Salut tout le monde! J'espère que vous allez bien et que vous profitez des vacances! :D Ce chapitre marque le début de l'aventure de Bluegraad pour Dégel et Kardia, j'espère que ça vous plaira ^^
Yu Haiko: Salut! Alors, je sais que tu commentais le chapitre 17 et comme je ne sais pas où tu en es depuis, je réponds ici, j'espère que tu liras cette réponse à temps :'D Waaah promis c'était pour un mieux, la réponse arrive bientôt! TT^TT Haha pas de soucis, le message est passé ;D Je te remercie pour ta review et j'espère que la suite te plaira quand même ^^
Sur ce, je ne vous retiens pas plus longtemps!
Enjoy!
Dégel referma le dernier livre de sa haute pile, enfin terminée, et poussa un long soupir en s'étirant jusqu'à ce qu'un craquement résonne dans la bibliothèque. Conformément aux ordres de sa Déesse, cela faisait maintenant plusieurs jours qu'il s'y était enfermé pour récolter autant d'informations que possible sur Poseidon, sur l'orichalque qui leur permettrait d'atteindre le Lost Canvas et donc Hadès, sur l'entrée cachée d'Atlantis à Bluegraad…
Il poussa un soupir et se pinça l'arête du nez en refoulant un sentiment de légère angoisse qui ne l'avait pas quitté depuis que Sasha lui avait confié la mission de se rendre (dès qu'il aurait assez d'informations) en Sibérie pour demander de l'aide au Dieu des Mers, lui-même ayant la fâcheuse tendance à chercher des noises à Athéna… Problème de la divinité, du tact à avoir… Et problème du lieu et de la personne qu'il allait certainement y retrouver… Parce que personne ne serait plus apte à le guider que les enfants du Gouverneur de Bluegraad, et plus précisément son aînée, Séraphina. Membre de la famille des Gardiens du secret d'Atlantis depuis des générations.
Dégel se secoua mentalement et se leva en rassemblant les notes qu'il avait pu prendre pendant ces derniers jours: il devait arrêter de penser à ça, la mission passait avant ses problèmes personnels, la mission passait avant la colère de Kardia. En enfilant son armure pour aller faire son rapport et signaler son départ, le Verseau tiqua malgré lui: peu après l'échec de la mission en Italie, Kardia avait été victime d'une crise d'une rare violence. Si bien que sa mission avait été retardée de plusieurs jours. Cette crise l'avait véritablement épuisé, avait presque manqué de le tuer, le laissant complètement hagard pendant les quarante-huit heures qui avaient suivi son « rétablissement », et Dégel pouvait dire avec certitude que quelque chose avait changé.
Quelque chose clochait dans sa nouvelle attitude plus nerveuse encore, dans ses pupilles rétrécies, dans ses accès de colère violente, dans ses ricanements soudains, dans ses éclats de rire terribles. C'était comme si quelque chose en lui s'était brisé, avait créé une véritable faille, une blessure, un développement exponentiel de son comportement. Dégel n'était pas stupide, il savait que, autant que la crise elle-même, ce qui avait abattu Kardia était la mort de leurs apprentis. En échouant à protéger ces enfants, c'était comme s'il n'avait pas pu se sauver lui-même, sauver l'enfant en lui qui n'avait jamais été protégé. Mais il savait que jamais Kardia ne l'avouerait, le Scorpion avait d'ailleurs refusé d'aborder le sujet, de prononcer ou d'entendre prononcés les noms des apprentis. Il avait même interdit à Dégel de lui en parler, de mentionner leur existence, voulait simplement faire comme s'ils n'avaient jamais existé, masquer sa douleur et son attachement,… Et gommer la partie la plus humaine de lui pour devenir chaque jour un peu plus cette créature cruelle et sadique que Dégel détestait.
Kardia était perdu, perdu dans sa folie enragée et meurtrière, et il en était bien conscient.
Le Verseau soupira: il n'avait pas eu le courage d'aller voir Kardia quand il avait fini de travailler, craignant presque de se retrouver seul avec lui. Quelque chose avait changé, quelque chose qui faisait que, quand il croisait le regard bleu de son frère d'armes, il ne le reconnaissait pas. Se sentait plus en danger que jamais. Il s'en voulait d'être aussi lâche, de ne pas secouer Kardia et de lui dire de cesser ce cinéma, de se reprendre… Mais il n'aurait jamais osé, incertain de ce que le Scorpion aurait pu lui dire, ou pire, lui faire.
Dégel se pinça l'arête du nez et ôta ses lunettes en jetant un oeil par la fenêtre vers un léger nuage de fumée sombre qui s'élevait de l'île de Kanon. Pendant un instant, il pensa à Tenma et espéra que son entrainement se passait bien, qu'il avait réussi à faire son deuil et à avancer de nouveau. Quelques jours après leur retour d'Italie, après le décès d'Hakurei et de Dohko, Dégel était allé saluer Shion au premier temple. Un bras en écharpe et le visage tiré par la fatigue et la tristesse, le Bélier peinait à se remettre de ce nouveau fiasco, de la perte de sa figure paternelle et de son meilleur ami et compagnon. C'était vraiment comme si une moitié de lui avait été arrachée et qu'il ne parvenait pas encore à le réaliser. Et comme Dégel prenait congé et remontait vers le huitième temple pour s'assurer de la santé de Kardia, il avait croisé la route du jeune Pégase, le cosmos brulant de colère contre lui-même:
-Je veux devenir plus fort!
Avait-il grondé, enragé de ne pas avoir pu protéger ni sauver son maître et ami. Partagé entre la curiosité et l'envie d'aider, Dégel avait désigné l'île de Kanon du bras, conseillant au jeune garçon de s'y rendre afin d'y recevoir l'entrainement d'un véritable « démon » qui vivait là et de devenir plus fort. De cette manière, il tendait une perche à Tenma, lui offrait la possibilité de s'entrainer de manière sérieuse et de développer son potentiel évident… Mais ainsi, Dégel mettait indirectement Deuteros en contact avec la Guerre Sainte, lui envoyait un message caché, lui disant de se manifester, de venir en aide à son camp, à sa Déesse et à ses am-…
Le Verseau secoua la tête et quitta sa bibliothèque: Deuteros estimerait sans doute ne plus avoir aucun ami en vie, aucun lien direct avec la réalité de cette Guerre et de ces massacres, peut-être même ne pas y avoir sa place ou se jugeant indigne d'y participer. Alors que sa puissance leur était tellement nécéssaire. Alors que l'absence du Chevalier des Gémeaux se faisait cruellement sentir. Après tout, ils n'étaient plus que cinq Chevaliers d'Or au Sanctuaire (Shion, Régulus, Kardia, Sisyphe et lui-même), ils avaient besoin d'aide pour protéger leur Déesse et pour remporter cette Guerre.
Dégel referma la porte de la bibliothèque et se dirigea vers le treizième temple, soulagé de constater que malgré la perte du Grand Pope et de son frère aîné, Sasha parvenait à garder la tête froide et à savoir ce qu'elle voulait, ce qui était le mieux pour ses troupes. Même si cela signifiait aller négocier avec Poseidon lui-même pour utiliser l'orichalque et sa force…
Un frisson d'anticipation remonta le long de sa colonne vertébrale comme un mauvais pressentiment lui nouait le ventre: ça ne risquait vraiment pas d'être simple comme mission. Elle était d'une importance capitale et s'il la fichait en l'air, tout espoir serait perdu.
Il n'avait… Ils n'avaient pas le droit à l'erreur.
$s$s$s$
Le gémissement douloureux qui s'éleva dans le huitième temple ne parvint pas à faire disparaitre le large sourire su visage de Kardia, à vrai dire, un ricanement lui échappa même:
-T'ain t'es vraiment une sous-merde pitoyable en fait!
A moitié évanoui à ses pieds, un homme de petite taille vêtu d'un surplis tout sauf ragoutant poussait des sanglots absolument irritants en faisant mine de s'éloigner en rampant sur le sol du huitième temple. S'il avait bien compris la situation, ce pâle type de Spectre de la Grenouille (ça ne s'inventait décidément pas!) rôdait aux alentours du Sanctuaire et n'avait rien trouvé de mieux à faire que de se faire coincer par des Chevaliers d'Argent qui avaient immédiatement décidé de l'amener auprès d'Athéna pour l'interroger. Pas de bol pour le Spectre, Kardia avait décidé de s'en occuper: après tout, il était encore incroyablement frustré de ne pas avoir pu se battre correctement et avait clairement besoin de se défouler un minimum.
Quitte à taper sur quelqu'un, autant taper sur un Spectre, même lambda, non?
-Alors, tu vas parler oui ou merde? Comment on va sur le Lost Canvas?
-Je… Je ne sais pas, je ne sais rien, pitié!
Geignit le Spectre en se tortillant sur le sol avec un air tellement effrayé et douloureux qu'un semblant de frisson ravi secoua les épaules de Kardia dont le sourire s'élargit:
-Allons pas de ça avec moi, contente-toi de me dire comment accéder au Lost Canvas et tout sera fini. Ca va, t'as reçu que trois piqures alors arrête d'exagérer.
Un simple gémissement s'échappa des lèvres du Spectres, un gémissement nasillard qui tapait franchement sur les nerfs de Kardia:
-Arrête un peu de coasser, saloperie, ta voix m'énerve!
-Arrêtez, pitié stop, je ne sais rien!
Oh bon sang, à la base il pensait avoir droit à un adversaire correct qui lui permettrait de se défouler et au lieu de ça, il tombait sur un abruti de première, un type absolument insignifiant qui risquait juste d'émousser son aiguille! Purée, il avait vraiment vraiment pas de bol! Sans doute qu'Hadès l'avait laissé derrière exprès, il voyait que ça!
