Disclaimer : Ni Severus, ni aucun des personnages de cette histoire ne sont à moi, sauf Ioann, Milo, Ivanna, Sergueï et le professeur Carter

Béta : BettyMars

Merci à Zarakinel, Nounou et Caro06, pour votre fidélité et vos reviews.

Je suis ravie de voir que mon dernier chapitre vous a plu. Beaucoup de choses s'y passaient (entre la magie de Severus, Lucius qui prend la tête des Mangemorts, les Dursley qui sont toujours horribles, la découverte par certains membres de l'Ordre de Ioann). Le chapitre qui arrive est aussi riche en révélations et il clôture ce long week-end d'Halloween. Car mine de rien, faut bien avancer aussi un peu lol… car on est pas au bout des révélations.

Alors je n'ai plus la date exacte, mais, quelques jours près, cela fait un an que j'ai commencé cette histoire. J'ai commencé à la publier sur mon blog début février (avec quelques chapitres d'avance pour être sur de ne pas ralentir le rythme) et ce n'est qu'en juin, sur le conseil de Patmol25, que j'ai commencé à la publier ici avec un rythme rapide au début pour ne pas avoir 2 publications différentes entre les deux sites. Je ne pensais pas, en la commençant, qu'elle serait aussi longue. Je ne voyais pas plus de 25 chapitres et j'en ai fait plus du double en doublant la taille des chapitres lol. Comme quoi, partir d'une simple petite idée, peut nous mener loin :)

Voilà, maintenant je vous souhaite une bonne journée et bonne lecture.

A mercredi prochain.


Chapitre 52 : Délivrance.

Milo soupira avant de finalement se relever. Il proposa poliment un café ou un thé avant de partir dans la cuisine. Quand il revint avec un plateau, il constata que Lucius était installé dans le fauteuil le moins abimé du salon. Il n'eut pas le temps de tremper ses lèvres dans le café bien serré qu'il s'était servi que déjà le blond montait à la charge.

- Puis-je savoir où vous étiez et ce que vous avez fait des enfants?

- Je les ai tués. Je reviens juste de faire disparaitre leurs corps.

Lucius le regarda ahuri pendant quelques secondes avant de se reprendre et de lui lancer le regard plus noir et le plus glacial qu'il n'ait jamais vu. Et pourtant avec Severus il en connaissait un rayon en regards tueurs.

- C'était de l'humour Lucius. Les enfants vont bien. Comment pouvez-vous penser que je leur ferais du mal.

- Alors où sont-ils?

- Draco est avec votre femme et Ioann à Poudlard. Mais je suis ravi que vous soyez venu car j'aimerais des éclaircissements sur la soirée d'hier.

- Cela ne vous regarde pas. Par contre j'aimerais savoir pourquoi Draco se ret...

- Étant donné que le Doloris que vous avez lancé à Severus l'a envoyé dans le coma, que j'ai été appelé d'urgence ce matin par Poppy pour lui, que j'ai dû bousculer les enfants dans leur déjeuner pour m'organiser et que Ioann tente de réveiller son papa avec des mots d'amour et des promesses inutiles, je pense être en droit de vous demander des comptes!

- Severus est dans le coma?

- Oui, depuis tout à l'heure. Après un cauchemar violent duquel il n'arrivait pas à sortir.

- Je n'ai pas voulu ça. Il fallait que ce soit réaliste aussi il m'avait demandé de lui lancer le sort à pleine puissance. Je n'ai pas voulu le faire mais j'ai dû y mettre un certain entrain pour sauver les apparences. Je ne pensais pas que les effets seraient si dévastateurs.

- A vrai dire, je pense qu'il y a eu autre chose, soupira Milo en reprenant son calme. Sa magie l'a protégé de potentielles approches tout en le maintenant dans son cauchemar. Ensuite il est tombé dans le coma.

- Arrêtez-moi si je me trompe, mais la magie instinctive de Ioann fait de même n'est-ce pas?

- En quelque sorte, effectivement. Il faudra qu'on en parle avec Poppy, mais je pense que nous avons là une piste sur l'aspect sinistre de la magie de mon filleul. Severus va détester mais je pense que c'est lui qui lui a légué dans ses gènes. Même si leurs magies ne réagissent pas de la même façon.

- Il va culpabiliser encore plus.

- Et je lui mettrais quelques claques pour lui sortir cette idée de la tête. Mais ne nous éloignons pas trop. Vous n'avez pas répondu à ma question première.

- L'attaque en elle même n'a aucun intérêt. Par contre, les conséquences sont plus intéressantes.

- Vous avez pris la tête du groupe?

- Ils m'ont eux-mêmes nommé à la tête du groupe, répondit Lucius avec un sourire en coin.

- Voilà qui est encore mieux.

- Tout à fait. Si je m'étais imposé, ils auraient pu trouver cela louche étant donné mon temps de réflexion assez long.

- Je suppose par contre qu'il n'y a eu aucune perte de votre côté.

- Non, ils sont tous vivants. J'aurais pourtant bien aimé me débarrasser du loup. L'idée qu'il aurait pu faire du mal à Ioann m'est difficile à digérer.

- Ne vous inquiétez pas, entre Severus, vous et moi, il a intérêt à protéger ses arrières. Je doute qu'il ne fasse long feu.

- Pour que je puisse les diriger dans ma direction, il vaut mieux que je ne lève pas la baguette contre lui.

- Alors on s'en chargera sans vous. Je suis tolérant, mais pas quand on s'attaque à ma famille. Si je tombe en face de lui, je ne ferais pas de quartier.

- Je comprends. Le Mangemort qui a attaqué Narcissa a beaucoup souffert avant que la mort ne le fauche.

