Et puisque celle-ci est attendue avec impatience (je pense notamment à Marion), je ne vous fais pas languir plus longtemps. Voici la suite de 'Non'.

(Petit rappel pour les gens ayant la mémoire courte comme moi : c'est la scène où Jane raconte à Rigsby comment séduire Lisbon et où il est sur le point d'embrasser sa boss qui l'arrête d'un simple 'non'. C'est bon ? Mémoire rafraichie ? Parfait ! Alors dégustez bien !)

49. « Non »… mais « Oui »

- Il fait un peu froid, non ?

- J'ai prévu des couvertures, vous en voulez une ?

- Elles sont où ?

- Derrière.

Jane se retourna et constata qu'effectivement, sa supérieure avait déposé un paquet de couverture sur la banquette arrière. Il se pencha, en saisit deux et en donna une à Lisbon.

- Merci.

Rigsby, Cho et Van Pelt avaient déjà fait une planque la nuit dernière, si bien que la seule personne apte à faire celle-ci était Lisbon. Et Jane avait préféré l'accompagner pour qu'elle ne soit pas seule, même s'il allait probablement s'endormir quelques heures. Il déplia la couverture, l'étendit de façon à ce qu'elle recouvre tout son corps, puis il ferma les yeux en sentant la chaleur se répandre.

- Mmm…

Lisbon posa sur lui un regard attendrit pendant quelques secondes, puis elle observa de nouveau la porte de l'immeuble qu'ils surveillaient. Elle avait utilisé la couverture pour recouvrir ses jambes mais elle n'avait pas encore trop froid.

- Arrêtez de me regarder, marmonna Jane, toujours les yeux fermés. Ça me déconcentre.

Lisbon esquissa un sourire et posa de nouveau son regard sur le consultant.

- Je ne vous regardais pas. Je vous ai regardé un moment mais je ne vous regardais plus.

Elle vit un grand sourire se dessiner sur le visage de Jane.

- Donc vous m'avez regardé ! Je prêchais le faux pour savoir le vrai. Technique infaillible.

Si Jane avait eu les yeux ouverts et si la scène s'était déroulée en plein jour, il aurait pu apercevoir les joues de Lisbon s'empourprer légèrement.

- Vous vous souvenez de ce jour où je vous ai mise en colère dans la cuisine ?

- Oui, bien sûr. Il y a eu jeudi, lundi, mercredi dernier et mardi dernier. Ah, et aussi, le dimanche juste avant quand on était d'astreinte. Il faut que je remonte jusqu'à quand ?

- Oh, vous exagérez, marmonna Jane dont le sourire s'était agrandit.

Lisbon sentit un frisson dans son dos et décida de remonter la couverture jusqu'à ses épaules. Soit c'était le froid qui envahissait l'habitacle, soit elle sentait la conversation personnelle arriver à grands pas.

- Remontez jusqu'au jour où j'ai prétendu à Rigsby que je savais parfaitement comment vous séduire. C'était il y a un mois.

Lisbon pinça les lèvres et ramena la couverture bien sous son menton. Conversation personnelle.

- Vous vous êtes plus ou moins excusé, n'en parlons plus.

Elle aperçut du coin de l'œil que Jane se redressait et ouvrait les yeux. Cette conversation n'était pas terminée.

- Belle tentative, dit le consultant en parlant de sa capacité à éviter les sujets personnels. Mais on est seuls alors c'est le moment ou jamais d'en parler.

- Il n'y a rien à dire, on s'est disputé et…

- Et j'ai faillit vous embrasser, la coupa Jane.

Lisbon sentit son estomac se contracter violement et une chaleur se répandit sur tout son visage. Elle remercia l'obscurité. Qu'est-ce qu'elle était sensée répondre ? Existait-il une encyclopédie des bonnes réponses quelque part ? Parce qu'elle en aurait vraiment besoin à cet instant. D'habitude, lorsque Jane l'emmenait sur un sujet trop personnel, elle lui faisait un reproche quelconque et bien placé et les choses reprenaient leur cours. Mais dans cette situation, Jane ne semblait pas à l'aise non plus.

- Vous avez eu une réaction très professionnelle, d'ailleurs, ajouta le consultant.

Lisbon ne savait pas vraiment si c'était un compliment ou un reproche.

- Vous ne dites rien ? demanda Jane en tournant son visage vers elle.

Maintenant qu'elle se sentait observée, c'était encore pire.

- Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? dit-elle d'un ton qu'elle voulait blasé.

- Ce que vous en pensez.

Elle haussa les épaules. Elle ne savait pas quoi en penser parce que ce jour-là, elle avait bien faillit franchir la limite.

- Vous vous dites : « Pourquoi est-ce qu'il ramène ça sur la tapis, moi qui m'était évertuée à faire disparaître cet incident de ma mémoire… ».

La jeune femme ne pu retenir un sourire mais il disparut rapidement, faisant de nouveau place à la gêne.

- En quelques sortes, répondit-elle.

- Vous savez, il y a quelque chose qui me tracasse un peu depuis ce jour…, avoua Jane. Pendant quelques secondes, peut-être dix ou quinze, j'ai cru que…

Il jeta un œil vers la porte de l'immeuble qui s'ouvrait, mais c'était seulement un couple qui rentrait chez lui.

- Enfin j'ai cru que vous n'alliez pas m'arrêter.

Il prêche encore le faux pour savoir le vrai, pensa Lisbon, il prétend avoir 'cru' que je n'allais pas l'arrêter pour que je lui dise qu'il ne l'avait pas seulement 'cru' mais que c'était bien vrai. Parce que pendant un court instant, elle avait bel et bien faillit le laisser faire. Dans la cuisine du CBI, malheur…

- J'étais très en colère.