-J'arrive pas à croire que tu sois un Spectre, t'as vraiment aucune fierté c'est incroyable! Et arrête de te plaindre comme ça, merde!
-Mais j'ai maaaal!
Gémit Zelos en reniflant, espérant peut-être attendrir son tortionnaire s'il faisait usage de sa voix la plus grinçante et pénible. Kardia éclata de rire et écrasa son talon sur le dos du Spectre:
-C'est le but, ducon! Le malheur des autres ça me fait tripper!
-Pitié, arrêtez!
-Tu devrais franchement mieux te tenir devant le grand Scorpion doré tu sais? Tu risques de me mettre en colère et ça serait dommage pour toi!
Une lueur rougeâtre éclaira ses yeux et le Spectre poussa un nouveau hurlement pathétique quand la quatrième piqure enflamma son corps tout entier:
-Allez débats-toi un minimum au moins, amuse-moi!
Et comme un ricanement mauvais allait lui échapper, une voix et un cosmos glacés le firent s'arrêter:
-Qu'est-ce que tu fais, Kardia?
En avisant les longs cheveux verts du visiteur et en reconnaissant instantanément sa voix, le Scorpion esquissa un large sourire et se retourna à demi, les yeux toujours exorbités sous le coup d'une légère excitation:
-Ca alors, seigneur Dégel! Comme c'est rare de te voir ici au huitième!
L'ironie était palpable (le Verseau était presque considéré comme un second résident du huitième et vice versa), et les reproches aussi. Mais Dégel choisit de les ignorer et de se rapprocher en fronçant les sourcils:
-Je t'ai demandé ce que tu faisais, alors réponds à ma question.
Kardia plissa légèrement les yeux et fit mine de réfléchir tout en s'appuyant de tout son poids sur le corps expirant du Spectre:
-Ce que je fais, hm? Qu'est-ce que je pourrais bien être en train de faire? (Un sourire franchement mauvais étira ses lèvres et il lui jeta un regard du coin de l'oeil) Je torturais?
Au vu de l'air sceptique de son frère d'armes (à vrai dire il n'aurait jamais imaginé le voir même esquissé un sourire), Kardia finit par rire franchement et se détourner de sa pénible proie moribonde pour s'avancer vers Dégel:
-Oh ça va, je rigole! On a plus le droit de blaguer ici ou quoi?
-Disons qu'elle n'était pas du meilleur goût.
-Oh ça va Dégel, pas de ça avec moi! Je demandais juste à ce « Spectre » comment rejoindre le Lost Canvas et ce salopard d'Hadès! J'en reviens pas qu'il se soit planqué dans le ciel, on pourra jamais l'atteindre comme ça, faudrait qu'on se fasse pousser des ailes!
Dégel jeta un coup d'oeil au corps légèrement tremblotant de vie du Spectre et fronça le nez:
-Et je suppose que tu as obtenu une réponse satisfaisante?
-Pff, bien sûr que non! C'est un sous-fifre de merde, il sait rien! Il fait que pleurnicher et geindre! Une bête proie basique, insignifiante, sans volonté, sans dignité, sans honneur… (Il embrasa légèrement son cosmos au niveau de son ongle) Il risque d'abimer mon aiguille…
Un sourire mauvais étira ses lèvres et il leva vivement le bras, aussi vite qu'il le pouvait, s'arrêtant in extremis alors que son ongle se trouvait à à peine quelques centimètres de la gorge de son frère d'armes qui n'avait pas fait un pas pour se décaler. Les yeux plongés dans le regard améthyste impénétrable du Verseau, Kardia susurra:
-Mais si t'étais à sa place, je suis sûr que ça serait bien plus amusant pour moi. T'en penses quoi, mon Dégel?
Le Verseau plissa les yeux et feula, tout sauf amusé par cette simulation:
-J'en pense qu'il est grand temps de faire une croix sur tes fantasmes malsains.
Un sourire amusé sur les lèvres, Kardia ne fit pourtant pas mine de bouger, comme pour continuer de laisser planer la menace d'une piqure:
-Alors dis-moi, pourquoi es-tu venu si ce n'est pas pour ça?
-La Déesse Athéna m'a confié une mission.
-Super, je suis ravi pour toi!
-Et je me demandais simplement si tu ne voulais pas m'accompagner.
-Ca dépend, c'est quoi comme mission?
A vrai dire, Dégel espérait vraiment convaincre son frère d'armes de venir avec lui: il avait l'impression qu'il ne pourrait pas « survivre » à une nouvelle mission sans Kardia, son binôme habituel, à ses côtés. Les deux missions sans lui avaient été tellement plus périlleuses et balbutiantes que quand ils étaient ensemble qu'il ne pouvait simplement pas imaginer partir sans lui:
-Je dois me rendre à Bluegraad, à l'Est de la Sibérie, et je…
-La Sibérie? (Kardia tiqua franchement, grimaça et se détourna en ne pouvant réprimer un frisson) Non merci, très peu pour moi: je déteste le froid et j'ai pas envie de bouger pour un truc aussi chiant qu'une mission de reconnaissance! Mais t'inquiète, vas-y et amuse-toi bien!
Dégel haussa les épaules, certain qu'une fois qu'il connaitrait la teneur de sa mission, Kardia ne pourrait plus tenir en place:
-Peut-être qu'elle t'intéresserait plus si tu savais que nous allons sans doute devoir être confrontés au Dieu des Mers et des Océans.
Pile comme il le pensait, Kardia s'arrêta et jeta un regard par delà son épaule, croisant le regard faussement désintéressé de Dégel de sa pupille rétrécie:
-Poseidon?
-Lui-même. Je dois négocier avec son esprit, qui est scellé à Bluegraad, afin d'obtenir de l'aide pour rejoindre le Lost Canvas. Si possible, je préférerais éviter toute confrontation avec lui mais qui sait, je pourrais avoir besoin d'aide…
Un petit ricanement s'éleva dans son dos puis une exclamation ravie résonna dans le temple:
-Un Dieu, carrément! Y'a pas de meilleure proie au monde! Tu te rends pas compte du cadeau que tu me fais là!
Kardia se retourna, le rejoignit et le gratifia d'une claque amicale dans le dos, sans que cette lueur terrible dans ses yeux ne disparaisse, sans que Dégel ne se sente véritablement soulagé:
-Allez Dégel, on se bouge, on a pas de temps à perdre! Faut se grouiller sinon il va finir par fuir aussi comme ce salopard d'Hadès!
Haussant un sourcil sceptique malgré lui, le Verseau souffla sans s'en rendre tout à fait compte:
-Un Dieu? Fuir?
-T'as dit quoi là?!
-Rien, rien.
-Mouais, je te connais petit roublard, fais pas genre!
-Je ne me permettrais pas voyons. (Puis, estimant qu'il valait mieux ne prendre aucun risque en s'engageant dans cette conversation, il changea de sujet) On se retrouve ici dans une heure? Le temps de préparer nos affaires et de « nettoyer » tout ça?
Kardia jeta un regard à peine concerné vers le corps du Spectre, définitivement immobile, et haussa les épaules:
-Ouais, une heure ça devrait le faire. Traine pas hein, faut qu'on parte au plus vite!
-Non mais, comment est-ce qu'il ose?
Soupira mentalement Dégel, faussement lassé du comportement de son frère d'armes:
-Hé je t'entends!
-Réfléchis-y alors. A tout à l'heure. Et n'oublie pas d'aller signaler ton départ à Athéna.
-Ouais ouais, ça va, elle le saura de toute façon!
Dégel haussa les épaules:
-Comme tu préfères.
Les yeux dardés sur le dos de son frère d'armes, Kardia sentit son large sourire disparaitre et il se tourna vers le corps sans vie du Spectre avant de pousser un court soupir irrité et de s'en détourner:
-Quelle merde.
$s$s$s$
Kardia inspira profondément et poussa un long soupir, un air légèrement plus apaisé sur le visage. Plus soulagé qu'il ne l'avait été depuis longtemps. Il se rendait bien compte que quelque chose en lui avait changé, que l'ambiance du Sanctuaire lui était devenue insupportable: à vrai dire, il avait l'impression d'étouffer, d'être constamment oppressé, constamment en colère. Contre Sisyphe, contre Hadès, contre lui-même,… Contre le monde entier.
Au fond, oui, sortir lui faisait du bien. Se retrouver seul aussi avait du bon, ne plus être perpétuellement entouré de monde, d'autant plus qu'il savait qu'il pouvait compter sur Dégel. Le seul dont il tolérait et recherchait la présence. Kardia jeta un coup d'oeil sur le côté et détailla le Verseau sans s'en cacher: hors du Sanctuaire, il avait l'impression que même Dégel revivait, reprenait des couleurs plus humaines malgré une légère crainte dans ses yeux améthystes. Au fond, même s'il ne voulait pas le montrer plus que ça, il était heureux que Dégel lui ait demandé de l'accompagner, heureux de constater qu'il estimait avoir encore besoin de lui malgré ce qu'il était devenu avec le temps.
Un léger sourire se dessina sur ses lèvres et il alla jusqu'à laisser échapper un léger soupir amusé. Si bien que Dégel lui adressa un regard intrigué:
-Qu'y a-t-il?
-Rien de spécial, je me rends juste compte que c'est comme au bon vieux temps. Juste toi, moi, et la route.
Dégel sembla hésiter avant d'esquisser un léger sourire:
-Et la mission.
-Ouais, si tu veux.
-Elle est d'une importance capitale, je dois absolument faire de mon mieux pour régler cette histoire sans faire plus de dégâts. (Un voile assombrit son regard et il se détourna) Je ne suis pas certain d'en être capable.
