Créatrice de la saga Twilight : la fabuleuse Stephenie Meyer
Auteure de Wisp : la formidable Cris
Traductrice de la version française intitulée Brindille : Milk40
Merci énormément pour tous vos commentaires, et bonne lecture.
Chapitre 54
Quand on frappa à la porte à la fin de l'après-midi le vendredi suivant, Edward se pressa d'aller y répondre. Presque personne ne se donnait la peine de frapper et, de toute façon, il savait qui l'attendrait sur le seuil.
Il avait passé la majeure partie de la journée à s'assurer que le cottage soit parfaitement propre, allant même jusqu'à passer l'aspirateur une deuxième fois après que Brindille et Bête se soient amusées pendant une demi-heure à rouler et à jouer sur le plancher du salon. Brindille était propre, mais la fourrure noire de Bête se voyait clairement sur le tapis aux teintes pâles.
Il était évident que Brindille savait qu'il se passait quelque chose d'inhabituel. Elle observa Edward avec méfiance pendant qu'il s'affairait, partageant son attention entre lui et son chat, et arrêta son manège seulement quand il lui donna quelque chose pour l'occuper – c'est-à-dire de la nourriture. Elle mangea son déjeuner et son goûter sans faire de chichis, mais il pouvait malgré tout sentir son regard inquisiteur sur lui tandis qu'il essuyait les comptoirs et lavait le plancher de la cuisine.
Il lui avait expliqué à plusieurs reprises que l'une de ses bonnes amies allait venir passer du temps avec eux, mais il doutait qu'elle comprît plus d'un mot ici et là. Une petite partie de lui s'inquiétait de la façon dont elle pourrait réagir à Tanya, mais il se dit que son anxiété était injustifiée. Brindille aimait presque tout le monde, à l'exception notable de la psychiatre diabolique qui l'avait emmenée loin de lui au début. Elle aimait même Garrett, le vieux portraitiste du service de Police, malgré le fait qu'il lui demandait de dessiner des choses qu'elle ne voulait pas dessiner. Diable, elle aimait Rosalie, et Edward lui-même ne l'aimait pas tellement en ce moment. Alors Tanya ? Il était sûr que Brindille réagirait comme elle le faisait toujours – avec un cœur hésitant mais ouvert. Il n'y avait pas de raison pour elle de faire autrement.
Bête disparut en haut des escaliers comme si elle avait été propulsée par un lance-pierres dès que les coups à la porte retentirent. Brindille se raidit, tournant ses grands yeux doux vers Edward comme elle le faisait toujours quand elle était incertaine au sujet de quelque chose. « Rose ? » Demanda-t-elle, même si elle ne semblait pas vraiment croire que Rosalie puisse être de l'autre côté de la porte.
« Non, pas Rose. Je t'ai dit qu'une nouvelle amie allait venir, tu te souviens ? » Edward ferma sa main sur la poignée de porte, regardant le front de Brindille se plisser. Elle était nerveuse, oui, mais bientôt cela s'estomperait. Il s'agissait seulement de Tanya. Il n'y avait aucune raison de s'inquiéter.
Son pouls augmenta légèrement alors qu'il prenait une profonde inspiration et ouvrait la porte. Oui, il s'agissait 'seulement de Tanya', mais il y avait quelque chose… quelque chose d'important au sujet de cette visite. Il n'était pas sûr de pouvoir expliquer exactement ce qu'il ressentait, sauf un désir impatient de la revoir. Le moment passé avec elle à Seattle la semaine précédente avait été tellement agréable – tellement normal. Pas sa nouvelle normalité, mais la normalité ordinaire – la normalité des gens qui ne vivaient pas avec une jeune femme dont les aptitudes mentales s'apparentaient à celles d'un enfant en bas âge.
La porte s'ouvrit pour révéler la silhouette longiligne de Tanya cachée sous un grand parapluie noir alors que dehors il tombait des cordes. Le crépuscule rôdait dans les arbres autour de la maisonnette, et Edward s'empressa de l'inviter à l'intérieur.
« Ne reste pas sous la pluie ! Entre et laisse-moi te débarrasser de ça. » Il ferma la porte et posa le parapluie à l'envers dans le petit vestibule carrelé, puis il tendit les mains pour prendre le manteau de Tanya alors qu'elle l'ôtait de ses épaules.
