High Anxiety (Edwardsbloodtype)

Traduction autorisée

Disclaimer: tous les personnages appartiennent à Stephenie Meyer et l'histoire en version originale à Edwardsbloodtype.

Rappel : cette fic est classé M, il y est décrit de façon explicite d'usage de drogue et de consommation d'alcool par des mineurs et de sexe.

Encore merci pour l'accueil que vous avez fait au dernier chapitre et toutes vos reviews auxquelles j'espère avoir répondu, merci aux non-inscristes Mylene, Khad55, Dodo1234, Canada02, Nana10, Twilight-et-the-vampire. Merci aussi pour toutes les mises en alertes et favoris, ainsi qu'à toutes celles et ceux qui ont suivi cette traduction.

Nous voici donc à la première partie de l'épilogue qui est plus un autre tome de l'aventure, près de douze ans après, à l'aube de leurs trente ans. Mais une dernière recommandation, et ce n'est pas Space Bound Rocket qui me contredira pour avoir vérifié le texte, préparez vos mouchoirs...

~High Anxiety~

Epilogue Part 1 Stay

(Reste)

From Where You Are~Lifehouse

~Bella~

Je l'avais regardé depuis le lit, venant juste de me réveiller et ayant un besoin désespéré de faire pipi, mais encore trop groggy pour me sortir des draps. Il était dans le living, faisant les cent pas alors qu'il parlait à voix basse au téléphone. Si je plissai un œil, je pouvais le voir dans une des facettes du diamant que je portais à mon doigt. J'aimais la façon dont la lumière du matin jouait sur les longues lignes de son corps, faisant paraître sa légère musculature plus définie. Cela rendait plus facile d'éviter de s'étendre sur une autre époque, un autre endroit, un autre moi.

Quand il devenait comme ça, sérieux et grave en mode business, je n'osais pas l'interrompre ou croiser son chemin car aussi gentil et chaleureux qu'il était, quand il était en mode travail, il était féroce... et quelques fois très intimidant. C'était sexy et effrayant à la fois. C'était aussi précisément pourquoi les femmes les plus riches de New York l'engageaient pour s'occuper de leur divorce. Cependant, j'avais appris à m'adapter et gérer et peut-être même aimer la façon dont il était, à côté du fait qu'il travaillait tard et avait de nombreux clients de sexe féminin... juste comme il tolérait mes débauches excessives de shopping, et les coups de fil tard dans la nuit de filles du centre qui étaient en galère, et de ma folie névrotique quand il me disait qu'il était attaché à moi mais trouvait probablement cela ennuyeux néanmoins.

Après qu'il soit redevenu calme et que j'eus pris soin de mes nécessités matinales, je sortis mon ordinateur portable allant directement sur Southwest Airlines. Mon vol n'était pas avant 14:00 mais j'étais anxieuse et à bout de nerfs, tellement que je ne l'entendis pas entrer.

"Que penses-tu d'Août?" dit-il, se laissant tomber sur le lit à côté de moi. Je lui lançai un regard en coin, rétablissant l'équilibre de l'ordinateur sur mes genoux nus alors que le lit faisait des rebonds. Il était habillé d'un pantalon de pyjama en coton bleu clair et rien d'autre, l'odeur de savon et d'après-rasage émanait de son visage parfaitement rasé. Le contour de son pénis était visible sous le fin tissu; il détestait les sous-vêtements et n'en portait seulement que si c'était absolument nécessaire. Autre chose à laquelle je m'étais adaptée.

Si mon ordinateur et mon voyage imminent n'avaient pas retenu toute ma concentration, j'aurais probablement profité de sa nudité à proximité.

"Août qui?" (En Anglais Août se dit August)

Je lui jetai un coup d'œil. Ses yeux s'étaient élargis, pétillant de joie, et un peu d'espièglerie alors qu'il entortillait le cordon de mon short autour de son doigt.

"Melanie du Boat House de Central Park a appelé. Ils ont une annulation le treize août."

"De cette année?" Mais voix était juste un ton en-dessous à faire éclater les tympans.

Merde.

Non. Non, je ne suis pas prête non...

Je secouai la tête et laissai sortir un petit rire nerveux qui voulait signifier l'incrédulité. Au lieu de ça, il devint comme légèrement hystérique. Toute cette idée de mariage... de notre mariage était terrifiante pour moi, et je n'arrivais pas à saisir exactement pourquoi. J'avais dit oui, mais c'était un oui très hésitant à cela. Les paroles de ma mère au sujet de son mariage raté, les paroles de mon père au sujet de son... de mes précédentes fiançailles, rompues... je n'étais pas pressée de passer à l'acte. Les choses étaient très bien comme elles étaient.

"Ça nous laisse moins de deux mois. A moins que je trouve une robe en rayon, il n'y a pas moyen d'en commander une aussi rapidement... et les robes des demoiselles d'honneur et nous devons réserver un orchestre et avoir des fleurs et... mon Dieu... nous avons besoin de faire les invitations en quatre semaines. Quatre semaines! Oublie ça. Rappelle-la et remercie-la, mais le délai est trop court. Et en outre, le treize porte malchance. Je ne me marie pas un treize."

"Très bien, donc pas en août alors." Il leva les mains en signe de prière, essayant de me calmer avant que la folie ne s'empare de moi. Habituellement, si je commençai à débloquer alors il renonçait et changeait de sujet. C'était un des avantages provenant de son travail à essayer de s'occuper de femmes dingues.

Il roula sur le dos et laissa échapper un petit soupir tandis qu'il fixait le plafond. "Tu aimes le Boat House, Iz. Je ne comprends pas. Je pensais que tu serais enthousiaste à propos de ça. Tu ne veux pas m'épouser?" Il était blessé dans ses sentiments.

Je coinçai une mèche rebelle derrière l'oreille, prenant un air renfrogné. "Tu réagis de façon exagérée. Bien sûr que je veux me marier avec toi, mais pas demain. J'ai besoin que ce soit parfait pas précipité." Il me fixait d'un air ébahi alors que je continuai à me justifier sur pourquoi je n'étais pas vraiment dans l'urgence de marcher vers l'autel. "Tu me l'as proposé il y a quatre jours. La plupart des gens ont... deux années de fiançailles. Nous avons le temps de penser à ça, et je t'ai déjà dit que je n'étais pas pressée."

Je lui fis un regard appuyé et lui dit que je ne voulais pas relancer cette discussion. Nous n'avions plus parlé du mariage puisqu'il savait que je n'avais pas un réel désir de me lier légalement à quelqu'un, alors quand il me l'avait proposé dans Central Park par surprise dimanche en fin d'après-midi, j'avais été stupéfaite, c'est le moins qu'on puisse dire. Une part de moi pensait qu'il le faisait un peu pour sécuriser sa place dans ma vie, un genre de police d'assurance que mon voyage à Forks me renvoie à lui dans le même état que je l'aurais laissé. Je n'osai même pas le lui dire, car ce serait terriblement insultant, mais j'avais l'impression que c'était son intention.

"Très bien," dit-il, vaincu. "Nous attendrons."

Je penchai sur lui et déposai un baiser chaste sur ses lèvres boudeuses. "Tu es tellement mignon quand tu fais la moue."

Il laissa sortir un long soupir et dit, "Je suis mignon tout le temps."

Quand il roula sur le côté, il hocha la tête en direction de l'ordinateur, ses doigts parcourant l'ourlet de mon short. "Tout est à l'heure prévue?" Je pus entendre le ton de sa voix baisser. Il ne s'en faisait pas à l'idée que je parte mais il n'osait pas me dire de ne pas faire ce voyage.

Je hochai la tête lui faisant un sourire doux. Il n'y avait aucune raison d'être nerveuse, me disais-je pour la centième fois. Ce n'était que mon père et Maggie, Rose et Alice et les Cullen, juste les Cullen. Pas de quoi stresser, pas de quoi me mettre à paniquer. C'était juste Forks –quelconque vieux ennuyeux–sûr–rien de passionnant n'arrive jamais–Forks.

"Tu es sure que tu ne veux pas que je vienne?"

Mon adorable homme. Je fis courir mes mains à travers ses boucles. "Oh, ouais, comme ça Mme Slade sera oh tellement ravie de repousser sa procédure de divorce d'une autre semaine parce que tu as besoin de prendre des vacances pour Trou-Perdu Nulle-part avec moi," dis-je, roulant des yeux. Je lui avais demandé s'il voulait venir quand j'avais planifié ce voyage initialement, mais à la vérité de ne pas avoir vu mes amies depuis si longtemps, je voulais vraiment rattraper ce temps et ne pas me sentir obligée de m'occuper de lui. Heureusement, il avait compris et il n'était pas un homme des cavernes avec moi. Il avait déjà rencontré Rose et mon père et Maggie lors de leurs voyages respectifs à New York, alors ce n'était pas comme si je le gardais délibérément à l'écart de ceux que j'aimais.

Nous avions une relation honnête pour en grande partie. Il connaissait mon passé et savait tout de ma vie avant lui, mais il y avait encore de l'inquiétude de son côté qui faisait que je ne voulais pas qu'il vienne avec moi à Forks parce qu'Edward serait là. Mais Alice m'avait dit qu'il avait quelque chose d'autre à faire, quelque chose en rapport avec le baseball bien sûr et qu'il ne serait pas présent à sa fête pour la bienvenue du bébé. Entendre ça avait été déconcertant... c'était une déception et un soulagement en même temps. Cela faisait un long moment que nous ne nous étions pas parlé, et même plus longtemps encore depuis que nous nous étions vus la dernière fois. Je voulais désespérément le voir à nouveau, même si je mourais de peur à comment cela me ferait me sentir sachant qu'il y avait tellement de ressentiment et de colère maintenus entre nous.

La dernière fois où j'avais eu un semblant de contact avec Edward était il y a presque deux ans, le jour où un email d'Esmé était dans ma boîte. C'était une copie d'un article de presse montrant le Juge Aro, conduit les menottes aux poignets. Il avait été impliqué dans plusieurs affaires de fraudes fiscales qui avaient conduit à des investigations plus poussées dans ses relations avec plusieurs écoles privées de Chicago toutes celles dont il avait reçu des pots-de-vins pour condamner des enfants à être suivis dans leurs institutions. Il avait pris trente ans de prison et avait dû payer pour le dédommagement de tous les enfants qu'il avait condamnés à tort. Edward avait été exempté car son cas avait été finalement été révisé et qu'il n'avait passé que quatre mois à Caius School.

Néanmoins, j'avais demandé à Esmé l'adresse d'Edward et avait envoyé à son hôtel une grande boite de fraises enrobées de chocolat avec un mot qui disait simplement:

La justice est douce. Je pense à toi et j'espère que tu souris aujourd'hui. ~B

Il avait renvoyé un mot, tapé à la machine à l'entête de l'hôtel me remerciant pour l'attention. Tout ce qu'il disait était qu'il était heureux pour ceux qui avait obtenu justice et que c'était aimable de penser à lui. Mais c'était tout. Dire que je n'avais pas été déçue avec cette réponse si vague et impersonnelle était un euphémisme. Je suppose que j'avais cherché une sorte d'excuse, l'opportunité d'une ouverture pour reprendre contact avec lui à nouveau. Après notre dernière brouille, la nuit où il m'avait appelée complètement ivre et pleurant, il paraissait impossible que nous puissions même être polis envers l'autre. Au moment où j'avais écrit ce mot je cherchais un signe, peut-être une dernière étincelle, mais il était clair qu'il n'y avait aucune réciprocité de son côté. Peu de temps après ça il annonçait publiquement ses fiançailles.

Et une partie de moi mourait.

Après notre rupture, cela avait été un très longue route pour moi thérapeutes et médication et santé et oubli, tout pour Edward et moi. Mais deux ans plus tard, l'annonce qu'il aimait quelqu'un suffisamment pour se marier avec elle avait été complètement et totalement dévastateur. L'idée de lui passant sa vie avec une autre femme m'avait fait reculer d'un million de pas. J'avais toujours garder l'espoir que nous retrouverions le chemin l'un vers l'autre, pensant que peut-être le temps et la maturité guériraient les blessures que nous nous étions faites. J'avais toujours été une stupide rêveuse.

C'était seulement un mois plus tard que E! News publiait les photos du mariage sur une plage avec tous deux habillés très simplement, mais plus beaux qu'on pouvait même rêver. La douleur que j'avais ressentie, le voyant si heureux, était totalement paralysante. L'étincelle dans les yeux d'Edward était réelle. Il était heureux et amoureux.

Et je le haïssais foutrement pour avoir retrouvé l'amour avec quelqu'un d'autre quand je ne pouvais même pas aller à un foutu rendez-vous sans tomber en morceaux à la fin de la soirée.

Je voulais mourir par-dessus tout encore une fois.

Quand je pensais à comment cette nuit-là j'avais été incroyablement anéantie, il m'en venait les larmes aux yeux au souvenir d'avoir été si creuse, si seule. Je sanglotais jusqu'à être complètement engourdie et les pensées... les pensées que je n'avais pas eues pendant des années me hantaient. Ce fut une très mauvaise période... probablement la pire de ma vie.

J'avais travaillé pour passer ça, gérer avec ça, avancer. Ou au moins, faire semblant.

Ce fut seulement trois mois après cela que le mariage d'Alice et Jasper était prévu. Je ne pouvais pas déterminer si c'était un caprice du destin mais la veille de leur mariage où je devais être comme demoiselle d'honneur, j'étais tombée d'un escabeau en essayant d'attraper ma valise au sommet de ma penderie. Je passai la nuit aux urgences, mon poignet cassé plâtré et immobilisé me rendant incapable de voyager seule à travers le pays et sous analgésiques.

Aussi triste que j'étais de ne pas être en mesure de célébrer le mariage de mes meilleurs amis, autant cela aurait été se détester cordialement du côté Edward, vu qu'il était le témoin de Jasper, et que son stupide grand mannequin Brésilien d'épouse serait là avec lui. Elle était probablement la plus jolie personne au monde, mais je la haïssais simplement parce qu'elle avait une place à son côté que je n'avais plus. Elle était Mme Edward Cullen et j'étais... encore juste Isabella Swan. Toujours juste Isabella Swan.

Je pense que cette chute avait sauvé ma santé mentale car je m'étais empiffrée de Xanax comme de bonbons toute la semaine avant le mariage pour essayer de me calmer. Je n'avais pas cessé de vomir aussi à cause de mon stress; ayant perdu assez de poids pour que ma robe sans bretelle de demoiselle d'honneur baille horriblement. Je savais que voir Edward après si longtemps, après tout ce qui avait été dit, et être restés sans se parler... avec une autre femme m'aurait probablement tuée.

Ce qui était arrivé entre Edward et moi, au cours des sept années après que nous ayons été diplômés du lycée m'avait brisée. Mais lorsque je guéris, je m'étais rendu compte que les choses que nous avions traversées avaient fait de moi une femme plus forte malgré le fait que je fus réservée et terrifiée d'aimer quelqu'un d'autre à nouveau. Je sortais ou essayais à tout prix... et il y avait eu deux relations prometteuses qui avait débuté mais qui finalement avait été un fiasco car j'étais encore trop cassée et incapable d'être véritablement intime. Edward avait été le seul homme avec qui j'avais "été avec nul besoin de dire que c'était difficile à égaler. En plus de ces tentatives de relations, j'avais couché avec deux autres hommes, juste parce que j'avais bu et qu'ils étaient là par hasard pour combler ma solitude. Pourtant ces rencontres ne furent pas satisfaisantes et ne firent rien d'autre que de me donner envie de revenir dans ses bras. C'était perdu d'avance.

Mais ensuite il y eut Jackson.

Jackson était mon voisin depuis seulement quelques mois quand j'étais tombée de l'escabeau. Nous nous disions bonjour et quelques banalités dans l'ascenseur de temps en temps, mais c'était tout. Ma tête et mon cœur étaient toujours si fermés que je trouvais rarement quelqu'un qui n'était pas grand, sombre et Edward, attirant et relativement intéressant. Puis un soir j'avais une petite soirée avec quelques amis du travail et du centre et Jackson m'avait aidée à porter les sacs des courses à l'étage. Je ne pouvais faire autrement que l'inviter. Après cela, nous étions devenus amis; allant dans les bars et les clubs, quelques fois commandant simplement et regardant des films ensemble. C'était sympa... facile, et je n'étais plus seule.

