.AccroOvampire: Non pas empoisonnée, mais en effet, l'idée aurait pu m'effleurer l'esprit ^^ J'essaye de toujours garder à l'esprit que ma OC est une mortelle, qui peut donc être la proie aux maladies et autres "bobos" de la vie quotidienne. Même si elle a un fort caractère, ça ne fait pas tout ;) . En fait pour les Nains et la poudre je me suis servi du fait que Gandalf connait les feux d'artifice, donc la poudre, et par extension, dans "Le Hobbit" (de Peter Jackson) on voit les Nains à un moment préparer la poudre pour faire des sortes de petites bombes. J'ai donc utilisé ceci, et j'ai réfléchi que pour les excavations se serait plus simple de se servir de ça, que de pelles et de pioches ;p . J'aurais deux maigres semaines de vacances en Août, bien méritées je peux te l'assurer. Et je risque d'essayer également d'en profiter un peu. Je fais dix milles choses en même temps, ma vie est pas mal remplie XD. Pas le temps pour l'oisiveté ^^ Merci pour tout tes encouragements et ta persévérance dans la lecture de ce pavé ! :)
.Neiphtys16: Oui les retrouvailles de ces deux-là sont toujours agréables à lire, avec tout ce qu'ils traversent ... je suis méchante je sais, et ça va pas aller en s'améliorant (comme on le souligne souvent, c'est pas une histoire de Bisounours Oo). Et non pas de "craquage de coeur" de notre prince préféré pour cette belle dame. Désolée de te décevoir :p Oui la prise de conscience des elfes est un tournant capital dans l'histoire, elle est même décisive, vous vous doutez pourquoi je pense. C'est quand même un des buts qu'Alexandra s'était fixé, leur faire comprendre le danger des armes et la destruction que ça engendrait. Oui, les "hommes" de Seth ne méritent pas grande clémence après tous leurs méfaits. J'espère que le chapitre qui suit (un peu plus long que d'habitude, d'ailleurs je m'excuse par avance pour les multiples coquilles qui doivent le jalonner ...) te plaira tout autant. :)
.Sandrine: Alex va mieux mais, rien n'est joué encore ;)
.Eilonna: Et moi je suis à chaque fois ravie de voir que oui, même après 52 chapitres, tu aimes toujours autant ! :)) Il est vrai que je vous cuisine à toutes les sauces mes pauvres ... XD Comme je te dis à chaque fois, j'espère que la suite sera également à la hauteur de tes attentes ! :) Bisouilles
.JulieFanfic: Tilda est la petite lumière dans ce monde de brute ;) Et oui, elle a du caractère malgré sa servitude. On peut mettre des chaînes physiques, bien solides, mais celles dans la tête sont ingérables ;) Je suis réellement désolée pour le toutou, j'adore les bêtes, et il est vrai qu'il vaut mieux ne pas les laisser souffrir . Bisous sucrés Lady Chamallow !
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Et voilà ! Chapitre en ligne, et vous avez le droit de me dire "ENFIN !" héhé ...
Par contre; j'avertis, accrochez-vous car ça va swinguer sévère !
Les âmes sensibles peuvent d'ailleurs être quelque peu malmenées, je préfère le dire à l'avance ... ne m'en veuillez pas trop ;) J'ai juste pris le pas de pousser un de mes personnages à fond dans sa personnalité ... ce qui n'est pas très beau à voir ;p
Toutefois, j'espère que vous prendrez plaisir à lire, car n'oubliez pas, la fin se profile à grands pas ... ^^
MERCI A VOUS TOUTES ! BONNE LECTURE !
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Le corps sans vie jeté sur le tas de cadavres, glissa sur les chairs pleines de sang, pour enfin chuter au sol, tel une poupée de chiffon désarticulée. L'air était saturé de mouches bourdonnantes, il fallait garder la bouche fermée si on ne voulait pas en avaler une par mégardes. Le vrombissement devenait assourdissant à la longue, et minait les esprits comme les vers rongeaient les carcasses pourrissantes. Silfren se redressa, arrachant au passage un calice en or qui pendait négligemment au ceinturon du mort. Une grimace de dégoût déformant son faciès strié de noir, il cracha sur le cadavre de l'orque, et se tournant il déclara d'une voix de pierre :
« Brûlez-moi ça ! Brûlez tout ce qui se rapporte à ces monstres !
- Oui Maréchal ! Rétorqua un jeune Rohirrim totalement livide. Retourné jusque dans les tripes par le spectacle qui se déroulait devant eux ».
Les cuirs et la cotte de mailles souillés du sang de leurs ennemis, Silfren fixa son regard sur le calice en or; terni par les affrontements; et essuyant la paroi d'un pouce pensif, il révéla les rubis incrustés à l'intérieur. Ces derniers dardèrent des rais rouges, flamboyant comme les yeux d'un démon. Relevant le menton, il laissa courir son regard sur la plaine clairsemée de petites collines, comme de multiples mamelons verdoyants. Le cri des corbeaux, et même de quelques vautours descendus des cimes, entonnaient un concert lugubre que tous avaient de plus en plus de mal à supporter. Les tentes s'élevaient au loin, petits chapiteaux de toiles tendues, sur le faîte des modestes reliefs. Les chevaux étaient presque tous dessellés, et paissaient paisiblement aux alentours. Pour eux aussi, les derniers jours furent longs et éprouvants. Son regard se porta sur la bannière verte qui indiquait la tente des guérisseurs, et ses pensées virevoltèrent vers Ailein. Ils s'étaient peu vu depuis leur arrivée, et pour causes. Lui était entré dans le combat dès le début, et elle, s'occupait des blessés bien avant qu'ils n'aient forcé les portes d'Aglarond. A bien y réfléchir, la résistance fût futile. Les orques et les uruk-haï avaient depuis longtemps défoncé les cloisons de granit, et avaient essayé de monter un mur brinquebalant en voyant la charge des Rohirrim arriver sur eux. Rejoins par les hommes de Gimli. Trop peu de Nains à vrai dire, pour leur imputer cette victoire.
L'affrontement avait duré quelques jours. Les Nains encore coincés dans les entrailles de la montagne, et qui n'avaient pas péris, leur offrant une aide non négligeable. Mais tellement avaient perdu la vie. Quand ils eurent enfin réussi à mettre à bas la muraille de fortune de leurs ennemis, se fût une cité dévastée qui s'ouvrit devant eux. Les ouvertures béantes crachaient une fumée noire discontinue, qui ne semblait jamais s'arrêter. Tout avait été pillé, dévasté. Volé bien entendu, mais pas que. Ils avaient tous bien vu l'acharnement avec lequel les assaillants avaient tout réduit en miettes. Tout respirait la rage, la folie. Comme si toute trace de raison avait fui leurs esprits belliqueux. Qu'est-ce qui avait bien pu les pousser à tant de cruauté ? Silfren exprima un rictus désabusé à cette pensée. Il ne leur suffisait de rien pour exprimer ainsi tant de malveillance. Ainsi était le Mal, et les sbires qui le constituaient. Le fier cavalier savait également que les incursions qu'ils menaient tous, en différents points stratégiques depuis quelques semaines, devaient profondément agacer le Maître tant révéré de ces scélérats. Glissant des pas nonchalants à travers les victimes et les gravas, Silfren passa les portes du Gouffre de Helm; grandes ouvertes pour accueillir les exilés; et continua sa route vers les Cavernes Etincelantes. Des morceaux de pyrite éparpillés ci et là, tendaient des éclats dorés au milieu des restes calcinés. Silfren dans un élan quasi poétique, trouva ce contraste presque beau, dans cet océan d'horreur. Il trouva Gimli debout sur un escarpement rocheux. Perché un peu en hauteur, il surplombait l'alcôve qui faisait l'ancienne entrée. Le nain était affalé sur le manche de sa hache. Tout son corps reposait sur son arme, tandis que ses yeux perdus dans le vide, brillaient de larmes sous le sang séché qui maculait sa barbe et sa peau. Silfren ralentit le pas, n'osant plus avancer. Il pensa à son ami défunt. Skalladrin aurait été anéanti par tout ceci. Le Rohirrim connaissait les liens d'amitiés qui liaient le Prince Sylvestre, et le Seigneur d'Aglarond, aussi, il ne savait pas si le Nain lui ferait aussi bon accueil en ces moments funestes. Cependant, la vue de ce corps fourbu, ratatiné par l'accablement, lui pinça le coeur. Il ne pouvait décemment pas le laisser seul. Il gravit les quelques rochers grisâtres qui offraient un escalier naturel. L'ascension fut assez pénible, ses chausses glissantes du sang de leurs ennemis faisaient se dérober le minerai sous ses pas. Ses tresses lourdes d'hémoglobine offraient un tempo plus ou moins réguliers en martelant les anneaux de sa cotte de mailles, et ses spallières métalliques. En quelques minutes, il se trouva aux côtés du Seigneur. Gimli se passa une main lasse sur les yeux, et essuya tant bien que mal les larmes qui rongeaient ses poils de face. Le sillon salé était corrosif aujourd'hui, et laissait une blessure cuisante. Un long silence s'installa. Muets, ils regardèrent longuement le manège des guerriers, des blessés, des survivants, des Nains mélangés aux Hommes, plus ou moins hagards, vacant à leurs occupations ou cherchant quelque chose …. ou quelqu'un.
« Tant sont morts aujourd'hui ….. tant sont morts …. déclara Gimli d'une voix lourde et traînante. Son soupir exprimant toute la tristesse du monde, lui écrasant un peu plus les épaules. Nous ne sommes pas arrivés à temps ….. ».
Ces quelques mots s'habillaient d'un soupçon de reproche qui fit mal au Rohirrim. Cependant, il était trop tôt pour se laisser aller à la morosité. A cette fatalité gluante comme un goudron nauséabond, qui colle et ronge jusqu'à la suffocation. Silfren brisa l'écart des castes qui les séparait normalement, et posant une main gantée de cuir bruni par le sang, il répondit un noeud dans la gorge :
« Nous avons fait ce qu'il fallait Seigneur Gimli. Et nous l'avons bien fait. Nul n'osera revenir de si tôt dans votre royaume. Et si ils l'osent, nous saurons les accueillir !
- Dire … dire que nous pensions nos montagnes imprenables, inviolables. Avec leurs murs de granit, leurs os solides comme le diamant le plus pur ! Leurs portes d'airain de plusieurs pieds de large ! émit Gimli de sa voix rocailleuse, animée par un léger accent de fierté. Mais l'ennemi est venu de l'intérieur …. par là même où nous nous pensions être en sécurité …. »
Autre soupir, plus écrasant encore. Le Nain semblait s'enfoncer toujours un peu plus dans la roche à chaque fois que ses poumons expulsaient de l'air.
« J'aurais aimé qu'Alexandra nous soit d'une aide plus précieuse …. peut-être nous aurions pu éviter cette catastrophe …. se lamenta Gimli le coeur gros ».
