première étape pour pouvoir en suite participer aux tournois lycéens, leur équipe devait passer une série de matchs-tests contre différentes formations. La première avait lieu dans deux semaines et si pour le moment l'excitation l'emportait sur le stress, Kojirô se doutait que Neeve n'allait pas être facile… rectification, encore moins facile à vivre prochainement. Pour autant, sa compagnie lui manquait un peu. Il regretta ce sentiment au moment où elle déboula dans le salon. A elle seule, elle faisait autant de bruit que Takeru et Mamoru réunis. Kojirô n'eut pas le temps de protester qu'il se faisait sauter dessus :
- « Regarde, regarde ! » piaillait-elle d'une voix aigue. « J'ai eu 74 points ! 74 ! »
Kojirô se débarrassa de la feuille collée à son front pour tenter de comprendre ce qui se passait. Effectivement, elle avait récolté une bonne note en maths, ce qui pour elle tenait de l'exploit.
- « Ouais, bof, on va voir si tu fais aussi bien la prochaine fois, ou si c'était un coup de chance… »
Mais la remarque ne doucha pas l'excitation de sa sœur qui bondissait sur ses pieds aussitôt assise.
- « C'est parce que j'ai eu un bon prof, Kojirô. Est-ce que tu as promené Penalty ? Je vais sortir le chien ! J'ai besoin de courir, je dois améliorer mon endurance ! »
Et hop ! Elle disparut dehors avec Penalty qui n'eut pas le temps de comprendre ce qui se passait. Kojirô aussi réagit lentement, parce qu'il venait de réaliser que Neeve l'avait appelé Kojirô, et que ce n'était pas la première fois. Déjà tout ce week-end, elle l'avait taquiné sans gêne. Non qu'il fut choqué, mais la réalisation qu'elle se sentait assez à l'aise avec lui le ravit et le consterna en même temps. Avait-il vraiment envie d'être ami avec elle ? En sachant d'elle tout ce qu'il savait? Bon sang, il était soit fou soit masochiste…
Il venait tout juste de procéder à l'analyse de cette impression complexe qu'elle revenait, tirant un Penalty complètement hagard d'avoir couru durant tout le trajet qu'avait duré sa promenade. Kojirô se sentit mal en voyant le regard lourd de reproches de l'animal et alla remplir sa gamelle d'eau en lui promettant de ne plus le laisser aux mains de la Furie. Ce que Rai avait été inspiré ce jour là. Furie, quelle belle définition de Neeve…
Et la Furie était lancée… Pas moins de cinq minutes après sa douche, elle descendait de sa chambre, fonçant sur Kojirô, telle une déesse vengeresse prête à l'écorcher vif s'il ne l'aidait pas immédiatement à finir ses exercices de maths auxquels elle ne comprenait rien.
- « On se calme Hase. Tu vas nous faire un infarctus ! »
- « Mais non ! Je me tue à vous dire que tout va bien. Je ne suis---. »
- « pas en sucre ni ne vas fondre au soleil, je sais. Mais vas-y mollo, bon sang… Bon, regarde, là, tu utilises la mauvaise formule…. »
Heureusement pour lui, les maths avaient un effet soporifique sur la Furie qui redevint Neeve après le cinquième énoncé. Elle bailla, alla se couper un concombre et commença à chouiner que les maths ne servaient à rien. La routine quoi…
Kojirô se réveilla mardi matin avec un coup au cœur. Il resta assis sur son lit deux secondes avant de réaliser où il était. Bizarrement, il pensait qu'il allait s'éveiller dans son placard, dans leur ancien appartement. Cela faisait des semaines qu'il n'avait pas pensé à sa vie « avant », et cette confusion matinale n'était pas pour lui plaire. Son cœur rata encore trois ou quatre battements en regardant l'heure à son réveil, avant que son cerveau ne se mît en marche et qu'il se rappelât qu'il ne faisait plus sa distribution de journaux que deux jours par semaine, le lundi et le jeudi. En effet, mise au repos voulait dire quasi arrêt de toute activité physique, même cette petite balade.
Neeve s'était portée volontaire pour reprendre ses tournées. Elle le faisait même gratuitement, sans empocher l'argent que Kojirô lui avait naturellement tendu, à la fin de la première semaine. La jeune fille lui avait dit qu'elle ne faisait pas que lui rendre un service, mais qu'elle travaillait aussi son endurance… Aussi étrange que cela fut, des six filles de l'équipe de basket, elle se retrouvait la moins bonne, non pas tant par la technique que par le manque de ressources physiques. Aussi était-elle devenue accro aux promenades de chiens, chose dont Penalty se serait bien passée…
Le buteur se leva, s'étira et grogna tel un félin taille XL et sortit de sa chambre en se grattant… le bas de reins tout en essayant d'ouvrir les yeux.
