Bonjour :)

Et non, vous ne rêvez pas ! Bon, cette fois-ci, c'est un "peu moins pire" que la dernière fois, je ne vous ai pas fait attendre un an hein... Bon, j'ai honte. Mais c'est quand même "un peu mieux", surtout que j'en ai profité pour bien avancer la fin de la fic... Je sais pas pourquoi, mais j'étais pas du tout inspirée pour écrire le chapitre 53, beaucoup plus pour ce qui se passera après. Donc contrairement à ce que peuvent laisser penser ces derniers mois, cette fic a bien occupé mon esprit. Même si je suis désolée car je me souviens qu'en tant que lectrice, c'est précisément pour cette raison que j'ai arrêté de lire des fics qui n'étaient pas terminées.

Je suis très contente que les personnages ne paraissent pas OCC, j'essaie de faire le maximum pour ça. Pour le Drago exécrable, je suis tout à fait d'accord, mais c'est ça que j'aime le plus dans leur relation, l'idée que Harry ne laisse pas tomber, même si toute personne sensée aurait arrêté depuis longtemps. Bon, en 7 années, Harry nous a montré qu'il manquait parfois un peu de bon sens donc ça n'étonnera personne :P

Voilà, je vous souhaite une bonne lecture, j'espère que le chapitre sera à la hauteur de vos attente (c'est le problème avec une longue pause ^^) et, vu le temps, je vous conseille de l'accompagner d'un chocolat chaud (Lupin et Pomfresh m'approuveraient).

A bientôt (si si),

Fantaisiiie


Chapitre 53 :

Mon regard passe d'un candidat à l'autre. Le tournage a repris depuis quelques minutes seulement et, déjà, les écarts se creusent. Charles garde les yeux fixés sur son plan de travail et enchaîne ses préparations avec des gestes précis, qui me semblent millimétrés. Son sérieux contraste avec les airs de gosse en colo de vacances qu'il arbore habituellement. Sur le plan de travail d'à côté, Jane est plus à la peine. Elle a déjà dû retourner à l'épicerie parce qu'elle avait oublié un ingrédient, ce qui lui a voulu une remarque acerbe d'Ofwordan sur « tout ce temps perdu inutilement ». Derrière elle, Alan fulmine encore. Je l'ai surpris à plusieurs reprises en train de jeter des regards dans le dos de Charles, avec une expression un peu alarmante, comme s'il rêvait d'y planter des couteaux – lentement. Il reste John, qui s'est lancé dans tout un tas de préparations, sans même toucher à son œuf, qu'il regarde avec suspicion. Et, au milieu des candidats, les jurés pavanent, pas avares en remarques vexantes, comme à leur habitude.

- Votre œuf n'est pas piégé, vous savez, John ? lance Kandborg, ses lèvres s'étirant en un long sourire. Il va falloir vous en occuper, si vous ne voulez pas être directement éliminé...

Le candidat acquiesce en pâlissant légèrement. A la dérobée, je jette un regard à Drago. Assis sur la chaise à côté de la mienne, il regarde l'épreuve, les sourcils légèrement froncés. J'aimerais me pencher vers lui, lui glisser un mot, mais dans la zone des proches, le silence est de mise.

- Plus que dix minutes, annonce la présentatrice, ramenant mon attention sur l'épreuve.

- Ce test est un des tests sous pression les plus courts de Master Chef, renchérit Ormon. Préparer un œuf poché, cela peut sembler d'une facilité déconcertante. Et pourtant, on ne compte plus le nombre de bons restaurants qui servent des œufs pochés à peine acceptables...

Kandborg approuve avec ferveur avant de se pencher sur le plan de travail de Jane, qui semble avoir rattrapé son retard.

- L'œuf a l'air correctement poché, Jane. Pas besoin de l'ébarbé, bonne nouvelle. Par contre, il va falloir bien nous le servir, cet œuf poché ! Là, je ne vois que de la nourriture pour lapin et ça ne fait pas rêver...

Autour de moi, quelques proches se redressent pour mieux voir le plan de travail de Jane. J'y jette un œil même si je sais déjà que je vais y trouver des courgettes et des pommes. Sans compter le citron vert qu'elle est retournée chercher. La pauvre candidate observe sa salade d'un air dépité et repart une nouvelle fois vers l'épicerie, au pas de course. Ofwordan l'accompagne d'un « tic tac tic tac » un peu moqueur. Je jette un nouveau regard à Drago mais il regarde toujours droit devant lui, impassible. Comme si je n'étais pas là...

- Et vous, John ? s'enquiert Ormon. Je vois que vous vous êtes enfin attaqué à votre œuf.

Le candidat se contente d'un signe de tête, trop concentré pour répondre. Il a plongé deux grandes cuillères dans sa casserole et ne quitte pas son œuf des yeux. Délicatement, il s'efforce de rassembler le blanc.

- Le geste est bon, approuve le chef. Mais votre blanc s'éparpille. Vous êtes sûr d'avoir mis assez de vinaigre ?

Cette fois, Ormon a capté l'intérêt du candidat. John lève les yeux, surpris et répète, un peu bêtement :

- De vinaigre ?

Aussitôt, les deux autres jurés rejoignent le candidat, sans cacher leur mécontentement.

- Enfin, John, des œufs pochés sans vinaigre ! Autant tenter une sauce au vin sans vin ! s'emporte Kandborg.

