OUI OUI, je suis toujours vivante xD
Tout d'abord, désolée pour l'attente (les vacances, le boulot, la rentrée, la fac de médecine, taper sur les tables en chantant des chansons paillardes... Vous voyez le topo, quoi. J'étais occupée T.T) et ensuite, baaaah. J'ai franchement fait ce que j'ai pu pour arriver dans les temps, mais je doute voir la fin de Spirits'Sekai avant Noël, ce coup-ci x')
Bref, c'était ma vie.
Ah, d'ailleurs, comme je ne mettrais pas très souvent à jour dans le coin, je vous conseille sincèrement mon livejournal (ou un mp. Ou du morse, ma fenêtre est ouverte entre 20h et 23h toute la semaine, sauf le samedi). Bref bis... Qu'est-ce que je pourrais rajouter ?
Oh, oui. Le Holmes/Watson est terminé, pour ceux que ça intéressait (je le publie ce week-end). Et sur ce, bonne lecture comme toujours et j'espère à très bientôt :)
Rori H. Nemuri
49, A Singing Brasero [A Remanent Blue Flame 5]
Rim expira lentement.
Posséder le reiatsu de son père lui avait offert une échappatoire à un sort qu'elle croyait définitif – sa disparition pure et simple – mais parfois, elle aurait préféré que la dernière once de son reiatsu ait disparu avec lui. L'énergie flottait autour d'elle, parfois totalement hors de contrôle, cherchant un autre point auquel se lier – car La Imitadora, bien que capable de copier parfaitement qui que ce soit, n'était pas Kisuke Urahara.
Benihime demeurait murée dans son silence, enfermée dans un monde intérieur soudain devenu sombre et morne – quoiqu'elle soit devenue, la situation n'était pas normale et elle l'avait senti. Rim le ressentait également, mais avait décidé de faire avec – tant qu'il n'y aurait pas d'autre solution que celle de porter un Zanpakuto qui n'était pas le sien pour survivre, elle laisserait le reiatsu étranger de son père se réfugier dans son corps. Mais avait-elle seulement un moyen d'empêcher le processus ?
Kisuke aurait probablement fait n'importe quoi pour la faire survivre, tout en sachant qu'à la base, il l'avait aussi créée dans le but peu louable de l'utiliser; de l'eau avait coulé sous les ponts depuis, et l'affaire s'était éclaircie, mais... Il était mort, et elle vivait encore – pourtant, l'inverse aurait été le plus probable, il n'y avait pas six mois de ça.
« Ils arrivent, lâcha soudain Ichigo en se redressant. Côté Soukyoku. »
La Imitadora sortit de ses pensées et laissa tomber la méditation. Benihime ne répondrait pas aujourd'hui non plus à ses appels tantôt désespérés, tantôt autoritaires; elle savait que pour l'instant, elle ne pouvait rien faire de plus, mais Rim refusait de laisser le Zanpakuto sombrer dans un silence dépressif et dépérir alors qu'elle pouvait l'empêcher.
Elle se releva et rangea la lame dans son fourreau, à sa ceinture.
Humant l'air, repérant les vaguelettes fines et évanescentes de reiatsu qui leur parvenaient malgré leur position à couvert au milieu du drôle de bois d'arbres sans feuilles poussant sur la colline, Rim inspira profondément, un peu anxieuse.
Ichigo et elle étaient arrivés plutôt rapidement, à peine une journée après qu'ils se soient retrouvés dans le Seireitei. Copier le reiatsu de Grimmjow n'avait au final pas été très utile, puisque le gros des troupes avait battu en retraite en direction de la Première Division et des Laboratoires de Kurotsuchi – le Roi et Jaggerjack ayant décidé d'y faire le ménage, ça avait activé l'instinct protecteur de quelques uns. L'autre raison était l'invasion des simples âmes qui avaient traversé, grâce à Kûkaku, le large mur bloquant l'accès du Seireitei et défilaient dans les rues. Ils avaient allumés plusieurs incendies, et probablement causé une panique de tous les diables en plus d'un profond chaos – et ça arrangeait bien les affaires des Renégats, qui avaient le champ libre.
« Des nouvelles des autres ? S'enquit-elle en remarquant qu'Ichigo analysait aussi les vagues de reiatsu.
Il souriait à peine, visiblement préoccupé.
- Quelque chose ne va pas ?
L'hybride se tourna vers elle, une lueur curieuse dans le regard.
- Encore quelques heures, souffla-t-il, l'éclat réchauffant le doré de ses yeux. Je ne réalise pas vraiment, ajouta-t-il ensuite en redevenant nonchalant. Pourtant, j'ai plus qu'un océan de sang sur les bras, depuis deux semaines…
Rim sourit nerveusement, ne sachant pas quoi répondre à ça.
- Je sais, dit-elle pourtant. Mais on va y arriver.
- Oh, de ça je n'ai aucun doute, répliqua-t-il avec un large sourire. Ce serait plutôt bête de s'arrêter maintenant, non ?
- Tu as le droit d'être fatigué, corrigea-t-elle gentiment en comprenant où il voulait en venir. Personne ne te force à quoique ce soit.
Dubitatif, il joua la carte de l'insolence et poursuivit d'un ton dédaigneux au possible :
- Ah oui ? Mon Dieu, si j'avais su tout ça avant, je n'aurais jamais rien tenté pour libérer ce monde – et l'autre non plus, mais ce n'est qu'une affaire de perspective, j'imagine ?
Un peu accusateur, il semblait prêt à lui faire davantage de reproches mais n'ajouta rien.
Ils n'avançaient pas, leurs pieds comme collés au sol rêche et aride de la colline.
- De quoi tu m'accuses, au juste ? Contra Rim en se tournant vers lui.
- Je n'accuse que moi-même, répondit-il sombrement. J'ai été bien naïf de croire qu'on pouvait tout protéger, tout sauver. Les temps changent, et l'envers du décor était pourri jusqu'à l'os. J'ai voulu trop y croire, et –
- Tu ne referas pas la même erreur. Pourquoi si peu de confiance, alors que tu as déjà accompli autant ?
