Chapitre 54 : En couple
Allison marmonna quelques mots inintelligibles avant d'ouvrir les yeux. La première chose qu'elle vit fut House, puis l'horloge qui affichait huit heures du matin. Elle soupira de soulagement en voyant qu'elle ne s'était pas réveillée en retard.
Elle se libéra de l'étreinte de House pour enlever son pyjama et le remplacer par une tenue vestimentaire plus appropriée – débardeur violet et jean. Elle laissa au pied du lit un pull vert qu'elle comptait mettre au moment de sortir, étant donné que le froid hivernal ne daignait pas abandonner son devoir : hanter les personnes frileuses comme Cameron.
Elle s'assit sur son lit, non loin de son pull, et observa la vue de sa fenêtre.
« Chicago... Je ne reverrai plus cette ville pendant longtemps, j'imagine... pensa-t-elle avec tristesse et déception. »
Des images s'imposèrent à son esprit sans qu'elle ne le veuille. La vue de sa vie natale faisait ressurgir en elle tous les souvenirs passés avec sa sœur, les bons comme les mauvais. Elle décida malgré elle de refuser tous ces souvenirs, d'éviter tous ses sentiments de regrets qui la hantait.
Elle posa ensuite son regard sur House, qui dormait à poings fermés. Elle ne voulait pas le réveiller, il avait tellement de mal à penser qu'il devait partir, lui aussi... Elle préférait lui donner un peu de repos plutôt que de l'inviter à désespérer avec elle. A deux.
***
Des kilomètres plus loin, un grognement féminin retentit. Cuddy se réveilla, ressentant les douloureuses courbatures dans chacun de ses membres. Une seule et simple raison à ce phénomène . Elle devait avoir dormi pas plus d'une heure. Les mêmes questions la tourmentaient, les mêmes réponses qu'elle n'obtenait pas malgré tout. Les mêmes craintes qui lui revenaient sans répit comme une musique que l'on écoute en boucle.
Wilson, qui dormait près d'elle, ne l'aidait en rien. Bien que ses conseils s'avéraient exacts, elle n'arrivait pas à se résoudre à ne plus s'inquiéter. Elle ne daignait pas cesser d'inventer toutes ces hypothèses farfelues, et pourtant plausible...
Elle se rapprocha de Wilson et lança un regard à son poignet où se trouvait une montre. Huit heures et demi.
***
Chase commençait déjà à se préparer le petit-déjeuner, sans grande conviction. Ce qu'il avait lu la veille le hantait, au point de se poser des questions qui devenaient incompréhensibles à cause de son cerveau engourdi.
Il souhaitait revoir Allison pour lui demander des explications, pour comprendre. Mais, paradoxalement, il voulait l'éviter afin de ne pas voir la vérité en face. Une preuve de lâcheté de sa part, mais si cela l'aidait à moins souffrir...
Il secoua la tête résolument et se retourna vers l'horloge. Neuf heures.
***
House remua légèrement. Allison l'entendit et s'approcha de lui afin de lui poser la main sur son épaule, comme lui l'avait fait la veille. Elle l'entendit soupirer avant qu'il n'ouvre les yeux.
« Salut, dit-elle d'une voix suraiguë. »
Il se frotta un œil à l'aide de sa main et s'étira silencieusement. Il posa enfin son regard sur Allison. La première chose qu'elle remarqua fut cette expression de fatigue, cette expression qui signifiait qu'il avait passé la nuit à se tourmentait.
« Salut... répondit-il, las. »
Il fit un tour dans le lit et observa, à son tour, le paysage qui se présentait derrière la fenêtre. Mais Allison se leva et vint se mettre en face de lui, entre le lit et la fenêtre. Elle ne voulait pas qu'il pense aux mêmes choses qu'elle, aux mêmes idées, et qu'il ait les mêmes peurs.
« Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il, inquiet de voir toute cette tristesse se peindre sur son visage.
- C'est dur de quitter cet endroit, mais pourtant il le faut, expliqua-t-elle lentement, détachant bien chaque mot comme si pour elle aussi il était difficile de l'admettre. »
Elle lui sourit faiblement et il décida bon de se lever – il ne tenait pas à montrer qu'il partageait ces sentiments. Il n'eut pas besoin de se préparer, étant donné qu'il s'était endormi habillé. Il n'eut qu'à passer furtivement la main sur sa chemise afin d'en retirer les plis.
« Il nous reste encore un peu de temps, lui dit-il, que comptes-tu faire ? »
Elle réfléchit quelques secondes, pensant qu'il était important de faire quelque chose de mémorable avant de quitter la ville, puis répondit.