Silfren se garda bien de dire ce qu'il savait au sujet de cela. Si les Nains apprenaient qu'Aglarond avait été sacrifié à une cause plus vaste, un plan à plus grande échelle, il n'était pas certain qu'ils continuent à les suivre.
« Et le pire dans tout ça …. c'est que certains des miens … des nôtres … se sont alliés à cette pourriture, ont tué leurs frères et leurs soeurs ! Comment peut-on en arriver à ces extrémités ?! Trahir sa propre race !
- Il me semble, sans vouloir ajouter à votre peine, que votre race n'est pas la seule à souffrir de cette faiblesse. Les Hommes, et même les Elfes, ont leur lot de traîtres …..
- Et cela est censé me réconforter Rohirrim ?! S'exclama Gimli avec un rictus bourru et amer. Je n'ai que faire de la faiblesse des Hommes et des Elfes ! Moi je ne vois que l'affront qui nous a été fait ! ».
Silfren retira sa main compatissante. Les paumes larges de Gimli, enveloppées de leur armure de fer, se contractèrent sur la garde de sa hache. La tristesse avait fait place à la colère dans les iris brun de son interlocuteur. Silfren se redressa, et fit d'une voix égale :
« Il nous faut arrêter de penser égoïstement. Cesser de nous voir tous comme différents ou même meilleurs ! Nous ne sommes pas seuls, ni unique. Nous devons oeuvrer conjointement, ou notre ennemi gagnera ».
Gimli rumina quelques secondes. Les paroles de Silfren lui infligeant une gifle qu'il n'avait pas réellement envie de sentir, mais qui eut pour elle, de lui remettre les idées au clair. En effet, dans ce combat, d'un côté comme de l'autre, les races devaient taire leur ego, et ne faire plus qu'Un. Ne pas s'oublier, ne pas perdre son identité, mais taire les préjugés, le sectarisme, tout ce qui faisait obstacle à leurs efforts. Leur survie. La barbe broussailleuse et emmêlée du nain s'étira quelque peu sous l'esquisse de sourire qu'il arbora.
« Les vôtres ont besoin de vous …. nous avons tous besoin de vous …. Seigneur Gimli. Et Alexandra, qui se bat seule dans cet enfer, bien plus encore …. reprit Silfren avec conviction ».
L'image de l'actuelle Reine des Elfes s'offrit l'esprit du nain, et une boule de tendresse germa dans sa poitrine close. Le fait même que ce soit une mortelle qui soit l'épouse d'un roi des elfes, prouvait que le monde était en pleine mutation. Et que, si ce satané Roi Cerf, imbu de sa personne et aussi frigide qu'une banquise, pouvait aller dans se sens, alors tout était possible. Le monde, LEUR monde, recelait encore de belles surprises. De magnifiques miracles. Même si en ces instants, la lueur d'espoir avait du mal à se frayer un chemin dans les fumerolles sombres et âcres qui recouvraient le champs de bataille.
« Nous reconstruirons ! S'exclama alors Gimli d'une voix puissante. Nous reconstruirons, et nous ferons mieux ! »
La tête de sa hache ponctua sa résolution dans un bruit de métal heurtant la pierre. Tous ici avaient perdu. Une guerre prenait tout. Et même si tous les coeurs espéraient une paix éternelle, ils savaient tous que ce fol espoir tenait clairement de l'utopie la plus insensée. Le Nain leva un regard reconnaissant vers son nouvel ami, et le timbre encore un peu tendu par l'affliction, il finit par dire :
« Merci mon ami. Vos paroles sont sages, surtout quand on connait votre passé. Le peuple Nain est fort, et aussi fier que celui de ces oreilles pointues ! Silfren nota la note d'humour quasi joviale qui perça à cet instant. Allons, il est temps que j'aille motiver mes troupes, nous en aurons clairement besoin dans les jours à venir !
- Le Roi Eomer vous offre l'hospitalité du Gouffre de Helm, ainsi que tout ce qui sera à notre disposition pour vous porter réconfort, à vous et aux vôtres, assura Silfren en hochant légèrement la tête.
- Nous fêterons dès lors cette victoire dignement ! Et nos danses piétineront le sol si durement, qu'ils en trembleront dans leurs cavernes ! S'exclama Gimli, une lueur fauve brasillant dans ses prunelles brunes ».
Il n'y eut plus de mots. Les deux comparses descendirent de leur poste d'observation, rejoignant, chacun de leur coté, l'objet de leurs pensées.
Silfren passa les portes bâillantes de la fortification en pierre grise qui dominait la plaine de son oeillade de granit. Les hommes le saluèrent en le croisant. Son nouveau grade le situant au-dessus de tous ceux qui foulaient ces terres ensanglantées. En effet, dès leur retour au Rohan, Eomer avait promu Silfren au grade de Maréchal de la Marche du Sud. Donnant ainsi à ce valeureux guerrier l'occasion d'aider les Nains d'Aglarond, qu'il avait toujours connus par l'intermédiaire de Skalladrin. Il avait par ailleurs croisé son cousin, le noble et fier Hargrim, qui avait affiché un tableau de chasse impressionnant. De nombreux crânes ennemis étaient passés sous le baiser de sa lame, et la mort de son cousin ; Skalladrin; avait éveillé une ardeur au combat à la limité de l'aliénation. Il avait juré de ne pas trouver le repos, tant que celui qui était responsable de tout ceci ne soit jugé. En cela, il fallait comprendre : mort et enterré. Bien évidemment, nul n'oserait lui avouer un jour, que la mort de Skalladrin avait été la cause des mauvais choix de leur souverain, Thorin III. Silfren secoua la tête, chassant ses ruminations de son esprit. Il salua encore une fois un soldat. Il était usé, lassé, fatigué, et ces salutations répétées accentuaient cet état. Il n'était qu'un fermier à la base. Assez doué pour se faire une place dans le cercle fermé des connaissances du Roi Eomer. Son habileté en tant que cavalier, mais aussi en tant que guerrier, lui avait voulu cet honneur. La dernière guerre l'y avait bien aidé, avec la perte de sa femme et de son fils. Il aurait voulu mourir au combat. Rien n'avait plus eu de saveur. Même pas la victoire qu'ils avaient eu sur Sauron n'avait pas réussi à égayer son coeur mort. Puis il avait croisé Alexandra. Cette étrange femme qui l'avait embringué dans une histoire qui avait une fois de plus, changé son existence. Et, de fil en aiguille, il l'avait rencontré Elle. A présent l'unique objet de ses désirs, de ses pensées, de ses aspirations. Si ils survivaient à cette nouvelle bataille, il comptait bien s'installer avec elle, et peut-être, essayer de reconstruire une famille. Quelque chose qui vaille la peine de se battre. Il passa les hardes de chevaux qui vaquaient autours du campement, sans bride ou licol, restant sagement aux côtés de leurs cavaliers. Il vit Sirthyo au loin qui musardait avec une jument dans des jeux bien innocents, faits de cabrioles et de ruées agiles. Qu'il était agréable de les voir évoluer ainsi. Une scène de pure innocence tranchant avec les heures sombres qu'ils venaient de traverser. Enfin arrivé au campement, il passa par sa tente, fut heureux malgré lui de l'aide que son écuyer lui offrait, et se lava longuement. Une fois présentable il se permit de retrouver celle qui se battait, elle, pour sauver des vies. Après un dédale impressionnant de tente aux toiles grisâtres, il arriva enfin à la grande tente des guérisseurs. Il se tenait dans cet espace plus ou moins clos, l'agitation digne d'une ruche. Les voix, les gémissements, parfois même les cris, habillaient l'atmosphère d'un brouhahas incroyable. Les soigneurs ne cessaient de demander le silence, mais peine perdue. Ici, le silence était synonyme de mort. Un éclat de cuivre accrocha son regard lorsqu'il passa les premières paillasses mises à même le sol. Ailein était là. Sa longue silhouette filiforme jouant d'agilité et de hardiesse pour louvoyer entre les blessées, les agonisants, ou les vivants qui couraient partout. Une odeur âcre de pourriture, de sang et de décrépitude exhalait ses effluves. Elles prenaient aux tripes, et les encensoirs commençaient tout juste à couvrir les fragrances méphitiques qui polluaient les lieux. Ailein le vit de loin, et lui offrit un sourire tiré, qui en disait long. Son ascendance magique lui conférait une résistance incroyable. Mais aussi demie elfe soit-elle, la fatigue aurait tôt ou tard raison d'elle. Avant qu'elle se se jette à corps perdu dans une autre suture, il l'attrapa par la taille et la tira vers lui. Elle ne pesait rien. Il avait toujours l'impression de tenir entre ses phalanges un oiseau gracile, presque vaporeux. Elle grogna légèrement, protestant contre son entreprise, mais il rétorqua :
« Tu n'es pas seule, ils peuvent aussi bien s'en occuper ! »
Il donna un mouvement de menton pour désigner les autres guérisseurs, qui eux aussi, ne rechignaient pas à la tâche colossale qui s'offrait déjà à eux. La paume fraîche aux doigts fuselés de sa compagne, se posa sur sa barbe de quelques jours, et les yeux encore plein de malice, elle rétorqua :
« Il est vrai qu'ils le peuvent, mais je suis plus rapide qu'eux, plus experte aussi. Et je ne ressens pas la fatigue qui les accable.
- Tu as beau ne pas la ressentir, elle fera les mêmes ravages sur toi, tôt ou tard. Je t'ordonne de prendre un peu de repos ! Déclara-t-il la voix tout d'un coup bien plus sérieuse ».
Ses yeux noirs s'étaient quelques peu durcis. Ailein, malgré sa désinvolture apparente, put lire la hantise qui les animaient. Il avait peur. Peur de la perdre, comme il avait déjà perdu les siens lors de la dernière grande guerre. Après ces combats violents qui avaient déchirés tant de chairs et d'os, fauchés tant de vie, elle ne se sentit pas le courage de jouer avec lui. Tous deux avaient besoin du réconfort que l'autre pouvait lui procurer. Il ne servait à rien de se murer dans une quelconque fierté. Elle soupira longuement; et hochant la tête, elle répondit simplement :
« En ce cas, à vos ordres Maréchal …. »
Il grimaça fugacement à ce mot, mais ne releva pas. Tous deux savaient que ce titre honorifique l'indisposait. Il repensa vaguement à la réaction d'Alexandra quand il l'avait nommé Reine, et qu'elle s'en était offusquée. Il la comprenait tellement à présent. Il sentit la main d'Ailein parcourir son bras pour venir se loger dans sa paume. Elle entremêla ses phalanges aux siennes de façon délicate et sensuelle, et ce simple geste l'émoustilla. Il fixa quelques secondes son visage parfait. Ses lèvres pulpeuses, rougies par la chaleur et l'agitation, ses iris vert soulignés par le carmin de ses pommettes. Sa chevelure de cuivre relevée dans un chignon négligé qui se défaisait peu à peu, offrant des mèches légères et flamboyantes, comme les plumes d'un phoenix. Dieux qu'elle était belle et talentueuse. Et elle était à lui pour le moment. Son coeur se gonfla d'une joie sans nom, salutaire, après les affrontements effroyables qu'ils venaient de mener. Elle le tira à sa suite, et le mena à sa tente. Ils ne parlèrent pas. Entre bonheur et recueillement, ils ne savaient plus trop comment gérer leurs sentiments. Puis tous se volatilisa quand, une fois le pan de tissu rabaissé pour fermer l'accès à leur nid, elle colla ses lèvres aux siennes, et qu'il se perdit dans ce parfum floral qui émanait naturellement d'elle.
