234. Les apparences sont parfois trompeuses.
Il était bientôt onze heures trente et la délégation de Poudlard était la dernière à arriver. La directrice de l'académie, assez impressionnante lors du premier regard, les accueillit avec une froideur exemplaire. Le ton était donné. À peine arrivés qu'ils s'affichaient, chose que Gabrielle tenta vainement d'arranger. Elle fit les présentations dans les règles et lorsqu'elle arriva à Dorian, la demi-géante sourit légèrement.
- Voilà donc notre célébrité du moment… J'espère que vous ferez en sorte de ne pas déclencher de mauvaises manières chez mes jeunes filles, monsieur Potter, suggéra t-elle devant un Dorian mal à l'aise et de ce fait silencieux.
- Monsieur son père et directeur de Poudlard présente d'ailleurs ses excuses pour ne pas être lui-même venu mais de nombreuses affaires le retiennent à l'école.
- Oui, j'imagine que lorsqu'on dirige une souricière, il faut du temps et toute son énergie à colmater les trous, répondit-elle en regardant son ancienne élève de haut. Bien, si vous êtes disposés à me suivre, je vais vous conduire à la salle des banquets.
Le Poudlard Express avait déposé ses occupants au milieu d'une clairière et bien que les héritiers aient essayé de voir l'académie lors de la descente, seuls des arbres à perte de vue s'étaient dévoilés à eux. Dorian se demanda donc où pouvait bien se trouver cette fameuse école française et n'en cru pas à ses yeux lorsqu'il obtient la réponse.
Le chemin de forêt devint plus large avant de laisser place à des pavés parfaitement emboîtés, agrémentés de petites statues vivantes qui les saluèrent avec respect. Roy s'émerveilla par l'accueil de minuscules petites fées qui l'arrosaient de pétales de fleurs. Si bien que Bayron dut le retenir par la capuche de sa robe de sorcier pour lui éviter d'être attiré dans les bas fonds de la forêt par ces minis vélanes en puissance. Ils arrivèrent alors devant une arche de rose aux milles couleurs possibles et imaginables et la traversèrent en regardant tout autour d'eux afin de voir le maximum de variétés qui y grippaient en tout épanouissement. Le jardin qui se découvrait à eux était d'une beauté et d'une symétrie sans précédent alternant des formes d'animaux mythique et des muses. Les brises de vent qui y circulaient, étaient parfumées de lavande et de jasmin ce qui envoûtait les héritiers sans qu'ils s'en rendent compte. Gabrielle lança un sort discrètement sur ses protégés et l'un après l'autre, ils recouvrèrent à temps leur esprit. EJ et Dawn comprirent alors ce que voulait dire leur professeur lorsqu'elle expliquait en quoi consistaient les armes féminines. Les deux filles se regardèrent d'un œil complice et sans se dire un mot, elles se dirent qu'un petit essai serait intéressant à faire. Juste après, EJ tourna la tête vers Roy qui était suivi de très près par Kate. Elle se dit que si elle voulait s'y risquer, elle devrait le faire rapidement. Puis, petit à petit, le magnifique château style dix-septième siècle en forme de « U » leur apparut et Kate exprima tout haut ce que tout le monde pensait tout bas.
- Par Merlin, c'est splendide !
- L'aile droite est réservée aux dames et la gauche à ces messieurs. L'aile centrale représente les parties communes à tous les élèves, annonça Madame Maxime. Vous pouvez également voir sur votre gauche le terrain de Quidditch qui sera à votre disposition pour les entraînements dès cet après-midi à quatorze heures précises.
Le stade n'avait pas du tout la même allure médiévale que celui de Poudlard. Là encore, tout était dans l'élégance et le raffinement. Les devises de l'école ne s'appliquaient donc pas qu'au comportement de ses élèves mais également aux lieux de leur instruction et le style grec et romain avait été repris sans nul doute par les architectes. On était loin de l'aspect viril et physique que le Quidditch impliquait. EJ murmura même à Dawn qu'il ne manquait plus que les balais soient fleuris et que les joueurs soient en toge. La pauvre Dawn en éclata de rire et se fit, de ce fait, remarquer par la directrice de BeauxBâtons.
