Partie I. 6: 1000 ans– Guerrier
Et bien voilà, l'entraînement continue ... Oh, mais attendez! 52ème semaine, ça c'est symbolique! Joyeux anniversaire, chère petite fic (bon, je sais, je n'ai pas posté régulièrement toutes les semaines depuis le début, mais faites comme si).
Chapitre 52: Jour 7
— Non, Legolas, pas comme ça?
— Mais comment, alors?
— Je te l'ai déjà montré cent fois!
— Ce n'est pas ma faute si je n'y arrive pas, tout de même!
— Si, justement! Si tu voulais bien te concentrer un peu plus, arrêter de soupirer et de flancher au moindre effort, tu ferais des progrès!
— Je voudrais t'y voir, tiens!
— Ne prends pas ce ton-là avec moi!
— Et pourquoi pas? Tu n'es pas mon père, que je sache!
— Encore heureux!
L'atmosphère est terriblement tendue entre Medrigor et moi, aujourd'hui, à tel point que je frissonne intérieurement de voir qu'une telle hostilité est possible entre nous. Si un Elfe du palais passait près de nous en ce moment, il ne reconnaîtrait pas les amis de toujours dans ces querelleurs acharnés, et je n'aurais aucune peine à le comprendre. Une petite voix au fond de moi me crie d'arrêter, de me calmer, de ne pas m'emporter, je suis trop fourbu et trop énervé pour l'écouter.
Enervé contre moi-même, d'abord, qui me révèle être le pire archer que Mirkwood ait jamais porté, à peu de choses près. C'est un vrai drame, complètement pathétique. Voilà déjà une semaine que Medrigor m'entraîne de son mieux, et je n'ai toujours pas réussi à effleurer la cible, alors qu'elle n'est qu'à trente pieds de moi! On n'a pas idée d'être aussi empoté quand on prétend appartenir au peuple des Elfes, et qui plus est porter le titre de Prince!
Et Medrigor, adossé à son arbre, ne fait que me donner éternellement les mêmes conseils et me houspiller à chaque fois sous prétexte que je ne les suis pas. C'est faux, je fais ce que je peux! Mais ce n'est pas lui qui porte cet affreux arc, si peu gracieux et tellement lourd; ce n'est pas lui dont les mains, autrefois blanches et lisses, sont à présent couvertes d'ampoules; ce n'est pas lui, enfin, dont les bras brûlent tellement la nuit que la douleur m'empêche de dormir alors que je suis épuisé!
Non, ce n'est pas juste de me réprimander sans cesse. C'est pour ça que je deviens furieux et que je m'emporte contre Medrigor, sans me soucier de le blesser, au contraire. Et lui doit ressentir des émotions bien similaires pour me parler comme il le fait. Je devine déjà qu'avant dix minutes, nous regretterons tous deux ce que nous venons de dire, mais il sera trop tard alors. Serons-nous trop fiers pour demander pardon? Je l'ignore ...
Et pourtant je continue d'invectiver mon ami avec toute la hargne dont je suis capable, parce que je ne crie pas seulement contre lui, je crie aussi contre moi, contre ma vie dont je ne suis pas fier et que je crains de ne pas pouvoir améliorer, contre mes prétentions stupides, et contre tout, tout ... «Tu n'es pas mon père!», voilà ce que je lui ai dit, en sachant pertinemment que le sujet était délicat. Car qui m'a éduqué quand je n'étais qu'un tout jeune Elfe, au milieu de la forêt? Mon Père combattait aux portes du Mordor, en ce temps-là, et c'était Medrigor qui était près de moi, avec Maman.
Bien sûr, je le considère désormais comme un égal, et ce depuis des années. Mais notre lien aurait-il été aussi fort s'il n'avait pas débuté ainsi, par cette drôle de substitution entre le roi mon Père et cet Elfe en vadrouille qu'était le jeune Medrigor d'alors? Je préfère ne pas me poser la question. De toute façon, il est trop tard, les mots ont déjà été lancés. Je n'ai plus qu'à les regretter.
Enfin, Medrigor se lasse le premier de notre dispute et se détourne de moi en soupirant. Il fait quelques pas lents, et va s'asseoir sur une vieille souche d'arbre aux racines encore noueuses.