Parfois, Rim ne comprenait pas cette dépréciation méthodique à laquelle Ichigo se livrait sur lui-même. Certes, il paraissait sûr de lui, puissant, meurtrier, magnifique, instable – tout ça à la fois, mais qu'y pouvait-il, si après avoir vécu quarante années enfermé dans une prison des plus invivables sa confiance en lui était effritée ? C'était même plutôt logique… Au final, La Imitadora avait le sentiment qu'il restait plus de l'adolescent gauche et maladroit avec ses sentiments qu'on pouvait le croire; soucieux des autres, bien qu'ayant ses crises de folie lors des batailles et des périodes de troubles intenses, Ichigo demeurait Ichigo.
Et elle était totalement désarmée face aux insécurités de ce garçon.
- Qu'ai-je accompli, au juste, si ce n'est le triste spectacle de ma déchéance ?
Ironique, il lui souriait et semblait prêt à défendre son cas jusqu'à la fin, tout dans ses mots criant je suis une cause perdue, et tu ne me sauveras pas, Rim.
- Tu ne te détestes pas, trancha-t-elle avec agacement.
Puis, avec une froideur qui l'étonna, elle déclara avec une fureur étonnamment contrôlée ce qu'elle pensait de ces petits accès de manque de confiance.
- Tu t'apitoies sur ton sort et c'est profondément pathétique de ta part, parce que dès que tu peux tu ressors cette vieille chanson particulièrement idiote du « je suis un monstre et je n'assume rien ». On m'a raconté, longuement, ce que j'avais loupé de ta vie et je sais qu'au fond, ce n'est pas de la haine : c'est juste de la peur.
Elle marqua une pause, tentant de lire un quelconque sentiment dans les iris mordorées.
- Mais pourtant, tu n'as pas tellement la trouille que ça. Tu embrasses la partie sombre de ton cœur, facilement, et tu peux la renvoyer dans les abysses dès que tu n'en as plus besoin – s'il y a une seule chose chez toi qui est monstrueuse, c'est ton fichu complexe d'infériorité et ton manque de confiance en toi, même si tu les caches bien quand tu ne t'en plains pas sans arrêt.
Sa tirade s'arrêta, et alors qu'elle reprenait son souffle, Ichigo se mit à rire.
- T'es trop compliqué pour moi, j'abandonne, déclara-t-elle ensuite en souriant à son tour.
- Merci, mais non merci.
Rim se figea, puis fronça les sourcils, incompréhensive.
- Un jour, je ne pourrais plus revenir, siffla Ichigo avec un ton amer qui n'échappa pas à la Imitadora. Il n'y a pas de solution, et même si je ne veux pas disparaître, quelque chose me dit que ce serait presque mieux.
- Ces batailles n'étaient pas une campagne suicidaire, tu ne me feras pas avaler un mensonge aussi immense.
- Oh non. Mais me rendre détestable à vos yeux sera probablement ma dernière solution, si aucun de vous n'arrive à comprendre ce qui m'attend.
- Mais tu ne vas pas –
Ichigo la coupa, son sourire se tordant dans un rictus cynique.
- Tu ne sais pas, Rim », lui répondit-il tranquillement.
Et la discussion fut close, La Imitadora n'ayant rien à répondre.
Calmée, elle le regarda s'avancer, mettre un pied devant l'autre, presque trop solennel malgré son large sourire. Sentencieusement, il marcha jusqu'au bord du bois, silencieux et déjà concentré sur la prochaine et dernière étape de leur course contre la montre.
« C'est peut-être idiot, lui chuchota-elle finalement alors qu'ils approchaient de l'orée du bois, mais je ne t'imagine pas mourir. Même si ton cerveau tordu en vient à fomenter des plans idiots pour qu'on te tue, je ne sais pas si tu parviendrais à tes fins.
- Ne me tente pas, murmura-t-il en retour, sombre.
- On t'aime, Ichigo. C'est pour ça que nous ne sommes pas prêts à te laisser partir – et crois-moi, ajouta-t-elle sans jamais cesser de murmurer, tu ne nous y obligeras pas aussi facilement que tu le crois. »
En copiant le reiatsu des êtres qu'elle côtoyait, Rim n'aspirait pas seulement leurs pouvoirs, mais également leur essence – et elle avait ressenti, douloureusement, tout ce maelström de sentiments compliqués qui vivaient dans le cœur confus d'Ichigo. La folie avait caressé son esprit, tentatrice, mais elle avait tenu bon, accrochée à ses souvenirs et à tout ce qui pouvait l'empêcher de perdre pied; elle avait ressenti l'intense désespoir, la fluctuante nostalgie, la rage brûlante, les restes de colère, une furieuse envie de tout détruire, l'incompréhension d'Ichigo mélangés et dissimulés derrière une formidable volonté de continuer qui s'érodait parfois, mais tenait bon. Et à d'autres moments, le reiatsu noir se faisait entendre, grondant au loin comme un orage. Elle arrivait à le percevoir, car pouvoir imiter le reiatsu était parfois un cauchemar plus qu'un cadeau. Rim entendait une voix éraillée, vieille et solitaire chanter, mais ce n'était pas rempli de misère, ce n'était pas pitoyable – au contraire, c'était placide et presque agréable.
« Ne laissez personne vivre ce que j'ai enduré. Peu importe les cris d'un père, les pleurs d'une mère; ne laissez aucun gamin comme moi vivre, lui dit Ichigo en s'arrêtant.
La colline était déserte sous le soleil levant, et pourtant les reiatsus Shinigamis étaient distinctement placés aux abords du Soukyoku.
- Pourquoi ?
- Parce que c'est trop cruel d'être le seul de sa race », lui avoua-t-il, ses yeux posés sur la plaine.
Rim aurait voulu le rassurer, lui crier que non, il n'était pas aussi isolé qu'il le croyait – mais ayant ressenti tout le gouffre de ses sentiments, toute la complexité qu'il était dans son entièreté, elle était incapable de rempiler avec un tel mensonge. Vivre à côté de lui, même pendant quelques heures, avait amplement suffi pour analyser et détailler tout ce qui pouvait l'être à propos d'Ichigo. Il voulait survivre, aucun doute. Ne pas disparaître, ne pas être oublié – mais il ne laisserait personne l'aider.
Ce gamin serait décidément paradoxal jusqu'au bout.
« Laisse-nous essayer, murmura-t-elle en posant sa main sur son avant-bras.
Il la regarda, désapprobateur, déconcerté et étrangement amusé.
- Certaines personnes ne sont pas faites pour être sauvées, lui chuchota-t-il en retour.