- Ça oui…

- Et ça m'empêchait de réfléchir.

- Normal…

- Alors, j'ai… enfin, j'ai peut-être donné l'impression que j'allais vous laisser faire.

C'est un début, pensa Jane. Il garda le silence, comme s'il n'était pas satisfait de la réponse qu'il avait obtenue.

- Mais je n'en avais pas l'intention, ajouta Lisbon en regardant Jane pour accentuer l'impact de ses paroles.

Il fallait qu'il comprenne, ou plutôt qu'il la croit même si elle mentait.

- C'est impressionnant.

- De quoi ?

- Vous n'avez eu aucun doute, du début à la fin de notre… tête-à-tête ?

Lisbon tourna son visage vers la vitre de sa voiture et regarda au dehors.

- Si, j'ai sûrement… eu un doute à un moment mais c'était parce que je n'arrivais plus à réfléchir. C'était à cause de la colère.

Elle voulait que la conversation s'arrête là. Elle venait de dire la phrase de trop et elle allait en dire d'autres plus signifiantes s'ils ne changeaient pas rapidement de sujet.

- Vous êtes en colère, là ? demanda Jane d'une petite voix.

Lisbon se retourna vers lui et plongea ses yeux dans son regard bleu.

- Non, je… Non.

- Donc si je me penchais pour vous embrasser, vous me repousseriez sans hésitation.

Le cœur de Lisbon rata quelques battements et la sensation qu'elle ressentit au creux de son estomac lui donnait des ailes. Elle détourna les yeux.

- Faites gaffe, je suis armée, dit-elle pour tenter de détendre l'atmosphère.

Jane sourit puis à son tour, il regarda au dehors.

- Si vous ne répondez pas à ma question, j'irai chercher la réponse, Lisbon, déclara-t-il alors d'un ton qui se voulait sans appel.

Il reporta toute son attention sur elle. Il l'affaiblissait depuis le début de cette conversation, faisant tomber ses barrières les unes après les autres. Il abaissa la couverture qui était sur lui et la plia sur ses genoux, puis il prit appui sur le siège de la jeune femme et approcha son visage du sien. Lisbon aurait voulu lever ses yeux vers les siens et lui faire comprendre qu'ils ne pouvaient pas agir ainsi mais ses paupières semblaient lourdes et la seule chose qu'elle voyait était les lèvres de Jane, si tentantes. Elle ne faisait rien, elle n'était plus capable de bouger, à peine de respirer, et elle ne comprenait pas pourquoi Jane ne l'avait pas encore embrassée. Elle était entièrement à sa merci et pourtant, il restait hésitant. Finalement, il n'en mène pas large non plus, pensa-t-elle.

Il y avait des milliers de raisons pour ne pas l'embrasser, alors pourquoi mourrait-il d'envie de le faire ? Jane distingua l'odeur du shampooing fleurit de la jeune femme et ce fut un déclic. Il posa doucement ses lèvres sur les siennes. La tension était palpable et il avait réellement l'impression que ses lèvres tremblaient. Pourquoi ? Parce qu'il savait qu'il agissait égoïstement ? Ou parce qu'il avait enfin la réponse qu'il cherchait ? Alors qu'il envisageait sérieusement de stopper le baiser, Lisbon posa une main sur sa joue et en demanda plus. Il lui donna ce qu'elle réclamait, elle lui donna ce qu'il voulait, ce n'était pas un baiser égoïste, c'était juste un baiser trop désiré et rempli de doutes.

Les sensations surprenantes et si agréables que Lisbon ressentaient au creux de son ventre s'étendirent dans tout son corps et elle ralentit le baiser pour le terminer en douceur. Elle fut surprise de constater qu'elle ne ressentait plus aucune peur ni aucune panique et que ces sentiments semblaient s'être transférés à Jane pendant leur baiser. Leurs visages étaient encore très proches et alors qu'elle se sentait apaisée, elle vit le trouble et l'inquiétude dans les yeux de Jane.

- C'est absurde, murmura Lisbon. Il y a des dizaines de raisons qui font que ce n'est pas possible. On travaille ensemble, on a des points de vue opposés sur votre désir de vengeance, vous avez toujours dit que vous n'étiez pas prêt à aimer une autre femme, je n'ai pas envie d'une relation chaotique, ma vie l'est assez comme ça et je…

- C'est bon, la coupa gentiment Jane. Vous avez parfaitement raison.

Il lui déposa un baiser à la commissure de ses lèvres et se réinstalla sur son siège passager.

- En plus, vous embrassez terriblement mal, mentit Lisbon en souriant timidement.

Jane la regarda en souriant de toutes ses dents.

- Vous aussi.

Puis il poussa un soupir résigné.

- Ça va être encore plus dur de bosser à vos côtés maintenant que je vous ai embrassée. Je ne vais penser qu'à ça…

- Bien fait pour vous, répliqua Lisbon sans se débarrasser de son sourire. Vous n'aviez qu'à vous contrôler.

- Au pire, on pourrait le refaire de temps en temps.

- Non, Jane.

- Pour les occasions spéciales, je veux dire. Tenez, c'est bientôt la Saint-Teresa.

Lisbon posa sa main sur la bouche de Jane pour l'empêcher de parler et celui-ci se mit à rire. Il tira la langue et la jeune femme sentit l'intérieur de sa main s'humidifier.

- Aaah ! S'exclama-t-elle en essuyant sa main sur l'épaule de Jane. Vous êtes dégoûtant ! Mais vous avez quel âge ?

- Vous ne vous plaigniez pas tout à l'heure, remarqua Jane sans cesser de rire.

- Oh, taisez-vous !