Un silence étrange se propagea dans le salon alors que Milo frissonnait légèrement. Lucius était un homme de guerre n'ayant aucun mal à tuer. Lui n'était pas comme ça. Au final, il n'était même pas sûr de pouvoir tuer Greyback de sang froid s'ils se trouvaient face à face un jour. Non, ils n'étaient pas de la même catégorie de personne. Mais ils avaient des façons de penser similaires. Et la famille était aussi sacrée pour l'un que pour l'autre. Finalement, après avoir échangé d'autres informations sur la soirée passée, Lucius prit congé. Il devait aller voir Narcissa et Draco. Autant pour se rassurer qu'ils allaient bien que pour profiter d'eux. Et puis il devait annoncer la grande nouvelle à son fils. Rien qu'en y pensant il se rembrunit.

o0o

Dans le bureau de Minerva, Molly et Arthur profitaient de leur passage à Poudlard pour réunir leur petite famille. Fred et George étaient installés dans un coin, près de la fenêtre, complotant et laissant leur imagination voguer. Ils avaient plus que hâte de revenir dans ce château. Bien qu'ils fussent très jeunes encore, ils avaient envie de mettre à profit l'environnement magique pour faire des farces. Assis pas très loin Percy jouait aux cartes explosives avec Ron et Ginny. Venir dans cette école, même pour une journée, l'avait émerveillé. Dans moins d'un an il y serait élève. Molly était en train de cuisiner ses deux ainés sous le regard indulgent de son mari. Elle voulait savoir s'ils travaillaient bien en cours, s'ils ne faisaient pas trop de bêtises et s'ils mangeaient bien.

- Oui maman tout va bien. Ne t'inquiète pas, répondit Bill.

- Mais bien sûr que je m'inquiète! Vous savoir loin de moi si longtemps et avec les temps qui courent !

- Alors c'est vrai ce qu'il y avait dans la gazette? Il y a eu une attaque de Mangemorts à Pré-au-Lard? Demanda Charlie.

- Oui, mais tout est réglé maintenant.

- Le professeur Dumbledore n'en a pas parlé ce matin, il a juste dit que le cours de potions avancées de lundi matin était pour l'instant annulé. Il y a eu un problème avec Snape ou son fils?

- De quoi tu veux parler Charlie? Demanda Arthur en fronçant les sourcils.

- Et bien oui, il y a quelques temps, il avait annulé ses cours parce que son fils avait un problème de santé.

- Tu savais que Severus avait un fils?

- Oui maman, répondit Bill. Le directeur nous l'a annoncé début octobre et nous avons vu le père et le fils dans le château à certains moments. Mais on ne pouvait pas en parler avec quelqu'un d'extérieur à l'école car il y a un sort pour nous en empêcher.

- Alors, il y a un problème avec l'enfant? Insista Charlie.

- Et bien, si je m'attendais à ça. Non, l'enfant va bien. C'est le professeur Snape qui a été blessé. Mais et même si je me doute que vous en soyez ravis, Poppy est confiante pour une guérison rapide, avertit Molly d'un regard sévère.

- Oh non maman, de toute façon on ne l'a plus comme professeur. Et puis, finalement, Snape, il est pas si horrible que ça, rougit le plus jeune des deux élèves.

- Charlie s'est trouvé un faible pour cette famille quand il a secouru l'enfant qui s'était perdu et que le père lui a donné vingt points pour ça, rigola Bill s'attirant un coup de poing dans le bras.

- Cafteur!

Malgré une certaine incrédulité, Arthur rigola en charriant un peu ses deux fils. Molly, elle, était toujours un peu sous le choc que l'annonce de la paternité de Severus lui avait apporté. Finalement elle se reprit en entendant Ginny pleurer. Elle se dirigea vers les joueurs et tira l'oreille de Ron en l'emmenant au coin pour avoir frappé sa petite sœur. Elle envoya Fred et George dans deux autres coins quand elle les vit en train de fouiner dans les affaires de Minerva. Puis elle revint auprès de son mari afin de parler des vacances de noël. Les deux élèves rentreraient au Terrier pour les fêtes. Charlie demanda s'il pouvait inviter Tonks chez eux alors que Bill pouffait de rire en se moquant de la couleur rouge de ses joues.

o0o

Minerva était dans le bureau directorial. Elle était en train d'écouter le récit d'Albus concernant l'attaque. Dans le fauteuil à côté du sien, le professeur Carter semblait ronger son frein. Il avait beau avoir pris sa retraite du bureau des Aurors, il ne comprenait pas pourquoi il avait été mis sur le banc de touche. L'animagus ne dit rien mais n'en pensait pas moins. Maintenant qu'elle avait appris à mieux connaître et apprécier Severus, cet homme l'énervait grandement. Il ne semblait voir la vie qu'en blanc ou en noir. Toutes les variantes de gris lui passaient bien au dessus de la tête. Elle savait que c'était aussi pour cela qu'il n'avait pas été sollicité pour l'attaque. Parce que Severus s'était beaucoup investi dans celle-ci et Albus n'avait pas voulu voir les efforts anéantis à cause de la rancœur de Carter.

- Il n'empêche qu'aucun prisonnier n'a été fait. Aussi stratège qu'il soit, Snape les a tous laissés filer.

- Severus était aux prises avec un Mangemort de taille. Si quelqu'un est à blâmer c'est bien moi. Je n'ai pas été suffisamment vigilant. Il y a eu des blessés et des morts dans les villageois et les Mangemorts sont tous repartis vivants. C'était à moi de faire le nécessaire pour que rien de ceci n'arrive.

- Tous les Mangemorts ne sont pas repartis. Nous en avons encore un à l'infirmerie, semble-t-il.

- Edgar, je sais que vous n'aimez pas Severus, mais il a été blanchi et je me porte moi-même garant de sa moralité. Mettriez-vous en doute ma garance?

- Non... bien sûr que non.

- Alors mettez votre ressentiment de côté. Nous avons besoin d'être unis en cette période. Voldemort n'est plus là pour guider ce groupe rebelle de Mangemorts. Ils n'ont pas les ressources de nous repousser. Sauf si nous nous dispersons.