- J'ai survécu, on trouvera quelque chose pour toi aussi –
- Non, trancha-t-il.
Il était serein, et c'était probablement le plus horrible dans toute cette histoire.
- J'ai choisi ce chemin en connaissant toutes les variables, lui expliqua-t-il. Urahara a tenté le coup, lui aussi – ça doit être un truc de famille, sauver les cas désespérés, siffla Ichigo dans une tentative ratée de plaisanterie.
Mais ce n'était vraiment pas drôle.
- Je suis fatigué, Rim. Et je sais qu'avec ton truc, tu comprends exactement dans quelle mesure. Ne joue pas à la plus maligne –
- Je ne –
- Oublie, la coupa-t-il en agitant sa main. Cette discussion ne mène nulle part. Pourtant ce n'est pas faute d'avoir retourné la question dans tous les sens, mais vraiment, stop. Je finirais par crever, un jour. Avant vous, c'est certain; mais au final, qu'est-ce que ça change ? Vous aussi, vous allez finir par y passer. Pourtant, personne ne fait tout un cinéma dès que vous parlez de mourir. En quoi suis-je différent, au juste ? »
Le ton n'avait été ni agressif, ni rien – on aurait simplement dit qu'il lui expliquait calmement les choses, et Rim songea que c'était probablement ça, la chose la plus monstrueuse à propos d'Ichigo.
La situation lui va.
Il l'accepte.
Elle commence à ouvrir la bouche pour répliquer, mais finit par la refermer, incapable de prononcer un mot, et parce que merde, le regard d'Ichigo vaut tous les la ferme du monde.
« Oh, les renforts sont là, s'amusa-t-il d'un coup, quittant Rim des yeux pour se retourner dans une autre direction.
Rim se concentra, décelant les reiatsus de Gin et d'Umbre qui faisaient leur chemin jusqu'à elle et Ichigo à travers les bois; discrets et furtifs, ils avaient probablement choisi la « forêt » par commodité, plus que parce qu'ils avaient ressenti la présence d'Ichigo et Rim.
- Mieux vaut les attendre, décida-t-elle. Ils ont du nous capter, et les Shinigamis n'ont pas l'air encore tous rassemblés. »
Ichigo n'acquiesça pas, ses yeux perdus sur l'horizon.
On apercevait le Soukyoku au loin – la lame brandie vers le ciel, brillante à cause des rayons du soleil, et c'était presque comme s'il les narguait. Le fait que Rim puisse le détruire restait remarquablement théorique, et bien que tout le monde ait confiance en Urahara et Esperanzia, le risque que l'opération sauvetage puisse être réduite à l'échec n'était pas non nul.
Loin de là.
Rim avala difficilement sa salive, et à mesure que les silhouettes d'Umbre, Gin et Hiyori – Hiyori ? – se détachaient au loin, elle sentit distinctement son estomac s'alourdir et ses mains commencer à trembler. Un peu perdue, elle entendit à peine les premières paroles de Gin ou d'Umbre, les explications tranquilles du premier par rapport à Hiyori et au Capitaine Hitsugaya qui a préféré ne pas participer à cette bataille, la réponse cynique d'Ichigo, les exclamations amusées de son demi-frère ils étaient tous ensembles, attendant d'elle l'impossible, et la prise sur son estomac se resserra comme des griffes de métal enserrant sa chair sans pitié.
Rim se sentit soudain nauséeuse, et résista à une soudaine envie de s'asseoir pour ne plus bouger.
« Rim ? »
Gin et Ichigo ne discutaient plus, et s'étaient mis à regarder pensivement l'attroupement de Shinigamis. Umbre était par contre face à elle, et Rim sursauta, surprise parleur soudaine proximité.
« Quoi ? Répliqua-t-elle un peu sèchement.
- Rien, répondit Umbre en clignant des yeux, vexé par sa réaction.
Elle croisa les bras, à cran.
- Tu vas y arriver, tu sais – enfin, c'est pas comme si je t'en pensais incapable, mais tu as l'air stressée et tout, donc…
- Non, non, ça va, contra-t-elle toujours aussi sèchement, mais de plus en plus sur le point de paniquer.
Umbre lui sourit largement, et sa moue sembla crier à Rim Je te l'avais bien dit que tu étais stressée, puis il posa une main réconfortante sur son épaule qui la surprit un peu. Son corps était tout raide, crispé sous les doigts du fils aîné de Lho, mais il ne fit aucun commentaire.
- Tu peux le faire, lui dit Umbre avec un sourire moins large, plus sérieux, tellement pas lui.
- Ne commence pas, le prévint-elle en se dégageant. Ne me dis pas que ça va être de la tarte, du gâteau, je ne suis pas –
- Quoi, prête ? Déconne pas, je t'ai vue prendre le reiatsu d'autres personnes et leur foutre une raclée des centaines de fois. Ou des milliers. Oui, ce serait plus proche de la réalité, ajouta-t-il pensivement, comme s'il comptait intérieurement le nombre de fois où Esperanzia avait démontré sa force. Et d'ailleurs, arrête de parler de pâtisseries. Tu me donnes faim – et on ne risque pas de trouver ce genre de nourriture à la maison…
Rim sourit malgré elle – elle avait toujours trouvé amusant qu'Umbre évoque le Hueco Mundo comme la maison, d'une façon si familière et enfantine, alors que le pays des Hollows n'était rien de plus qu'un abattoir géant.
- Bref, ne te fais pas trop de souci. On va les éclater ! S'écria-t-il comme un gamin prêt à entrer dans un jeu de Laser Game.
Sauf que c'était tout sauf un jeu, cette fois-ci. Rim ressentit le besoin de lui rappeler, mais se retint – il essayait juste de la dérider un peu et bien que l'idée soit plutôt sympathique, ça ne marchait pas vraiment.
- Ne t'en fais pas, répéta-t-il de nouveau, avec cette voix trop adulte, trop mature, trop sérieuse, si différente – où est passé le sale gosse insouciant qui déblatère à propos de tout et n'importe quoi ?
Hiyori s'était assise au pied d'un des arbres, dans l'ombre d'Ichigo.
Rim ne sut pas trop pourquoi, mais elle envia soudain profondément la Vizard et son caractère bien trempé – elle semblait capable de supporter n'importe quoi, et La Imitadora aurait voulu être si forte, être capable de supporter la pression grandissante sur ses épaules.
