C'est LE chapitre où vous ne comprendrez peut-être pas grand-chose si vous n'avez pas lu L'armée...

Pour me faire pardonner le méchant cliff du dernier chapitre, j'ai publié vite vous avez vu? ^^

Enjoy & Review


Yes or no. In or out. Up or down… Live or die. Hero or coward. Fight or give in. I'll say it again to make sure you hear me. A human life is made up of choices. Live or die - that's the important choice, and it's not always in our hands.

Derek ShepherdGrey's Anatomy : 'Sanctuary'

Oui ou non. Dedans ou dehors. En haut ou en bas… Vivre ou mourir. Héros ou pleutre. Se battre ou abandonner. Je vais le redire pour être sûr que vous m'entendiez. Une vie humaine est faite de choix. Vivre ou mourir : c'est ça le choix important, et il ne dépend pas toujours de nous.

Derek ShepherdGrey's Anatomy : 'Sanctuary'

Chapitre 53 : Live or Die

Harry déambulait le long du quai.

Il ne savait pas précisément comment il s'était retrouvé à King Cross. Il se souvenait du cimetière… Il se souvenait avoir combattu Bellatrix… Il se souvenait s'être jeté devant ses parents… Il n'avait pas aperçu d'éclair vert mais c'était pourtant ce qui avait dû se passer. Il était certain d'avoir entendu la formule du sort de mort.

Il se souvenait du moment où le maléfice avait touché sa poitrine : ses poumons s'étaient figés, son cœur avait cessé de battre et il était mort. Il savait qu'il était mort. Cela n'avait pas dû prendre plus d'une seconde et, pourtant, il avait eu l'impression que mourir lui avait pris des jours. Il n'avait pas eu mal. C'était comme s'endormir à la fin d'une longue journée…

Mais il ne se souvenait pas de comment il était arrivé là.

Il savait qu'il était à King Cross, il reconnaissait le sol en béton et les piliers en briques, mais il n'avait aucune idée de ce qu'il était supposé y faire.

La gare était totalement silencieuse et le crissement de ses baskets à chacun de ses pas résonnait bizarrement.

Il n'était pas seul.

Des silhouettes fantomatiques erraient tout autour de lui, visiblement aussi perdues que lui. Elles ne réagissaient pas à sa présence. Elles ne paraissaient pas conscientes de ce qui les entourait.

Harry avait cessé de les aborder lorsqu'il avait aperçu son propre double vagabonder de l'autre côté du quai. Il n'était pas le seul visage familier. Il avait également vu divers membres de la famille Malfoy et Rosier à différents âges. Les autres, il ne les avait pas reconnus.

Bizarrement, il n'avait pas peur.

Il ne tarda pas à arriver au pilier qui séparait la voie 9 de la voie 10. Il posa la main à plat sur la pierre et poussa. Sa main s'enfonça comme dans du beurre mais la sensation n'était pas du tout celle à laquelle il était habitué. Il devina, avec certitude, que s'il traversait, il ne se retrouverait pas sur le quai du Poudlard Express.

Découragé, il se laissa tomber sur un banc, pas très loin de l'entrée de la voie 9 ¾ et se frotta les yeux.

Snape-Prince était sans doute furieux…

À la seconde où l'idée lui traversa l'esprit, il sut que ce n'était pas vrai. Snape-Prince ne devait pas être furieux mais dévasté. Curieusement, à présent, il ne doutait plus de son affection. Il avait l'impression que quelqu'un avait allumé un énorme projecteur et l'avait braqué sur sa vie entière, il ne restait plus la moindre zone d'ombre.

« Potter ? » hésita une voix familière.

Harry sursauta et releva brusquement la tête.

Draco Malfoy se tenait debout devant lui. Son uniforme était froissé et sa cravate verte et argent pendait de sa poche. Ses yeux gris étaient braqués sur Harry et scrutaient son visage presque avec… espoir. Le Survivant éprouva le même soulagement qu'il voyait peu à peu envahir le regard de son rival. Malfoy n'avait pas l'air d'être tout à fait là mais, contrairement à toutes les autres présences spectrales qui flottaient autour d'eux, il n'était pas totalement transparent et paraissait capable de le voir.

