Bonjour à vous tous, chers lecteurs et chères lectrices !
Je suis, une fois de plus, très en retard, et je m'en excuse. Il y a eu les vacances, je suis partie etc (je ne suis pas chez moi...) et puis je suis en pleine lecture intensive : j'ai eu le bac, mention TB (désolée, je vous raconte ma vie ^^) mais maintenant je tente de me blinder un peu pour la rentrée prochaine, et il y a du boulot ! Donc bon, beaucoup de mal ) écrire. Je suis déjà tellement en retard, et puis je pars pour 3 semaines sans ordi ni internet Samedi, donc... bon, ça aurait vraiment fait très long ! Beaucoup trop long ! Alors j'ai décidé de faire quelque chose que je voulais vraiment pas faire... mais en même temps c'est fait pour ça : j'ai toujours un chapitre d'avance. Donc je vais le publier, pour vous ;) mais du coup je n'ai plus de chapitre près, et je l'avoue, je ne sais pas du tout quand j'en aurais un ! Je vais essayer d'écrire pendant mes trois semaines à venir, mais rien n'est sûr !
Quoiqu'il en soit, je suis désolée de trainer comme ça, d'autant que ça risque d'être de plus en plus comme ça ! Il est hors de question que j'abandonne cette fic' avant qu'elle ne soit finie, je vous le dis haut et fort ! mais il est fort possible que ça prenne beaucoup de temps, l'année prochaine (et la ou les suivantes, normalement) vont être pour le moins intenses du point de vue scolaire (hum... désolée, je raconte encore ma vie ! *regarde en l'air*).
Donc, pour en revenir à nos Magyar à pointes, je voulais vous remercier très fort, de me lire bien entendu ! et puis plus encore ceux qui me review : ça fait mais tellement plaisir ! vraiment ! Donc : Rosine, merci beaucoup, comme toujours. Et j'ai beaucoup trainé, mais voici la suite ! Toujours pas de notes en bas de page, cela dit ;) dobbymcl, contente en effet de te voir de retour ! Et merci pour les 4 reviews ! d'autant qu'elles sont très gentilles et pleines de compliments qui me vont droit au coeur ! J'espère sincèrement que tu continueras à aimer ce que je fais ! Tchitchina : Merci ! et voici la suite, enfin, qui s'est bien faite attendre ! Mademoiselle Else : Merci beaucoup, bien entendu ! la suite est enfin là, le bac passé (mais les autres ennuis commencent !) Si tu as toujours besoin de moi, je suis là (enfin, dans la mesure où j'ai accès au net, quoi ^^) Lady Arlquin : merci pour la review ! voici la suite ! Melinda : Salut ! et contente de voir une nouvelle lectrice ! j'espère que tu ne seras pas déçue par la suite, et je te remercie pour la review et ses remarques tout ce qu'il y a de plus sympathique et flatteur ! Merci encore, voici la suite ! telle17 : Merci et merci, encore ! toutes ses remarques trop gentilles, et cet enthousiasme... me voilà franchement ravie ! J'ai mis du temps, mais voici la suite ! D'ailleurs, j'espère bien que cette note de français est bonne (celle de l'écrit aussi d'ailleurs, et les autres su t'es en L ou ES !)... sans quoi je vais encore me faire taper sur le doigts !
Voilà, vraiment merci à tous ! c'est... du baume au coeur ! et ça me motive, c'est vrai !
Ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture, en espérant que cela vous plaise, et à attendre vos avis !
Merci encore, et bises à tous,
Bergère.
Chapitre 54 : Savoir et y plonger.