- Ne doute pas. S'il y en a qui doit rater quelque chose, ce sera sûrement moi, la rassura Umbre, sa voix plus basse.
- Tu ne rates jamais rien, répliqua-t-elle, sérieuse.
- Oh si. Je m'arrange juste pour que tu ne le voies pas – ce qui est parfois difficile, je te l'accorde. Mais je fais des efforts !
Elle rit un peu, moins tendue.
- Te ronge pas les ongles pour si peu, va. Ce truc là-bas mérite sûrement pas ta peur.
- Je n'ai pas peur ! Grogna-t-elle en retour.
- J'ai dit peur ? Oh, pardon - ma langue a fourché, je voulais dire pitié.
- C'est déjà mieux, grommela Rim en retour, amusée, se retenant de le frapper amicalement sur l'épaule. Où sont – »
Sa question mourut sur ses lèvres.
L'agitation se calma significativement chez les Shinigamis, et soudain, tout le monde se tendit.
Le reiatsu brûlant de Yamamoto se fraya un chemin jusqu'à eux, et ils surent, d'une certaine façon, que ça marquait le début des hostilités; les Shinigamis ne se mirent pas en marche, mais la voix amplifiée d'un Officier leur expliqua qu'il valait mieux qu'ils sortent tous de leur cachette avant que le corps de Kido ne se mette à détruire méthodiquement chaque parcelle de la colline. Alors, à l'instant où la phrase s'acheva, Ichigo fut le premier à marcher en dehors du couvert rassurant des arbres, suivit par Gin et Hiyori qui rajusta ses vêtements, Umbre haussant les épaules, et Rim qui inspira profondément avant de marcher à leur suite.
Ils s'alignèrent tous les uns à côté des autres, tous les six face à un régiment énorme composé des dernières troupes et des derniers Officiers, Capitaines et Lieutenants inclus au milieu desquels Yamamoto trônait, souverain. Le soleil n'était même pas totalement levé, mais ça ne semblait déranger personne et Rim se fustigea mentalement pour avoir des pensées aussi idiotes alors qu'ils s'apprêtaient à combattre leur second plus terrible ennemi, à seulement six contre des centaines. Un vent frais et sentant l'humidité balayait la plaine, annonciateur d'un énième orage – le temps était caractériel, en ce moment.
« Je pense qu'il sait très bien ce pourquoi on vient, commença Gin avec une moue ennuyée.
- Que fait-on ? Lança Umbre en voyant les Shinigamis réorganiser leurs rangs.
- Si les procédures n'ont pas changé, ils vont discuter un peu entre eux, puis réutiliser ce Kido d'amplification pour une dernière sommation, lui expliqua Ichimaru. Après quoi, ils lanceront l'assaut.
- Hm, voilà qui sonne bien.
Rim se sentit sursauter de nouveau, puis se raidit et se tourna vers Wald qui marchait vers eux, visiblement inconfortable à l'idée d'être trop loin d'une ombre où il aurait pu aisément dissimuler sa présence.
- Tu nous rejoins pour la fin ? Comme c'est aimable de ta part, siffla-t-elle en tentant d'être sarcastique.
- Oh, tu me touches gamine. Mais concentre-toi plutôt sur cette énorme lance là-bas, tu veux ? On ne peut pas vraiment se permettre d'être indulgent.
Il sourit d'un air narquois, et tout le monde put remarquer le sang séché le long de sa manche droite.
- On s'est amusé, Wald ? S'enquit alors Gin, ayant visiblement remarqué les tâches lui aussi.
- Un égaré réclamait mon attention, oui.
Puis il s'arrêta là, visiblement peu soucieux des regards interrogatifs tournés vers lui.
- Errr, on devrait peut-être s'occuper de ce qui importe, nan ? Intervint Umbre maladroitement.
Il était plutôt mal à l'aise par rapport au nombre de Shinigamis présents sur place – une petite armée, ni plus, ni moins, même malgré les interventions du Roi et de Jaggerjack d'un côté, et de Kûkaku de l'autre.
Gin acquiesça et croisa les bras en prenant des airs de stratège.
- De ce que j'ai déjà vu, je sais qu'il faut du temps au Soukyoku pour se charger complètement – tu auras probablement ce problème, dit-il en se tournant vers La Imitadora.
Elle hocha vivement la tête.
- Dans l'idéal, il nous faudrait une diversion. Je doute que tu puisses l'atteindre aussi facilement, surtout s'ils font barrière.
- Je peux jouer l'appât, proposa Ichigo, ses doigts triturant le bord élimé de son haut.
- Pas une mauvaise idée, mais ils risquent déjà d'être une sacrée quantité sur toi – tu pourras tout gérer ? Insista Ichimaru d'un ton prévenant.
L'hybride acquiesça, nullement inquiété.
- Je ne suis pas pour ce plan, coupa Wald d'un ton ennuyé. Le vieillard là-bas est dangereux, et tu peux rivaliser avec, nous non.
- Dis pas de conneries, le coupa Umbre, il est trop fort pour Ichigo – et je ne te dénigre pas, petit frère, mais cet homme est un lance-flammes ambulant. Tout seul, ce serait trop risqué.
- Accompagne-moi ? Susurra celui-ci avec un air qui aurait presque été adorable s'il ne souriait pas aussi largement.
L'aîné sembla hésiter un instant, puis se reprit :
- Ce ne serait pas très sage – je veux dire, je suis un Hollow. Ce n'est pas mon combat, et Père dirait la même chose. C'est un Shinigami qui doit le combattre – pas nous, s'expliqua-t-il en faisant un large geste qui l'englobait ainsi que Wald, lequel approuva spontanément cette décision.
- Nous nous chargerons des trois Capitaines – les forces à pieds seront facilement maîtrisables avec de la force brute, poursuivit celui-ci en désignant Hiyori du menton.
- Oh yeah, répondit celle-ci, enthousiasmée.
De nouveau, une lourde voix se fit entendre, et, comme Gin l'avait prédit, on leur permit de se rendre une dernière fois en leur promettant procès équitable et tribune pour exprimer leurs griefs – Umbre grogna quelque chose à propos d'un charabia typiquement Shinigami, mais n'ajouta rien de plus.