« Malfoy ? » tenta-t-il, avec la même hésitation que le Sang-Pur.

« Pourquoi es-tu déguisé en Serpentard ? » demanda Malfoy, en observant la cravate qui pendait mollement autour de son cou, avec horreur.

La question était tellement incongrue qu'Harry manqua éclater de rire. Il mit cela sur le compte de l'adrénaline et d'un petit peu d'hystérie. On avait bien le droit d'être un peu hystérique, quand on était mort.

« Longue histoire. » répondit Harry, en haussant les épaules.

Il enfouit les mains dans ses poches et fixa le quai du regard. Il avait la sensation d'attendre quelque chose mais d'avoir oublié quoi.

« Si tu es là, je suppose que je suis vraiment mort. » déclara Malfoy, en s'asseyant à côté de lui, sur le banc. « Et si tu es la seule personne qui peut me voir pour le reste de l'éternité, je dois être en enfer. »

« King Cross remplie de fantômes complètement apathiques et toi pour seule compagnie… Oui, c'est l'enfer. » répliqua Harry, avec agacement.

« Inutile de le prendre sur ce ton là, Potter. » riposta immédiatement Malfoy, en plissant les yeux. « Qu'est-ce que tu veux dire 'King Cross remplie de fantômes' ? »

D'un large geste du bras, Harry désigna les silhouettes diaphanes qui évoluaient autour d'eux.

« Si tu ne les vois pas, il te faut des lunettes. » lâcha-t-il.

Malfoy lui jeta un regard mauvais.

« Parlant de lunettes, tu as retrouvé la vue miraculeusement ? » se moqua le Serpentard. « Ou est-ce que la mort fait des miracles ? »

Il fallut plusieurs secondes à Harry pour comprendre ce dont l'autre garçon parlait. Il s'était habitué aux lentilles et les portait depuis tellement de mois qu'il n'y pensait même plus.

« Ce ne sont pas des fantômes, Potter. » reprit Malfoy, sans lui laisser le temps de s'expliquer. Non pas qu'il aurait consenti à lui expliquer quoi que ce soit de toute manière. « Mais je les vois et nous ne sommes pas à King Cross. »

Harry fronça les sourcils et se tourna légèrement vers lui. À quelques mètres d'eux, deux fantômes de Lucius se télescopèrent sans paraître s'en rendre compte. Comment pouvait-il exister deux spectres de la même personne au même endroit ?

« Et où crois-tu qu'on soit ? » rétorqua Harry. « La voie 9 ¾ est juste là. »

« Je suis dans un pré sur le domaine des Malfoy. » répondit le Serpentard. « Le lac est là. Là, il y a l'Ethonan que ma mère m'a offert pour mes huit ans. Et par là-bas, il y a la forêt. »

Malfoy venait de lui désigner successivement les quais, la machine à composter les billets et le fond de la gare.

« Es-tu là depuis la tempête magique ? » continua le Serpentard.

« La tempête magique. » répéta Harry bêtement, parce qu'il ne voyait pas pourquoi l'autre garçon avait l'air de plus en plus soulagé. « Non. J'ai pris un Avada Kedavra. »

« Parfait. » commenta Malfoy, d'un ton beaucoup trop réjoui. « Bonne nouvelle, nous ne sommes pas morts. Mauvaise nouvelle, nous sommes dans les limbes. Deuxième mauvaise nouvelle, pour une raison indéterminée, nous sommes coincés ensemble. »

Dans les limbes ?

« Ce qui veut dire ? » demanda-t-il.

« Ce qui veut dire que tu es la seule personne à pouvoir me voir. » grinça Malfoy. « Et que tu n'aurais pas été mon premier choix. »

C'était fou les miracles que fréquenter Severus avait eu sur sa patience…

« Les limbes, Malfoy. » explicita-t-il, en s'exhortant au calme. Il n'avait pas besoin de frapper le Serpentard. Il avait passé les derniers mois à se dire que les Maraudeurs étaient plus agaçants que Malfoy. Il était clair qu'il avait oublié à quel point Malfoy était agaçant, mais tout de même, s'il avait résisté à la tentation de flanquer son poing dans la figure de son parrain… « Comment sais-tu qu'on est coincés dans les limbes ? »

Le Sang-Pur leva les yeux au ciel comme si c'était l'évidence.