Il avait failli ressortir la bouteille pour en boire davantage, pour se saouler afin de se sortir des pensées que cela faisait naître. Comme diable avait-elle pu dire cela ? que… Le pensait-elle ? Et puis, tout semblait changé. Et lui qui, depuis le début de l'année, avait décidé de s'éloigner de tout, il ne faisait que se rapprocher d'elle encore et encore. Pour un peu, il lui en aurait voulu de lui avoir dit ça mais il ne s'en voulait qu'à lui-même. Pour lui avoir demandé de l'aide, parce que cela ne ferait que resserrer le lien… et puis, surtout, parce qu'il savait que ce qu'elle avait dit l'avait rendu heureux. Parce qu'il savait qu'il était ravi et que son cœur battait plus vite, parce qu'elle lui avait dit ça. Parce qu'il avait envie de le croire. Il ne voulait pas aimer, mais c'était trop tard que faire alors si elle l'aimait, que faire. Il ne voulait pas penser à des choses comme cela, il ne le devait tout simplement pas. Et pourtant…
Il n'avait pas bu, il avait même dormi. Aussi étrange que celui lui parût, il avait réussi à faire taire les angoisses et le plaisir. Tout. Elle au contraire, comme anesthésiée, c'était éveillée soudain en se couchant. Prête à dormir, elle avait senti son cœur commencer à s'affoler, et puis elle s'était rendu compte. Merlin, qu'avait-elle fait ! était-elle folle ! Qu'est-ce que cela voulait dire, que… Elle n'avait même jamais complètement pensé à cela, et voilà qu'elle allait le lui dire. Oh, mais qu'avait-elle fait ? quel sort l'avait frappée ? à quel impérium secret et inconnu avait-elle obéit ! L'estomac tordu par un stress impossible, se repassant sa folie en tête et y imaginant les pires conséquences, amplifiant la chose, la tournant, la retournant, s'analysant, imaginant sa réaction, elle ne dormi quasiment pas.
Et, s'écroulant à 6 heures du matin sous le coup d'une vague de fatigue irrésistible, elle fut réveillée moins d'une heure plus tard par un elfe de maison qui la secouait en lui disant qu'il était plus que temps de se réveiller et qu'elle allait être en retard, et en lui demandant pourquoi elle avait dormi habillée. Retenant un juron, elle se doucha et se prépara en hâte, tentant en vain de se faire une ligne de conduite tandis qu'elle s'aspergeait le visage et la peau d'eau trop chaude qui la rougissait. Comment, à son âge, avait-elle trouvé le moyen de se mettre dans une situation d'adolescente ? mais ça n'avait rien d'adolescent, c'était juste… Lorsqu'enfin elle descendit presque en courant pour rejoindre la Grande salle, elle s'était plus ou moins recomposée, et attendait avec une fébrilité intérieure de savoir ce qui viendrait ensuite.
Le hasard voulu qu'elle se trouvât assise à côté de lui, et tout simplement, il ne se passa rien. Rien de spécial, rien… d'autre. Bonjour, comment allez-vous, le toast là-bas, et puis ensuite, plus important : j'ai parlé à Albus à propos de Quirrel avant que vous n'arriviez, j'imagine qu'il va prendre une décision. Il ne se passa rien, et ils n'en reparlèrent pas. Pas ce jour-là, pas le lendemain, pas une semaine plus tard. Comme oublié, comme s'elle avait été rêvée, la déclaration était tue : Minerva se demandait s'il s'en souvenait même, lui présumait qu'elle ne le pensait sans doute pas. Ils n'en avaient pas parlé face à face, ils… rien. Silence radio. Peut être cela valait-il mieux… l'effet de ces mots, sur l'un comme l'autre, était si peu clair, si étrange, qu'après tout ne pas en parler minimisait les risques.
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« - Minerva ? pourriez-vous passer me voir après vos cours s'il-vous-plait ? interrogea le directeur pendant un déjeuner.
- Oui Albus, bien sûr, répondit-elle à voix basse, persuadée que depuis la veille il avait trouvé quelque chose à faire au sujet de Quirrel. »
Il lui offrit un sourire typiquement dumbledoresque, teinté d'amusement et laissant voir dans le regard une lueur d'excitation. Elle hocha la tête et retourna à son petit déjeuner, et à une conversation flottante avec Severus. Des élèves y servaient de sujet, rien d'étonnant à cela, et le jeune Malfoy en particulier : l'enseignante trouvait que ce gamin dégageait un air de supériorité inacceptable vis-à-vis de ces enseignants, et il devenait nécessaire de le remettre à sa place. Laisser couler un peu, ma foi… elle avait accepté. Mais fils ou non de l'une des plus grandes fortunes d'Angleterre et d'un des hommes les moins nets et les plus influents, cela ne changeait rien : ici il était un élève, et devait être traité comme les autres, peut être avec davantage de doigté, mais certes pas de laxisme. Or, s'il n'avait encore rien fait de bien grave, il avait toujours l'air de vous prendre de haut, et vous darder un regard de propriétaire. C'était inacceptable. Et, aussi étonnant que cela puisse paraître, Severus prenait sa défense.