-Bien sûr que t'en es capable, t'es le roi de la diplomatie! Enfin, sauf avec moi, mais bon c'est pas pareil, personne peut être plus susceptible que moi!
Argumenta Kardia en le gratifiant d'un léger coup de coude dans les côtes. Il savait (à vrai dire, il l'avait toujours su) que Dégel avait toujours, au fond, légèrement manqué de confiance en lui. La récente catastrophe qu'avait été leur dernière tentative d'attaque l'avait rendu encore plus prudent. Surtout depuis cette mission en France, depuis qu'il avait dû « tuer » son propre maître, depuis qu'il avait cédé face à son amie d'enfance… Malgré lui, Kardia fronça les sourcils à la simple idée de se retrouver face à cette fille. A vrai dire, il n'avait aucune idée de comment il devrait se comporter face à elle.
Très conscient de ses gestes, Kardia se rapprocha de Dégel, jusqu'à ce que son épaule effleure la sienne, comme pour s'assurer qu'il était bien là et rappeler que lui aussi était avec lui. Qu'il n'était pas seul dans cette mission:
-Tu vas y arriver, je suis certain que tu vas gérer et que Poseidon va t'adorer et te donner tout ce que Sasha demande.
Dégel leva les yeux au ciel mais son sourire s'élargit légèrement, rassuré:
-Je doute franchement qu'il accepte aussi rapidement et qu'il nous considère comme ses alliés, mais je n'ai pas le choix: je dois réussir. L'échec n'est plus une option, ça n'a jamais été le cas.
-Et on va réussir. Tu vas réussir. Je le sais.
-Comment peux-tu en être aussi sûr? Rien ne va ces derniers temps, alors pourquoi est-ce que d'un coup je devrais améliorer la situation?
Ses yeux croisèrent le regard légèrement adouci de Kardia, si bien qu'il se sentit presque immédiatement rassuré, ravi de l'avoir convaincu de l'accompagner:
-Tu vas réussir parce que c'est ce que tu fais toujours. Alors ne doute plus de toi, d'accord? Je serai là pour surveiller tes arrières, alors ne pense qu'à ta mission diplomatique, je m'occuperai du reste.
-Le reste?
-Bagarres, soutien mental et physique, ce que tu veux tant que je peux me rendre utile et m'amuser!
Dégel soupira:
-Tu ne changeras donc jamais?
-Nan, trop de travail sur moi à faire. Je laisse tomber. Et puis, difficile de changer quand on incarne déjà la perfection tu trouves pas?
Le Verseau s'arrêta et baissa les yeux, l'air sincèrement surpris, si bien que Kardia grogna:
-Quoi?!
-Rien de spécial, je suis juste épaté de voir que tes chevilles tiennent encore le coup après tout ce que tu viens de dire.
Kardia hésita une demi seconde avant gratifier son frère d'armes d'un coup de poing faussement rageur dans le bras:
-Emmerdeur va! Tu peux pas t'empêcher de faire des réflexions de ce genre!
-C'était trop tentant. (Dégel laissa échapper un soupir rieur et il leva la tête vers le ciel) Tu as raison, c'est comme à nos débuts… Juste nous deux et la mission…
-Et tes sarcasmes douteux, petit salopard.
-Exactement comme notre première mission.
-Ouais bah c'est pas une raison pour me tenter non plus.
-Je n'oserais pas.
Ils échangèrent un regard complice et Kardia lui adressa un clin d'oeil amusé:
-Je commençais à croire que tu voulais m'éviter.
Dégel se renferma légèrement et détourna le regard:
-Ce n'est pas ça, tu as été tellement malade que j'avais peur de te déranger.
-Tu me déranges jamais, tu le sais en plus.
-Et puis je voulais attendre que tu te sois… Calmé.
Kardia hésita puis grommela une vague réponse et passa une main irritée dans sa nuque:
-Disons que ces dernières semaines ont été très… « Eprouvantes ». Je pensais pas que ça te ferait aussi peur.
-Ce n'est pas que ça me fait peur, c'est juste que… (Dégel chercha ses mots, conscient de marcher sur des oeufs et qu'un simple mot de travers pouvait le mettre en danger) Il y a des moments où je ne te reconnais pas.
-Du genre?
-Du genre hurler et partir en claquant la porte à une réunion devant Athéna, du genre torturer un Spectre lambda à mort dans ton propre temple,…
Kardia fronça les sourcils et fit claquer sa langue contre son palais:
-Oh arrête, Dégel, j'ai toujours été comme ça, impulsif et violent, fais pas genre que t'es choqué.
-C'est juste que c'est devenu plus fréquent. Tu avais fait des efforts, de réels efforts, et j'ai l'impression de ne pas te reconnaitre parfois.
-T'exagères.
-Ha oui? Alors c'était quoi ce délire de faire mine de m'attaquer au Sanctuaire? Depuis quand tu prends de tels risques? Imagine un peu, et si j'avais riposté? Et si tu m'avais blessé? Qu'aurais-tu gagné exactement?
Kardia haussa les épaules, faussement penaud au vu du sourire amusé qui étirait ses lèvres:
-T'as pas riposté, t'as pas été blessé: tout va bien. C'était juste pour rire.
-Pour toi, sans doute. Ca ne l'était pas pour moi.
-C'est pour ça que c'est drôle, tu t'y attendais pas et t'as même pas réagi. Donc au fond, t'en fais tout un foin alors que tu savais parfaitement qu'il allait rien t'arriver, que tu risquais rien avec moi.
Il y eut un long silence, rompu par un murmure:
-Je ne suis plus certain d'être en entière sécurité avec toi, Kardia. Plus depuis que Liam et Mikhail sont…
Un véritable éclair de rage zébra les yeux si clairs du Scorpion qui fronça soudain les sourcils et fit un pas menaçant en avant en grondant:
-Je t'ai dit que je ne voulais plus jamais entendre parler d'eux!
-Kardia, nier leur mort ne va pas t'aider à t'en remett-…
Le visage soudain à quelques centimètres du sien, le Scorpion feula, le visage noir de rage:
-Ne parle. Plus jamais. D'eux. Est-ce que c'est clair?
Dégel déglutit difficilement, soutint son regard, puis poussa un soupir et se détourna:
-Tu sais ce que j'en pense.
-Et j'en ai rien à foutre.
Gronda-t-il avant de se remettre en route sans l'attendre. Dégel poussa un léger soupir et passa la main dans ses cheveux en le suivant à une distance raisonnable. Il détestait se l'avouer, mais ce que Kardia était devenu le mettait mal à l'aise, lui faisait presque autant peur que lors de leur première mission. Il secoua la tête: non, il ne fallait surtout pas rester fâchés, pas alors qu'ils avaient besoin d'être soudés comme jamais. Pas avec une telle mission à l'horizon.
Pas avec son erreur qui lui pesait sur la conscience à chaque pas qu'il faisait pour se rapprocher de Séraphina.
Il parvenait petit à petit à se l'avouer, à accepter que l'importance de la mission lui faisait aussi peur que la jeune femme qu'il allait retrouver. C'était bien simple, depuis qu'ils étaient partis, il n'avait pas réussi à correctement fermer l'oeil. Le Verseau s'empêcha de soupirer à nouveau, renonça à l'idée d'en parler à Kardia au vu du comportement qu'il avait…
Releva la tête et croisa le regard légèrement concerné du Scorpion dardé sur lui:
-Ca va?
-Tu sais que je n'aime pas quant tu te comportes ainsi, ne fais pas l'innocent.
-C'est tout? Y'a rien d'autre qui te préoccupe?
Dégel haussa les épaules:
-Pourquoi est-ce que tu demandes si tu le sais déjà?
-Ecoute, je sais que je suis plus aussi vivable qu'avant, je sais que t'y es pour rien et que je devrais pas m'énerver comme ça sur toi. (Il grimaça et passa une main dans sa nuque) Mais tu sais que tu peux encore tout me dire, nan? Et puis, t'as pas besoin d'avoir peur puisque je suis avec toi.
-Je n'ai pas peur, j'appréhende juste la chose.
-Si ce qui te préoccupes c'est ma réaction, t'en fais pas, j'essayerai de pas la calculer.
Malgré lui, Dégel esquissa un demi sourire et leva les yeux au ciel:
-Me voilà rassuré.
-Tu vois, quand je te dis que tout va bien. (Sourit Kardia avec un air triomphant) Alors arrête de faire la tête - et de faire du boucan toute la nuit parce que tu paniques - et profite simplement de l'occasion.
-L'occasion de revoir Séraphina?
Hésita Dégel, si bien que Kardia secoua les mains en grimaçant:
-Mais non, pâle type! Profite d'un voyage sympa en compagnie de ton fidèle Scorpion!
Alors qu'il cherchait à détendre l'atmosphère, il se rendit bien compte que la boutade était tombée à l'eau: Dégel avait pincé les lèvres, et lui-même avait senti un noeud se former dans sa gorge:
-Ha… Je voulais pas…
Fidèle, lui? Alors qu'il avait cédé le premier? Qu'il avait été le premier à lui tourner le dos? Merde, qu'est-ce qui lui avait pris de dire un truc pareil?!
-Désolé, je suis vraiment pas doué.
-Ce n'est rien, franchement.
-Arrête va, je sais quand t'es vexé.
-Puisque je te dis que ça va, arrête d'en rajouter.
Un lourd silence plana un instant entre eux avant que Kardia ne pousse un long soupir et ne passe son bras sur les épaules de son frère d'armes pour enfouir son visage dans ses cheveux. La voix légèrement étouffée, il souffla, sentant avec une douleur non feinte Dégel rester complètement tendu contre lui:
-Je suis tellement désolé, Dégel.