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Alexandra était penchée au-dessus d'un parchemin, plume à la main, et parfaitement concentrée. Nul n'aurait pu soupçonner en cet instant, que ses études plus que studieuses, fomentaient un plan des plus machiavélique. Si ses calculs étaient bons, et qu'elle arrivait à tout mettre en place, rien ne survivrait à ce qu'elle allait déclencher. Buvant un peu d'eau; sa mésaventure qui remontait à des jours à présent; lui avait donné une bonne leçon. Elle ne pouvait se permettre d'être malade à nouveau. Du moins, jusqu'à qu'elle arrive à éradiquer la menace qui planait sur ses amis.
« Je me demande ce qu'ils deviennent tous, Legolas, Aredhel, Silfren, et même ce ronchon de Gimli …. c'est dingue comme je dois m'avouer à quel point ils peuvent me manquer. Je m'étais habituée à leur présence …. Darren, Ailein, sont-ils eux aussi touchés par la guerre ? Sont-ils restés à Minas Tirith ? Faramir, Arwen, Aragorn, Eowyn …. tant de personnes qui sont si loin à présent, et que je ne reverrais peut-être jamais …. ».
Ses idées lui filèrent un coup de bourdon qu'elle ne pouvait s'autoriser. Chassant ses réflexions de son esprit, elle entendit le rire quelque peu moqueur de Thranduil au loin. Il trahissait également une admiration qui colorait son timbre de nuances chaudes et agréables. Leurs discussions conscientes demandaient une bonne concentration, mais quand ils ne conversaient pas, ils étaient plus ou moins dans l'esprit de l'autre, et glanaient quelques pensées vagabondes.
« Tu les reverras Meleth …. quand nous aurons gagné, je te promets de faire une fête mémorable au sein même de ma cité …. garantit Thranduil sincère.
- Ce jour restera alors gravé dans les archives de ton royaume, pour sûr ! Rétorqua-telle amusée ».
Autre petit rire, qui carillonna presque dans son esprit. Dieux qu'elle aimait le savoir avec elle, même à des lieues et des lieues d'ici, sa présence était son unique pilier. Plaquant son nez sur les plans qui jonchaient la table où elle travaillait, elle sursauta quand la porte des appartements de Seth s'ouvrit avec grand fracas. Ce dernier par ailleurs fulminait sur place. Jamais elle ne l'avait vu aussi contrarié et hors de lui. Dans ses atours de cuir noir, il tenait une chose énorme dans la main droite, et se tournant vers l'extérieur il hurla à l'attention de la personne qui le suivait :
« Ne me dis pas que tu ne sais pas ! Que vous n'avez rien vu, toi et les tiens ! Comment est-ce possible par ailleurs !
- Nous ne pouvons couvrir de telles distances et être partout en même temps, Maître … nos tunnels sont notre force, mais aussi notre faiblesse à présent … expliqua Maeglin, dont le ton glacé fit frissonner l'humaine malgré elle.
- Alors dispersez les hommes ! Les machines peuvent être alimentées sans trop de personnel à présent ! Ragea Seth qui fusillait littéralement du regard l'elfe qui lui faisait front ».
Il se tourna vivement vers Alexandra, et il jeta ce qu'il tenait dans la main. Il y eut un bruit mat quand la chose tomba près de la table, et Alexandra eut un-haut-le-coeur atroce. Un chapelet de têtes d'orcs et d'uruk-haï entourait la tête d'un humain, dont le visage putrescent était déformé par les sévices qu'il avait subi. Elle eut un mouvement de recul primitif, pour ne pas être entachée par le sang, et l'odeur nauséabonde des cadavres lui agressa les narines. Elle plaqua sa main droite sur sa bouche tout en se levant, essayant vaillamment de ne pas vomir. Seth s'avança vers elle, et pointant un index accusateur vers l'offrande des plus morbide, il cracha :
« Je pense que c'est un petit cadeau de vos amis ! Nous l'avons trouvé près d'un tunnel effondré où nous avions mené une action contre l'Eryn Lasgalen. Ces attaques ne m'amusent plus ! Comment font-ils pour savoir où nous nous trouvons ?! Comment connaissent-ils la force de frappe de la poudre et comment l'utiliser ?! »
Il était rubicond, à la limite de l'apoplexie. Ses yeux exorbités lançaient des éclairs, et sa jugulaire enflée sur sa gorge, prouvait l'afflux sanguin qui martelait ses veines. Il tremblait de rage même, nota-t-elle au passage. Se redressant pour paraître le plus digne et la moins atteinte possible, elle ne put s'empêcher d'avoir sourire narquois tout en répondant :
« Pour un homme très intelligent, vous me posez des questions bien stupides ! Comment saurai-je tout cela ?! Je ne suis pas avec eux que je sache ! Elle vit qu'il allait l'envoyer paître, aussi reprit-elle avant qu'il en ait le loisir. En même temps, servez-vous de vos neurones ! Vous pensiez réellement qu'ils n'allaient pas se défendre ?! Qu'ils allaient se laisser annexer sans lever le petit doigt ?! Ha ! Sérieux faut être complètement stupide pour croire telle chose. Malgré votre puissance de feu, ils se battront ! Ils feront tout pour défendre leur Liberté ! Quant à la poudre, vous n'êtes pas les seuls à avoir des Nains dans votre armée ! Bien que vous leur en aviez servi d'autres usages, ils connaissaient cela avant votre arrivée. En ce qui concerne la découverte des tunnels, et les escarmouches dont vous êtes la victime depuis des jours et des jours, je crois que vous oubliez une chose essentielle !
- Et laquelle je vous prie ?! Rétorqua Seth sèchement, pas très disposé à se faire traiter d'imbécile.
- La magie ! Si Saroumane a pu vous permettre de vous cacher, Gandalf le Blanc peut tout aussi bien vous percer à jour ! Appuya-t-elle en pointant un doigt vers la meurtrière de la pièce pour désigner l'extérieur ».
Seth la regarda un moment. Les tremblements qui agitaient son corps bouillant de rage, se calmant peu à peu. Il riva les yeux sur le sol où les têtes se tenaient, fixant leur regard mort là où le crâne était tourné. Il ramassa le cadeau, et d'un geste emporté, il les balança par la meurtrière la plus large de ses appartements. Il y eut des bruits sourds de chocs sur les parois lisses, puis plus rien. L'odeur était encore présente, mais Seth s'était quelque peu apaisé. Il revint vers elle, et c'est là que Maeglin énonça une chose qui procura un long frisson à Alexandra.
« A moins que vous ne leur donniez les informations nécessaires pour nous trouver …. »
Le regard clair de l'elfe étincela d'intelligence. Ses iris de glace la perforèrent sur place, et la clouèrent presque au sol. Il fallait qu'elle reste maîtresse d'elle-même. Le moindre soubresaut, la moindre grimace, trahirait son secret. Seth l'observa alors des pieds à la tête, comme si cette révélation était la réponse à tous ses maux.
« Ha non mon coco ! Je n'ai pas sacrifié Aglarond pour me faire cueillir aussi aisément si près du but ! Courage ma belle ! Tiens bon, fais ce que tu sais faire au mieux ! Faire chier le monde ! Et surtout cet enfoiré ! » pensa-t-elle dès-lors pour se donner un bon coup de pied aux fesses.
Elle releva le menton, et toisant Maeglin avec un air hautain à faire pâlir Thranduil lui-même, elle déclara goguenarde en calant son poing gauche sur sa hanche, et faisant un geste ample du bras droit :
« Mais oui voyons ! J'ai tout un stock de pigeons voyageurs cachés dans mes latrines ! Ils vont et ils viennent tous les jours pour m'apporter des nouvelles ! »
Seth ne put s'empêcher de sourire à cette attaque fine et bien menée. Il était évident que rien ne sortait de cette forteresse sans qu'il en soit au courant. Les accusations de Maeglin étaient creuses, sans aucun fondement, et du coup, bien aberrantes. L'elfe serra le poing de frustration de s'être si facilement pris un tel revers. Il le savait pourtant, elle avait le don de la répartie, et sans preuve, Seth serait toujours du côté de cette saleté d'humaine. Saleté d'humaine que lui-même s'était trahi en appréciant son intellect et sa résistance au fil des semaines. Sa malédiction courant de plus en plus impétueusement dans son organisme comme un poison brûlant. Il devait se débarrasser d'elle au plus vite, ou la broyer au point qu'elle ne représente plus une menace pour lui. Ensuite … il aviserait. Seth s'approcha de lui, et ordonna :
« Déploie les hommes ! Accentuez la cadence pour alimenter les hauts fourneaux le plus rapidement possible ! Je veux que mon armée soit prête au plus vite ! Je suis lassé de jouer au chat et à la souris. Puisque c'est une guerre ouverte qu'ils veulent, ils l'auront ! Et je n'aurai aucune pitié ! ».
Maeglin hocha la tête tandis que le Maître lui passait à côté pour ressortir en silence. Tandis qu'il gagnait le couloir, Maeglin s'avança vers Alexandra, et quand il fut à proximité, il plongea ses iris polaires dans le brun verdâtre de son interlocutrice, et murmura de façon éloquente :
« Priez pour qu'il ne lui arrive rien, humaine …. où votre devenir sera plus qu'incertain …. ».
Un sourire torve vint appuyer ses menaces sous-jacentes, puis il rejoignit Seth qui l'appelait déjà dans le couloir. Une fois la porte fermée, les épaules d'Alexandra s'affaissèrent brutalement, et totalement retournée par l'adrénaline qui venait de la shooter, elle vint s'asseoir, les mains tremblotantes. Le bruit des chaînes de Tilda se fit entendre, et la silhouette de la belle femme apparut dans l'embrasure de la porte d'accès de la chambre de Seth.
« Tout va bien ? Demanda-t-elle inquiète.
- Oui Tilda … oui .. merci …. Alexandra se redressa, et se tournant vers elle, elle demanda, alors ? Combien de temps ?
- Une demi-journée, mais cela peut être plus rapide ….. répondit Tilda avec une étrange moue.
- Bien … très bien ….
- Mais, n'est-ce pas dangereux ? Questionna la servante.
- Ho que si Tilda .. extrêmement même …. quand tu sentiras la terre trembler, surtout, fuit. Cours et ne t'arrêtes pas …..
