COMPTE A REBOURS :

Ils s'étaient allongés en sueur sur le lit tous les trois après leurs instants de folie furieuse. Malon avait laissé Link et Zelda récupérer leurs vêtements. Puis ils s'étaient allongés tout simplement sur les couvertures, haletants, riant encore de leurs performances à la course. Des instants qui les plongèrent dans une douce nostalgie, leur firent remonter les lointains chemins de leur enfance. Ils fixaient le plafond sans le voir. Leur esprit étaient accaparés par les souvenirs.

« Ca me fait tellement plaisir de revivre ca, fit Malon avec un sourire. C'est comme si rien n'avait jamais changé.

-Rien n'a changé d'une certaine manière, fit Link en posant sa tête sur ses mains. On a juste été perturbés par plein de choses je pense. Des choses sur lesquelles nous n'avions pas d'emprise et que nous avons dû subir.

-Mais cette fois-ci on va montrer de quel bois on se chauffe, fit Zelda les mains croisées sur sa poitrine. Plus question de baisser les bras.

-Une Seconde Guerre, fit Link pensif. Je me ferai bien un Ganondorf aux olives.

Malon et Zelda se mirent à rire.

-Tu penses survivre au traitement de Trancheur ? Fit Malon.

-C'est moi qui lui botterai le cul à la fin tu verras, fit Link en levant le pied.

-Quand même je sais pas quoi vous dire, fit Malon en posant ses mains sur les leurs. Aller jusqu'à subir les tortures de Trancheur parce que vous avez eu peur de me perdre.

-On t'aime Malon, fit Zelda. On regrette de t'avoir fait…

-C'est moi, fit Malon en l'interrompant d'un geste de la main. J'en ai trop demandé peut-être. J'ai vécu des moments difficiles. Je suis aussi coupable de cette dispute que vous. Mais je vous aime aussi. Et ce que vous avez fait là, pour vous faire pardonner, c'est…

Elle porta ses main entre ses seins.

-Ca me fait chaud au cœur vraiment, fit-elle d'un regard troublé. Et je regrette de vous avoir crié dessus maintenant.

Elle reçut deux baisers baveux sur les joues. Zelda pelota même son sein gauche d'une main ferme. Malon se dégagea en poussant un cri.

-C'est pas vrai faut que vous en profitiez hein ! Cria-t-elle en riant et en s'éloignant du lit. Moi une faible femme !

-Personne ne me résiste, fit Link avec un clin d'œil.

-Et moi je suis ta princesse, fit Zelda. Ce que je veux, je le prend. Regarde avec Link. Je l'ai pas raté.

-Toi non plus je t'ai pas ratée », fit Link en lui tapotant les fesses.

Zelda poussa un cri, saisit un oreiller frappa Link. Malon intervint en renfort. Link fut submergé de coups. Ils continuèrent à jouer ainsi pendant quinze minutes. Puis s'allongèrent de nouveau. Quelqu'un frappa enfin à la porte. Malon se précipita pour ouvrir. Elle trouva Doc devant le seuil.

« Hééééééééééé ! Fit Malon avec un sourire avant de l'enlaçer.

-Bon sang t'as récupéré on, dirait, fit Doc presque déséquilibré par l'étreinte. Content de te voir ma poulette.

-Et moi donc ! Désolée de pas être venue vous voir plus tôt j'avais des…choses à régler.

-Je sais Crapaud et Trancheur nous ont mis au parfum, fit Doc. Par contre il faudrait que vous veniez tous les trois. Y'a du nouveau.

-Quel genre ?

-Un des rois-sorciers a commencé à dévaster les frontières impériales, fit Doc d'un air sinistre. Cette fois on y est. La guerre a démarré ».

Ils restèrent un instant silencieux. Une chape de plomb semblait s'être abattue dans la chambre. Puis ils emboitèrent le pas de Doc.

La « réunion » avait lieu dans la cour extérieur près des écuries royales. Ils trouvèrent tous les hommes de la compagnie impériale ainsi que les souverains elfiques, impériaux et d'Hyrule. Hora Wolff et Talon étaient ici. Corbeau soutenait Velta'Ielle qui regardait d'un air effaré un homme allongé sur le sol. Sans-Nom auscultait son corps. A quelques mètres de là, un cheval brun gisait inerte sur le sol, baignant dans son sang. Malon s'approcha de Prétorius qui sourit en la reconnaissant.

« Salut toi, fit-il. Content de te revoir.