- Bien. Je ne deviendrai pas proche de lui mais je l'ignorerai. Par contre qu'il fasse un pas de travers et je l'envoie direct à Azkaban!

- Je vous conseille de faire attention à vos actes, Professeur Carter, cingla Minerva d'une voix froide. Nuisez à Severus sans preuve accablante et je ne donne pas cher de votre peau.

Edgar la regarda avant de baisser le regard. Albus s'était appuyé contre son bureau, les mains jointes sous son menton, les yeux pétillants plus que d'ordinaire. Depuis quand Minerva prenait-elle tant à cœur les intérêts de Severus? Serait-ce la fin de la guérilla entre la Maison de Godric et celle de Salazar? Voilà quelque chose d'intéressant à observer. Il attrapa un Suçacide qu'il laissa fondre en même temps que sa langue.

o0o

L'après midi était bien avancé quand Severus rouvrit les yeux. La première chose qui lui vint à l'esprit, était que l'infirmerie était bien trop blanche pour sa migraine. Il devrait proposer à Poppy de laisser Ioann et Draco refaire la décoration avec leurs crayons de couleur. Avec leur imagination et leur... talent... le résultat serait sûrement bluffant. La deuxième chose à laquelle il pensa fut qu'il devrait engueuler Milo pour avoir laisser son fils en pyjama car aux vues des ombres se dessinant, la journée était plus qu'avancée. La dernière fut que l'enfant était adorable, à jouer en silence à ses côtés. Non, en fait il était assis à ses côtés et il jouait sur lui. Il avait pris son ventre comme terrain d'action pour ses figurines de dragon. Ioann se gratta le mollet distraitement avant d'attraper une nouvelle figurine, un hippogriffe cette fois. Severus leva doucement la main et la posa sur le petit pied froid qui était à proximité. Ioann sursauta et lâcha la bestiole qui roula au sol. Il releva ses yeux effrayés avant de voir que son père était réveillé.

- Papa ! Cria-t-il en se jetant à son cou.

Remus avait longtemps observé le petit homme, le trouvant anormalement discret et calme. Certaines de ses réactions lui faisaient penser qu'il n'était pas rassuré et la proximité qu'il gardait avec Severus était très possessive. Il avait déjà vu ce comportement peu de temps avant sur un des enfants de son village avec sa mère. Il avait été maltraité par son père et l'affaire avait fait beaucoup de bruits. Le Loup-garou avait préféré se plonger dans un livre avant que son esprit fertile ne s'imagine des choses trop graves. Severus n'était pas un exemple de tendresse, mais de là à le prendre pour un père violent, il y avait une marge. Au cri de l'enfant il releva la tête. Severus s'était difficilement relevé en position assise tout en conservant son fils contre lui. Le Lycan eut alors la preuve que le sombre professeur n'était pas agressif. Il murmurait des mots tendres tout en cajolant l'enfant qui pleurait contre lui.

- Ioann, mon Cœur c'est fini.

- Tu te réveillais pas. Comme maman. J'croyais t'étais mort. Voulais pas ! Voulais pas. Veux pas que tu partes toi aussi.

- Je ne vais pas partir. Et je ne suis pas mort. Je dormais tout simplement.

- Mais tu réveillais pas.

- C'est que j'étais très fatigué. Mais c'est fini maintenant.

Non, si l'enfant avait subi quelques sévices, Severus n'y était pour rien. Poppy arriva précipitamment. Elle ne put retenir en sourire en voyant son patient réveillé.

- Et bien Severus, vous nous avez fait une belle peur. Comment vous sentez vous?

- Je pense qu'une potion antidouleur serait la bienvenue ainsi qu'un peu de baume pour les muscles. Ils me crient qu'ils veulent un peu d'attention.

- Vous avez subi un sort très violent. Mais je vais vous remettre sur pieds rapidement. Ioann, mon Chéri, tu viens avec moi? Je te ramène chez Oncle Milo pour le goûter, le temps que je soigne papa, et après tu pourras revenir.

- Veux pas! Veux rester avec papa !

- Allez mon Cœur, j'entends ton ventre qui grouille. Et je suis sûr que Milo t'auras préparé un bon goûter avec du chocolat.

- Oui mais veux pas que tu partes, sanglota Ioann.

- Je ne pars pas Chaton. Je reste là avec Tatie Poppy. Et quand tu auras mangé, tu reviendras me voir. D'accord?

- Tu seras là?

- Promis.

Ioann se serra dans ses bras et lui fit un bisou avant de glisser hors du lit et d'attraper la main de l'infirmière. Remus n'avait rien manqué de la scène. Ce que Severus n'avait pu que constater. Quand la porte du bureau se referma, il reprit son visage peu amène.

- Aurais-tu un problème Lupin?

- Non, je me disais juste que ton fils était un enfant très attendrissant. C'est pour lui que tu as changé de camp il y a cinq ans, n'est-ce pas?

- Non, pour sa mère. Je n'ai eu vent de l'existence de Ioann qu'assez récemment, avoua-t-il à contre cœur. Mais avant que tu ne continues à me faire le jeu hypocrite de l'ancien bon camarade de classe, pose donc ta question.

- Ma... quoi?

- Ne me prends pas pour un idiot. J'ai vu dans ta façon de nous regarder ce que tu veux savoir. Alors avant que je ne m'énerve totalement, pose-là!

- Très bien, soupira Remus. Tu dis l'avoir découvert il y a peu... avant, il a été maltraité n'est-ce pas?

- Oui. Après le décès de sa mère, il a été récupéré par son oncle. Il avait la main très lourde avec lui.

- Quoi? Pourtant il semblait très attaché à lui et très tendre quand il ...