- Et toi ?
- Ne t'inquiètes pas pour moi. Je sais ce que je fais …. enfin …. j'espère …. fit Alexandra avec un demi sourire, et un soupir qui en disait long ».
Tilda lui apporta un morceau de cuir brûlé, où du charbon froid siégeait dedans. Le trou béant donnait une auréole presque artistique, et Alexandra le toucha pensivement. A présent, elle devait trouver l'endroit où poser sa « bombe à retardement », qui n'en était pas vraiment une, mais qui aurait le même effet. Ainsi que le bon moment pour pouvoir la disposer sans éveiller les soupçons. Les deux femmes s'étaient apprivoisées pendant sa convalescence. Et à présent, elles s'entendaient plus que bien. Tilda, elle le savait à présent, ne la trahirait pas. Et bien qu'elle ne lui dirait jamais son lien avec Thranduil, elle la faisait néanmoins participer à son plan. La belle brune, d'abord réticente, s'était alors naturellement dévouée. Voyant en cette perspective, le seul échappatoire. La seule et unique chance de sa vie, de sortir de cet enfer.
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Les dédales nauséabonds commençaient à lui taper sur les nerfs. Elle avait beau tout mémoriser, elle ne pouvait s'empêcher de se perdre de temps à autre, ce qui la mettait dans une colère noire. Comment allait-elle s'en sortir si elle n'était même pas foutu de se souvenir de la voie à prendre ? Les goulets tortueux suintaient l'humidité, à tel point que l'on aurait dit l'intérieur de boyaux gigantesques. Luisant à la lumière rouge des torches comme recouverts d'un mucus poisseux. Les orques, les uruk-haï, les nains, les hommes et les elfes qui travaillaient ici, la reconnaissaient à présent. Nul n'oserait s'en prendre à elle, sans représailles directes de Shagol, ou pire, du Maître. Son immunité la couvrait sans même que son hôte le soupçonne. Ce qu'il fallait qu'elle mette cruellement à profit. Son armoire à glace à la peau d'ébène la suivait comme son ombre. Ils ne parlaient que très peu ensemble, mais le colosse lui prêtait parfois son aide quand elle s'attelait à certaines tâches. Comme raccorder des tuyaux pour alimenter des turbines, ou diriger les travailleurs lors de certains gros oeuvres. Tout devait être façonné suivant ses plans. Si tous l'avaient honni pour leur avoir ainsi ajouté tant de besognes, ils en virent vite les résultats. Dès que les accès furent élargis, et que l'air put circuler comme il se devait, le couple des machines avaient doublé, les soulageant dès-lors des travaux les plus difficiles. Alexandra aurait pu s'enorgueillir, elle, la seule femme travaillant parmi tous ces monstres, qui à présent la considéraient comme un « supérieur ». Mais seule la honte l'accablait. Elle voulait vite en finir. Vite brûler tout ceci, et ressortir purifiée des flammes. Heureusement que Thranduil ne la laissait jamais, autrement, elle aurait pu sombrer, perdre espoir, et peut-être au final, devenir le pire danger pour Arda. La désespérance pouvait faire faire des folies, des actes insensés. Tous les jours elle était spectatrice d'horreurs qui la traumatiseraient pour le restant de sa vie. Des tortures, des banquets faits de chairs humaines, naines ou elfiques, des viols à la vue de tous. Et son impuissance qui la rongeait, la brûlait au plus profond de son être, comme un fer rouge marquant son derme. Tout ici n'était qu'infamie, atrocité sans nom. Les seuls moments où elle trouvait un maigre repos, c'est quand elle était seule dans sa chambre lugubre, et qu'elle se réfugiait dans de tendres souvenirs. Elle entendit du bruit derrière elle, et se tourna vivement. Une ombre bougea dans la fumée jaune qui masquait le tunnel à sa vue. Shagol la toisa, curieux qu'elle s'arrête ainsi. La silhouette était celle d'un gobelin qui tirait des tuyaux; toujours plus de tuyaux; pour le fixer à la source. L'ingéniosité de Seth les avaient poussé à creuser en permanence plus profondément, jusqu'à perforer des poches de méthane; ce qui avait par ailleurs coûté de nombreuses vies. Mais Seth ne s'arrêtait pas à ce « menu détail », seuls comptaient les résultats. Réussissant à canaliser les flux, ils avaient réussi à mettre en place un ingénieux système de vannes et de tuyauteries, qui menait le gaz jusqu'au coeur de la cité. Les machines et les fourneaux étaient alimentés par le charbon, et ceci. Dès qu'elle avait compris le mécanisme, l'idée de tout faire sauter lui était apparue. Avec le gaz, les flammes iraient si vite dans les grottes alimentées par l'air frais du dehors, que rien n'en réchapperait. Elle pensa aux femmes prisonnières, ainsi que d'autres âmes qui ne s'étaient pas soumises à Seth. Des prisonniers qui n'avaient rien fait, et qui avaient manqué de chance en croisant la route de ces dingues. Devait-elle les sauver ? Les sacrifierait-elle eux aussi ?
« Tu ne pourras sauver tout le monde Meleth … émit la voix de Thranduil tendrement. Je sais ce que cela te cause comme tourments, mais il y existe des choses, que nous ne pouvons changer ….
- Je me dois au moins d'essayer non ? Rétorqua-t-elle, peu ravie de cette perspective des plus odieuse.
- Non .. tu te dois de me revenir, et de rester en vie ! Grogna alors la voix de Thranduil, qui avait perdu de sa douceur ».
Elle savait que son retour à ses côtés, était la seule chose qui le préoccupait vraiment. Arda pouvait s'effondrer que cela lui importerait moins que de la revoir. Cela esquissa un énigmatique sourire sur ses lèvres, et d'un geste de la main, elle s'essuya la sueur qui roula le long de ses tempes et de son front.
« C'est encore loin ? Râla Shagol derrière elle.
- Non Shagol, quelques tournants tout au plus. Je dois vérifier l'étanchéité de la conduite principale Nord. Et par la même, si la bouche de ventilation a été suffisamment élargie pour aérer les lieux. Plus il y aura d'air, moins il y aura de risques que les gars se trouvent gazés par les émanations, expliqua Alexandra en noyant le poisson ».
Ceci était en partie vrai. En partie seulement. Elle avait une idée en tête, et elle comptait bien vérifier qu'elle puisse la mettre en pratique.
La bouche Nord était creusée directement dans la montagne. La roche était dure, l'accès difficile, du coup, la surveillance était moindre par ici. Maeglin avait jugé plus efficaces de tenir la garde sur les accès les plus susceptibles d'être envahis. Ce qui était logique, n'importe qui aurait fait de même, surtout avec un manque d'effectif. L'armée de Seth était conséquente, mais pas assez pour couvrir des milliers de lieues en même temps. Des points seraient abandonnés pour concentrer le gros des troupes là où ça risquait de faire le plus mal. Or, personne ne pensait à la petite souris qu'elle était, se faufilant bien en arrière, alors que les chats braqueraient leur regard vers les armées qui se formaient à l'Est, au Rohan, dans le Rhovanion, mais aussi plus loin, au Gondor. Elle gravit des marches glissantes, où la boue s'accrocha à ses semelles. Elle fut heureuse d'avoir ses rangers aux pieds. Grimpant toujours plus haut, elle sentit bientôt l'air frais sur son visage, et sut qu'elle était presque arrivée. La faible clarté de l'extérieur effleura les parois rougeâtres, dans un voile opalescent. Une caresse divine dans ces lieux de perditions. L'embouchure avait été largement retaillée, au point que trois hommes de front pouvait la passer. Une grille en fer cloisonnait l'accès, faisant chanter le vent entre ses barreaux. Des gouttes d'humidité perlaient sur le métal, et Alexandra ne put s'empêcher de jeter un oeil au dehors. Le ciel. Enfin. Cela faisait des semaines et des semaines qu'elle ne l'avait pas vu. Collant son visage sur le métal froid, elle saisit les barres métalliques et inspira à plein poumon l'air vivifiant de l'extérieur. Quelle douce caresse, quelle remarquable jouissance de sentir à nouveau la Vie emplir ses narines. Elle sentait les courants aquilins descendant des montagnes, chevauchant les parois de leur course agile. La terre, l'herbe, les forêt au loin. Qui pourrait imaginer que des choses aussi simples, puissent ainsi ravir l'esprit et l'âme. Elle sentit un poids énorme se poser sur son épaule et l'arracher brusquement à sa douce rêverie. Shagol n'avait pas envie de faire long apparemment. Il grogna un « Dépêche-toi ! J'ai pas envie d'y passer la journée! ».
Elle lui fit fasse, et se dégageant sans amabilité de sa poigne de fer, elle répondit acerbe :
« Ho la paix à la fin ! C'est pas cinq minutes qui vont changer ta merveilleuse journée ! Je n'en ai pas pour longtemps !
- T'as d'la chance que je sois obligé de veiller sur toi ! Crois-moi que je te rosserai volontiers pour que tu actives le mouvement ! Menaça l'uruk'haï en la dévisageant de ses yeux jaunes d'un air féroce ».
Bien évidemment, il n'avouerait jamais que cette besogne au final, lui plaisait bien. Le caractère d'Alexandra avait pour lui de le divertir. Il ne s'attacherait jamais à elle, tout au plus comme il pourrait donner de l'intérêt à un bouffon juste là pour l'amuser. Mais sa présence était distrayante compte tenu de la masse qu'il brassait quotidiennement.
« Des promesses ! Toujours des promesses ! Fit-elle moqueuse, ce qui là oui, le froissa durement.
- Tu es folle ! Fit-il en croisant ses bras sur sa large poitrine.
- Je te retiens pas si ma folie te gêne ! Vas voir ailleurs si j'y suis ! Cracha-t-elle alors sciemment, espérant que sa manoeuvre aurait l'effet escompté .
- Ben démerde-toi puisque c'est comme ça ! Je me ferai un plaisir d'entendre tes vagissements quand ils s'occuperont de toi ! Lâcha-t-il sèchement en tournant les talons de rage ».
Elle vit sa corpulence massive se détacher d'elle, et s'enfoncer dans le tunnel en sens inverse.
« Yes ! ça a marché ! Faut que je me dépêche ! » pensa-t-elle presque euphorique que son idée ait à ce point si bien fonctionné.