« Edward ! C'est si bon de te voir. » Elle avait une petite valise avec elle, qu'elle appuya contre le mur en avançant pour l'étreindre. Ses longs cheveux pâles sentaient le patchouli et la sauge.
« C'est bon de te voir aussi. » Il accrocha son manteau dans le placard du vestibule et revint tout de suite. « Et Tanya, voici Brindille. Brindille, Trésor, je te présente mon amie Tanya. »
Silence.
Brindille était à genoux à côté de la table basse dans le séjour, où elle avait été occupée à dessiner avec ses crayons de couleur. Un crayon violet pendait encore entre ses doigts souples, mais ses grands yeux marron voyageaient entre Tanya et Edward. Ses jolies lèvres étaient légèrement entrouvertes, le reste de son corps parfaitement immobile.
Tanya ne parlait pas non plus. Ses yeux bleus froids jaugeaient la fille sur le sol, et quand Edward la regarda, il fut incapable d'identifier l'expression sur son visage. Elle avait l'air… pas exactement étonnée, mais pas exactement contente non plus.
Plusieurs secondes s'écoulèrent dans un silence inconfortable.
Finalement Tanya se déplaça. Elle avança et s'accroupit près de Brindille. « Bonjour, » dit-elle d'une voix qu'Edward n'était pas certain de pouvoir classifier. Son ton n'était pas guindé, et techniquement elle n'avait pas la voix haut-perchée que certaines personnes utilisaient pour s'adresser aux bébés et aux animaux de compagnie, mais ce n'était pas sa voix normale non plus. « Ainsi donc tu es Brindille ? Edward m'a raconté tant de choses à ton sujet. »
Brindille ne répondit pas. Elle fixa Tanya avec ses yeux immenses et n'essaya pas de bouger.
« Je vois que nous avons un sens de la mode similaire. »
Elles portaient toutes les deux un pantalon de yoga noir. Tanya avait plusieurs épaisseurs de débardeurs en coton moulant pour aller avec le sien, tandis que Brindille portait un haut en laine polaire, mais à part sa robe de Noël, les vêtements ne semblaient jamais avoir beaucoup d'importance à ses yeux.
À l'exception des chaussettes. Elle adorait ses chaussettes.
« Je vois que tu étais en train de colorier. » Tanya ramassa le dessin inachevé de Brindille sur la table et le regarda. « Edward, as-tu dessiné ça pour qu'elle le colorie ? »
Il renifla un rire amusé. « Je suis nul en dessin. Elle fait ça toute seule. »
« Ah bon ? »
« À moi. » La voix de Brindille tremblait, mais elle tendit ses doigts délicats vers le dessin. « À moi. »
« Je pense qu'elle veut le récupérer. »
« Oh. Bien sûr. » Tanya lui rendit le papier, et Brindille le serra contre sa poitrine. « C'est très réussi. »
« Alice. »
Un léger sourcillement traversa le front de Tanya. « Je m'appelle Tanya. »
« Alice. » Brindille retourna le papier mais n'offrit pas à Tanya de le reprendre. Elle indiqua la figure dans une robe bleue et un tablier blanc, entourée d'arbres à l'allure étrange.
« Oh. C'est vrai. Oui, je suppose que c'est elle. » Tanya lança un regard impuissant à Edward.
Il se contenta de sourire et lui tendit la main, l'aidant à se remettre sur ses pieds. « Ne me dis pas que tu as oublié ton enfance ? Brindille aime le personnage d'Alice au pays des merveilles de Disney presque autant qu'elle aime Peter Pan. Elle peut les dessiner exactement comme dans les films, aussi. » La fierté dans sa voix était frappante.
« Ça fait un petit moment, je dois bien l'avouer. »
« J'imagine. » Edward se balança d'un pied sur l'autre, mal à l'aise. Il était facile d'oublier à quel point la plupart des gens de son âge étaient loin des souvenirs d'enfance que Brindille venait tout juste de découvrir pour la première fois. Pour Brindille, il était tout à fait acceptable d'être obsédée par les films d'animation. Après tout, elle ne les avait jamais vus avant. Tanya, d'autre part, avait dépassé ce stade il y avait des années de ça. Il n'y avait aucune raison pour elle de se rappeler Alice au pays des merveilles ou Peter Pan ; elle n'était pas entourée par eux tous les jours comme l'était Edward.