- Non pas lui. Milovan est son parrain. C'est chez le demi-frère de sa mère qu'il était. Ça fait cinq mois que je l'ai récupéré et tu ne sauras rien de plus. Je dois être victime d'un effet secondaire de je ne sais quelle potion pour déjà t'avoir révélé tout ça.

- Vous êtes l'auteur de toutes mes potions, Severus, alors ne vous en prenez qu'à vous, railla Poppy qui venait de réapparaître. Allez, maintenant on pose le pyjama que je masse ses muscles récalcitrants.

- Vous pourriez au moins essayer d'être moins intéressée !

- Arrêtez donc de râler, vous ne serez pas le premier homme que je vois nu. Alors on obéit sinon la prochaine fois vous aurez une fessée devant un Russe de notre connaissance!

- Russe qui déteint un peu trop sur vous, ronchonna Severus en retirant difficilement son haut de pyjama alors que de violentes douleurs l'assaillaient.

Poppy lui tendit immédiatement une potion antidouleur. Puis elle referma les paravents autour du lit avant de plonger ses doigts dans le baume. D'une main légère mais ferme, elle massa le corps crispé de Severus.

De son côté Remus faisait le point sur les éléments qu'il avait eus. Le petit Snape avait réellement été battu. Un pincement dans son cœur apparut à cette pensée. Comment pouvait-on faire cela à un petit garçon comme lui? Mais un sourire l'attrapa en réalisant que le sombre et désagréable Severus Snape se transformait en guimauve au contact de son fils. S'ils le savaient, Sirius et James en seraient stupéfaits, et Lily se moquerait d'eux ... Il perdit aussitôt sa bonne humeur. Trop de douleurs. Les années avaient beau passer, il avait grand mal à oublier ce passé.

o0o

Milo venait de renvoyer Ioann à Poudlard. Il le rejoindrait pour le repas avant de regagner les appartements de Severus où Lucius lui amènerait Draco. Depuis les graves problèmes de santé de son fils, le professeur avait fait relier sa cheminée au réseau afin de pouvoir arriver plus rapidement à l'infirmerie en cas de crise. Du coup, il était plus facile au petit blondinet de venir chez son parrain en toute discrétion. Pour l'instant, il finissait de s'habiller. Avec un sourire séducteur, il attrapa la poudre de cheminette pour arriver un peu plus tard dans le salon d'un Brésilien emmitouflé dans une chaude couverture. À cette vision il rigola s'attirant un regard noir. Finalement en quelques pas il arriva jusqu'au canapé où il se laissa tomber sur les genoux de Henrique avant de l'embrasser voluptueusement.

- Tu es suicidaire à te moquer de moi avant de me séduire.

- C'était pas méchant, mais te voir grelotter alors qu'il fait vingt cinq degré dans ton salon, c'est assez drôle.

- Chez moi il fait chaud tout le temps. Ici, le temps est toujours pourri. Il pleut tout le temps, il fait froid plus que de raison et quand il ne pleut pas, il y a du brouillard.

- Oui mais moi je suis là et je suis un vrai rayon de soleil, se vanta Milo.

- Et tu es souvent absent en ce moment.

Le Russe soupira en s'asseyant sur le canapé à côté de son amant.

- Je sais, mais rien n'est simple en ce moment. Il y a eu une attaque de Mangemorts hier...

- Je sais. Tu me l'as déjà dit. Tout comme je sais que ton ami a besoin de toi pour garder son fils et son filleul. Mais du coup on ne se voit plus.

- Severus devrait sortir demain de son lit d'infirmerie. Aussi il s'occupera des deux enfants et je serais entièrement à toi toute la journée.

- Il y a quelque chose que j'aimerais bien. Que tu me présentes à ta famille. Ainsi je verrais qui monopolise mon homme plus que de raison.

- Bientôt. Je laisse le temps à Severus de se remettre. Je verrais avec lui s'il est disponible le week-end prochain. J'y pense déjà depuis un certain temps. Et puis il m'a dit qu'il te comptait dans ses invités de Noël à la condition de te connaître avant.

- Il veut réellement me rencontrer? Je suis touché. Mais que donc lui as-tu raconté sur moi?

- Mais tout dans le détail, de A à Z et il est excité de pouvoir participer!

- Idiot, rigola Henrique en lui frappant l'épaule.

- De toute façon, il a beau avoir un esprit très ouvert, il y a certaines choses qu'il n'est pas prêt à entendre, ni même à voir.

- Il ne nous rejette pas, accepte et reste le même avec toi. Moi c'est tout ce qui m'importe. C'est déjà bien plus que ce que les trois quart de la population nous accorde.

Après un regard complice et amoureux, ils décidèrent qu'il était temps pour eux de rattraper leur retard dû aux nombreux imprévus du moment. Très rapidement Henrique retrouva une température décente voire d'en atteindre une assez excessive et la couverture tomba au sol, en même temps que le reste de leurs habits.

o0o

La tension dans le salon des Tonks était légère mais présente. Draco jouait avec un jeu Moldu qui avait appartenu à Nymphadora et à son père avant, très certainement. Lucius le regardait, d'un œil méfiant, s'amuser à construire des cochons de couleur. Il reporta ensuite son attention sur sa femme. Ses yeux rieurs fixés sur leur fils, elle semblait plus belle que jamais. Elle n'avait plus les cernes aussi prononcés qu'à son départ. Et si de temps en temps des tremblements attrapaient ses mains, il ne restait plus aucune trace physique de son attaque. Visiblement ce séjour chez sa sœur lui faisait grand bien. Il ne réagit pas que si lui observait Narcissa, il était lui-même sujet d'un examen très détaillé. Andromeda était attentive à tout ce qu'il faisait. Mais après quelques heures en sa compagnie, elle dut reconnaître qu'il se montrait très attentionné pour Draco et Narcissa. Bien sûr, elle n'irait pas jusqu'à lui confier sa fille ni l'inviter chaque dimanche. Mais au moins elle était rassuré quand à l'amour qu'il portait aux siens. Après tout, c'était son rôle de grande sœur que de s'en assurer. Draco renversa les deux cochons afin de les remettre en pièces et de recommencer.