« Nous ne sommes pas passés de l'autre côté. Pas totalement du moins. » expliqua le garçon, de son ton aux accents trainants qui n'avait pas du tout manqué à Harry. « Quelque chose nous retient. Si les légendes sont vraies, on a le choix entre reculer ou avancer. »

Reculer ou avancer…

« Je suis dans une gare et tu es perdu dans un pré. » contra-t-il. « Comment veux-tu qu'on avance ou qu'on recule. Il n'y a rien que des fantômes, ici. »

La bouche de Malfoy était pincée.

« Les limbes… » hésita le Serpentard. « C'est le symbolisme qui compte. Pomme est là pour m'emmener vers… Pour m'emmener de l'autre côté. Je n'ai pas encore trouvé le chemin pour rentrer. »

Il détectait de la peur dans la voix de Malfoy. Et il avait soudain un peu moins envie de le frapper…

« Pomme ? » releva-t-il, éprouvant le besoin de changer brièvement de conversation.

Le Serpentard leva les yeux au ciel.

« Oh, ça va, Potter. » marmonna Malfoy. « J'avais huit ans et j'aimais les pommes. »

Il s'efforça de ravaler son fou rire mais ne put cacher son sourire légèrement moqueur. Malfoy se renfrogna.

« C'est quoi comme animal ? » demanda-t-il, parce qu'il n'avait aucune de ce qu'était un Ethonan.

Le blond n'eut pas l'air très impressionné par son manque de culture.

« J'ai peut-être appelé mon animal Pomme. » répliqua Malfoy « Mais au moins je n'ai pas les capacités mentales d'un veracrasse. »

Vexé, Harry se détourna et observa un autre Lucius passer non loin de lui. Il y avait beaucoup de Lucius.

« C'est un cheval ailé. » lâcha Malfoy, au bout de plusieurs minutes de silence.

Cette fois-ci, Harry ne cacha pas son rire moqueur.

« Tes parents t'ont offert un poney volant pour tes huit ans. » exposa Harry. « Pas étonnant que tu sois pourri gâté. »

« Au moins j'avais des parents. » répliqua froidement Malfoy.

Il détourna la tête mais la douleur qu'il s'attendait à éprouver ne vint pas.

À présent, il savait ce que ça faisait de prendre Lily dans ses bras. Il connaissait le rire de James. Et… pour le reste, il avait Snape-Prince.

À quoi bon se lamenter sur ce qu'il n'avait jamais connu ?

« Comment sais-tu que Pomme est là pour t'emmener de l'autre côté ? » s'enquit-il, fier de lui pour ne pas avoir ricané en prononçant ce nom ridicule. Ce qu'il aurait voulu demander, au fond, c'est si Malfoy savait ce qu'il y avait de l'autre côté. Il n'osa pas.

« Je le sens. » répondit Malfoy, au bout d'un moment, avant de regarder autour de lui d'un air perdu. « Si seulement je trouvais l'autre chemin… »

Harry hésita.

« Je crois que j'ai trouvé la sortie. » offrit-il. « Je crois que c'est la voie 9 ¾. Je… Je le sens. »

Il savait, même. Il le savait avec la même certitude qu'éprouvait Malfoy en regardant son poney ailé.

Les yeux gris le dévisageaient avec tant d'intensité qu'il fut incapable de les soutenir et détourna la tête.

« Qu'est-ce que tu fais encore là, dans ce cas ? » demanda Malfoy. « Pourquoi n'es-tu pas encore ressuscité ? C'est ta spécialité, après tout. »

Harry déglutit difficilement. Il n'aurait jamais choisi son rival pour ce genre de conversation. Il n'aurait jamais choisi Malfoy pour quoi que ce soit.

