Chapitre 43

La Sororité


Bonjour à tous ! Déjà je voudrais commencer par vous remercier pour toutes les reviews, y en a eu plein d'un coup et ça m'a fait très plaisir ! Je sais que vous êtes tous très impatients d'enfin avoir le chapitre de la révélation, mais je suis au regret de vous dire... Ce n'est pas tout à fait pour tout de suite... On s'approche vraiment, mais il faudra encore patienter un peu :)

En plus, je sais que ça va peut-être en contrarier certains mais ce chapitre est centré sur Ginny. Il fallait bien commencer à vous montrer que la Ginny de cette fic n'est pas vraiment comme celle du livre (presque absente des cinq premiers livres). Alors, je m'en excuse d'avance mais j'espère que vous apprécierez quand même !

Enjoy !


Disclaimer : Tout ce tralala ne m'appartient pas sauf s'il est écrit en français, dans ce cas là, la langue c'est bibi qui l'a traduite !


« Planifier ? » Le sourire en coin du maître de Potions était plus que malicieux.

« On sort de l'ombre de manière fracassante, fiston. » Harry aimait cette pensée et eut un sourire réciproque pendant que Severus commençait déjà à échafauder des plans.

Ginny Weasley se trouvait en route vers la Roumanie dès la toute première semaine des vacances d'été. Elle était plus qu'heureuse que sa mère ait jugé que ses notes aux examens étaient entièrement satisfaisantes et lui ait donnée le feu vert pour aller retrouver Charlie à l'élevage de Dragons où il travaillait. Elle allait faire tout le travail que son frère ne voulait pas faire, elle le savait déjà, mais elle s'en fichait totalement. Elle allait avoir du temps pour elle, du temps pour réfléchir.

L'année qui venait de s'écouler avait été intéressante, c'était le moins qu'on puisse dire. Pas dans le sens où sa vie était en danger – merci bien Merlin – mais néanmoins intéressante. Elle avait enfin réussi à sortir un peu de sa coquille et créer un contact avec des filles de son âge, quelque chose qu'elle trouvait déjà difficile avant l'épisode du journal. Grandir avec six frères et être scolarisée à la maison ne l'avaient jamais préparé pour ça. Mais, une fois sortie de zones d'ombres provoquées par un Seigneur des Ténèbres dans ses jeunes années, elle avait découvert que, oui, elle pouvait se faire des amis et que, oui, elle avait des choses en commun avec des filles de son âge.

Son travail scolaire avait merveilleusement progressé, Gryffondor avait gagné la Coupe des Quatre Maisons et la Coupe de Quidditch et elle n'avait récolté aucune retenue, même si elle était considérée comme étant la plus sournoise de la famille après les jumeaux. Ron avait encore survécu à une expérience où il avait été en danger de mort à nouveau mais il s'en était bien sorti et au final lui et les jumeaux avaient été punis. Fred et Georges parce qu'ils avaient donné une sorte de carte magique à Adrian et Ron parce qu'il avait fait une telle frayeur à Mme. Weasley. Donc, techniquement, avec ses vacances à l'étranger, tout devrait être parfait dans son monde.

Mais ce n'était pas le cas. Ce n'était pas qu'elle ne s'était pas fait plaisir. Elle avait été heureuse, et l'était encore. Mais il y avait encore ce petit, minuscule, insignifiant problème avec un certain sorcier aux cheveux noirs corbeaux. Il lui avait sauvé la vie quelques années auparavant – et ne retourne pas dans ce coin noir Ginny. Tom est parti, il est parti et il ne peut plus t'utiliser pour faire du mal à qui que ce soit – avait aidé à sauver son frère cette année et n'était définitivement pas le jumeau Potter que tout le monde s'imaginait. C'était un problème parce que, malgré tous ses efforts, Harry Potter était resté une véritable énigme.

D'accord, elle n'était pas tombée assez bas pour commencer à le harceler, mais elle n'était pas passée loin avant de réussir à se persuader qu'elle était au-dessus de ça et qu'Harry, après lui avoir sauvé la vie, méritait son respect. Et il méritait sans aucun doute une vie privée, même si la curiosité la dévorait de l'intérieur.

