Ça ne faisait pas une heure qu'Hermione avait regagné ses appartements que l'on frappa à la porte.

- C'est qui ?

- Dray.

Perchée sur l'accoudoir du canapé, Hermione releva la tête d'entre ses mains et ses sourcils s'arquèrent sous la surprise. Au même titre que Harry ou que Ron, Drago n'avait pas approché le couloir menant aux appartements de Hermione et de Peter depuis la fête de la Salle-sur-demande, ce que la lionne avait également mis sur le compte de Pansy. Son besoin d'être seule avait été clair, très clair, et le mot s'était passé parmi ses amis. Apparemment, aujourd'hui faisait exception à la règle pour le Serpentard.

- Entres, lança finalement Hermione avant de détourner le regard.

Drago s'exécuta sans plus attendre, et à peine eut-il jeté un œil à la Gryffondor qu'il s'arrêta net.

- Qu'est-ce que t'as fais à tes cheveux ?

Hermione lança un regard de défi au vert et argent avant de se lever pour être à sa hauteur.

- J'avais besoin de changements. Un thé ?

Drago secoua la tête à l'affirmative avant de fermer la porte et d'aller s'installer dans le canapé. La sorcière s'activa derrière lui à chauffer l'eau, essayant au possible d'ignorer la présence du garçon dans son salon. Tache difficile alors qu'elle était en train de préparer un thé au dit garçon.

- Je me suis répété ce que tu m'as sorti l'autre soir, encore et encore Hermione.

La voix de Drago brisa le silence qui s'était installé entre les deux jeunes gens depuis plusieurs minutes.

- Et ?

- Et j'y comprends rien ok ? Pourquoi nous deux c'est impossible hein ? C'est à cause de la marque que j'ai sur le bras ? C'est à cause de mon père, ou alors de ma mère peut-être ? Est-ce que c'est Weasley ? T'es amoureuse de lui ? Ou un autre ? Dis-moi ! Donnes-moi au moins une explication ! Parce que j'y comprends rien !

Le Serpentard s'était levé, de plus en plus agité à mesure que les mots sortaient de sa bouche, et il s'était rapproché de Hermione, pas à pas. Sa chemise était à présent relevée au niveau des manches, et la jeune femme pouvait très clairement voir la marque des ténèbres imprimée sur son poignet. Une tasse fumante dans une main, elle gardait la tête haute, mais son regard était fuyant.

- Dray…

- S'il te plaît.

Le ton du sorcier était suppliant, et Hermione rendit les armes. Elle lui devait une explication. Elle aurait voulu attendre encore un peu. Elle aurait adoré attendre, encore et encore, peut-être même jusqu'à ce qu'il soit trop tard, qu'il n'y ait plus rien à dire et plus qu'à constater. Mais elle lui devait des explications.

- Ce n'est pas ça, souffla t-elle finalement.

Elle récupéra l'autre tasse de sa main libre et les déposa toutes les deux devant le canapé avant de glisser dans l'eau deux sachets de thé vert mentholé. Drago la rejoignit et s'assit, attendant la suite, les joues légèrement rouges et les yeux impatients.

- Ce n'est pas de ta faute. Ce n'est ni la marque sur ton bras, ni ta famille, ni Ron. C'est… c'est moi Drago.

Le blond ne bougea pas d'un cil, n'esquissa pas l'ombre d'une réponse. Il attendit, le cœur en déroute et l'estomac noué. Il n'était pas un sentimental. Du moins, il ne l'était pas avant.

- Je suis malade. Et c'est incurable.

Hermione détestait chaque mot utilisé. C'était comme de l'acide sur sa langue. Elle se força à poursuivre tandis que Drago tentait tant bien que mal d'avaler les mots, qui pour lui aussi avait un goût acide.

- Je refuse de te faire subir ça Dray. Je vais mourir. Et toi, tu vas vivre. Je veux que tu sortes avec une fille qui elle aussi va vivre, et que vous ayez des enfants, et que vous soyez heureux. Je refuse qu'on s'attache plus qu'on ne l'a déjà fait. C'est déjà assez difficile comme ça.

Drago ne réagit toujours pas pendant plusieurs secondes, et Hermione se détourna, ses émotions presque éteintes.

- C'est quel genre cette maladie ? demanda finalement le Serpentard d'un ton neutre.

- Veneficia Crescere. Pas que ça t'avances à grand chose. Comme je l'ai dis, c'est incurable. Les cellules qui me permettent de faire de la magie se multiplient dans mon corps sans interruption. Le nombre de ces cellules est sensé être complètement immuable. Le fait qu'il croisse me donne chaque jour plus de pouvoirs, mais me condamne aussi à l'implosion.

Elle avait sortit tout ça rapidement, d'une voix implacable. Il était essentiel qu'il comprenne. Qu'il lâche le morceau. A en juger par l'expression de son visage, ce n'était pas encore ça.

- Donc tu baisses les bras.

Son ton accusateur braqua immédiatement la jeune femme, qui s'écarta de lui de plusieurs centimètres.

- J'ai essayé nuit et jour, j'ai cherché dans tous les bouquins de médicomagie que j'ai pu trouvé, j'ai demandé à des professionnels leur avis, leur expérience sur la question, j'ai même été jusqu'à contacter une autre personne qui est atteinte de la même maladie que moi, alors tu n'as aucun droit de me dire ça ! Le résultat est là et parle de lui-même ! Katie Morringhton est morte !

- Katie Morringhton ?