« Je ne suis pas sûr d'en avoir envie. » avoua-t-il, du bout des lèvres.

Il aurait pu refuser de s'expliquer mais il avait besoin de le dire, de le confesser. Parce que choisir de mourir quand il avait la possibilité de quitter les limbes lui semblait la pire des lâchetés alors il se devait, au moins, d'affronter cette faiblesse en face.

« Oh. » lâcha Malfoy, avec surprise, avant de se reprendre. « Comment t'es-tu retrouvé dans les limbes, de toute manière ? Les gens normaux n'ont pas l'habitude de se réveiller après un Avada Kedavra… »

Harry hésita.

Il avait gardé des secrets depuis tellement de temps qu'expliquer simplement les choses ne lui paraissait plus naturel.

« Et toi ? » botta-t-il en touche.

« Subtil. » décréta Malfoy.

Autre chose qui ne lui avait pas manqué chez cet abruti ? Ses sarcasmes.

« J'ai également été touché par un Avada. » soupira quand même Malfoy, comme si c'était plus fâcheux qu'autre chose. « Seulement, j'ai de la ressource. Tout le monde n'est pas naturellement immunisé comme toi. »

Il choisit d'ignorer le mépris qui teintait chacun des mots de sa dernière phrase.

« Je ne suis pas naturellement immunisé contre l'Avada Kedavra. » s'agaça-t-il.

« C'est tout de même la deuxième fois. » remarqua Malfoy.

« Ce que tu peux être insupportable ! » s'exclama-t-il. Il avait pensé qu'après des mois passés avec des Serpentards, il aurait été capable de supporter Malfoy plus d'un quart d'heure, mais… non.

« C'est ce que disent tous les Gryffondors. » répondit le Sang-Pur, avec amusement. « Tu n'as pas répondu à ma question. »

« Un, il n'y avait pas de question, juste une insinuation. » lâcha Harry. « Deux, tu n'as pas répondu à la mienne. »

Cette joute verbale semblait irriter Malfoy autant que lui.

Harry aurait parié qu'il refuserait de s'expliquer simplement pour continuer à lui taper sur les nerfs et, à voir son expression, Malfoy l'envisagea très sérieusement. Ils s'affrontèrent du regard plusieurs minutes, puis le Serpentard détourna les yeux et poussa un profond soupir, comme pour mieux lui faire comprendre à quel point il le trouvait ennuyeux. Harry en avait autant à son service mais avait appris à ne pas contrarier un serpent lorsqu'il avait besoin de quelque chose.

Lentement, Malfoy déboutonna le deuxième bouton de sa chemise – ajoutant un peu plus à son aspect négligé – et extirpa une lourde chaine de sous ses vêtements. Au bout de la chaîne pendait une pierre ovale d'un noir d'obsidienne sur lequel était gravé le P des Peverell.

« C'est… » commença à expliquer Malfoy, mais Harry ne le laissa pas terminer.

« J'ai la même. » lâcha-t-il.

« Impossible, elle est unique. » riposta le Serpentard.

Harry enleva sa cravate et la laissa tomber par terre, puis sortit l'amulette de sous sa chemise. Il commençait à comprendre.

« C'est à cause de l'amulette ! » s'écria-t-il, en la collant sous le nez de Malfoy.

« Tu ne devrais pas pouvoir la toucher. » déclara le Sang-Pur, mais Harry balaya son argument d'un revers de main.

« Tous les autres… » expliqua-t-il, en montrant les fantômes. « Ils ont une amulette. »

« Elle est unique. » répéta Malfoy. « Et ce sont des hallucinations. Mon père n'est pas mort. Et même s'il était mort, il ne pourrait pas être à quatre endroits à la fois. »

Il y avait effectivement quatre Lucius autour d'eux.

« Ils appartiennent à des réalités différentes. » affirma Harry. « Ils ne se voient pas entre eux, c'est pour ça qu'ils ne réagissent pas quand on leur parle. Nous, nous sommes une anomalie. J'arrive à te voir parce que tu es mon Malfoy. »

Le Serpentard le regarda fixement plusieurs secondes puis secoua la tête.