- Vous ne savez donc pas que c'est le vinaigre qui assure la coagulation des protéines ? s'étonne Ofwordan, un tantinet trop surpris pour être naturel. Ne cherchez pas pourquoi votre blanc s'éparpille !

Ormon ouvre à nouveau la bouche, mais je perds le fil. A côté de moi, Drago s'est enfoncé dans sa chaise et sa jambe est désormais tout contre la mienne. Je déglutis et lui jette un regard en coin, mais il semble absorbé par les déboires de John. J'en viens à me demander s'il ne s'agit pas d'un hasard, d'un moment d'inattention lorsque son genou vient caresser le mien. La gorge sèche, le cœur battant, je n'ose plus bouger. J'aimerais répondre à son geste, mais les moldus autours de nous m'en empêchent. J'ai l'impression ridicule qu'au moindre mouvement, je vais attirer sur nous tous les regards. Puis, Drago se penche légèrement vers moi et souffle :

- Tout va bien, Potter ?

Je me mords la lèvre. Il se moque de moi. Son petit sourire en coin, son indifférence feinte... Je ne retire pas ma jambe. Bien au contraire, je décale mon pied vers le sien. Oh, de rien, un centimètre ou deux à peine. Et je souffle :

- Tout va très bien même.

Son sourire s'élargit tandis qu'il détourne les yeux pour se concentrer à nouveau sur l'épreuve. J'essaie de faire de même, mais j'ai une conscience aiguë de cette jambe qui se presse doucement contre la mienne. Des bribes de mots me parviennent, sans que je cherche à en comprendre le sens. Jusqu'à ce que la voix de Kangborg se fasse trop forte pour que je puisse l'ignorer.

- Plus que cinq minutes, jeunes gens ! Et, par pitié, ne négligez pas le dressage !

Cette annonce fait l'effet d'un coup de pied dans une fourmilière. John retire son œuf de l'eau frémissante à peine trop vite et le rattrape de justesse au moment où il allait glisser de sa cuiller. Le pauvre met plusieurs longues secondes à s'en remettre, une main crispée sur le cœur. Mais, là encore, je me sens étrangement loin du drame, une grande partie de mon esprit étant accaparée par la proximité de Drago. J'essaie d'avoir l'air vaguement intéressé par ce qui se passe sous mes yeux, mais c'est le mieux que je puisse faire. De temps à autres, je bouge très légèrement la jambe, juste pour le plaisir de sentir Drago me répondre.

Au premier rang, les proches des candidats en test sous pression jettent des regards anxieux au chronomètre. Les secondes défilent à toute vitesse. Je vois Charles qui peaufine son dressage et Alan qui assaisonne son plat. Puis la présentatrice commence le décompte.

- 10… 9… 8…

Jane, la main tremblante, essuie les quelques gouttes d'huile qui ont sali son assiette. Charles cloche son plat. La jambe de Drago est toujours contre la mienne.

- 7… 6… 5…

Jane puis Alan clochent leur plat, presque au même moment. Drago se penche en avant, comme pour mieux observer la scène. Au passage, sa main me frôle.

- 4… 3… 2… 1… et

John a le temps de rabattre la cloche sur son plat, juste avant que le zéro ne retentisse dans la salle. L'atmosphère se détend et le silence concentré qui régnait jusqu'ici se fait moins lourd. Le frère de Lauryn se penche à nouveau vers moi. Instantanément, Drago s'écarte.

- Difficile comme épreuve, non ?

J'acquiesce vaguement, déçu. Mais je n'ai pas le temps de m'apitoyer. Déjà, la dégustation commence.

- Jane, nous allons commencer par votre œuf poché, annonce Ofwordan

La candidate aux cheveux roux s'avance, son assiette à la main. Elle retire la cloche de son plat, dévoilant un joli montage qui lui vaut un sifflement admiratif.

- Je vois que vous nous avez rajouté de quoi manger, s'enthousiasme Kandborg. Je n'ai rien contre la courgette et la pomme, surtout si finement coupées, mais reconnaissez que ça manque un peu de consistant…

- J'aime bien aussi, approuve Ormon. La tranche de pain grillée et aillée. La petite compotée de courgettes et pommes. L'œuf poché qui surmonte le tout. Bref, ça ouvre l'appétit.

Seul Ofwordan ne semble pas pleinement convaincu.

- Il y a de l'idée… Mais le pain, c'est un peu grossier.

A l'aide de son couteau, il incise légèrement l'œuf et écarte délicatement le blanc.

- En tout cas, l'œuf est parfaitement poché, c'est une réussite. Voyons si l'accompagnement suit.

Il prend une bouchée avant de passer l'assiette à son voisin. Tandis que Ormon se découpe une part, il commente :

- L'assaisonnement est là. Vous n'avez pas lésiné sur le beurre pour faire revenir le pain, mais ça donne du goût !

- Tout à fait d'accord, ajoute Ormon. Le pain donne du croustillant, l'assaisonnement est bon, l'œuf est parfait et donne tout le moelleux et le liant qu'on attend de lui.

Ofwordan goûte à son tour et prend plus de temps pour se prononcer.

- C'est vrai que c'est bon. Mais je trouve que c'est une entrée qui manque un peu de finesse.

Jane acquiesce et il me semble qu'elle est soulagée. Je jette un regard vers Drago, mais il continue de suivre la dégustation, à distance raisonnable de moi.

- A vous, Alan ! appelle le chef.

Le candidat au teint maladif s'avance. Il dépose son plat devant les chefs, qui lui sourient.