-Ce n'est rien, sincèrement.
-Je sais qu'on a dit qu'on effaçait tout, je sais que t'aimes pas que j'en parle, mais je te dirai jamais à quel point je regrette. Et je veux que tu le saches. J'aurais dû te le dire tous les jours depuis qu'on a décidé de se pardonner.
Maigre victoire mais victoire quand même, il sentit que le Verseau s'était imperceptiblement détendu, presque rien, juste ce qu'il fallait pour qu'un lourd poids quitte ses épaules:
-Ca ne te va ce romantisme.
-Arrête, je sais que t'adores.
La main étrangement tiède de Dégel trouva maladroitement la sienne, celle posée sur son épaule, et il souffla, si bas que Kardia ne l'entendit presque pas:
-Merci.
Le Scorpion sourit, jugeant inutile de demander en quel honneur il avait droit à ce mot si apaisant. Après tout, la vague de sentiments qui venait d'effleurer son esprit lui donnait toutes les réponses possibles et imaginables:
-Avec plaisir.
Une légère douleur au niveau de la joue le fit grimacer et il tiqua:
-Aïe putain mais tu fais quoi?!
Les yeux légèrement plissés, Dégel pinça plus assurément la joue basanée de son frère d'armes et souffla, la voix devenue glaciale:
-Tu as intérêt à bien te tenir, là-bas. Ces gens m'ont en grande partie élevé, alors je compte sur toi pour ne pas faire l'idiot et tout foutre en l'air. D'accord?
-Je rêve ou tu viens de dire « foutre en l'air »? Aïe aïe aïe arrête, c'est bon d'accord je ferai de mon mieux!
-Ca n'est pas suffisant comme promesse.
-Ok ok ok promis je la fermerai!
Plus ou moins satisfait, Dégel le lâcha et, tandis que Kardia portait sa main libre à sa joue douloureuse en grognant, il ajusta sa Pandora Box sur son épaule, sans faire mine de se dégager du bras toujours posé sur ses épaules. Intrigué, le Scorpion baissa les yeux:
-Tu vas pas bouger?
-Tu en as envie?
-Nan, c'est juste que je te voyais déjà me laisser en plan pour faire genre que t'es vexé alors que c'est juste pour te refermer sur toi-même, encore.
Dégel haussa les épaules et tourna la tête, conscient de l'émotion qui tentait de prendre le dessus sur son calme olympien:
-Pas tout de suite. Encore une minute.
Un large sourire ravi étira les lèvres de Kardia qui raffermit sa prise sur son épaule et lova son visage plus confortablement dans sa gorge, le serrant contre lui autant que les lois de la physique le permettaient:
-Va pour une minute de plus.
S'étant assuré que personne ne pourrait les voir, Dégel laissa simplement son regard vagabonder sur les plaines brunies de Russie et, comme il allait jusqu'à légèrement appuyer sa tête contre celle de Kardia, un premier flocon de neige glissa sur ses cils.
Encore deux ou trois jours et ils arriveraient à Bluegraad. Alors il allait en profiter tant qu'il le pouvait.
$s$s$s$
Des soupirs qui s'échappent de lèvres scellées, des mains qui se trouvent, deux corps qui s'entremêlent, des draps qui se froissent, des coeurs qui résonnent à l'unisson. La lueur de la lanterne vacilla mais ne s'éteignit pas, même quand les halètements et les gémissements se muèrent en soupirs.
La poitrine soulevée par une respiration encore hachée, Kardia roula sur lit, calant son bras gauche sous la nuque de Dégel, tout aussi haletant que lui. La nuit était déjà bien avancée, et pas un instant il n'avait cessé de neiger. Pas un instant, alors que la température n'avait fait qu'augmenter dans la petite chambre, la terre n'avait cessé de se couvrir de blanc silencieux et paisible. Le souffle court, Kardia passa sa main libre dans les cheveux qui tombaient dans ses yeux:
-Purée, ça c'est sportif.
Pantelant, mais pas assez pour ne pas réagir, Dégel le gratifia d'un coup de coude irrité:
-Arrête un peu, c'est toi qui a voulu recommencer. Trois fois.
-Oh ça va, c'était un compliment, te fâches pas! Désolé!
Les yeux à moitié voilés, Dégel prit le temps de reprendre correctement son souffle avant de souffler:
-Moi aussi…
-Je vois pas pourquoi je devrais me fâcher, j'ai géré, t'as géré, et tu peux pas dire le contraire!
Dégel secoua la tête:
-Pas ça. Moi aussi je suis désolé… Tu n'imagines pas à quel point je m'en veux encore…
Kardia lui jeta un regard intrigué, puis comprit et posa sa main libre sur la joue encore rosée de son frère d'armes pour le forcer à le regarder:
-Tout va bien, alors arrête de t'en faire. Tout est pardonné, alors faut pas laisser ces trucs nous pourrir la vie. D'accord?
Le Verseau hocha lentement la tête et ferma les yeux quand Kardia posa doucement son front contre le sien, laissant échapper un simple soupir:
-Je suis heureux que tu soies là.
Kardia rit et passa presque tendrement la main sur l'épaule diaphane de son compagnon, comme une litanie, une preuve de sa présence:
-J'allais quand même pas te laisser affronter ça tout seul. (Léger silence, le temps que son sourire s'élargisse) Ca vaut aussi bien pour cette Séraphina et pour Poseidon, je compte bien me le faire s'il essaye de te faire chier.
Dégel leva les yeux au ciel, incapable de répondre avec des sarcasmes, le coeur léger et pourtant serré à la fois:
-Merci.
-Avec grand plaisir, seigneur Dégel.
Quand leurs lèvres se trouvèrent une nouvelle fois, la lueur de la lanterne vacilla de nouveau et s'éteignit, laissant pour seule lumière dans la chambre celle de la lune et de la neige qui ne cessait de tomber.
$s$s$s$
Un vent glacial balayait les plaines gelées de Sibérie, faisant claquer leur capes… et les dents de Kardia. Passant une main tremblante sur son bras (autant pour se réchauffer que pour chasser une couche de neige), il grommela entre deux frissons:
-C'est encore loin?
Plusieurs mètres devant lui, Dégel haussa les épaules:
-Plus ou moins une dizaine de minutes, courage.
Un grognement s'éleva dans son dos et Kardia rentra un peu plus la tête entre les épaules en reniflant:
-Putain de merde mais c'est pas possible, il fait au moins moins huit mille* dans ce pays! Et tu veux me faire croire qu'il y a des gens qui habitent vraiment ici?!
-Bien sûr que oui.
-Arrête de mentir! (S'écria Kardia en frottant les mains sur ses bras) Et puis d'abord, comment tu peux savoir avec autant de précision où on est, hein? Qui dit que t'es pas en train de te foutre de ma gueule?
Atteignant le haut d'un léger pic rocheux, Dégel lui adressa un regard qui masquait mal son amusement:
-Je le sais parce que j'ai passé une grande partie de mon enfance ici, à Bluegraad. Je sais parfaitement où nous sommes. Maintenant tais-toi et contente-toi de me suivre.
Un nouveau coup de vent souleva des nuages de neige (comme s'il n'en tombait pas déjà assez!) et pourtant Kardia ne frissonna pas (du moins, pas immédiatement), soufflé par l'air soudain rayonnant de Dégel, plus qu'il ne l'avait jamais vu, plus rayonnant qu'il ne l'avait jamais été. Même avec lui.
Un instant, son coeur se serra dans sa poitrine (et il n'envisagea même pas une crise) quand il détailla le visage souriant et épanoui de Dégel, ses longues mèches vertes volant dans son dos, cette lumière nouvelle qui éclairait ses yeux…
Une once de jalousie enfla dans son coeur, dominée par une soudaine douleur, comme une trahison. Jamais Dégel ne lui avait souri avec autant de sincérité, de véritable bonheur… Etait-ce le fait de revoir cette fille? De se rappeler de ce qu'il avait vécu avec elle? Allait-il le laisser derrière, en retrait? Alors qu'il était venu le chercher en lui demandant de l'accompagner? Un noeud lui serra le ventre et il se secoua en se forçant à détourner le regard de cette vision qui le rendait à la fois heureux (après tout, le plus important était le bonheur de Dégel) et déçu, inquiet même.
Si bien qu'il alla jusqu'à le bousculer légèrement en grognant quand il le rattrapa:
-Bon alors raison de plus pour ne pas trainer ici, allez grouille tes puces, je me les gèle moi!
-Je t'avais dit qu'on aurait dû attendre avant de mettre nos armures: tu aurais pu garder ta veste et la mienne plus longtemps.
-Nan c'était trop la honte, t'étais là comme une fleur en chemise et moi j'avais deux vestes, la chemise, la cape et je continuais de me les geler!
-Parce que là tu es réchauffé? Avec des zones carrément nues?
-Oh ça va, la ferme! Et puis on sait jamais qu'on doive se battre aussi!
Dégel secoua la tête en accompagnant ses pas, reconnaissant avec émotion des chemins qu'il avait parcouru des années auparavant:
-C'est très peu probable: les gens de Bluegraad sont très pacifiques, je ne vois pas pourquoi ils voudraient nous...
Sa voix s'éteignit quand il aperçu une haute colonne de pierre au loin… Une colonne seule. Et non pas deux, comme elles étaient censées l'être. Quand il réalisa qu'aucune lumière ne se reflétait sur la neige. Qu'aucun bruit, hormis celui du vent, ne brisait le silence de la plaine. La gorge soudain serrée, Dégel écarquilla des yeux horrifiés et fit un pas fébrile en avant, puis se mit à courir:
-Oh, Dégel! Tu fous quoi là?! C'est pas le moment d'essayer de me semer!
