Satisfait de ce qu'il avait appris, Severus sortit de l'esprit de Potter. Le garçon était prostré par terre, à bout de souffle, mais trouvait la force de lui jeter un regard noir à Severus. Quand Severus haussa un sourcil, cependant, Potter déglutit difficilement et prit une expression neutre, mais il réussit à ne pas détourner les yeux.
Croisant les bras sur sa poitrine, avec sa meilleure expression voulant dire Je suis très déçu, Severus soupira. "Explique-toi."
"Je peux pas," dit Harry. Il lutta pour se relever, ne souhaitant pas avoir à se tordre le cou pour voir son professeur. C'était déjà suffisamment dur de devoir lever les yeux vers lui, quand il se tenait droit comme ça, et semblait si déçu. Harry eut envie de vomir.
"Je te demande pardon ?"
"Je... Je ne sais pas pourquoi c'est arrivé."
Le regard de Snape s'assombrit encore un peu.
Soudainement en colère, puisque tout ce bazar était de la faute du satané Baron Sanglant à la base, Harry lui rendit ce regard. "Pour de vrai ! Je sais pas pourquoi j'ai pu utiliser ce sort d'un coup. Le Baron Sanglant a dit que c'était parce qu'on avait partagé mon corps pendant un moment, comme la mémoire fantastique ou un truc du genre."
"La mémoire fantasmatique ?"
"Ouais. Euh, je veux dire, oui, monsieur. C'est ce qu'il a dit." Harry frotta son front ; sa cicatrice lui faisait mal depuis que Snape avait fouillé dans sa tête. Il leva les yeux vers le professeur. "Comment ça se fait que je n'aie pas pu vous sortir de ma tête, comme la dernière fois que vous avez regardé mes souvenirs ?"
Snape eut un rictus, froid et composé, tandis que Harry était couvert de sueur. "Parce que j'étais prêt et que je savais que tu allais essayer. La dernière fois que j'ai utilisé la Légilimancie sur toi, je t'ai sous-estimé. Je n'ai pas commis la même erreur cette fois."
"Vous voulez dire comme moi je l'ai fait," dit Harry, se disant qu'il aurait dû savoir que le professeur s'en sortirait mieux cette fois. Pourtant il n'avait pas fait plus d'efforts pour l'expulser jusqu'à ce que Snape commence à regarder le souvenir caché de la bataille contre le troll.
"En effet." Snape fit un geste vers la chaise devant son bureau, et Harry s'y assit avec reconnaissance. "Pourquoi tu ne m'as pas parlé de la mémoire fantasmatique, après que tu te sois battu contre ce troll ? On pourrait penser que tu voulais me dissimuler la vérité."
Harry rougit. Il avait menti à Snape après la bataille, il le savait, et savait qu'il n'avait aucune excuse. Mais il avait eu peur après coup, pour être honnête, et il n'avait pas voulu que Snape lui pose des questions sur sa possession par le Baron Sanglant, alors que lui-même ne s'en souvenait pas très bien. Sans parler du fait qu'il avait voulu mettre cet incident derrière lui : la sensation froide, le mal de tête, et le souvenir bizarre de sorts que son corps connaissait mais pas son esprit.
"Regarde-moi, Potter."
Avec une grimace coupable, Harry rencontra le regard de l'homme. Il détestait qu'on l'appelle "Potter", et il savait que le professeur ne l'appelait comme ça que lorsqu'il se montrait particulièrement sévère en dehors de sa salle de classe. Mais ce nom - et le ton qui l'accompagnait - lui rappelait un peu trop la façon dont les Dursley l'avaient traité. Et pourtant il savait qu'il devait la vérité à Snape. "Je ne voulais pas que vous l'appreniez," dit-il d'une voix basse.
"J'ai pu m'en rendre compte."
Reprenant des couleurs, Harry hocha la tête. "Mon corps se souvient de ces sorts, depuis qu'on s'est battus, quand le Baron et moi on s'est défendus contre le Pro -" il s'interrompit. "Contre la personne qui m'a attaqué pendant la première semaine d'école."
"Tu allais dire le Professeur Quirrell."
Harry haussa les épaules, détournant les yeux.
"Pourquoi tu ne l'as pas dit ?"