« Eh bien, déjà on pourrait commencer par manger un petit quelque chose... Le ventre vide dans un avion, ce n'est pas génial... dit-elle et il approuva d'un signe de tête. Puis on peut se promener un petit peu. Pas trop loin de l'aéroport, au moins on ne sera pas en retard, rajouta-t-elle, la voix tremblante. »
Il approuva une seconde fois d'un signe de tête, puis ils sortirent de la chambre. Ils se « précipitèrent » presque vers la boulangerie tellement Allison s'impatientait. Peut-être était-ce la faim qui venait en elle, ou bien l'envie de ne pas voir ce paysage qui la désespérait plus qu'il ne la ravissait.
Mais même en possession de son petit-déjeuner, Allison ne se calmait pas. Elle marchait, fixant ses pieds, et ne prêtait aucune attention à ce qui l'entourait. Alors qu'elle mordillait son croissant avec beaucoup moins d'appétit que précédemment, House lui caressa doucement le bras ce qui la fit sursauter.
« Il y a un problème ? demanda-t-elle en s'essuyant la bouche, afin d'enlever les miettes qui restaient. »
Il ne répondit tout d'abord pas. Il ferma les yeux un peu plus longtemps qu'un simple clignement, et put observer une Cameron inquiète lorsqu'il les rouvrit.
« Oui, un gros problème. »
Il avait lâché cette phrase pourtant si banale, mais tellement dure à formuler pour lui. Il ne savait pas comment expliquer ce qui se passait, son inquiétude, sa déception... Il ne voulait pas la voir inquiète, surtout en sachant qu'il ne pouvait rien faire. Il voulait se rendre utile, quitte à la blesser légèrement...
Allison fronça les sourcils en entendant ce ton perdu. House lâcha son bras et prit le sachet des croissants pour le mettre dans une poubelle, action qui devait réduire cette atmosphère pesante mais eut l'effet contraire – le suspens suite à la phrase de House persistait. Il retourna auprès de la jeune femme et afficha encore une fois ce regard sérieux.
« Il faut qu'on parle... dit-il doucement, mettant la plupart de ses principes à bas pour essayer de la rassurer. »
En vain. A ces mots, elle se crispa. Tous ses membres se contractèrent et elle ressentit un frisson lui parcourir l'échine. Elle craignait déjà ce qu'il allait dire, à tel point qu'elle ne sut que dire, ni que pensait.
« Il y a un problème... un gros... c'est... certain... Pitié, qu'il ne me dise pas que... que... que c'est fini ? Le... séjour... il ne s'est pas mal passé ! pensa-t-elle.»
House soupira, comprenant l'angoisse de sa compagne.
« Et puis, peut-être que... qu'il ne veut pas du tout me parler de ça ! Si ça se trouve, ça n'a rien à voir... »
House lui prit la main délicatement. Un geste si tendre ne faisait pas partie de son quotidien, mais il savait qu'il fallait la rassurer pour qu'elle se confie à lui.
« On est ensemble. Certes, depuis peu, mais il serait peut-être temps que tu me fasses confiance et que tu me dises ce qui te tourmentes autant, non ? »
Elle reposa les yeux sur ses chaussures, ne souhaitant pas affronter le regard de House. Il lui saisit la seconde main, comme s'il refusait de la laisser partir sans rien savoir. Il essaya de captiver le regard d'Allison, mais n'y parvint pas. Elle comprit rapidement ses intentions. Elle se lança, malgré tout, car elle lui cédait toujours tout...
« C'est juste... quitter cet endroit, qui me perturbe. »
Elle releva légèrement la tête, mais sans le regarder pour autant. Elle respira un bon coup afin de se lancer, malgré que sa voix tremblait légèrement.
« Ça fait tellement longtemps que je ne suis pas revenue ici... Je ne pensais pas, en venant, que je ressentirai de telles émotions, surtout depuis que tu as demandé à ce qu'on soit... ensemble. »
Elle agrippa un peu plus la main de House, mais il ne se retira pas pour autant.
« Sur le moment ça semblait si beau mais maintenant... ce n'est pas que je suis moins sûre, mais plutôt que je ne sais plus comment réagir. Vis-à-vis de tous les autres, à l'hôpital, et en particulier Chase...
- Tu l'aimes ? demanda-t-il précipitamment, sa voix trahissant alors son inquiétude.
- Non, non, bien sûr que non... enfin, du moins pas de la même manière que je t'aime toi... je l'apprécie en tant qu'ami du moment qu'il ne se met pas en travers de mon chemin... »
Elle parvint enfin à le regarder dans les yeux. Elle ne savait pas comment décrire ce sentiment qu'elle ressentait actuellement. Ce sentiment qui l'oppressait et lui cessait de lui dire que tout avait un début, tout avait une fin... et qu'il existera toujours des personnes qui pourront mettre « fin » à son bonheur à elle.