-Moi aussi je suis contente de vous revoir, fit Malon en rendant brièvement son sourire. Qui est cet homme ?

-Varenberg, seigneur de Folsgard. Il vient de rentrer y'a un peu plus de quinze minutes. Son cheval a crevé quand il s'est arrêté et Varenberg a suivi aussitôt. Il a eu le temps de nous communiquer un message de Bane. Ce fumier attaque dans cinq jours ».

Varenberg cracha un flot de sang dans un gémissement étranglé et retomba inerte sur le sol. Sans-Nom tâta sa poitrine encore quelques secondes. Puis il secoua sa tête en se relevant.

« La fameuse mort par commande de Bane, fit-il. Il lui suffit de vous toucher pour apposer une espèce de sort qui vous tuera en temps voulu. Il a du programmer la mort du canasson et de Varenberg à leur arrivée.

-Cinq jours, soupira Aranador. Bon sang et pendant ce temps il va dévaster tout ce qu'il verra.

-Je vais envoyer des courriers, fit Senjak. Pour évacuer les villages frontaliers.

-Et en faisant ca, Bane pénétrera plus en profondeur dans l'Empire et risque d'être ici plus tôt que prévu, fit Ardath avec effroi. Le fumier a tout calculé ».

La remarque les laissa silencieux. Et terrifiés.

« Rassemblez l'armée, fit Ardath avec sévérité. Décrétez l'état de guerre et la loi martiale. Faites venir les renforts des provinces de l'Est et du Sud. Hora Wolff !

-Altesse ? Fit cette dernière.

-Je sais que vous avez exprimé le souhait de reprendre les armes. Est-ce toujours le cas ?

-Oui, affirma Hora Wolff.

-Vous avez parlé aussi de ressusciter les Héros du Temps anciens…

-Tout à fait. Je peux démarrer le rituel dans l'instant.

-Ne perdez pas de temps, fit Ardath. Je voudrais que vous preniez ces Héros en formation. Ainsi que Link et la Princesse Zelda. Et votre fille.

-Et pour Kal Domas ? Qu'est ce qu'il en dit ?

-Il n'a pas pu venir à la réunion de tout à l'heure. Il était occupée à régler quelques divergences dans son état major. Mais j'ai pris ma décision à son sujet. Kal Domas devra se battre ou je déchouerai son peuple de ses droits et de ses titres, fit Ardath d'une voix de métal. Je ne lui laisse pas le choix. C'est a prendre ou à laisser.

-Altesse, fit Link. Je…

-Je sais que vous avez pris le chemin de la Compagnie tout comme Malon le fit, fit Ardath en l'interrompant d'un geste. Mais ce n'est pas ici que vous allez pouvoir vous améliorer garçon ! Vous savez déjà vous battre alors à quoi vont vous servir les moulinets et les petites tortures perverses de Trancheur ? Vous avez besoin de devenir plus fort mais d'une autre manière. Vous devez dépasser vos limites. Devenir plus qu'un héros. Hora Wolff par sa qualité de guerrière sainte est la seule à pouvoir faire cela.

-Mais je…

-Ca suffit, cria Ardath. C'est un ordre ! Vous vous y conformerez ! J'ai besoin de la Compagnie Impériale pour réorganiser l'armée mais vous vous n'êtes pas un trouffion vous valez plus que ca. Vous irez là où est votre place !

-Sa Majesté a raison gamin, fit le Capitaine. On n'a rien à t'enseigner de plus, tu ferais que nous retarder. T'es venu juste ici à cause de Malon. Mais maintenant fini les conneries. Tu vas reprendre le boulot. Et le faire sérieusement.

-Je t'enseignerai les bottes secrètes des Héros des Anciens temps, fit Hora Wolff. Tu deviendras le plus puissant des Héros ayant jamais existé. Ma fille et la Princesse Zelda suivront aussi l'entraînement des Héros du Temps.

-Je veux une armée parfaitement organisée, tonna Ardath. Héros avec Héros, soldats avec soldats. Je ne tolèrerai aucune forme d'insubordination.

-Très bien, fit Link en s'inclinant. Quand démarrons-nous l'entraînement ?

-Maintenant, fit Hora Wolff. Je dois aller convoquer tes pairs alors tu vas te charger de la première partie de la besogne. Tu connais les styles de combats héroïques de base. Enseigne les à ma fille et à la princesse. Je suppose qu'on peut les fournir en vêtements plus pratiques.

-Malon peut reprendre sa tenue de la compagnie, fit le Capitaine. Quant à la Princesse Zelda nous devons avoir aussi quelque chose à sa taille.