"Parce que ça n'a pas d'importance, si ? C'est pas comme si qui que ce soit allait faire en sorte qu'il ne recommence pas, ou pour le garder loin de mes rêves, ou -"
Snape fit un pas vers lui, les sourcils froncés. "Le Seigneur des Ténèbres entre toujours dans tes rêves ?"
Harry hocha la tête, refusant toujours de le regarder.
Snape expira lentement, semblant ennuyé. "Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?"
"Pourquoi c'est si important ?"
"C'est important, Potter, parce que si tu me le dis, je peux t'aider à le garder loin de toi. Et c'est important parce que si tu ne le gardes pas loin de toi, il aura accès à tout ce qui est dans ton esprit." Il marqua une pause d'un air dramatique. "Tout."
Et, bien sûr, l'esprit de Harry se concentra directement sur la chose qui était gardée par le chien à trois têtes, qu'il savait que Voldemort voulait. Harry se mordit la lèvre et fixa ses mains. "Il sait déjà ce que Touffu garde, pas vrai ?"
"J'imagine que oui." Snape s'approcha, et Harry fit de son mieux pour ne pas grimacer. Il pensait avoir réussi, jusqu'à ce que Snape croise les bras et se balance sur ses pieds. "Mais s'il sait que tu es au courant, il se peut qu'il essaye de te forcer à l'aider."
"Il peut faire ça ?" demanda Harry, effrayé à cette idée.
Snape haussa un sourcil. "Tu te souviens que le Baron Sanglant t'a possédé, non ?"
Harry hocha la tête, puis, "Oh."
"Oui. 'Oh' est approprié."
"Comment je l'empêche d'entrer dans mon esprit, alors ?"
Avec le plus léger des sourires, Snape dit, "Je t'apprendrai. Mais tu dois faire de ton mieux pour apprendre tout ce que je vais te montrer. Il est très important que tu gardes le Seigneur des Ténèbres loin de tes pensées et de tes rêves. Ces prochaines semaines, nous allons nous concentrer sur la création d'une barrière pour tes rêves pendant tes entraînements d'Occlumancie. Tu auras besoin de t'allonger pour ça, par contre."
Fronçant le nez devant l'état du sol du bureau de Snape, Harry soupira et se leva, repoussant sa chaise. Posant prestement une main sur son épaule, Snape l'empêcha de s'allonger, et conjura de deux mouvements souples de sa baguette un petit lit bas, avec un oreiller et une couverture.
"Trop cool !"
"En effet." Snape lui montra le lit d'un mouvement de la mâchoire. "Va t'allonger ; je ne mords pas." Souriant, Harry s'étendit sur le petit lit, et lorsqu'il fut à l'aise, Snape continua à lui donner des instructions. "Ferme les yeux et écoute le son de ma voix. Ecoute uniquement ma voix ; rien d'autre ne peut pénétrer ta conscience. Nettoie ton esprit de tout le reste, et écoute seulement ma voix. Entends chaque mot que je te dis, et comprend tous les mots que je prononce. Ton esprit est une ardoise vierge, toute blanche, et j'écrirai dessus tout ce que je veux que tu entendes et que tu saches..."
Snape continua à parler, utilisant une voix basse et calme, qu'il réservait habituellement aux crises de cauchemars de Harry, de ce qu'il en savait. Mais c'était bien, pouvoir écouter sans être rattrapé par toutes ces images et scènes - comme ses cauchemars - qui lui fichaient une peur bleue. Il disait rarement à Snape de quoi parlaient ses cauchemars, se disant qu'ils étaient trop personnels pour les partager, mais Snape venait quand même le calmer et le rendormir après chaque mauvais rêve, et l'avait fait depuis qu'il avait trouvé Harry dans la salle de bain avec Gaius Avery.
Avec un sursaut, Harry réalisa qu'il ne gardait pas un esprit immaculé, mais commençait à penser aux choses auxquelles il ne voulait surtout, surtout pas songer. Espérant que Snape n'avait pas remarqué son momentané manque de concentration, Harry mit ses pensées en sourdine. Il écouta la voix calme et apaisante de son professeur et se força à obéir à chaque instruction de Snape : contracte ou détend ce muscle, ne pense pas à ci ou à ça.