Dans mon état de panique et de souffrance, il était la seule personne que je pouvais envisager aller voir pour m'aider. Je tapai à la porte de son appartement, levant mon poignet disloqué et il comprit immédiatement, attrapant mon sac à main et mes chaussures, appelant une voiture pour m'amener aux urgences. Il y avait une gentillesse dans ses yeux ce soir-là que je n'avais jamais vue avant. C'était de l'inquiétude et de l'affection et très probablement les prémices de l'amour. Peut-être que c'était à cause de ma faiblesse ou de la douleur insurmontable, et peut-être que c'était juste la défaite, mais ce soir-là je laissai tomber ma réserve et permettre ce qui arriva.

Pour la première fois depuis très longtemps, je souriais.

Jackson était amical et jovial et rien comme Edward dans les manières et les traits physiques et la façon d'être avec moi. Sa silhouette était mince et dégingandée, ses cheveux blonds et ses yeux bleus, et il était patient et gentil et tolérant, il était un homme bon et prenait soin de moi. Il n'était pas célèbre et n'était pas entouré de mannequins et d'actrices et de célébrités qui le voulaient. Seulement des divorcées amères et avides d'argent que je savais qu'il détestait. Je ne me sentais jamais menacée ou anxieuse avec lui.

Et le plus beau était qu'il était là.

Jackson se leva du lit annonçant par-dessus l'épaule, "Je vais commencer le petit déjeuner. Pancakes, Ok?"

Avec juste un clin d'œil et un dernier clic sur le clavier, je marmonnai, "Pancakes ça me parait super, Maître"

"Jésus, Iz. As-tu assez de vêtements?" demanda-t-il incrédule, les bras croisés sur sa poitrine alors qu'il était appuyé à l'embrasure de la porte de notre chambre. Je refusai de le regarder, refusai de le laisser perturber mon mémorandum. Je voulais être sûre de prendre tout ce dont j'avais besoin. Avec six tenues habillées et tout à fait trop de chaussures, j'avais empaqueté l'essentiel pour une semaine. Même si mon séjour n'était que de trois jours, il était mieux d'être préparée pour plus que moins. Et ce que je n'aurais pas pris serait une excuse pour aller faire les magasins.

"Allons-nous recommencer avec ça?" demandai-je en gloussant alors que je fourrais ma trousse de toilette dans un coin de ma grande valise. "Mieux vaut en avoir trop que pas assez. Et le temps dans le Washington est bizarre à cette époque de l'année. Il peut faire chaud comme il peut faire froid." Les vêtements avaient toujours été mon moyen de réconfort et si j'étais dans le besoin désespéré d'un refuge je le trouvais dans mes vêtements. Une autre profonde inspiration sembla apaiser les contractions nerveuses dans mon ventre. Une dernière vérification dans mon bagage de cabine pour les billets et mes papiers et j'étais prête à y aller.

Son baiser à l'aéroport fut long et profond, des promesses muettes d'amour et de dévotion et, "Tu vas me manquer, reviens vite à la maison."

Mon signe de la main disait, "Je suis terrifiée et je souhaite que tu sois là pour me soutenir si je tombe."

Avec le recul, je souhaitais lui en avoir dit beaucoup plus.

Le vol pour Washington durait six heures depuis New York, avec une escale de deux heures entre. J'aurais préféré un vol direct cependant, mais malheureusement la chance n'était pas de mon côté. Les aéroports avaient été une seconde maison pour moi pendant un temps, le résultat à essayer de maintenir une relation à longue distance. J'avais appris à connaître les meilleurs endroits où manger et les positions pour dormir sans avoir de creux dans mon cou. Je connaissais quelques hôtesses ou stewards par leur nom et quand je remettais des photos d'Edward autographiées, j'avais souvent bénéficié de privilèges spéciaux, comme l'entrée dans les salons privés des pilotes et tout. A l'époque, j'étais toujours très heureuse avec l'anticipation d'être en chemin vers lui.

Je jetais mes bras autour de lui qui était venu me chercher et me faisait tournoyer, nous valant quelques gloussements des passants. Comme j'étais affamée de ses baisers, de ses lèvres, de son contact, ne voulant jamais le laisser partir. Il m'enveloppait dans ses bras et murmurait, "Dieu, que tu m'as manqué, bébé. Je t'aime, je t'aime, je t'aime." Je me sentais vivante et belle et sienne, toujours sienne.

Cette fois, je n'étais pas vraiment sûre de ressentir autre chose que l'envie de vomir.

J'étais absorbée par mon livre quand le haut-parleur annonça que le vol était retardé d'une autre heure environ. Un chorus de grognements dépités fit écho dans la zone d'attente de tous les passagers sauf un. J'étais personnellement soulagée car je ne pensais pas être jamais prête pour cela et j'étais reconnaissante pour juste quelques heures supplémentaires pour me faire à moi-même encore un discours de motivation.

Il ne serait pas là. Mais j'allais à la maison de Forks où il avait vécu… la maison où nous avions vécu ensemble avec sa famille et cela faisait quatre ans. Quatre putains d'années depuis que je n'avais pas vu un des Cullen. Leurs visages me manquaient et leurs mots d'amour. Faire partie de leur famille me manquait mais j'avais dû me couper complètement de cette vie que je ne connaissais plus sinon je n'aurais jamais pu vraiment avancer.

Mais si par hasard il était là, qu'est-ce que diable j'allais faire? Cette pensée me donna un haut-le-cœur et mon cœur palpita de crainte, d'excitation… de peur.

C'était l'imprévu qui m'effrayait. J'avais vu le scénario une centaine de fois dans ma tête, se jouant différemment à chaque fois. Serait-ce la version hostile, ou serait-ce doux-amer et tendre? Serait-ce rien du tout, pas la moindre émotion, complètement décevant? Mon cœur sera-t-il brisé à nouveau à cause de son attitude nonchalante? Devrais-je recourir à botter les fesser de sa femme dans une dernière tentative pour revendiquer Edward comme mien… Ok, ça n'arrivera jamais, mais une fille peut quand même rêver.

Quoi qu'il en soit, il était impossible de savoir qui je rencontrerais de toute façon, et comment je réagirais à qui il était maintenant. Honnêtement, je ne le connaissais plus et c'était le côté le plus effrayant… et le plus triste. Mon traite de cerveau donnait place à des souvenirs pour lesquels j'avais travaillé des années en thérapie à essayer de les oublier.

"Je déteste qui tu es devenu, Edward. Tu as laissé ça te monter à la tête et ce n'est pas toi."

"Désolé, Bella mais tu dois faire avec, que tu l'apprécies ou non. C'est ce que je suis maintenant, prends-le ou laisse-le. J'ai fait ça pour nous, c'est tout pour nous, ainsi nous pouvons avoir un avenir."

"Tu es un tel menteur, Edward. C'est tout pour toi, c'est ton rêve pas le mien. Pas le mien."

"Alors pars si tu n'aimes pas qui je suis. Putain vas-t-en."

Parfois je me demandais s'il savait les dégâts que ces mots feraient sur nous. S'il y avait fait attention à l'époque. S'il le faisait maintenant.

"Je suis foutrement désolée, E. Tu sais que je t'aime, tu le sais. Mais je ne peux pas continuer à faire ça. J'ai l'impression d'étouffer et j'ai besoin d'espace. Tout ce que nous faisons c'est nous battre et je ne peux pas…continuer à te suivre dans tout le pays pour pourchasser tes rêves. Qu'en est-il de mes rêves? Quand sera-t-il question de moi?"

Il me donna beaucoup d'espace après cela.

Alors que je sortais mon téléphone pour dire par texto à mon père de ne pas venir me chercher à Sea-Tac à l'horaire prévu, une vieille dame, peut-être vers la fin de la soixantaine, désigna le siège à côté de moi. Je mis mon sac sur le sol, lui laissant de la place dans la zone d'attente bondée. Elle commença à me faire la causette, saisissant finalement l'allusion que je n'étais pas vraiment d'humeur à socialiser quand je posai mon livre sur mes genoux.

Un texto de Rose me dit qu'elle avait bien atterri et qu'elle était en route pour la maison de ses parents à Forks. Je lui dis que je l'aimais et que j'avais hâte de la voir. Cela ne faisait que quelques mois depuis qu'elle était venue me rendre visite, mais nous restions proches, nous parlant au téléphone presque tous les jours. Elle était mon roc et ma meilleure amie et je l'aimais. Tout comme elle avait été là pour ma rupture avec Edward, je lui avais tenu la main pour la sienne avec Emmett. Elle avait été mariée et divorcée et fiancée deux fois depuis. Actuellement, elle était célibataire et en profitait.

Quand mon ventre gargouilla, je tirai quelques paquets d'en-cas variés de mon sac, en offrant poliment à la gentille dame à côté de moi. Elle accepta et m'offrit avec gentillesse un de ses magazines. Je cherchai dans la pile, choisissant finalement un magazine de mode. J'avais délibérément essayé de rester loin des potins et de la presse people. Il était toujours dedans, souvent en couverture, et ce n'étais jamais ce que je voulais voir. Parce que j'étais masochiste, généralement je regardais de toute façon, me fustigeant après cela. Peu importe à quel point j'avais essayé de l'effacer de ma vie, j'avais appris que ce n'était juste pas possible. Il serait toujours là, à me fixer les yeux ardents à travers les pages de papier glacé d'un magazine.

Il serait toujours dans mon cœur, il serait toujours le premier de mes premières, il serait toujours celui qui avait brisé mon cœur en des millions de morceaux et avait ensuite jeté les morceaux de côté. Il était la raison pour laquelle je n'avais pas pu aller au mariage d'Alice et de Jasper, la raison pour laquelle j'abhorrais la St Valentin et les sandwichs au beurre de cacahuète et à la gelée, la raison pour laquelle j'avais vu un thérapeute deux fois par semaine pendant un an après que nous en ayons eu terminé, la raison pour laquelle j'avais choisi de revenir aux antidépresseurs. Edward était la cause d'innombrables cauchemars et de larmes incessantes et par la suite de relations ratées, parce que mon cœur ne me laisserait pas aimer quelqu'un d'autre.

Parfois j'allais marcher à Times Square juste pour me souvenir comment c'était quand il me tenait la main et me faisait la promesse que le monde était à nous pour vivre tout ce que nous avions choisi de vivre.

"Bébé, un jour nous amènerons nous enfants ici à Noël et nous verrons l'arbre au Rockefeller Plaza et les emmènerons à Radio City. Nous pourrons faire des pique-niques dans Central Park et je les emmènerai aux matchs des Yankees. Et ensuite, nous monterons à bord de notre yacht et voguerons vers les îles grecques où nous nous allongerons sous le soleil et ferons l'amour tout l'après-midi pendant que la nounou les emmènera à terre."

"Edward, nous aurons une nounou? Elle ferait mieux de ne pas être hot."

"Personne n'est plus hot que toi, my beautiful girl."

Mais ensuite bien sûr la réalité de l'affiche de quinze mètres de lui entouré par tous ces stupides mannequins se moquerait de moi et je devais rentrer à la maison plus mal que quand j'en étais partie.

"Edward, elles étaient à poil… toutes les huit. Comment as-tu pu me faire ça?"

"Bella, comment étais-je censé savoir qu'il s'agirait de cela pour la séance de photos? Je me suis juste montré et fait ce qu'on m'a dit de faire. Je n'exagère rien. Je fais ce qu'on me dit de faire et on me paie. Bon sang, tu n'as jamais confiance en moi, Bella. Je t'ai été totalement fidèle quand j'avais un million d'opportunités de ne pas l'être et…"

"Fuck. You."

C'était tout ce que j'avais besoin d'entendre.

Peu importe, nous avions rompus, Les mots blessants à la place des mots d'adoration que nous avions l'habitude de nous chuchoter l'un à l'autre dans l'obscurité. Je maltraitais mon ego déjà meurtri en lisant la presse people, en boudant sur les photos de lui avec son bras autour de qui qu'elle soit à ce moment-là, soit une fan, la nouvelle "It Girl" d'Hollywood ou ce mannequin. Je me punissais en recherchant sur internet des infos sur lui, voulant juste quelque chose pour me sentir proche de lui après l'avoir inconsciemment éloigné. J'allais dans les bars sportifs pour le voir jouer comme le reste de ses fans qui l'acclamaient. Pour moi, c'était cathartique de le voir atteindre ses rêves tandis que j'accomplissais les miens sans lui à mes côtés pour être ma pom-pom girl.

J'avais tendance à me focaliser sur le négatif alors qu'il y avait de si beaux moments à me rappeler. Mais ils étaient ceux qui me faisaient le plus mal. Ces souvenirs, nos souvenirs qui signifiaient tout pour moi semblaient ne signifier rien pour lui maintenant. Presque comme s'ils étaient faux… quelque invention de mon exceptionnelle imagination à –avoir-regardé-beaucoup-trop-de-comédies-romantiques- où la fille obtient toujours le mec ou la robe ou le bébé ou peu importe ce que c'était qu'elle recherchait désespérément.

Après le diplôme au lycée, nous étions partis pour l'université en août, idéalistes et les yeux brillants et si foutrement naïfs. Nous avions pensé que si nous demandions des dortoirs d'université mixtes nous serions placés dans le même bâtiment, dans la même aile, au même étage, voisins. En réalité mon bâtiment était de l'autre côté du campus à une bonne trentaine de minutes de marche. C'était un inconvénient mineur et bon, c'était nul, mais nous avons fait avec.

Bon, non. J'ai fait avec. Edward boudait.

Un après-midi, seulement quelques semaines après le début du semestre, j'étais allée à son dortoir, l'espace commun était plein de garçons chahuteurs jouant à des jeux vidéo. Edward était dans sa chambre, assis sur la couchette du bas le visage dans les mains.

"Je n'en peux plus de ça." Dit-il sans regarder. Tout mon monde s'arrêta. J'aspirai une bouffée d'air et me figeai, pâlissant lentement.

Quand il leva enfin les yeux, il les roula à mon expression, vraiment irrité alors qu'il passait en va-et-vient une main entre nous.

"Pas ça…" Il désigna la petite chambre à coucher encombrée qu'il partageait et le chahut à l'extérieur. "Ça! Ce sont des putains de porcs et je ne peux pas dormir sans toi à côté de moi et fuck… j'ai besoin d'un endroit à moi, Bella. Nous avons besoin d'un endroit à nous." Et d'un souffle mon monde était entier à nouveau. Il avait toujours eu ce genre de pouvoir de me détruire avec une courte phrase.

Il fallut tirer quelques ficelles et plusieurs déclarations sous serment des thérapeutes d'Edward attestant que l'hébergement d'Edward exacerbait ses symptômes d'anxiété mais il obtint finalement l'approbation pour vivre en dehors du campus. J'emménageai immédiatement avec lui, même si je gardais mon dortoir avec juste un couvre-lit sur le lit car j'avais trop peur que mon père ait une attaque. Nos vies se composaient de cours et de mémoires, et faire l'amour, et de fêtes et traîner avec nos amis nouvellement acquis et… c'était formidable. Edward et moi étions tous les deux en bonne santé et plein de vie pourtant lui et moi voyions tous les deux des thérapeutes en tant que suivi de nos problèmes respectifs. Nous cuisinions ensemble et nous dormions ensemble et travaillions ensemble... la vie était vraiment, vraiment belle.

Jusqu'à ce que le baseball commence et alors je le voyais à peine. Mais le sourire sur son visage valait le temps que nous passions loin l'un de l'autre. C'était le baseball qui avait sauvé Edward une fois de plus dans sa vie, et ce qui avait fini par nous détruire. Le baseball était la troisième personne dans notre relation, ce foutu ménage à trois, sa maîtresse immatérielle en quelque sorte.

Cela avait été subtil, les changements en lui, en nous, mais si je regardais en arrière à travers mes souvenirs et cataloguais les photos, la confiance d'Edward l'avait lentement transformé en cet animal qui ne pouvait pas être dompté.