Oh, pas à mots clairs, pas en disant qu'il fallait tout lui passer, moins encore en justifiant son comportement. Mais en cherchant à la faire taire dans ses récriminations : Minerva voyons, c'est le fils de Lucius que voulez-vous y faire, arrêtez de tourner en rond. Elle n'arrivait pas à savoir si c'était d'être attaché à son filleul qui le faisait agir ainsi, ou s'il avait une raison plus intéressée. Quoiqu'il en soit, il était aussi têtu dans sa haine pour Potter que dans son inhabituel laxisme pour Draco et après quelques minutes de conversation totalement infructueuse, elle finit par se lever et lui souhaiter une bonne journée au milieu d'un court silence tendu. De toute manière elle n'en tirerait rien, et le Serpentard à l'ego surdimensionné finirait bien par en faire trop et recevoir une sanction méritée. En attendant Severus lui tapait sur les nerfs, et elle n'avait pas envie de se le mettre à dos… encore moins depuis ce qui c'était passé la veille.
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« - Albus, je peux entrer ? demanda-t-elle, derrière la porte fermée du bureau.
- Entrez, entrez, invita la voix du directeur. Bien entendu ! »
Elle poussa la porte et pénétra dans la large pièce éclairée par des bougies et la faible lumière du soleil déjà couchant, au centre de laquelle l'attendait le directeur, debout, encore souriant. L'expression de son visage n'aurait pas laissé penser qu'ils allaient avoir un entretien important sur un sujet grave : le sourire y était trop marqué et l'éclat des yeux trop puissant. A croire qu'il allait jouer jouer avec la vie.
« - Asseyez-vous, je pense que nous en avons pour un certain temps. Thé ?
- Sans doute, oui, approuva-t-elle en prenant place. Et oui, une tasse de thé ne se refuse pas.
- Tenez, dit-il en lui tendant la tasse et en s'asseyant à son tour. Il demeura silencieux pendant quelques instants avant de reprendre. J'ai quelque peu réfléchi Minerva, au sujet de ce que m'a expliqué Severus… j'ai besoin de vous poser une question.
- J'écoute.
- Et bien, commença-t-il en la fixant de son regard perçant, croyez-vous véritablement à ce qu'il vous a dit ? »
Elle lui coula un regard étonné, puis détourna le regard et, se levant, commença à marcher en rond dans le bureau. Elle s'était déjà posé la question, à vrai dire. Lorsqu'il le lui avait dit, elle avait été encline à ne pas le croire, d'abord, mais sa confiance avait pris le dessus. Etait-ce lui, qu'elle croyait, ou était-ce qu'elle avait la conviction personnelle, désormais, de la culpabilité de Quirinus ? c'était là une question épineuse. Dire qu'elle n'était pas sûre était mettre en doute la parole de Severus et c'était quelque chose qu'elle ne voulait vraiment pas faire. Surtout depuis… enfin, cela était un autre problème.
Elle tournait en rond : s'arrêtant auprès de la fenêtre, elle y jeta d'abord un œil distrait, puis y revint et se tourna pour regarder tout à fait à l'extérieur. Il pleuviotait, comme si le ciel gris transpirait d'une couche grisâtre et vague qui embrumait la vue. C'était un temps de déprime, un temps de mélancolie : ce genre de temps typiquement écossais qui vous glaçait la peau dès que vous sortiez, mais qui avait quelque chose d'apaisant, de calme et de rassurant. Que répondre, donc ?
« - Je le crois.
- Vraiment ? interrogea-t-il.
- Puisque je vous le dit, répliqua-t-elle. Vous n'avez pas confiance ?
- Si… justement, expliqua le vieil homme. Mais cela me déplait, car j'avais plutôt tendance à avoir confiance en Quirinus aussi.
- Vous avez trop confiance, fit-elle d'un ton cassant, comme pour faire disparaître l'hypothèse de l'innocence du professeur.
- Et vous trop peu… »
Elle lui lança un regard courroucé et vint se rassoir en face de lui :
« - C'est un autre problème.