- Katie Morringthon, trente-neuf ans de vie paisible en Pentagonie, un mari, deux enfants, unique patiente ayant survécu si longtemps à cette maladie. Et sa vie était la plus paisible qu'il pouvait exister ! Son taux de cellules veneficiennes il y a deux mois étaient en dessous du mien aujourd'hui. Combien de temps est-ce que tu crois qu'il me reste Drago… ? C'est couru d'avance !

Hermione se leva sous le coup de l'énervement, et Drago attrapa son poignet pour la retenir.

- Granger, il est hors de question que tu acceptes la défaite c'est bien compris ? C'est pas toi ! T'es une battante ! Tu n'as fais que me le prouver, tous les ans un peu plus ! J'étais un condamné à mort Hermione. En septembre je suis arrivé à Poudlard marqué comme du bétail, prêt à passer à l'abattoir pour une cause qui me dépassait. J'étais perdu, et j'avais tout lâché. Et toi tu as débarqué avec tes grands principes, et tu m'as sauvé. Parce que tu y croyais, et parce que tu le voulais. Alors cette maladie incurable à la noix, tu vas la dégommer c'est compris ? Je veux que tu y croies, même quand il n'y a plus aucun espoir, même quand ça paraît impossible, je veux que tu te battes ! Je te jures Granger que je vais rester planter là dans tes appartements jusqu'à ce que je t'entendes le dire.

Hermione se retrouva nez à nez avec Drago, dont le regard d'acier semblait la transpercer. Ses doigts étaient toujours serrés autour de son poignet, et l'intensité avec laquelle il l'observait la fit frissonner.

- J'ai fais une liste des choses que je voulais faire avant que je meures.

- Je veux pas de putain de liste Granger ! T'es pas mourante ! T'es une battante ! Dis-le ! Tiens en fait vas-y montres la moi ta liste, vas-y ! Qu'on rigole !

Elle essuya ses yeux rapidement avant d'aller dans sa chambre récupérer le bout de parchemin qu'elle avait dissimulé quelques jours plus tôt. Lorsqu'elle le tendit à Drago, il le récupéra d'un geste sec.

- Y a que des noms ?

Le blond semblait passablement énervé, et Hermione appuya sur son épaule pour le faire rassoir. Elle pointa ensuite le nom de Peter du doigt en expliquant.

- J'avais besoin qu'Argus accepte de devenir le tuteur de Peter, pour le jour où…

- Ok j'ai compris, la coupa t-il abruptement. Les autres.

- J'ai sélectionné plusieurs souvenirs pour les rassembler dans une Pensine pour Harry et Ron… j'ai enchanté deux bracelets que je voudrais offrir à Pansy et à Théo… un sort de liaison qui leur permettra de toujours savoir où est l'autre et son état de santé… et puis… j'espérais trouver quelqu'un pour Blaise, pour qu'il ne reste pas seule.

Drago éclata alors de rire, sous le regard confus de la Gryffondor. Son rire n'était pas amusé, mais plutôt désabusé, presque froid.

- Tu espérais trouver quelqu'un pour Blaise ? Sérieusement ? Il est assez grand pour se trouver quelqu'un tout seul tu crois pas ? Hermione la sainte, qui veut que tout le monde soit heureux. Moi aussi tu comptais choisir ma femme ? Le prénom de mes enfants aussi peut-être ?

- Dray arrête…

- Non, toi arrête. Cette liste, tu l'oublies, parce que tu vas pas mourir.

- Tu n'en sais rien ! éclata Hermione.

Ses yeux s'assombrirent lourdement, et une dangereuse vibration se fit sentir dans l'air.

- J'ai retourné la situation dans tous les sens, justement parce que je ne voulais pas y croire, justement parce que je suis une battante, cracha t-elle à l'attention du Serpentard. J'ai cherché des remèdes miracles, un espoir, n'importe quoi auquel me raccrocher, et il n'y a rien, rien du tout ! Maintenant je me suis préparée à ce qui allait arriver, et je t'interdis d'en rire ou de me mépriser pour ça Malefoy ! Je me bats aujourd'hui encore, je me bats pour partir comme j'en ai envie, selon MES choix !

- Alors permets-moi aussi de faire les miens Granger !

Les deux jeunes gens avaient le visage à quelques centimètres l'un de l'autre et se regardaient en chien de faïence. Sans préavis, Drago se rapprocha brusquement pour coller ses lèvres sur celles de la Gryffondor. Elle le dégagea immédiatement et lui donna une gifle monumentale. Après quoi elle l'embrassa de nouveau, avec violence, passion et désespoir, ses deux mains sur la nuque du Serpentard. Il répondit avec fougue, et ses bras vinrent serrer la jeune femme.

- Hermione, souffla t-il en se détachant.

- Embrasses-moi encore, répondit-elle, le souffle-court.

Ce qu'il fit sans la moindre hésitation. Ils restèrent ensuite enlacé sur le canapé un long moment, sans bouger, sagement et confortablement appuyé l'un sur l'autre. C'est Drago qui brisa le silence, alors qu'Hermione s'endormait presque à côté de lui.

- J'aime bien ta nouvelle coupe.

- Merci.

- Viens au bal avec moi demain.

- Ok.

- On va trouver un moyen Hermione.

- Mmh.

Vers dix heures du soir, Peter rentra à ses appartements et trouva les deux sorciers endormis dans le salon. Il esquissa un sourire avant de gagner son lit et de s'endormir serein. Drago s'éveilla quelques heures plus tard et décida de porter la Gryffondor jusqu'à son lit avant de s'y glisser à son tour tout habillé.

- Drago ?

- Mmh ?

- Merci d'être là.

La main d'Hermione vint saisir celle du Serpentard qui la serra, et tous deux retombèrent dans les bras de Morphée.