Au début c'était amusant d'être la petite amie de la star de baseball du campus de l'université. Et puis lentement, ça ne le fut plus, mais je ne lui ai jamais laissé savoir ma désillusion en toute franchise. Je voulais lui apporter tout mon soutien et être positive avec toutes les opportunités qui se présenteraient sur son parcours. Le baseball universitaire le conduit finalement aux divisions secondaires et un programme scolaire à temps partiel pour Edward, et bien sûr, un déménagement à l'autre bout du pays. Je démarrai dans une nouvelle université, perdant des acquis, perdant des amis, m'en faisant de nouveaux, faisant d'un appartement un chez-moi, m'adaptant à une nouvelle vie où je ne voyais jamais mon petit ami qui n'assistait plus aux cours. Je ne me plaignais jamais, je ne protestais jamais. Et mon sourire restait.

Une année, puis deux et un autre déménagement, un autre appartement, une autre université. Des amis perdus, de nouveaux amis. Mon poisson rouge mourut dans le déménagement. Puis une autre année… et je ne me plaignais jamais, même si j'avais à nouveau douze ans et personne qui me demandait si j'étais d'accord pour recommencer à nouveau. Mon sourire s'estompait.

Puis les premières divisions vinrent courtiser.

Un déménagement de plus et une maison, une grande maison, une maison solitaire et vide. Une autre nouvelle université pour moi, plus d'acquis perdus, plus d'amis laissés derrière. Edward jamais, jamais à la maison. Son portrait dans les magazines et les publicités sportives et des femmes voulant son attention… mon portrait à côté de lui, faux sourires pour la photo. Mon vrai sourire était depuis longtemps parti, laissé quelque part en Floride. Je pense que c'était là la dernière fois que je l'avais vu.

Une autre année. Une opportunité de faire un internat dans un centre d'assistance pour adolescents perturbés à New York City. Un transfert de bourse à Columbia University. C'était mon rêve… enfin mon rêve.

Le mien. Pour Moi.

Et donc j'étais partie pour un été, non pas qu'il soit même là suffisamment pour remarquer que j'étais partie. Je restai. Il rata ma remise de diplôme universitaire pour un match. J'obtins un emploi que j'aimais. Je conseillais des adolescents en crise et je comptais pour eux. Je faisais une différence. J'étais importante dans la vie de quelqu'un même si je n'avais pas l'impression que la personne la plus importante dans ma vie fasse attention à moi. Bien sûr il le faisait, mais il était tellement loin, travaillait tellement dur pour être le meilleur. Tellement occupé. Tellement distrait.

Nous avions essayé de faire marcher ça à longue distance. Au début c'était bon, car il prenait souvent l'avion pour me voir et je prenais l'avion pour n'importe où où il jouait. Nos visites étaient courtes et douces, et pendant un temps… suffisantes. Edward était mon meilleur ami et l'amour de ma vie, mais il n'était pas là pour les occasions les plus importantes car il était esclave de son contrat. Je me fis de nouveaux amis, fis d'un appartement un nouveau chez moi et refusai de quitter New York, mon chez moi.

Alors à ma grande surprise, dans un geste des plus romantiques et dépassant tout, Edward me demanda de l'épouser pour mon vingt-cinquième anniversaire. Je dis oui, et j'étais aux anges.

Et ensuite il me dit que je devais déménager, pour être avec lui si je voulais devenir sa femme. Il était fatigué de la relation à longue distance. Il voulait fonder une famille et faire les choses bien ce qui signifiait en fin de compte que je devais mettre tout de côté pour ce qu'il voulait. Une fois de plus.

Donc quelques semaines plus tard, je lui rendis la bague et je lui dis non. Pour la première fois depuis des années, je lui avais dit non.

Et je ne saurais jamais si c'était la plus grosse erreur de ma vie ou la meilleure chose que j'avais pu faire. Avec Jackson et une toute nouvelle vie loin d'Edward, avec mes nouveaux amis, ma carrière et mon sourire de retour… Edward Cullen avait encore une prise ferme dans mon cœur.

Je savais que peu importe ce que je faisais, ou combien de thérapies je suivrais ou avec qui il serait marié, Edward aurait toujours tout mon amour.

Je soupirai, regardant mes vêtements en désordre répandus dans la chambre d'hôtel. J'avais été à cela depuis deux heures, transpirante et irritée, les cheveux indomptables avec l'électricité statique. J'avais finalement choisi un pantalon habillé blanc, très ajusté, des sandales à talons hauts et un élégant top bleu saphir sans manche avec beaucoup de volants. Il était sexy et élégant, approprié pour une présentation de bébé tout en restant encore mature et... Oh Dieu qui essayais-je de tromper? Je voulais paraître hot et ce n'était certainement pas pour Alice. Je voulais montrer à tous que j'allais bien, que j'étais allée de l'avant avec succès et qu'il était celui qui avait raté quelque chose, pas moi.

Du moins, c'est ce à quoi j'avais passé la matinée pour essayer de me convaincre. Au moins s'il voyait les photos de la fête et que j'étais dessus, il verrait que j'étais encore forte et en état à l'extérieur malgré combien je me sentais faible à l'intérieur.

Après douche et repassage, je m'habillais d'un short et d'un tee-shirt, emportant avec moi une housse à vêtements avec ma tenue pour me changer une fois arrivée à Forks. J'avais laissé mes cheveux tomber en boucles douces, et m'étais maquillée comme je le faisais toujours et ensuite je vomis le maigre petit-déjeuner que j'avais avalé avant de prendre la route. Mes nerfs étaient à vif. Dans ma petite pochette bleue, j'avais mis deux pilules de Xanax de secours, juste au cas où. J'étais une femme forte, oui, mais je n'ai jamais prétendue être à l'épreuve d'Edward Cullen.

En chemin, je n'arrêtai pas de fumer, de me donner un peu de motivation entre scander "tu peux le faire, Bella" et chanter des chansons des années 80 à pleins poumons juste pour libérer la tension. C'était très, très long trois heures. Dès que j'atteignis la pancarte Bienvenue à Forks fraîchement rénovée, mes nerfs reprirent à nouveau le dessus. Je me changeai rapidement dans les toilettes du café-restaurant de Forks, me brossai les dents, rafraîchis mon maquillage et fis bouffer mes cheveux. Après je ne pouvais temporiser plus longtemps, j'appelai Rose pour lui dire que j'étais sur le chemin et que je n'avais absolument pas d'autre choix que de me résigner à faire face à mon passé.

Il y avait quelques changements notables mais la plupart des choses étaient restées les mêmes. Newtons' Sporting Goods avait doublé en taille et Forks High School avait une nouvelle façade; des briques plus claires le faisait paraître moins lugubre que ce à quoi il ressemblait quand j'y étais lycéenne. Il y avait un tout nouveau magasin d'alimentation et bien sûr, ce que toute petite ville dans le Washington avait besoin, un Starbucks. Et dans mon vieux bloc, la maison où j'avais grandi était exactement comme je l'avais quittée quand j'avais emménagé chez les Cullen, excepté la petite barrière blanche entourant le jardin de devant et l'addition évidemment d'une nouvelle balancelle installée derrière, visible de la rue. Je me demandais si notre cabane dans l'arbre était toujours intacte. Ma cabane... il n'y avait plus de notre désormais.

"fffff"

La vue de l'immense maison des Cullen me rendit nauséeuse à nouveau. Elle était plus belle que jamais, des hortensias éclatants, bleu et pourpre, en massifs soignés décoraient l'allée et des guirlandes coordonnées ornaient la porte d'entrée. Il y avait environ une douzaine de voitures alignées des deux côtés de la rue, certaines dans l'allée circulaire.

Je pris une profonde respiration alors que je garais ma voiture de location, attrapant mon sac et le petit paquet cadeau bleu que j'avais apporté. Au milieu du papier décoratif, il y avait une minuscule tenue de petit garçon et une photo que j'avais prise d'un magnifique berceau artisanal. Je l'avais expédié directement chez Jasper et Alice deux jours avant, quelque chose que je savais qu'elle voulait et qu'on ne pouvait avoir que chez un artisan exclusif à New York. Il était horriblement cher, mais je me sentais redevable envers elle après mon absence au mariage. Et une partie égoïste de moi espérait que peut-être elle me le re-offrirait quand j'aurai mon propre enfant. Si...

Le son accéléré de mes talons claquant le long de l'allée se mélangeait à la musique, aux rires et aux conversations provenant de la maison et du jardin de derrière. Je gloussai en passant devant Cunnilingus et Fellatio qui nageaient joyeusement dans le bassin de la cascade, me souvenant quand Edward m'avait présentée aux carpes japonaises. C'était avant même que je sache ce qui avait amené les Cullen dans le Washington, avant que je comprenne pourquoi Edward était comme il était. Je soupirai. J'étais si jeune alors, si naïve.

Avant de frapper à la porte d'entée, je me tins quelques secondes dehors sur les marches stimulant mon courage pour entrer. Je savais que dès que je verrai Alice et Esmé je pleurerais sans aucun doute. J'étais tellement excitée de voir Claire après tout ce temps. Elle était une grande fille maintenant. Je l'avais vue sur les photos du mariage d'Alice et elle allait certainement briser des cœurs dans quelques années. C'était une bonne chose pour les garçons de Forks perpétuellement excités que ses grands frères ne vivent pas tout près.

"Bella?" Je me retournai brusquement pour trouver Carlisle et son immense sourire louvoyer dans l'allée, des sacs de glace venant du magasin coincés dans chaque main. Sans même y réfléchir, je dévalai les escaliers pour me jeter dans l'étreinte qu'il m'offrait. Les sacs crissèrent contre mon dos alors qu'il me serrait bas ses bras et je laissai échapper un petit glapissement au froid contre ma peau.

"Dieu, que c'est bon de te voir! Tu es plus magnifique que jamais!" Il était rayonnant alors qu'il me libérait, ses yeux bleus étaient remplis de la même gentillesse et de la même chaleur qui m'avaient tant manqué. "Alice et Esmé sont tellement heureuses de ta venue."

"C'est si bon de te revoir aussi, Carlisle. C'est tellement agréable de revenir à la maison." Les petites rides autours de ses yeux ne diminuaient en rien sa beauté. Pas plus que les fils gris parsemant ses cheveux blonds.

Pouvait-elle encore être considérée comme ma maison? Ça me rendit triste de ne pas en être très sure.

"C'est un peu bizarre pour être honnête, quand même." Ajoutai-je avec un rire nerveux car c'était embarrassant de voir mon ex-père, que j'en étais venue à aimer comme le mien. Je n'étais pas sure d'avoir le droit d'être là, je n'étais même pas sûre que quelqu'un me veuille ici. Aussi stupide que cela pouvait être, je me sentais comme une traîtresse de porter cette bague à mon doigt, fiancée à un autre homme quand l'homme que j'avais toujours pensé épouser ne pouvait même pas faire une pause dans sa satanée carrière de joueur de baseball pour assister à la fête donnée par son frère. Connerie typique d'Edward.

"Je suis sûr que ça l'est. C'est la première fois que tu reviens depuis des années, n'est-ce pas?" Je hochai la tête alors que Carlisle posait une main sur mon épaule, me conduisant à l'intérieur. "J'ai entendu dire qu'il y avait des félicitations à faire," dit-il avec douceur, prenant ma main pour examiner la bague. "C'est un homme chanceux." Le sourire de Carlisle était sincère encore qu'assurément triste. Je me demandais si cette tristesse était pour moi ou pour Edward. Et j'allais tuer Rosalie. Elle était la seule personne à qui j'avais parlé de la proposition de Jackson. Elle avait une putain de grande gueule, depuis toujours.

L'intérieur de la maison était très différent de quand je l'avais vu la dernière fois. Les murs étaient couleur taupe maintenant, les canapés brun foncé en suédine étaient le caractère dominant dans le living. La peinture de Dali dans les escaliers avait été remplacée par un magnifique tableau d'une grande main virile tenant une autre minuscule dans sa prise celles de Carlisle et Claire je supposai. Le piano à queue d'Edward avait quitté sa place, une maison de rêve Barbie et les des étagères de jouets de petite fille occupaient l'espace laissé libre. Mon ancien logement temporaire était bien différent mais irradiait encore de chaleur et d'amour de tous les côtés. La douleur soudaine dans ma poitrine était alarmante. J'avais oublié combien tout ça m'avait manqué.

Carlisle contourna l'équipe du service de restauration, abandonnant la glace dans l'évier de la cuisine avant de me conduire à l'extérieur jusqu'à la tente. Mes yeux scannèrent la foule, à la recherche de visages connus, en trouvant quelques uns mais surtout des étrangers.

Je repérai immédiatement Alice discutant avec Rosalie et quelques autres filles à côté de la table du punch. Rose me fit un signe de la main et poussa du coude le bras d'Alice pour l'avertir de ma présence. A la seconde où ses yeux rencontrèrent les miens, nous courûmes l'une vers l'autre, poussant des cris stridents, les yeux pleins de larmes, nous berçant un assez long moment dans notre étreinte. Je tapotais son petit ventre saillant et admirait sa nouvelle coupe courte. Je lui dit qu'elle était magnifique et elle gémit avec envie à ma tenue, me faisant promettre de lui prêter le haut une fois qu'elle pourrait l'enfiler à nouveau. Elle se tracassa à propos de ma bague que j'essayais de cacher essentiellement et je fis revenir la conversation sur elle pour écarter l'attention indésirable sur moi. J'aurais voulu avoir laissé cette foutue bague dans ma chambre d'hôtel.

Alice paraissait heureuse, considérablement même. Sa peau était lumineuse et éclatante et la seule fois où je me souvenais d'elle rayonnant comme ça c'était quand Jasper lui avait dit qu'il l'aimait à notre retour quand... Je l'enviai de ce sentiment d'avoir tout et sachant exactement ce qu'elle avait projeté. C'était ce qu'elle avait toujours voulu et tous ses rêves étaient devenus vrais. Elle méritait chaque instant de bonheur qu'elle avait eu.

J'essayais de faire en sorte que cela ne soit pas évident, mais toutes les quelques secondes je tendais le cou très légèrement pour voir au-dessus des têtes et analyser la foule, comme je l'avais fait d'innombrables fois avant. Cherchant... toujours cherchant ses yeux dans la foule. Il y eut plus de fois que je ne pouvais en compter où nous étions à toutes sortes d'événements ou de soirées et quelque chose ou quelqu'un inévitablement nous séparait. C'était comme au temps où je l'avais connu, c'était comme si j'avais été tirée en arrière jusqu'à juste une courte longueur de bras, essayant de revenir vers lui. Arriver près de lui.

Il n'était pas là, me rappelais-je à moi-même. Il n'était pas venu. Respire. Respire.

Deux mains chaudes se faufilèrent de derrière pour couvrir mes yeux faisant palpiter mon cœur. Haletante, je me tournai, une lueur irrationnelle d'espoir de trouver des yeux verts familiers, cependant, je fus légèrement refroidie de trouver ceux bleus cristal de Jasper. Il m'étreignit étroitement me chuchotant qu'il était tellement content que je sois venue. Tout en le félicitant, je riais en pensant que la dernière personne que j'aurais penser faire un bon mari et un bon père était Jasper Cullen. J'étais vraiment ravie de voir que j'avais eu tort. Ses bras glissèrent autour de sa femme amoureusement tandis que notre groupe causait de ce que nous avions à rattraper. Puis Alice et Jasper nous laissèrent devant s'occuper de leurs invités.

Une fois seule avec Rosalie, je la réprimandai pour avoir cracher le morceau sur mes noces imminentes et puis elle et moi bavardâmes comme les adolescentes qui vivaient encore à l'intérieur de nous. Emmett et sa fiancée n'avaient pas pu venir à cause de son travail et Rosalie était plus que soulagée de ne pas avoir à gérer cette situation embarrassante.

Nous renouvelâmes nos verres de champagne quand le serveur passa et puis Rosalie se pencha pour me chuchoter à l'oreille, "Je dois te dire quelque chose."