- Ça s'est mieux passé, non ? questionne Kandborg.

- C'est sûr qu'il vaut mieux être seul que mal accompagné, siffle le candidat.

Mais sa hargne est vite effacée par les compliments des chefs, qui approuvent l'association œufs pochés – pommes de terre.

- Ça aurait aussi pu être un peu grossier, conclut Ofwordan. Mais vous avez coupé les pommes de terre en rondelles si fines, presque translucides. Délicatement revenues à la poêle, joliment assaisonnées, dressées en mille-feuilles… Et cet œuf formidable qui nappe le tout dès qu'on le coupe. Parfait, vraiment.

Charles est appelé immédiatement après, sans que je ne crois à un hasard. Les deux candidats se croisent en s'ignorant avec superbe. Puis Charles dépose son plat devant les chefs.

- Des œufs en meurette ! se réjouit Kandborg. Une entrée de nos amis français. J'ai mangé les meilleurs de ma vie à Lyon donc vous aurez du mal à relever le défi.

- Un peu lourd mais efficace, admet Ofwordan, déclenchant un petit rire chez ses comparses.

- Décidément, plaisante Ormon, notre ami a envie de légèreté aujourd'hui.

La dégustation est rapidement expédiée.

- La sauce vin rouge est à la hauteur mais vos croutons manquent de cuisson, regrette Kandborg. La faute au temps j'imagine.

- Une belle réussite tout de même, tempère Ormon.

John n'attend même pas qu'on l'appelle pour se diriger vers les chefs.

- Notre dernier candidat ! Je sens que vous n'allez pas faire plaisir à notre cher Ofwordan…

Je jette un œil à son plat et comprend que là encore, le candidat a misé sur une recette plutôt traditionnelle.

- J'aime les gésiers, réplique Ofwordan. Le mélange avec l'œuf poché fonctionne bien. Mais oui, ça manque encore et toujours de subtilité.

A ma grande surprise, la dégustation se passe bien également. Les chefs se disent impressionnés par le nombre de préparations effectuées par le candidat en vingt minutes seulement. A nouveau, des compliments pleuvent sur l'assaisonnement et le goût. Pour la première fois, je me sens vraiment incapable de dire qui risque d'être éliminé. Seul Alan semble avoir fait un sans-faute, au grand damne de Charles qui fixe son plan de travail, la mine sombre. Je tente un nouveau regard vers Drago, avec plus de succès. Il lève un sourcil interrogateur et je souffle, aussi discrètement que possible :

- Qui ?

Il hausse les épaules mais, à son air sombre, je comprends qu'il craint le verdict des chefs. Je les regarde délibérer sous le regard attentif des caméras tandis que les candidats patientent derrière leur plan de travail, en proie à divers degrés de stress. Si Jane se mordille les lèvres, Alan semble parfaitement serein. Enfin, Kandborg reprend la parole :

- Alan, vous êtes le premier qualifié. La vraie réussite de ce test, c'est vous.

Le candidat s'avance d'un pas royal, le sourire aux lèvres. Je le vois chercher le regard de Charles, mais ce dernier garde les yeux ostensiblement baissés. Ofwordan semble mieux savourer la scène que n'importe lequel des plats qu'il a dégusté ce soir. Faisant durer le suspens, il rappelle d'une voix mielleuse :

- John, Charles et Jane... Encore trois candidats, mais seulement une seule place pour la demi-finale...

Kandborg s'avance d'un pas. Son regard se porte sur John mais il marque un long temps d'arrêt, si bien que le candidat ne sait pas s'il peut se réjouir... ou non.

- John, lance enfin le chef, vous n'avez commis qu'une seule erreur pendant ce test sous pression.

Le candidat hésite à sourire et il a raison.

- Une seule erreur mais une erreur fatale. Pocher des œufs sans vinaigre... Rendez-nous votre tablier, s'il vous plait.

Le jeune homme pâlit et je le regarde détacher son tablier. Mais Ormon a déjà pris le relai.

- Il nous reste donc Charles et Jane...

Les deux candidats attendent, les yeux clos, les lèvres pincées et les mains croisées dans le fois, Charles ne se donne pas l'air de prendre les choses à la légère. Heureusement pour lui, Ormon met rapidement fin au suspens :

- Charles, vous êtes le second qualifié. Le challenge était beau, vous étiez à la hauteur, il manquait un rien pour que tout soit parfait.

Charles ne cache pas son soulagement, tandis que Jane détache son tablier, l'air perdu. Je suis Charles des yeux tandis qu'il rejoint Alan et se positionne le plus loin possible de lui. Je vois Drago qui les observe sombrement. Je n'ai aucun mal à comprendre que si l'ambiance électrique doit réjouir les téléspectateurs, lui elle ne l'amuse pas.

- Jane et John…, soupire Ormon, me rappelant à la réalité. Deux beaux plats et pourtant… Ce ne sera pas suffisant. Mais vous pouvez être fiers de vous. Vous nous avez épatés plus d'une fois.

La présentatrice s'autorise quelques paroles de réconfort que les deux éliminés acceptent en détournant les yeux. Mais même les compliments des chefs sur leur talent ne leur redonnent pas le sourire. Ils sont éliminés, « aux portes de la demi-finale » pour reprendre les paroles de Kandborg. C'est tout ce qui compte. Et ils le savent pertinemment.