-Parfait, fit Hora Wolff. Et pas de séance d'essayage princesse. Vous prendrez ce qu'on vous donne.

-Très bien, fit Zelda. Ne perdons pas de temps, chaque minute compte.

-Très juste, fit Ardath. Capitaine, sélectionnez des hommes de confiance. Que chacun se charge d'une cohorte de l'armée et l'organise. Je veux une inspection première des troupes de la Citadelle en fin de journée. Messager !

Un petit personnage boutonneux s'avança vers elle, tête inclinée.

-Convoquez immédiatement le Généralissime Kal'Domas, fit Ardath. Je me fous de savoir ce qu'il fait que ce soit la tonte de sa pelouse ou un concert de chansons paillardes elfiques ! Je le veux devant moi dans l'heure qui suit, lui et les membres du conseil impérial !

-Je fais passer le message en ordonnance ?

-Oui, gardons le caractère officiel, fit Ardath. Faites savoir qu'en cas de refus de répondre favorablement à l'invitation mes menaces seront mises à exécution dans l'immédiat. Sire Natt'Anael.

-Ma Dame ?

-Faites venir vos armées. Transmettez le message à tous les villages elfiques qui peuvent fournir femmes et hommes capables de se battre. De même pour Messires Heinrich et Daylon.

Les deux elfes répondirent par un salut respectueux de la tête.

-Très bien. Senjak !

-Estimation complète des forces dès demain, ordonna l'empereur, mains dans le dos et visage solennel. N'omettez pas d'amener avec vous tout ce qui est susceptible de servir l'effort de guerre mais sans que cela ne prive vos propres populations. Transmettez également le message à la Horde des Orcs de Branghar. Cela fait longtemps qu'ils résistent contre la Terre des Ombres, ils ne refuseront pas une véritable bataille rangée. Amenez aussi les Dragons Rouges des Montagnes de Broxine. En espérant qu'ils ne sont pas encore en train de dormir. Qui d'autre ?

-Les dryades de Cervianus sont prêtes depuis l'arrivée de Malon, fit Natt'Anael. Notre Dieu-Cerf devrait se joindre à la bataille. Il attend le prochain mouvement.

-Parfait, fit Ardath. On a déjà quand même de quoi opposer un minimum de résistance. Que tout le monde se mette au travail. Malon avant de partir vous entraîner, je ne veux pas que vous enfiliez votre tenue de solat de la Compagnie. Vous allez prendre votre armure de Généralissime. En temps normal cette remise se fait de façon cérémonielle mais je suppose que vous comprendrez que nous ferons l'impasse dessus pour cette fois-ci. Suivez l'armurier. Ne trainez pas ! Exécution ! ».

Ardath et les hommes de la Compagnie s'ébranlèrent au pas de course. Les elfes firent de même. Natt'Anael convoqua un de ses hommes et commença à lui dicter des consignes. Link ressentait enfin quelque chose qui lui redonna l'envie de se battre. La tension. Les visages inquiets, concentrés, soucieux mais déterminés. La petite étincelle en lui criait famine. Sa main le démangeait tandis que ses doigts effleuraient le pommeau de son épée. Et enfin il compris ce qui avait motivé ses actions de ces derniers jours. La peur de ne plus jamais connaître cela à nouveau. De ne plus jamais se battre. Il était bel et bien un guerrier avec le sang du combattant qui bouillonnait dans ses veines. Bane ne lui faisait pas peur. Ce n'était rien qu'un Ganondorf plus violent qu'avant. Il avait connu la violence et le meurtre. Et faire couler le sang n'était pas un problème pour lui. Ganondorf l'a su en mourant de sa main. Il célébrait au plus profond de lui cet instant. Et en un simple déclic, il compris combien il avait été ridicule d'avoir agi comme il l'avait fait avant. Il s'était laissé ramollir par quelques années de paix et de tranquillité. Il avait ignoré l'appel du guerrier. Mais pas cette fois-ci. Et tandis qu'il s'imaginait infliger à Bane une douleur qui terrasserait de terreur ce dernier, Zelda ressentit en lui ce changement soudain, cet éveil lointain, comme si Link était sorti d'un coma dont elle n'avait pas eu idée.

« On t'accompagne Malon ? Demanda Link.

-Ca ira, fit Malon. Mais vous devriez aller prendre vos affaires avant que les petits gars de la Compagnie partent…Corbeau ! Tu tombes bien !

Corbeau s'avança vers elle en courant.