Elle avait essayé de dresser une liste mentale des choses qu'elle savait à propos de lui et tout ce qu'elle voulait savoir mais n'osait pas lui demander. La deuxième liste avait été tellement longue par rapport à la première qu'elle avait voulu se taper la tête contre un mur.

Dans ce qu'elle savait : il était premier de sa promo, malgré les efforts d'Hermione. Il était très doué au Quidditch. Il avait sauvé sa vie, tuant un Basilic, et vaincu un Seigneur des Ténèbres et ensuite avait laissé son frère en prendre la responsabilité. Il pouvait lancer un Patronus qui avait une forme de loup. Il passait la plus grande partie de son temps avec le Professeur Snape et Neville. Et c'était tout. Oh, et il avait des yeux verts renversants. Mais ça c'était accessoire, se gronda-t-elle.

Dans ce qu'elle ne savait pas : Comment pouvait-il être si doué dans tous les domaines magiques s'il n'avait pas obtenu le même entraînement spécial qu'Adrian ? Comment, par les dieux, avait-il pu tuer un Basilic alors que son frère, le Survivant, était évanoui à côté ? Pourquoi n'avait-il pas, par la suite, révélé qu'il en était responsable ? S'il était bien celui qui avait vaincu la Basilic, quoi d'autre aurait-il pu faire dont personne n'était au courant ? Adrian avait aussi été désigné responsable de la défaite du Seigneur des Ténèbres durant sa première année à Poudlard. Harry pourrait-il être derrière tout ça également ? Et si oui, pouvait-il être celui qui avait défait le Seigneur des Ténèbres en premier lieu ? Harry Potter pouvait-il être Celui-qui-a-survécu ?

Les questions étaient sans fin et elles lui faisaient tourner la tête. Elle espérait honnêtement que son séjour en Roumanie l'aiderait à éclaircir ses pensées. Ce fut sa première pensée lorsqu'elle se réveilla un chaud matin de Juin. Elle dévala les escaliers depuis sa chambre jusqu'à la cuisine, et faillit glisser une ou deux fois dans sa précipitation. Charlie passerait la chercher dans quelques heures et elle avait tout juste le temps de manger son petit déjeuner, s'habiller et fouiller la maison à la recherche d'objets qu'elle aurait pu oublier. Et dans cet ordre précis, parce qu'elle voulait avoir le temps de pouvoir digérer un peu avant d'utiliser le Portoloin pour la Roumanie.

« Bonjour Maman ! » salua-t-elle en s'asseyant sur une chaise et elle commença à remplir son assiette pour le petit-déjeuner. Qui allait faire partie des choses qui allait lui manquer. Molly Weasley était une cuisinière du tonnerre. La seule autre personne debout à part sa mère était Percy qui se préparait pour un entretien avec le Ministre de la Magie. Il était nerveux jusqu'au bout des ongles et ses mains tremblaient – ainsi que la table – lorsqu'il se servit du thé. « Bonjour Percy ! » Son frère lui répondit d'un simple hochement de tête tandis que sa mère posa sa baguette pour lui faire un câlin.

« Oh, Ginny ! Tu vas tellement me manquer ! » La jeune fille leva les yeux au ciel face à la réaction de sa mère. Elle était peut-être d'accord avec ce voyage, mais c'était dur pour elle de voir sa seule fille quitter la maison une partie de l'été pour la première fois. Lorsque Ginny lui avait fait remarqué avec hésitation qu'elle n'était pas dans la maison une majeure partie de l'année de toute façon, sa mère avait insisté que c'était différent et qu'elle n'arrivait pas à croire combien sa petite fille avait grandi. Ginny pensait vraiment que sa mère s'en faisait trop mais elle ne pouvait pas nier qu'elle lui manquerait aussi beaucoup. D'une certaine manière, ces vacances semblaient différentes par rapport à l'école mais elle n'admettrait pas ça à voix haute. Merlin savait que sa mère n'avait pas besoin d'autres raisons pour essayer de la faire changer d'avis.

« Tu vas aussi me manquer Maman, mais ce n'est que pour un mois. Je serais de retour pour la Coupe de Quidditch et une bonne partie d'Août. » La matriarche Weasley hocha la tête et ajouta quelques œufs brouillés dans l'assiette de sa fille. Cette dernière doutait de pouvoir tout avaler, mais choisit de ne rien dire.