- Draco, j'ai quelque chose à te dire fiston.

Le garçon releva vivement la tête, mais le regard qu'il lui lança n'était pas ravi. Non, il était inquiet. Lucius serra les dents en voyant ce que les derniers évènements avaient fait sur lui. Son fils n'avait que six ans et il avait déjà perdu un peu de son innocence.

- Tout va bien. Ne t'inquiète pas.

- C'est Ioann?

- Non, répondit Lucius avec un léger sourire car c'était la première fois qu'il disait le nom correctement. Ce n'est ni Ioann, ni ton parrain.

- C'est grave?

- Je serais tenté de dire oui, commença-t-il avant d'ajouter devant l'incompréhension du garçon. Non, ça ne l'est pas. Il s'agit de Pomponnette.

- L'est malade? Coupa Draco en se relevant les yeux écarquillés.

- Oh non, elle va très bien. Approche-toi.

Draco posa la patte et l'oreille du cochon en plastique qu'il tenait et s'approcha vivement. Il grimpa sur les genoux de son père et attendit avec grande impatience de savoir ce qu'il se passait avec ses lapins chéris.

- Sache que ce matin, Dobby est venu me voir car il s'était passé quelque chose avec tes lapins. Et ils vont bien, je te l'ai déjà dit, rajouta-t-il en le voyant ouvrir la bouche pour le couper une nouvelle fois. Pomponnette est maman de deux petits lapins.

- Pour de vrai? S'écria Draco en écarquillant encore plus les yeux alors que son sourire rayonnait.

- Pour de vrai.

- J'peux les voir?

- Tu les verras ce soir, d'accord?

- Ouii!

La joie qui émanait de Draco permettrait sûrement à Lucius de supporter deux autres boules de poils dans son Manoir. Mais il se promit d'aller chercher cette satanée potion de contraception pour lapin dès le lendemain matin. La dernière n'avait pas résisté à l'attaque de Narcissa, et il n'était pas question que Pompon remettre la moindre patte sur Pomponnette !

Andromeda était satisfaite. Elle avait toujours des griefs contre Lucius et ce qu'il représentait. Mais il était un mari aimant et avait appris à être papa attentif. Pour l'instant, c'était tout ce qui comptait.

o0o

À son retour de chez son oncle, Ioann n'avait pas voulu se séparer de son père. Il s'était assis d'un mouvement déterminé sur ses genoux, son dos appuyé sur le torse chaud de l'adulte, un livre d'histoires dans ses mains avec la ferme intention de se faire lire un conte. Severus n'avait pu lui dire non. Aussi il avait passé son bras autour de lui et d'une voix douce et agréable, avait commencé sa lecture. Lorsque Milo arriva pour souper avec eux, le professeur n'avait pas pu louper le sourire béat de son ami et l'avait raillé un bon moment, bouchant de temps en temps les oreilles chastes de son fils. Après le repas et un câlin énorme, les deux Russes partirent par cheminée vers les cachots. L'heure tournait et il était temps d'aller dormir. Ils étaient arrivés depuis à peine dix minutes que Lucius et Draco arrivaient, avec une cage contenant quatre lapins. Lucius expliqua qu'avec la naissance très récente de la portée, le garçon avait voulu les prendre avec lui. Il laissa un sourire en coin étirer le bas de son visage en pensant que Severus devrait lui aussi endurer leur présence, au moins le temps que Draco sache lire sa destination. Et puis qui sait, il arriverait bien à souffler à son fils que ce serait intéressant si Ioann aussi avait des lapins ... ainsi il reviendrait au nombre largement suffisant de deux boules de poils.

Pendant que dans les cachots chacun prenait sa place, à l'infirmerie, Poppy avait lancé une bulle de silence autour du lit de Severus afin de lui parler sans que personne ne les entende. S'il était intrigué, il n'en laissa rien deviner. D'un ton calme elle lui expliqua ce qu'il s'était passé le matin même lors de son cauchemar. Elle n'omit aucun détail.

- Alors c'est à cause de moi que Ioann souffre quand cette bulle opaque s'enclenche, annonça Severus d'une voix dégoutée.

- Inconsciemment oui car vous lui avait transmis un peu de votre sombre magie dans vos gênes. Mais il ne faut pas s'arrêter à cela. Il aurait très bien pu en hériter sans que rien ne se passe avant de très longues années. En fait il y a quelque chose d'autre dont je voudrais vous parler. Après avoir parlé à Minerva de ce qu'elle avait ressenti dans la sphère et avoir vu votre magie agir, j'ai peut-être un début de quelque chose. Quand il cauchemarde, Ioann prend peur et sa magie réagit comme toute magie instinctive qu'elle est. Sauf qu'elle fait ressortir le côté sombre car vous le lui avait transmis. Mais pourquoi l'utilise-t-il, inconsciemment, et pourquoi l'effet qu'il en retire est celui d'un Détraqueur présent? Mais aussi pourquoi cette sphère n'est-elle pas apparue depuis le jour où vous êtes allé le chercher? Je pense avoir trouvé un lien crédible. Sergueï lui a longtemps répété qu'il était mauvais, vilain etc. il a fait en sorte qu'il le croit. Il lui a enlevé tout ce qui pouvait le raccrocher à du bonheur. Ioann ne se souvient pas de sa vie d'avant. Pour lui, tout n'est que souffrance. Mais depuis que vous l'avez récupéré, il s'est construit des souvenirs heureux, tendres et doux.

- Jusque là je vous suis.