Ils parcoururent plusieurs autres exercices, mais Snape n'essaya plus d'accéder à son esprit. Après un certain temps, la leçon fut terminée, et Harry fut autorisé à se lever du lit.
"Revenez demain soir à la même heure, Mr. Potter," ordonna Snape. "Ce soir, lorsque vous irez vous coucher, je veux que vous recommenciez l'exercice que nous venons de faire. Vous pouvez faire ça ?"
Harry hocha la tête, se souvenant des ordres spécifiques. "Oui, monsieur."
"Bien. Dites-moi demain si vous avez eu des problèmes pour dormir."
Il n'avait pas besoin de dire qu'il saurait si Harry avait des cauchemars ; ils savaient tous les deux qu'il en aurait probablement, et s'il en avait, Snape le serait, et serait là pour aider Harry.
Si Harry n'était pas autant embarrassé par toute cette situation, il aurait été incliné à être très heureux que Snape soit là lorsqu'il en avait besoin au milieu de la nuit, alors que personne n'avait jamais eu ce genre de considération, du moins pas à son souvenir.
"D'accord, monsieur. Merci."
"Est-ce que vous avez fini vos devoirs ?"
Harry lui jeta un regard incrédule. "Pour quand l'école reprendra ? C'est dans presque deux semaines complètes !"
"Je connais le calendrier scolaire, Mr. Potter. Mais je suppose que vous n'avez pas encore commencé vos devoirs pour ces vacances."
"Euh, non, monsieur. Pas encore." Il faillit rappeler à Snape qu'il avait lu comme un fou le livre sur l'Occlumancie, et qu'il n'avait pas eu le temps de faire ses devoirs normaux, mais Snape le savait déjà, et la seule chose que cela amènerait serait de rendre le professeur encore plus cassant. "Je commencerai mes devoirs demain," promit-il à la place.
"Bien," Snape hocha la tête. "Vous pouvez y aller."
"Merci, monsieur." Harry hésita avant de partir, se mordillant la lèvre.
Snape était retourné derrière son bureau et était assis dans sa chaise, tout en triant des papiers qui semblaient être des devoirs à noter. Il leva les yeux vers Harry entre des mèches de cheveux. "Il y a quelque chose d'autre ?"
"Je, euh... En fait... En fait..."
"Sujet sensible ?"
Harry eut un petit sourire. "Euh, non, monsieur, mais je me suis dit que si vous n'étiez pas trop occupé... euh, on pourrait, euh..."
"Crache le morceau Harry, je n'ai pas toute la journée."
L'utilisation de se prénom le détendit, comme il soupçonnait Snape de le savoir, et son sourire s'élargit un peu plus. "Je me suis dit, on a pas regardé de photo depuis un moment..."
"Et tu voudrais faire ça ce soir ? Tu n'as pas de partie d'échec à -" Snape s'interrompit, et sembla rougir un peu, tandis que les joues de Harry se coloraient également de gêne.
"Euh, je ne sais pas vraiment jouer, monsieur," dit-il doucement.
Fixant son bureau, Snape hocha lentement la tête, puis leva les yeux jusqu'à Harry. "Harry, je... Je suis désolé d'avoir mis ça sur le tapis. C'était cruel et sans raison."
Harry haussa les épaules. Ils avaient terminé leur leçon, maintenant, et c'était plus détendu, mais il était toujours nerveux près du professeur, pour des raisons qu'il ne pouvait pas vraiment nommer, et cela avait plus à voir avec la façon dont son oncle et sa tante l'avaient traité - malgré le fait qu'il était leur neveu - que quoique ce soit d'autre. "C'est rien."
"Non," dit Snape. "Mais c'est gentil de le dire." Il se leva brutalement. "Viens avec moi."
Harry suivit le professeur jusqu'à ses appartements, où il était allé la veille, et où il lui avait donné son dessin. Jetant un rapide coup d'œil alentour, il ne put voir le dessins en évidence ; peut-être que Snape l'avait jeté. Harry ne pouvait pas le blâmer.
"Je veux te montrer quelque chose," disait le professeur, et il montra le canapé brun où Harry s'était assis la veille. "Assieds-toi."
"Merci, monsieur."