« Je sais que je n'agis pas de manière raisonnable mais… »

« Elle a peur de ce qu'elle va devenir avec 5 mâles Weasley dans la maison et aucune compagnie féminine pour qu'elle reste saine d'esprit. » déclara Arthur Weasley, qui venait d'entrer dans la cuisine avant d'aller embrasser sa femme.

« T'as intérêt à pas me la rendre folle pendant que je suis pas là. » Le prévint Ginny sur un ton faussement sombre. Il prit un air contrit et s'assit pour manger son propre petit-déjeuner. Il allait accompagner Percy au Ministère et son fils paranoïaque l'avait convaincu de partir une heure en avance. Au moment où les trois autres Weasley encore dans la maison descendirent, Percy et Arthur devaient déjà partir.

« Maintenant, sois prudente et écoute bien ton frère. » recommanda Arthur à son unique fille. « Écris souvent et essaye de ne pas avoir trop de problèmes. » Ginny mourait d'envie de le répondre 'ce n'est pas ce que je fais déjà ?' mais décida d'épargner une crise de panique à son père. Une fois que son père et son frère furent partis par poudre de Cheminette, elle courut vers sa chambre, faisant le tour pour vérifier qu'elle n'avait rien oublié tout en s'habillant. Sa valise était plutôt petite, mais elle était certaine d'avoir tout ce dont elle avait besoin avec elle. Une nouvelle voix venant du salon attira son attention : Charlie venait d'arriver. Elle dévala les escaliers pour de jeter dans les bras de son deuxième plus grand frère.

« Salut Gin ! » Charlie semblait encore plus robuste depuis la dernière fois où elle l'avait vu et il avait même réussi à acquérir une nouvelle brûlure sur sa main droite. Ça n'avait pas l'air très grave non plus, donc elle devina que l'histoire derrière l'incident serait mentionnée pour l'amuser, tôt ou tard. « Prête à partir ? »

« Ça des année que je suis prête à partir ! » s'écria-t-elle, ne réussissant pas à dissimuler son enthousiasme. Elle désigna sa valise à Charlie – qui la ramassa comme si elle était plus légère qu'une plume – et commença à dire au revoir à sa famille. Après une autre série de conseils de sa mère et quelques 'amuse-toi bien' de ses frères, elle promit à nouveau d'être prudente et d'écrire souvent. Charlie sortit un stylo de sa poche et le tendit vers sa sœur.

« À trois. » déclara-t-il et Ginny se dépêcha de l'attraper. C'était un stylo Moldu, remarqua-t-elle et, vu son apparence, probablement un stylo à encre. « Un, deux… » Elle sourit à nouveau à sa famille. « … Trois ! » Et ils étaient partis. Elle sentit la sensation attendue d'un crochet l'attrapant par le nombril et le monde commença à tourner. Sa maison disparut de sa vue et, aussi dur que ça pouvait être à réaliser, lorsqu'elle atterrit – sur son frère, mais quand même – elle était en Roumanie. L'endroit où ils venaient d'atterrir était une clairière au milieu d'une forêt dense. Elle regarda autour d'elle, émerveillée et prit une grande inspiration. Elle comprenait pourquoi son frère voulait vivre dans un tel endroit.

« Est-ce que cette odeur serait des pins ? » demanda-t-elle en tendant la main pour aider son frère à se relever. Ce que Charlie fit avec un sourire.

« Des pins noirs et des Cèdres pour être exact. » l'informa-t-il. « Tu aimes, sœurette ? »

« J'adore ! » s'exclama-t-elle. « Est-ce que tout le coin est comme ça ? »

« L'enclos se trouve dans une autre clairière, plus loin de la forêt, à environ 20 minutes d'ici. On va devoir marcher un peu. Les dragons ne réagissent pas bien face aux portails et on essaye au maximum d'éviter de transplaner près d'eux. » Ginny hocha la tête, pas dérangée du tout de devoir marcher. Avant d'aller à Poudlard, elle avait l'habitude de marcher environ trois kilomètres pour aller jusqu'à un ruisseau qu'elle avait découvert à ses huit ans. Et pendant qu'elle était à Poudlard, elle faisait régulièrement un tour jusqu'à la cabane d'Hagrid pour un thé. Juste le thé par contre. Sa limite s'arrêtait aux gâteaux.