« J'ai surtout peur de sa réaction si jamais il apprend que nous sommes ensemble... Je suis sûre qu'il le prendra mal, mais justement, je ne veux pas voir cette réaction...
- Tu as peur de voir sa déception, c'est ça ? »
Une petite larme coula le long de la joue d'Allison. House serra la main d'Allison et la tira vers lui brutalement, de façon à ce que la jeune femme vienne dans ses bras. Il posa doucement la canne sur le mur d'à côté afin d'avoir deux bras libres pour pouvoir enlacer Allison. Pouvoir l'envelopper. La rassurer comme un amant le ferait lorsque sa petite amie ne se sentait pas bien.
Elle se lova contre lui, comme si le simple fait d'être dans ses bras lui enlevait tous ses soucis. Elle se sentait comme dans un cocon, en sécurité. Elle s'imaginait que là, appuyée contre son torse, elle ne craignait rien, il la protégerait contre tout. Contre tous ses angoisses, contre tous les obstacles qui pourraient détruire leur couple en ne laissant que des blessures et des souffrances.
Il l'embrassa doucement sur la joue, ou plus précisément sur la larme qui coulait lentement.
« Ne pense pas à lui. C'est égoïste, oui, mais tu passes tout de même avant lui. Prends soin de toi avant de te soucier de quelqu'un d'autre. »
Elle fit « oui » de la tête, et posa ladite tête au creux de l'épaule de House. Elle huma son odeur, profitant de ce bonheur nouveau.
« Et pour les autres ? On fait quoi ? demanda-t-elle.
- L'équipe ne dira probablement rien, ils tiennent à leur job j'imagine. Peut-être même que Treize sera contente de savoir que tu es avec moi, tiens... »
Allison étouffa un rire, bien que ce soit nerveux. Au moins, quelqu'un pourrait se ravir de cette relation qui venait de naître.
« Wilson et Cuddy ? proposa-t-elle ensuite.
- Ils sont trop occupés par leur propre relation pour s'occuper de celles des autres.
- Mais Wilson veut à tout prix que tu trouves une petite amie, il me semble, il risque de fouiner, non ? objecta Allison.
- Je n'ai qu'à lui dire que s'il se mêle de ce qui ne le regarde pas, je me mêle de ses affaires avec Cuddy. De quoi le stopper net... »
Allison fut soulagée d'entendre des réponses aussi positives. Certes, ils étaient optimistes, mais au moins elle pouvait compter sur House pour lui remonter le moral en cas de problèmes... Malgré sa dure carapace, House s'avérait un bon compagnon, pour le moment, du moins...
« Il faudrait peut-être y aller, non ? suggéra House. On ne va pas avoir le temps de nous promener... »
Sur ces mots, ils mirent fin à leur étreinte. House récupéra sa canne et ils poursuivirent leur chemin jusqu'à un arrêt de bus.
Ils firent le même chemin que le premier jour, mais en sens inverse. Ils ne dirent rien, perdus dans leurs pensées. Ils se faisaient leur propre scénario des événements qui allaient se dérouler.
« On y est ! déclara enfin Allison, brisant le silence pesant. »
Ils descendirent du bus et virent l'aéroport. Le cœur d'Allison accéléra brutalement à l'idée que bientôt, ils seront dans le New Jersey, à faire face à leurs collègues... Elle ne put s'imaginer une suite, puisque House lui avait prit la main pour l'entrainer au loin.
« Arrête de te triturer la cervelle, murmura-t-il. »
Elle le dévisagea avec surprise, et il poursuivit.
« Arrête de regarder trop loin. Tu cherches à voir ce qui se passera dans le futur, à tel point que tu en oublies le présent. Tu n'es pas encore à l'hôpital. Là, maintenant, actuellement, tu es avec moi, à Chicago. Si tu te projettes trop loin, tu vas finir par oublier le présent, et trébucher sur les obstacles qui sont juste en face de toi. »
Un silence s'installa. Allison entrouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais aucun son ne sortit. House se sentait gêné de faire une pareille morale, alors qu'elle pouvait s'appliquer pour lui également.
« Après tout, c'est la vérité... Le mieux à faire pour le moment, et de profiter, sans se compliquer. On pourra réfléchir au reste lorsque nous serons dans le New Jersey, pensa-t-il, cherchant à tout prix à ne pas regretter ce qu'il venait de dire.