"Oh mon Dieu quoi?" lui demandai-je avec un mouvement de recul. Ces mots ne laissaient jamais présager quelque chose de bon. "Tu ne vas pas me dire que tu es enceinte toi aussi?" lui demandai-je en haletant.

"Oh, Honey, s'il te plaît," railla-t-elle, m'écartant alors qu'elle me faisait signe de la tête d'aller vers un coin inoccupé pour discuter. "C'est tellement mieux que ça"

Elle appuya son verre contre ses lèvres, essayant de camoufler ses paroles. "Hum..." Ses yeux bleus scrutèrent les miens juste de très brèves secondes et puis ils se fixèrent autre part. "Il est ici. Bon, était. Je ne sais pas s'il y est encore mais je l'ai vu un peu plus tôt et..."

Expirant l'air de mes poumons, je laissai tomber mon verre vide dans l'herbe à mes pieds. "Rose... il qui? Edward?"

Tout autour de moi s'arrêta à cet instant. Les rires à l'intérieur de la tente s'assourdirent, comme le bruit de l'océan dans mes oreilles. Tout ce que je pouvais entendre était mon cœur et le bruit diffus qui venait de mon entourage.

Elle hocha la tête alors que son regard se déplaçait vers le verre pendant que je me courbais sur mes jambes flageolantes pour le récupérer, le tendant au serveur qui passait. Rose reprit des verres du plateau et m'en tendit un.

"Alice a dit qu'il ne viendrait pas car elle savait que tu ne te montrerais pas s'il était là. Mais la petite merde est venu quoiqu'il en soit. Il est un tel putain de lâche quand même, je te jure. Il a montré sa face environ deux secondes, a regardé autour et ensuite il a disparu. Je ne l'ai pas vu depuis une bonne heure. Oh merde, tes mains tremblent, Bella." Elle pris mes mains dans les siennes, les empêchant de bouger. Je ne pouvais pas parler. Je n'étais pas préparée du tout à ça.

"Écoute, c'est le meilleur," dit-elle, se penchant plus près de moi. "Il a divorcé de sa poulette brésilienne. C'est officiel depuis environ deux mois, mais les journaux ne l'ont pas appris encore parce qu'Edward a été porté disparu avec le truc à son épaule et apparemment elle est sur un tournage en Afrique. Esmé a dit que leur mariage était un désastre."

"O-o-o-oh," était toute l'éloquence que le pouvais rassembler dans ma surprise. A l'intérieur je jubilais, mais encore abasourdie de savoir qu'il était là... quelque part...

Je détestais ne pas être une personne assez généreuse pour me sentir mal à propos de ça. Cela ne me rendait pas joyeuse car je ne lui souhaitais aucun mal, et je me sentais très mal pour Edward. La vérité était que je ne voulais pas qu'il soit marié avec quelqu'un d'autre que moi.

Oui, traitez-moi de salope égoïste; j'ai cessé de m'occuper de l'avis des gens il y a cinq minutes.

Je devais l'arrêter... c'était trop et je commençais à paniquer. Elle se lécha la lèvre supérieure, regardant discrètement la tente. "De ce que j'ai vu, il paraissait bien. Vraiment mince, quand même. Esmé dit que ça ressemble à avoir été, hum... humilié un peu." Elle faisait notablement attention aux mots qu'elle choisissait, mais très vite elle changea de sujet. "As-tu entendu parler de ses blessures?"

Bien sûr. Qui n'en avait pas entendu parler?

J'avalai une grosse gorgée de champagne et répondis, "Ouais, Alice m'a dit que son coude est blessé et que son épaule est vraiment mal cette fois. Il a manqué toute la saison." Il était vrai qu'Alice m'avait réellement dit ça comme il était vrai que j'avais prétendu ne pas le savoir déjà. C'était dans les journaux; c'était foutrement partout.

Comme une idiote j'avais suivi sa carrière avec assiduité après que nous ayons rompu, même si c'était extrêmement douloureux de le regarder jouer et de ne pas être en mesure d'assister à ses matchs en personne. Si la fin de notre relation l'avait affecté émotionnellement, on ne l'aurait jamais cru. Après que je sois sortie de sa vie, rien ne semblait avoir changer pour lui. Il se levait tous les jours, avait une vie sociale, et jouait toujours au baseball avec un grand sourire satisfait placardé sur son visage, un silencieux, "va te faire foutre Bella. Tu n'as jamais eu d'importance."

Je ne l'avais jamais dit à personne sauf à mon thérapeute car ça m'aurait fait passer pour une salope égoïste et dingue (ce que certes j'étais dans une certaine mesure compréhensible) mais la capacité d'Edward à aller de l'avant avec autant de grâce et si facilement m'avait profondément blessée. Ce n'était pas comme si je voulais le voir dans la douleur ou être la cause de son échec, mais je ne pouvais pas m'empêcher de me sentir méprisée par le manque de chagrin qu'il n'a jamais montré en public. Ce n'était pas suffisant qu'il ait sauté directement dans une autre relation mais il n'avait même pas fléchi sur le terrain de baseball.

Bravo à lui et à toute la force intérieure qu'il a trouvé tout le long du chemin. Merci Dr Kate.

En attendant, j'avais été complètement dévastée une fois que je j'avais réalisé que nous c'était fini. J'avais perdu huit kilos, passé une caisse de mouchoirs et sortais seulement du lit pour assister au cours et aux séances du service d'aide. Ma vie n'allait pas sans lui. Je donnais à peine le minimum pour tout et avec tout le monde autour de moi. J'ai fini par retourner en thérapie pour une prescription de mon bon vieil ami Xanax et son pote Prozac pour rendre plus facile la douleur et juste être en mesure de fonctionner au niveau préliminaire. Je me détestais pour être aussi faible car je savais que les cachets étaient juste un pansement. Mais je devais avoir quelque chose pour traverser ça, comme je n'y arrivais pas par moi-même. Pas même foutrement près d'y arriver.

Il me fallut six bons mois pour arrêter de pleurer quand je voyais, goûtais, sentais ou vivais quelque chose qui me le rappelait car foutrement tout me rappelait Edward. Il avait été toute ma vie pendant neuf ans et chaque partie de mon existence était si inextricablement mêlée à lui qu'il était presque impossible de m'extraire moi-même de l'association à lui à chaque souffle que je prenais.

J'avais été déchirée de l'intérieur vers l'extérieur. Et bien entendu, Edward joua la meilleure saison de sa carrière. Avec son putain de sourire sur sa face tout le temps. Il a rendu très facile de le haïr.

"Chut, fais comme si je ne t'avais rien dit, d'accord?" dit Rose sirotant son verre alors qu'Esmé approchait.

"Bella!" L'étreinte d'Esmé était chaleureuse et réconfortante et elle était maternelle comme les cookies et l'amour et la maison. Elle prit mon visage entre ses mains avec vénération, murmurant que j'étais devenue une femme magnifique. Une part de moi voulait pleurer dans ses bras et une autre part souhaitait ne jamais être revenue à Forks tout simplement parce que je devrais partir à nouveau. Nous avions parlé tranquillement pendant que Rose était allée chercher des mouchoirs. Esmé sourit quand elle prit ma main dans les siennes, admirant ma bague et me posant des questions sur ma vie et bien entendu le mariage. Cela me mit dans l'embarras et me fit me sentir honteuse. Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi, parce que c'était tellement une réaction étrange. Cette femme m'aimait comme sa propre fille et je me mariais avec quelqu'un d'autre que son fils. Traîtresse!

Un cri haut perché attira notre attention à l'entrée de la tente blanche. C'était la petite Claire, plus tellement petite d'ailleurs.

Elle avait onze ans maintenant, grande et mince avec les mêmes yeux bleus pétillants que Jasper et Emmett et un sourire plein de dents blanches nacrées, dont deux grosses devant et un peu mal à l'aise. Pourtant elle était encore magnifique. Elle tendit la main avec enthousiasme. Mes yeux se remplirent de larmes à cette petite fille avec qui j'avais passé un nombre incalculable d'heures quand elle était bébé et ensuite à chaque occasion que j'avais quand je revenais pour les vacances.

"Maman, regarde ce qu'Edward a trouvé! Je peux la garder? S'il te plaiiiiiiiit?" Elle sautillait, faisant rebondir la petite tortue dans sa paume.

Mon souffle eut un raté à la mention de son nom. J'en déduisis qu'il était allé se cacher dehors à chasser les tortues avec sa petite sœur.

Esmé lissa les douces boucles sombres sur la tête de sa fille et dit, "Oui, tu peux la garder, mais s'il te plaît arrête de sauter partout comme ça. Elle va faire pipi dans ta main ou vomir." Claire poussa un petit cri avec ce son joyeux que seul un enfant peut faire.

Esmé se pencha vers moi et me chuchota, "Est-ce que les tortues peuvent vomir?" Je haussai les épaules avec un gloussement.

"Bonjour, Claire," dis-je presque avec vénération. Elle me regarda les yeux écarquillés, son expression se figea. "C'est moi, Bella." Claire regarda sa mère, le regard interrogateur.

"Tu te souviens de Bella, Honey, n'est-ce pas? Elle avait l'habitude de te garder tout le temps quand tu étais petite. Elle était la… l'amie d'Edward." Esmé paraissait clairement mal à l'aise avec la situation entre son fils et moi, comme je l'étais. Mais encore rien de la part de Claire. Je luttai pour refouler mes larmes de vexation, reconcentrant à la place mon attention sur la tortue avant que je risque de craquer. Après qu'Edward et moi nous étions dit notre dernier au revoir, j'avais stupidement coupé les ponts avec les Cullen étant émotionnellement l'épave que j'étais devenue. Je pouvais à peine maintenir ma relation avec Alice, alors parler d'Esmé, Carlisle et Claire. Spécialement Claire.

"Elle est vraiment adorable," dis-je dans un murmure rauque, me penchant pour toucher la carapace de la tortue. "Comment vas-tu l'appeler?"

Elle me regarda un doigt au menton. "Je n'en suis pas sûre. Je dois y réfléchir. Peut-être qu'Edward saura." Je souris, prête à complètement péter les plombs. "Il a dit qu'on pouvait peindre sa carapace juste comme mes orteils." Elle enleva sa chaussure pour révéler cinq orteils rose étincelant.

Esmé sourit, prenant Claire dans ses bras. "Elle a réussi à faire jouer son frère au manucure." Esmé me regarda avec une expression que je ne saisissais pas tout à fait.

C'était presque comme si elle était en train de me dire Oui, Edward est ici. Est-ce que c'est bon pour toi?

"Il a verni tes ongles?" Une boule se forma dans ma gorge et quelque chose tourbillonna dans ma poitrine. Edward avait verni les ongles de mes orteils environ un million de fois quand nous étions ensemble. C'était toujours quelque chose que nous faisions, juste comme nous regardions le lever du soleil ensemble. "Oh, comme c'est class," réussis-je à couiner. "J'aime la couleur rose."

Elle sourit et hocha la tête. "Moi aussi." Je ne pouvais pas tenir plus longtemps. Mes yeux débordaient de larmes et j'avais juste besoin de partir de là.

"Pourriez-vous m'excuser… je dois…" Sans terminer ma phrase ni attendre leur réponse, je bousculai les invités d'Alice faisant mon chemin vers l'entrée de la tente. Les mains tremblantes, je farfouillai dans mon sac à la recherche du paquet de cigarettes. Après en avoir allumé une, je pris le chemin qui descendait sur le côté de la maison, n'ayant pas de réelle destination, ayant juste besoin de m'échapper pendant un instant. J'avais réussi à me maintenir à peu près en un seul morceau jusqu'à que je vois la balancelle celle de mon porche de devant que Jasper et Edward avait pris avant que la maison soit vendue, celle où Edward et moi avions passé notre dernière soirée avant d'entrer à l'université. Celle où nous nous étions promis d'être l'un avec l'autre pour toujours et à jamais. Les coussins rayés avaient terni avec les intempéries et le temps, les supports en bois étaient craquelés et sales. Je me demandai pourquoi ils avaient gardé une telle horreur dans jardin autrement immaculé.

Je me couvris la bouche étouffant le sanglot qui avait persisté là depuis que j'étais arrivée. C'était de toute évidence bien plus difficile que ce que j'avais imaginé, et j'avais été stupide de penser que je pouvais gérer ça. Je réalisai que j'avais manqué tellement de leurs vies, particulièrement celle de Claire. Tout était resté relativement pareil, mais pourtant tout avait beaucoup changé. Ces gens étaient ma famille et je les avais tous laissés parce que j'étais faible et stupide et fière.

Je marchai à travers le jardin vers l'extérieur où il y avait maintenant une petite barrière blanche, fumant ma cigarette les mains tremblantes, et expirant la fumée alors que j'essuyais les larmes sur mon visage. Et puis je savais exactement où je voulais aller, où j'étais toujours allée quand j'étais bouleversée. C'était probablement le dernier endroit que j'aurais envisagé considérant tous les souvenirs qui avaient été faits là, mais j'étais attirée là comme un papillon par une flamme... comme j'avais toujours été inexplicablement attirée par Edward.

J'écrasai le mégot sous mon pied, m'assurant qu'il était complètement éteint avant de tourner le coin. Ma cabane dans l'arbre apparut et je stoppai net à cette vue. Elle aussi était ternie et abîmée, le bois avait éclaté et pourrissait sur place. Une des planches manquait, sans aucun doute celle où les garçon avaient gravé toutes nos initiales à la surface. Je me demandais où elle avait fini. Aussi réconfortant comme refuge que ma cabane dans l'arbre l'avait été, cette vue habituellement accueillante me fit pleurer encore plus.

"Bella."

Mon cœur s'arrêta et je haletai alors que je réalisai qu'Edward était là. Il me regardait de la balançoire, s'arrêtant de faire le cercle dans la terre qu'il dessinait avec son pied. Il se leva brusquement, affichant une expression de surprise qui changea rapidement en inquiétude quand il vit mes larmes.

"Bella?"

Au son de mon nom, ma détermination se réduisit à rien. J'avais seize ans à nouveau, aveuglée par les yeux verts et les sourires en coin du beau garçon et la douleur cuisante de tout ce qui était déjà mal allé entre nous.

"Edward."

Sans réfléchir, ma seconde nature prenant le dessus, je fis trois grandes enjambées et j'étais dans ses bras, sanglotant dans sa chemise habillée vert clair. Rosalie avait raison. Il était plus mince. Encore musclé mais plus maigre. Il avait une odeur... de savon et une légère pointe d'eau de toilette et de cigarettes, si familière et pourtant si lointaine. Je frottai ma figure dans sa poitrine, laissant des traces noires de mascara sur toute sa chemise. Il était le réconfort et la rémission et Dieu, il était !

"Hé, hé... chut, qu'est-ce qui ne va pas, bébé?" Ses mains frottaient mon dos en faisant des cercles. Je bloquai ma respiration quand il m'appela comme ça. Apparemment après quatre années, il y était encore instinctif pour lui d'utiliser ce terme d'affection envers moi. C'était si déroutant.

Edward paraissait si différent, pourtant tellement le même. Ses mains étaient fortes et chaudes, juste comme je me souvenais, juste comme je me l'étais rappelé une centaine de fois dans mes rêves. Mais il était un homme maintenant, toutes les traces de ce garçon que j'avais connu et aimé avaient disparu. Ses joues rondes étaient désormais plus creuses avec la perte de poids et il avait des cernes sous les yeux.

Je secouai la tête, essayant de me recomposer suffisamment pour parler. "Je suis juste... vraiment submergée," croassai-je à travers les larmes. Il hocha la tête en signe de compréhension, passant sa main sur mes cheveux. "Ton père parait vraiment vieux et Alice va avoir un bébé et ta mère a changé le Dali et ton piano a disparu et Claire ne se souvient pas de moi." murmurai-je, "Elle ne se souvient pas de moi. Et tu es ici, tu n'étais pas censé être ici."

"Je suis désolé", murmura-t-il avec douceur. Je secouai la tête à nouveau, m'éloignant de son étreinte. Le mouchoir que j'avais trempé et déchiré, était taché de traînées noires. Je savais que mon visage devait paraître séduisant.