Seul dans le hall de l'université, je me sens un peu perdu. Appuyé contre un mur, j'attends que Drago daigne se souvenir de mon existence. Une fois de plus, j'essaie de comprendre son fonctionnement. Comment peut-il glisser sa jambe contre la mienne pour me laisser en plan dix minutes plus tard ? L'équipe du tournage avait à peine commencé à remballer le matériel qu'il s'est levé pour disparaître sans un mot. J'aurais peut être dû le suivre, mais son attitude m'en a dissuadé.

Je m'écrase un peu plus contre le mur pour faciliter le passage d'un moldu chargé d'un gros rouleau de câble noir qui sert à je-ne-sais-quoi. Puis je regarde autour de moi, espérant apercevoir des cheveux d'un blond presque blanc. Mais c'est peine perdue. Les techniciens finissent de vider les cuisines de l'université. Un moldu en costume s'ennuie à mourir près des portes d'entrée. Quelques proches discutent et rient en félicitant - encore - les heureux élus. Je me sens étranger à cette agitation. A part Drago, je ne connais personne. Sans lui, je me sens comme un cancrelat au milieu d'une fourmilière. Pas très bien en somme.

- Harry !

Je sursaute en entendant mon nom. A l'autre bout du hall, le frère de Lauryn m'adresse de grands signes, m'invitant à le rejoindre, lui et sa famille. J'obéis avec reconnaissance et une pointe de culpabilité. Il se souvient de mon prénom, moi pas. Heureusement, la mère de Lauryn, une petite femme aux cheveux blonds et frisés, me sauve la mise dès que je les ai rejoint.

- Tu nous présentes, Sebastian ?

Le jeune homme s'exécute de bonne grâce.

- C'est Harry, un des proches de Thomas. Harry, mes parents...

Mais son père l'interrompt déjà :

- Thomas, hein ? Pas un petit morceau celui-là...

- Papa ! proteste Lauryn. Ne commence pas.

Mais je souris.

- Votre fille est très douée aussi.

Et, me tournant vers elle, j'ajoute :

- Félicitations, tu as été excellente.

- Oh, l'épreuve s'est bien passée, oui, répond la jeune femme en rosissant. Mais...

Elle a un haussement d'épaules fataliste.

- Déjà en train de s'inquiéter pour la semaine prochaine, me souffle sa mère.

Lauryn baisse les yeux mais j'acquiesce.

- C'est pareil pour tous les candidats, je vous rassure.

- Sauf que la semaine prochaine, c'est nous qui serons au front ! précise le père de Lauryn, d'une voix réjouie.

Il lisse sa moustache grisonnante avec une satisfaction non feinte et je ne peux cacher ma surprise. Le frère de Lauryn précise :

- Il n'y a que lui qui attend ça avec impatience. Maman et moi, on envisage encore de soudoyer la production pour y échapper...

- Ou de fuir au Canada, complète sa mère.

Je ris de bon cœur lorsque je sens une présence derrière moi. J'essaie de garder contenance lorsque mon regard croise celui de Drago. Une partie de moi est ravie qu'il me trouve en compagnie de Lauryn et de ses proches et non pas en l'attendant seul comme une âme en peine.

- Où étais-tu passé ? demandé-je, aussi naturellement que possible.

Il hausse les épaules.

- Je disais au revoir. Mais je vois que tu ne t'ennuies pas.

Puis il salue d'un signe de tête les proches de Lauryn, avec ce sourire un peu froid dont il a le secret.

- Le voilà donc ! souffle le père de Lauryn, sans se départir de son air joyeux. Un de nos principaux concurrents !

Je vois Lauryn jeter un regard inquiet à son père, mais sa mère s'interpose.

- Tu devrais peut-être aussi leur dire au revoir, ma chérie. Ces deux candidats se sont toujours montrés très sympathique.

Lauryn acquiesce.

- John est dans les vestiaires, lui précise Drago. Jane est encore dans la salle.

- Et comment vont-t-ils ?

- Ils seront contents de te voir.

Nous nous saluons et j'éprouve une petite pointe de culpabilité en entendant le frère de Lauryn me gratifier d'un "à bientôt, Harry" tout à fait chaleureux. Je n'ai pourtant pas l'impression d'avoir mérité une telle sympathie. J'emboîte le pas à Drago qui se dirige vers la sortie. Une fois à l'extérieur, l'air agréablement frais de la nuit ébouriffe mes cheveux. Je cherche quelque chose à dire, mais c'est Drago qui prend les devants.

- Je ne sais pas comment tu te débrouilles pour que tout le monde t'apprécie toujours..., soupire-t-il.

D'abord surpris, je ne sais que répondre. Un mini-bus est garé dans un coin de la cour, moteur en marche et phares allumés. Nous nous arrêtons à bonne distance et je tente de répondre avec humour.

- Certaines mauvaises langues diraient que c'est à cause de ma cicatrice. Mais je suis juste gentil.

Drago soutient mon regard et je lui souris.

- Gentil, répète-t-il finalement en levant un sourcil.

- Tu vois une meilleure explication ?

J'ai parlé doucement, mais il m'a parfaitement entendu. Il secoue la tête.

- Pas ta cicatrice en tout cas. Ici, les gens ne savent même pas qui tu es.

Je presse doucement son bras.

- Ça n'a aucune importance. Les gens t'aiment bien aussi.

Il secoue doucement la tête, son regard évitant soigneusement le mien.

- Oui, Potter. Ici, ils ne savent pas non plus qui je suis.