- Lorsqu'il cauchemarde, il revient au temps de Sergueï. Son inconscient décide alors de lui faire payer les bons moments car il est estime qu'il ne les mérite pas. La sphère n'est apparue qu'un certain temps après son sauvetage car c'est le temps qu'il lui a fallu pour se forger la certitude qu'il pouvait être heureux. Et si elle agit comme un Détraqueur, c'est pour le vider de tout sentiment de plaisir afin qu'il revienne à son état d'esprit premier.

- C'est un peu compliqué ... mais plausible, très plausible.

- A cela, je vais rajouter une variante. Ioann traine son syndrome post-commotionnel depuis un certain temps. Son inconscient lui a également fait oublier les bons moments par ce biais, lorsqu'il avait oublié jusqu'à son prénom. Prénom donné avec amour par sa mère. Je ne sais pas si le syndrome influence sa magie instinctive ou si c'est l'inverse, mais les deux sont liés. Dites-moi si je me trompe, mais avant sa séparation d'avec Draco, il allait mieux mentalement, et ne faisait presque plus de cauchemar n'est-ce pas?

- Oui, effectivement, ils étaient rares.

- Perdre son ami lui a fait mal mentalement, et son inconscient a dû influencer de façon à ce qu'il doute de ce que la vie peut apporter de bon. Pourquoi être heureux si on nous retire la source de notre bien-être après ? Il a dû se passer quelque chose dans sa tête à ce moment là. Une partie de lui essayant d'affronter l'autre plus forte. Et je suis sûre que c'est cela qui a déclenché le syndrome. Il aurait très bien pu vivre un an de plus sans que cela se déclare, tout comme l'effet de la commotion aurait pu se résorber tout seul. Mais ne plus voir Draco a déclenché la crise.

- D'accord, mais maintenant qu'il a retrouvé Draco, pourquoi n'arrivons nous pas à contrer tout ça?

- Parce qu'il doute. Il a appris le bonheur et on lui a retiré avant de lui rendre. Comment son mental traumatisé pourrait-il s'imaginer que ça n'arrivera plus? Comment pourrait-il affronter ses peurs s'il craint de perdre tout ce qui pourrait l'aider. Alors il doute et laisse son inconscient lui dicter sa conduite en lui faisant oublier régulièrement les bons moments.

- Mais que puis-je faire pour l'aider?

- Il a des pertes de mémoire principalement au réveil. Parce que la nuit, il ne peut pas lutter contre ses doutes et que son inconscient gagne automatiquement la bataille. Tous les soirs, il prendra une petite dose de potion calmante. Vous savez comme moi qu'il n'y a pas d'accoutumance. Ainsi il s'endormira serein. Il serait peut-être bon d'ajouter à sa veilleuse, un support sonore très doux qui apaiserait ses craintes. Laissez-lui un vêtement imprégné de votre odeur, il serait alors rassuré quant à votre présence sans pour autant prendre la mauvaise habitude de dormir avec vous. Et il faudrait trouver une solution pour que vous soyez auprès de lui à son réveil, au moins pendant quelques temps. Pour qu'il sache que vous serez toujours là pour lui.

- Bien, et vous pensez que ça marchera?

- Cela atténuera ses conflits internes et ainsi son traitement pourra enfin être efficace. Le syndrome soigné, alors il sera plus facile d'agir pour rendre à la magie de votre fils, le côté pur et innocent qu'elle aurait dû garder.

- Tout est de la faute de Sergueï, ce putain de Moldu non content de le battre et de rabaisser psychologiquement, n'a rien trouver de mieux que de le détruire mentalement. S'il sort un jour de sa prison je le tue sans sommation, annonça Severus d'une voix sourde, basse et remplie de menaces.

- Non, vous ne ferez pas ça car alors c'est vous qui détruirez l'équilibre de Ioann en le privant de son père. Aussi maintenant on va traiter le bout de chou correctement et on va lui rendre sa santé.

- Merci Poppy, pour avoir étudié ça avec autant de professionnalisme. Et de rapidité aussi, vu que vous n'avez eu certains éléments que ce matin.

- Je ne suis pas la seule dans ce cas. Je suis sûre que votre baby-sitter a déjà une bonne partie de la théorie. Je l'ai vu dans son regard ce matin quand il a fait le lien entre votre magie défensive et la magie instinctive de Ioann.

- C'est bien qu'il sache se servir de ce cerveau là, il a plus souvent tendance à se servir de celui un peu plus bas.

- Je ne le trouve pourtant pas si cavaleur que ça. Séducteur, oui, mais pas cavaleur.

- Parce qu'il est casé. Mais avant il était pire qu'un animal.

- Une chance pour nous qu'il se soit calmé alors. Parce que Ioann a besoin de stabilité... Ainsi donc notre jeune ami est casé... c'est bon à savoir.

- Ne vous gênez pas pour le taquiner. Ce serait dommage de se priver. Poppy, je vous remercie encore de cette discussion. Mais je me sens épuisé.

- Oh oui, bien sûr, il est tard et vous avez besoin de repos. Tenez, avalez ça, demain vous pourrez rentrer chez vous.

Elle se leva du lit, arrangea son patient qui déjà s'endormait, puis retira les paravents. Elle se dirigea vers Remus qui s'était lui-aussi assoupi. Elle vérifia que ses blessures étaient bien guéries et qu'aucune fièvre n'était apparue. Mais tout allait bien. Sa condition de Loup-garou lui avait permis de résister aux Doloris qu'il avait reçus avec bien plus de facilité qu'une personne ordinaire. Au moins un point positif pour son triste fardeau. Du coup, elle allait devoir ruser pour le garder jusqu'au lendemain soir, mais elle comptait bien le voir se reposer le plus possible avant qu'il ne reparte.

o0o

Mardi 4 Novembre 1986.

