Chapitre 53 : Merlin et le jeune druide ~ Partie 1~

La silhouette encapuchonnée courait dans l'obscurité hors des murs de la cité, évitant les patrouilles près des portes et se jetant sur le remblai de la partie la plus basse du mur. Même bas, ce fut un calvaire à escalader, mais il y parvint, uniquement pour trébucher en atterrissant de l'autre côté.

L'enfant glapit lorsque son bras heurta la pierre, berçant son membre meurtri pendant qu'il se hissait à nouveau sur pied pour reprendre sa course effrénée vers la citadelle.

Il se mit à marcher en atteignant les rues principales, mais le fait qu'il était la seule silhouette en vue ne l'aida pas quand un groupe de chevaliers escortant la Reine jusqu'à la Citadelle le vit.

« Stop ! Montre-toi. »

L'enfant s'arrêta, et se tourna avec hésitation pour leur faire face, rejetant sa capuche en arrière.

Gwen posa la main sur l'épaule de Léon, lui signifiant de rengainer son épée, et se dirigea vers le jeune garçon.

« C'est juste un enfant.

– Dehors en plein milieu de la nuit ?

– Il n'est nul besoin de votre épée, Léon. »

Elle rejoignit le garçon, qui s'était agenouillé à son approche, et le releva.

« Où vas-tu ? »

Le garçon hésita, puis remonta sa manche pour révéler le symbole du triskelion sur son bras, la marque d'un druide.

« Je cherche le Sorcier de la Cour. J'ai besoin de son aide. »

Gwen passa aussitôt un bras réconfortant autour de lui, et fit signe aux chevaliers de la suivre pendant qu'elle guidait le garçon vers le château.

« Alors je vais te conduire à lui. Comment t'appelles-tu ? »

L'enfant lui jeta un coup d'œil.

« Daegal. »

Gwen lui sourit gentiment. Daegal semblait avoir à peine quatorze ans. Même s'il n'était plus vraiment un enfant, il était trop jeune pour être considéré comme un adulte. C'était un âge compliqué, encore plus pour voyager seul.

Ils quittèrent l'escorte une fois qu'ils eurent atteint le château, et Gwen continua de le guider à travers les couloirs. Un arrêt aux appartements de Merlin ne trouva personne, tout comme celui à ceux d'Arthur. Un vague soupçon poussa Gwen à conduire Daegal jusqu'à ses propres appartements, où une surprise l'attendait.

Merlin, appuyé contre les murs de la chambre avec une expression amusée, et Arthur en train de faire de son mieux pour attacher la dernière des nombreuses guirlandes de fleurs à la tête et aux pieds de lit.

Gwen relâcha Daegal et entra.

« Oh, Arthur, c'est adorable. Vous avez fait tous ces efforts. Et ce sont des giroflées, mes préférées. »

Arthur lui retourna son sourire, l'attirant dans ses bras avant de remarquer la présence de l'enfant.

« Et qui est-ce ? »

Gwen répondit pendant que l'enfant voutait nerveusement les épaules.

« Daegal, c'est un druide. Il est venu demander de l'aide à Merlin. »

Le sourire d'Arthur laissa place au sérieux, mais avant qu'il ne puisse parler, Merlin le dépassa pour prendre en charge l'enfant. Puis Merlin jeta un coup d'œil en arrière, sourcils levés.

« Que j'ai quelque chose à faire ne devrait pas gâcher votre surprise pour Gwen. Vous deux, profitez de votre soirée. Katryn sera bientôt là avec le vin. »

Il attrapa Daegal par le bras, sa prise ferme, mais douce, et il le conduisit jusqu'à la tour. Une fois sur place, il fit assoir le garçon sur un tabouret et approcha une chaise pour s'installer en face de lui.

« Pourquoi as-tu besoin de mon aide ? »

Le garçon se tordit nerveusement les mains.

« C'est ma sœur, elle a la suette. Elle n'a que six ans, et je ne connais aucun remède. Elle a besoin de votre aide, ou elle mourra. »

Merlin fronça les sourcils, indéniablement inquiet, mais malgré tout perplexe.

« Pourquoi n'as-tu pas pris contact avec les autres druides ? Il y a plusieurs camps dans les bois au sud de Camelot.