Snape émit un bruit indifférent et disparut derrière une autre porte pendant quelques instants, et lorsqu'il revint, il avait dans la main un dessin de la même taille que celui que Harry avait fait, mais celui-là était fait au crayon. Snape s'assit près de lui sur le canapé et tint le dessin de façon à ce qu'ils puissent le regarder tous les deux. C'était un dessin de Snape, mais beaucoup plus jeune, se dit Harry, le regardant. La personne qui l'avait fait avait un très bon oeil pour les proportions et les ombres, se dit-il.
"Il est bon," dit Harry, se demandant pourquoi ils regardaient ça. Une pensée soudaine lui vint à l'esprit. "Je peux reprendre le mien, si vous n'en avez pas besoin," ajouta-t-il rapidement. "Je ne savais pas que vous en aviez déjà un."
Snape lui jeta un regard confus, comme s'il n'avait aucune idée de ce que voulait bien dire Harry, puis quelque chose sembla se connecter dans son cerveau et il secoua la tête, suffisamment fort pour que ses cheveux graisseux battent son visage. "Non ! Je veux le tien aussi, Harry." Ses lèvres se tordirent en un petit sourire. "Tu m'as très bien dessiné. Il est sur mon bureau personnel."
"Oh !" les mots de Snape réchauffèrent quelque chose dans son cœur, mais Harry ne comprenait toujours pas. "Alors pourquoi..."
"Pourquoi je te montre ce dessin ?" Lorsque Harry hocha la tête, Snape eut un vrai sourire, pour la deuxième fois selon Harry. "C'est ta mère qui a dessiné ça pour moi."
Le "Oh" de Harry, cette fois, ne fut rien de plus qu'une douce expulsion d'air.
"Lily aimait dessiner aussi, Harry. Je crois que nous avions environ dix ans lorsqu'elle a fait celui-là, et je l'ai gardé pendant tout ce temps."
Harry fixait le dessin, mémorisant les lignes et les ombres et la forme des yeux du professeur, la forme de sa tête... Tout ce qu'il pouvait stocker dans sa mémoire. Sa Maman avait dessiné ça. Elle avait touché ce papier, et amené à la vie le visage de son ami, via le pinceau. Elle aimait les mêmes choses que lui, et elle avait les mêmes compétences que lui, aussi. C'était absolument génial.
"Je me suis dit que tu aimerais voir ça."
"Oui, monsieur. Merci."
"Je t'en prie."
Ils parlèrent ensemble un peu plus longtemps, à propos des autres dessins que la Maman de Harry avait fait, et le matériel qu'elle avait utilisé en grandissant, et puis ce fut presque l'heure du couvre feu et il fut temps pour Harry de retourner à son dortoir. Pour une raison étrange, il n'avait pas envie de partir, cependant, et il dût se forcer à se lever et à remettre ses baskets. Lorsqu'il réalisa qu'il traînait les pieds, il faillait rire de lui-même. Stupide Harry, tu crois que tu es sa vraie famille, que tu as le droit de rester avec lui comme si tu étais son fils ? Il se dépêcha alors de sortir.
L'appel de son nom de la part de Snape le stoppa net.
"Oui, monsieur ?"
"Voudrais-tu..." Le professeur hésita, et cela ne lui ressemblait pas, avant de continuer, "Voudrais-tu que je t'apprenne à jouer aux échecs version sorcier un jour ?"
Il ne savait pas vraiment ce à quoi il s'attendait de la part de Snape, mais il ne s'était certainement pas attendu à ça. C'était quand même gentil de sa part. Il sourit. "Oui, ce serait génial, monsieur."
"Peut-être après ta leçon demain."
"D'accord. Merci."
"Bonne nuit, Harry."
"Bonne nuit, Professeur."
Dehors, dans le couloir, le Baron Sanglant l'attendait pour l'escorter jusqu'à son dortoir, si patiemment qu'on aurait pu croire qu'il venait d'arriver. Harry marcha, et le Baron flotta en silence, et une fois qu'il fut retourné dans sa chambre, Harry fit sa toilette, s'écroula dans son lit à baldaquin, et fit l'exercice qui était censé garder les rêves de Voldemort loin de son esprit.
Cette fois, au moins, cela fonctionna.