J'ai un instant d'abattement, me demandant comment quelques paroles amicales échangées avec Lauryn et ses proches ont pu amener la discussion sur un terrain aussi glissant. Je cherche encore comment changer de sujet lorsqu'il reprend :

- On va rentrer directement à l'hôtel.

Il ponctue sa phrase d'un signe de tête en direction du mini-bus.

J'acquiesce, priant silencieusement pour qu'il me propose de le rejoindre. Je patiente quelques secondes mais rien ne vient. Alors que j'ouvre la bouche, décidé à me lancer, Drago me coupe l'herbe sous le pied.

- On se retrouve là-bas ?

Je referme la bouche avant de me reprendre.

- Oui ! Bien sûr que oui.

Il me semble avoir répondu avec un peu trop d'enthousiasme, mais Drago me sourit.

- Alors à tout à l'heure, Potter.

Je le regarde regagner le mini-bus et y monter. Dans l'obscurité, je dois plisser les yeux pour distinguer sa silhouette. Il s'installe côté fenêtre et appuie sa tête contre la vitre. Je n'attends pas plus longtemps. D'un pas vif, je rejoins le parking et récupère ma petite voiture de location. Drago est qualifié pour la demi-finale et il m'a invité à le rejoindre à l'hôtel. J'allume l'autoradio et commence à chantonner en quittant ma place de parking. Peu importe le reste, j'ai suffisamment de raisons de me réjouir.


Je suis arrivé avant le bus. Garé dans une petite rue à deux pas de l'hôtel, je guette son arrivée. Lorsque les phares du véhicule éclaire ma rue, je sors de la voiture. Au pied de l'hôtel, il y a un petit parc que je commence à bien connaître, avec suffisamment d'arbres et de bosquets pour transplaner tranquillement. J'attends encore une minute ou deux, pour laisser le temps à Drago de parvenir jusqu'à sa chambre. Puis je vérifie que le parc est désert et me glisse derrière une haie imposante. J'essaie de chasser Drago de mes pensées, juste le temps de visualiser le décor de sa chambre. Et je transplane.

J'arrive à l'instant même où il referme la porte de sa chambre. Je lui souris en déposant mon sac sur l'un des fauteuils de la chambre, mais son regard s'est fixé sur le bar qui sépare la cuisine du reste de la chambre.

- Mais qu'est-ce que c'est, ça...

Je suis son regard et m'aperçois que plusieurs sacs en papier bien remplis ont été déposés là. Drago se dirige droit vers le premier et jette un œil à l'intérieur. Comme il reste silencieux, je le rejoins en quelques pas.

- Du vin ? murmuré-je en regardant à mon tour à l'intérieur du sac.

- Et suffisamment de nourriture pour tenir une bonne semaine, ajoute Drago, après avoir tiré vers lui les autres sacs.

Il marque un temps d'arrêt et se dirige droit vers le frigo.

- Ils ont fait le plein, commente-t-il en observant les rayonnages remplis.

Puis se tournant vers moi, il demande brusquement :

- Pas trop fatigué par la route, Potter ?

Je fronce les sourcils, un peu perdu.

- Euh... Non.

Ma réponse lui arrache un sourire.

- Alors ton entraînement commence maintenant.


- Allez, Potter, on ne va pas y passer la nuit...

Je lui jette un regard meurtrier, mais il se contente de sourire.

- Si tu ne veux pas y passer la nuit, tu ferais mieux de me laisser passer à l'étape suivante, maugréé-je.

Mais il se contente de lever les yeux au ciel en soupirant et je m'efforce encore une fois de pétrir cette pâte qui me colle aux doigts.

- Je pourrais peut-être ajouter un peu de farine, suggéré-je au bout d'un moment.

A ma grande surprise, je vois Drago sourire.

- Tu veux tricher, Potter ?

- Disons plutôt qu'après une demi-heure, je ne sens plus mes doigts...

Il fait mine de réfléchir. Puis, il demande :

- Tu te souviens des cours de potions ?

Je retiens mon souffle, le cœur battant. Que Drago fasse volontairement allusion à la magie me réjouit autant que cela me surprend. Il ajoute :

- Imagine la tête de Rogue si tu lui avais demandé la permission de rajouter un peu de poudre d'ortie simplement parce que ta potion était trop liquide...

Je me mords la lèvre pour ne pas sourire et soutiens son regard moqueur. Il s'appuie contre le bar, sans me quitter des yeux. J'ai envie de tendre une main vers lui, de la glisser derrière son cou, de l'attirer vers moi... Mais cette fichue pâte colle à mes doigts comme un chewing-gum à une semelle et je ne peux pas. Alors je souffle :

- Je pense qu'il aurait enlevé dix points à Gryffondor. Et qu'il m'aurait demandé deux parchemins sur l'infime équilibre des ingrédients et l'immensité de ma bêtise...

Il rit, mais d'un rire étrange, le rire de quelqu'un qui est triste et joyeux en même temps et qui ne sait plus très bien ce qu'il doit ressentir. C'est un sentiment que je connais bien, pour l'avoir souvent éprouvé après la guerre. Pour l'avoir souvent éprouvé avec Malefoy. Alors, je me moque de la pâte qui colle à mes doigts. Je glisse mon bras derrière son cou et je l'attire vers moi. Je sens ses mains se refermer dans mon dos et ses lèvres sur ma joue. Elles dérivent lentement jusqu'aux miennes. Je retiens mon souffle, je l'embrasse lentement, je savoure son corps contre le mien. Mon cœur bat à m'en faire mal, mais ça me fait du bien. Il y a des choses que je ne peux pas expliquer. Que je ne cherche même plus à expliquer.