- Si vous le dites, se moqua-t-il doucement. Mais en effet, nous sommes là pour parler d'autre chose. Il fit une pause, se réinstallant dans son fauteuil. Etant donné les événements récents, je pense qu'il est clair qu'Harry est en danger. Je doute que Quirinus – ou qui que ce soit – s'attaque à nouveau à lui de manière si directe, mais il faudra être sur nos gardes.
- Severus surveille déjà le professeur Quirrel. Albus leva un sourcil étonné, et elle se demanda si elle ne venait pas de révéler quelque chose que le professeur de Potions avait omis de préciser. Aussi enchaina-t-elle rapidement : Quoiqu'il en soit, je pense qu'il est mieux que personne ne soit au courant.
- De la surveillance plus rapprochée d'Harry – et de Quirinus – vous voulez dire ? J'approuve, cela ne ferait que rendre l'un plus prudent, et le premier plus va-t-en-guerre. Cependant, certaines choses devraient changer. Je ne sais pas si le Quidditch est…
- Vous voulez l'interdire de Quidditch ? s'exclama-t-elle en lui dardant un regard peu avenant.
- Minerva, voyons, vous n'allez pas faire passer un jeu avant la sécurité d'un élève !
- Justement… d'abord, en effet, je souhaiterais éviter de perdre un bon joueur comme lui. Mais, se reprit-elle en prenant un masque très professionnel et fermé, ce n'est pas cela qui importe ! Si vous l'empêchez de jouer, tout le monde considérera qu'il y a là anguille sous roche – plus encore le plus grand suspect que nous ayons. Ce n'est pas le Quidditch qui est dangereux pour lui, je vous jure qu'il ne tomberait pas de son balai comme cela, et j'ai vu passer des joueurs ! l'en faire sortir, c'est donner l'impression, y comprit à ses propres yeux, qu'il est faible et incapable ! »
Quoiqu'ayant conservé des apparences de calme, il allait sans dire qu'elle s'était laissée aller à une diatribe qui venait du cœur. Pas enflammée dans les mots, certes, ou du moins pas vraiment. Mais par la pensée oui. C'était Albus après tout, ce n'était pas très grave : elle lui avait fait des discours bien plus convaincus et partisans. Le jour où il avait décidé d'envoyer le jeune Potter chez les Dursley, par exemple.
Mais tout de même, elle n'aurait pas cru prendre partie si fortement : après tout… Pourtant, quelque chose l'avait énervée, allez savoir quoi. Quelque chose dans le regard d'Albus peut être, ou alors son insinuation au sujet de Severus ce devait être cela, mais elle ne parvenait pas à l'accepter. Elle avait déjà fait trop de bêtise au sujet de son collègue, elle était trop acquise à sa cause, trop attachée, trop…
Se rattrapant, car ce n'était ni le lieu ni le moment de se mettre à penser à cela, elle fixa le directeur :
« - Donc Albus ?
- Vous n'avez pas tord, je veux bien vous concéder cela, dit-il en hochant la tête.
- Merci, répondit-elle en se retenant d'employer un ton victorieux. Quoi d'autre ?
- Nicolas…
- Bien entendu, se rembrunit-elle. Mais que faire ? il est dans le secret, de toutes manières.
- Il faut que je change mon sort, ou que je le renforce. Il faut une épreuve de plus.
- Peut être…, commença Minerva.
- Quoi donc ?
- Peut être qu'il serait plus sûr de ne pas laisser la pierre ici, de la déplacer.
- Poudlard est le lieu le plus sûr au monde à ce point de vue, fit-il, catégorique.
- Pas lorsque l'ennemi est dedans et fait partie de ses 'protecteurs', répartit-elle.
- De toute manière, il est hors de question de la mettre autre part, cette année du moins. Elle restera ici, trancha-t-il. »
Pendant quelques instants, elle hésita à s'élever contre cela mais elle n'était plus une enfant, elle savait reconnaître une cause perdue, et puis il devait avoir ses raisons – et Nicolas Flamel avec lui. Elle acquiesça d'un mouvement de tête.
« - Une autre protection, donc.
- Tout à fait, mais quoi ?