-Ca va toi ? Demanda Malon.

-Velta'Ielle doit s'occuper de la logistique aux côtés de Natt'Anael. Elle va sans doute repartir vers les Marches Elfiques pour recruter. Je…je crois que je l'aime et…

-Corbeau excuse moi de te presser mais Link et Zelda ont besoin de fringues. Je suis content de ce qui t'arrive avec Velta'Ielle mais comme tu le vois y'a urgence !

-Oui pardon ! Fit Corbeau. Pour toi aussi Blondin ?

-Mon nom c'est Link ! Fit-il. Et non, je garde ma tenue. Elle ne m'a pas quitté contre Ganondorf, elle me quittera pas contre Bane.

-A ta guise. Mais peut-être qu'une protection supplémentaire ou deux ne serait pas malvenue. Genre un plastron en cuire ou en maille légère ?

-Ouais…Fit Link en réfléchissant. Ouais d'accord.

-Rendez-vous dans la caserne principale, fit Malon. Vous y serez sans doute avant moi !

-A plus tard ! » Lança Zelda.

« T'as finalement décidé de t'y mettre ? Lanca Corbeau en les mettant vers la réserve au pas de charge.

-Ca t'arrive jamais un moment de doute ? Lanca Link.

-Si bien sûr, fit Corbeau. Content de retrouver le Link qu'on m'a décrit !

-Dis une dernière question, il s'est passé quelque chose entre…

-Il s'est rien passé entre Malon et moi, fit Corbeau. Je lui ai proposé elle a refusé. Fin de la partie. Pourquoi ?

-J'ai cru sentir quelque chose entre vous et…

-Tu lui demandera à l'occasion. Je suis avec Velta'Ielle pour ma part et je me plaît bien avec elle. Et toi ? T'as donc choisi la classe royale plutôt que la roturière ?

-Encore un mot sur ce ton Corbeau et je t'en colle une! Rugit Zelda. J'en ai assez de vos sous-entendus dans ce groupe et de vos remarques sur notre vie privée ! A partir de maintenant tu m'appelleras Princesse ou Votre Altesse. Et je t'avise pas de faire autrement sans que je te le dise ! Compris ?

Corbeau la considéra un instant. Puis il eut un rire franc et jovial.

-C'est magnifique, altesse ! Fit Corbeau. Vous avez retrouvé votre panache ! On peut dire que la guerre vous remet l'esprit en place ! Je ferai selon vos désirs Majesté !

-Appelle moi Zelda, andouille ! Fit-elle avec un sourire. Et dépêchons nous d'aller chercher ces armures ! On ne veut pas te retarder !

-OK suivez-moi ! »

Corbeau avisa une grande bâtisse rectangulaire fermée d'une simple porte de bois aux sculptures modestes. Il tira un trousseau de clé de sa besace, tourna l'une d'entre elle dans la serrure et ouvrit la porte. L'intérieur était bas de plafond et sentait le vieux cuivre et l'acidité métallique. Corbeau se dirigea instinctivement vers un ratelier où une série de set d'armures reposait.

« Quelle taille de poitrine, princesse Zelda ? Demanda Corbeau.

-90C, répondit-elle du tac au tac.

-Ok c'est par ici. Link. Cherche là bas, t'es a peu près aussi costaud que Prétorius. Cette série de set devrait fournir ton bonheur. Mais choisis vite, on est pas au marché.

-Où est ce que je me change ? Demanda Zelda.

-A la guerre comme à la guerre princesse, répondit Corbeau en écartant les bras. Vous le faites ici et maintenant. Je ne peux que vous faire la promesse de ne pas me retourner. Ceci dit, vous pouvez conserver vos sous-vêtements, c'est même recommandé.

-Jetez un seul œil et je vous les arrache, grogna Zelda.

Corbeau se tourna en riant dans sa barbe. Link ôta de la réserve d'armes une armure en cuir clouté.

-T'es costaud, fit Corbeau. Tu peux prétendre à prendre de la maille. Voire de la plaque. Tu connais la différence entre les mailles et les plaques ?

-Les mailles sont souvent des armures utilisant des anneaux accrochés les uns aux autres, fit Link. Les plaques sont une série de plaquettes de métal arrangées les unes sur les autres pour fournir un maximum de protection.

-Juste, fit Corbeau. Tu dois savoir aussi que les plaques sont plus lourdes à porter. Tu te sens de taille à te trimballer trente kilos d'armure ?