"Tiens," dit-il, tirant soigneusement un mouchoir de la poche de devant de son pantalon gris. Il le déplia, retirant avec ses doigts quelques gros cachets bleus du centre avant de les remettre dans sa poche. Des antidouleurs... je reconnaissais ceux que le médecin m'avait donnés pour mon poignet cassé. Je lui pris le mouchoir en le remerciant, essuyant mes yeux puis mon nez.

Avec un soupir d'excuse, je dis tristement, "Oh, j'ai ruiné ta chemise."

Il lança un regard plus bas en fronçant de sourcils. "Ne t'inquiète pas pour ça. J'en prendrai une propre à mon père." Un sourire triste courut sur son visage. "Tu sembles... bien." Il tendit le bras, enroulant ses doigts autour de mon biceps en serrant un peu. "Tu es extrêmement musclée maintenant."

"Cinq jours par semaine au gymnase," répondis-je avec un hochement de tête fier, réalisant soudain que l'humeur entre nous avait radicalement changé. Ses sourcils se soulevèrent avec scepticisme. "Je vis à New York," expliquai-je. "Je dois être préparée contre les agresseurs et tout." Il hocha la tête avec un gloussement et regarda le sol. Quand ses yeux rencontrèrent les miens à nouveau, je dis. "Que fais-tu ici? Alice disait que tu ne serais pas là." Ma voix était rauque et nasillarde de façon gênante.

Edward souleva les épaules, grimaçant légèrement. "Je ne sais pas pourquoi je suis ici. Je n'allais pas venir mais je ne pouvais pas..." Il secoua la tête alors que ses paroles restèrent en suspens. "C'est tellement bon de te voir, Bella."

"C'est bon de te voir aussi, Edward."

Et à ma surprise, c'était vrai.

Finalement, mes larmes avaient séché quand nous nous étions retrouvés côte à côte sur la balançoire faisant la causette, n'arrêtant pas de fumer tous les deux le paquet de cigarettes. Nous étions cordiaux et polis avec l'autre, si familiers et à l'aise en même temps. Il y eut quelques gloussements et quelques piques évidentes déguisées en sarcasmes, mais c'était néanmoins plaisant. C'était légèrement maladroit au début et il y eut sans aucun doute un gros éléphant rose scintillant sur ce qui nous préoccupait le plus, mais nous prenions soin d'éviter de parler de "nous" ou de ce qui était utilisé pour "nous", ou le fait qu'il avait eu une femme dont il était maintenant divorcé. Pendant notre conversation, les yeux d'Edward fixèrent continuellement ma bague, mais il ne dit rien à ce sujet, ou sur le fait que je sois fiancée.

A un moment donné, Edward vérifia sa montre avant de se lever, prenant les cachets dans sa poche. Il les avala tous à la fois, sans eau avant de reprendre son siège à côté de moi.

"Antidouleurs," dit-il simplement avec un soupir.

"C'est grave maintenant, hein?" Il avait toujours eu des problèmes avec l'épaule et puis finalement avec son coude également, mais pour lui, pour effectivement laisser passer une saison, la douleur devait avoir été énorme. Edward ne ralentissait pour rien ni pour personne. Il était déterminé à être le meilleur, et il l'était.

"Tu n'as pas idée. Je ne peux pas tenir plus de trois heures sans prendre les cachets et maintenant j'en prends le double de ce que je prenais il y a trois mois. Vraiment ça craint."

"Je suis désolée."

Il ricana sombrement. "De quoi es-tu désolée? Tu n'étais pas celle qui se poussait à fond après que trois médecins et ton manager et ton coach t'aient dit d'y aller mollo," Il était en colère contre lui-même. Je lui avais toujours dit de faire une pause et de ne pas se pousser à fond. Il m'avait ignorée à l'époque aussi.

"Je suis... désolée que tu aies mal." Mes yeux se remplirent de larmes à nouveau et je baissai la tête. Sa douleur... après tout ce temps... était encore ma douleur.

"Bella, s'il te plaît non," dit-il tranquillement. "Je suis à court de mouchoirs." Nous gloussâmes tous les deux alors que j'essuyais mes larmes avec le dos de ma main.

"Malgré tout ce qui s'est passé entre nous, je ne veux même pas te voir souffrir," murmurai-je avec vénération. C'était la vérité.

Il prit une profonde respiration et exhala. "Non? J'aurais pensé qu'après la façon dont je t'ai traitée que ça t'apporterait une sorte de plaisir que regarder ma carrière... et mon mariage s'effondrer." Sa voix était empreinte d'amertume.

L'éléphant rose étincelant était souriant et nous montrait du doigt maintenant.

J'étais furieuse qu'il ait même pensé que je puisse être si revancharde pour avoir plaisir de la fin de sa carrière, mais en réalité, il n'en était pas très loin. J'avais honte.

"Je suis désolée pour ça aussi, Edward. Je n'aurais jamais souhaité ça à personne."

Il sourit chaleureusement. "J'ai pensé que peut-être tu étais retournée chez ta voisine italienne à New York et qu'elle avait mis un sort sur moi. Comment est-ce que ça s'appelle?"

J'eus un petit rire en répondant, "Un mauvais œil. Et je n'aurais jamais fait ça! D'accord, j'ai peut-être eu pensé à ça après avoir vu les photos de ton mariage, mais..." Malgré la plaisanterie légère, l'atmosphère était soudain incroyablement tendue.

Il renifla. "Tu as vu ça?" Il me regarda, il paraissait ressentir de la culpabilité et du remords.

J'attrapai le paquet de cigarettes, regardant ailleurs. "Y a-t-il quelqu'un qui ne les aurait pas vues?"

Edward ne répondit pas.

Pendant que je fumais ma cigarette, je pouvais sentir ses yeux me regarder. "Quoi?" demandai-je succinctement, ne cachant pas la pointe d'agacement dans mon ton. Je n'avais aucun droit d'être furieuse au sujet d'un mariage qui n'était plus, me disais-je à plusieurs reprises. Il était probablement blessé et je n'arrangeais pas la situation. Et je m'étais fiancée.

Il ricana, allumant sa propre cigarette. "Nous avions des problèmes depuis un moment, tu vois?" Il fit une pause et soupira avec un mouvement de recul comme s'il réalisait soudain qu'il était en train de me parler de son ex-femme. "Toute cette histoire du début à la fin était juste... mauvaise. Mais aussitôt qu'elle a découvert que j'étais suffisamment blessé pour justifier une intervention chirurgicale et un congé prolongé de l'équipe, elle a disparu. Putain en prenant toutes ses affaires et tout un tas des miennes, et je n'ai plus entendu parler d'elle depuis. Je me souviens être revenu dans une maison à moitié vide et m'asseoir dans le living vraiment furieux. Pas parce qu'elle m'avait quitté, pas parce que je ne me sentais pas de la façon dont je pensais me sentir... mais parce qu'elle avait pris ma foutue télé." Il gloussa alors, se moquant de lui une fois encore. "Je suppose que peut-être j'avais du mal à distinguer la solitude et l'amour après toi, tu vois?"

Avant que je puisse répondre ou même analyser ce qu'il avait dit, Edward laissa tomber soudain sa cigarette par terre. Elle rebondit sur sa chaussure laissant une traînée de cendres sur le cuir noir.

"Merde!" Grogna-t-il, étirant grand ses doigts, appuyant le pouce de la main opposée au milieu de sa paume. J'écrasai la cigarette encore incandescente avec ma chaussure alors qu'il massait sa main.

"T'es-tu brûlé?" Demandai-je inquiète.

"Non, non. Elle est engourdie. Mes doigts deviennent complètement engourdis quelques fois sans prévenir. Je ne peux pas sentir une maudite chose." Il secoua la tête et rit défaitiste. "C'est... ironique, je suppose?" Edward se tourna pour me regarder frottant toujours sa main. "La chose qui m'a rendu la vie me l'enlève à nouveau."

Je ne savais pas quoi dire alors je pris sa main dans la mienne, massant sa paume et ensuite chaque doigt. Ils étaient toujours magnifiques, des mains fortes qui m'avaient tenue serrée, ses longs doigts effilés qui avaient fait de la musique et m'avaient touchée à des endroits qu'aucun autre avait…

Je regrettais vraiment de porter ma bague de fiançailles car même sous le ciel couvert elle brillait, se remarquant sans mot dit. Edward ne pouvait enlever ses yeux d'elle, et je savais qu'il voulait dire quelque chose mais ne le ferait pas.

"Quand as-tu ton opération?" demandai-je alors qu'il grimaçait quand j'appuyais trop fort sur une zone sensible qui apparemment n'était pas aussi engourdie qu'il le pensait.

"Elle est programmée pour le dix-neuf de ce mois."

"Tu vas passer ton trentième anniversaire à l'hôpital? Ça craint un peu non?"

"Ouais à qui le dis-tu! J'avais toujours pensé que pour mes trente ans les choses seraient tellement différentes." Edward me fit un sourire plein de douceur et puis regarda à nouveau ses genoux. Je voulais savoir ce qu'il voulait dire par là mais je n'étais pas sûre de pouvoir le gérer. Cela causa un autre malaise entre nous.

Alors que je pressais mes doigts dans sa peau, travaillant en petits cercles, je remontai sur son poignet jusqu'à ce que j'arrive à son avant-bras, jetant un coup d'œil aux contours de son tatouage. "Tu l'as gardé?" lui demandai-je en souriant, très étonnée que son tatouage soit toujours sur son avant-bras. L'encre noire qui dessinait la silhouette était plus foncée que dans mon souvenir. Il l'avait de toute évidence retouché.

"Bien sûr que je l'ai gardé. Tu sembles surprise," remarqua-t-il avec un sourire triste. "As-tu encore le tien?"

Je hochai la tête. "Ouais, mais j'y ai fait un ajout." Sans réfléchir, je laissai sa main et me levai, déboutonnant sans gêne mon pantalon. Les yeux d'Edward me regardaient avec attention alors que je rabattais le tissu vers l'arrière pour qu'il puisse voir le dessin sur ma hanche, un cadenas en forme de cœur, qui avait maintenant des dessins additionnels, une paire d'ailes et de minuscules fleurs qui l'entourait. C'était mon passé enchevêtré avec mon présent.

"C'est très cool. Mais… les ailes?" Edward leva sa main gauche pour les toucher, mais rapidement se ravisa, racla sa gorge nerveusement.

Je haussai les épaules indiquant sans le dire l'évidence. Je les avais ajoutées après qu'il se soit marié. Il me lâchait et c'était supposé être symbolique en quelque sorte. "J'étais vraiment au plus bas à cette époque, je pensais que ça me ferait me sentir comme si j'étais libéré de toi ou quelque chose comme ça."

"Oh. Ça a marché?" demanda-t-il, des rides d'inquiétude plissèrent son front.

Je ris sombrement, ajoutant un sarcastique "Ouais". Comme si cela avait été aussi simple.

Nous pouvions entendre la fête à cette distance, le bruit des rires filtrait à travers les arbres, cependant nous manquâmes le bruit des pas sur le sol. Quand Edward parut surpris, je me tournai pour voir Carlisle et Claire à l'orée des arbres. Immédiatement je boutonnais mon pantalon à la hâte, rougissant d'embarras.

Carlisle s'éclaircit la gorge et sourit en coin, "Nous étions un peu inquiet à ton sujet, Bella. Pensant que peut-être une fille de la grande ville s'était perdue dans les bois." Son sourire était moqueur. "Je vois que tu vas très bien. Sur ce… nous allons vous laissez tous les deux seuls." Claire protesta, mais alors qu'ils se retiraient pour revenir à la fête nous avions pu l'entendre lui expliquer avec douceur qu'Edward et moi avions besoin de parler en privé. Elle demanda si nous avions une dispute et il dit, "Non, ils discutent comme des amis." Cela nous fit tous les deux sourire, malgré l'immense embarras dans lequel nous étions tous les deux.

"Oh mon Dieu, tache bien lui expliquer ce que nous étions en train de faire. Je ne pourrais jamais le regarder en face à nouveau."

Edward rit, "Ne t'inquiète pas pour ça. Je suis sûr qu'il a compris."

Je passai une main sur ma bouche en secouant la tête. "Edward…le sommes-nous? Amis, je veux dire?" demandai-je. "Pouvons-nous l'être?"

Son sourire était chaleureux. "J'aimerais le penser, Bella. Je veux dire après tout ce que nous avons traversé ce qui m'a toujours ennuyé le plus c'est de ne pas pouvoir être dans la même pièce avec toi." Je savais qu'il faisait référence à mon absence au mariage de son frère.

"Edward, tu sais que"

Il me coupa brusquement. "Tu n'as pas besoin d'expliquer. Je n'y aurais pas été non plus si j'avais su que tu allais venir accompagnée de ton mari. Je ne te blâme pas pour t'être intentionnellement cassé le poignet juste pour m'éviter, même si j'avais pu penser à certains moyens moins douloureux à gérer." Sa bouche se tordit en ce magnifique sourire en coin, cette expression me fit quelque chose au ventre. Je ne sais pas si ça me ramenait à d'anciens souvenirs, mais c'était une des choses qu'il pouvait toujours faire qui pouvait me faire le pardonner en un instant.

"C'était difficile, tu sais? Et je n'étais pas prête…"

"Je sais, Bella." Et il semblait vraiment comprendre.

"Je euh… je me retire. Du baseball." dit-il si doucement que je l'entendis à peine. "Je n'en ai parlé à personne sauf à mon manager, et maintenant à toi, mais…" Avec une lente montée de bouffée, je sentis le sang bouillir dans mes veines. Le bruit sourd de mon cœur dans ma poitrine était plus fort que les paroles qui suivirent.

"Quoi?" dis-je me levant de la balançoire. "Tu prends ta retraite? Après tout ça? Maintenant… tu laisses juste tomber?" Je fulminai, parlant à travers mes dents serrées. Je voulais le frapper. Fort. Dans les couilles. Je voulais hurler et crier et lui faire mal comme il m'avait fait mal. Après tout ce qu'il m'avait fait passer, les innombrables déménagements et les adaptations et la putain de rupture qui me causa tant de douleur que je voulais mourir…il prenait sa retraite? Laissant tout tomber? Pour quoi?

Je savais que ce n'était pas à cause de moi, et j'étais stupide et très franchement assez narcissique pour penser un seul instant que ses choix actuels prendraient en considérations mes sentiments.

Je me tournai pour le regarder, le regard accusateur et froid, pourtant sa voix resta calme et douce, pleine de respect et de quelque chose presque proche du chagrin.

"Je ne peux plus jouer. Après l'opération, les médecins disent que je serais capable de donner soixante-quinze pour cent de la vitesse et de la puissance à laquelle je pouvais lancer avant l'opération. Soixante-quinze pour cent. Ce n'est pas rentable en première division, Bella. Je ne peux y retourner avec un quart de ma force disparu, me sentir comme la moitié de l'homme que j'étais." Entendre ça me calma un peu mais j'étais encore furieuse. Il arrêtait parce que qu'il ne serait plus la super star qu'il était. Ce qui pour moi était lâche et égoïste, restes de l'Edward Cullen du passé quand je ne pouvais pas supporter son arrogance juste en face de moi une fois encore.

"Mais surtout, c'est parce que je n'aime plus ça, Bella. Plus depuis longtemps. Je... me crève juste le cul sur le terrain pour les fans et les sponsors et pour mes coéquipiers et les coachs. Mais rien de tout ça n'est plus pour moi. Il n'y a plus de plaisir... plus de passion. Je suis une putain de machine à fric pour le système et je déteste ça. Je me déteste moi-même de me vendre." La dernière partie le fit grimacer, comme si c'était douloureux à dire à voix haute. "Je hais... putain je hais ce qui nous est arrivé à cause de ça, à cause de la façon dont j'étais, ce en quoi je me suis changé." Il couvrit sa bouche, raclant sa gorge. "Ne crois pas que je ne suis pas conscient de ce que je t'ai fait traverser. Je ne te blâme pas de me haïr parce j'ai foutrement tout détruit, Bella. Tout, j'ai tout perdu..."