- « Nii-san, tu pourrais faire ça ailleurs. » lui fit remarquer Natsuko qui sortait de la chambre de Neeve avec un de ses chemisiers.
- « Pourquoi, c'est meilleur ici… Elle est courant que tu lui piques des fringues ? »
- « Ne change pas le sujet. C'est super pas hygiénique que tu te grattes les boules devant moi. »
- « Je me gratte les fesses, pas les boules, d'abord. Et je t'interdis de dire « boules » et ce n'est pas sale, c'est mes fesses. Et puis, occupe-toi des tiennes, tiens ! » gueula-t-il quand sa petite sœur eut une petite moue qui lui rappelait de trop celle de Neeve.
- « Franchement, si Neeve et moi parlions tampons devant toi, tu piquerais ta crise. »
- « C'est normal… »
- « Et en quoi c'est différent de… ? »
- « Parce que je ne te force pas à m'écouter me gratter, môa. D'ailleurs, si tu n'es pas contente, je me balade à poil. »
- « Et c'est moi la gamine ici…. » soupira Natsuko en allant se changer dans sa chambre. « Et puis, chiche ! »
- « … … »
Kojirô se prépara en un tour de main, mais sans jamais s'arrêter de grogner et pester entre ses dents. Il grommelait toujours quand il descendit prendre son petit-déjeuner. Affectueusement, il passa la main dans les cheveux de ses deux petits frères et vint embrasser sa mère qui se tâtait devant une pomme ou une banane : laquelle lui donnerait moins envie de vomir ?
- « Pourquoi ronchonnes-tu déjà mon chéri ? » lui demanda-t-elle avec un sourire.
- « Neeve a mauvaise influence sur Natsuko. Elle devient un véritable Nazi de ce qui ce fait ou pas… »
- « Comme te gratter les parties intimes en public ? » Devant l'air ahuri de son fils, Keiko crut bon de s'expliquer. « Ce n'est pas que tu le fasses souvent, mais disons que tu le fais. Le matin surtout. Et puis, tu as une voix forte, alors tous ceux qui l'ignoraient sont au courant maintenant… »
- « …. Je ne veux pas d'une autre sœur. Je veux un frère. Dis-moi que tu me prépares un frère ? » implora-t-il en touchant le ventre arrondi de sa mère, en espérant sentir un mouvement. Cela faisait quelques temps déjà que Keiko avait ressenti les premiers coups, mais pour le moment, le bébé se contentait de mouvements sporadiques. Ce qui allait très bien à la future maman.
- « Moi, je veux une sœur ! » objecta Natsuko, soutenue par Mamoru.
- « Ben quoi ? J'ai déjà un petit frère ! » se défendit-il.
- « Non, moi je veux un petit frère ! » objecta Takeru.
- « Doucement ! » gronda Shouta, par-dessus son journal. « Ce n'est pas le marché du Père Noël ici. Vous aurez ce qu'on aura fait. »
La discussion reprit pourtant de plus belle, chacun vantant les mérites ou les désagréments associés à l'un des sexes.
- « Mince, je vais être en retard ! J'ai entrainement ! » beugla soudain Kojirô qui avait presque oublié ce détail…
- « Ce n'est pas malin, ça… » glissa Natsuko, ce qui lui valut un regard noir de la part de son ainé, qu'elle ignora tout bonnement. Pff, quelle mauvaise éducation ! Les filles d'aujourd'hui……
La matinée fut remplie par un entrainement accéléré, où Kojirô joua milieu de terrain pour laisser Kazuki et Toshio à l'attaque, puis par une série de contrôles surprise – enfin, surprise pour les 3K… Aussi ce ne fut qu'à midi qu'il se rendit compte qu'il n'avait pas son bentô. Il râla et maudit Neeve qui n'était pas capable de gérer ses multiples activités. Mauvaise foi, quand tu nous tiens…. Il s'assit à table avec l'air de celui qui va vous bouffer tout cru si vous faites un commentaire et attendit, le ventre gargouillant, que la cohue se soit calmée pour entrer à son tour dans la cantine se prendre quelque chose… Autour de lui, les autres en profitaient :
- « Huuuum regardez ma belle omelette ! »
- « Génial ce sandwich ! »
- « OH ÇA VA UN PEU, OUI ?! »
- « Oui, très bien ! et toi ? ah, tu ne dis rien ? Un chat t'aurait-il mangé la langue ?»
Les rires étouffèrent le rugissement de Kojirô qui se leva, prêt à faire un malheur, mais se faisant, il se heurta à une Neeve qui passait par là.