Quelque chose n'allait pas, quelque chose clochait. Cette absence totale de vie, de bruit, de gens,… Ils n'avaient croisé personne sur le chemin, pas même un vieil habitué, pas même un chien. Rien qui ne laissait présager que des gens habitaient ici:
-Bordel de merde, Dégel!
Le Verseau s'arrêta net au pied de la haute colonne, le souffle coupé et les yeux écarquillés sur le coup de l'horreur, figé à un tel point que quand Kardia le rejoignit, il ne le remarqua pas tout de suite:
-C'est impossible…
La ville autrefois si riche et remplie de rires malgré le froid ambiant, les rues dégagées dès que possible, les décorations sur les maisons, les enfants qui jouaient sur la place, les anciens qui devisaient paisiblement,… Rien ne restait de tout cela. Les bâtiments étaient tous effondrés, éventrés par des poutres à moitié carbonisées, les rues étaient jonchées de neige (une bonne trentaine de centimètres si pas plus) et les statues qui ornaient les longs escaliers qui menaient vers la demeure du Gouverneur avaient été décapitées, brisée ou fracassée sur les marches.
Estomaqué, Dégel se secoua quand Kardia remarqua sur un ton mi sarcastique mi intrigué:
-C'est ça Bluegraad?
Pas une âme ne errait dans le coin, toute cette destruction, cette absence de vie,… C'était impossible que Dégel ait grandi ici, pas avec le sourire qu'il avait sur les lèvres trois minutes auparavant. Pas avec la tête qu'il tirait maintenant en faisant des pas distraits dans l'épaisse couche de neige qui couvrait le sol:
-Dégel?
-Bluegraad est tombée…
Mais pourquoi les armées d'Hadès seraient-elles venues jusqu'ici? Pourquoi avoir attaqué une région aussi reculée et quasi inhabitable? Un frisson glacé secoua ses épaules quand l'idée terrible qu'Hadès avait pu entrer en contact avec Poseidon effleura son esprit: venaient-ils, sans le savoir, de se jeter dans la gueule du loup? De mettre les pieds en terrain doublement hostile suite à l'union des deux frères divins?
Que faire? Faire demi-tour immédiatement en cas de danger? Non, il ne pouvait pas tourner le dos, pas maintenant, pas alors que leur mission était d'une importance. Pas alors que ses amis de toujours pouvaient peut-être encore être sauvés. Avancer et risquer de perdre la vie? N'était-ce pas mettre Kardia inutilement en danger? Lui qui n'avait rien demandé et qu'il avait forcé à venir?
Dégel se retourna et jeta un regard déterminé à son frère d'armes (qui gardait une distance respectueuse avec lui, sans doute pour lui laisser le temps de digérer le spectacle morbide de cette ville fantôme autrefois si vivante):
-Rentre immédiatement au Sanctuaire pour prévenir Athéna, je vais voir s'il reste des survivants et m'occuper de cette mission.
Kardia fronça dangereusement les sourcils:
-Hors de question de te laisser te démerder tout seul! Pas maintenant, c'est là que t'as besoin d'être soutenu!
-Mes émotions ne sont pas le sujet de cette conversation: cette mission vient de devenir doublement dangereuse et je ne veux pas prendre de risques inutiles. Alors rentre au Sanctuaire.
-Je viens de te dire que c'était hors de question!
-Pourquoi est-ce que tu ne comprends pas ce que ça (Il désigna la ville détruite d'un mouvement de bras) implique comme danger? Pourquoi est-ce que tu tiens absolument à te mettre en danger?
-Je te retourne la question! Pourquoi t'as envie de prendre tous les risques tout seul, hein?!
-Parce que je…
Un léger chuintement cristallin (si léger qu'ils le perçurent à peine) l'interrompit et ils levèrent la tête comme un seul homme pour apercevoir des véritables javelots de glace foncer sur eux à toute vitesse. Sans avoir à se concerter, ils bondirent en arrière, profitant du nuage de neige et de glace qui les couvrait pour se jucher sur ce qu'il restait d'une haute maison. Les sourcils froncés, Dégel détailla les formes drapées de blanc (sans doute pour mieux se camoufler) qui s'avançaient en ricanant:
-Ils n'ont pas l'air trop puissants: je crois que nous pouvons les battre rapidement et sans trop de problèmes.
Un large sourire mauvais étira les lèvres de Kardia et ses pupilles se rétrécirent dangereusement quand il se voûta légèrement, comme un félin sur le point de fondre sur sa proie:
-Ca veut dire que tu me les laisses et que tu m'autorises à jouer un peu?
-La manière ne me regarde pas, tu sais ce qui ne me plait pas et tu n'en feras qu'à ta tête. Contente-toi de faire vite.
-Compte sur moi.
Inconscients du danger mortel qu'ils courraient, les hommes poussèrent des rires mauvais et l'un d'entre eux s'écria:
-On va les découper en morceaux et laisser leurs restes geler sur place!
-Oh? Nous découper en morceaux, carrément?
Les hommes sursautèrent violemment et se retournèrent d'un bond:
-Comment?!
-Je sais pas si vous vous en rendez compte, les gars, mais vous faites un boucan pas possible: vous êtes aussi discrets qu'un blizzard. (Kardia leva lentement la main et un reflet rouge jaillit de son index) Vous pensiez vraiment parvenir à nous surprendre? Le Scorpion doré est entraîné à chasser ses proies!
En une fraction de seconde, il avait sauté en avant, frappé les corps de ses adversaires, et se trouvait debout derrière eux, un énorme sourire ravi sur les lèvres:
-Vous n'aviez aucune chance.
Les trois hommes s'effondrèrent en poussant des cris de douleur quand le venin fit bouillonner le sang dans leurs veines, et tandis que Dégel le rejoignait en posant un regard sceptique sur leurs adversaires, Kardia se retourna, les pupilles exorbitées:
-Normalement je suis censé vous laisser choisir entre la capitulation et la mort, mais je crois que vous méritez pas cette chance. (Il agrippa la cape de l'adversaire le plus proche et la lui arracha d'un mouvement brusque) Voyons voir si c'est mon jour de chance et que je suis tombés sur quelques Spectres entraînés?
Contrairement à ce qu'il croyait, il ne rencontra pas le regard rageur d'un homme vêtu d'un surplis. Non, le visage tordu de douleur à ses pieds était celui d'un jeune homme portant une armure hésitant entre le gris et le bleu pâle. Une armure qui ressemblait étrangement à celles de leur troupes… Kardia haussa un sourcil et tiqua quand une voix résonna dans son dos:
-Messieurs.
Kardia fit un bond en arrière, prêt à attaquer s'il le fallait, et s'immobilisa en croisant le regard bleu (si clair qu'il paraissait presque transparent) d'un jeune homme fièrement campé sur un haut cheval noir piaffant. Un regard où on pouvait percevoir le sentiment de supériorité et de dignité d'une personne qui savait ce qu'elle voulait. Sans le quitter des yeux, comme pour l'empêcher de faire plus de mal aux soldats, le jeune homme aux cheveux blancs-argentés reprit doucement, d'une voix incroyablement calme et assurée:
-Je vous prie d'excuser ces chevaliers des glaces pour leur comportement inadmissible, ils seront sévèrement punis, je vous en fais le serment.
Kardia le détailla un instant puis aboya, l'ongle de la main droite toujours rougeoyant au cas où il aurait s'agit d'un piège:
-Et à qui a-t-on l'honneur?
Le jeune homme baissa légèrement les yeux, comme pour accentuer la différence de taille (et de niveau) entre eux:
-Je m'appelle Unity, je suis le fils du Gouverneur de Bluegraad.
Le Scorpion plissa les yeux et fronça les sourcils: il détestait devoir se l'avouer, mais à aucun moment il n'avait senti ce type arriver. Pas un instant une once de cosmos n'avait effleuré le sien, comme s'il n'en avait pas. Ou comme s'il avait appris à le dissimuler… Il fit un pas en avant:
-Et comment on peut en être s-…
-Unity!
Kardia crut que sa mâchoire allait se déboiter et il écarquilla les yeux à un tel point qu'il n'aurait pas été surpris que ses globes oculaires ne tombent à leur tour. Dégel venait de le dépasser sans lui adresser un regard ni une pensée, un sourire rassuré sur les lèvres et l'esprit entièrement tourné vers le jeune homme aux cheveux argentés dont l'attitude glaciale se fissura un instant quand une lueur à la fois étonnée mais agréablement surprise éclaira ses yeux presque transparents:
-Dégel? (Un léger sourire étira ses lèvres et il poussa le cheval à faire quelques pas en avant pour serrer chaleureusement la main du Verseau dans la sienne) Je ne parviens pas à y croire, c'est donc toi l'envoyé du Sanctuaire?
-Je vois que tu es déjà au courant de la raison de ma venue, mon ami. Je suis tellement soulagé de voir que tu es sain et sauf, je me faisais un sang d'encre. Que s'est-il passé ici?
-Hé bien ce sont…
-Oh oh oh, calmos là, je suis plus du tout! (S'exclama Kardia en s'interposant entre eux deux et en se plaçant devant son frère d'armes en grondant) Explique-toi Dégel, c'est qui ce type? Et comment ça se fait que vous vous connaissez?
Un sourire nostalgique sur le visage, Dégel posa une main rassurante sur son épaule et le fit se décaler d'un pas, juste ce qu'il fallait pour se rapprocher légèrement d' "Unity":
-Je t'ai dit que j'avais été élevé dans cette région, non? Quand mon maître ne m'entrainait pas, je venais passer du temps avec les enfants du Gouverneur, c'est même avec Unity et son père que j'ai appris la majorité des choses que je connais sur l'astronomie par exemple. (Il échangea un regard complice avec le jeune homme) Nous sommes de vieux amis, tu te souviens? Je t'en avais parlé.