« Montre le chemin alors ! » dit-elle et les deux frère et sœur marchèrent, et Charlie lui présentait brièvement les autres personnes qui travaillaient à l'enclos.

« Il y a Paul, qui vient d'Edinburgh. Il a un an de plus que moi et sa propre sœur s'est portée volontaire pour aider cette année. Elle s'appelle Mary et elle a ton âge. C'est une fille sympa, elle est arrivée il y a quelques jours. Elle est à Poufsouffle je crois bien. » Ginny hocha la tête. « Puis il y a Anna, qui vient d'Allemagne, elle a deux ans de moins que moi… » Il continua pendant que Ginny essayait de mémoriser les noms. Il y avait deux autres volontaires cette année. Une autre fille, Léonie qui était française et un garçon, Edward, qui venait du Danemark. Il présenta six autres collègues avant de marmonner. « … et puis il y a Vesper. »

« Vesper ? » demanda Ginny, essayant de cacher son rictus. Son frère commença à rougir et Ginny sut qu'elle avait découvert une mine d'or.

« Vesper Gilligan. » murmura-t-il. « Elle est irlandaise et elle a trois ans de moins que moi. Elle était à Serdaigle. »

« D'accord. » répondit Ginny en souriant à son frère. « J'ai hâte de rencontrer tout le monde dans ce cas. » commenta-t-elle, son rictus finissant par apparaître.

« Serais-tu, par pur hasard, de la même famille que Fred et Georges ? » questionna Charlie sèchement.

« Juste un peu. » répondit-elle alors qu'ils changeaient de décor. Les arbres laissèrent peu à peu place à une vallée, légèrement ombrée par une grande chaîne de montagnes. De loin, elle arrivait à distinguer les bâtiments qui composaient l'enclos. Quelque chose qui ressemblait à une étable surdimensionnée et le genre de bâtiments qu'on retrouvait dans les centres d'entraînement de chevaux. Et puis il y avait les Dragons.

« Des Dragons ! » s'écria-t-elle en regardant son frère rire.

« À quoi tu t'attendais ? Des chouettes ? » se moqua Charlie, amusé. « C'est un élevage de Dragons, après tout. »

« Je sais mais… des Dragons ! » répéta-t-elle, en pointant du doigt un Magyar à Pointes qui s'étirait, au loin. Charlie recommença à rire et poussa sa sœur à avancer.

« Ils sont un peu intimidants au début. » admit-il.

« Est-ce que ça finit par s'arrêter ? » demanda Ginny, perplexe.

« Non. Je ne voulais juste pas te faire peur. »

« Si tu veux me faire partir, tu devrais me traîner loin, mais je crierais et je me défendrais. Je ne sais même pas si tu y arriverais. J'adore déjà cet endroit ! » proclama-t-elle en remarquant qu'une jeune femme s'approchait d'eux. Elle avait de longs cheveux noirs et était de taille moyenne. Elle était très jolie, nota Ginny, alors qu'elle se rapprochait. Son frère rougissant pensait visiblement la même chose. Il s'agissait donc de Vesper.

« Charlie ! » les salua la femme en question. Elle avait des yeux bleus pétillants et un grand sourire. Ginny devina qu'elle allait l'apprécier. « Et tu dois être Ginny. » Elle serra sa main et sourit à Charlie. « Ton frère a beaucoup parlé de toi. »

« En bien, j'espère ? » demanda Ginny avec un sourire.

« Il agit comme un gamin de cinq ans qui attend avec impatience ta venue. » lui confia Vesper, faisant protester l'accusé.

« Hey ! C'est faux ! »

« Je voulais dire, un gamin de cinq ans très charmant, Weasley. » Le Weasley en question hocha la tête et continua d'avancer avec la valise de sa sœur, pendant que les deux filles derrière lui le suivirent en riant.

« Je pense que je vais vraiment ma plaire ici. » déclara Ginny, faisant glousser Vesper. Le premier jour de son séjour se déroula d'une manière simple. C'était pour la majeure partie des rencontres et salutations, mais cela incluait les dragons, même si c'était à distance. Elle put même voir Norberta – et non Norbert – le Norvégien à Crête que son frère avait envoyé ici, il y avait presque trois ans. Tous les volontaires dormaient dans la même maison et elle partageait sa chambre avec Mary Campbell, une fille qu'elle avait déjà croisée à Poudlard mais à qui elle n'avait jamais parlé. Elle était blonde et plutôt timide mais vraiment gentille lorsqu'elle commençait à sortir de sa coquille.