— Arrêtons ça, Legolas, veux-tu? Ça ne nous mène à rien.
Je ne sais que répondre, et son silence se mêle au mien pendant de longs instants. Finalement, je cède moi aussi à la lassitude et je m'assoie par terre, sans cure pour mes chausses de cuir revêtues pour l'entraînement; elles résisteront bien à un peu d'herbe humide. En tendant l'oreille, j'entends Medrigor réfléchir en marmonnant pour lui-même.
— Oui, après tout, nous ferions aussi bien d'arrêter. Quitte à reprendre plus tard, tiens, quand nous serons plus calmes. C'est ça, il est temps d'arrêter ... Ou alors de changer, peut-être ... Pourquoi pas, à la réflexion. Ça ou rien, pour ce que ça change. Pas grand-chose à perdre ...
Medrigor cesse alors de me tourner le dos et me regarde d'un air fatigué, mais où brille cependant une nouvelle lueur.
— Que dirais-tu de faire une pause dans l'exercice du tir à l'arc, Legolas?
— Ce serait sage, je suppose, dis-je en haussant les épaules.
Vu à quel point ses leçons me sont profitables, de toute façon ...
— Je te propose une chose, alors: changeons d'arme. Cela te plairait-il de t'essayer au maniement des poignards?
— Des poignards? Mais ... ce n'est pas dangereux, ça?
— Ce sont des armes, benêt que tu es, répond Medrigor avec une esquisse de sourire. Veux-tu devenir soldat, oui ou non?
— Oui, bien sûr.
— Alors il faut que tu saches utiliser toutes les armes qui te seront disponibles. La lame d'un poignard est acérée, certes, mais elle est plus discrète et plus rapide qu'un grand arc – sauf peut-être pour les meilleurs archers de notre histoire, mais ils sont rares – et surtout, elle est indispensable dans un corps à corps.
Cette idée me fait un peu grimacer, mais je finis par accepter la proposition de Medrigor. Rien ne peut être pire que le tir à l'arc, j'en ai au moins la certitude. Mon ami prend alors à sa ceinture le petit poignard qu'il porte toujours dans son beau fourreau de cuir sombre, et me le tends la garde en avant.
— Tiens, prends-le, mais fais attention! Il m'est très précieux.
— J'en prendrai soin, c'est promis.
— Bon, je n'avais pas prévu de travailler ça avec toi aujourd'hui, alors pour commencer ...
À ma grande stupeur, Medrigor passe négligemment le doigt sur le fil de la larme et l'en retire aussitôt avec un petit sursaut. Une petite goutte de sang perle à l'extrémité de son doigt.
— Medrigor, tu t'es blessé!
— Blessé? répond-il avec un petit rire. Voyons, Legolas, si tu appelles ce genre de petite égratignure une blessure, je me demande si tu as bien choisi ta vocation! Ne t'en fais pas pour ça, ce n'est rien, ajoute-t-il en se frottant les mains. Je devais vérifier que la lame était assez tranchante, et elle l'est. Sinon, je t'aurais montré comment utiliser une pierre à aiguiser, mais nous ferons ça une prochaine fois.
— Il faut toujours s'ouvrir le doigt quand on utilise un poignard? demandé-je avec une certaine appréhension.
— Ne dis pas de bêtises.
La réponse de Medrigor peine à me rassurer, mais je préfère ne pas insister de peur de voir mes craintes confirmées. Décidément, combattre n'a rien d'une sinécure! Heureusement que je me suis engagé à devenir soldat sans savoir ce que ça impliquait, sinon je n'en aurais jamais eu le courage. Medrigor reprend sa leçon, et je l'écoute aussi attentivement que possible; visiblement, la moindre négligence pourrait me coûter quelques phalanges.
— Vois-tu, un petit poignard comme celui-ci est très utile. Il ne faut pas utiliser un trop petit couteau, qui diminuerait trop ton allonge, mais pas un grand coutelas non plus: c'est trop dangereux, et pas vraiment pratique. L'important est de l'avoir bien en main, avec une garde qui ne glisse pas, même au milieu d'un combat où elle risque d'être couverte de boue et de sang.
— Ah? dis-je d'une voix tremblante.
— Oh, Legolas, reprends-toi un peu. Je comprendrais si Naëlissa avait peur, mais toi!