Finalement, il fallu presque 20 minutes pour arriver devant la porte qui menait à leur salle de réception. Le hall qui la précédait était accompagné de petits salons individuels dont trois semblaient déjà occupés. Madame Maxime les conduit alors dans un quatrième et leur demanda d'y rester jusqu'à ce que quelqu'un vienne les chercher. Une fois sortie, il sembla à tous que Gabrielle respirait à nouveau. L'animosité légendaire entre BeauxBâtons et Poudlard, français et anglais, s'illustrait parfaitement à partir de cet instant. Très vite, Kate remarqua que les tableaux qui décoraient la salle représentaient toutes les défaites de guerre des moldus et sorciers de leur pays. EJ et Dawn se regardèrent et si cela n'était pas déjà fait, elles furent une bonne fois pour toute intéressées des résultats possibles avec cette méthode d'intimidation.
Puis, d'un commun accord, et sur l'initiative d'EJ, ils décidèrent de ne pas mettre leurs chapeaux pointus au profil du recouvrement partiel de leur tête par leurs capuches. Ils étaient déjà tout en noir de par leur uniforme et avec cette mini mise en scène, l'équipe de Dumstrang avait un sérieux concurrent dans l'art de jeter un froid. Mais le principal pour eux était de respecter leur deuil et de toute manière, ils n'avaient pas la tête à « parader ». Et presque une heure plus tard, un fantôme avec sa tête dans une main vint les prévenir de se présenter. EJ en tête, suivie deux par deux par Dawn, Kate, Teddy, Roy, Bayron et enfin Dorian, entrèrent d'un pas décidé et silencieux exprimant clairement leur recueillement.
La salle, servant uniquement aux grandes occasions, avait autant de classe que le reste de l'école. Au lieu d'avoir quatre grandes tables comme à Poudlard, les héritiers se seraient crus dans un grand restaurant réservé à l'élite des leurs où lors du mariage d'un notable. Les tables rondes étaient composées de huit élèves, quatre garçons et quatre filles bien évidemment. Lors de leur arrivée dans la salle, le temps sembla s'arrêter pour les héritiers. Tous les regards se dirigèrent vers eux, interrogateurs. Ce qui c'était passé à Poudlard avait bien sûr fait la une des gros titres mondiaux de la communauté sorcière et nul n'ignorait que la délégation était frappée de plein fouet par ce drame.
Ils étaient apparemment les derniers à être présenté et virent ensuite les deux autres équipes invitées plus celle de BeauxBâtons déjà attablées aux tables du milieu. Autant celle de Salem les saluèrent chaleureusement de la tête, celles de Dumstrang et de BeauxBâtons les snobaient volontairement. EJ, en bon capitaine qu'elle était, analysa les différentes têtes connues et inconnues que pouvaient composer les tables voisines et en moins de cinq minutes, elle chuchota à Dawn que rien n'était joué cette année. L'équipe de Dumstrang était certes assez renouvelée mais avec eux, il fallait se méfier des nouveautés. De ces souvenirs, celle de l'école hôte avait trois nouvelles joueuses en plus du départ de l'ancien capitaine si contesté l'année précédente. La moins dangereuse était finalement celle de Salem qui restait toutefois d'un très bon niveau. Dawn essaya de la rassurer sur le fait qu'il avait quand même un joueur professionnel dans leur équipe et qu'en plus c'était la pièce maîtresse du jeu. Mais EJ savait bien que c'était sous estimer ses adversaires en ne comptant que sur Dorian. Ils avaient dû analyser son jeu et si ça avait été elle, EJ aurait travaillé des techniques de contre attaque. Non, il était clair qu'ils partaient avec de sérieux handicaps et que les autres auraient pour eux l'effet de surprise.