-Heu je crois pas nan, je m'en souviendrais!
Au fond de lui, Kardia savait pertinemment qu'il avait déjà entendu le nom "Unity", le jour où Dégel avait reçu cette étrange lettre, mais il n'avait pas eu autant de détails, pas assez pour laisser présager quel regard soulagé et heureux Dégel, son Dégel, poserait sur ce petit salopard. Un léger sourire sur les lèvres, Unity serra les rênes dans ses mains et, d'un léger mouvement de jambe, poussa sa monture à faire demi-tour:
-Que de souvenirs, en effet. Je vous en prie, Chevaliers, suivez-nous: le centre de la ville a été épargné par les attaques. Et puis l'objet de votre mission se trouve là-bas.
Kardia fit claquer sa langue contre son palais et emboita le pas à son frère d'armes, le gratifiant d'un coup de coude un peu trop agressif pour être joueur:
-C'était quoi ça?
Dégel le fusilla du regard et passa la main sur ses côtes:
-Comment ça?
-Oh arrête joue pas avec moi! C'était quoi ces grands yeux et ce (Il grimaça et singea) "je me faisais un sang d'encre, mon ami, je suis soulagé de voir que tu vas bien"? D'où tu te pâmes comme ça sous mes yeux?
-Mais qu'est-ce que tu peux raconter comme bêtises! C'est mon ami d'enfance, et je ne me "pâmais" pas devant lui!
-A d'autres ouais, je t'ai vu hein!
-Arrête. Tout de suite. (Feula Dégel) Tu as promis de bien te tenir, tu ne me feras pas honte devant mes meilleurs amis.
-Ha! Parce qu'il y en a d'autres?!
Il y eut un long silence, brisé par un soupir contrit quand Kardia comprit:
-Oh… Séraphina c'est sa soeur en fait?
-Ce que tu peux être bête quand tu t'y mets.
-Ok, excuse-moi d'accord? Je savais pas, si j'avais su j'aurais pas…
-Trop tard. Garde tes excuses et réfléchis à ton comportement.
-Attends, Dégel, je ne…
Mais le Verseau le bouscula et s'éloigna vivement, rejoignant la compagnie hautement plus supérieure et cultivée d'Unity sans plus un regard pour lui. Les poings serrés, Kardia cracha de frustration:
-Putain de merde.
Le reste du trajet se fit dans un silence rageur pour lui, et accompagné de discussions nostalgiques et de rires complices pour Dégel et Unity, ravis de se retrouver après autant d'années de séparation. Oh mais il ne s'excuserait plus, c'était bien mal le connaître! Il avait reconnu son erreur et sa majesté Dégel n'avait pas jugé bon de lui pardonner à temps. Ok, tant pis pour lui. Il ferait de ces retrouvailles amicales un enfer, et il se ferait un plaisir de mettre le Verseau mal à l'aise avec son attitude.
Une fois arrivés au centre de la ville et plus précisément dans le palais qui servait de maison au Gouverneur et à sa famille, Dégel osa demander des nouvelles du père et de la soeur de son ami:
-Comment vont Séraphina et ton père?
Unity esquissa un sourire légèrement penaud et tendit son épais manteau à un majordome:
-Père est en mission diplomatique à l'étranger, et Séraphina a été fort malade il y a quelques mois, elle est encore assez faible et reste donc alitée dans ses appartements. Nous irons la voir en revenant de votre mission si tu le souhaites.
-Oh non, ne t'en fais pas, laisse-la se reposer, c'est ce qui est mieux pour elle.
Esquiva Dégel en secouant doucement la main. A vrai dire, il ne savait pas ce qui était pire, aller la voir et remuer le couteau dans la plaie ou, au contraire, faire comme si de rien était et la blesser encore plus. Il en parlerait à Kardia quand la mission serait finie, irait sans doute la voir… Il verrait… Il n'allait pas y penser tout de suite, pas maintenant:
-Est-ce que tu veux boire ou manger quelque chose, Dégel?
-Non merci, je préférerais…
-Ha bah il était temps que tu proposes, je crève la dalle! (Intervint grossièrement Kardia) Par contre je suis pas difficile, une pomme suffira amplement! Oh mais attendez… (Il fit mine de réfléchir) Est-ce que vous avez seulement des arbres qui poussent ici, avec le temps qu'il fait?
Dégel roula des yeux horrifiés vers lui et Kardia vit avec ravissement Unity pincer les lèvres et répondre d'une voix très calme:
-Nous devrions pouvoir vous trouver cela, Chevalier.
-Magnifique, merci bien mon brave!
Une fois sa pomme en main, il croqua vivement dedans et grommela à l'adresse de son frère d'armes:
-Bon, pas le temps de niaiser**, on a pas un Dieu à convaincre nous? On attends quoi là? Allez, montre-nous le chemin mon grand!
-Kardia!
Faisant mine d'être choqué (avec une fausseté qui donna envie à Dégel de l'étrangler), le Scorpion cligna des yeux innocents:
-Oh ciel, Dégel, pourquoi tant de haine? Je faisais que penser à la mission, il faut bien qu'un de nous deux le fasse après tout!
Le Verseau se força à ne pas répondre, à simplement se tourner vers Unity (qui détaillait Kardia avec un léger mépris à peine déguisé) et dit d'une voix aussi calme que possible:
-J'irai saluer ta soeur lorsque nous aurons accompli notre mission, peux-tu nous guider jusqu'au passage?
Le jeune homme aux cheveux argentés hocha la tête et désigna un long couloir d'un délicat mouvement du bras:
-Bien sûr, suivez-moi.
En s'engageant dans le couloir, quelques pas derrière son ami d'enfance, Dégel jeta un regard noir à son frère d'armes:
-Mais qu'est-ce qui te prend à la fin? Tu m'avais promis de bien te comporter!
Kardia croqua dans la pomme et haussa les épaules, un léger sourire sur les lèvres:
-Me dis pas que t'es fâché parce que je te fais honte devant ton pote? Je pensais que tu valais mieux que ça.
-Arrête, si c'est pour dire des idioties tu ferais mieux de te taire! Tu risques encore de dire des choses que tu pourrais regretter!
-Pourquoi toi tu me fais ça?
-Pardon?
Dégel fronça un sourcil, sincèrement incompréhensif face à la moue soudain fermée de Kardia:
-Non mais je rêve, qu'est-ce que tu racontes?
-Pourquoi tu me mets à l'écart dès le début?
-Je n'ai pas fait ça, tu t'es mis à l'écart tout seul avec tes commentaires stupides et désobligeants.
-Tu sais bien que je mords pas sans raison.
-Oh arrête avec ta mauvaise foi! Tu n'as pas supporté que quelqu'un d'autre que toi ait droit à mon attention, avoue-le! Tu es d'une jalousie crasse et c'est un de tes plus gros problèmes, c'est ça qui fout tout en l'air! Tu as vraiment envie qu'on se dispute? Maintenant? Juste avant une mission qui pourrait être mortelle?
-Ouah quelles compétences d'analyse! Je suis sûr que personne avait remarqué que ma jalousie était problématique! Merci beaucoup pour la thérapie gratuite!
-Alors pourquoi est-ce que tu te comportes aussi grossièrement si tu sais que tu es en tort?
-Parce que j'ai jamais eu droit à ce regard.
Dégel marqua un léger temps d'arrêt et sentit sa gorge se serrer quand il réalisa que c'était plus que de la jalousie. Quand il comprit qu'en fait, Kardia était blessé, déçu, et qu'il masquait cette attitude jugée faible derrière un masque d'agressivité et de jalousie:
-J'ai jamais eu droit à ce sourire, à cet air épanoui que t'as eu dès qu'on a mis un pied dans ce pays de merde. Je sais qu'on a dit qu'on a parlait plus mais… Mais je croyais que c'était parce que tu allais revoir cette fille… Je sais que je devrais pas m'énerver comme ça, qu'on avait dit qu'on tournait la page et tout, mais ça me…
-Blesse?
-Non c'est pas… Ouais, si, ça me blesse.
Dégel leva les yeux au ciel et esquissa un léger sourire en secouant la tête:
-Ce que tu peux être…
-Con?
-Peu sûr de toi, parfois.
Kardia haussa un sourcil et, quand leurs regards se croisèrent, il esquissa un sourire légèrement rassuré, plus serein et naturel que ce rictus qui l'accompagnait depuis leur arrivée à Bluegraad:
-Je suis pas sûr que ça soit un compliment là.
-C'est juste une remarque, je continue d'en apprendre un peu plus sur toi chaque jour. (Il y eut un léger silence, silence où seules les émotions circulèrent entre eux) Si tu veux, quand on sera rentré, je t'expliquerai.
-Quoi ça?
-Mon enfance ici, pourquoi cet endroit est si spécial à mes yeux. Je crois que je ne t'en ai pas beaucoup parlé, je n'en ai parlé à personne au fond. Ca te rassurerait?
Kardia haussa légèrement les épaules, les yeux brillants de reconnaissance:
-Ca serait super. Faut que je continue d'en apprendre sur toi tous les jours aussi, non?
Ils échangèrent un regard complice et, sans un mot de plus, le coeur plus léger, reprirent leur place, un peu plus proches qu'avant, mais pas trop non plus pour ne pas éveiller de soupçons (du moins, Dégel préférait éviter). Juste ce qu'il fallait. Juste ce dont ils avaient besoin pour l'instant. Même si la main de Kardia brûlait d'envie de serrer celle de Dégel dans la sienne.