« Quoi qu'il en soit, je suis ravie de te rencontrer, Brindille. » Tanya sourit, mais il y avait un petit tremblement à la commissure de ses lèvres. « Est-ce que je peux te parler, Edward ? »
« Ouais ? » Il enfonça ses mains dans ses poches. Il ne connaissait que trop bien cette voix faussement enjouée.
« En privé ? »
« Oh. Oui. » Il tendit le bras, la guidant vers la cuisine. Brindille suivit leur progression de ses yeux bruns perçants alors qu'il posait une main légère dans le bas du dos de Tanya. Il pouvait sentir sa curiosité, mais pour une quelconque raison c'était une sensation différente de celle à laquelle il était habitué. Quand il jeta un coup d'œil derrière lui, il n'y avait aucune trace de sourire sur les douces lèvres de Brindille. Son regard inquisiteur était profond et impénétrable.
« Edward… »
« Qu'est-ce qui ne va pas ? » Il pivota pour faire face à Tanya, le mur faisant disparaître Brindille de son champ de vision. Tanya avait l'air infiniment mécontente.
« Tu m'as dit que tu prenais soin d'une petite fille. Cette fille est une adulte. »
« Non, » protesta-t-il. « Ce n'est qu'une gamine. »
« Edward, elle n'a peut-être pas toute sa conscience mentale, mais ce n'est pas une enfant. »
« Elle n'est pas retardée, elle n'a tout simplement jamais eu la chance d'apprendre. »
Tanya ferma la bouche, ses lèvres formant une mince ligne dont Edward se souvenait très bien. Combien de fois, en particulier vers la fin de leur relation, avait-il vu cette même expression sur le visage de Tanya ? Elle ne portait actuellement aucun maquillage, et avait des taches de rousseur et un bronzage inégal après avoir passé du temps en Amérique du Sud, mais cette expression était néanmoins très familière.
« Je suis sérieux, Tanya. Je peux voir que tu n'es pas contente, mais je ne sais pas pourquoi. Qu'est-ce qui te contrarie ? »
« Je ne suis pas contrariée. Je suis juste… surprise, je suppose. »
« Il est clair qu'elle n'est pas ce à quoi tu t'attendais. »
« Non, en effet. » Tanya se dirigea vers la fenêtre de la cuisine, regardant fixement l'obscurité pluvieuse. « Je ne sais pas vraiment à quoi je m'attendais, mais certainement pas à ça. »
Edward attendit. Elle n'avait pas fini de parler. Cette sensation de reprendre leurs vieilles habitudes était tellement familière, même s'ils avaient énormément changé tous les deux. C'était comme enfiler son vieux jeans préféré, longtemps oublié dans le fond d'un tiroir, assoupli avec l'âge, froissé juste aux bons endroits. Il connaissait ce sentiment, le rythme de ces querelles qui n'en étaient pas tout à fait. En ce moment, il trouvait cette familiarité étrangement réconfortante.
« C'est juste que… quand tu m'as parlé de toute l'aide dont elle a besoin quotidiennement… le bain et tout ça… J'ai présumé qu'elle était beaucoup plus jeune. Elle ne l'est pas, cependant, n'est-ce pas ? Elle est petite, mais entièrement développée. »
« Sexuellement, tu veux dire ? Le docteur n'en est pas certain à cent pour cent. Elle vient juste d'avoir ses premières règles, et le docteur dit qu'elle pourrait grandir un peu plus à mesure que sa nutrition s'améliore et que son corps sort du mode de survie. »
« Mais à toutes fins pratiques, physiquement elle est une adulte. Elle a des hanches et des seins, de toute évidence. »
Edward releva une épaule. « Ouais, je suppose ? Je suis juste curieux de savoir pourquoi ça importe. »
« Parce que tu es un homme et qu'elle est une femme ? Parce que je suis… simplement surprise, je suppose, que l'État te l'ait confiée, dans ces circonstances. »
« Ce n'est pas comme ça. Je t'ai dit que ce n'était pas comme ça. Je veux dire, tu as des clients masculins. Quelle différence y a-t-il entre toi massant un homme, et moi aidant Brindille à prendre son bain et à s'habiller ? »
« Je ne sais pas, » répondit-elle honnêtement. « Je sais seulement qu'il y en a une. » Elle émit un rire nasal. « Peut-être que c'est parce que c'est tellement plus intense dans ton cas. »