-HPSSHPSSHPSS-
Le jour suivant fut rempli de lecture et de rédaction de devoir, jusqu'au milieu d'après midi, où Harry ne put supporter le silence absolu autour de lui. Il attrapa sa Cape d'Invisibilité dans son coffre, la jeta sur sa tête, et s'enfuit de son dortoir pour marcher incognito à travers les couloirs de Poudlard.
C'était glorieux.
La première chose qu'il remarqua fut que le Baron Sanglant ne pouvait pas le sentir, même avec la phantasma-machin-chose, et donc, une fois que Harry se fût faufilé près de lui, il fut complètement seul dans les couloirs de Poudlard pour la première fois depuis des mois. Les portraits du premier étage ne le remarquèrent pas non plus, et Harry aima beaucoup ne pas être vu. Il avait déjà entendu des portraits parler de lui dernièrement, surtout depuis qu'il était constamment en compagnie du Baron Sanglant, et que personne ne pouvait entendre le Baron sauf lui - et Snape. Les portraits pensaient tous qu'il était un peu dérangé, mais à présent il pouvait se faufiler près d'eux et ils gardaient le silence.
Pendant tout le reste de l'après-midi, Harry explora Poudlard, trouvant des escaliers qu'il n'avait jamais vus auparavant, et des passages secrets qui l'emmenaient à des pièces qu'il ne connaissait pas non plus. Il passa un très bon moment, et détesta presque devoir interrompre son "aventure" pour aller dîner. Après cela, il eut une autre leçon avec Snape, et celle-la fut beaucoup moins difficile à gérer, puisque Snape se contenta de répéter les exercices pour protéger ses rêves, et n'entra plus dans son esprit.
La semaine qui suivit, de fait, Snape ne pénétra son esprit qu'une poignée de fois pendant les leçons, et à chaque fois avec le seul objectif de lui montrer comment ériger des barrières spécifiques, ce qui fonctionnait mieux s'il était déjà à l'intérieur. Après cela, ils jouaient aux échecs pendant une heure ou deux, et regardaient des photos de la Maman de Harry, et, une fois, Harry demanda s'il avait le droit d'amener son carnet de croquis et ses crayons, puisqu'il avait une idée de dessin. Après lui avoir jeté un drôle de regard, Snape l'autorisa, et Harry dessina joyeusement le bureau du professeur à nouveau, cette fois-ci avec les vraies bouteilles et les bocaux remplis d'ingrédients bizarres, et avec sa Maman devant un chaudron. Il donna le dessin à Snape à la fin des vacances de Noël, et Snape sembla si ému que Harry dut se tourner pour lui donner un peu d'intimité.
Pendant les journées, après avoir travaillé sur ses devoirs et étudié son livre sur l'Occlumancie et le livre sur la protection Elémentaire que Teddy lui avait donné avant les vacances, Harry continuait à explorer le château. Il restait loin de la pièce où se tenait Touffu - bien qu'il n'ait pas encore vu le cerbère de ses propres yeux, et se demanda s'il était aussi affreux que tout le monde le décrivait - mais explora la bibliothèque un peu plus librement qu'auparavant. Sous sa cape d'invisibilité, après tout, il pouvait aller dans la Réserve, et personne ne le saurait... Du moins, s'il n'essayait pas d'ouvrir un livre hurleur.
La chose la plus intéressante qu'il trouva fut le jour après le Nouvel An, lorsqu'il espionna Ron Weasley sortir d'une pièce du quatrième étage, à quelques couloirs de distance de la bibliothèque. Weasley regarda autour de lui avant de sortir véritablement dans le couloir, et ferma la porte derrière lui, très doucement, comme s'il ne voulait pas que qui que ce soit l'entende.
Bizarre, se dit Harry. Ron ne lui avait jamais semblé particulièrement rusé. Il regarda la porte que Ron avait fermée, et se demanda ce qui était caché à l'intérieur. Seulement deux façons de le savoir, et l'une des deux pouvait le rapprocher du garçon qu'il avait cru pouvoir devenir son ami. Ainsi, après avoir laissé le rouquin le dépasser et s'engager dans le grand escalier, Harry enleva la Cape et la roula sous son bras. Il s'écria, "Hé, Weasley. Tu as trouvé quelque chose d'intéressant là-dedans ?"