Je ne suis pas d'accord: Naëlissa n'a à peu près peur de rien, à mon avis, mais je me garde de l'exprimer. Allons, de la fermeté! Je suis fort, je suis courageux, je suis fort, je suis courageux, je suis ...
— Legolas, est-ce que tu m'écoutes?
— Oui, oui!
— Bon. Voilà pour la garde, alors: l'entourer de quelques lanières de cuir supplémentaires n'est généralement pas un luxe. Pour la lame, ensuite, ça dépend des goûts. Ce qu'il faut que tu comprennes, avec le poignard, c'est que c'est une arme très personnelle, un prolongement de ton bras. L'arc permets de tirer à distance, sans être vu parfois, mais quand tu en arrives au poignard, ça peut devenir une question de vie ou de mort. C'est pour ça qu'il faut que tu te sentes parfaitement à l'aise avec ton arme, qu'elle te ressemble. Regarde la mienne, par exemple:
Je lève le poignard devant moi et je l'observe plus attentivement, pendant que Medrigor me décrit ses particularités: les lanières croisées, le nœud de cuir, le fil légèrement ondoyant de la lame, la petite ébréchure près de la garde, la tâche sombre qui ne partira jamais, et les quelques runes que je m'applique à déchiffrer.
— As ... Asald, c'est ça ? C'est son nom?
— Oui, confirme Medrigor. Mais ne le prononce pas à tort et à travers, s'il te plaît.
— D'accord, excuse-moi. Je ne savais pas que ton poignard avait un nom.
— C'est une vieille histoire, élude-t-il avec un geste vague.
C'est curieux, jamais Medrigor n'avait cherché à me cacher quelque chose, mais c'est manifestement ce qu'il fait en ce moment. Asald ... Ce nom ne me dit rien, sa consonance n'est même pas vraiment elfique. D'où peut-il venir? À mon avis, la réponse doit se chercher dans l'époque de la vie de Medrigor qui précède son retour parmi nous, quand il voyageait, parcourait toute la Terre du Milieu et rencontrait toutes sortes de personnes ...
— Allez, si nous nous y mettions? lance-t-il soudain, comme pour m'empêcher de réfléchir davantage à la question.
— Je veux bien, que dois-je faire?
— Comme nous n'avons qu'un poignard, tu n'as qu'à t'entraîner au lancer, pour le moment. Mets-toi face à la cible, comme tout à l'heure, les pieds un peu décalés ... Voilà. Tu dois être en position stable, d'accord? Bon. Maintenant, prends le poignard par la pointeet concentre-toi: tu vas fermer un œil, viser la cible, et lancer le poignard en le faisant tourner sur lui-même. C'est clair? Attention, prends ton temps, je ne voudrais pas que tu t'éborgnes! Vas-y quand tu veux.
Bon, ça n'a pas l'air si difficile, mais je me méfie: l'arc non plus ne semblait pas poser de problème. J'applique à la lettre les conseils de Medrigor, je raffermis ma prise sur Asald, je respire profondément, et je le lance vers la cible.
— AÏE!
— Legolas, ça va?
— Je me suis coupé ! Ça fait ... ça fait mal!
— Montre voir.
Je tiens ma main blessée serrée contre mon torse et je n'ai aucune envie de la bouger pour lui montrer ma blessure, mais peut-être que Medrigor pourra apaiser la souffrance aiguë et fulgurante qui me parcourt tout le bras et m'étourdit l'esprit. En tremblant, je desserre les doigts et je révèle ma paume que traverse une longue zébrure ensanglantée. Medrigor fronce les sourcils. Est-ce vraiment si grave? Est-ce que je vais perdre ma main? J'ai tellement mal, c'est affreux! Je sens déjà la fièvre monter, je tremble, et mon souffle s'accélère. J'ai peur, Medrigor, dis-moi ce que j'ai! Fais quelque chose!
— Bah, ce n'est qu'une éraflure. Ce qui est plus grave, c'est que tu as envoyé le poignard se ficher droit dans une branche d'arbre, maladroit! Allez, va ma la chercher.
Mais pourquoi est-il toujours aussi cruel?
Still sharp! Boromir for ever
Bon, j'avoue, toute cette partie va être assez douloureuse pour notre pauvre Legolas; vous êtes prévenus!