-Link possède une force hors du commun, fit Zelda qui serrait un corset de cuir autour de sa poitrine. Ca devrait passer.

-Viens par ici », fit Corbeau.

Il l'amena vers un set de pièces d'armures couleur grisaille. Elles n'étaient pas polies, rayées de part en part mais cet aspect loin d'être repoussant témoignait de la solidité et de la puissance des armes.

-Tu vas porter ca, fit Corbeau. Désolé pour la présentation mais on a pas le temps de t'en faire une sur mesure. Tu connais chaque pièces ?

-Le heaume, fit Link, le hausse-col, les spalières, le plastron, la ceinture si ceinture il y a, les cuissardes, les genouillères, les jambières, les gantelets, les cubitières…Je crois que c'est tout si en plus on ajoute le Haubert et les armes.

-Très bien, fit Corbeau, t'as une bonne culture militaire. Pour le bouclier je pense que l'on peut te fournir de bonnes armes. Les forgerons Impériaux sont des nains, les meilleurs en la matière. Ils en gardent en réserve en cas d'urgence. Ton épée ira, elle est de très bonne qualité à première vue.

-J'ai fini », fit Zelda.

Corbeau regarda la princesse. Elle portait un plastron de cuir lacé sur le devant, une ceinture de cuir lui enserrant la taille et un pantalon de toile brune serré aux jambes.

-Princesse, il vous faut une armure aussi, fit Corbeau. La plaque devrait vous aller, on a des modèles pour les femmes. Link ? Tu pourras te débrouiller avec ton barda ?

-Ca devrait aller, fit Link. Elles sont aux dernières normes d'assemblage ?

-Oui, fit Corbeau. Elles ont besoin d'un peu d'entretient c'est tout. Mais t'inquiète c'est juste du polissage. Elles sont aussi opérationnelles qu'avant. On les fera traiter par des magiciens pour les renforcer. Hora Wolff connaît peut-être quelques secrets à ce sujet là.

-Hora Wolff…Fit Link pensif. La mère de Malon. Elle lui ressemble pas du tout. Au niveau du caractère j'entend.

-Un conseil écoute la, fit Corbeau. Elle est Guerrière Sainte. Elle a botté le cul des rois sorciers avant même que tes grands-parents se trouvent une chambre d'hotel. Alors ouvre bien tes mirettes. C'est peut-être la guerrière la plus puissante de l'Histoire. Je serais pas étonné que Bane pisse dans son froc en la voyant. Il a un…très mauvais souvenir d'Hora Wolff. Je pense même que c'est la seule personne dont il a peur.

-A ce point ? Fit-il.

-C'est elle qui est responsable de son état, fit Corbeau. Elle l'a brisée à mains nues ».

Hora Wolff avança dans le grand couloir qui menait à l'Atrium de la Citadelle. Elle avait visité les lieux il y a des centaines d'années lors de la Guerre du Cercle. Rien n'avait changé depuis. Rien ne change jamais dans les palais. Ils symbolisent la stagnation du pouvoir. Elle ouvrit les deux grandes portes. La salle était circulaire, se terminait en son sommet en une vaste coupole soutenue par un cercle de douze piliers. Juste au dessous de la coupole, encerclé par les piliers, il y avait un bassin d'eau dont les flots reflétaient la lumière ambiante en petits éclats. Malon Hora Wolff s'avança d'un pas rapide vers le rebord du bassin puis se déshabilla entièrement. Puis elle plongea dans l'eau et s'avança vers le centre. Elle se mit alors en phase avec l'élément aquatique. L'eau bénite était pure et elle avait besoin d'être nue pour que toutes les parcelles de son corps puissent s'harmoniser avec elle. Elle ferma les yeux, fit vagabonder son esprit dans les limbes du temps et de l'espace. Elle rechercha dans les flots ténébreux le plan éthérée des héros de ce temps, des morts légendaires et des défunts glorieux.

« Malon…

La voix était lointaine. Mais en concentrant son esprit elle put en localiser l'origine dans l'immensité ténébreuse. Elle vit voler son esprit vers cette voix. S'approcha de son point d'origine.

-Malon par ici », fit la voix.

Elle était plus proche. Malon fonça plein gaz. Et les ténèbres s'illuminèrent.

Elle était étalée au sol. Dans l'infini laiteux d'un ether blafard. Elle ouvrit les yeux pour voir un visage souriant mais un peu inquiet. Le visage était celui d'un homme barbu aux faciès de loup. Ses cheveux en bataille formaient d'épaisses pointes rousses autour de son crâne. Ses yeux étaient deux billes couleur ambre.