Weasley fit un bond, et se retourna pour faire face à Harry. "Qu'est-ce que ça peut te faire ?"
"Rien," répondit Harry. Il montra du pouce derrière son épaule la porte de laquelle Ron était sorti. "J'ai exploré le château, un peu, et je me suis demandé ce qu'il y avait dans cette pièce."
"Rien."
"Vraiment ? Tu es resté là-dedans un moment." Harry n'avait aucune idée du temps que Ron avait passé dans cette pièce, mais il avait fait une déduction basée sur le fait qu'il n'avait pas beaucoup vu le garçon depuis Noël.
Le visage de Weasley rougit, presque aussi vif que ses cheveux. "Ce n'est pas tes affaires, ce que je fais, balance de Serpentard !"
Harry leva les mains. "Désolé, je me demandais juste. Je me suis dit que tu voudrais peut-être partager tes aventures."
Les yeux de l'autre garçon s'étrécirent, comme si Harry le menait en bateau, mais il haussa les épaules. "Je suppose. Tu as trouvé quelque chose, toi ?
Harry hocha la tête. "J'ai trouvé un fantôme qui n'arrête pas de gémir au deuxième étage, elle s'appelle Mimi, et l'entrée des cuisines, aussi." Draco lui avait montré cette entrée, bien sûr, mais il s'était dit qu'au vu de l'amour de Weasley pour la nourriture, il pourrait apprécier cette information.
Comme il le pensait, le visage de Weasley s'éclaira, et il lui sourit. "Ah bon ? C'est où ?"
"Quand tu es en face de l'escalier en marbre dans le Hall, prend les escaliers de droite, comme si tu allais dans la Salle Commune des Pouff', et quand tu arriveras devant une peinture d'un gros bol de fruits, tu chatouilles la poire et la porte s'ouvre. Les Elfes de Maison de Poudlard son vraiment géniaux - ils vont te donner tout un tas de nourriture." Il était allé plusieurs fois les voir cette semaine, en fait - l'exploration lui donnait faim - et ils l'avaient toujours couvert de friandises.
"Trop cool !"
Harry sourit. "Ouais." Puis il montra à nouveau la porte derrière lui, et demanda d'un air hésitant, "Donc, y'a quoi là-dedans ?"
"Tu me croiras jamais," dit Weasley. "Je suis pas sûr d'y croire moi-même."
"Ah ouais ? Montre-moi."
"D'accord, viens. C'est génial, vraiment," dit-il d'un air décontracté en menant Harry à la porte. "Je voulais le montrer à quelqu'un, en fait, mais Fred et George n'en ont rien à faire, du futur, donc ils se fichent de ce que j'ai trouvé."
"C'est quoi, alors ?" demanda Harry, devenant excité. Quelque chose qui montrait le futur ? Est-ce qu'il allait se voir vaincre Voldemort ?
"C'est un gros miroir, mais il ne montre pas juste ton reflet." Ils entrèrent dans la pièce, poussiéreuse et glauque, qui ressemblait à une salle de classe abandonnée. Les formes sombres de bureaux et de chaises étaient empilées contre les murs, et il y avait une corbeille à papier retournée - mais devant eux, appuyé contre le mur, il y avait quelque chose qui ne semblait pas avoir sa place dans cette pièce, quelque chose qui avait l'air d'avoir être mis là par quelqu'un qui ne voulait pas que cela traîne chez lui. C'était un miroir magnifique, aussi haut que le plafond, avec un cadre en or orné, et se tenant sur deux pattes griffues. Il y avait une inscription gravée autour du dessus : Riséd elrue ocnot edsi amega siv notsap ert nomen ej.
Qu'est-ce que c'est que ce truc ? Harry s'approcha du miroir, mais n'osa pas regarder son reflet, pas encore. "Ca montre le futur ?" demanda-t-il doucement.
"C'est obligé," répondit Weasley. "Je me suis vu dedans, quand j'ai regardé, mais j'étais Capitaine de l'équipe de Quidditch, et Préfet-en-Chef, aussi. J'avais la Coupe des Quatre Maisons dans les mains."
"Wow."
"Ouais."