Inconscient de l'échange mental et de leur réconciliation, Unity interpréta le silence de Dégel comme une question muette:
-Je suis désolé que tu aies dû voir Bluegraad dans cet état, mon ami: les Spectres étaient si nombreux que nous avons failli perdre le centre de la ville aussi.
Dégel tressaillit et serra les poings en se rapprochant de son ami d'enfance:
-Alors toutes ces ruines sont bien l'oeuvre des armées d'Hadès… Je n'aurais jamais cru qu'elles viendraient jusqu'ici…
Kardia jeta un regard distrait autour de lui, observant la neige tomber en énormes flocons dehors, et souffla:
-Ils ont bien du courage de venir dans ce patelin décrépis. (Il esquissa un grand sourire moqueur, certain que Dégel réagirait à la pique) Je comprends mieux pourquoi les bouquins sont la spécialité du pays.
Comme prévu, le Verseau lui adressa un regard réprobateur:
-Ne sous-estime pas les connaissances collectées ici: on trouve des livres et des documents qui retracent toute l'histoire de l'humanité. Ce sont de véritables trésors.
Le Scorpion haussa les épaules en chipotant à son casque, volontairement provocant (et honnête):
-Et alors? (Il esquissa une grimace, incapable de comprendre pourquoi de simples livres attiraient autant d'attention) Ca me fait bien marrer de voir des Chevaliers des glaces se sacrifier pour protéger de vieux bouquins moisis! Et je parle même pas des Spectres assez cons pour venir jusqu'ici juste pour des livres!
Dégel poussa un soupir et se détourna, conscient que l'avis de Kardia sur les livres ne risquait pas de changer:
-Pardonne le comportement inopportun de mon camarade, Unity.
-Ne t'en fais pas, Dégel. (Ils arrivèrent devant une large porte de chêne et le jeune homme aux cheveux argentés échangea un regard complice avec son ami d'enfance) Je suppose que tu reconnais la bibliothèque du sous-sol?
Mais avant même que le Verseau n'ait pu répondre, une grande exclamation irritée résonna dans son dos:
-Quoi?! Non mais je rêve: Athéna nous a confié une mission, on est pas venus ici pour se farcir des fiches de lecture!
-Kardia.
Mais d'une voix très calme, sans même daigner se retourner, Unity rétorqua sèchement:
-Beaucoup de muscles mais pas beaucoup de cervelle à ce que je vois…
La pique avait été murmurée juste assez fort pour que Kardia l'entende et pour qu'un frisson énervé n'hérisse les cheveux dans sa nuque:
-T'as dit quoi là?!
Inconscient du danger qu'il courait (à vrai dire, Dégel avait pâli pour lui et peinait à calmer son frère d'armes), Unity lui jeta simplement un regard hautain en posant la main sur la poignée dorée:
-Nous ne sommes pas seulement dépositaires des connaissances de l'humanité, nous protégeons plus encore que ces livres.
La lourde porte s'ouvrit avec un craquement sourd et Kardia déglutit difficilement en levant la tête, détaillant des rangées et des rangées de livres à n'en plus finir. Un frisson horrifié secoua ses épaules du Scorpion qui ne put empêcher un « beurk » dégoûté de s'échapper de ses lèvres: il était littéralement enseveli sous des tonnes, des milliers et des milliers de livres qui s'élevaient plus haut que ses yeux ne pouvaient le voir. Jamais il n'avait vu autant de livres rassemblés en un seul endroit, jamais il ne s'était senti aussi oppressé. Oh bon sang, il avait presque envie de vomir!
Unity les guida vers une petite porte, peu visible mais pas non plus aussi cachée que Dégel ne l'aurait pensé, et ils se retrouvèrent tous les trois dans une sorte d'annexe, un léger renfoncement dans la pièce. Et sur le mur qui leur faisait face, baigné dans une lumière bleutée surnaturelle, une haute gravure de trident se dressait, comme pour les défier de faire un seul pas en avant. Inconsciemment, les deux Ors se rapprochèrent l'un de l'autre, les yeux écarquillés et les sens en alerte:
-Ce que les troupes d'Hadès cherchaient se trouve ici. (Unity posa la main sur un sceau marqué du sang d'Athéna et qui s'effrita presque entre ses doigts) Voici l'héritage du Dieu que vous êtes venus chercher et que nous avons décidé de protéger au péril de notre vie depuis des millénaires.
Sans les quitter des yeux, le jeune homme aux cheveux argentés ôta le sceau comme s'il avait s'agit d'un simple morceau de papier… Et un grand frisson remonta le long de leurs colonnes vertébrales quand une énorme vague de cosmos d'une puissance sans nom enfla devant eux, allant presque jusqu'à prendre la forme d'un géant pourvu d'une barbe argentée parcourue de bleu et armé d'un trident. Puis, ce fut comme si de la lumière explosait dans toute la pièce, comme si elle traversait leurs êtres mêmes.
Dégel leva vivement le bras devant son visage en plissant les yeux, surpris qu'Unity ait fait preuve d'autant de rapidité et de naturel: ne savait-il pas qu'ils risquaient leur vie?! Pourquoi avait-il faisait avec autant d'imprudence?! Kardia esquissa un sourire à la fois ravi et légèrement inquiet quand la pièce disparut de sa vue, quand tout devint blanc et qu'il sentit qu'ils étaient transportés autre part:
-Putain je savais qu'il préparait quelque chose de pas net, ce type!
Mais quand le cosmos se dissipa et que ses pieds touchèrent de nouveau le sol, quand il rouvrit les yeux et serra les poings… Ce ne fut pas une pièce remplie d'hommes armés qu'il vit. Désorienté, la tête légèrement douloureuse à cause de cette « téléportation » forcée, Kardia cligna vivement des yeux, incapable de croire ce qu'il voyait: ils avaient été transportés dans un endroit qui avait énormément de points communs avec le Sanctuaire. Des dizaines de hauts temples, des baraquements qui ressemblaient à ceux des apprentis, un temple principal surélevé sur lequel veillait une statue géante d'un homme armé d'un trident. Le Scorpion fit ce qu'il ne pensait jamais faire et recula d'un pas… Quand un craquement résonna sous sa semelle, il baissa les yeux et tiqua: il venait de marcher sur un… Corail?
Kardia leva vivement la tête, chercha le soleil des yeux… Et sentit son coeur se serrer dans sa poitrine quand ils ne rencontrèrent qu'un chatoiement bleuté dansant sur une onde paisible entourée de créatures marines toutes plus grosses et étranges les unes que les autres. Un léger sentiment d'angoisse lui serra la poitrine et il s'écria, plus par réflexe qu'autre chose:
-Le… Le ciel… C-c'est de l'eau?! (Le coeur battant, il se tourna vivement vers son frère d'armes) Qu'est-ce que… Qu'est-ce qui se passe ici, Dégel?! On est où?! C'est quoi ce délire?!
-Calme-toi Kardia, (Tenta de le rassurer Dégel en posant la main sur son épaule) nous avons été téléportés au fond des mers quand le sceau a été brisé.
Il jeta un regard légèrement réprobateur à Unity, mais Kardia ne se calma pas immédiatement. Au contraire, à ces mots, il pâlit soudain et désigna l'océan de l'index:
-Quoi?! On est au fond des mers?!
Ok, il détestait la mer de base, et il n'avait donc aucune envie (mais alors là aucune!) de rester dans un endroit où le ciel risquait littéralement de leur tomber sur la tête à tout moment! Un sourire rassurant sur les lèvres, Dégel hocha la tête:
-Voici l'endroit que le peuple de Bluegraad protège: la cité du Dieu Poseidon, Atlantis.
Kardia leva de nouveau la tête, évalua les risques, réalisa que paniquer ne lui servirait à rien et poussa un soupir impressionné:
-Oh… Une cité sous-marine, carrément? (Il poussa un léger ricanement, envahi par une soudaine vague d'adrénaline) Je suis impressionné! Je reconnais bien là la puissance d'un Dieu dans le genre! Je comprends mieux pourquoi tu voulais que je t'accompagne ici, va savoir ce que cette ville cache!
Dégel ajusta son casque:
-Mettons-nous en route, il faut accomplir cette mission au plus vite. (Puis, se tournant vers son ami d'enfance, il ajouta) Unity, tu peux retourner à Bluegraad: tu es en danger ici, et nous ne pouvons pas prendre le risque d'impliquer un civil dans une mission qui peut changer le cours de la Guerre Sainte.
Le jeune homme aux yeux clairs fronça légèrement les sourcils et répondit d'une voix résolue:
-Au contraire, je viens avec vous: Atlantis est une vaste cité, vous aurez besoin d'un guide.
Malgré lui, Kardia tiqua: ok, il était pas des plus malins, mais il saurait quand même trouver son chemin jusqu'au temple principal, nan? Et puis… C'était quoi ce sous-entendu? Est-ce qu'Unity était déjà venu à Atlantis de son plein gré et en avait exploré tous les recoins? Est-ce qu'il était censé pouvoir se promener tranquillement dans un endroit qui pouvait s'avérer incroyablement dangereux? Mais il n'eut pas le temps de faire part de ses remarques à Dégel qui avait fait un pas effaré en avant:
-Mais enfin Unity, tu es le chef de Bluegraad en l'absence de ton père! Tu dois garder l'accès de…
-Dégel, je t'en prie! (S'écria le jeune homme, désireux d'être utile) Le monde entier est en danger, alors s'il te plait, laisse-moi vous aider! Je te le demande en tant qu'ami: permets-moi de servir d'intermédiaire dans cette mission!