« Ca va fifille ? Demanda l'homme.

-Hé Perth, je devrais avoir l'habitude depuis le temps, fit-elle en souriant.

Elle lui tendit la main et Perth la souleva comme si elle ne pesait que le poids d'un sac de plumes. Perf portait une tunique verte. La même tunique que Link. D'un vert plus sombre. Il avait également ajouté un tartan et un kilt. Il portait en bandoulière une énorme claymore. Ses gants étaient serrés autour de ses avants bras par des lanières de cuir. Perth était immense, peut-être près de deux mètres quinze de hauteur. Malon se remit sur pieds et s'épousseta. Une légère sensation d'abrutissement persista encore quelques secondes. Autour d'elle l'éther se fendillait de part en part pour laisser place à un vaste champs de hautes herbes baignant sous un ciel d'azur. A l'horizon il n'y avait rien. Mais pas très loin d'ici, il y avait un minuscule village, un cercle de maisonnées de bois entourant une place centrale où d'autres personnes s'étaient attablées. Un petit lac jouxtait le village t au delà des champs s'alignaient. Cette petite ville rurale dépareillait dans la grande immensité de cet endroit. Quelques secondes plus tard cependant, une chaine de montagnes se matérialisa vers l'horizon Est. Malon et Perth descendirent un petit chemin de terre qui serpentait jusqu'au village. Arrivés à mi-chemin ils aperçurent un personnage revêtu de gris assis en tailleur sur une grande pierre plate, yeux fermés.

« Shibukai, fit Perth. Magne-toi, y'a du boulot apparemment.

Le dénommé Shibukai ouvrit les yeux. Son visage était juvénile, son regard pénétrant. Ses yeux bridés, ses cheveux lui arrivant jusqu'au bas du coup, le bouc qui entourait sa mâchoire, lui donnaient un visage noble et d'une grande dignité.

-Toujours l'art de réveiller les gens avec tact, commenta Shibukai. Bonjour Malon.

-Salut Shibukai, comment vas-tu ?

-En pleine forme », fit-il en se levant avec un sourire.

Il portait une bure d'un gris couleur de poivre qui lui descendait jusqu'aux pieds. On pouvait deviner malgré tout qu'il portait des bottes de cuir sombre. Une ceinture noire ceignait sa bure autour de la taille. Tout comme Perth, il arborait une énorme masamure en bandoulière.

« J'ai vécu dans un petit bateau à voile, fit Gwillemine en peignant ses longs cheveux noirs et bouclés. Je naviguais dans la Mer de la Tortue de Sable. Le jour, les flots étaient d'une couleur de jade et la nuit les oiseaux sortaient des flots pour se nourrir des poissons du ciel.

Gwillemine portait une grande robe noire en velours. Les rebords de la tunique étaient couverts de fourrure et attachés par des lanières en cuir sur sa poitrine nue. Elle portait une ceinture de cuir noir à laquelle une épée était ceinte. Une de ses jambes était gainée d'un bas noir à ornement en dentelles. Elle portait des bottines noires en velours. Elle posa son peigne sur la table, une fourchette d'argent put. Puis elle effectua une passe avec les doigts en soufflant quelques paroles avec les lèvres. La fourchette fondit sur le bois. La fumée qui en émergea se concentra pour former une petite souris aux oreilles pointues et à la longue queue surmontée d'une touffe.

-Quel beau petit écureuil, fit Gwillemine avec un sourire en faisant courir la souris sur sa main. Le premier d'une longue lignée. Ta promise t'attend au détour d'un chemin de pierre où poussent des coquelicots. Mais gare à la Fourmilière de l'Ambre qui cherchera à conquérir l'Empire des Ecureuils.

Elle posa sa main sur le sol. La souris renifla dans l'air, regarda autour d'elle et fila sans demander son reste à travers champs. Gwillemine la suivit de ses grands yeux couleur d'améthyste. En les regardant, on aurait cru que son esprit était à des lieues d'ici.

-Tu parlais Gwillemine ?

Elle se retourna pour voir Perth descendre accompagné de Shibukai et de Malon.

-J'aidais un petit garçon, fit-elle simplement avec un sourire. Il est parti dans la forêt verte affronter l'Empire de la Fourmilière d'Ambre. Bonjour Malon.

Tous avaient accepté la folie de Gwillemine. Ce côté poète qu'elle parvenait à renouveler au quotidien était un vent de fraîcheur dans cette terre immortelle. D'autant plus que chacune de ses métaphores, fut-elle extravagante, n'était que la vérité pure.