- Et bien… délibéra-t-elle avec elle-même. Si j'étais vous, je ne m'en parlerais pas.
- Vraiment ? fit-il avec un petit sourire.
- Pas que je ne veuille pas savoir. Mais pour commencer vous êtes un plus grand sorcier que moi, je vous serais donc inutile. Et ensuite, vous faites trop confiance.
- Vous êtes digne de confiance, lui dit-il honnêtement, la regardant dans les yeux.
- Et alors ? quiconque sait est une faiblesse. »
Le silence retomba. Il y avait dans sa voix une sècheresse, une dureté qu'il ne lui avait pas entendue depuis longtemps. L'idée énoncée en elle-même n'était guère agréable, et plutôt froide. C'était du calcul pur. De la logique mathématique.
« - Nous ne sommes pas en guerre Minerva.
- Peut être pas, trancha-t-elle.
- Et c'est contraire à mes idées…
- Vous faites preuve d'angélisme je crois. Le bien, ce n'est pas toujours sans tâche.
- Peut être, laissa-t-il tomber avant de se taire. »
Qui était-elle ? Minerva, la forte, la puissante. S'il lui avait donné une épithète homérique, c'aurait sans doute été Minerva l'inamovible, ou quelque chose de ce genre-là. Inamovible, mais imprévisible : quelques minutes plus tôt elle s'enflammait pour la liberté d'un élève à jouer au Quidditch, à vivre sa vie, et maintenant elle était froide, quasiment sans sentiment. Objective jusqu'à la moelle et jusqu'au fond de son regard. Il y avait de la vérité bien entendu dans ce qu'elle venait de dire, beaucoup de vérité. Mais cela faisait mal : considérer même l'ami, le proche, l'allié, comme un risque, un danger. Considérer la confiance comme une faille, le secret comme une boite de Pandore. Elle avait toujours été comme cela, à la fois objective et froide, et enflammée il y avait longtemps cependant qu'il ne l'avait pas vue telle que cela. A ce point. Inutile de discuter, elle avait suffisamment raison pour que la contredire se révèle stupide.
« - Nous verrons, ajouta-t-il. »
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« Minerva, j'aurais besoin de vous ce soir, vers 20 heures à mon bureau. Severus prendra votre ronde. Merci. A. D. »
Elle jeta un regard au papier, soulevant un sourcil, et le fit disparaître dans un grésillement et des cendres tandis que ses élèves continuaient à écrire. Qu'était-ce encore ? sans doute en rapport avec ces histoires de pierre philosophale. Pour être honnête, elle n'avait pas envie d'y aller : la dernière conversation à ce sujet lui avait laissé un goût assez aigre, et elle ne tenait pas à en entendre parler à nouveau, même deux semaines après. Mais elle ferait ce qu'elle avait à faire.
A 20 heures, elle entrait donc dans le bureau du directeur : lui, déjà débout, l'attendait près de la porte et, à peine arrivée, il lui proposa son bras dont elle se saisit d'un air étonné. Quelques instants plus tôt, elle atterrit avec lui dans une ruelle sombre.
« - Vous auriez pu me prévenir ! pesta-t-elle.
- Vigilance constante, fit-il d'un air moqueur.
- Ne vous moquez pas ! et que faisons-nous là ?
- Nous allons chercher quelque chose…
- Et vous ne pouviez pas le faire seul ? fit-elle d'un ton un peu rageur, n'ayant toujours pas avalé le fait qu'il ne l'avait pas prévenue.
- Je ne crois pas, non… venez. »
Il commença à avancer, et ils marchèrent quelques mètres : il faisait déjà nuit, et le village dans lequel ils étaient ne paraissait pas particulièrement accueillant. Il s'arrêta devant une bâtisse impressionnante, qui lui disait quelque chose.
« - Où sommes-nous ?
- Chez moi, lâcha-t-il.
- Vous ne pouvez pas vous débrouiller seul pour récupérer un objet chez vous Albus ! se moqua-t-elle.
- Pas avec la quantité de sorts de protections qui y sont. Suivez-moi. »
Il s'approcha de la porte, sortit sa baguette, et marmonna quelques mots. La porte s'ouvrit, et aussitôt un elfe de maison se présenta devant le directeur.