Je ne pouvais pas dire s'il pleurait ou non, mais je m'avançai vers lui, ayant instinctivement besoin de lui offrir du réconfort. Edward pressa son visage sur mon ventre, s'accrochant à mes hanches tellement fort. Je sentis son corps trembler contre le mien, ses sanglots étranglés me rendaient faible. La vulnérabilité d'Edward était toujours quelque chose pour laquelle j'étais susceptible, même maintenant en tant qu'adulte qui savait mieux qu'alors, de permettre aux erreurs du passé de se reproduire. Mais je ne pouvais pas arrêter ça. Sa douleur était ma douleur, sa tristesse était la mienne. C'était comme si c'était gravé dans mon âme, et je n'étais pas capable de me détourner de lui quand il me montrait comment il se rendait sans défense.

"Je suis si foutrement désolé."

"Comme je le suis," murmurai-je. Je m'agenouillai pour que ses yeux soient au niveau des miens, touchant ses deux joues avec douceur tandis qu'il continuait à pleurer. Et j'étais véritablement désolée.

Nous étions restés dehors près des balançoires pendant un moment, discutant, pleurant... nous excusant et puis finalement riant; un accord tacite nous gardant ensemble. Nous savions que nous devions tous les deux refaire une apparition à la fête, moi en particulier. Après tout, j'avais traversé le pays pour voir Alice, avec qui j'avais passé au total dix minutes. J'allai tout d'abord aux toilettes, pour arranger mon maquillage, entrevoyant Alice et Rose qui me suivirent immédiatement dans la salle de bains exigeant de connaître tous les détails. Nous avions seize ans à nouveau alors que je leur dis suffisamment pour calmer leurs besoins de fouineuses, mais pas suffisamment pour révéler quoi que ce soit de poignant entre Edward et moi. Ce n'était qu'à nous.

Nous passâmes le reste de l'après-midi à nous remémorer et manger, et profiter de la fête. Je réussis à sentir un coup de pied du bébé, ce qui me fit faire ma pleurnicheuse et je parcourus de vieux albums photos avec Claire essayant d'éveiller un souvenir. Elle finit par se rappeler de moi, mais j'en étais venue à accepter le fait que les choses avaient pris le chemin qu'elles avaient pris et que rien ne pouvaient les changer. Comme pour Edward et moi, peu importe que l'animosité que nous nourrissions se soit dissipée en une gentillesse réciproque qui me gonflait de joie, je ne pouvais pas le faire revenir dans ma vie comme ça avait été. Cela ne... pourrait jamais être comme ça, et pour être honnête, il y avait des moments que je ne voudrais certainement plus. Mais pour cette journée, ce petit moment dans le temps, alors qu'il me regardait de de l'autre côté de la pièce avec ce sourire en coin... nous étions bien.

Et je ne l'admettrais jamais à quiconque, mais rien n'avait changé pour moi. Voir Edward à nouveau après tout ce temps n'avait rien rendu de plus facile dans mon cœur.

Quatre années, un nombre incalculable de larmes et un chagrin d'amour plus tard, et j'étais encore raide dingue de ce garçon... cet homme...

Alors que les invités commençaient à partir, mon cœur se serra de tristesse, sachant que cela serait peut-être la dernière fois que je pourrais voir les Cullen. Je ne pouvais pas imaginer revenir ici avec Jackson et Edward dans le même périmètre, car je ne voudrais faire subir cette situation embarrassante à aucun de nous. J'avais eu à faire des sacrifices dans ma vie, et abandonner la famille Cullen était un des plus difficiles. Alors que j'étreignais chacun pour leur dire au revoir, je promis aux filles un déjeuner pour mon dernier jour à Seattle. Rose dit qu'elle me conduirait à l'aéroport après cela si Charlie ne pouvait pas.

Le moment le plus dur fut de quitter Esmé, Carlisle et Claire. Je demandai à Esmé de garder contact car je voulais essayer de maintenir un certain lien avec Claire, même si c'était juste un email ou des photos ou peut-être lui envoyer un petit cadeau une fois de temps en temps. Carlisle murmura que je lui manquerais terriblement et me fit monter les larmes aux yeux une fois de plus. Ensuite quand mes larmes furent séchées, Edward marcha jusqu'à ma voiture, mains dans les poches. Il était soudain nerveux.

J'étais nauséeuse.

Quand je le regardai, sachant que ce serait la dernière fois, je me souhaitai de ne pas pleurer. De ne pas lui dire combien il m'avait manqué, de ne pas m'effondrer et lui faire savoir que même s'il m'avait brisé le cœur je l'aimais encore de tout mon cœur. Je l'avais su au moment où je l'avais vu sur la balançoire, certifié pour certain quand je l'avais réconforté lorsqu'il pleurait. Edward m'étreignit étroitement en embrassant mon front.

Je ne voulais pas le lâcher, ne voulais pas lui dire au revoir à nouveau. Mais j'ai courageusement murmuré, "Au revoir," et juste alors que je me retournais pour monter dans ma voiture, essayant de cacher la rupture émotionnelle que j'étais sur le point d'avoir, Edward attrapa mon bras, glissant ses doigts dans les miens. Familiers. Chauds. Sûrs.

"Veux-tu peut-être dîner plus tard ce soir?"

Je ne voulais rien autant.

"Oh", dis-je tristement. "Je dîne avec mon père." Même si je savais que je devais le repousser, je ne pouvais pas, je ne pouvais juste pas. "Es-tu libre demain soir?"

Il secoua la tête. "J'ai ma thérapie. Que penses-tu d'un déjeuner? Il y a un super restaurant indien à Seattle qui sert la meilleure soupe au curry..." Quand il vit que j'eus un mouvement de recul il s'interrompit, hochant la tête avec gravité. "Ok. Tu ne veux pas être vue avec moi en public. Chez moi alors?"

Je pris une profonde respiration, lui souriant. "Déjeuner semble très bien, Edward." L'adresse qu'il me donna était sur Bainbridge Island, un quartier huppé au bord de la plage en dehors de Seattle. Alice avait mentionné qu'il avait acheté une maison là, et à la vérité j'étais curieuse de voir comment il vivait maintenant qu'il était seul.

Avec un signe de la main, je démarrai, le regardant dans le rétroviseur alors qu'il restait dans l'allée jusqu'à ce que je tourne au carrefour. C'était juste un déjeuner. Juste un inoffensif, petit déjeuner entre deux vieux amis.

J'appelai Jackson sur le chemin pour chez mon père, pour lui dire quel agréable moment j'avais passé et qu'à ma surprise Edward en fait était là. J'avais besoin de dire la vérité donc je lui dis que nous avions discuté, résolu les choses, pleuré un peu. Jackson étant Jackson, dit qu'il était heureux que j'aie pu en quelque sorte parvenir à tourner la page et puis me dit que je lui manquais beaucoup. Je pris soudain conscience que dans tout cet après-midi surchargé émotionnellement, je n'avais pas eu le temps ou l'opportunité qu'il me manque. Ou même de penser à lui plus que ça si j'étais honnête avec moi-même. Ou... de penser à lui du tout.

Waouh...C'est juste... waouh.

Au fil des ans j'avais appris que certaines choses, qu'importe que le temps passe, restaient les mêmes. Le dîner avec Charlie fut simple: pain de viande, purée de pommes de terre et bière. Il fut à son habitude calme tandis que Maggie et moi faisions la plus part du temps la conversation. Elle amena le sujet sur le mariage mais je n'en fis pas cas ne voulant pas y penser. Gardant la voix pareille et délibérément détachée, j'avouai avoir vu Edward comme le fait que je devais déjeuner avec lui. Je suppose que c'était parce que je ne l'avais pas précisément mentionné à Jackson, et peut-être que j'avais l'impression que l'avouer à quelqu'un faciliterait le remords de conscience que je ressentais. Ça ne le fit pas.

Je savais que ça démangeait mon père d'y mettre son grain de sel, mais il s'en garda. J'avais peut-être été sa petite fille, mais j'appréciai qu'il pense que j'étais assez mature pour gérer moi-même cette situation inconfortable. Dommage que je n'eus pas cette même confiance! Quand je leur dis au revoir, Maggie me dit de l'appeler si j'avais besoin de parler. Elle avait toujours été bonne pour ça.

Mon père était agacé que j'ai choisi l'hôtel plutôt que la chambre d'amis de leur appartement, mais j'avais besoin de mon intimité. Quand nous nous étions quittés, il m'avait serrée contre sa poitrine et m'avait dit qu'il m'aimait plus qu'il ne pouvait même le dire. Ce fut un moment très rare et vraiment doux entre nous.

Le lendemain matin, je m'étais réveillée avec le sentiment d'être épuisée, les émotions de la veille avaient laissé des traces sur moi physiquement. Après une longue séance d'exercices au gymnase de l'hôtel, je parlai avec Jackson brièvement, négligeant de lui faire part de mes plans pour la journée, et ensuite je me douchai et me changeai, optant pour un adorable jean Capri et une blouse paysanne. Je laissai mes cheveux retomber en boucles lâches: rien de fantaisie ou de trop recherché mais gardant toujours dans mon subconscient qu'Edward avait toujours aimé qu'ils soient détachés. Ils étaient plus courts que je ne les avais jamais eus quand j'étais avec lui, mais ils arrivaient encore aux épaules.

Quand je partis, je murmurai pour personne. "C'est juste un déjeuner entre de vieux amis." et fermai la porte ne sachant pas vraiment l'étendue de ce qui était sur le point de se produire.

Bainbridge Island était un bel endroit pour y vivre, avec sa pittoresque petite ville et ses maisons expansives bien que modestes. Bien que ma voiture de location soit équipée d'un GPS, je me perdis sur une des routes sinueuses et dus appeler Edward pour m'aider à trouver mon chemin. Il ne vivait là que depuis environ quatre mois et s'était autoproclamé ermite, donc il avait dû aller sur l'ordinateur pour me guider. Quand enfin j'arrivai à sa maison, je fus en admiration. La maison était grande et classique, me rappelant une maison au bord de la mer où lui et moi avions passé la nuit une fois dans le Nantucket. Elle avait une douzaine de fenêtres et de lucarnes et même une pointe en 'v' sur le toit. Alors que je remontai l'allée de devant soigneusement entretenue, je pouvais entendre les vagues se briser sur le rivage juste au-delà du jardin arrière. Quelle chance il avait de pouvoir se réveiller avec cette vue tous les matins.

Je l'entendis me crier d'entrer avant que je puisse atteindre la sonnette. Je fermai la porte massive en bois derrière moi et une odeur d'ail et de beurre me mit l'eau à la bouche.

"Entre donc!" m'appela-t-il de la cuisine. Je pris un moment pour regarder avant de le retrouver, ayant besoin de calmer mes nerfs un peu et de tout assimiler. Les couleurs en demi-teinte sur les murs, le mobilier somptueux mais confortable, ses livres et ses cd soigneusement alignés sur des étagères en bois blanchi. Le décor était doux, maison d'été de la Côte Est, réminiscence des Hamptons ou peut-être du Maine… si contraire aux goûts d'Edward préférant les lignes pures et les couleurs neutres. Le piano à queue d'Edward était installé devant l'estrade de la fenêtre de toit, la lumière réfléchissant la magnifique vue de Puget Sound sur la laque noire de finition. La décoration était partout signée Esmé.

«Bonjour. Heureux que tu aies bien trouvé." dit-il allègrement. Je posai mon petit sac sur le comptoir en granit gris, souriant alors que je le regardais composer notre déjeuner.

"Cette maison est super, Edward." Je remarquai qu'il avait quelques difficultés et puis je réalisai que c'était parce qu'il utilisait sa main gauche.

"Merci, je l'ai acheté pour la vue et pour la situation… c'est très privé ici." Il me jeta un regard qui était un mélange de remords et d'excuses, probablement pour la vie de fou où il m'avait entraînée dans des temps anciens. "Ma mère ne voulait pas partir après avoir fini de décorer."

"Je n'aurais pas voulu partir d'ici non plus," dis-je doucement, sans vraiment penser à ce qui sortait de ma bouche jusqu'à ce qu'un air mélancolique passe sur son visage. Il ne leva pas la tête mais je pouvais voir l'esquisse d'un sourire sur ses lèvres.

J'éclaircis ma voix pour dissiper l'atmosphère soudain embarrassante. "Puis-je mettre ça au réfrigérateur?" demandai-je levant la boite de fruits que j'avais apportée, la main déjà sur la poignée en acier inoxydable. Il hocha la tête, me regardant avec un sourire timide. Je lui avais jeté un coup d'œil en allant au réfrigérateur. Il avait un simple t-shirt blanc col en v avec un jean décontracté, marron délavé et taille basse; quelques franges pendaient sur le dessus de ses pieds nus. Je secouai la tête et tiquai. Il n'était pas du tout fair-play. Il savait ce que jean et pieds nus me faisaient, ajouté au fait qu'il faisait la cuisine.

J'étais un peu énervée.

Avec un sourire vengeur, je déposai la boite de fraises enrobées de chocolat sur l'étagère du haut; un achat délibéré. Indépendamment du fait que nous avions fait amende honorable la veille, je voulais tenter d'effacer sa réponse blessante à mon geste précédent. Et les fraises étaient quelque chose que nous avions toujours partagée, un peu comme les cœurs au beurre de cacahuète et à la gelée. Peut-être que c'était trop demandé mais j'avais besoin de voir s'il se souvenait et si mon geste avait été vraiment mal venu.

"Tout sent super bon. Où as-tu commandé ça?" demandai-je. Il me regarda feignant être blessé, puis gloussa.

"J'ai tout fait moi-même, merci beaucoup." Il leva sa main ajoutant, "et j'ai tout fait de la main gauche."

Les tranches épaisses de filet mignon étaient recouvertes d'une sorte de fromage émietté, gorgonzola supposai-je. Il avait fait une salade Caesar avec du parmesan râpé et un plat de pommes croquettes nappées d'une sauce blanche. C'était incroyable. J'étais véritablement impressionnée.

"Depuis quand tu cuisines comme ça?" Edward avait appris à cuisiner des choses simples au début de nos années lycée (ou les miennes de toute façon) mais durant les dernières années il avait même à peine touché au micro-ondes. Ça me rappela alors que quatre longues années étaient passées et que je ne le connaissais plus vraiment. J'avais raté des moments importants dans sa vie. Peut-être que le noyau d'Edward était encore le même, mais les détails externes, ceux qui avaient été formés par sa relation durant mon absence m'étaient complètement étrangers maintenant. Est-ce qu'il aimait encore la même nourriture? Est-ce qu'il alignait encore ses produits de toilette et coordonnait les couleurs dans sa penderie? Je suppose que ça n'avait pas d'importance dans le grand ordre des choses mais le fait est que ça m'importait certainement à moi et tout ça m'agaçait en quelque sorte.

Edward sourit, plaçant nos assiettes sur un plateau avec les couverts et deux bouteilles de bière, qu'il savait que je préférais au vin. Cela me fit sourire.

"Je prends des cours de cuisine avec un chef professionnel une fois par semaine. Alice et Jasper n'avaient aucune idée de quoi m'offrir pour Noël l'année dernière, donc je mets ça à profit pendant que j'en ai le temps. J'aime réellement ça, et pour être honnête, c'est sympa d'avoir à cuisiner pour quelqu'un d'autre que juste pour moi."

Je ne savais pas pourquoi, mais ses paroles me tiraillèrent dans la poitrine. Il semblait seul, si reconnaissant d'avoir ma compagnie, ou celle de n'importe qui d'ailleurs.

"C'est prêt." Il me fit signe avec la tête de le suivre à extérieur, où nous nous assîmes dans un patio donnant sur l'eau. Il était incroyablement beau. Son patio de pierre avait plusieurs niveaux, bordés d'un banc ici, et de plantes en pot et de fleurs rouges éclatantes là. Sur un niveau il y avait un belvédère avec le fond en fer forgé, à l'intérieur une balancelle pour deux personnes. En bas de la pelouse en pente d'herbe vert clair il y avait une petite étendue de plage recouverte d'un sable immaculé. Tellement joli.