– Je ne savais pas ! »

Il se mordit la lèvre.

« Nous étions en route pour Camelot, pour commencer une nouvelle vie après que le reste de notre groupe soit mort. Votre aide était la seule que je savais pouvoir trouver. Je vous en supplie. »

Le froncement de sourcil se transforma en compassion.

« Où est-elle ?

– La Vallée des Rois Déchus. »

Merlin grimaça avec prudence.

« Cette vallée est un nid d'assassins et de bandits, qui se cachent parmi ses nombreux canyons et crevasses, et c'est à plus d'une demi-journée d'ici. »

Il marqua une pause, réfléchit et soupira.

« Je vais venir. Tu peux dormir ici, et nous partirons demain aux premières lueurs du jour. Nous devrions rejoindre ta sœur vers midi. »

Il rejoignit sa chambre pour prendre son sac de couchage et un oreiller, et les disposer au sol. Une fois que Daegal eut été persuadé de s'installer et de dormir pour la nuit, Merlin revint dans la pièce principale, et commença à rédiger une note. Ce fut celle qu'il remit à Warren le lendemain matin, avec les instructions de la remettre à Arthur, avant que lui et Daegal quittent la cité avant même que le soleil n'ait éclairci l'horizon.

~(-)~

Arthur ouvrit les yeux, fronçant les sourcils avec une certaine confusion de se réveiller alors que les rideaux étaient encore tirés, alors que la lueur autour d'eux indiquait que l'aube était là et que Bel devrait arriver à n'importe quel moment. Son froncement de sourcil s'accentua pendant qu'il s'asseyait, regardant autour de lui dans la semi-obscurité, avant de marmonner avec irritation dans sa barbe tout en souhaitant silencieusement que les rideaux soient ouverts.

Les rideaux se séparèrent brutalement et s'ouvrirent, et Arthur sentit la sensation familière du pouvoir emprunté couler à travers lui. Ce fut alors qu'il réalisa que c'était cela qui l'avait réveillé : la sensation de plusieurs filaments de la magie de Merlin, enroulés autour de lui.

Arthur sortit de son lit et marcha tout droit jusqu'à son placard et l'écran d'habillage, décidé à s'habiller et à aller demander à Merlin d'expliquer pourquoi il lui avait prêté son pouvoir, et surtout en ce jour-là. Mais il n'avait pas atteint l'écran lorsque la porte s'ouvrit, et que Warren y passa la tête.

Il hésita en voyant l'expression mécontente d'Arthur, et entra lentement pour lui tendre le message.

« De la part de Merlin, Sire. Il a dit de vous la délivrer immédiatement. »

Arthur fronça les sourcils.

« Et où est-il ?

– C'est expliqué dans le message, Sire. »

Arthur laissa échapper un soupir et accepta le message, avant de l'ouvrir et de parcourir son contenu.

Daegal, le jeune druide de la nuit dernière, était en route pour Camelot avec sa sœur, en tant que seuls survivants de leur groupe. Elle est malade, et il a été contraint de la laisser cachée dans la Vallée des Rois Déchus. Je devrais être de retour avant la fin de la journée, mais ne vous inquiétez pas si ce n'est pas le cas.

Je suis certain que vous pouvez gérer seul l'arrivée du Sarum d'Amata. J'ai laissé Friou derrière, avec l'ordre de vous obéir, pour qu'elle puisse vous aider à faire grande impression durant les salutations et le reste. Je vous ai également prêté un peu de pouvoir, au cas où vous fassiez quelque chose de stupide et que vous ayez besoin de vous en tirer.

Si j'échoue à revenir avant la tombée de la nuit, ce sera parce que j'ai dû passer plus de temps que prévu à soigner la sœur de Daegal. Je les laisserai avec les Druides dans les Bois Sombres avant de revenir, et je serai en contact par l'amulette dès que je serais à nouveau à portée. Bonne chance avec le Sarrum, et restez loin des ennuis.

Merlin

Arthur laissa échapper un gémissement et soupira à nouveau.

« Il est parti pour une mission de charité pour la journée, peut-être deux, ce qui signifie que je dois m'occuper seul du Sarrum.