Jusqu'à ce que, doucement, Drago s'écarte. Je soupire :

- Donc pas de farine en plus ?

Il sourit.

- Et non, Potter. Pas de farine en plus.


- Alors ?

Je dissimule mal mon impatience. Drago esquisse un sourire. Du bout de sa fourchette, il pique le jaune d'œuf qui surmonte l'assiette et le regarde se répandre sur les pâtes. Lentement, il mélange le tout. Enfin, il se décide à enrouler les spaghettis autour de sa fourchette. Lorsqu'ils les porte à sa bouche, je retiens mon souffle. Comme il mange silencieusement, je ne peux m'empêcher de répéter :

- Alors ?

Mais il m'ignore. Sa bouchée avalée, il ose même sortir de leur sac en papier les bouteilles de vin laissées là par la production. Je m'en arracherais les cheveux.

- Un château Chinon... Ça devrait faire l'affaire.

N'y tenant plus, je rends les armes :

- Drago, par pitié, dis quelque chose.

Son sourire s'élargit et il pousse l'assiette vers moi.

- Goûte par toi-même, Potter.

Je retiens un sifflement rageur, mais je m'exécute. Pendant ce temps, Drago tire deux verres à vin du placard puis débouche la bouteille d'un geste sec.

- Je les trouve délicieuses, moi, affirmé-je, toujours dans l'attente de son verdict.

Drago remplit les verres en secouant la tête.

- Ce sont des pâtes à la carbonara, Potter. Et il t'a fallu près de deux heures pour en venir à bout.

L'injustice m'arrache un "Humph !" furieux et il rit avant de boire une gorgée de vin. Je cherche encore mes mots lorsqu'il ajoute :

- C'est bon, Potter. Du calme. Elles sont très bonnes, tes pâtes.

- Si c'est pour dire ça, tu peux te taire, répliqué-je, vexé.

Il rit à nouveau avant de rendre les armes.

- Très bien, Potter, très bien. Tu veux que je sois sincère ?

Je lève les yeux au ciel.

- Bien sûr. Et si tu pouvais être juste et impartial, je ne serais pas contre non plus.

Il pousse mon verre de vin vers moi en m'adressant un clin d'œil. Alors que je me demande si je n'ai pas rêvé, il précise :

- Ne m'en demande pas trop.

Il plonge à nouveau sa fourchette dans le plat de pâtes et déguste lentement sa bouchée. Je patiente en silence, essayant de cerner son attitude. Il prend un malin plaisir à me taquiner, c'est évident. Mais ce soir, je ne sens aucune arrière-pensée, aucune ironie.

- Les points positifs d'abord, reprend-il enfin. La cuisson des pâtes est passable. L'assaisonnement est pas trop mal.

Je répète, déçu :

- Passable et pas trop mal ?

- Et ça, Potter, ce sont les points positifs. Tu t'es planté sur la cuisson de la viande. Elle est bien grillée, mais un peu sèche. Et tes pâtes...

Il coince un spaghetti entre les dents de la fourchette et le soulève doucement.

- Tu as mis un temps fou à pétrir ta pâte, elle a séché. Et dans le laminoir, deux ou trois passages de plus n'auraient pas été de trop.

- C'est toi qui m'as dit que je pouvais arrêter là ! protesté-je.

- C'est vrai, admet Drago. Mais tu en avais marre et j'avais faim.

Je le regarde reprendre une nouvelle bouchée en grommelant, un peu amer :

- Tu n'as pourtant pas l'air de les trouver si mauvaises, mes pâtes...

Il rit à nouveau, ce qui a le mérite d'atténuer ma déception.

- Tu crois que je vais m'en sortir ? demandé-je, m'efforçant de conserver un ton neutre.

Drago fronce les sourcils puis soupire :

- Je n'ai pas trop envie de penser à la demi-finale ce soir, Potter.

J'acquiesce en silence. Il pousse à nouveau l'assiette vers moi.

- Mange. Elles sont très bonnes tes pâtes. Sincèrement.

Je cherche une lueur de moquerie dans ses yeux, mais il soutient mon regard sans ciller et j'ai la certitude qu'il dit la vérité. Je m'avance légèrement et je sens mon genoux frôler le sien. Il ne se dégage pas. Savourant cette proximité, j'enroule les spaghettis autour de ma fourchette et Drago m'imite.

- Tu sais..., reprend-il, sa voix traînante un peu hésitante. La semaine prochaine, ce n'est pas Charles ou Julia que tu vas devoir affronter. Ce sont des gens comme toi. Certains s'y connaissent un peu plus, d'autres un peu moins, mais tu ne dois pas t'inquiéter pour ça.

Ses paroles me surprennent autant qu'elles me font du bien. J'ouvre la bouche, mais il m'arrête d'un geste.

- Tais-toi, Potter. C'est dit mais je ne veux vraiment pas qu'on en parle ce soir. D'accord ?

J'incline la tête. Mais au moment où j'allais le remercier, il ajoute, perfide :

- Une dernière petite chose... Niveau dressage, c'est une catastrophe, Potter. J'espère que tu en as conscience.