Elle trouva la vanne principale, et se pencha dessus. La conduite était faite d'un énorme tuyau en fonte qui s'enfonçait dans le sol minéral. Au sommet, bouché par un capuchon rudimentaire, se tenait une ouverture sur le flanc. L'eau tissait une couverture humide sur la paroi en fer, et le « robinet » exhalait quelque fois des senteurs de gaz peu agréables. C'est bien ce qu'elle pensait, les joints n'étaient pas totalement étanches. Une réseau tubulaire partait de cette buse des plus approximative, et s'étirait comme des tentacules faites de peaux tannées, recouvertes d'une résine dense. Seth avait même pensé à ça. Rendre imperméable le cuir qui laisserait une trop grande déperdition du gaz. Elle s'aperçut bien vite, que malgré cette précaution, et la bouche d'aération tout près, le Méthane saturait l'air. Elle ressentit d'abord un léger vertige, et comprit. Il fallait qu'elle se presse, autrement elle ferait un malaise fatal. Retenant sa respiration par à coup, elle examina les attaches. Oui, c'était faisable, avec un facteur chance assez important tout de même. Elle savait que tout était relié au sous-sol. Si elle mettait le feu ici, il s'étendrait comme un ras-de-marée incendiaire. Elle prit le poignard à la lame rétractable que Thranduil lui avait fait faire, et creusa la résine à un endroit discret. A la vue de tous, la dague, une fois la lame dissimulée, ressemblait presque à un bijou. Un ornement de ceinture fait en os gravé. Personne n'y faisait dès-lors attention. Elle perça même le cuir, et un léger bruit de baudruche se dégonflant apparut. Il se perdait dans les bruits ambiants.
« Parfait ! Pensa-t-elle réjouie que ça se passe aussi bien. Je n'aurai plus qu'à apporter les braise dans la bourse de cuir, attendre patiemment qu'elles le consument et …. badaboum ! En contact avec le gaz, la chaleur fera tout exploser avant même que quiconque s'en rende compte ….
- Et toi dans tout ça ? Demanda alors la voix de Thranduil qui se fit inquisitrice.
- Ne t'inquiète pas, je ne serai pas là quand ça arrivera. C'est un dispositif à retardement. D'où les études que j'ai faites avec Tilda pour savoir de quel temps je disposais à peu près ….
- Tu as vraiment pensé à tout dis-moi ….. fit le Haut Roi des Elfes, oscillant entre ennui et amusement. Il savait qu'elle ne lui disait pas tout, qu'elle faisait son possible pour minimiser les risques, mais il n'était pas dupe.
- J'essaye, mais la vie m'a bien apprise de ne jamais se reposer sur ses acquis. Aller je bouge avant de me retrouver asphyxiée. Et que mon charmant Shagol ne vienne me chercher par la peau des fesses. Je sais qu'il n'est pas parti bien loin, il aurait trop peur des représailles si on me faisait du mal ….
- Un uruk-haï comme garde du corps, c'est à réfléchir … émit Thranduil décidément joueur aujourd'hui ».
Ce qu'elle appréciait follement, il était vrai. Voir ce souverain se laisser ainsi aller à quelques notes d'humour, était clairement agréable. Elle l'aimait en grande partie pour cela d'ailleurs. Son esprit fin sous ses airs de glace était diablement sexy.
Les effluves gazeuses émoustillèrent ses rêveries, et elle ne put s'empêcher de se revoir à ses côtés. Tendrement lovée entre ses bras puissants, jouant de ses doigts dans sa chevelure soyeuse. La tête lui tourna. Vite, il fallait vraiment qu'elle sorte de cet endroit. Un peu nauséeuse, et l'esprit dans du coton, elle emprunta le couloir souterrain, et prit le chemin inverse. Elle croisa quelques orques, quelques nains aussi, qui la toisèrent avec suspicion. Elle haussa les épaules, leur donner de l'importance serait leur donner du poids, or, il fallait qu'elle garde une attitude des plus hautaine, pour asseoir son statut « d'intouchable ». Après de longues minutes de marche en solitaire, elle déboula sur les premiers accès menant directement à la forteresse. Il lui tardait déjà de retrouver ses appartements, aussi cafardeux soient-ils. Passant une annexe où tout un tas de pièces attendaient pour être réparées, elle entendit des pas derrière elle, et se retournant avec désinvolture, elle s'exclama avant même de savoir qui l'avait rejointe « Alors! On a fini de bouder ?! ». Tout son corps se figea quand elle vit qui lui faisait à présent face. Maeglin.
« En même temps, les bruits de pas étaient bien trop légers pour appartenir à un orque, ou à un Uruk-Haï ! » se réprimanda-t-elle en prenant en compte son insondable bêtise du moment.
Elle resta en apnée une seconde, cherchant Shagol du regard. Mais son garde du corps restait invisible. La silhouette longiligne de l'elfe se découpait sur la toile de fond rouge qu'offraient les fourneaux plus loin. Ses yeux clairs brillaient d'une malice qui la fit devenir livide, et tout son être lui hurla de fuir. Elle sentit l'esprit de Thranduil se soulever dans son crâne, lui intimant de partir au plus vite. Mais elle resta bêtement figée, comme un animal piégé par les phares d'une voiture lui fonçant dessus. Il se rapprocha dangereusement d'elle. A pas de velours, tel un chat se pourléchant les babines devant son futur repas. Elle fit un pas en arrière malgré elle, ce qui n'était absolument pas très malin. Cela la mettait en position de faiblesse, et elle devait se montrer forte. Malgré la voix télépathique de Thranduil aux abois, qui voyait clairement le danger. Ce dernier se sentait comme un chien de garde, écumant de rage et de frustration, maintenu par une chaîne trop courte pour défendre l'être aimé. Tous ses sens poussés à l'extrême, sentaient la menace qui planait sur elle. Le visage placide de Maeglin se fendit d'un sourire machiavélique. Ici, dans le tumulte de la fosse, là où le fer et les flammes s'entrechoquaient sans discontinuer, nul n'entendrait quoi que ce soit.
« Et bien et bien …. on a perdu son chien de garde ma jolie ?! »
La question si doucereusement posée, apposa une lame glacée le long de son échine. Alexandra essaya de faire bonne figure, mais tout son être était envahi par la peur. Trop consciente de sa mauvaise fortune, elle n'allait quand même pas lui rendre la tâche aisée. Elle se raidit instinctivement, prête à en découdre au besoin, essayant de taire la voix autoritaire de Thranduil dans son esprit. Si il lui brouillait trop les idées, elle ne pourrait s'en sortir au mieux.
« Je n'ai pas besoin de lui pour me guider, je sais retrouver mon chemin, répondit-elle le plus calmement possible. Mais Maeglin n'était pas dupe, il entendait parfaitement son coeur qui s'emballait peu à peu dans sa cage thoracique.
- De ton sens de l'orientation je ne m'en soucie guère ….. avoua-t-il avec un sourire des plus fin ce qui en devenait plus terrifiant encore ».
Il commença à lui tourner autours, jaugeant déjà le met ainsi offert. Tandis qu'il lui passait à côté, elle sentit ses doigts effleurer son bras. Le dégoût du contact fût si grand, qu'elle ne put s'empêcher de s'en soustraire au plus vite, provoquant alors chez son interlocuteur, une ignoble hilarité. Avant qu'elle n'eut le temps de réagir il la saisit violemment par la gorge, et la poussant en arrière, il la plaqua contre le mur moite de la remise. Ses dents s'entrechoquèrent sous la violence du coup, et elle sentit les milles aiguilles de la peur picorer son derme. Il appuya son corps contre le sien, imposant un contact que bien trop proche, et elle eut du mal à déglutir. Les doigts longs et fermes de Maeglin se resserrèrent sur sa peau tendre, et collant son nez sur sa joue, il la respira longuement. Elle en frissonna d'écoeurement. Elle pouvait sentir son regard la lécher outrageusement, la déshabiller même, alors que ses phalanges n'entreprenaient encore rien. Le souffle extatique de l'elfe heurta son oreille, et la gorge nouée d'excitation il murmura en caressant ses cheveux courts :
« Cela fait tellement longtemps que j'attends ce moment …. crieras-tu ? Te défendras-tu ? Ho oui … je l'espère …. ronronna-t-il en braquant son regard insane dans le sien ».
Elle aurait voulu détourner le sien. Cacher les larmes qui lui montait aux yeux, mais non. Elle resta raide, aussi minérale qu'une statue, et lança la voix sèche :
« Rien ne sortira de ma bouche qui puisse te ravir espèce de pervers ! Je m'étoufferai avec ma propre langue bien avant ! »
La paume qui tenait sa gorge prisonnière vint prendre en tenaille sa mâchoire, et lui secouant la tête de force; il rétorqua :
« Ho que si tu vas crier …. de ça .. je t'en fais le serment …. »
Alexandra sentait l'affolement l'envahir, et Thranduil hurla :
« Défends-toi par les Valar ! Montre-lui qui tu es ! »
Le désespoir qui émergea de cette supplique la fouetta. Plissant les paupières, elle fit avec un admirable sourire :
« Tu vas gueuler en premier .. ça je te l'assure aussi ! ».
Elle balança alors un terrible coup de genoux dans ses parties génitales. Maeglin poussa un cri de douleur en se reculant violemment. Se tenant plié en deux il vociféra un « Sale putain ! Tu vas le regretter ! ». Elle profita des quelques centimètres qui les séparaient pour se dégager. Prestement elle se jeta en avant en direction de la porte. Il fallait qu'elle trouve quelqu'un au plus vite. Quelqu'un qui pourrait faire rempart à la folie malsaine de cet elfe. Tandis qu'elle allait passer le seuil, elle sentit une poigne de fer s'abattre sur son dos, et tirer le tissus de sa chemise furieusement. Elle se sentit basculer en arrière. Maeglin la jeta contre le sol; où elle s'écrasa sans douceur, sentant un goût métallique envahir sa bouche. Le reflet carmin d'une lame passa rapidement dans son champ de vision, et tous ses muscles se paralysèrent de peur. Le baiser froid du métal vint s'appliquer sur sa carotide, et elle essaya de se dégager. Elle sentit la tranche entamer sa chair lentement, lui offrant une brûlure glacée. A moitié sonnée, elle avait du mal à taire la haine de Thranduil qui l'envahissait comme une gangrène, réduisant ses défenses à néant. Quand elle croisa à nouveau les iris clairs de Maeglin, ils avaient sombré dans une abyssale démence. Se penchant sur elle à califourchon, l'écrasant de tout son poids, il la gifla si fort qu'elle en fut étourdie.
« Je vais t'égorger … te saigner comme une truie ! Mais avant … je vais m'amuser avec toi !
Elle lui cracha du sang dessus, et répliqua en criant pour ultime défense :
« Si tu me fais du mal ! Je te ferai écorcher vif par ton Maître ! Nul n'a le droit de poser la main sur moi ! ».
Il y eut un moment en suspens. Elle vit clairement la phrase faire son chemin dans l'esprit aliéné de son agresseur. Puis elle sentit la terre s'ouvrir sous elle quand il fit avec un doux sourire :
« J'en prends le risque …. ».
Elle se sentit suffoquer voyant que son va-tout venait clairement de prendre l'eau. C'est alors qu'un rugissement bestial résonna dans la pièce. La scène se passa très vite. Quelque chose souleva Maeglin de dessus elle, avec une facilité déconcertante. Se redressant un peu, elle vit Shagol qui tenait en respect son vis-à-vis, qui le fusillait du regard.