Rassemblant son courage, Harry s'approcha du miroir. Immédiatement, il inspira profondément et se tourna pour voir qui se tenait derrière lui, mais il n'y avait que Ron, immobile. Mais dans le miroir... Il se retourna doucement et vit une foule entière se tenir derrière lui, comme avant. Au moins dix autres personnes. Harry regarda derrière lui, mais il n'y avait toujours personne. Ou est-ce qu'ils étaient invisibles, sous des capes comme la sienne ? Est-ce qu'il était dans une pièce pleine de personnes invisibles, et que ce miroir était magique et reflétait tout le monde, même ceux qui étaient cachés ?
"Qu'est-ce que tu vois ?" demanda Weasley.
"Je, euh, je ne suis pas sûr," dit Harry. Il regarda à nouveau dans le miroir. Une femme se tenait juste derrière son reflet et souriait, agitant la main dans sa direction. Il leva une main et l'étira derrière lui. Si elle avait été vraiment là, il aurait pu la toucher, leurs reflets étaient si près l'un de l'autre, mais il ne sentit que de l'air - elle, et tous les autres, n'existait que dans le miroir.
Même si elle était un peu plus vieille que sur les photos de Snape, il n'y avait pas d'erreur. C'était Lily Potter. Sa mère. Elle avait les cheveux d'un roux sombre et des yeux verts, comme les siens. Il se rapprocha un peu du verre, et remarqua qu'elle pleurait ; elle souriait, mais elle pleurait en même temps, et elle savait que Harry était là. L'homme grand et mince aux cheveux noirs se tenant près d'elle passa le bras autour de ses épaules. Il portait des lunettes, et ses cheveux étaient très décoiffés. Il avait des épis derrière la tête, comme Harry. C'était son père !
Harry était tellement proche du miroir que son nez touchait presque son reflet. "Maman ?" murmura-t-il. "Papa ?"
Ils le regardèrent en souriant. Ils le regardaient vraiment, pas pour de faux comme dans les photos. Et lentement, Harry regarda les visages des autres personnes dans le miroir, et vit d'autres paires de yeux verts, d'autres nez comme le sien, et même un vieil homme qui avait les mêmes genoux noueux que Harry - il était en train de voir toute sa famille, pour la première fois de sa vie.
Les Potter, et peut-être des Evans, lui souriaient et lui faisaient signe, et il les regarda avidement, les mains pressées contre le miroir comme s'il espérait tomber à travers et les rejoindre. Il avait une émotion très puissante au creux de lui, à moitié heureuse, et à moitié terriblement triste.
"Qu'est-ce que tu vois, Harry ?" demanda Ron à nouveau, mais très doucement. Même avec ces précautions, Harry grimaça lorsqu'il entendit le son inattendu. "Tu as dit 'Maman et Papa'. Tu peux les voir là-dedans, pas vrai ? Mais ils ne sont pas... ?"
"Si," dit Harry, la gorge serrée. "Ils sont morts."
"Donc..."
"Le miroir ne montre pas le futur, Ron."
"Non," approuva Ron après un long moment. "Qu'est-ce que tu en penses...?"
Harry ne pouvait pas détourner les yeux de ses parents, du reste de sa famille. Il déglutit difficilement et se força à répondre quand même, sachant qu'il le devait, sachant qu'une fois qu'il partirait de cette pièce, il ne reviendrait jamais. "Peut-être que ça te montre juste ce que tu veux vraiment très fort, plus que tout au monde. Même si c'est impossible."
Un instant plus tard, une autre personne rejoignit la foule près de Harry, et il pouvait reconnaître Severus Snape entre mille. Sa Maman et son Papa accueillirent Snape, et lui serrèrent la main, et alors que sa Maman et son Papa posaient leurs mains sur les épaules de Harry, le Professeur de Potions baissa les yeux vers lui avec un sourire, et lui ébouriffa les cheveux, et ça semblait tellement vrai qu'il le sentit presque. C'était comme s'ils étaient tous là avec lui, comme s'ils étaient tous de sa famille, même Snape, et il se sentit réchauffé et triste et heureux en même temps, et crut qu'il allait exploser.
"Ouais," dit Ron, semblant triste. "Je suppose que tu as raison."
A suivre...