« - Non merci Filibik, nous n'avons pas besoin de toi. »
La créature disparu dans un 'pop' qui sonna de manière tonitruante dans le silence, et ils pénétrèrent dans la maison : quoique propre et maintenue en état, elle avait l'air abandonnée, laissée à elle-même. Une odeur de renfermé flottait dans la grande entrée, et il faisait un peu froid. Albus cependant ne s'était pas arrêté, et marchait résolument, regardant à peine autour de lui, comme si la vue de ce lieu le blessait : un peu de curiosité commençait à poindre, mais elle se tut et lui emboita le pas. Ils traversèrent la pièce, s'engagèrent dans un couloir, puis un autre, et finalement entrèrent, par une petite porte de bois, dans une pièce vide et froide, qui paraissait totalement abandonnée. Pourtant, le directeur ne s'arrêta pas, et, continuant tout droit, alla se poster juste en face d'un des murs de la pièce.
Il se tourna vers Minerva et, d'un geste de la main, la pria de s'approcher : à son exemple, elle alla s'acculer au mur, quasiment à le toucher. Quant à lui, il posa sa main sur la paroi froide, et, écartant les doigts, toucha de la pointe de sa baguette le mur entre son annulaire et son auriculaire. Soudain, le mur fut comme soufflé et ils se retrouvèrent, visiblement, de l'autre côté du mur, face à un escalier en colimaçon qui descendait. Déséquilibrée par le changement brusque de position, elle manque de tomber en avant et Albus lui saisit le poignet et l'aida à se rétablir sur ses pieds :
« - Vieille protection familiale, expliqua-t-il. Venez. »
Il commença à descendre les marches, et Minerva eut vraiment l'impression que les mots lui brûlaient la bouche : ce devait être d'être ici qui le rendait si silencieux. Sans un mot, elle le suivit de même et ils s'enfoncèrent dans les sous-sols de la grande habitation, débouchant enfin sur une large pièce, dans laquelle un tas d'objets semblaient plus ou moins triés. Dumbledore fit signe à sa collègue de s'arrêter, et, précautionneusement, s'avança dans la pièce, faisant bien attention à ne rien toucher. Finalement, il fit face à un objet couvert d'une bâche, et s'arrêta.
« - C'est là, fit-il. Faites attention en venant, tous ces objets sont protégés d'une manière ou d'une autre. Elle le rejoignit à petit pas. Voilà, il est protégé par un sort de duabus fideles. D'où que je ne peux le défaire seul…
- Vous voulez dire… de la magie ancestrale bipolaire ?
- Exactement.
- Puis-je demander de quoi il s'agit ?
- Le miroir de Risèd, vous avez dû en entendre parler, dit-il d'un ton magnanime. Elle hocha la tête. Je ne sais plus depuis quand il est dans cette cave, mais cela doit faire plusieurs siècles. Il marqua une pause : Vous êtes prête ?
- Oui, oui… »
Elle sortit sa baguette, et, chacun de son côté, ils levèrent le bras et pointèrent au dessus du miroir : deux jets de lumière dorée sortirent du bout de leur baguette et vinrent se rejoindre en l'air, formant deux faisceaux liés qui entourèrent lentement puis de plus en plus vite l'objet, semblant faire tomber une protection invisible. Lorsque le sort toucha le sol un bruit de tissu qui chute se fit entendre et autour du miroir se dessina un cercle noir cendre sur le sol. Le directeur de Poudlard poussa un soupir soulagé et rebaissa sa baguette, tandis que Minerva continuait à fixer d'objet bâché d'un air méfiant.
« - Vous êtes certain qu'il n'y a pas autre chose ?
- A vrai dire je ne sais pas, mais il me semble que le plus gros du travail est fait. Voyons-voir… »
Il fit un pas en avant et posa un pied sur le cercle dessiné au sol : aucune réaction. Avec un léger sourire satisfait, il passa tout à fait de l'autre côté, et se retrouva très proche de l'objet. Posant sa main sur la bâche, il tira légèrement mais fut soudain repoussé comme par un bouclier magique et, titubant un peu, fut forcé de reculer d'un pas et de lâcher l'objet.