« Laisse-moi ! Cela ne te regarde pas ! Dégage avant que je te règle ton compte pourceau ! mugit Maeglin totalement hors de lui ».
Les yeux jaunes de Shagol le toisèrent, impassibles, malgré la flamme morbide qui les éclairaient. Le colosse croisa ses bras sur sa poitrine, et répondit presque flegmatiquement :
« Elle est sous la protection du Maître ! Rien ne doit lui arriver. Tu ne dois ni t'amuser avec elle, ni la blesser ! Autrement je me ferai un malin plaisir de t'arracher la tête ».
Le grognement rauque qui sortit de la poitrine de l'urk-haï était plus qu'explicite. Alexandra n'aurait jamais soupçonné d'être à ce point soulagée de voir cet être. Avec lui dans les parages, Maeglin ne pourrait pas porter atteinte à son intégrité physique. Mais elle ne pouvait soupçonner la malveillance de son ennemi. Et surtout des vils subterfuges qui alimentaient son dément intellect. Une étrange éclat brasilla dans ses prunelles, et avec un rictus des plus sombre, il énonça :
« Ne pas la blesser hein …. mais, j'ai bien d'autres moyens à ma disposition …. ».
Il s'avança si rudement vers elle qu'elle ne put l'esquiver. Il lui attrapa le poignet avec une telle vélocité que l'on aurait l'attaque d'un serpent. Lui broyant presque les os sous ses doigts lourds, il la tira à sa suite sans ménagement.
« Je vais te briser autrement ! Crois-moi ! Tu n'en sortiras pas indemne sale garce ! »
Alexandra planta ses talons de toute son énergie pour essayer de résister, en vain. La force de l'elfe surpassait largement la sienne. Elle hurla plusieurs fois d'affilée « Lâche-moi ! », mais Maeglin l'entendait pas de cette oreille. Pire, plus elle se débattait, et plus cela affourageait sa jubilation dépravée. Elle sentait ses doigts meurtrir les chairs de son avant-bras, les cuisant tout en plantant ses ongles à travers les tissus de sa chemise. Elle essaya de ne pas crier, mais elle était certaine que ses os étaient à deux doigts de se rompre. Shagol les suivait de près, veillant à ce que Maeglin ne franchisse pas la limite qu'on lui avait imposé. Échevelée, à bout de souffle et rouge de rage, elle se tourna vers lui et gueula :
« Et toi qu'est-ce que tu attends pour intervenir ?! Tu dois me protéger non ?!
- Silence humaine ! La voix de Shagol claqua dans les airs. Pour l'instant il n'attente pas à ta vie que je sache ! ».
La réponse de l'uruk-haï lui glaça le sang. Elle voyait que malgré tout il était vigilant, mais à partir de quel moment se sentirait-il obligé d'intervenir ? En plus de la peur et de la douleur qui lui rongeaient le corps, elle avait de plus en plus de mal à supporter la haine de Thranduil, qui s'insinuait dans tout son esprit. Se déversait à grands flots, et submergeait le peu de conscience valide qui lui restait. Elle essaya de passer outre la belle agitation qu'ils laissaient sur leur passage, tandis que les mâles présents semblaient très intéressés par ce qu'il advenait. Certains beuglaient des mots incompréhensibles, d'autres riaient, d'autres encore, ne gardait qu'un regard vaguement captivé sur leurs personnes. Il la traîna de force jusque dans les escaliers. Elle trébucha plusieurs fois, et la poigne de Maeglin faillit lui vriller la clavicule à maintes reprises. Les marches les menèrent vers la prison des femmes. Ces dernières, le visage grave et l'air attristé, furent témoins de la scène. Elle put lire sur quelques lèvres, des prières altruistes. Ce qui lui fit monter les larmes aux yeux. L'une d'elle souffla à son passage un « Courage » qui lui retourna l'estomac. Oui. Courage. Shagol n'eut pas le temps d'intervenir, qu'elle se jeta en avant, et donna un coup de poing dans la pliure du genou de son tortionnaire. L'articulation bascula et Maeglin alla s'écraser lamentablement sur la pierre glissante. Faisant volte-face en même temps, il l'entraîna dans sa course, et ils se retrouvèrent allongés côte à côte. L'arrête d'un des échelon lui entra dans le flanc, et elle grimaça. Dans le vif de l'action Alexandra balança son coude en travers de la mâchoire de l'elfe, qui grogna de douleur. Il ne pouvait soupçonner qu'elle cogne aussi fort. Après tout, toutes ses victimes n'avaient été que des proies faciles jusqu'à présent. Cependant, il y en faudrait plus pour le déstabiliser. Ce n'était pas une humaine qui aurait le dessus sur lui. Exprimant un hurlement quasi bestial, il prit le dessus, et lui agrippant les cheveux, il lui tapa l'arrière du crâne sur la roche, ce qui la sonna. Totalement déboussolée, elle n'avait plus la force de se défendre convenablement. Même la voix télépathique de Thranduil devint floue dans son esprit. Comme si il lui parlait tandis qu'elle avait la tête sous l'eau. Les phalanges toujours fermement arrimées à sa chevelure, il la releva ainsi. Satisfait de la voir amoindrie entre des doigts. Il la secoua durement, et avec un sourire satisfait il déclara :
« Beau geste, mais totalement inutile ! A moi de m'amuser un peu à présent! ».
Shagol émit un grognement d'avertissement, et Maeglin eut un petit rire odieusement narquois. Il approcha son visage de celui de sa prisonnière, et lui lécha presque la joue en disant :
« Ne t'inquiètes pas …. je t'assure que cela va être réellement plaisant ... ».
La malice affreuse qui étincela dans ses iris clairs en disait long. Trop long. Alexandra sentait une vile chaleur derrière la tête, et une migraine fulgurante vint lui broyer le crâne. Elle suivit Maeglin malgré elle, tenant à peine debout. Trébuchant, se cognant. Totalement à sa merci. Elle essaya de canaliser ses vertiges, mais peine perdue. Le choc avait été trop violent. Très honnêtement elle ne vit pas réellement quel chemin ils empruntèrent. Tout ce qu'elle arriva à clairement déchiffrer, c'est qu'il la balança dans une vaste pièce, dont l'atmosphère douce contrastait durement avec tout ce qu'elle venait de traverser. Face contre terre, elle passa ses bras sous elle, et se redressa tant bien que mal. Tremblante, affaiblie, elle arriva néanmoins à se mettre à genoux. Clignant des yeux pour s'habituer à la clarté nouvelle. Maeglin vint saisir sa nuque avec la fermeté des serres d'un aigle, et la poussant en avant, il la mena vers le fond de la salle. Alexandra paniqua quand elle réalisa que des menottes en fer, l'attendaient. Elle essaya d'avoir un ultime sursaut de combattivité, mais celui-ci lui causa une nausée effroyable. Luttant pour ne pas vomir, elle sentit les boucles en fer se refermer sur sa peau, et instinctivement, elle tira dessus comme un animal pris au piège. Le bruit des attaches de métal eurent un cliquetis effroyable, et elle s'avisa qu'à sa seule force, elle ne pourrait pas les desceller du mur. Hébétée, elle se tourna néanmoins vers Maeglin qui avait fini de la malmener. C'est là qu'elle réalisa où elle était.
C'était une pièce très étrange, au final, aussi dérangée et tortueuse que l'esprit de ce cinglé d'elfe. Un lit immense était contre le mur à sa gauche. Fait de soieries de belles factures, ainsi par ailleurs que tout le mobilier qui habillait cette partie de la chambre. Une petite marche séparait cet espace douillet, de celui où elle se trouvait. Comme séparée en deux, tout comme la dichotomie qui tranchait la raison de Maeglin, la pièce offrait deux visages. Caressant ses poignets cerclés de métal, elle donna un regard circulaire, et fit l'inventaire de tous les objets de tortures qui siégeaient également dans ces lieux. Déjà les chaînes qui la maintenaient prisonnières n'étaient qu'un petit échantillon. Il y avait des crochets pendus au plafond, qui se balançaient comme de funestes araignées à la peau lisse. Des fouets, des couteaux de toutes les tailles, des cordages, bref, tout l'attirail parfait pour le pire des sadiques. Allait-il s'en servir contre elle ? Elle porta une attention désespérée à Shagol. Ce dernier restait flegmatique. Rien ne semblait le toucher. Peut-être n'était-ce pas la première fois qu'il venait ici. Elle tendit les poignets vers lui, dans un geste stupidement implorant, et Maeglin ricana de suite.
« Tu penses qu'il va te détacher ? L'elfe vint vers elle, et s'accroupissant pour se mettre à sa hauteur, il reprit, non ma belle, il ne fera rien en ce sens. Tu sais, malgré nos nombreuses divergences, lui et moi nous partageons un goût certain pour quelques plaisirs, somme toute, rudimentaires ».
Il laissa courir ses doigts sur la joue de sa prisonnière, qui se dégagea d'un coup sec. Autre petit ricanement.
« Haaa vraiment, tu es incroyable, même ainsi, vaincue, tu ne peux t'empêcher de te rebeller …. pauvre humaine …. dire que c'est detoi que notre souverain s'est amouraché. Quelle honteuse faiblesse …..
- Parce que tu n'en as pas toi, des faiblesses ? Fit-elle avec un air de défiance.
- Les miennes ne plonge pas un royaume dans l'ignominie ! Mais je te jure qu'une fois que j'en aurais fini avec toi, le roi comprendra à quel point il a fait une erreur en te prenant pour épouse ! Sac à viande mortel ! Je vais lui montrer à quel point tout à une limite en ce monde ! Cracha-t-il haineux ».
Elle le vit contracter et étirer ses doigts plusieurs fois. Il était soumis à un degré d'excitation incroyable. Même ses pupilles dilatées; mangeant presque entièrement le disque aigue-marine de ses iris; témoignaient de son état. Elle frissonna. La peur grignotant tout son derme, ses organes. Le danger pour sa vie était si grand, qu'il en devenait insoutenable. Sans parler des douleurs qui déchiraient sa boîte crânienne.
« Tu te prends pour un sauveur … mais tu n'es qu'un tas de fientes mal dégrossi, qui copule avec l'ennemi ! Asséna-t-elle impitoyablement ».
La gifle qu'elle reçut faillit lui déboîter la mâchoire. Elle sentit le sang s'épandre dans sa bouche, et couler dans sa gorge.
« Peut-être qu'ainsi tu vas apprendre à fermer ta grande gueule ! Siffla Maeglin de plus en plus hors de lui ».
Jamais personne ne lui avait parlé ainsi. Jamais. Et ce n'était pas une mortelle qui allait lui tenir ainsi tête. Il dégaina la lame qu'il avait rangé, et la plaquant sur son visage, il murmura âprement:
« Si je t'entaille le visage, là, dans toute sa longueur, tu penses que sa seigneurie voudra encore te baiser ?! ».