Sous la table, je lui colle un petit coup de genou et il se mord la lèvre inférieure pour ne pas rire. En mastiquant une autre bouchée de pâtes, j'essaie de me rappeler à quand remonte ma dernière vraie dispute avec Drago et je ne parviens pas à m'en souvenir. J'avale une longue gorgée de vin, le cœur battant gaiement, me sentant en paix avec le reste du monde. Les choses seraient-elles en train de s'arranger, enfin ?


L'assiette de pâtes est finie et une deuxième bouteille de vin est ouverte depuis longtemps lorsque Drago m'interroge sur Dan.

- Tu as l'air de l'apprécier... Ça ne te fait rien de le voir avec elle ?

Elle... Prononcer le prénom de Ginny semble bien au-delà des efforts qu'il est prêt à fournir. Sans trop que je sache pourquoi, cette pensée me donne envie de rire.

- C'est moi qui ai présenté Dan à Ginny, expliqué-je d'une voix étrangement légère. Et je n'ai jamais eu à le regretter.

Je le vois froncer les sourcils.

- Après votre rupture ?

Je secoue doucement la tête.

- Bien avant. J'ai rencontré Dan après ma toute première mission en tant qu'Auror. Je ne te l'ai jamais racontée, je crois.

Il secoue la tête, l'air vaguement attentif, comme s'il m'écoutait par pure politesse. Une ruse que je commence à bien connaître et je décide de m'amuser un peu. Je porte mon verre à mes lèvres avant d'en boire une gorgée et je demande :

- Tu ne préfères pas ce vin, toi ? Je le trouve plus léger.

Il secoue la tête en signe de dénégation, patiente un instant puis, voyant que je ne reprends pas, finit par soupirer :

- De manière générale, je préfère le rouge, Potter. Et ne te fais pas prier, s'il te plaît.

J'ouvre de grands yeux innocents et il lève les yeux au ciel en laissant échapper un soupir exaspéré. Sa réaction me fait rire, un peu trop bruyamment et je me demande si ce fameux vin ne commence pas à avoir un peu trop d'effet sur moi.

- Ma parole, mais tu essaies de me soûler ?

Cette fois, c'est à son tour de rire.

- Qui sait ?

Il y a quelque chose dans sa voix qui me trouble. Il soutient mon regard et je sens mon cœur s'affoler. Quelque part au creux de mon ventre, je sens une chaleur diffuse qui me fait du bien autant qu'elle m'inquiète. Comme pour dissiper ce moment de gêne, Drago ajoute :

- Je ne doute pas que je puisse t'arracher plus de confidences quand tu as bu, Potter... Mais il se trouve que j'ai bu autant que toi. Ce merveilleux plan a donc une faille.

Je ris à nouveau avec l'impression d'être un parfait idiot, mais un parfait idiot particulièrement joyeux.

- C'était un samedi soir. Après une semaine sans la moindre anicroche.

Drago glisse un coude sur la table et appuie sa joue contre son poing, sans me lâcher du regard. Cette fois-ci, il ne cache plus qu'il m'écoute avec toute son attention.

- J'avais déjà fait quelques contrôles de routine, rédigé deux ou trois rapports sans importance. Mais être appelé pour une intervention urgente, ça ne m'était encore jamais arrivé.

Je ferme les yeux, essayant de me remémorer exactement les événements de ce soir là.

- C'est Fiertalon qui est venu me chercher. Il a transplané directement chez moi et c'est Ginny qui lui a ouvert. J'étais sous la douche et je peux te dire que tu te sens ridicule quand tu es nu et recouvert de mousse et que tu dois partir sur le champ...

Je l'entends rire et ce rire m'attire, de telle sorte que j'ai envie de glisser mon pied sous la table pour venir le poser tout contre le sien. Il me manque cependant encore un ou deux verres de vin pour trouver ce courage, aussi ridicule que ça puisse paraître. J'ouvre les yeux, pour pouvoir au moins le regarder.

- Je me suis habillé à peine séché et je me souviens que Ginny a fait disparaître un peu de mousse qu'il restait derrière mon oreille. Je suis sorti dans la nuit noire derrière Fiertalon et c'est en chemin qu'il m'a indiqué qu'une perquisition avait mal tournée chez un vieux sorcier visé par une enquête. Deux agents du Ministère s'étaient rendus chez lui en fin d'après-midi et n'avaient plus donné signe de vie.

Drago me fixe toujours de ses yeux pâles et j'évite son regard pour garder un semblant de raison.

- Arrivés sur place, nous nous sommes trouvés face à un adepte de la magie noire qui avait fait de sa maison une forteresse. D'abord une haie aux épines empoisonnées qui jaillissaient de partout, ensuite des chauves-souris grandes comme des corbeaux dans la cuisine, sans parler des sortilèges qui nous tombaient dessus dès qu'on posait un pied où il ne fallait pas. Au final, Fiertalon a réussi à faire sortir les agents du Ministère par la porte de derrière pendant que je parlementais avec l'adepte de magie noire, retranché dans sa chambre à coucher.

- Ils allaient bien ?

- Les sorciers du Ministère ? Bien oui, si ce n'est qu'ils s'étaient retrouvés immobilisés par une plante bizarroïde qui n'a accepté de les laisser partir que quand Fiertalon le lui a demandé poliment...

- Sérieusement ? s'étonne Drago.

Je lui souris en acquiesçant.

- Tu pourras en parler avec Neville, la dite plante a fini dans l'une de ses serres.