« - En effet, concéda-t-il. »
Et, dégainant sa baguette à nouveau, il marqua une pause, réfléchit quelque instants, puis, relevant ses manches, il jeta un sort en direction de l'objet : aussitôt, le tissu s'enflamma et de grandes gerbes mangèrent le lourd velours qui recouvrait le miroir, crépitant bruyamment, et ondulant étrangement. Tout aussi brusquement qu'elles avaient jailli, les flammes disparurent, faisant enfin apparaître l'objet qu'ils étaient venus cherchés. Devant les yeux tout de même assez impressionnés de Minerva se dressait un immense miroir au cadre d'or sculpté : sans l'ombre d'un doute, c'était un travail d'orfèvre, et les siècles n'avait pas laissé de trace, à part peut être un air de majesté particulier. Ses deux pieds massifs semblaient des pattes de lions, dont les griffes acérées saisissaient le sol pour s'y camper plus profondément. Le miroir du Risèd se tenait devant elle, et alors qu'elle s'apprêtait à regarder dedans elle détourna les yeux : trop dangereux !
Albus, pour sa part, fit léviter le pondéreux objet et, passant devant elle, commença à gravir les marches. Très lentement, afin d'éviter d'abimer la précieuse glace, ils remontèrent jusqu'à la surface, repassèrent du côté ouvert et connu de la grande maison, et se retrouvèrent enfin dans le grand hall d'entrée. Là, le directeur le reposa à terre et se tourna vers Minerva :
« - Vous permettez que j'aille donner quelques ordres à Filibik ? Je reviens…
- Bien entendu, acquiesça-t-elle. »
Il lui adressa un regard vif, puis partit à grand pas, la laissant seule avec le miroir tentateur. Bien sûr, elle connaissait la propriété de ce miroir du bonheur – qui avait fait si souvent le malheur. Même sans chercher à déchiffrer les lettres gothiques, à la fois grandes et ramassées qui, très stylisées, décrivaient l'objet, elle pouvait dire ce qu'il savait faire… car quel immense pouvoir, envoutant et effrayant, que celui de lire au plus profond de l'âme pour nous montrer notre plus grand désir !
Regarderait-elle ? l'envie la démangeait, et puis elle se disait qu'elle était assez forte pour ne pas devenir folle pour cela, et assez équilibrée pour ne pas avoir de désir à la fois incroyable et douloureux. L'envie de regarder prenait le pas sur la raison, et elle faisait semblant de se croire plus forte qu'elle ne l'était, de penser qu'elle était capable de maîtriser même ses désirs les plus profonds. Lorsqu'elle jeta un regard furtif autour d'elle pour vérifier qu'Albus ne revenait pas, l'envie avait gagné et elle fit un pas pour se mettre bien en face du miroir.
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D'abord, elle ne se vit qu'elle-même : dans la grande glace, il n'y avait que son reflet : une silhouette qui paraissait assez frêle, entièrement drapée de noir. Une image habituelle somme toute, que tous les miroirs lui envoyaient lorsqu'elle prenait le temps de s'y arrêter. L'illusion dura pendant plusieurs secondes, et elle en vint à croire qu'elle n'avait véritablement pas de désirs. Pourtant, l'arrière-plan commença à se flouter, et bientôt elle se trouva confrontée à ce qu'elle ne voulait surtout pas voir : était-ce de la peur, de l'envie, de la honte… Elle eut envie de détourner le regard, comme une vierge effarouchée rougit lorsque qu'un jeune homme lui fait un compliment seulement ce n'était pas un premier amour qui lui prenait la main, et les compliments de bas-étage étaient loin…
Le fond était flou, mais cela semblait respirer la paix, le calme. Sur les côtés, de jeunes gens, de 11 à peut être 35 ans, formaient un groupe compact, souriant, un peu animé. Il y avait de la camaraderie, de l'amitié, de l'amusement, cela se sentait à l'éclat dans leurs yeux. En observant avec plus d'attention leurs visages et leurs expressions, elle reconnaissait des gens qu'elle avait apprécié, d'anciens élèves, des amis, et puis les plus proches d'elle lui ressemblaient, mais ils avaient des yeux noirs, si noirs… force lui en était de se rendre à l'évidence : dans cette foule, il y avait ses enfants. Mais, avant tout, au centre, elle se tenait, dans une position bien plus détendue que celle qu'elle devrait avoir : tranquille, quasiment alanguie et de bonne humeur, elle souriait à l'homme dont le bras lui enserrait la taille. Severus, égal à lui-même mais semblant rayonner de bonheur, était visiblement l'heureux père des enfants qui étaient les siens – qui étaient donc les leurs.