« Admettons, c'est sensé. » décréta Malfoy. « Nous pouvons communiquer parce que nous venons de la même réalité. Ne dis plus jamais que je suis ton Malfoy, Potter, il y a suffisamment de rumeurs comme ça. »

« Quelles rumeurs ? » s'horrifia-t-il. Il n'avait pas besoin du genre de rumeurs que sous-entendait Malfoy.

« Aucune importance. » soupira Malfoy. « Comment t'es-tu débrouillé pour te retrouver face à un Avada Kedavra ? »

« Est-ce que ce ne serait pas plutôt à moi de poser cette question ? » demanda-t-il distraitement, en se penchant légèrement en avant pour scruter le bout du quai. La dernière fois qu'il l'avait vu, Malfoy n'était pas particulièrement en danger de se retrouver face à un sort de mort. Il était curieux de savoir qui avait finalement craqué et cédé aux envies de meurtres que provoquait parfois le blond. Peut-être qu'il pourrait leur envoyer des fleurs…

Il s'en voulut un peu de prendre le problème à la légère. Ce n'était pas une plaisanterie. Quoi qu'il soit arrivé à Malfoy, il en était mort. Ça n'avait rien de drôle. Il était mort.

Il était mort.

Harry était mort.

Dans un nuage de fumée, une locomotive rouge à l'allure ancienne entra en gare. C'était le Poudlard Express. Ce n'était pas le bon quai, ce n'était pas le bon endroit mais c'était, pourtant, bien le Poudlard Express. Tout fonctionnait par symbole, avait dit Malfoy.

« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda le Serpentard, visiblement alarmé par son comportement.

Les yeux écarquillés, Harry se redressa légèrement pour mieux détailler la locomotive.

« Un train vient d'entrer en gare. » murmura-t-il, en guise d'explication. « Je crois… Je crois que si je monte dedans… »

Il laissa sa phrase en suspens.

S'il montait dedans, tout était terminé.

Il n'aurait plus à se soucier de Voldemort ou de l'Horcruxe. Il n'aurait plus à endosser des responsabilités trop lourdes pour ses épaules. Il n'aurait pas à embrasser ce rôle d'Élu dont il ne voulait pas.

Il pourrait retrouver ses parents… Être, enfin, en paix…

« Pourquoi voudrais-tu mourir ? » s'enquit Malfoy avec incompréhension. « Potter, tu as tout ce dont on peut rêver. »

Harry tourna brusquement la tête vers lui, prêt à lui dire en face ce qu'il pensait de ses piques sarcastiques, mais il ne vit qu'une franche perplexité sur le visage de Malfoy.

« Tout ce dont on peut rêver ? » répéta-t-il, avec amertume. Tant d'amertume… « Je me bats à chaque minute de chaque jour, Malfoy. Et je suis fatigué. Tellement, tellement fatigué… »

Il avait honte de l'envisager. Il avait honte de seulement penser à monter dans ce train. Il avait honte de songer à abandonner. Ce n'était pas ce qu'un Gryffondor aurait dû faire. Un Gryffondor aurait dû se lever, tourner les talons et passer le mur qui menait à la voie 9 ¾ et qui le ramènerait à la vie. Un Gryffondor l'aurait fait depuis plusieurs minutes.

Mais… Il n'était plus tout à fait un Gryffondor.

« Granger et Weasley sont inconsolables. » lâcha Malfoy. « Toute l'école passe la moitié de son temps à gémir que tout serait différent si tu n'avais pas disparu, c'est insupportable. Je ne sais vraiment pas pourquoi tout le monde te suit comme si tu étais Merlin réincarné, Potter, parce que tu es un crétin fini, mais tous ces gens… Ils croient en toi. Et… la situation a empiré depuis ta disparition. La communauté magique a besoin de quelqu'un derrière qui se rallier. »

Ron et Hermione… Ron et Hermione lui manquaient. Il ne se passait pas un jour sans qu'il pense à eux.

