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Seyrarm à Jun
(billet)
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Ma bonne Marquise, il me semble que le sort conspire contre nous. Je suis si malheureuse ! Hélas, je ne puis répondre à votre invitation : je suis bien malade depuis hier. J'ai passé une nuit affreuse et je ne puis sortir aujourd'hui. Je le voudrais tant, mais Anna me l'a défendu.
Moi qui me faisais une joie de vous enfin retrouver ! J'ai tant langui de votre absence ! Ah ! j'aurais voulu vous dire ceci de vive voix ! Mais il me semble qu'un pouvoir surnaturel nous éloigne l'une de l'autre et veuille qu'enfin je l'écrivisse… Il me faut donc m'y résigner, je n'y tiens plus de garder cela pour moi. Ma tendre amie, devinerez-vous ce qui m'afflige ? On me marie. Je ne sais point son nom et l'on n'a rien voulu me dire, excepté qu'il s'agit d'une union fort avantageuse, dont je ne pourrai que me glorifier. Je ne sais si je dois me réjouir ou m'attrister de cette nouvelle, mais je me tourmente de ne rien savoir de sa personne ! Ce monsieur est-il donc bien laid pour qu'on me le cache ? Ma tendre amie, vous qui savez parler à Anna, sauriez-vous lui faire dire son nom, rien que son nom ? Je suis faible, j'ai pleuré toute la nuit et ma tête est lourde. Je ne pourrai retrouver le sommeil tant que l'on persistera à ne me rien dire. Si vous avez quelque amitié pour moi, je sais que vous le ferez !
Adieu, je vous embrasse de tout mon cœur !
Seyrarm
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De l'hôtel de F***, ce 31 Mai 17**
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