-J'ai rêvé d'un œuf, fit Gwillemine. Un œuf énorme. Et de cet œuf est sorti une baleine qui émergeait d'un immense cauchemar. Et à sa suite virevoltait une petite mouette. Et dans la mer, accroché à une petite planche, il y avait…

-Excuse moi Gwillemine, fit Hora Wolff, mais il faut que nous parlions de quelque chose.

-Ta fille brûle, fit Gwillemine.

-Hein ? Fit Hora Wolff en sursautant.

-Le loup dévore les agneaux. Le géant s'éveille. Le loup et le géant s'affronteront sur une rivière de chair et de sang.

-La bataille contre Bane, murmura Malon.

Les prédictions de Gwillemine étaient imprévisibles. Mais chacune était véridique.

-Le mal se réveillera ce jour là, fit Gwillemine alors que des tremblements l'agitaient, quand le sang des morts fertilisera le sol. Les vainqueurs seront les perdants. Le Bien sera baptisé du sceau du Mal. Je vois la Tour de l'Homme mort et l'œil de l'Unique. Et je vois…je…Grande…Noire…Horrible… Immortelle…L'Unique tremble…»

Elle resta prostrée un instant puis eut un petit sursaut. Elle regarda autour d'elle, apparemment désorientée et aperçut enfin Perth, Shibukai et Malon qui la regardaient avec inquiétude et appréhension.

« Oh je ne vous avait pas vu, fit Gwillemine radieuse, j'étais dans mes pensées. Venez asseyez-vous donc. Allez !

Ils arborèrent rapidement des sourires et rirent à sa plaisanterie. Intérieurement, Gwillemine avait réveillé leurs plus vives inquiétudes. Mais la santé mentale désastreuse de Gwillemine ne pouvait concevoir cette idée. Gwillemine vivait dans le présent, incapable de se souvenir du passé, ne pouvant que prédire l'avenir sans le voir. Son esprit était un maelstrom en constante fureur. Un esprit terriblement intelligent et perspicace.

-Qu'est ce qui t'amène Mère Retrouvée ? Demanda Gwillemine.

-Un service à vous demander, fit Hora Wolff qui fut sidérée de savoir que Gwillemine avait déjà deviné pour Malon et elle. Un service…j'ai du mal à vous demander ca après…

-Envoie, fit Perth. On te fera savoir ce qu'on en pense.

-Le Cercle est de retour, fit Hora Wolff. Il va attaquer la Citadelle de l'Empire dans cinq jours. Nos forces sont importantes mais j'ignore si elles suffiront face aux légions de la Douleur de Bane. J'aurais besoin de votre aide.

-Ressusciter ? Fit Shibukai en croisant les mains sur la table. Abandonner les Terres Eternelles pour fouler de nouveau le pied des Terres Mortelles ? Cela ne va pas à l'encontre des Lois les plus sacrées de la Nature ?

-Les déesses ont édicté ces lois, fit Hora Wolff. Elles m'ont donné le pouvoir de vous contacter et de vous ramener à la vie. Donc il y a une raison à cela.

-Toutes les raisons ne sont pas bonnes à prendre, fit Shubukai. Même les Dieux peuvent se tromper. Nous appartenons au passé Malon. Nous devons laisser la jeune génération se débrouiller.

-Le jeune Link est encore un enfant, fit Perth, mais c'est assurément un grand guerrier. Et la princesse Zelda est une sage. Ouaip ! Je suis d'accord avec Shibu. Les morts doivent rester morts.

-La mort n'a plus de frontières, fit Gwillemine. Elle n'a pas de commencement ni de fin. Mon sang se bat sur la terre des hommes pour l'avenir du sang mortel.

-Link ? Fit Hora Wolff. C'est ton…

-Mon sang, ma chair, fit Gwillemine avec une tendresse dans la voix qu'ils n'avaient jamais entendu de sa part. J'irai fondre ma chair avec la sienne pour combattre les écorcheurs.

-Merde alors c'était vrai cette histoire ? Fit Hora Wolff.

-Link Tal-Caujah…Fit Perth. Ouais pas mal comme nom…

-Gwillemine au risque de paraître insultant tu ne crois pas que tu devrais prendre le temps d'y réfléchir, fit Shubukai.

-La mort n'est en rien la fin, répondit-elle. Nous sommes les Immortels. Le devoir du héros. L'équilibre. Chaos et Ordre. Lumière et Ténèbres dans une mer de gris. L'Unique détruira tout.