Son coeur tapait si fort dans sa poitrine, qu'il la rendait sourde. Elle ne déchiffrait plus la voix mentale de Thranduil. Thranduil.
« Non … jamais je n'accepterai qu'il soit témoin de quoi que ce soit … jamais ! » hurla son esprit torturé. Et avant que le roi ne puisse faire quoi que ce soit, elle lui coupa tout accès. Un vide et un silence atroce se fit dans sa tête, et à la douleur de cette séparation, s'ajouta celle de son corps bousculé sans douceur. Elle cracha du sang au visage de son bourreau, et elle sentit la lame commencer à pénétrer sa peau. L'ordre de Shagol satura la pièce quand il hurla :
« Pas de ça Maeglin ! »
Le geste de l'elfe s'arrêta net. Puis se relevant lentement, il la toisa de haut, comme si elle n'était qu'un vulgaire insecte, et tapotant le plat de la lame de son poignard contre sa cuisse, il répondit :
« Non en effet …. pas de ça …. pas avec elle ... ».
Et avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit, il les laissa seuls dans la salle. Shagol posait un oeil critique sur elle, tandis qu'elle tentait de se défaire de ses chaînes. Les larges braseros qui éclairaient la chambre exhalaient une lumière ocre, presque rassurante. Les lueurs jouaient avec les ombres, tout comme le destin semblait le faire avec elle. Après quelques minutes, ils entendirent des pas mal assurés, ainsi que des gémissements provenir du couloir. Avant même que Maeglin ne se dévoile, Alexandra avait compris. Ses boyaux se tordirent quand elle vit une humaine précéder l'elfe. Toutes ses veines se contractèrent. Son sang se figea. Quand elle s'aperçut que cette femme lui ressemblait. La peur déformait les traits de la malheureuse. Maeglin la jeta rudement dans la chambre et ferma derrière lui. La malheureuse tremblait de tous ses membres dans ses haillons crasseux. Cependant, seuls ses habits étaient sales, sa peau elle, était d'une propreté exemplaire. Délaissant la pauvre femme terrorisée, il déclara à voix haute :
« Ainsi donc …. comme je ne peux assouvir mes plans sur toi … je vais me trouver un substitut …. et tu vas être le témoin impuissant de ce qu'il va se produire ….
- NON ! hurla Alexandra comprenant la manoeuvre de son ennemi. Laisse-là ! ».
Maeglin lui lança un regard goguenard, et dégainant sa lame, il attrapa vivement la tête de la femme pour la lui tirer en arrière. Cette dernière poussa un cri de terreur, et dans un geste vif, l'ellon vint lui couper les cheveux. Les pleurs de la femme redoublèrent, ainsi que les soubresauts qui envahissaient son corps frêle. Laissant choir la tignasse amputée, il fit un autre geste, et trancha les maigres attaches qui retenaient vaillamment les habits. Ceux-ci tombèrent sans un bruit, tandis que la pauvre étrangère essayait de masquer ses attributs féminins avec pudeur. C'était un spectacle insoutenable. Maeglin se délectait sans vergogne de la peur qu'il lui inspirait. Alexandra sentit des larmes acides lui attaquer les yeux, comprenant parfaitement que cette femme allait subir, ce que elle, aurait normalement dû encaisser. L'ignominie de cette injustice lui broyait les entrailles. Tirant de toutes ses forces sur ses chaînes, elle se propulsa en avant, vociférant de rage, s'entaillant la peau fine des poignets. Elle ne cessait de hurler de la laisser, mais Maeglin au lieu de l'écouter, se plaisait à l'entendre la supplier ainsi. Ce qui suivit fut d'une horrifiante rapidité. La jeune-femme fût littéralement jetée sur le lit, et Alexandra sut qu'elle devait avoir le souffle coupé tant la force qu'il y avait mise avait fait craquer le bois. Gesticulant comme une désespérée, l'humaine tenta de se dégager de ce mauvais pas, mais son tortionnaire était déjà au-dessus d'elle. Il s'installa rapidement entre ses jambes qui luttaient de toute leur maigres forces, et la pénétra crûment. Il y eut une suite abominable de bruits des plus explicites. Les chocs sourds mêlés aux cris de la martyre, offraient un concert strident et macabre. Leur regard se croisèrent un court instant, tandis que la pauvre femme venait de prendre un coup direct dans le visage. Ses yeux bruns baignés de larmes, criaient plus encore que sa voix. Les intestins d'Alexandra se vrillèrent, se retournèrent au point qu'elle faillit vomir. Réduite à l'impuissance, elle ne pouvait qu'être le témoin impotent de la tragédie qui se tramait sous ses yeux. Elle tira si fort sur ses chaînes pour se libérer, qu'elle s'entailla un peu plus la peau, fit craquer ses os. Les hurlements de bête dévorée par la rage, couvraient parfois ceux de désespoir de l'autre victime. Alexandra vociférait si fort qu'elle se fit presque sauter les cordes vocales. Maeglin dévastait ce corps tendre, qui gisait à présent désarticulé, sous ses coups de reins puissants. Il y eut une odeur métallique qui satura l'espace, bien avant qu'Alexandra réalise toute l'horreur de cette perfidie. Elle détourna le regard de honte et de fureur, les lèvres tremblantes, le corps parcourut de pleurs convulsifs. Shagol lui attrapa le visage et le tourna de force vers ce qu'il se déroulait de l'autre côté de la pièce. Elle l'entendit même proférer un petit rire narquois. Au bout de minutes qui semblaient interminables, Maeglin poussa un long soupir satisfait quand il s'oublia, et qu'il se retira sans pudeur de sa victime. Il laissa glisser la lame de sa dague hors de la blessure mortelle qu'il avait infligé juste avant sa jouissance, et se redressa, un air vainqueur des plus répugnant accroché au visage. Il se rhabilla rapidement, et venant jusqu'à Alexandra, il l'observa un moment. Apparemment comblé de la voir dans cet état. Vidée, sclérosée jusqu'au plus profond d'elle-même. Meurtrie jusque dans les tréfonds de son âme. Ses yeux noyés derrière un rideau de feu larmoyant, elle ne pouvait détacher son regard de l'autre femme, qui ne bougeait plus. Ne respirait plus. Il avait du la briser sous sa brutalité immortelle. Alexandra ne l'avait pas vu la poignarder.
La silhouette de l'elfe s'élevait dans le côté droit de son champ de vision; masquant le peu de lumière qui lui parvenait. Elle ne le regarda même pas. Tout son attention était comme aspirée. Hypnotisée par la vue morbide qui s'offrait à elle. Toute sa vie, ces images la hanteraient. Tout se vie, elle s'en voudrait pour cette atrocité.
« Je te l'avais dit …. je trouverai bien le moyen de te briser …. Il était si naturel de se servir de cela, toi, qui veux tant sauver le monde …. vois à présent ce dont tu es aussi capable ».
Il se pencha vers elle, observant avec une certaine fascination ses traits livides et ses yeux rougis par les pleurs. Ses cheveux en bataille, et … contre toute attente … la flamme de haine qui incendia son regard quand elle laissa couler ses iris vers lui. C'est là qu'il reprit, un sourire de félin accroché aux lèvres :
« C'est ce qu'il t'attend ma belle …. dès que l'occasion se présentera … mais je ne te tuerai pas de suite. Non, bien sûr que non … je prendrai un malin plaisir à te voir péricliter jusqu'à ce que la vue repoussante de ta déchéance, me fasse te jeter aux bons soins des Orques. Comme je te disais, prie pour qu'il n'arrive rien à ton protecteur ».
Alexandra déglutit avec effort. Sa gorge la brûlait d'avoir tant crié. Braquant un regard de bête fauve dans les prunelles odieusement placides de son interlocuteur, elle murmura dans un timbre sec :
« Je te fais le serment …. sur ce que j'ai de plus cher …. que je te ferai la peau sale ordure ! ».
Etrangement, il y eut un moment de flottement presque surnaturel. Shagol s'attendait à le voir la remettre à sa place avec ardeur, mais rien ne se produisit. Quelque part, dans les tréfonds de son esprit, dans les soubresauts des dons des Eldar qui coulaient dans son sang, Maeglin sut que cette promesse, ne serait pas vaine. Il en trembla même un quart de seconde, sentant un froid hivernal lui perforer la poitrine. Cet égarement ne dura qu'un temps limité, et reprenant ses airs hautains, il répondit laconiquement :
« De tes menaces je n'en ai cure. Tu n'as aucun pouvoir ici. Plus tôt tu n'en apercevras, plus tôt tu nous feras la grâce de mourir ! Shagol ?! »
L'Uruk-Haï fixa l'elfe, surpris de ce voir ainsi nommé tandis que Maeglin allait prendre congés d'eux. L'elfe fit un geste vers la couche souillée, et avec un ricanement exécrable, il ajouta :
« Si tu veux satisfaire quelques envies, elle est tout à toi ! »
Puis il disparut dans le couloir. Son rire abject le suivant dans les profondeurs de la terre. Shagol fit une grimace de dégoût en retroussant les lèvres, découvrant ainsi ses impressionnantes canines, puis grommelant quelque chose en langue noire, il détacha Alexandra. Celle-ci se massa immédiatement les poignets. La peau ouverte la lança âprement, et elle eut du mal à retenir les gémissements qui la taraudaient. Elle se releva, sans force. La tête encore dans du coton, et l'estomac totalement chamboulé. Pantelante, elle alla vers le lit défait, qui se colorait peu à peu du sang du cadavre qui se vidait lentement. Elle ne put s'empêcher de pleurer. Anéantie, elle arriva à peine à marcher jusqu'au bout. Quelle atroce fin. Avec déférence et pudeur, elle prit un drap et recouvrit le corps meurtri. Elle vit ses mains trembler comme rarement elle l'avaient fait. C'est là qu'elle s'aperçut que sa respiration était étonnamment lente. Qu'un indescriptible sentiment de plénitude venait l'envahir peu à peu. Ne devait-elle pas être choquée au-delà de tous mots ? De toutes descriptions ? Ho que si, elle l'était, mais ce qui s'éveillait en elle, soufflait avec bien plus de hargne tout ceci. Cette tempête avait un nom très simple, celui de Vengeance. Si elle avait pu avoir des doutes sur sa place en ces lieux. Sur les choix qu'elle devait faire. Ils n'étaient plus. Jamais elle ne pourrait accepter tout ceci. Maeglin avait raison, elle mourrait bien avant.
« Pas la peine de perdre ton temps, expliqua sombrement Shagol. Son corps sera dévoré bien avant la fin du jour ... »
Autre frisson de dégoût. Quand elle le sentit poser sa main sur son bras, elle se recula vivement, et du métal dans la voix, elle cracha :
« Touche-moi encore, ou lui, et je vous tranche le bras sur-le-champs ! ».