Il y eut un léger silence entre eux deux, un silence sur lequel flottait l'image d'une nuit étoilée et d'un cygne qui reliait deux rives d'un fleuve de glace. Puis, conscient du dilemme auquel était confronté son compagnon et pressé d'en finir, Kardia haussa les épaules:
-Bah, après tout, pourquoi pas?
Dégel lui adressa un regard presque exorbité sous le coup de la surprise:
-Quoi?
-Il pourra toujours nous être utile, nan? Sauf que, (Il se tourna vers Unity et fronça dangereusement les sourcils en dardant un index rougi vers lui) tu vas juste nous servir de guide, ok? Et si t'arrives pas à suivre le rythme, tu te démerdes, c'est clair?
Posant des yeux à la fois hésitants et reconnaissants sur lui, le jeune homme hocha la tête:
-Bien entendu.
-Bon, alors assez perdu de temps: en route mauvaise troupe!
Il sentait parfaitement que Dégel n'était pas ravi de cette décision, de la situation dangereuse dans laquelle se trouvait son ami d'enfance… Mais il y avait trop de choses qui ne lui plaisaient pas chez ce type, trop de mystères, de critiques déguisées et de sous-entendus qu'il n'appréciait pas. Il préférait l'avoir à portée de main pour continuer de garder les yeux sur lui et le coincer dès qu'il essayerait de faire un pas de travers.
Les rues de la cité sous-marine étaient entièrement désertes, couvertes seulement de corail et de mousse, si bien que leurs pas résonnaient dans les ruelles vides. Malgré son côté alerte, Dégel ne put s'empêcher de regarder curieusement autour de lui, impressionné par l'état impeccable des bâtiments et ne peinant pas un seul instant à imaginer cette ville riche et prospère baignant dans lumière et résonnant de rires. Oui, il y avait beaucoup de points communs entre Atlantis et le Sanctuaire, mais il ne devait surtout pas oublier quelle vieille rivalité opposait Poseidon à Athéna… L'endroit avait beau être enchanteur, ils étaient en danger à chaque pas qu'ils faisaient vers le centre de la ville.
Grâce aux conseils avisés d'Unity, tous trois arrivèrent relativement vite en haut des marches du palais central. Avec un coup de coude qui lui permettait autant de se défouler un petit peu et de montrer qu'il s'était trompé sur son compte, Kardia lui adressa un sourire moqueur et le dépassa pour entrer le premier dans le temple:
-Merci bien l'ami, tu t'es bien débrouillé! T'es utile en fait!
Unity lui adressa un regard interloqué puis hocha la tête en répondant un distrait « Avec plaisir ». Puis Dégel passa devant lui en lui souriant franchement:
-Nous reviendrons dès que notre mission sera terminée. (Il lui adressa un signe de tête) Merci pour tout.
-De rien. Je suis heureux de…
La voix d'Unity s'étrangla dans sa gorge et la fin de sa phrase se mua en un hoquet à la fois choqué, douloureux et surpris. Tellement inattendu de la part de son ami que Dégel jeta un regard en arrière, intrigué:
-Uni-…
Son coeur manqua un battement, puis un deuxième et il écarquilla des yeux horrifiés en laissant échapper un soupir choqué. A sa gauche, Kardia poussa un juron bien senti et fronça les sourcils:
-Oh putain…
Le visage soudain livide, les lèvres trempées de liquide carmin bien trop reconnaissable, le jeune homme aux cheveux argenté porta une main tremblante à la plaie béante qui barrait sa poitrine… Et à la main qui en jaillissait. Il leva des yeux trempés de larmes d'horreur et de douleur et souffla, sa plainte se muant en gargouillement sanglant:
-Dé… gel…
Le Verseau eut l'impression que tout devenait noir autour de lui, que le monde s'effondrait. Il ne regarda pas immédiatement l'auteur du meurtre, ne le remarqua même pas tout de suite, les yeux fixés sur la plaie sanglante et mortelle qui venait de lui enlever son meilleur ami, le frère de Séraphina, celui qu'il considérait presque comme son frère… Puis Unity poussa un hurlement de douleur et Dégel sursauta, le souffle court. Et le noir vira au rouge.
Les genoux légèrement fléchis, Kardia leva un bras devant son frère d'armes, comme pour l'empêcher de se ruer en avant pour redresser le corps sans vie d'Unity qui venait de valser sur le sol, éclaboussant l'entrée du temple de sang.
Là, debout en haut des marches, une haute silhouette bardée de noir se dressait devant eux. Une haute silhouette pourvue d'énormes ailes déployées et noires comme la nuit:
-Vous aviez raison, Dame Pandore, ces saletés de Chevaliers étaient déjà là. (Le Spectre - car c'en était un - aux cheveux blonds posa un regard méprisant sur eux et gronda d'une voix terrible) Il est plus que temps de faire le ménage ici.
Dégel fit mine de faire un pas en avant mais Kardia l'en empêcha, les sourcils froncés, évaluant la puissance du Spectre qui leur faisait face, s'inquiétant malgré tout de ne pas avoir ressenti son cosmos plus tôt… Surtout un cosmos d'une telle puissance dévastatrice. Pas de panique, pas de remords: ils étaient deux contre un, c'était tout à fait faisable. Il suffisait de… Une voix de femme résonna dans le temple, le faisant se tendre imperceptiblement:
-Cesse de t'amuser, Rhadamanthe. Nous sommes tout de même dans le palais du Dieu Poseidon, il est malséant de le souiller ainsi avec du sang impur. En tant que Juge des Enfers et en tant que Spectre de la Wyvern, je pensais que tu te comporterais avec plus de civilité.
Une jeune femme aux longs cheveux noirs apparut alors, et de loin, Kardia eut un instant peur de reconnaitre Calvera. Mais quand des yeux mauves si sombres qu'ils en étaient presque noirs se posèrent sur eux, il poussa un soupir rassuré: ce n'était pas elle. Au vu de cette longue robe noire, de ce corset métallique mauve et du Sceptre qu'elle tenait dans la main droite, il devait s'agir de la fameuse Pandore dont Aldébaran leur avait parlé des mois auparavant.
D'un pas assuré, la jeune femme s'avança jusqu'à la hauteur du Spectre et, sans un regard pour le corps sans vie du jeune homme à ses pieds, elle leur adressa un sourire qui, malgré son superbe visage paisible, sonna comme une menace:
-Je me doutais bien que cette petite peste d'Athéna viendrait demander l'aide du Dieu Poseidon. (Pandore passa une main langoureuse dans une longue mèche de cheveux sombres et fronça les sourcils) Toutefois, je vais me charger lui parler personnellement en tant qu'envoyée de sa majesté Hadès. Alors laissez-moi passer, Chevaliers.
-Désolé mais je crois pas que ça va être possible: premiers arrivés, premiers servis, ma grande! (Répliqua Kardia avec un sourire en coin et en haussant les épaules) Dommage pour vous mais vous êtes arrivés après nous. J'suis sûr qu'il sera ravi de vous recevoir après qu'on soit partis! Donc on va essayer de tranquillement papoter avec Poseidon - en tant qu'envoyés de sa majesté Athéna, tu comprends - pendant que vous patientez dans la salle d'attente, ça marche?
La jeune femme plissa les yeux:
-N'as-tu donc rien compris, Scorpion? Je vous ai demandé de vous écarter et de me laisser passer.
-Ouais bah je te demanderai de patienter, vous n'aviez qu'à arriver plus tôt!
Rhadamanthe fit un dangereux pas en avant en grondant:
-Comment ose-tu manquer de respect à Dame Pandore, sale larve?
Evaluant la situation aussi vite que possible, remarquant que Dégel avait viré au translucide et ne quittait pas le corps de son ami des yeux, Kardia s'empêcha de tiquer et se contenta de gagner du temps, certain que son frère d'armes trouverait une solution à ce calvaire:
-Dis, tu voudrais pas calmer ton clebs, là? (Ironisa-t-il en pointant le Spectre du pouce) Je le sens super tendu, franchement faut le faire piquer s'il sait pas se tenir!
Pandore pinça légèrement les lèvres et Rhadamanthe poussa un véritable grognement. Mais comme il semblait sur le point de se ruer en avant, la jeune femme leva simplement la main, juste ce qu'il fallait pour qu'il s' « apaise », ou du moins en apparence:
-Laisse-nous passer, chien.
-Pandore, Rhadamanthe…
Souffla Dégel, si bas que Kardia faillit ne pas l'entendre. Le Scorpion s'empêcha de pousser un soupir de soulagement: ouf, son Dégel s'était repris, avait gardé son sang froid malgré tout et allait les tirer de cette situation de m-…
-Comment avez vous… Osé?!
Kardia haussa un sourcil et tiqua:
-Heu, Dégel? Tu fais quoi là?
Les jambes soudain légèrement tremblantes sous le coup de la douleur et de la rage, Dégel leva les bras et joignit les mains, le visage déformé par un masque de colère pure:
-Vous allez me le payer!
-Mais qu'est-ce que tu…
Mais c'était comme si Dégel ne l'entendait plus, comme s'il était seul au monde. Seul face à ceux qui venaient de tuer son ami d'enfance sans ciller. Seul avec sa peine. Seul avec sa colère noire. Puis, si vite et si violemment que Kardia écarquilla des yeux ébahis, le Verseau baissa les bras:
-Aurora Execution!
*Allez, une petite référence pour la route
** Et de deux!
Et voilà pour le début de l'aventure de Bluegraad, j'espère que ça vous a plu! ^^ Elle devrait s'étaler sur trois ou quatre chapitres avant d'arriver à la fin (damn!), j'espère qu'ils vous plairont aussi :')
Sur ce, gros bisous et à bientôt pour la suite (j'espère poster le chapitre suivant avant la fin du mois ^^)!