Warren remua un peu, et haussa timidement les épaules.

« Alors je suppose qu'il vous fait confiance pour en être capable, Sire. »

~(-)~

« C'est bien de votre part de faire ça.

– J'espère juste que je peux aider ta sœur. »

Merlin jeta un coup d'œil à Daegal, pendant qu'ils marchaient vers l'ouest à travers les bois.

« Je suis peut-être puissant, mais si elle est trop malade lorsque nous l'atteindrons, je ne pourrais peut-être pas la sauver. »

Daegal fronça les sourcils.

« Alors pourquoi est-ce qu'on n'est pas parti la nuit dernière ? On a perdu du temps ! »

Merlin se détourna à nouveau, secouant la tête.

« Non. Tu étais fatigué, et si nous avions essayé de parcourir les bois alors que tu étais dans cet état, tu aurais pu être blessé, peut-être gravement. Et si c'était arrivé, qui m'aurait conduit jusqu'à ta sœur ? Nous aurions perdu du temps à te soigner, si cela avait été possible. »

Daegal allongea un peu le pas pour pouvoir marcher aux côtés du magicien.

« Mais vous n'allez pas avoir d'ennui pour être parti sans avoir parlé au Roi ? Vous êtes son Sorcier de la Cour. »

Merlin gloussa ironiquement.

« À peine. Ce n'est pas comme si je l'avais laissé complètement sans défense, et tout ce qui touche à la communauté magique est sous ma juridiction de toute façon. Je suis libre de traiter ces questions comme je l'entends. »

Il tira une miche de pain de son sac et la jeta à Daegal.

« Maintenant, mange pendant que nous marchons. Tu n'as pas eu beaucoup à manger au petit-déjeuner et il faut que tu gardes tes forces. »

Deagal attrapa le pain. Et lorsque Merlin ne le regarda plus, une lueur de culpabilité et de conflit passa sur son visage.

~(-)~

« Bel, avez-vous vu mon peigne ? »

Gwen entra dans les appartements d'Arthur au son de cette question, et sourit en traversant la pièce jusqu'à Arthur, qui fourrageait dans un tiroir.

« Avez-vous essayé de le chercher ? »

Arthur s'arrêta, surpris de la voir ici.

« Partout. »

Gwen s'avança alors qu'Arthur s'éloignant de l'armoire à côté de son lit, trouva sans le moindre effort le peigne posé sur une des étagères et le tint devant lui.

« Il devait être sous quelque chose. »

Gwen gloussa, le tapant doucement avec le peigne.

« Sous votre nez. »

Il soupira.

« Vous avez juste cette manière de voir les choses.

– Deux, même. On appelle ça des yeux.

– Et ils sont très beaux, d'ailleurs. »

Arthur lui sourit, et Gwen gloussa en l'embrassant sur la joue avant de commencer à le peigner.

« N'essaye même pas, et sors-toi de là.

– De quoi ?

– Parfois, tu peux être désespérant. »

Le sourire d'Arthur s'agrandit, et ce fut à son tour de lui déposer un baiser sur la joue.

« C'est vrai, je suis désespérément amoureux. »

Gwen recula avec une expression amusée.

« Vous devez vous préparer pour l'arrivée du Sarrum. Je vais aller placer les vouivres en position sur les marches du palais. Maintenant, ne soyez pas trop long, il doit arriver dans deux heures. »

Elle lui tendit le peigne et se dirigea vers la porte, à l'instant où Bel arrivait de l'antichambre en portant la cotte de mailles d'Arthur.

Le roi lui jeta un coup d'œil et soupira avec résignation, incapable de s'empêcher de penser que Merlin avait de la chance, à être dehors à faire autre chose que cela.

Mais les choses n'étaient pas sures, loin de là, car près d'une vallée dangereuse, mais légendaire, une certaine sorcière marchait entre les arbres, avant de s'arrêter près d'un rocher, ou une note avait été glissée dans une crevasse.

Morgane la libéra et l'ouvrit, avant qu'un sourire de satisfaction éclaire son visage. De nombreuses fois ses plans compliqués n'avaient abouti qu'à des échecs. Maintenant, il était temps de tester quelque chose d'un peu plus simple.