Le colosse d'ébène se redressa, et la toisant de ses yeux jaunes presque lupins, il garda le silence. Avant même d'en prendre réellement conscience, il sut que quelque chose de capital venait de se produire. Prenant le peu de courage qui lui restait à deux mains, elle tourna la tête en relevant le menton, et prit la direction de la porte. Shagol sur les talons. Elle n'eut pas honte du soulagement qui vint l'étreindre tandis qu'elle s'éloignait de ce lieu funeste. Pas plus qu'elle n'eut d'incertitude face à ce qui allait suivre. Puis un éclair déchira les sombres rumeurs qui galopaient dans son crâne. Thranduil. Il fallait à tout prix qu'elle rétablisse le contact avant qu'il ne s'imagine le pire. Et qu'il se lance dans des actes insensés.
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Au centre du campement elfique, une clameur bestiale s'éleva. Figeant tous ceux qui évoluaient dans les environs. Une nuée d'oiseaux prit son envol, habillant le ciel de leurs ombres véloces, et émettant un bruit d'ailes caractéristiques. Un brouhahas sans nom de meubles et de verres brisés émergea de la tente royale. Un boucan si puissant que tous crurent qu'un combat avait lieu sous le couvert des tissus imperméables. Legolas, Brilthor, Gloredhel et Aredhel s'élancèrent vers le milieu du campement, certains que le roi luttait pour sa survie. Mais comment un ennemi aurait pu se faufiler ainsi ? Et ce, jusque leur souverain ? Quand ils ouvrirent le pavillon, c'est une pièce dévastée qu'ils trouvèrent. Et un roi écumant de rage, qui brisait tout ce qui se trouvait à sa portée. Son visage si impassible le plus souvent, était déformé par un noir courroux, et la haine transfigurait la joliesse de ses traits. Rares furent ceux qui avaient pu le voir dans cet état. Et la dernière fois qu'ils l'avaient vu perdre ainsi tous ses moyens, était le jour où sa femme Ninglor avait périe. Et bien plus avant, son père et Idhril. Il ressemblait à une bête fauve dont la raison avait déserté l'esprit. Une folie aveugle et sanglante prenant le contrôle. Legolas plaqua une main ferme sur le plastron de Gloredhel qui s'avançait déjà pour aller calmer son cousin. Le prince secoua la tête, et déclara :
« Non ! Vous pourriez y perdre votre intégrité. J'y vais. Normalement, il se calmera en me voyant. Sortez ! Laissez-nous seul …
- Prince ?! Objectèrent Aredhel et Brilthor de concert, réellement inquiets.
- Sortez j'ai dit ! C'est un ordre ! Imposa alors Legolas sans l'ombre d'une hésitation ».
Les trois ellyn se reculèrent, et laissèrent donc le prince, seul, face à un monarque qui semblait être devenu totalement dément. D'une vive intelligence, Legolas se doutait d'où pouvait provenir ce malaise bruyant. D'ailleurs, le regard absent de son père, malgré ses prouesses physiques qui ruinaient le mobilier alentours, prouvait son état. Il n'était pas ici. Son esprit devait être connecté avec celui de son épouse, et quelque chose excessivement grave devait être en train de se produire. Les vêtements d'intérieur à peine fermés, dévoilant la sculpture minérale de ce corps forgé au combat, les cheveux ruisselant sur la peau recouverte d'une fine pellicule de sueur, Thranduil ressemblait à un animal sauvage luttant pour sa survie. Ses iris de glace mangés par le disque ténébreux de ses pupilles dilatées, accentuait cet effet. Legolas s'avança prudemment, les sens aux aguets. Si il y avait bien un elfe sur terre qu'il ne voudrait pas affronter au combat, c'était bien son père. Thranduil posa sur lui une expression de totale incompréhension, tandis que l'image de son fils se mélangeait avec les supplices qu'Alexandra était en train d'endurer. Il sentit une vive douleur dans la tête, et sut que sa femme venait de recevoir un coup violent. Ce qui ranima sa rage démente. Avant que cela n'aille trop loin, et que le roi perde à jamais la raison, Legolas se jeta sur lui, et l'étreignit de ses bras puissants. Passant dans son dos, il l'encercla dans un geste vif, luttant comme un beau diable pour maîtriser son géniteur. Il y eut un corps-à-corps épuisant et titanesque, où les deux elfes confrontèrent leurs forces. Legolas ne cessez de crier « Père ! Revenez ! C'est moi, Legolas ! ». Mais cela n'avait aucun effet. Il y eut un moment où leurs mouvements furent si violents qu'ils en tombèrent sur le sol. Malgré le poids du corps de son géniteur lui écrasant la moitié de la cage thoracique, Legolas tint bon. Puis, sans avertissement, Thranduil tomba presque inerte entre ses bras. Essoufflés, confus, le père et le fils se regardèrent longuement. L'un totalement hébété et ravagé par l'inquiétude, l'autre submergé de tristesse, car comprenant que trop clairement la situation. Après un moment de troubles, Thranduil posa le front sur l'épaule de son fils, et dans un souffle rauque, il murmura « Je l'ai perdue … elle a coupé notre lien télépathique ... ». Jamais Legolas n'avait vu son roi à ce point si vulnérable. Et si proche de lui dans sa vulnérabilité. Thranduil avait l'orgueil d'un lion. Nul n'avait eu le loisir de déceler chez lui tant de détresse un jour. Sauf ses intimes, rares, qui gardaient là-dessus, le plus grand secret. Legolas hésita à le serrer dans ses bras dans une étreinte réconfortante. Ses bras et ses doigts tremblaient d'appréhension. C'est ce qu'on devait ressentir quand on approchait un animal sauvage pour le caresser. Mais son temps de réflexion fût trop long. Thranduil déjà bougeait faiblement, et se remit debout vaillamment. Ses muscles tremblaient, ses yeux étaient encore perdus dans le vide. Voyant son fils encore au sol, il lui tendit la main pour l'aider à se relever. La poignée de main fut moins paternelle que ce que Legolas aurait souhaité, mais au moins son souverain, était de retour. Encore un peu sous le choc, Thranduil grimaça en voyant sa desserte et sa bouteille de vin réduites en morceaux. Il se pinça l'arrête du nez, et inspirant à fond, il entendit Legolas demander :
« Que c'est-il passé Adar …?
- Il … il l'a malmené … ce fils de chien de traître ! Ce bâtard de Maeglin ! Puisse-lui et tous les siens se faire dévorer par les wargs de Morgoth ! Je vais le tuer Legolas ! Je vais lui arracher les tripes ! Si il ose lui porter atteinte, sa tête siègera dans la salle de mon trône au bout d'une pique, jusqu'à ce que la pourriture et les vers aient fait leur oeuvre, et ne laissent rien de lui ! ».
Le prince ne demanda pas plus avant. Si Alexandra avait coupé le lien télépathique c'était sûrement pour le protéger lui. Ce qui était une preuve suffisante du calvaire qu'elle devait endurer. Rien que de l'imaginer, Legolas sentit une colère barbare s'offrir son coeur. Thranduil bougea alors vivement, et se dirigeant vers ses affaires, il passa sa tenue de voyage dans des gestes lestes et précis. Devant le regard interrogateur de son héritier il expliqua :
« Au diable cette guerre ! Je vais la chercher !
- Mais Adar …. les souverains ne se sont pas encore réunis … nous … émit Legolas sagement, même si il savait que de dire ça maintenant était plutôt cruel.
- Je me moque de la survie de ces gens Legolas ! Je ne permettrai pas que les Valar me l'enlèvent une seconde fois tu entends ?! rugit Thranduil glissant déjà sa lame dans son fourreau ».
C'est une véritable tornade qui sortit de dessous la tente, et qui prit la direction des paddocks. Legolas sur les talons essayant de lui faire entendre raison. Mais le courroux du roi cerf était trop important. Evacuant sans amabilité les palefreniers qui venaient pour faire leur travail, il harnacha lui-même sa monture, quand tout d'un coup, il se figea dans l'espace, sous l'oeil médusé de tous ceux qui étaient présents. Le cerf regarda son propriétaire de ses iris bruns et doux, comme attendant la suite. Mais rien ne vint. Le temps semblait s'être suspendu.
« Thranduil ….. » la voix d'Alexandra venait de résonner faiblement dans sa tête. Elle était en vie. Un soupir de soulagement écrasa ses épaules, et il laissa tomber sa selle dans l'herbe fraîche applatie par ses bottes en cuir. A la fois abasourdi, et sonné par la joie de l'entendre à nouveau, il délaissa tout ce qu'il était en train de faire. Oblitérant le monde qui l'étudiait, stupéfié par son comportement insensé, il passa entres les soldats, les pages, son fils, son cousin, tous ceux qui étaient là pour lui, sans même leur accorder une attention. La mine sombre, il retourna sous sa tente, et visant le seul fauteuil qu'il n'avait pas explosé, il s'affala dessus lourdement.
« Vas-tu bien ….?
- Je vais … répondit simplement Alexandra. Mais toute la douleur qu'il perçut en elle, autant physique que psychologique, lui mordit la poitrine.
- Il …
- Non rassure-toi … il ne m'a pas touchée … mais il a fait bien pire ….. fit-elle laconiquement ».
Thranduil l'entendit alors pleurer. Hoquetant sévèrement sous la force de son affliction. Dieux qu'il était éprouvant de la voir ainsi, sans pouvoir lui venir en aide. Le bord des cils du souverain se tapissèrent de larmes brûlantes.
« Dis-moi ce qu'il s'est passé Meleth ….. montre-moi ….. ».
Il n'eut pas besoin d'user d'autorité. Toutes les monstrueuses images se plaquèrent à son esprit. Lui donnant la nausée, le déstabilisant au plus profond de son être, au point de le rendre ivre. Fébrile, il oscillait entre un abattement d'ivrogne et une rancune incroyable.
« Je vais venir te chercher Meleth …. hors de question que tu restes là-bas plus longtemps … nous avons tout ce qu'il faut pour combattre à présent ….
- Thranduil je …. mais sa voix se coupa. Attends, quelqu'un vient …. reste en veille mon amour. Je crois que les choses vont se précipiter ….. ».
C'est ainsi qu'elle coupa la discussion. Thranduil ne put que rester spectateur impuissant de ce qui allait suivre. Décelant dans un recoin de l'esprit de sa compagne, que tout allait en effet, se jouer très rapidement. Il ressentit une peur démente le saisir. Une appréhension intolérable. Quoi qu'il advienne, il décida qu'il était temps de l'extirper de cet enfer.
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Désolée mais mes publications sont plus longues dernièrement. Faute à la vie IRL, mais pas que, comme j'approche de la fin, j'essaye de faire au mieux pour ne rien omettre, et vous offrir un dénouement, qui soit digne de votre patiente lecture.
Si vous avez des questions (qui ne spoileront pas la conclusion de la fic bien évidemment) il est temps de les poser !
Si je peux y répondre avant l'Epilogue, je le ferai ^^
A bientôt, et encore merci pour votre patience :)
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