- « Tu tombes bien toi ! Entre ma bouffe et ma sœur, prépare-toi à morfler ! »
- « Tiens, tu as oublié ça dans le frigo ! » Et tout gentiment, elle lui tendit sa boite bentô. Comment voulez-vous lui faire des reproches après ça ? « Quoi, qu'est-ce qu'elle a, Natsuko ? »
- « Laisse tomber ? Pourquoi tu es en short de sport ? »
- « Parce que Rai m'a promis de m'aider à améliorer mes tirs, hein, SuperDunker ? »
- « Righty-Oh, sis ! » Le grand joueur se leva, goba son reste de sandwich d'une bouchée. « Let's play ball ! »
- « Je t'ai dit de te calmer ! » sermonna Kojirô en fronçant les sourcils. « Ta cheville ne va pas tenir le coup ! » Il était réellement inquiet. Pour quelqu'un qui était un peu fragile de santé, elle était passée de l'inactivité presque la plus totale à une frénésie de sport… Et elle trouvait encore le temps de préparer les bentô de tout le monde…
- « C'est gentil de t'inquiéter… »
- « N'Y PENSE MÊM---. » Et PAF ! Câlin en traitre par derrière. Elle était collante, comme fille. « Va faire tes paniers, Hase, je suis sûr que c'est nécessaire. »
- « Comme tu veux… » Le fait qu'elle ne réagît pas à la remarque pourtant publique aurait dû lui mettre la puce à l'oreille, mais Kojirô ne pensait plus qu'à une seule chose : MANGER. Débarrassé de sa sangsue, il ouvrit son bentô….
- « CE N'EST PAS VRAI, IL Y A DES CAROTTES ! »
- « RASSURE-TOI, J'AI FAIS EXPRES ! » cria une voix qui s'éloignait.
- « Et toi, tu ne dis rien ! » accusa Kojirô en foudroyant Kazuki tout en tentant de récupérer les morceaux de carottes soigneusement laminés et tronçonnés en de minuscules portions.
- « Moi ? » protesta Sorimachi. « Ce sont tes carottes, non ? »
- « Et je croyais que tu allais lui dire de se calmer ? »
- « Ah, oui, mais on parle de Neeve là. Tu n'imagines pas qu'elle va te laisser 100% tranquille, non ? »
- « Et puis, ça te manquerait… » ajouta Ken avec un sourire.
- « Même pas en rêve. Plus chiante qu'elle, tu meurs ! »
Kojirô renonça à faire le tri des aliments et engloutit son bentô. Il était en train de digérer tranquillement en parlant, comme d'habitude, de sport avec ses copains quand la Furie refit son retour :
- « KOJIIIIIIIIIIROOOOOOOOOOOO ! »
- « Mais quoi encore ?! »
- « Tu te rappelles des exos de maths d'hier ? Ceux que tu m'as corrigés ? »
- « Ouais. »
- « Ben j'ai oublié ou perdu mes feuilles de réponses. Et je dois rendre tout ça maintenant ! »
- « Et en quoi suis-je concerné ? » Il se doutait en fait de là où elle voulait en venir, mais il refusait de se laisser avoir.
- « Mais il faut que tu m'aides ! »
- « T'as qu'à les refaire, c'est tout ! »
- « Je dois rendre les feuilles dans 10 minutes ! Je n'y arriverai jamais ! Alors que toi…. »
- « Et j'y gagne quoi, moi ? »
- « Roo, t'es pas gentil ! »
- « Toi non plus. »
- « S'il te plait ! »
- « Ben justement, il ne me plait pas. »
- « …. Booon, c'est bon, je te laisserai en paix…. »
- « Pour de bon. »
- « Co-comment ça ? »
- « Pas de demi-trêve. Je n'ai pas envie de te retrouver sur mon dos dans une semaine. La paix totale ou un zéro… »
- « Si j'ai un zéro Papa va me punir, et tu le sais ! » s'écria Neeve.
- « Ah lala, c'est dur, quand même, ta vie… » ironisa Kojirô en s'étirant.
Il regarda sa sœur se dandiner d'un pied sur l'autre, tiraillée entre deux catastrophes, avec délectation. Il la vit jeter l'éponge avec désespoir et bénit la tête de linotte qui servait de cerveau à Neeve.
- « C'est bon ! Mais tu as intérêt à ne pas me décevoir ! »
Elle lui tendit les feuillets d'exercices et Kojirô se pencha dessus, piochant un crayon de son sac. Rapidement, il commença à calculer les équations, mais certains raisonnements ne pouvaient pas se faire de tête, aussi dut-il prendre une feuille de brouillon pour griffonner des notes. Neeve, derrière lui, piaffa d'impatience et d'appréhension devant le retard.
- « Vite, vite, ça sonne bientôt ! »
- « Minute papillon ! »
- « Tu t'es gouré là ! » fit Ken qui relisait par-dessus son épaule. « C'est 2X et non pas 3… »
- « On s'en fiche, si c'est trop parfait, le prof remarquera le truc ! » s'énerva Neeve. « Tiens, tu n'as qu'à faire la deuxième feuille ! » Et vlan, le gardien se retrouva devant sa liste d'équations.