« Mm. » Edward baissa la tête en réfléchissant. « Comment ça ? » Il choisit de ne pas évoquer les occasions où Brindille avait délibérément tenté de l'intéresser sexuellement. « Tu as sûrement dû avoir au moins un mec qui a eu une érection sur ta table de massage. »
« Oui, bien sûr. C'est une réaction physique naturelle. Ils sont généralement tellement embarrassés à ce sujet, et je tente de les aider à en rire, tu sais ? De leur montrer que, bien que je ne vais pas stimuler leurs organes génitaux, il n'y a rien du tout d'intrinsèquement honteux à leur réaction. Mais c'est différent pour vous deux. » Elle fit une pause, regardant distraitement la porte, bien que Brindille ne fût pas visible sous cet angle. « Peut-être que c'est la composante émotionnelle. Je ne sais pas. Je sais juste que je me sens mal à l'aise vis-à-vis cette situation, et je trouve que l'État devrait éprouver la même chose. Je veux bien te soutenir, Edward, mais ce n'est pas normal pour un homme sain de ton âge de prendre soin d'une femme avec qui, dans d'autres circonstances, il pourrait envisager de sortir. »
« Je ne sors pas avec Brindille. Bien sûr, je passe beaucoup de temps avec elle, mais elle en a besoin. »
« Elle a besoin de toi, tu veux dire. »
Edward hésita. Ceci était un territoire dangereux. Il pouvait entendre la jalousie dans la voix de Tanya, mais il ne pouvait sincèrement pas la comprendre. Pourquoi serait-elle même jalouse de Brindille ? C'était une femme accomplie qui avait une profession dans laquelle elle excellait. Elle était belle et intelligente, et pouvait probablement avoir presque tous les hommes qu'elle voulait. Brindille ne pouvait même pas marcher ou parler convenablement. Qu'est-ce que l'une pourrait bien vouloir, que l'autre avait ?
« Elle a besoin d'aide, » dit-il lentement, essayant de choisir des mots dépourvus d'hostilité alors qu'il formulait sa réponse. « Et elle m'a choisi pour la lui donner. Ou bien c'est le destin, ou quelque chose comme ça. Elle a confiance en moi, et elle a besoin d'avoir confiance en celui qui s'occupe d'elle. J'avais du temps à ma disposition, alors j'ai accepté de faire ce que je pouvais. » Judicieusement, il ne dit pas un mot au sujet de sa quête pour ravoir Brindille quand on la lui avait enlevée. Il n'était pas nécessaire pour Tanya de savoir combien il avait été désespéré de la récupérer, et cela ne ferait que l'irriter davantage. Sa relation avec Brindille était complètement platonique, mais pour une raison quelconque cela dérangeait Tanya, aussi fit-il de son mieux pour minimiser son implication dans le développement de la situation.
« Elle a peut-être besoin d'aide, » répliqua Tanya, « mais ce n'est pas la seule raison pour laquelle elle est ici, n'est-ce pas ? »
Edward frotta sa mâchoire avec ses doigts, sentant sa douceur inhabituelle – il avait été extrêmement soigneux avec le rasoir ce matin. « Où veux-tu en venir ? Je ne comprends vraiment pas. Tout ça te convenait très bien jusqu'à ce que tu la voies. »
« Parce que tu me l'avais décrite comme une petite fille ! » Elle éleva la voix, puis la baissa brusquement de nouveau avant qu'Edward ne puisse l'avertir que les éclats de voix perturbaient Brindille. « Elle n'est pas une petite fille, » poursuivit-elle dans un quasi murmure. « Et je ne sais pas si tu l'as réalisé, mais elle, je peux t'assurer qu'elle l'a compris. »
Un chatouillement dérangeant serra les entrailles d'Edward. « Je t'ai dit qu'elle a été abusée sexuellement Dieu sait combien de fois dans sa vie. Elle n'a aucune idée de ce à quoi ressemblent des relations appropriées. »
« Et tu ne l'aides pas avec ça. » Tanya croisa les bras sur sa poitrine. « Elle est trop proche de toi en âge pour que ceci soit approprié, Edward. Pourquoi ne peux-tu pas le voir ? »