La directrice fit ensuite un discours aussi soporifique que politiquement correct. Puis, les serviettes en forme de fleurs, disposées au centre des assiettes, s'ouvrirent, laissant une petite fée en éclore. Elles firent quelques mouvements d'ailes, déposèrent de la poussière d'étoile dans les assiettes et quelques millièmes de secondes plus tard, un plat gastronomique se présenta aux différents palets affamés de la salle.
Juste avant qu'on ne serve le traditionnel café accompagné d'une pointe de lait et d'un macaron, chose qui parut écœurante aux yeux des héritiers, Madame Maxime annonça le programme des festivités à l'ensemble des élèves et invités. Les matches commenceraient dès le soir même avec Salem contre BeauxBâtons et si celui-ci était terminé le lendemain matin, ce serait au tour de Poudlard contre Dumstrang. La finale serait en toute logique le surlendemain après-midi, se soldant ensuite par un repas de clôture. Elle indiqua ensuite qu'il était strictement interdit aux élèves de déranger les joueurs lors de leurs entraînements. Elle fixa alors Dorian d'un œil sévère qui le fit frissonner et ajouta que BeauxBâtons était une école respectable et respectée pour ses bonnes manières et qu'ils se devaient de faire honneur à leurs invités.
Puis, à la fin du repas, EJ, Dawn et Kate virent avec surprise que toutes les jeunes filles se levèrent avec un mouvement de chaise presque synchronisé. Les trois anglaises se regardèrent en se demandant quoi faire puis se tournèrent vers les autres joueuses étrangères qui n'en menaient pas plus large. Gabrielle leur lança un regard qui signifiait de faire pareil et à contre cœur, elles quittèrent la table à leur tour, laissant ainsi les messieurs ensembles. Une fois sortie, EJ et Dawn s'indignèrent, tout comme les deux autres joueuses de Salem. Gabrielle leur expliqua alors que c'était une autre coutume de l'école. Les garçons restaient en général une demi-heure de plus entre eux et on leur servait une coupe de champagne pour accompagner leur discussion. Seulement, les quatre héritiers restant ne savaient pas trop comment réagir au départ des filles. Le fait que les tables se mélangeaient ensuite les rassura et ils en profitèrent pour aller saluer les joueurs de Salem, seuls à être d'humeur à accepter apparemment leur présence.
Les cinq joueuses qui avaient maintenant sympathisées suivirent le reste des jeunes filles jusqu'à l'aile réservée à leur confort. Elles arrivèrent devant une grande porte où sept dames strictement habillées de l'uniforme les attendaient. Bouche bée, les étrangères virent alors les jeunes filles se positionner devant elles dans un rang « parfait ». EJ mima un doigt dans sa bouche exprimant ainsi son envie de vomir ce qui provoqua à nouveau un fou rire de Dawn, grandement réprimandé par les gouvernantes. La jeune fille se vengea en lui donnant un coup de coude accompagné d'un regard vengeur avant de suivre le pas et de se mettre sur le côté avec Gabrielle et les autres joueuses dont l'équipe de BeauxBâtons, exclusivement féminine cette année. Au sifflet, chaque rangée s'en alla l'une après l'autre vers des couloirs distincts et ainsi que les joueuses arrivèrent devant les appartements qui leur avaient été attribués pour le tournoi. Gabrielle allait partager ceux de la gouvernante et EJ rigola au fond d'elle lorsqu'elle vit le visage ravi de leur accompagnatrice à l'annonce de cette nouvelle. Mais elle déchanta très vite lorsque la porte se referma. Les cinq joueuses se firent entourer de six joueuses françaises qui n'avaient bizarrement plus leur regard si angéliques qu'elles arboraient jusque là. Les masques étaient tombés et devant elles se tenaient six filles bien décidées à leur faire comprendre ce qu'elles valaient.