- « Hase, tu me feras du porc aigre-doux ce soir ! » commanda Kojirô.
- « Si tu veux. » accepta distraitement Neeve en remplissant sa propre fiche de calcul.
- « Avec du riz brun, et de la sauce au gingembre et pousse de bambou… »
- « Ça ne va pas avec le porc aigre-doux, ça… » commenta-t-elle tout aussi légèrement, étant concentrée sur ses « x » et « y ».
- « Mais avec le poulet teriyaki, si… » glissa-t-il en réponse.
- « … j'ai compris… »
- « Et voilà ! » Kojirô ramassa ses deux feuilles et les lui tendit.
- « MERCI ! » Et Vlan ! Câlin deux ! « Merci, merci, merci, merci, merci… »
- « Et du pain aux haricots rouges ! »
- « Ne pousse pas trop, quand même ! »
- « Et moi, qu'est-ce que j'ai ? » geignit Ken. « J'ai participé, moi aussi ! » Il agita sa feuille avec un rien de gaminerie…
- « Tu n'as qu'à venir manger demain soir ! » s'époumona Neeve pour couvrir et la sonnerie indiquant la reprise des classes et la distance qu'elle avait déjà parcourue en entendant la cloche.
Les cours touchant à leur fin, les footballeurs prirent le chemin de la cour principale, au lieu de se diriger vers la pelouse. Bien que cela ne fut qu'un match amical, il régnait dans l'air une certaine excitation mêlée à de la nervosité et de l'agressivité. Une nouvelle équipe, jamais affrontée ou même vue en match, dont le capitaine s'en était pris successivement à LEUR capitaine et à leur furie. Le premier match que Kojirô allait jouer depuis sa mise à terre, au poste de milieu de terrain…
Le trajet en car fut court, mais peu silencieux. En effet, Kojirô se retrouva la risée de tous, parce que suite à une écriture peu lisible, le bus arriva un quart d'heure en retard, au moment où tout le monde commençait à désespérer.
A St Elizabeth, ils ne furent accueillis par personne d'autres qu'Ayame, qui les attendait. Bien entendu, elle se précipita sur Ken, mais cette fois, tous avaient compris la manœuvre et ils se mirent en ligne, en une belle haie d'honneur… Alors qu'ils marchaient tous, un peu intimidés par les bâtiments et la qualité du complexe sportifs, Ken se faufila près de Kojirô et Kazuki, les prenant un peu à part :
- « Faites attention à Nagata, il va sûrement tenter de s'en prendre à vous. »
- « Quoi encore ? »
- « Ayame a entendu des rumeurs et… »
- « Ce mec est con et malade et s'il me cherche, il va avoir affaire à moi ! » La voix de Kazuki était glaciale. Jamais Kojirô ne l'avait vu aussi en colère…. Cela devait dépasser le niveau du piquage de copines pour que le jeune homme, d'un naturel aimable, soit à ce point remonté… Ayame, quant à elle, évitait soigneusement Nagata, tout en essayant d'attirer son attention. Et ce faisant, elle flirtait ouvertement avec tous les gars de l'équipe, ce qui les mettait mal à l'aise et rendait ceux de St Elizabeth à la fois jaloux et goguenards. Kojirô soupira et attrapa la jeune fille par le bras pour la trainer sur quelques mètres, au coin du bâtiment.
- « Toi, ma jolie, tu vas m'ouvrir les écoutilles et ne pas me faire répéter. Neeve te l'a dit, Ken te l'a dit, Kazuki te l'a dit et je te l'ai dis : Nagata est un vieux trouffion pourri dégoûtant et avarié. Alors quel que soit ton problème avec le crétin abruti congénital, tu le règles toute seule, et surtout, SURTOUT, tu ne mêles pas mes gars à ça…. Et ne pleure pas ! »
- « Mais--- »
- « Par contre, si tu as besoin d'amis pour en parler ou même faire quelque chose d'intelligent, Neeve, Ken, Kazuki et moi, nous serons là. »
- « Je--- »
- « Et sois assez intelligente pour ne pas la ramener maintenant que je suis en colère. Dommage c'est Nagata qui va tout prendre. Franchement, les filles, vous compliquez tout, même le foot. »
Cette fois, c'était Kojirô qui fulminait. Sa fureur alimenta celle de Kazuki, qui a son tour fortifiait l'attitude belliqueuse de son capitaine. Le duo se préparait à un massacre…
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Bon, ça vous plaît toujours? Vous trouvez que l'histoire avance toujours trop lentement? Venez me dire ce que vous en pensez !!