- La majorité des forces basiques a été mobilisée pour empêcher les émeutes – Hiyori, tu vas pouvoir t'occuper du gros des troupes seule. Ichigo, tu te charges donc de notre vieil ami… Umbre et Wald, vous retiendrez les Capitaines et Lieutenants un maximum – Jaggerjack et Öderricht ne devraient plus tarder, et les Shiba non plus. Rim, tu sais ce qu'il te reste à faire.
Gin sourit et dégaina lentement, avant d'entrouvrir ces yeux, un rictus vicieux étirant ses lèvres.
- Quant à moi, je garderais un œil sur tout le monde pour intervenir si besoin, même si je doute que vous me réclamiez même à l'article de la mort, plaisanta-t-il sombrement.
La voix amplifiée lança un dernier appel qui tomba dans l'oreille d'un sourd.
- Oh, ne t'en fais pas pour ça, Gin – on te trouvera sûrement une utilité en cours de route », gronda Ichigo.
Son reiatsu d'un noir d'encre dansait autour de lui, menaçant.
Une lueur folle se mit à danser dans ses yeux tandis qu'il commençait à se perdre dans les méandres de ses pensées; il ne répondit plus, comme perdu, naviguant au loin, et c'était un peu ce que tout leur petit groupe commençait à faire, chacun à sa manière. Rim inspira lentement, et se sentit trembler brusquement. Une main tiède pressa doucement son épaule, et elle se tourna lentement pour faire face au visage souriant d'Umbre qui lui chuchota tout bas, sous le son des Shinigamis se mettant en marche et des incantations de Kido, tu l'as en toi. Un peu rassurée, mais toujours angoissée à l'idée d'échouer, La Imitadora lui sourit en retour, sa poigne crispée sur la poignée de son Zanpakuto. La tâche semblait soudain beaucoup plus ardue – beaucoup trop ardue, presque. Elle n'avait pas le droit à l'erreur, et même si le reiatsu familier de son père chantait à ses oreilles, c'était froid et austère – désespérée d'un jour obtenir ne serait-ce qu'un regard de Benihime, Rim lui lança un ultime appel qui résonna longuement dans le néant de son monde intérieur. Emmuré, le Zanpakuto d'Urahara ne bougea pas, resta aussi parfaitement immobile que depuis le jour où La Imitadora en avait hérité – et sincèrement, elle ne savait plus quoi faire pour le tirer de sa torpeur.
Le chaos se déclencha vraiment lorsqu'un Kidô de scellage fut lancé sur eux, par-dessus la vague d'attaquants chargeant à pied tel de la chair à canon – les Officiers restaient sagement derrière, à coordonner les troupes, et peut-être que tout cela n'était qu'une façon de motiver les moins courageux, les moins déterminés de la petite armée de Yamamoto. Il y avait un bouquant d'enfer, pourtant les Renégats restaient statiques, avisant le point d'impact avec un désintérêt manifeste qui semblait déplaire aux lanceurs de Kidô.
De la poussière s'était soulevée en quantité, les encerclant avant d'être vivement dissipée par le vent. Leurs cheveux s'emmêlèrent, et Hiyori eut soudain envie de reculer pour avoir une vue d'ensemble – elle réalisait à présent, comme Rim, qu'ils avaient peut-être visé un peu trop haut. Pourtant, l'air apparemment assuré de Gin les mit en confiance. Wald était hors catégorie, et Umbre avait un air indéchiffrable – mais Esperanzia savait qu'il s'en sortirait, son attitude changeant radicalement dès lors qu'il était confronté à une menace réelle. Le changement était presque effrayant, quoique pas aussi radical que celui de son cadet – le ricanement tranquille d'Ichigo fila dans l'air, moqueur, mais empreint d'une assurance époustouflante. Ses paupières étaient closes, et la chaînette noire de Tensa Zangetsu tintait doucement, sordide mélodie au milieu de tous ces cris.
Son bras se leva lentement, d'un mouvement ample, et la chaîne résonna de nouveau, comme vivante – Rim sentit ses yeux se fermer lorsque le reiatsu s'amassa sur la lame, qui telle un vampire suçait celui d'Ichigo jusqu'à plus soif pour le relâcher en une salve meurtrière. Elle avait presque envie d'écraser ses mains sur ses oreilles pour ne pas entendre, mais ce n'était plus le moment pour ça; elle avait une mission à accomplir, la dernière volonté de celui qu'elle avait toujours vu comme un père, et plus que tout, elle refusait de réduire à néants tous les espoirs que les Mittelsritters avaient fondés sur elle, La Imitadora, Rim Esperanzia, ainsi nommée par une princesse en exil car l'espoir était la plus puissante des magies.
Alors, résolue, elle releva la tête et se dit qu'elle devait faire front; au fond d'elle, Rim savait que le mieux à faire était de se battre jusqu'au bout, et peu importait à quel point tout ceci sonnait comme le pire des stéréotypes, surtout lorsque toute leur aventure en semblait bourrée, mais à la fois si paradoxalement vide.
« Getsuga… »
Rim tenta d'ignorer le ton dégoulinant de luxure, d'envie, de désir, ce côté vil qui perçait à chaque syllabe et la faisait trembler; pourtant ce n'était pas plus du dégoût que de l'amusement. Son dernier combat avait jeté un froid, lui avait rappelé que la mort n'était pas qu'une simple idée, et si la situation avait été profondément effrayante durant cette terrible soirée qui avait marqué le début de leur croisade contre Soul Society et Hueco Mundo, toutes les batailles à venir présenteraient le même lot de risques.
Un frisson la parcourut, et elle trouva soudain distrayant la façon désespérée dont les Shinigamis se jetaient sur eux. L'amas de visages et de faciès parfois ridicules la fit sourire, de façon un peu tordue, et elle se sentit emportée par la vague d'audace qui émanait de leur petit groupe. Sept contre une centaine ? Facile. Une cause perdue, des alliés improbables, l'envie décousue d'en finir tout en sachant, quelque part, que ça ne marchera peut-être pas ? Parfait.
On continuera, jusqu'à ce soit la fin.
Et tant que ce ne sera pas bon, tant que tout ne paraîtra pas bien, ce ne sera pas fini.
« … Tensho ! »
La voix était tranquille, l'onde de choc destructrice.
Le vent souffla dans leurs cheveux, et la vague noire déforma les faces grotesques qui chargeaient vers eux. L'air s'emplit d'une odeur piquante de sang, et pourtant Rim ne put s'empêcher de sourire.