J'étais certes envieuse de cet endroit paisible comme de quiconque pourrait s'asseoir dans la balancelle avec lui. Dans un des coins du patio il y avait une petite cascade avec ce que je supposai un bassin à carpes japonaises en bas. Je me souris à moi-même quand je remarquai au milieu des rochers et de la végétation artistiquement placés, que se trouvait une planche en bois rose ternie, érodée et abîmée. Même difficile à distinguer de là où je me trouvais, les initiales gravées que les garçons avaient faites dans les côté de la cabane dans l'arbre il y a longtemps, étaient là étant arrosées par l'eau. Edward avait préservé une partie de notre passé dans cette maison.

"Je ne peux pas croire que tu aies gardé ça," dis-je partiellement en admiration, pas sure de comment cela me faisait me sentir.

Edward regarda la planche et revint à son assiette apparemment non affecté. "Je l'ai en fait gardée pour toi. Ils vont démonter la cabane dans l'arbre finalement et je pensais que peut-être tu la voudrais."

Quelque chose à propos de ses paroles, la prévenance dans ce simple geste rendit ma poitrine douloureuse. Autant je voulais la garder autant je ne pouvais pas la ramener à New York avec moi. Jackson ne comprendrait pas.

"Non, elle est très bien là où elle est. Tu la gardes." Edward hocha juste la tête avec gravité, continuant à manger.

Sous un ciel couvert, nous avions fait la causette et rit alors que nous mangions, gardant la conversation légère et pleine de rires. La nourriture était excellente et je m'assurai de le lui dire environ une centaine de fois, toujours avec une bouchée de la dite délicieuse nourriture. Lorsque je fus suffisamment repue, Edward et moi fîmes une promenade jusqu'à la plage. Il roula son jean et marcha au bord de l'eau à côté de moi. C'était agréable d'être avec lui à nouveau sans aucunes attentes, tensions ou murs pour nous diviser. C'était juste Bella et Edward, apprenant à nous connaître à nouveau comme amis. Mais je ne pouvais pas mentir et dire que je ne ressentais pas la lueur tremblotante de la flamme qu'il fallait que j'ignore.

Cet après-midi-là, j'appris que sa blessure et par conséquent sa retraite anticipée d'une carrière de baseball professionnel, avec son mariage et au bout du compte de m'avoir perdue l'avait grandement rendu humble. Il n'était pas le trou du cul arrogant que j'avais quitté il y a quatre ans. Il était redevenu le garçon adorable, réfléchi et amusant que j'avais connu et aimé quand j'avais seize ans. Cet Edward là me manquait le plus.

Au bord de l'eau, nous nous sommes assis sur un morceau de bois flotté noueux côte à côte, proche, mais ne nous touchant pas. De temps en temps un rayon de soleil pointait de derrière les nuages apportant de la chaleur sur nos visages. Nous avions dit des choses cet après-midi-là, des choses qui devaient être dites, des choses que j'avais besoin d'entendre. Nous avions évoqué des souvenirs et rit, à un point qu'à tant rigoler tous les deux je pensais que j'allais faire pipi dans mon pantalon et ce n'est que quand Edward mis la main dans sa poche pour prendre ses cachets antidouleur que nous nous étions rappelé où nous étions qui nous étions devenus.

Il y avait eu des moments où il m'avait raconté des histoires sur des choses de j'avais raté avec sa famille, ou évoqua des choses pour lesquelles j'étais là, quand je voulus toucher son visage et tenir sa main. Les réactions instinctives que j'avais encore, j'en étais excessivement consciente maintenant; et je devais m'efforcer de les refouler de façon appropriée. C'était bizarre d'être là avec lui et de ne pas l'avoir qui m'embrassait de temps à autre, ou de ne pas être en mesure de lui presser le genou affectueusement comme je le ferais si naturellement. En tant que femme fiancée à un autre, je ressentais des choses que je ne devrais certainement pas ressentir. Mais au cours de cet après-midi-là, la seule fois où je pensais à Jackson était quand je me sentis coupable qu'il ne me manque pas comme je pensais qu'une femme amoureuse devrait penser à son fiancé. C'était assez tordu, vraiment.

Une seule fois nous nous étions disputés. Edward m'avait dit que malgré la présence constante de belles femmes dans sa vie, il ne m'avait jamais trompée, ce que je savais déjà dans mon cœur, même si j'avais eu le plus minuscule soupçon de doute. Mais je ne sais comment la conversation dériva sur avec combien de femmes il avait couché après notre rupture, ce à quoi il refusa de répondre. Je ne savais pourquoi je voulais le savoir; peut-être avais-je besoin d'être torturée un peu plus jusqu'à ce que mon cœur soit sec et noir comme un boulet de charbon. Dans un stupide acte de contestation ou de défi ou de quelque chose d'idiot, je déballai mon nombre de conquêtes passées.

Edward flippa. Il explosa de colère, hurlant, jurant et donnant des coups de pied dans le sable tandis que j'étais assise là assommée et me sentant comme une merde. Je le regrettai à la seconde où c'était sorti de ma bouche. Je voulais juste la vérité.

Il se calma finalement et les choses entre nous devinrent étranges pendant un temps, comme si nous avions combattu et puis accepté ce qui devait ressortir depuis des années. Nous étions tous les deux fautifs, moi pour ne pas avoir ouvert la bouche au sujet de mon mécontentement, et lui pour ne pas avoir su quand il me blessait. Nous avions convenu une trêve silencieuse et c'était tout ce que nous pouvions vraiment faire.

Quand il commença à bruiner, Edward et moi revînmes à la maison, attrapant juste le début d'une averse. Il courut prendre une serviette à la salle de bain et revint après avoir mis un tee-shirt sec et m'en tendit un pour moi également.

"As-tu faim?" demanda-t-il quand j'eus changé mon chemisier. Après ce repas je n'étais certainement pas affamée mais je suggérai que nous mangions les fraises que j'avais apportées.

Quand il ouvrit la boite il ronronna en mordant dans une de celles enrobées double. "Je n'ai pas eu de ça depuis... Il se tourna vers moi souriant, ses yeux gris vert brillant d'espièglerie. "Ce soir-là à Manhattan... tu t'en souviens?"

Je roulai des yeux, rougissant avec profusion. "Bien sûr que je me souviens." C'était la veille du Nouvel An, le soir où il m'avait rejoint dans la douche et bon, faute de meilleure description, avait baisé mon cul. Pour tous les deux c'était une nuit à se souvenir, une nuit à coller au Panthéon du sexe.

"Regarde comme tu rougis. Depuis quand ça te gêne?" charria-t-il. "Tu n'étais jamais timide quand tu me laissais coller ma queue dans"

Je lui donnai un coup de coude dans l'estomac dans le but de le faire taire. "Ferme-la, jackass!" Je ris alors qu'il gémit de douleur avec une faible excuse. Buttsecks avait été une chose que je l'avais supplié de faire pendant des années, arrivant presque à le faire céder quelques fois. Mais il avait toujours craqué à la dernière minute, ses TOC prenant le dessus. Cette nuit-là pour quelque raison, Edward le voulut sans même me le demander... la suite est un très bon souvenir, ou souvenirs devrais-je dire, car après ça il était toujours prêt et avait envie de le faire tout le temps.

Je sais... allez comprendre.

Edward mordit dans une fraise, le jus rose dégoulina sur son menton. Je dus regarder ailleurs, car ça remua des émotions et des réactions physiques qui n'auraient pas dû me toucher, étant donné que je portais une bague d'un autre homme à mon doigt. Quand il essuya sa bouche avec le dos de sa main, ça me revint.

"As-tu mangé celles que je t'ai envoyées?" Peut-être ne l'avait-il pas fait. Peut-être que quand il avait vu qu'elles étaient de moi, il n'avait plus rien voulu en faire.

Edward suspendit son geste en plein milieu. "De quoi tu parles? Quand m'as-tu envoyé des fraises?" Je lui rappelais le mot qu'il m'avait envoyé en réponse après qu'Aro ait été inculpé.

"Bella, je n'ai jamais eu de fraises ou de mot de toi. En fait, ma mère m'a dit qu'elle t'avait mise au courant de l'arrestation et comme tu ne m'en avais pas parlé, j'étais réellement blessé en quelque sorte. Mais j'ai supposé que tu devais avoir tes raisons pour ne pas me contacter. Je me demande..." Il prit un air renfrogné et soupira. "Senna."

Senna.

Des ongles qui crissent sur un tableau noir, un effet Larsen.

"Elle a dû s'en débarrasser et t'écrire le mot. Waouh, je ne peux pas croire qu'elle... et elle savait que j'étais bouleversé que tu n'aies..." Il secoua la tête encore une fois. "Je suis désolé pour ça. Elle était très jalouse de notre relation, Bella. Je l'ai surpris une fois à tenter de jeter un de mes album photos du lycée; je ne devrais pas être étonné qu'elle se soit abaissée à ça." Il tira son téléphone de sa poche et commençait à composer le numéro. "C'est une telle peau de vache..."

Je mis la main sur son poignet, le surprenant. "Edward, s'il te plaît, non," murmurai-je, essayant de garder une voix neutre. S'il te plaît n'appelle pas ton ex-femme alors que je suis là.

Dès qu'il fut connecté avec elle, je me levai et sortie dehors, me tenant sous l'avancée dans le patio. J'allumai une cigarette, regardant la pluie faire des ondes dans l'eau et dans les petites flaques qui s'étaient formées sur l'ardoise du patio. Je pouvais l'entendre hurler après elle à travers la porte vitrée, avec beaucoup de colère. Ça me rappelait les fois où nous nous disputions, à la fin quand nous étions tous les deux tellement épuisés de lutter pour une bataille perdue d'avance. Sa voix tremblait alors qu'il l'accusait de n'avoir aucun droit pour trafiquer avec ce qui lui appartenait et comment elle avait osé ça et comment elle avait osé faire ça... et ensuite sa voix devint plus douce. Je ne pouvais pas entendre ce qu'il disait mais il semblait presque triste alors, s'appuyant contre le mur. Il s'agissait beaucoup de ce que je reconnu être qu'il s'excusait et la consolait, quoi qu'elle lui disait à l'autre bout du fil. Je ne pus m'empêcher d'avoir l'impression qu'il y avait encore quelque chose entre eux, quelque chose en suspens, quelque chose de non traité. C'était insoutenable de le voir avoir ce lien avec quelqu'un d'autre même si c'était son ex-femme.

Avant que je le sache, des larmes coulaient sur mes joues, me faisant me sentir incroyablement stupide d'être... jalouse? De vouloir qu'il ne console personne d'autre que moi. Je voulais m'enfuir, loin de lui et de cette vie dont je ne faisais plus partie, et de cette maison que je n'appellerais jamais chez moi, et loin de ces sentiments que je repoussais et de la colère qu'il ait avancé même si j'avais un putain de fiancé à la maison qui m'attendait.

Je finis ma cigarette et me recomposai suffisamment pour retourner à l'intérieur. Il n'y avait pas moyen que je puisse cacher les traces des larmes mais à ce stade cela semblait futile de lui cacher quelque chose. Edward était encore appuyé à l'embrasure de la porte, semblant maussade, n'étant plus au téléphone.

"Bella…."

Sans croiser son regard je murmurai, "Je vais y aller."

"Non, s'il te plaît. Je n'aurais pas dû l'appeler mais j'étais tellement furieux. Elle a dit que..." Je levai la main pour l'arrêter.

"Edward, tu n'as pas à expliquer. En fait, je ne voulais vraiment pas entendre les explications de ton stupide mannequin d'ex-femme et je n'avais pas besoin de t'entendre la consoler pour ça. Ça a été une longue journée et je suis vraiment fatiguée."

"Je ne la consolais pas pour ça. Sa mère est malade et"

Je le coupai à nouveau, la colère en moi avait aspiré toute compassion ou logique que j'avais. "Je m'en fous Edward. Je n'avais pas besoin de t'entendre lui parler. J'ai juste besoin de sortir d'ici."

Le carillon de l'entrée sonna alors, juste comme le signal de m'arrêter dans mes mouvements. "Mon kinésithérapeute," expliqua-t-il doucement, semblant si blessé et tellement vulnérable.

"Ton kiné fait des visites à domicile?" dis-je hargneusement. Stupide fille que j'étais, n'ayant aucun droit d'être en colère sur quoi que ce soit. Rien. On pourrait penser que quatre ans était suffisamment long pour atténuer la brûlure mais apparemment c'était aussi frais que cela l'avait été des années auparavant.

Edward semblait déchiré entre répondre à la porte et continuer à me retenir dans son living-room. "Ne pars pas. La séance n'est que d'une heure et je l'annulerais bien mais j'aurais trop mal demain et... s'il te plaît Bella, s'il te plaît reste. J'ai besoin de..." Le carillon tinta à nouveau et l'expression sur son visage me donna envie de le gifler et ensuite de l'étreindre jusqu'à ce que la douleur soit partie.

Ce soir-là n'était pas une exception.

"Attends... laisse-moi juste ouvrir la porte pour elle. Je reviens tout de suite." Pour elle. Bien sûr. Je me détestais pour beaucoup de raisons à ce moment-là.

Edward la conduisit en haut, me la présentant comme Christian. Elle me rappelait un peu Angela, cette fille douce et intelligente, très simple avec l'allure que les choses allaient pour elle. Je lui serrai la main, échangeant quelques politesses alors qu'Edward disparut quelques minutes. Il revint avec une pile de cahiers reliés de cuir noir, ses journaux. Ensuite il dit à Christian qu'il la rejoindrait dans un instant.

Quand elle fut partie, il me dit avec douceur, "C'est les quatre dernières années. Ça permettra peut-être d'expliquer ce que je ne semble pas pouvoir." Il fit quelques pas et se tourna pour me regarder par-dessus l'épaule. "J'espère vraiment que tu seras encore là quand j'aurai fini."

Je restai là un instant, ne sachant pas si je devais rester ou partir, mais comme toujours, la curiosité l'emporta. Avec une tasse de café et les journaux à la main, je me pelotonnai sur le canapé en daim pour voir ce que précisément Edward ne pouvait pas expliquer.

Le signe de la main du départ de Christian me surprit carrément. Je posai le dernier des cahiers et attendis qu'Edward revienne mais après un moment, comme il ne se montrait pas j'allais à sa recherche. Je le trouvai assis au bord de son lit, son dos nu face à moi, fléchissant son bras en faisant rouler l'épaule et de toute évidence un geste douloureux à faire pour lui. Ma respiration se bloqua à cette vue de lui, tellement plus mince que j'avais eu l'habitude de le voir mais encore les mêmes longues lignes de muscles lisses et ces deux putains de stupides fossettes de chaque côté du bas du dos. Ma langue avait été très à l'aise dans ces trous fut un temps.

Dans sa chambre, un profond vert mousse couvrait les murs, le couvre-lit d'un blanc pur contrastant avec l'acajou riche de son mobilier. Des photos en noir et blanc encadrées représentant des paysages décoraient le mur adjacent au lit. Pas une chose qui ne soit pas à sa place sauf le tee-shirt qu'il avait porté, maintenant étendu au bas du lit.

Je m'attardai à l'embrasure de la porte sans m'annoncer probablement plus longtemps que j'aurais dû, juste à regarder. Après qu'il ait pris ses cachets et une longue gorgée d'eau de la bouteille sur sa table de chevet, il commença à remettre son tee-shirt mais le mouvement le fit gémir de douleur. Je traversai la pièce sans réfléchir, m'asseyant à son côté pour l'aider.

Quand le tee-shirt fut mis, Edward me regarda, vaincu et fatigué, reposant sa tête sur mon épaule juste comme il avait l'habitude de le faire. Ses doux cheveux me chatouillèrent le visage.

"Tu es restée," murmura-t-il. Je hochai la tête en réponse faisant courir mes doigts à travers ses cheveux. Cela m'avait tant manqué. "Les as-tu lus?"