Je n'arrive pas à croire que House arrive à consoler les gens... On pourrait penser qu'il possède cette particularité depuis toujours, mais qu'il se décide à la révéler que maintenant. Je devrais écouter son conseil plutôt que de n'en faire qu'à ma tête... pensa-t-elle, heureuse d'avoir pu entendre ce que pensait House. »
Il prit donc la main de la jeune femme et commença à marcher avec elle. Il ne voulait pas qu'elle oublie ce qu'il venait de dire, mais ne souhaitait pas non plus qu'elle réponde impérativement quelque chose. Mais il ne lui en voudrait pas si elle devait réponde.
« Merci. »
Il se retourna vers elle et put voir le magnifique sourire qu'elle lui offrait. Il détourna le regard bien rapidement, gêné.
« Hum... Ça ne va pas, je ne suis pas du genre à agir pareillement... Je deviens trop romantique, il va falloir que je réfléchisse sur moi-même... »
Il stoppa là ses pensées lugubres pour jeter un coup d'œil à sa montre.
« Il est déjà dix heures et demie... dit-il.
Et l'avion part à midi moins le quart. On n'a pas vraiment le temps de faire quoi que ce soit... »
Ils rentrèrent dans le bâtiment et recommencèrent les mêmes cérémonies – poids des bagages, cartes d'identité, billets d'avion, et tout le reste. Ils allèrent ensuite s'asseoir, en attendant que l'avion n'arrive. Allison s'appuya contre son dossier, heureuse de pouvoir souffler un peu – son sac pesait trop lourd pour un petit gabarit comme elle.
Une petite voix d'hôtesse de l'air résonna dans la salle, annonçant l'atterrissage de l'avion en direction du New Jersey.
Ils se levèrent, en harmonie, et se dirigèrent à l'extérieur afin de monter dans l'avion. Allison sentit son cœur battre la chamade lorsqu'elle s'installa sur le siège, aux côtés de House. Elle se rappela justement des paroles de ce dernier afin de ne pas plonger dans de sombres pensées.
Elle lança, au travers du hublot, un dernier regard à cette ville, sa ville natale. Elle respira un grand coup avant de se retourner vers House et de l'observer lui.
« Tu as toujours le trac ? demanda-t-il.
- Je ne te cache pas que oui, mais ça va tout de même un peu mieux. »
Elle lui fit un petit sourire forcé, cherchant à lui montrer qu'il ne fallait pas s'inquiéter. Il l'embrassa furtivement, lui donnant un peu de force par la même occasion.
« Dis-toi que tu verras bientôt ta sœur, au pire... conseilla-t-il. »
Elle approuva d'un signe de tête, puis une hôtesse passa pour dire que l'avion allait décoller. Allison se cabra à l'arrière de son siège, posa la tête contre ce dernier tout en serrant la main de House.
« Ah oui, tu n'aimes pas les décollages, ni les atterrissages... dit House.
- Comment le sais-tu ? s'étonna-t-elle.
- Simple constatation. Tu étais mal à l'aise lorsqu'on est arrivés à Chicago.
- On venait de se disputer, je te rappelle, et penser que je passerai quelques jours seule avec toi, ça avait de quoi me perturber...
- Il n'empêche que j'ai raison, marmonna House, toujours aussi têtu
- Oui, tu as raison, ne t'inquiète pas. »
Elle lui sourit. Un vrai sourire, cette fois-ci. House comprit enfin les raisons pour lesquelles elle se sentait bien lorsqu'il ne souffrait pas. Il ressentait pratiquement la même chose en ce moment même. Il se sentait bien, à son aise...
« Je ne pensais pas ressentir de tels sentiments en me mettant avec elle... s'avoua-t-il. »
L'avion était à présent dans les airs, et ils pouvaient observer l'aile de l'avion frôler les nuages.
« Je me demande... commença Allison, si l'hôpital apprend que nous sommes ensemble...
- Arrête de te torturer l'esprit ! la coupa-t-il.
- Mais laisse moi finir ! dit-elle en riant. S'ils apprennent que nous sommes ensemble, ça devrait faire un choc non ? On part, près à s'étrangler et on revient... hum... »
Elle cherchait une expression pour décrire comment ils pouvaient revenir, mais ne trouvait pas.
« On revient ? insista House.
- On revient en couple... murmura-t-elle, peu sûre d'elle. »
Elle avait toujours aussi peur de surestimer leur relation, et que House lui dise qu'elle se trompait entièrement... Elle aimait se dire qu'ils formaient un couple, un vrai, comme dans les films – son côté romantique, probablement.
Mais à sa grande surprise, House ne démentit pas ses paroles. Au contraire, il sourit et dit d'une voix presque soulagée :
« Exactement. En couple. »