Nous ne connaissons pas de limites.
Elle inspira à plein poumons et se laissa lentement tomber; tranquillement, elle perdit pied et l'instinct reprit le dessus. La mort était une partie inhérente de la bataille, comme sa capacité de copie qui lui donnait tous les avantages du monde – qui a dit qu'une copie était toujours moins puissante que l'original ? – plutôt que d'en avoir peur, mieux valait marcher à ses côtés et accepter sa simple présence, lui donner ce qu'elle réclamait plutôt que de se laisser prendre, dépasser ses propres limites pour pouvoir encore la narguer au prochain round.
Mais il était encore trop tôt pour souffler, et si le Getsuga Tensho noir en avait repoussé une partie, d'autres avaient été plus malins et, inévitablement, les intrus s'étaient retrouvés encerclés par une bande de Shinigamis parfois tremblants, parfois trop téméraires pour leur propre bien. Wald bougeait si vite qu'il laissa l'impression d'avoir décapité une femme d'un clignement d'œil, et Ichigo ricanait trop sombrement pour s'attirer autre chose que des grincements de dents et des coups d'œil alarmés, prudents, précautionneux, effrayés.
Rim sourit, et comme Umbre à côté d'elle, se dit que c'était à son tour de jouer.
Alors elle prit sa main, enlaça leurs doigts et l'entraîna avec elle; et ils partirent ensembles dans la plus effrénée des danses, tandis qu'à leurs côtés les corps tombaient et la bataille gagnait en intensité – il n'y eut bientôt plus personne qui soit immobile, figé ou isolé. Le chaos était partout, et la vision onirique des milliers de couleur de tous ces reiatsus rassemblés aurait presque pu être belle et magnifique et fantastique si l'origine n'en avait pas été une guerre millénaire.
La Imitadora voguait d'un adversaire à un autre, virtuose. Elle ne copiait personne, ou jamais suffisamment longtemps pour en faire une habitude; le reiatsu chantait toujours des mélodies différentes, et elle passait parfois d'une ballade toute douce à un riff meurtrier et entraînant, son don lui permettant de prendre ce qu'il lui fallait sans jamais s'attarder. C'était comme être face à un festin – il y avait des victuailles à profusion, différentes et toutes ayant l'air attirantes, certaines plus que d'autres, toutes à sa disposition si elle avait un quelconque besoin de ceci ou de cela. C'était comme être dans une armurerie gigantesque, coincée entre les armes blanches et les pistolets mitrailleurs, avec le droit de choisir et de se servir de ce qui lui plairait le plus; le sentiment de toute puissance était écrasant, envahissant, mais Rim savait garder la tête froide face au champ des possibles.
Mieux valait se contrôler pour ne pas se perdre.
Au fond, Ichigo n'avait pas vraiment tort – elle ne pouvait pas comprendre. Ils ne pouvaient pas comprendre. Et tout d'un coup, quelque part entre un morceau déchaîné de Zanpakuto et le doux murmure des Getsuga Tenshos qui sifflaient à ses oreilles, Rim entendit l'appel paresseux d'une source dormante de reiatsu que la bataille avait éveillée. Le Soukyoku. Un instant elle s'arrêta, et se tourna vers la forme dressée vers le ciel, tendit l'oreille et écouta de nouveau la voix basse et grondante de l'arme millénaire. Elle ne disait rien de cohérent, c'était plus le bruit sourd de nombreux tambours et de cris, une hymne de guerre ancienne – l'arme du Roi des Esprits chantait.
La voie jusqu'au Soukyoku était dégagée, grande ouverte; il suffisait juste de s'y engouffrer.
Rim s'imprégna du reiatsu d'Ichigo, de sa vitesse, respira son odeur de brûlé et s'élança au milieu des vagues sombres; un moment plus tard, elle était déjà parvenue jusqu'au Soukyoku dont l'immensité la fit vaciller. Le reiatsu était stagnant, stocké là dans des proportions gargantuesques et La Imitadora se remit à douter de sa capacité à copier une telle source de puissance – ses cheveux devenus orangés se décolorèrent peu à peu, alors qu'elle tendait l'oreille pour mieux comprendre les cris du Soukyoku. Comme Ichigo, le reiatsu était brûlant et sentait les flammes, les cendres, la braise encore tiède d'un lendemain d'incendie et la fragrance était si forte qu'elle saisit Rim à la gorge, la laissant suffocante et extasiée. Tremblante, elle posa son front contre le bois humide qui retenait le Soukyoku, et se concentra sur la mélopée qui s'échappait de celui-ci; elle oublia les combats, le chaos, Ichigo qui combattait déjà le vieillard Yamamoto dans le ciel, Wald qui ne tarderait plus à sortir sa forme libérée, Umbre dont elle avait lâché les doigts pour mieux se diriger au centre de l'affrontement, le chant des épées s'élevant dans l'air, les pressions spirituelles se fracassant les unes contre les autres avec la force de dizaines d'ouragan. Rim oublia tout ce qui n'était pas la surface rugueuse et humide sur sa joue lorsqu'elle la posa contre le bois, et entendit un murmure percer le silence de son esprit.
Je sais pourquoi tu es venue, fit la voix lourde et grave de l'arme dans sa tête.
Rim déglutit difficilement, mais maintint son oreille collée contre le bois de la structure. Un comment mourut sur ses lèvres, et elle laissa disparaître l'ombre d'un pourquoi tandis que le Soukyoku poursuivait, moqueur, après un rire bref profond et orgueilleux.
Il en faudrait un million comme toi, ou un autre comme moi pour que je disparaisse de cette terre, petite.
Elle ne savait pas si elle pouvait lui répondre, néanmoins ce n'étaient pas les paroles ridicules d'un vieux Zanpakuto séparé de son manieur qui allaient la faire flancher – elle se devait d'essayer, de toutes ses forces.
Vous n'êtes même pas deux, toi et ce Zanpakuto qui refuse de t'écouter; je veille sur Soul Society depuis des millénaires.
Rim sentit le bois fourmiller contre sa joue, et l'odeur de braises embauma l'air encore plus qu'auparavant; Benihime remua dans les méandres de leur monde intérieur, mais ne sembla rien faire de plus.
Tu es seule.
