Disclaimer : La Quête d'Ewilan ne m'appartient pas.

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Le combat s'arrêta de nouveau. Camille sourit en reconnaissant Edwin. Ce dernier balaya rapidement la scène du regard, nota la présence de deux Faëls, releva la position et la posture des gardes, et repéra Camille.

– Qui encore ? râla un garde à voix basse.

– J'ai l'impression de l'avoir déjà vu quelque part, murmura la jeune femme à côté de Camille.

La jeune femme sembla évaluer la menace comme plus sérieuse car elle porta la main à son poignard. Elle se plaça de manière à faire face à l'individu mais aussi pour être située entre la petite fille et le guerrier.

– On n'a pas de temps à perdre avec toi ! cracha un garde. Fiche le camp d'ici où on te met en prison.

Camille ne put se retenir. Elle éclata de rire. Tous les yeux se fixèrent aussitôt sur la petite fille, comme si elle était soudainement prise d'une crise de folie. Après de longues secondes, elle se reprit, bien qu'un large sourire s'étalât encore sur son visage et que ses yeux violets brillassent de larmes laissant penser qu'elle pouvait retourner à n'importe quel instant dans son état d'hilarité.

– J'aimerais bien voir ça, déclara-t-elle.

Un soldat, piqué dans son orgueil d'être ainsi rabaissé, s'avança menaçant vers elle. Il n'alla pas bien loin. A peine avait-il amorcé un pas qu'Edwin, déjà en mouvement, était sur lui. Le soldat ne comprit pas ce qu'il lui arrivait. Un instant il était sur le point de mettre une bonne correction à une gamine impertinente, l'autre, il était sur le dos, le souffle coupé, ses côtes le lançant atrocement.

– Edwin Til' Illan ! s'exclama la jeune femme en claquant des doigts.

– Correct, répondit le susnommé sans rien ajouter.

– Ed… Edwin Til 'Illan ? gémit celui qui avait joué le rôle de chef.

Les soldats pâlirent devant la nouvelle. La jeune femme souriait, clairement amusée par le revirement de la situation. Sa main avait quitté son coutelas et elle semblait décidée à profiter du spectacle qui s'annonçait.

– Camille, que s'est-il passé ? demanda le Frontalier.

– Je ne sais pas comment cela a commencé, mais quand je suis arrivée, ces soldats importunaient ces Faëls. Ils disaient qu'ils allaient leur couper la langue. Alors, je leur ai parlé pour qu'ils arrêtent. Ils n'ont rien voulu savoir et ont rapidement décidé de se débarrasser de moi.

Les soldats pâlirent en entendant la formulation de la gamine qu'ils avaient maintenant compris être la fille de leur général. L'un d'eux chercha alors à intervenir pour se défendre, mais Edwin le fit taire d'un geste de la main sans même le regarder.

– On a mis un peu le bazar dans notre course-poursuite, reconnut aisément Camille. Et puis cette jeune femme est arrivée et m'a aidée. Voilà.

– Je ne comptais pas m'attarder dans ce village ni même faire un détour par la caserne, soupira Edwin, mais cela semble désormais être nécessaire.

Les soldats se rigidifièrent. Cela ne sonnait pas bon du tout pour eux. Ils réalisèrent qu'ils étaient dans les ennuis jusqu'au cou. Voire même au-delà.

– Bien, fit Edwin. Vous allez commencer par me remettre de l'ordre dans cette auberge. Toute réparation sera retenue sur votre solde.

Les soldats grimacèrent mais se retinrent de protester. Pendant que les soldats se murent pour suivre ses ordres, Edwin s'approcha des deux Faëls.

– Et moi qui croyais que ces Faëls étaient les deux seuls assez courageux pour aider une petite fille, je me suis bien trompée, déclara la jeune femme à Camille qui, comme elle, observait le déroulement des évènements.

Elle était clairement impressionnée par la petite blonde qu'elle mesurait maintenant du regard avec intérêt.

– Ils auraient pu profiter de la cohue pour s'éclipser mais ils sont restés pour se battre, lui fit remarquer Camille.

– C'est vrai, reconnut la jeune femme.

Edwin présentait ses excuses aux Faëls qui les balayèrent d'un geste de la main. Ils se dirigèrent ensuite tous les trois vers Camille. Les deux Faëls ne parlaient pas l'humain, mais ils firent comprendre qu'ils étaient reconnaissants à la petite fille pour son intervention. Puis ils quittèrent finalement les lieux.

– Très bien, déclara Edwin à l'attention des soldats. Maintenant que vous avez fini ici, vous pouvez rentrer à la caserne, informer votre commandant que je passerai après le déjeuner, et préparer vos bagages. Vous êtes désormais affectés sur le front, et vous partez avec moi. Cela devrait satisfaire votre envie d'action.

Le visage des hommes prit un ton crayeux en entendant la nouvelle. Ils avaient profité d'une petite vie tranquille et sans histoire jusqu'à présent, et n'avaient aucune envie d'être envoyés au combat. Cela faisait bien trop longtemps qu'ils se complaisaient dans leur vie douillette. Silencieusement, chacun d'eux se fit la promesse que s'il en sortait vivant, il deviendrait un garde exemplaire. Ils sortirent piteusement de l'auberge, certains visages ornés d'ecchymoses.

Edwin vérifia que Camille n'était pas blessée et elle lui assura qu'elle n'avait rien. Le Frontalier trouva une table libre et s'y installa guidant Camille à ses côtés. La jeune femme s'assit avec eux sans un mot. L'aubergiste s'approcha finalement.

– Trois plats, une bière, un verre de lait de siffleur, commanda Edwin avant de tourner un regard interrogatif vers la jeune femme.

– Une bière pour moi aussi.

L'aubergiste opina de la tête et partit chercher leur commande.

– Ellana Caldin, se présenta la jeune femme.

– Camille et Edwin Til' Illan, répondit la petite fille. Mais je pense que vous le savez déjà.

– En effet, mais s'il-te-plaît tutoies-moi. Je n'ai que vingt-et-un ans, l'âge d'être ta sœur, pas ta grand-mère.

– D'accord. Merci pour ton aide.

Ils passèrent tous trois un agréable repas, Camille et Ellana échangeant avec un réel plaisir et une certaine curiosité, Edwin se contentant de courts commentaires çà et là. Si Ellana aurait aimé discuter davantage avec le Frontalier, elle s'aperçut bien vite qu'il n'était pas bavard et n'insista pas en voyant que Camille ramenait constamment son attention sur elle.

– Bonne route, leur souhaita Ellana en se levant. Ce fut un plaisir de vous rencontrer.

– Pour nous aussi, répondit Camille. Qui sait, peut-être qu'un jour nos chemins se croiseront de nouveau.

– Je l'espère aussi, fit Ellana.

Une lueur indéfinissable brillait dans ses yeux alors qu'elle dévisageait Camille une dernière fois. Elle salua Edwin qui répondit d'un signe de tête. Puis elle rejoignit son cheval qu'elle enfourcha, continuant de suivre sa voie.