-L'Unique ? Fit Perth on grimaçant.

-Mortalius vénèrerait un Dieu Unique, fit Malon. On n'en sait pas plus si ce n'est qu'il vient du désert et qu'il est un Dieu de Lumière. Les prophétie annoncent qu'il détruira l'univers pour le refaire à sa manière.

Silence de glace pendant lequel le vent qui pourtant soufflait doucement semblait aussi bruyant qu'une tempête.

-On aurait dû le sentir, fit Perth septique. Mais…je sais que t'es pas une menteuse et que tu es pas du genre à donner l'alerte au moindre cri de souris.

-Ce n'est pas tout, fit Hora Wolff. Il y a d'autres rois sorciers maintenant. Malek, Azimuth, Mafur, Ortega et Grendell.

-C'était plus simple du temps où ce n'étaient que des mages et des sorcières, fit Shibukai.

-Et Bane ?

-Ecorché vif, fit Gwillemine. Enragé. Douleur. Peine. Cauchemar. Prison.

-Voilà, en gros c'est ca, fit Malon avec un soupir.

-Il a l'air sympa, fit Perth. Je pourrais lui proposer une bière.

-Il l'acceptera que s'il est sûr de la boire dans ton crâne.

-Que se passera-t-il si nous mourrons à nouveau ? Demanda Shibukai.

-Vous reviendrez ici, fit Hora Wolff. Mais vous ne pourrez pas ressusciter. Du moins pas avant cent ans. Vous ne perdez rien au change.

-On fait des quotas sur les résurrections ? Fit Perth en se frottant les poignets. Même les dieux font dans la bureaucratie. Pfff…

-Si vous venez nous aider nous avons une chance de gagner, fit Hora Wolff. Juste cette bataille. Et vous pourrez revenir ici.

-Combien de temps avons nous pour rester sur terre ? Demanda Perth.

-Si un Héros du Temps choisit de ressusciter, les Déesses considèrent qu'il reprend contact avec la Terre. Vous vous verrez accorder l'immortalité. Attention, je parle d'immortalité sur le plan naturel mais pas physique. Vous ne vieillirez pas. Mais si vous vous faites décapiter, adieu.

-Et après ? Demanda Shibukai.

-Vous pourrez choisir de rester sur Terre ou de revenir ici. Compte tenue du fait que je vous invoque vous dépendrez de moi aussi. De ce fait je serai capable de vous localiser et de communiquer avec vous par télépathie. Vous ne prenez pas de risque. Vos bras seront en revanche les bienvenus dans cette bataille. Je suis désolée de vous demander cela.

-Nan t'inquiète, fit Perth en lui mettant une vigoureuse tape dans le dos qui faillit la faire basculer de sa chaise. Je suis pas pressé de quitter cet endroit mais je suis curieux de voir un peu ce que ces fils de chiennes du Cercle nous préparent de beau. Et en plus moi la paix à la longue c'est chiant. J'ai bien envie de me dérouiller.

-Dernière chose, fit Hora Wolff, Link et Zelda possèdent deux parties de la Triforce. Vous ne serez pas élus des dieux vous en être conscients ?

-La bénédiction des dieux n'est qu'un emballage, fit Perth. C'est l'homme qui compte. On va aller voir ton p'tit gars ma Gwilounette ! T'es pas contente ?

-Comme un poisson dans l'air, fit Gwillemine avec conviction.

-Shibukai ? Fit Perth. Tu vas venir quand même ?

-J'aimerais mettre à l'épreuve mes nouvelles techniques, fit-il. En fin de compte j'ai continué à m'entraîner par espoir qu'un combat se déclarerait à nouveau. Si l'éthique et la morale ne nous empêchent pas de nous y rendre…et qu'elles vont même jusqu'à nous y pousser…j'en suis évidemment.

-Alors c'est dit, fit Hora Wolff avec un sourire. Ne perdons pas de temps et partons immédiatement. Avez vous des choses à prendre ?

-Tout ce dont j'ai besoin je l'ai là, fit Perth.

-Pareil pour moi, fit Shubukai. Je me contente de ce qui est nécessaire au détriment du superflu.

-Un empire naîtra…sur le cadavre d'un Roi Sanglier »Fit Gwillemine.

L'enthousiasme des trois autres ramassa l'équivalent d'une douche glacé. Ils fixèrent de nouveau la jeune femme aux yeux d'améthyste. Mais elle ne prononça plus seul mot.