Le Zanpakuto d'Urahara s'agita encore, et on aurait presque dit qu'elle venait de relever la tête, comme un enfant curieux jetant un œil dans l'entrebâillure d'une porte pour savoir ce qui se passait. Rim l'ignora totalement, préférant ne pas y prêter attention si ça signifiait un nouvel échec. Elle se concentra sur le reiatsu qui se dégageait du Zanpakuto, vacilla derechef devant son gigantisme, mais n'abandonna pas et continua d'en analyser les moindres détails pour mieux le copier et en corriger les éventuels défauts – car c'étaient ce genre de petites choses qui feraient toute la différence lorsqu'elle devrait utiliser toute la puissance de l'arme du Roi des Esprits contre elle-même.
Réécrire une partition, la corriger – avec tout ce qu'elle avait vu, elle le pouvait, et c'était grâce à cette expérience que Rim, plus que n'importe quel faussaire, pouvait se permettre de dire ma copie vaincra l'original.
Quarante-deux.
C'était le nombre de minutes qu'il lui faudrait pour copier dans son entièreté le reiatsu du Roi. Rim déchanta en s'en rendant compte, mais ne perdit pas un instant et se laissa glisser à genoux, son front contre le bois, déjà à l'œuvre.
D'ordinaire, elle mettait peu de temps – voire très peu de temps, à peine une seconde, lorsque le reiatsu était simple, petit, court – ici, le Roi portait tout un tas de spécificités qui faisaient de lui un original d'une toute autre ampleur. Qu'Ichigo soit son petit-fils arrangeait les choses, car le brassage sanguin avait dilué toute la puissance contenue dans le sang et le reiatsu d'un souverain; néanmoins, lorsqu'on parlait du monarque lui-même, la chanson était toute différente.
Quarante-deux.
Rim sourit, encore – moi j'y crois, se répéta-t-elle, en écho aux phrases qu'elle avait dites à Wald. Moi j'y crois, et je ne laisserais personne changer mon univers.
. : : .
Le premier Getsuga fut évidemment ce qui lança l'offensive; Ichigo se jeta sur les Capitaines après ce premier coup et d'un Cero mit Ukitake à terre avant d'enchainer avec son oncle qui se rua sur lui, colérique vieillard bien décidé à détruire la dernière menace planant sur son trône.
Ricanant allègrement, Ichigo virevolta et apparut d'un Shunpo dans les cieux surplombant la colline. Désormais, le chaos le plus total régnait, et l'apparente organisation des Shinigamis s'effondrait face à des Renégats imprévisibles – quoiqu'encore trop peu nombreux aux yeux de l'hybride. Gin gardait un œil sur Rim – mais, et tant mieux pour eux, personne n'avait remarqué son petit manège et si ça pouvait rester ainsi jusqu'à ce qu'elle soit prête, ce serait réellement parfait. Néanmoins, face à un oncle déchaîné et bien décidé à éradiquer la lie de son existence, Ichigo ne savait pas vraiment à quoi s'en tenir – Yamamoto n'avait jamais été qu'à ses yeux le vieux manitou veillant sur Soul Society, l'intouchable vétéran dont il avait pourtant outrepassé l'autorité à plusieurs reprises sous l'égide d'Urahara.
Il contra, enchaina avec un Cero.
Le Capitaine Commandant avait l'air colérique, agacé; mais chacun de ses gestes demeurait précis et contrôlé, comme s'il jugulait sa rancœur pour la transformer en puissance. Ichigo voyait tout comme dans un rêve, étranger à son propre corps; il lui en voulait profondément – pourquoi t'as pas aidé maman, pourquoi tu l'as persécutée ?
Pourquoi tu m'as laissé là-bas, toi qui pouvais venir me libérer sans rien révéler ?
Une langue de flammes rougeoyantes frôla son visage, lécha son épaule et lui infligea la brûlure la plus intense qu'il ait jamais connue; c'était comme comparer la piqure d'une aiguille au passage d'un train sur vos épaules. Sa peau se craquela, et une odeur de chair grillée monta dans l'air, désagréable, jusqu'à ce que toute douleur disparaisse – la régénération avait pris le relai, la folie dans son sillage.
Vous êtes fou.
Il y a votre famille, votre sang, toute une lignée dont vous ne connaissez rien qui joue contre vous; la moitié de votre propre essence réside dans cette famille qui a chassé votre mère, et plus qu'en colère, vous êtes incompréhensif. Un sempiternel pourquoi reste coincé dans votre gorge, désagréable – et vous êtes incapable de comprendre, parce que personne ne s'est jamais arrêté pour vous expliquer.
Mais vous êtes fou, alors vous souriez à l'inconnu en vous disant que ça n'importe pas.
Ichigo lança un Getsuga Tensho, mais le vieillard esquiva rapidement, et en guerrier aguerri riposta immédiatement. Il n'en fallut pas plus pour que le combat s'engage réellement, entre vitesse, Kidô et Cero, si bien qu'après quelques dizaines de coups échangés on ne vit plus que d'Ichigo et Yamamoto deux traînées dans le ciel, l'une noire comme la nuit et l'autre enflammée. Au sol, on avait à peine le temps de faire attention à eux, car même une seconde d'inattention pouvait mettre à terre le plus fort des guerriers.
Il aurait réellement suffi de si peu de temps, d'une pauvre petite seconde.
Car c'était tout ce qu'il fallait à un virtuose pour manquer une note, rater un écart, ne pas enchaîner en rythme, se perdre, détruire des mois de travail; et il n'y aurait aucune seconde chance. L'heure n'était plus au coup d'essai, mais au réel – le goût métallique du sang, son odeur âcre, la sueur et les bleus, les coups, la lumière qui se reflétait sur les armes, les techniques de Kidô qui convergeaient vers le ciel et s'y perdaient. Tout était là, meurtrier.
La Colline n'était pas encore en flammes, mais d'épais nuages de poussière étaient soulevés par la quantité de combattants amassés là, piétinant et pestant en plissant les yeux, perdus, pauvres de tout pouvoir face aux adversaires trop entraînés qui s'agitaient face à eux en utilisant des techniques jusque là inédites. Du ciel, la vue était aussi affolante que grandiose, autant d'Hommes entassés sur cette corniche rocheuse austère et n'ayant pour seul attrait que l'énorme couperet négligemment posé là.
L'épée d'un Roi.
La clé d'une prison.