La journée qu'elle avait passée avec son fils et sa famille, avait créé comme un déclic chez Narcissa. Elle avait réagi qu'elle avait tenté de s'éloigner de ceux qu'elle aimait alors que c'était avec eux qu'elle panserait ses blessures. Aussi dès le lendemain de bonne heure, elle avait fait ses valises, remercié sa sœur et son beau frère puis elle était rentrée au Manoir. Lucius s'était étonné de la voir revenir mais n'avait pas rechigné à la serrer dans ses bras pour lui montrer qu'il était là. Alors elle avait pleuré. Longuement. Et elle avait parlé aussi. Elle lui avait dit ses peurs, ses doutes, ses besoins. Et il l'écouta, lui offrit le soutien dont elle avait besoin. Le soir ils s'étaient endormis sereins, apaisés.

En ce mardi après midi, Narcissa était dans les appartements de Severus. Elle avait décidé de se reprendre en main et cela commençait par s'occuper de son fils. Actuellement il ne pouvait pas rentrer au Manoir, aussi elle reprit les cours afin qu'il puisse lire l'adresse que Severus avait notée sur un parchemin. Pour l'instant elle l'avait laissé à son alphabet qu'il arrivait à lire en entier ainsi qu'à écrire. Il y avait seulement un certain nombre d'associations de lettres qui lui posaient des problèmes. Narcissa était en train de s'occuper de Ioann. Poppy avait donné son accord pour la reprise de ses cours s'ils restaient peu fatiguants pour l'enfant. Aussi se contentait-elle de lui faire répéter des phrases après elle.

Pendant ce temps là, Severus avait pu se remettre à ses travaux pour Zonko. Cela faisait quinze jours qu'il n'avait rien fait, trop occupé à veiller sur son fils, ainsi que sur Draco, et à préparer la contre attaque de Halloween. Maintenant que Narcissa était revenue pour garder les enfants à sa place, il avait retrouvé du temps pour lui. Lucius était venu le voir dès son retour dans les cachots. Pour lui parler des suites de l'attaque sur les Mangemorts et aussi pour s'excuser de la violence de son sort. Severus avait balayé ses mots d'un geste de la main, affirmant qu'ainsi leur comédie avait été crédible. Et lorsque qu'un tremblement brusque lui avait fait échapper son verre au sol, le blond s'était contenté de faire disparaître les débris et de lui en resservir un.

Il était en train de noter sur un parchemin les différents effets voulus pour une nouvelle friandise farceuse quand des coups furent frappés à la porte. D'un ton sec il autorisa l'entrée du visiteur et ne put que soupirer en voyant Minerva s'asseoir en face de lui. Il n'était pas d'humeur à la recevoir et comptait bien le lui indiquer.

- Minerva, que me vaut le déplaisir de votre venue ?

- Moi aussi je vous aime Severus. Je venais prendre de vos nouvelles.

- Je vais bien, merci, vous pouvez partir.

- Vous avez subi un lourd sortilège de torture il y a quatre jours. Vous ne pouvez pas aller bien aujourd'hui.

- Très bien, alors non je ne suis pas au mieux de ma forme. Mes muscles se tétanisent encore régulièrement ce qu'il fait que je ne peux prendre mon fils dans mes bras que si je suis assis de peur de l'échapper en cas de crise. Je suis sous traitement pendant encore presque deux semaines et je ne peux pas avancer aussi vite que je le voudrais pour mon travail. Votre curiosité est-elle satisfaite ou dois-je également vous montrer mes souvenirs?

- Que vous reconnaissiez que vous n'êtes pas guéri me suffit. Avez-vous besoin d'aide pour garder Ioann?

- Non.

- Bien, reprit Minerva après un temps de silence lourd. En fait je suis également venue pour vous parler d'Harry Potter.

- Bien sûr, je me disais aussi que cette journée n'était pas assez pénible avec votre présence, qu'il me fallait en plus parler d'un Potter.

- Je suis retournée le voir hier soir, comme je me suis promis de le faire régulièrement. J'ai été surprise. Il ne dort plus dans son placard.

- Merveilleux. Ils l'ont mis dans la cave cette fois?

- Quelle horreur non! Il est dans une des chambres de la maison.

- Au moins s'ils se mettent à s'occuper de lui avec convenance, nous n'avons plus besoin de nous inquiéter pour lui.

- Severus, je les cerne assez bien pour les avoir observés assez souvent ces derniers temps. Rien ne les aurait fait changer de comportement aussi brusquement. Sauf une intervention extérieure.

- Albus a donc pris ses responsabilités en main?

- Non. En fait, je ne sais pas qui s'est. Bien que j'ai bien mon idée, mais elle est assez étrange.

- Minerva, je pensais qu'à votre âge, plus rien ne pourrait vous étonner dans le monde magique.

- Laissez mon âge à sa place, jeune insolant, et dites-moi plutôt ce que vous leur avez dit pour qu'ils agissent ainsi.

- Je ne leur ai rien dit, je ne les ai jamais vus. Et puis je déteste tout ce qui se nomme Potter.

- Allons, allons, je les ai entendus parler d'un homme en noir avec un masque. Je sais que n'importe quel Mangemort pourrait être désigné, mais il n'y a que vous qui puissiez vous soucier de la condition d'Harry.

Ils se regardèrent longuement avec que Severus n'abdique.

- Je les ai juste menacés des pires souffrances sur leur fils s'ils continuaient ainsi. Et j'aurais visiblement dû faire plus attention. Si vous m'avez découvert, n'importe qui le pourra.

- Pas tout à fait. J'ai surpris leur conversation sous ma forme animagus. Visiblement c'est une rencontre qu'ils préfèrent garder sous silence. Quant à faire le lien avec vous, faudrait-il encore que quelqu'un sache que vous vous intéressez au problème du garçon. Or vu l'aversion que vous démontrez en permanence pour la famille Potter, je doute qu'un rapprochement soit possible pour d'autres personne que Poppy et moi. D'ailleurs pourquoi avoir fait cela?