Quant au reste…

Pour que Malfoy lui fasse ce qui ressemblait à un compliment tordu – mais tous les compliments des Serpentards étaient tordus – Voldemort devait vraiment avoir gagné en puissance. Et Malfoy aurait dû en être heureux…

« Pourquoi est-ce que ce serait à moi de sauver le monde, Malfoy ? » répliqua-t-il, en reposant les yeux sur le train. « Pourquoi est-ce que ce serait toujours à moi de sauver ce putain de monde ? »

Il donna un coup de pied rageur sur le pilier du banc, ce qui était stupide parce que le banc ne le sentit pas, mais ses orteils, si.

Le Serpentard ne parut pas perturbé par son accès de violence. Il haussa simplement les épaules.

« Je n'en sais rien. » répondit Malfoy. « Les choses sont ce qu'elles sont. »

« J'emmerde le destin. » grinça Harry. « Si je prends ce train, je m'évite des mois de souffrances pour revenir au même point. Quoi qu'il arrive, je reviendrais toujours là. C'est écrit. »

Parce que pour vaincre Voldemort, il devait mourir. L'Horcruxe devait mourir.

L'Horcruxe… Que se passerait-il si son âme prenait ce train ? L'Horcruxe prendrait-il possession de son corps resté vaquant ? Il ne sentait pas sa présence malsaine dans la gare.

Que ferait Snape-Prince face à un ersatz de Voldemort qui porterait son visage comme un masque ? Que feraient ses amis ?

Ils se feraient tuer, voilà ce qui se passerait. Ils se feraient tuer et ce serait sa faute et il ne voulait plus d'autres morts sur la conscience.

« Je savais que tu étais un connard, Potter. » affirma Malfoy. « Mais, avant aujourd'hui, je n'avais jamais pensé que tu étais lâche. »

Il croisa le regard gris, terriblement sérieux, qui était fixé sur lui. Quand Malfoy était-il devenu aussi sérieux ? Il avait vieilli depuis la dernière fois qu'il l'avait vu.

Ils vieillissaient tous trop vite.

« Venant d'un Serpentard… » railla-t-il, sans que cela soit l'insulte que ça aurait été, quelques mois plus tôt.

« Venant d'un Serpentard. » confirma Malfoy.

Ils se dévisagèrent quelques secondes. Harry fut le premier à détourner le regard.

Il se leva avec un soupir. Il devinait qu'il ne devait pas s'attarder beaucoup plus longtemps, sous peine de se retrouver coincé dans les limbes.

Un train ne restait pas éternellement en gare.

« Ça ira, Malfoy ? » hésita-t-il.

« Je t'en prie ! » s'agaça Malfoy. « J'ai dit que tu étais le héros de la communauté magique, pas le mien. Je ne fais pas encore partie de la plèbe. »

Harry leva les yeux au ciel. Le mépris dans la voix du Sang-Pur ne disparaitrait jamais.

« Merlin nous en préserve. » rétorqua-t-il. « Le jour où un Malfoy changera ses convictions, ce sera le début de la fin. »

Il s'éloigna du banc.

« Potter ! » appela le Serpentard. Harry se retourna à moitié. « Où vas-tu finalement ? »

Imaginait-il la note de frayeur dans la voix de son rival ?

« Faire ce qu'il faut. » répondit-il, dans un demi-sourire.

Il se détourna et s'obligea à ne pas regarder en arrière.

C'était le piège… Regarder en arrière…

Ça n'avait jamais réussi à personne.

Et il avait peur de jeter un dernier coup d'œil à la locomotive rouge, peur de regretter.

Faux, songea-t-il, en posant les deux mains à plats sur la pierre du pilier entre les voies 9 et 10, il regrettait déjà. Il regrettait les banquettes en cuirs légèrement usées du Poudlard Express. Il regrettait l'excitation du voyage. Il regrettait la certitude que ceux qu'il aimait l'attendaient au bout du voyage…

Il regrettait de ne pas choisir la facilité.

Mais il n'avait jamais choisi la facilité, il n'était pas fait pour ça.

Fermant les paupières, il traversa la barrière.

Il ne s'était pas attendu à ce que ça fasse si mal…