Edward fit de son mieux pour respirer lentement et calmement. Qu'était-il arrivé à l'offre de Tanya de venir au cottage avec des cristaux pour Brindille ? À quel moment ce week-end sympa entre adultes avait-il pris la tournure d'un interrogatoire de la Gestapo ? De plus en plus, il voyait et entendait l'ancienne Tanya refaire surface. Le petit mouvement de son menton en parlant, la torsion de ses lèvres en signe de mécontentement, comme si elle goûtait quelque chose de déplaisant. Même la façon dont elle se tenait, tendue et verticale, sans la touche de désinvolture qu'elle semblait avoir acquise au Venezuela. « Si elle était une adulte physiquement, mentalement et émotionnellement, alors peut-être. Mais ce n'est pas le cas. » Cela, il le croyait fermement. « Si elle fait quelque chose d'inapproprié, ça ne veut rien dire pour elle. Elle ne sait pas ce qu'est une relation amoureuse, elle ne connaît que le sexe. Et pour elle, le sexe a toujours été une monnaie d'échange. Il lui faudra du temps pour apprendre vraiment qu'elle n'a plus besoin d'échanger de cette façon-là. »
« Elle ne sait pas ce qu'est une relation amoureuse ? Vraiment ? » Elle pencha la tête sur le côté en le dévisageant avec des yeux bleus ardents. « Sais-tu ce que j'ai vu dans l'autre pièce ? J'ai vu une fille qui croit résolument qu'elle a trouvé son conte de fées dans lequel les protagonistes vivent heureux jusqu'à la fin des temps. »
« Elle ne connaît même pas cette expression, et ça devrait te faire comprendre quelque chose. » Edward se surprit à rire à l'absurdité de l'affirmation de Tanya. Brindille ne le considérait pas comme son prince charmant. Elle n'avait aucun point de référence pour faire cette connexion ; le romantisme n'avait jamais existé dans sa vie avant, à sa connaissance. Les hommes qui gardaient des filles comme des possessions n'avaient pas tendance à aborder les affaires de cœur. En ce sens, Brindille avait la maturité émotive d'un nourrisson. Même les petits enfants connaissaient les contes de fées. Peut-être que Brindille le considérait comme son héros, mais ce n'était pas la même chose du tout. Tanya n'avait rien à craindre.
« Le cœur veut ce que le cœur veut, » déclara-t-elle, ne le croyant visiblement pas. « Juste parce que tu ne lui as jamais lu Cendrillon, ça ne veut pas dire qu'elle ne connaît pas le concept de l'amour avec un grand A. Ne la sous-estime pas comme ça. »
La sous-estimer ? Lui ? Jamais. Edward était en fait quelque peu offensé par l'idée. Il ne croyait tout simplement pas qu'elle comprenait, à la base, un concept culturel. Au final, leur argumentation se résumait à des points de vue philosophiques différents. Tanya croyait qu'une compréhension du sentiment amoureux était inhérente à la condition humaine, et il n'était pas de cet avis. Tout ce que Brindille avait connu jusqu'à présent dans la vie était la survie. Cela ne signifiait pas qu'elle n'avait pas la capacité d'apprendre d'autres schémas émotionnels, mais il croyait que ceux-ci devaient être modélisés et enseignés. Tanya n'était clairement pas d'accord.
Mais exposer leur argumentation en termes sociologiques n'allait pas très bien se passer – il l'avait appris à ses dépens quand Tanya et lui étaient encore ensemble. Elle détestait être 'analysée', comme elle disait. Alors Edward laissa tomber. « Écoute, » dit-il plutôt, « je te demande juste… d'essayer ? Tu as fait tout ce chemin. Essayons de recommencer, et contentons-nous de voir comment ce week-end va fonctionner, d'accord ? Si tu es toujours mal à l'aise après, tu n'auras pas à revenir. » Il était tout de même assez mature pour admettre qu'il serait pas mal déçu si cela se produisait. Le temps qu'ils avaient passé ensemble à Seattle était encore frais dans son esprit. Ils s'étaient très bien entendus, et il lui fallait plus de compagnie adulte dans sa vie. Brindille était la plus adorable de toutes les personnes qu'il avait jamais eu l'occasion de rencontrer, mais elle ne pouvait pas être tout pour lui, pas plus qu'il était juste de s'attendre à ce qu'elle le soit.