- Etant donné qu'on ne peut pas le changer de tuteurs, je me suis dit qu'en effrayant suffisamment ses Moldus, cela offrirait un peu de répit au gosse. Pour me couvrir j'ai pris l'initiative d'y aller avec mon costume de méchant le jour de l'attaque. Et puis... à la mort de Lily je me suis promis de protéger son fils.

- Et vous êtes un homme de parole, incontestablement. Vous avez bien joué. Ainsi on pourrait croire à une tentative d'agression sur l'enfant et non de protection... Bonne idée. En attendant, il a une chambre à lui. Petite, vide d'affaire, mais ce n'est plus un cagibi. Il a aussi moins de corvées. Il ne fait plus aucune de celles qui le montreraient en extérieur. Il ne lave plus les vitres de peur qu'on l'aperçoive par la fenêtre. Il a toujours beaucoup de choses à faire dans la maison mais au moins, il semblerait que votre menace ait fonctionné.

- Tant mieux. Au moins quelque chose de positif dans tout ça, soupira Severus en se massant les yeux.

Minerva le regarda attentivement. Il avait l'air épuisé. Un frissonnement le parcourut alors qu'une grimace tordit sa bouche. Il fit venir à lui une fiole qu'il avala d'un coup. Mais avant qu'il la repose sur le bureau, elle put clairement voir sa main trembler. Ne voulant pas le mettre mal à l'aise, elle le remercia pour son tour de force chez les Dursley et prit congé sans la moindre allusion à son coup de faiblesse. Ce qu'il apprécia énormément.

o0o

Dimanche 9 Novembre 1986.

Severus était assis dans la chambre de Ioann. Il le regardait dormir. Depuis une semaine maintenant, il avait mis en pratique les conseils de Poppy. Il lui faisait prendre un peu de potion calmante le soir, il avait entouré son oreiller d'un haut de pyjama à lui. Et un bruit de vagues remplissait le silence de la chambre. Des fois il le remplaçait par le bruit du vent dans les arbres, ou encore de n'importe quel son relaxant autre que la pluie qui tombait. Ils s'étaient aperçus que c'était une mauvaise idée car Ioann ne contrôlait alors plus sa vessie. Draco avait presque été choqué de sentir l'humidité des draps et l'odeur acide qui s'en dégageait. Le petit Russe bougea et Severus réagit que son réveil était proche. Il se leva de sa chaise et s'installa sur le lit.

La veille avait été mouvementée pour les deux Snape. Son état après l'attaque avait décidé Severus à aller récupérer l'héritage de Ioann rapidement. Aussi, il avait laissé ses appartements à Narcissa et Draco, emmenant Ioann avec lui en Russie. Après avoir pris contact avec Maître Kurski en début de semaine, il avait été convenu d'un rendez-vous rapide et le notaire lui avait envoyé un portoloin afin d'arriver directement dans son bureau. Ioann n'avait pas quitté ses bras et Severus avait béni Merlin d'avoir pris toutes les potions qu'il fallait pour ne pas avoir de faiblesses musculaires. Le rendez-vous avait duré une bonne partie de la matinée mais quand il fut fini, Severus était rassuré. D'ici trois jours, l'héritage serait directement versé sur le compte qu'il avait ouvert à son fils peu de temps avant. Au moins s'il lui arrivait quelque chose, Ioann ne serait pas démuni. Le retour en Angleterre s'était fait par retour de portoloin. Mais tout cela avait fatigué l'enfant. Il dormit une partie de l'après midi et avait joué tranquillement le reste du temps.

Severus revint au présent en croisant le regard angoissé de son fils avant qu'il ne se mette à pétiller en le voyant. C'était ainsi tous les matins maintenant. Le professeur mettait beaucoup d'ardeur à suivre les recommandations de l'infirmière et en une semaine il pouvait déjà voir certaines améliorations. Ioann n'avait plus peur d'aller dormir. Et ses phases d'oubli ou d'absence s'étaient espacées. Draco s'éveilla peu de temps après en s'étirant et en bâillant. Severus l'embrassa pour lui dire bonjour tout en caressant la main de son fils. Le petit blond lui répondit et embrassa également Ioann avant de rougir soudainement et de sortir du lit précipitamment. Severus rassura son fils et suivit son filleul, un peu inquiet. Il le retrouva assis sur les toilettes, pleurant doucement, ses bras serrés autour de son ventre. Il s'avança vers lui, pour lui demander ce qu'il y avait quand il remarqua l'état du pyjama. Il s'accroupit devant lui.

- Draco, pourquoi tu ne m'as pas dit que tu avais mal au ventre?

- J'croyais ça allait passer, renifla l'enfant.

- Oui, mais c'est très douloureux. J'aurais pu te soigner tout de suite et tu n'aurais plus eu mal. Je vais te donner une potion et tu iras mieux.

Il aida l'enfant à se nettoyer, retira le pyjama sali et l'habilla de vêtements propres. Puis il l'installa dans le salon avant de lui donner la potion. Ioann arriva et fronça les sourcils en voyant que Draco pleurait.

- Pourquoi tu pleures D'aco?

- Parce que ... Parce que j'ai fait caca dans mon pyjama.

- Et ce n'est pas grave, les garçons. Draco, ça arrive quand on a des coliques. Mais la potion va soulager ton ventre et ça n'arrivera plus.

Severus eut du mal à rassurer le blond. Celui-ci avait honte de ce qui était arrivé. Quand Narcissa et Lucius arrivèrent, il les prévint que leur fils était malade, qu'il devrait prendre une potion au repas de midi et qu'il fallait faire attention à ce qu'il mangeait. Il leur dit également que si la colique persistait, ils devraient appeler Poppy. Après ces recommandations, il attrapa Ioann et passa la cheminée en direction de Londres. Encore une journée mouvementée pour son fils. Car aujourd'hui, ils allaient tous les deux faire la connaissance de l'amoureux de Milo.