Ichigo contra de nouveau, sentit la brûlure des flammes toucher ses cheveux, en consumer quelques uns – l'odeur était étrange. Yamamoto ne semblait pas vraiment là, et un instant l'hybride se demanda qui ce vieil homme pouvait entrevoir lorsqu'il frappait, car ce n'était définitivement pas son neveu. Que vois-tu ? Peut-être Masaki, ou encore Lho – mais ils ne s'étaient jamais rencontrés, ces deux-là, où l'un serait mort et l'autre vantard. L'idée que ça puisse être Aizen était probable, mais son autre oncle devait avoir bien changé depuis toutes ces années, et peu de choses devaient encore le rattacher à son ancienne apparence puisqu'il avait été capable de tromper Soul Society et sa flopée d'Officiers surentraînés pendant plus d'un siècle.
« Tu ne gagneras pas, fit la voix éraillée et profonde de Yamamoto, lequel se tenait face à lui dans une fantastique démonstration de sa grandeur, entouré de flammes et droit comme la justice. Tu gagneras pas, et tu es si petit que cette insolence que tu affiches est risible. Tu n'es rien de plus qu'un nuisible, une petite fourmi qui s'est crue capable de tout alors que tu ne peux rien, poursuivit-il, venimeux et sûr de lui.
Un rictus se tordit sur la bouche d'Ichigo, dévoila un peu de ses dents pointues. Un sourcil haussé, orgueilleux et moqueur, il mettait le Capitaine Commandant au défi de prouver ses dires, mais le vieil homme demeura stoïque et on voyait à peine ses yeux sous l'épaisse fourrure de ses sourcils blanchis par l'âge.
La chaîne de Tensa Zangetsu tinta, lui rappelant la manière dont Hiyori l'avait appelé Clochette le jour où ils avaient perdu Lisa, et Ichigo se dit, Oh oui, c'est à cause du vieux timbré, tout ça.
- Et c'est là que tout merde, vieillard, s'amusa-t-il, son corps arqué en arrière et son sourire une ombre sinistre sur son visage trop pâle. J'ai toutes les raisons d'être arrogant aujourd'hui, car qui peut se vanter avoir fait tout ça ?
Son bras libre désigna Soul Society, englobant les incendies et les foules d'âmes qui avaient envahi les rues pavées, les maisons nobles et les quartiers des Divisions, toutes les ruines, l'armée ressemblée sous leurs pieds qui luttait encore contre un nombre si ridicule d'individus qu'ils se sentirent chacun revenus des décennies en arrières.
- Ceci, reprit le Capitaine Commandant d'un ton grave et pourtant assuré, n'est pas le résultat de ton bon vouloir, mais de ce que nous avons sciemment choisi de te laisser accomplir. Tu n'es, hybride, qu'un monstre lâché dans nos rangs que nous attendions de voir exploser depuis le jour où tu as franchi nos portes à la poursuite de Kuchiki Rukia.
Il s'arrêta, son regard tourné vers le Soukyoku.
- Ceci, répéta-t-il en revenant à son neveu, n'est qu'une exception dont tu n'as aucun droit de t'enorgueillir.
Ichigo éclata d'un rire sinistre, comme si toute cette phrase n'était qu'une bonne blague qu'on lui avait déjà répété des millions de fois et qui, à force, n'était plus aussi drôle mais affreuse. Ses yeux tanguèrent, assombris, puis le doré se planta sur le visage ridé comme une vieille pomme de son oncle.
- Byakuya m'a dit ça, une fois.
Yamamoto gronda et des flammes apparurent autour de ses bras, émanant de sa peau et de Ryūjin Jakka.
Ah. Sa phrase n'admettait visiblement pas de réponse.
- Les miracles n'arrivent qu'une fois, cita-t-il, les mots ressurgissant d'un passé vieux et dont ils étaient désormais les seuls à se souvenir.
La force des flammes s'intensifia de même que le reiatsu, et Ichigo sut qu'il avait tiré sur la bonne corde.
- Et c'est un peu la même chose pour les exceptions, pas vrai ? Unique, comme un joli flocon de neige, siffla-t-il en laissant son reiatsu noir se libérer.
Il sourit, rit – et c'était à vous glacer les os, cynique et sinistre, comme si aucun mot ne pouvait exprimer toute la cruauté de cette idée qu'Ichigo exécrait. Rien n'était jamais joué, fini, ou terminé – il y avait toujours quelque chose d'autre à dire, à faire.
Une échappatoire, un dernier combat à mener.
- J'avoue, il y a une première fois à tout. Mais -
- Assez ! Tonna le Capitaine Commandant en utilisant toute l'autorité dont un homme de sa prestance pouvait faire preuve, ses plus bandés et son corps prêt à se jeter en avant.
Ichigo haussa un sourcil, nullement impressionné – et se rendit compte, sur l'instant, de toute la folie de son geste avant de sourire à sa propre bêtise.
- Je ne suis pas un soldat, vieille branche. Vous ne m'avez jamais laissé entrer, rappelez-vous, s'amusa-t-il, un Cero au bout des doigts de sa main gauche.
- A raison, cracha Yamamoto en tendant son Zanpakuto vers Ichigo dans un déluge de flammes rouges et orangées qui ne le touchèrent pas.
Sa barbe était longue et s'agitait dans les airs, mue par les vagues de reiatsu vibrant hors du corps du vieux Capitaine Commandant.
- Bankai, prononça-t-il, sentencieux, les mots lourds de sens dans sa bouche aux lèvres gercées.
Il y avait quelque chose dans son reiatsu qui changea, devant soudain beaucoup plus incontrôlable, et la seule chose qui traversa l'esprit déjanté d'Ichigo, fut, en tout logique, un Ooooh émerveillé et impatient qui accompagnait l'interrogation suivante : combien de temps je vais mettre pour me régénérer, si ce truc me touche ?
Le reiatsu se concentrait, entourant peu à peu le vieillard de flammes aussi lumineuses et aveuglantes qu'un petit soleil, leur chaleur déjà brûlante léchant presque la peau blanche d'Ichigo.
- Je vais vous dire quelque chose, avant que vous ne fassiez une énorme connerie.
Il sourit, de ce sourire en coin qui donnait envie de lui éclater la tête contre les murs, les flammes du Bankai ennemi allumant dans son regard mordoré une lueur dangereuse et pleine de promesses.
- Mes miracles arrivent deux fois. »