Heureusement, Tanya décida de ne pas insister sur la question. Au lieu de cela, elle secoua la tête comme pour reléguer leur petite querelle aux oubliettes, ferma les yeux pendant cinq secondes, et quand elle les rouvrit, elle sourit. « Alors, qu'est-ce qu'il y a pour le dîner ? As-tu besoin de mon aide ? »
Edward respira lentement, essayant de réinitialiser son esprit et de chasser la frustration ahurie que cette dispute totalement inattendue avait générée. « Je pensais à un truc facile à préparer – des pâtes ? Je suis à peu près sûr qu'il y a des aubergines dans le réfrigérateur. » Esmée prenait soin de garder sa cuisine bien approvisionnée, mais Edward se demandait quand ce serait le bon moment pour essayer d'amener Brindille faire les courses à l'épicerie. S'il pouvait trouver un moyen d'y arriver, ce serait une bonne incursion dans le monde extérieur, et ça lui procurerait un peu plus d'autonomie.
« C'est un bon plan. Est-ce que… Brindille… mange de l'aubergine ? » Tanya traversa la cuisine et ouvrit le réfrigérateur, regardant à l'intérieur.
« Elle mange presque tout, » dit Edward avec un haussement d'épaules. « Pas d'oignon cru ou de vinaigre. Jusqu'à présent, je pense que ce sont les seules choses qu'elle n'aime pas. »
Normalement Brindille l'aidait maintenant à cuisiner la plupart des repas, mais ce soir-là Edward la laissa dans le living-room pour dessiner. Tanya prit sa place, commençant une sauce tandis qu'il tranchait le pain et faisait bouillir l'eau, tous les deux s'affairant l'un autour de l'autre avec les gestes des gens habitués à partager l'espace. Il ne fallut pas longtemps pour achever les préparatifs – une fraction du temps qu'il fallait quand Brindille l'aidait, puisqu'il devait alors superviser toutes les tâches qu'il lui donnait pour s'assurer qu'elle les faisait bien et ne se blessait pas.
« Brindille ne mange pas à la table, » rappela Edward à Tanya quand elle commença à mettre les couverts.
« Oh. C'est vrai. » Elle fronça les sourcils, puis haussa les épaules. « Il y a plein de gens dans le monde qui n'ont même pas de table pour manger de toute façon. » Elle ramassa les assiettes et les tendit à Edward, le laissant les remplir avant d'apporter la sienne dans le salon. « Ici, c'est ça ? » S'enquit-elle alors qu'Edward la suivait, tenant son assiette et celle de Brindille. « Elle va manger ici ? »
« Tant qu'elle n'a pas à s'asseoir sur une chaise. »
Brindille le regarda avec d'énormes yeux blessés. Elle avait soigneusement rangé ses crayons de couleur et son papier, et elle était simplement assise à la table basse. D'une manière ou d'une autre, elle savait qu'elle n'avait pas besoin d'offrir son aide dans la cuisine.
Mais lorsqu'Edward s'installa aux côtés de Tanya sur le canapé, après avoir déposé l'assiette de Brindille à sa place habituelle, elle leva les bras vers lui, implorante.
Sans hésitation, il la souleva et la mit sur ses genoux. C'était une réaction tellement inconsciente que son poids léger reposa sur ses jambes avant que son cerveau ne réalise ce qu'il venait de faire. Elle s'enfouit dans sa poitrine avec satisfaction, observant Tanya depuis sa place accoutumée.
Edward frotta son nez sur le côté de sa tête. « Pourquoi es-tu timide en présence de Tanya, hein ? » Demanda-t-il, reprenant son assiette sur la table à café. Il la tint dans une main et offrit une bouchée de penne à Brindille avec l'autre. Elle la prit délicatement, son corps se fondant doucement contre le sien, comme cela lui arrivait toujours.
« Edward Anthony Cullen, je ne peux pas croire que ça s'est produit. »
« Quoi ? » Il prit une bouchée dans sa propre assiette. Oui, il savait que Tanya avait exprimé certaines réserves au sujet de sa situation avec Brindille, mais quand elle était nerveuse, qu'était-il censé faire ? Juste l'ignorer ? Tanya n'avait pas beaucoup interagi avec elle, alors bien sûr que Brindille était nerveuse. Ça changerait avec le temps. Il lui offrit une bouchée d'aubergine, la regardant mâcher le légume inconnu. « Est-ce que tu aimes ça ? »
« Um, » approuva-t-elle, le récompensant avec son sourire doux et innocent. Ses yeux se posèrent sur Tanya pendant un moment, puis revinrent à lui. La pauvre, elle était encore si incertaine.