"Oui. Ils expliquent sans aucun doute beaucoup," dis-je, en éclaircissant ma voix. Mes yeux étaient tellement gonflés du fait d'avoir pleuré que je devais être horrible. Ce qui avait été écrit dans ce journal drainait tellement d'émotions et était tellement inattendu. Je n'avais pas idée qu'il avait continué à y écrire dedans, pas idée qu'il pensait même à moi autant. Le contenu datait de quelques mois avant notre rupture et se terminait ce matin-même, racontant l'après-midi de la présentation d'Alice. Même si je n'avais eu qu'une heure pour jeter un coup d'œil à ces années où nous avions été séparés, cela avait été suffisant pour m'amener aux larmes. Il avait versé son cœur dans ces journaux intimes, tout de sa souffrance et de son angoisse et même les moments joyeux et heureux qu'il avait connus ces quelques dernières années.

J'étais dans la majorité des mauvais.

Son mariage était inclus là-dedans également, et même si j'avais vraiment essayé de sauter ça, j'étais une masochiste et j'avais besoin de ressentir ce qu'il avait ressenti pour comprendre. A ma surprise et il est vrai à mon plaisir égoïste, il avait dit la vérité quand il disait qu'il avait cru que c'était de l'amour mais qu'il se trompait lui-même en pensant qu'il pouvait me lâcher enfin. Il ne l'aimait pas elle... c'était moi, toujours moi. Savoir cela faisait plus mal même que penser qu'il m'avait totalement abandonnée, car cela me donnait un sentiment d'espoir que je ne pouvais plus avoir maintenant.

Même dans les écrits plus récents, mon nom était mentionné à peu près tous les quatre jours. Il pensait encore à moi tellement souvent, que ce soit un souvenir ou une odeur qui lui rappelaient moi. Neuf ans était un long laps de temps et tout comme il le disait dans un passage de son journal, sa vie était entremêlée avec la mienne même si je n'étais plus dedans. C'était étrange car je l'avais ressenti exactement de la même manière. Il parlait de ses regrets sur la façon dont les choses s'étaient terminées et combien il avait été dévasté quand je lui avais retourné la bague. Il avait masqué sa colère, ce qui était pourquoi nous avions cessé de nous parler pour commencer, mais je n'avais jamais su quel discours lui tenir vraiment. Je n'avais jamais su... je pensais juste qu'il était un trou du cul égoïste parce qu'il avait été rejeté.

Il racontait avoir été à New York voir son père et qu'il était resté nerveusement dehors devant mon appartement à attendre pendant des heures que je revienne chez moi. J'étais avec Jackson alors, et me voir avec lui l'avait fait s'enfuir fissa. Je n'avais jamais même su qu'il avait été là. Edward écrivait que le jour où il avait découvert que j'étais fiancée il avait pris alors quelques cachets antidouleur supplémentaires pour encaisser le coup. Et il écrivait combien il était nerveux de savoir que je pourrais venir à Forks et comment il allait se débrouiller pour me voir sans avoir à faire paniquer Alice à cause de lui. Il ne s'agissait que de moi, dans tout, chaque larme, chaque sourire... tout. Et cela brisa mon putain de cœur.

"Edward," dis-je en secouant la tête. "Je ne comprends pas pourquoi après que j'ai rompu nos fiançailles, tu ne m'aurais pas parlé, je veux dire..."

Il soupira. "Tu étais si malheureuse. Je t'ai demandé de m'épouser parce que je voulais que tu sois ma femme évidemment, mais je voulais juste que tu viennes vivre avec moi. Je n'ai jamais eu le choix concernant où je vivais, car j'étais à la merci de mon équipe, mais tu l'avais. J'étais tellement en colère que tu aies choisi ta carrière à moi, à nous, que je ne pouvais pas voir que tous ces déménagements et ces longues distances et mon absence à cause du baseball t'avaient fait à toi. Alors je t'ai laissée partir. Je n'avais pas d'autre choix que de te laisser partir car aussi égoïste que j'avais été je voulais véritablement que tu sois heureuse même si c'était sans moi. Qu'est-ce qu'on dit... si tu aimes quelque chose laisse la libre..."

"Si elle revient, elle est tienne," ajoutai-je doucement.

Edward me regarda alors, ses doux yeux verts remplis de plus de tristesse que je n'avais jamais vue. "Mais tu n'es jamais revenue à moi."

Je soupirai, murmurant, "Je n'étais pas vraiment partie en premier lieu."

Quand je le regardai, il tendit la main vers mon visage, ses doigts glissant tendrement contre ma joue. Je plaçai ma main sur la sienne, et quand il effleura ma bouche de ses doigts je fermai les yeux et les embrassai. "Bella... je..."

"Ne dis rien, s'il te plaît. S'il te plaît ne..." suppliai-je, laissant son pouce retracer ma mâchoire. Il allait dire quelque chose sur le fait que j'appartenais à un autre homme, car c'était dans sa nature, mais je ne voulais pas penser à ça. Honnêtement, je ne savais pas comment me sentir ou quoi faire mais je me rapprochai de lui, sachant que je ne devrais pas, que c'était mal de céder à l'attraction qu'il avait sur moi. Seulement... cela semblait tout sauf mal.

Laisse-moi te sentir. Laisse-moi t'aimer à nouveau.

Ensuite sa bouche vint sur la mienne, souffle chaud et désir mêlés au besoin et aux anciens souvenirs débordant à la surface depuis le temps qu'ils ne pouvaient pas s'empêcher de se déverser en abondance. L'embrasser était tellement familier et tellement parfait, comme si ma bouche se réjouissait avec un grand alléluia d'être à la maison. La main d'Edward glissa en haut de mon dos, faisant descendre de mon épaule l'élastique de mon top alors qu'il pressait ses lèvres contre ma peau. Le cœur battant la chamade dans l'anticipation, je haletai quand il murmura, "Bébé," et puis sa bouche se déplaça le long de ma clavicule et remonta la colonne de mon cou jusqu'à atteindre mon oreille. Il mordit le lobe gentiment et s'éloigna haletant lorsque sa conscience l'emporta.

"J'ai si foutrement envie de toi... mais je..." Je mis un doigt sur ses lèvres l'intimant au silence. Je ne pouvais pas penser aux répercussions que cela aurait. Je savais que le seul regret qui résulterait de cela était si je rentrais à la maison sans savoir, ne jamais avoir de vrai achèvement. Ne jamais sentir Edward une dernière fois.

Je tirai son tee-shirt par-dessus sa tête, faisant courir mes mains vers le bas de ses bras. Il ferma les yeux comme si mon toucher était le paradis. Je blottis mon visage dans le creux de son cou, l'embrassant avec douceur alors que mes lèvres remontaient son cou puis redescendaient à son épaule blessée, faisant spécialement attention à ne mettre aucune pression excessive sur sa peau. Ses doigts dansaient timidement le long de l'ourlet de mon top, comme s'il n'était pas sûr de pouvoir l'enlever sans permission. C'était imprudent d'abandonner à ce stade, alors je m'éloignai de sa clavicule assez de temps pour l'aider à passer mon haut par-dessus ma tête.

"Tellement magnifique," murmura-t-il avec vénération, faisant descendre les bretelles de mon soutien-gorge sur mes bras. Il fit courir son pouce sur la rondeur de ma poitrine et puis plongea dans le décolleté et enfin sous les bonnets, frôlant mon téton qui avait considérablement durci d'excitation. Je l'entendis prendre une respiration chancelante avant de me pousser sur le lit avec douceur, drapant une jambe sur les miennes.

Quand il lia ses doigts aux miens, je n'avais pas réalisé ce qu'il faisait au début, jusqu'à ce qu'il enlève ma bague d'un geste aisé, la plaçant dans le tiroir de sa table de chevet avant de le refermer avec le pied. Ses yeux verts brûlaient, fixant les miens, me disant qu'il était triste que j'aime quelqu'un d'autre alors qu'en même temps j'étais sienne, l'avais toujours été et il me revendiquait une fois de plus.

Je n'eus pas le temps de penser à ça car ses mouvements sur ma peau provoquaient des réactions physiologiques que je n'avais pas ressenties depuis des années. Ses mains, fortes et chaudes exploraient mon corps, enlevant les vêtements alors qu'il faisait son chemin en m'embrassant de mon front à mes orteils. Je le caressai tandis qu'il tétait mes seins, gémissant de plaisir et murmurant combien mon corps avait changé en son absence. Edward prit son temps, me torturant avec la façon dont il était si respectueux. Je le voulais à l'intérieur de moi avec un désir si intense que je n'avais pas ressenti depuis la dernière fois qu'il m'avait fait l'amour. Personne ne m'avait jamais fait ressentir cette intensité, personne sauf Edward. Je voulais sentir sa bouche sur la mienne et ses baisers sur mon visage et je voulais qu'il me baise et m'aime et Dieu...

Il y a des moments dans votre vie où vous savez qu'il changeront votre destinée, des moments qui modifieront l'issue de tout ce que le sort avait planifié pour vous, mais vous les faites de toute façon même en sachant ce qui est bien ou mal, ou bon ou mauvais. Vous les faites car vous savez que si vous ne les faites pas, vous vivrez le reste de votre vie en vous demandant ce qui aurait été si...

Quand Edward s'introduit à l'intérieur de moi, je sus à ce moment-là que je n'avais pas à me demander, je savais que je l'aimais encore et qu'il m'aimait et que peu importe les chemins qu'avaient pris nos vies, qui que nous ayons choisi pour faire notre futur, il y aurait toujours cet amour entre nous. Au cœur, après que toutes les blessures et les mots étaient partis, quand nous étions complètement déshabillés et à nu, il restait Edward et moi et l'amour doux, innocent et pur que nous avions autrefois partagé.

Edward pris son temps pour me faire l'amour, pris son temps pour venir à l'intérieur de moi. J'avais imaginé que le sexe avec Edward aurait été féroce et charnel et transpirant, mais au lieu de ça, la douceur dont il fit preuve me surprit et me fit pleurer quand je vins. Ses mains caressèrent mon visage et il enfouit son visage dans mon cou, humide avec l'émotion à l'état brut de ce que nous avions fait. Nous avions pleuré jusqu'à ce que nous riions et en ensuite nous nous étions blottis dans le lit jusqu'à ce que nous fussions affamés.

Un tour en ville nous trouva à un dîner tardif et à partager une glace, sourires timides et mains liées comme les adolescents sans souci que nous avions été autrefois. Pour quelques heures, nous avions pu voir à quoi cela aurait ressemblé si les choses avaient été si différentes et c'était un petit moment de paradis. Edward était son lui doux, charmant... le Edward dont je suis tombée amoureuse, pas le Edward que j'avais quitté il y a quatre ans.

En retournant chez lui, Edward et moi avions encore pris la pluie. Trempés et désireux, il me conduisit dans sa douche. Ce ne fut pas faire l'amour lentement et tendrement cette fois-là. Nous avions baisé et baisé jusqu'à ce que je crie et qu'il jure et que nous nous effondrions au sol, haletants et vivants et fourbus.

Il ne me lâcha pas cette nuit-là. Nous avions dormi nus, en cuillère, pas un centimètre d'espace entre nous. Alors que nous nous assoupissions, ses doigts parcoururent ma peau comme s'il peignait un tableau, mais je savais qu'il me mémorisait une fois encore comme nous l'avions fait d'innombrables fois après s'être laissés pour de longues périodes.

Nous savions tous les deux qu'il était inévitable que notre temps ensemble prendrait fin beaucoup trop tôt.

Au matin nous étions tous les deux silencieux, bien qu'allongés éveillés à regarder le soleil se lever à travers les portes vitrées qui menaient au balcon. La sonnerie de mon téléphone nous fit revenir tous les deux de notre douce félicité à la réalité, sachant que c'était Jackson. Je ne l'avais pas appelé pour lui souhaiter bonne nuit et il était probablement inquiet. Avec un soupir et bref baiser sur ma tête, Edward se dégagea de moi et se leva ensuite du lit, impudent dans sa nudité. Il utilisa la salle de bain et quand il sortit il prit un sweat sans croiser mon regard. Je le regardai s'habiller, sachant que c'était la fin, la dernière fois que je pourrais le voir de cette façon, la dernière fois même que je pourrais l'avoir comme ça.

Avant de quitter la chambre, il s'arrêta et se tourna. "Je t'aime," dit-il avec une tristesse qui reflétait la mienne. "Quoiqu'il advienne, sache que je t'aime et que je t'aimerais toujours." Puis il me laissa seule avec mes larmes et ma culpabilité avant que je puisse le lui dire en retour.

Sans me doucher, je m'habillai aussi vite que possible et le retrouvai dans la cuisine. Il était appuyé contre son comptoir, un mug de café fumant à la main, les yeux fixant le vide dans la tasse. Je me tins là pendant ce qui me sembla une éternité, agrippant mon sac d'une main et les clés de ma voiture de location de l'autre, sans parler. Je ne voulais pas rentrer. Je voulais rester avec lui pour toujours et à jamais. Mais je savais que je devais sortir de ma petite bulle de bonheur Edward pendant un instant pour véritablement avoir une vision d'ensemble.

Quand je ne pus en supporter plus, je fis quelques pas en avant, me mis sur la pointe des pieds et embrassai la joue d'Edward.

"Je t'aime aussi," murmurai-je à travers les larmes que je ne pouvais contrôler. "Plus que je ne peux même l'exprimer." J'embrassai sa paume dans un ultime adieu, ne voulant pas rester dans les parages et qu'il puisse me voir m'effondrer. Empressée, je traversai la maison jusqu'à ma voiture bataillant avec l'alarme. Après trois essais, je pus enfin déverrouiller la voiture. Je me glissai à l'intérieur, mettant le contact, essuyant mes joues humides de la main. Il me semblait qu'un éléphant s'était assis sur ma poitrine, mon cœur était brisé en un million de morceaux. Je sanglotais contre le volant, reposant ma tête sur la courbe.

Le déclic de l'ouverture de la porte me surprit.

Il était en position accroupie, se tenant au cadre de la portière et à la poignée avec le désespoir inscrit partout sur son visage.

"Bella reste… reste avec moi. Je sais que nous avons beaucoup à résoudre, mais c'est juste. Je sais que tu le sens aussi. Je prendrai soin de toi et je t'aimerai et je te rendrai heureuse je te le promets, mais reste avec moi." Ses yeux remplis de larmes croisèrent les miens et il murmura un presque inaudible, "S'il te plaît."

"Edward," sanglotai-je, couvrant ma bouche. J'étais tellement partagée, tellement déchirée. Je ne m'étais pas attendu à me sentir comme ça, si fortement. C'était supposé être l'achèvement pour nous, et j'étais stupide de penser que faire l'amour avec Edward ne créerait pas de complications auxquelles je ne serais pas en mesure de faire face. Mais le fond du problème était que j'avais une belle vie derrière à New York. J'avais une vie où les choix que je faisais étaient de mon propre chef et que j'étais heureuse et que j'avais des amis et une grande carrière et un homme bien qui m'aimait.

Et j'essayai désespérément de ne pas penser à l'homme formidablequi m'aimait, se tenant à côté de moi les larmes coulant sur son visage me suppliant de rester. Je pris une profonde respiration et fis la chose la plus courageuse que je n'ai jamais faite dans ma vie.

"Edward, je veux rester mais…"

"Mais tu ne peux pas," murmura-t-il avec un hochement de tête bienveillant. Des minutes passèrent en silence avant qu'Edward se penche pour presser ses lèvres doucement sur les miennes, à peine une caresse. Il se releva ensuite, essuyant les larmes sur son visage et ferma doucement la portière. "Au revoir, Beautiful. Je te souhaite toutes les meilleures choses. Tu mérites les meilleures choses."

Il n'y avait pas assez de souffle en moi pour répondre, pour lui dire que je voulais tellement rester et je voulais le meilleur pour lui aussi, et je voulais rester blottie dans ses bras pour toujours et à jamais jusqu'à notre mort, vieux et gris.

Mais au lieu de ça, je le regardai se retirer puis, tout mon corps trembla d'angoisse et de désarroi d'avoir eu finalement à le laisser partir.

Partie deux à suivre.

Ouchhh, des passages difficiles n'est-ce pas? Que va choisir Bella entre le cœur et la raison ? Entre l' homme qui l'aime et avec qui tout est relativement simple et l'homme qu'elle aime et avec qui beaucoup a été compliqué ?

La deuxième et dernière partie arrivera très vite.

LyraParleOr