Un léger sourire un peu moqueur flottait sur les lèvres de celui qui, assurément, partageait sa vie : Severus en homme de sa vie, cela faisait bizarre mais sonnait étrangement naturel. Lui aussi était drapé de noir, mais cela n'avait rien de sinistre, rien à voir avec l'impression qu'il donnait en général. Et puis, en y regardant précisément, elle voyait à son annulaire une alliance : mariée… Rien à faire, maintenant qu'elle avait plongé son regard là-dedans, elle ne pouvait l'en retirer. Elle dévorait les détails, s'en délectait, à la fois effrayée et totalement enchantée. Comment croire qu'elle était si dépendante de Severus, comment accepter cela comme son désir le plus profond, mais comment le refuser, l'oublier, le récuser ? Comment refuser en bloc ce qui est au plus profond de soi ?
Et puis il y avait parfois quelques changements, elle voyait apparaître des détails qui disparaissaient, elle voyait même parfois des images incroyables. Des folies, des rires, qu'elle croyait presque entendre raisonner autour d'elle : à regarder, à se plonger, elle avait presque l'impression d'être entrée dedans.
« - Minerva ? »
Oh, ce que la voix semblait lointaine… et puis, soudainement, elle se rendit compte que la voix était proche, et que c'était Albus qui revenait. Sursautant, comme une enfant prise en faute, elle fit un pas en arrière et, brusquement, se détacha de l'observation de l'image que donnait le miroir. Retombant brutalement dans la réalité, elle se sentait encore baignée par cette vision, et elle savait qu'elle n'avait pas fini de souffrir pour avoir vu ça, de vouloir le revoir et de vouloir le nier en même temps ! Elle fixait d'un œil vide la silhouette d'Albus, tandis que dansait dans son esprit l'image encore si vivace de Severus, et puis de cette bague à son doigt, et puis de ces enfants…
« - Vous m'avez l'air perdue !
- Mais non voyons ! y allons-nous maintenant ? lança-t-elle d'un ton sec.
- Nous y allons en effet, répondit-il. »
Il fit à nouveau léviter le miroir jusqu'à l'extérieur puis, le déposant et le tenant d'une main, il donna l'autre à Minerva et les fit réapparaître dans une salle à l'aspect désaffecté. Se redressant et tentant d'oublier les images qui lui tournaient toujours dans la tête, elle observa la pièce :
« - Ce n'est tout de même pas la salle du professeur Têtenjoy ?
- Si, mais elle ne sert plus depuis longtemps. Le miroir restera ici jusqu'à ce que j'ai tout à fait mis au point ce que je veux en faire…
- Mais quoi donc ? fit-elle, étonnée, les sourcils froncés.
- Vous-même m'avez dit de n'en rien dire, expliqua-t-il doucement.
- Oh… et bien d'accord. Je vous laisse. »
Et, sans un mot de plus, elle quitta la pièce et rejoignit ses appartements d'un pas mécanique : il n'y avait rien à penser, pas de commentaire à faire, car après tout… La clarté même du miroir et de l'image qu'il reflétait était, après tout, le principal problème. Cela donnait un sens à ce malheureux Je t'aime, et surtout lui donnait d'elle-même une image jusqu'ici toujours refusée. Merlin, mais quelle faiblesse d'avoir même regardé dans ce miroir, de c'être cru si forte !
Maintenant qu'elle n'avait plus le miroir devant les yeux, elle avait peur d'elle-même et de sa faiblesse : dans quoi s'embarquait-elle ? Dans quoi s'était-elle embarquée – car déjà il était trop tard ? Car ce que cela voulait dire, par-dessus tout, c'était sa dépendance : ce qu'elle désirait ne pouvait venir que d'autrui, et jamais elle ne l'aurait. Et une part d'elle ne le voulait pas ! c'était une vraie bataille avec elle-même que révélait ce désir profondément enfoui. Ce soir-là, elle fit très attention à ne pas croiser Severus qui faisait sa ronde…