« Edward, s'il te plaît, dis-moi que tu n'as pas une femme de vingt ans assise sur tes genoux, en train de manger dans ta main ? »
« Elle est juste un peu nerveuse parce qu'elle ne te connaît pas. »
« Foutaise. »
Brindille se blottit contre lui, laissant échapper un petit gémissement pitoyable.
« Tu vois ? Elle est fragile. On ne peut pas la traiter comme une personne normale de son âge, parce qu'elle ne l'est tout simplement pas. »
« Et tu ne peux pas la traiter comme un enfant en bas âge, parce qu'elle n'a pas deux ans non plus, Edward ! As-tu vu la façon dont elle m'a regardée ? »
« Je te l'ai dit, elle est nerveuse. » Il offrit une autre bouchée à Brindille. « Elle a besoin d'être abordée avec chaleur et compassion. Peux-tu faire ça ? »
« Peux-tu lui faire quitter tes genoux ? »
« Je ne veux pas qu'elle pleure. »
Tanya prit une profonde inspiration. « Edward, j'essaye vraiment très fort en ce moment. Mais toi… ceci… Te rends-tu compte à quel point c'est tordu ? Je veux dire, en as-tu la moindre idée ? Ou bien es-tu trop profondément impliqué pour voir les choses telles que je les vois ? »
« Quelqu'un – je pense que c'était Foucault – a dit que personne ne peut voir une situation avec précision de l'intérieur. Je ne sais pas si je suis d'accord, mais il semblerait que tu le sois. »
« Uniquement parce que tu te comportes comme si tu étais cinglé en ce moment. Tu as une femme sur tes genoux avec laquelle tu ne vis pas une relation amoureuse, et tu la fais manger dans ton assiette. Elle était très bien sur le plancher jusqu'à ce que tu t'asseyes à côté de moi, et là tout à coup, elle pleurniche et tu cèdes. Et tu penses que c'est normal ? »
« Non, bien sûr que non. » Edward mordit dans sa nourriture, accrochant accidentellement le côté de sa langue entre ses dents. Il marmonna un juron alors que le goût métallique du sang se mélangeait à celui de l'ail dans sa bouche. Cette discussion lui donnait la migraine. « Mais il se trouve que c'est ma normale. C'est comme ça que je vis en ce moment. » Oui, c'était fou, peut-être. Mais il était responsable du bien-être de Brindille, et cela incluait sa santé émotionnelle. Si elle était craintive ou incertaine, il ferait tout en son pouvoir pour arranger les choses. « Pouvons-nous ne plus faire ça ? S'il te plaît ? Tu vas juste devoir accepter le fait que les choses sont un peu bizarres en ce moment. Nous travaillons là-dessus, je le jure. Veux-tu une bière ? J'ai bien peur qu'il n'y ait pas de vin. »
Tanya laissa échapper un profond soupir. « Ouais, » dit-elle, « très bien. Mais je ne vais pas arrêter de te dire combien je trouve ça dingue. »
Edward se leva, embrassant le front de Brindille en la déposant sur le sol. Elle geignit, tendant les bras vers lui. « Je reviens tout de suite, » promit-il, lissant d'une main ses cheveux soyeux. « Je promets, je vais juste chercher les boissons. »
Quand il eut disparu dans la cuisine, Brindille leva ses yeux bruns immenses et étudia Tanya, qui la dévisagea en retour.
« Hey, Chica, » dit-elle, trop bas pour qu'Edward puisse l'entendre. « Tu es très intelligente, tu le sais ça ? Mais je vois exactement ce que tu fais, et à la longue ça ne fonctionnera plus. Tu vas devoir le partager à présent que je suis de nouveau dans le paysage. Il se peut que ça prenne un certain temps, mais je vais lui ouvrir les yeux. Je ne vais pas t'enlever ton tuteur, mais il n'est pas ton prince charmant, et tu vas devoir comprendre ça tôt ou tard. »
Brindille ne dit rien, et il était impossible de savoir si elle avait compris le sens des paroles de Tanya. Mais quand Edward revint, il la reprit sur ses genoux et elle observa Tanya depuis son endroit préféré alors qu'il continuait de la cajoler pour qu'elle mange.
Elle avait gagné le premier round.
Mille mercis à mlca66 pour sa relecture de ce chapitre.
À bientôt.
Milk