Le visage de Drago est déformée par une grimace exagérée, comme si je lui avais proposé de discuter avec une acromentule. Je lève les yeux au ciel avant de poursuivre :

- J'ai finalement réussi à rentrer dans la chambre du vieux bonhomme, avec l'aide de Fiertalon revenu me prêter main forte. Mais juste après l'arrestation, en sortant dans le jardin, je me suis retrouvé nez à nez avec une espèce de molosse enragé. Il nous avait laissé passé à l'aller mais nous aurions dû vérifier la longueur de sa chaîne car, lorsqu'il nous a vu ressortir avec son maître, je peux te dire qu'il était bien décidé à nous faire la peau.

Cette fois, c'est à mon tour de grimacer, mais de douleur.

- Il a eu le temps de me planter ses crocs dans la jambe avant que Fiertalon ne parvienne à le stupéfixier, ce qui n'était d'ailleurs pas une bonne idée, puisque ses mâchoires sont restés figées dans mon mollet.

- Deux Aurors face à un chien..., dit Drago de sa voix traînante, le ton ironique. Je suis impressionné par l'efficacité du Ministère de la Magie...

Sous la table, je lui donne un petit coup de pied qui le fait sourire de plus belle.

- Nous étions en train de maintenir un suspect qui se débattait comme un beau diable. Ce n'était pas si facile, figure-toi. Bref, j'ai fini à Ste Mangouste et c'est comme ça que j'ai rencontré Dan.

Drago incline légèrement la tête. Sous ses cils clairs, il me regarde toujours et je m'efforce de ne pas me laisser troubler - en tout cas, pas plus que je ne le suis déjà.

- Il a fait du beau boulot. Je n'en garde aucune cicatrice et je n'ai jamais développé de maladie alors que ce monstre était porteur d'au moins une demi-douzaine de trucs pas très sympathiques.

- Le grand Harry Potter s'est ainsi fait un nouvel ami.

Je hausse les épaules.

- Je suppose qu'on peut dire ça, oui. J'ai invité Dan à venir manger chez nous un soir, pour le remercier. On s'était bien entendu et je ne me suis pas trompé, on a passé une très bonne soirée.

- Elle aussi ?

- Ginny aussi, corrigé-je, oui.

Je réfléchis un instant avant d'ajouter :

- Quand j'y repense, j'aurais dû savoir tout de suite qu'elle lui plaisait. On s'est revus, souvent. Très souvent même. Il avait cette façon si particulière de la regarder. Cette façon dont il la regarde aujourd'hui... Je ne pense pas me tromper en disant qu'il est vite tomber amoureux.

Drago avale la dernière gorgée de son verre de vin. Puis il dit :

- Ça n'a pas dû être facile pour lui.

Il n'y a aucune ironie dans son ton, aucune moquerie. Il énonce simplement un constat. Je confirme.

- Je le pense aussi. Dan m'apprécie. On s'est toujours beaucoup appréciés. Je lui présente Ginny et... Je sais qu'il a essayé de lutter. A l'époque, je ne le savais pas, mais aujourd'hui je sais à quel point ça a été dur.

- Comment ?

Je détourne les yeux. Cet épisode de ma vie, je préfèrerais l'oublier. Mais la vérité, je la dois à Drago. Ça fait partie de notre marché.

- Quand j'ai rompu avec Ginny, la nuit même de notre rupture, il est venu chez moi. J'étais seul dans notre maison déserte, Ginny était chez ses parents et je savais dans quel état. Je me sentais... au trente-sixième dessous. Le dernier des salauds. Un ingrat. Pour elle comme pour sa famille. Et là, Dan a débarqué, tambourinant à ma porte comme s'il avait perdu la raison. Je ne lui ai jamais demandé comment il avait su, mais une chose est sûr : il était l'un des tous premiers à être au courant.

- Et il t'a dit quoi ?

- Il m'a juste demandé si je l'aimais.

- C'est tout ? souffle Drago d'une voix faible.

- C'est tout. Il m'a dit : "Dis-moi juste si tu l'aimes".

- Et qu'est-ce que tu as répondu ?

Drago semble suspendu à mes lèvres et ça m'aide à finir l'histoire.

- J'ai répondu que je l'aimais. Mais jamais comme elle le voudrait.

Il baisse les yeux et reste silencieux. Je me force à ajouter :

- C'est là que j'ai su. Avec certitude. En me demandant comment j'avais pu être aussi aveugle. Il l'aimait. Il l'avait toujours aimé. Comme je ne serai jamais capable de l'aimer.

Avant, repenser à ces instants me laissait un goût amer dans la bouche. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Grâce à Drago.

- Alors, ils se sont mis ensemble, conclut-il, le regard perdu.

- Pas tout de suite. Mais oui, ils se sont mis ensemble.

Le silence tombe sur la chambre. Je sais que je ne devrais pas, mais je finis mon verre de vin. Je me sens bien, apaisé.

- Merci, Potter.

Je le regarde, surpris. Il me sourit. Au creux de mon ventre, la chaleur diffuse revient comme un hippogriffe au galop. Puis, sans que je parvienne à assimiler ses gestes, Drago se lève. Il contourne le bar. Attrape mon bras. M'attire vers lui.

- Ça faisait longtemps que j'en avais envie, murmure-t-il pour toute explication avant d'écraser ses lèvres contre les miennes.

J'étouffe un gémissement, agrippe son dos, l'attire encore plus près. Il y a une certaine violence dans notre étreinte. Mais, derrière le désir brutal, je sens autre chose. Quelque chose qui me fait dire : je ne te lâcherai pas, Malefoy. Je ne te lâcherai jamais.