La première semaine se passa tranquillement, sans évènements majeurs. Le travail était dur puisque les volontaires étaient principalement ici pour le nettoyage mais c'était plus qu'amusant. Lors de son troisième jour à la réserve, Ginny avait même pu visiter la nurserie, où trois petits dragons étaient élevés. Elle ne l'avouerait jamais à Hagrid mais ils étaient quand même plutôt mignons… Et elle avait visiblement un talent spécial avec eux. Elle ne s'était jamais approchée d'un Dragon adulte, mais les jeunes réagissaient de manière particulière en sa présence, un fait qu'elle n'avait pas partagé avec son frère.

Son emploi du temps de tous les jours était assez simple. Se lever à huit heures, prendre son petit-déjeuner, aider là où on avait besoin d'elle, le repas de midi, le travail, le dîner, dormir et recommencer. C'est pour cette raison que Ginny mit un moment avant de comprendre ce que lui disait Mary, lorsqu'elle la réveilla à l'aube.

« Quoi ? » Elle regarda sa table de chevet. « Mary ! Il est six heures et demie ! Après tout le ménage qu'on a fait hier, j'ai besoin de mes heures de sommeil ! » Mais sa compagne de chambre était trop excitée pour l'écouter se plaindre.

« Viens avec moi ! Tu ne croiras jamais ce qu'il se passe ! » Sa curiosité immédiatement piquée, Ginny se leva de son lit et saisit sa baguette – ça ne faisait jamais de mal d'être préparée – et suivit sa nouvelle amie hors de la pièce. Elles descendirent dans le petit salon de la maison où Leonie et Edward les attendait, debout à côté de la fenêtre, les yeux rivés dehors. Leonie avait 16 ans et c'était une brunette qui venait de Lyon. Elle était allée à Beauxbâtons et était assez amicale même si elle était un peu excentrique. Elle rappelait un peu à Ginny Luna Lovegood et c'était suffisant pour l'apprécier sur le champ. Edward était un blond de quinze ans, aussi étudiant à Beauxbâtons. Il était plutôt beau, dans un genre insouciant et appréciait bien la rousse de deux ans de moins. Enfin, selon Mary au moins.

« Tu ne croiras jamais ce qu'il se passe ! Je me suis levée pour aller chercher de l'eau et regarde ! » s'affola Leonie, en pointant la fenêtre. « Elles sont là ! » Ginny se tourna pour regarder Mary qui la poussa vers la fenêtre. Ginny s'approcha et jeta un coup d'œil dehors. Son frère et Paul, le frère de Mary, parlaient à deux silhouettes vêtues de deux capes vertes sombres.

« Qui sont ces personnes ? » demanda la rousse.

« Elles étaient déjà là l'année dernière. » répondit Edward. C'était sa deuxième fois au refuge et il voulait devenir dresseur un jour. « Enfin, pas forcément ces deux là. » corrigea-t-il pendant que Ginny lui envoya un regard qui disait clairement qu'elle voulait une réponse complète. « Elles font partie de la Sororité. » expliqua-t-il. Ginny eut un hoquet.

« Comme dans la Sororité ? » Edward hocha la tête et Ginny se rapprocha encore plus de la fenêtre. Elle n'arrivait pas à distinguer le visage des étrangères mais elle était maintenant certaine qu'il s'agissait de deux femmes. La Sororité portait son nom pour une raison après tout. Mais était-ce possible que ce soit vrai ? Elle avait entendu les histoires bien sûr, mais cela lui paraissait assez dur à croire qu'il s'agissait réellement de membres de cet ordre de sorcières mystérieux.

« Que font-elles ici ? » demanda Mary, à gauche de Ginny.

« Elles sont ici pour les dragons bien sûr. » répondit Leonie. « Elles sont censées s'intéresser aux créatures magiques non ? » Ginny hocha la tête pour confirmer et continua d'étudier les deux femmes du regard. Elle n'aurait jamais cru possible de voir une sorcière qui appartenait à la Sororité de près. C'était un groupe magique très secret. De nombreuses rumeurs racontaient qu'elles avaient été auparavant dirigées par Morgana La Fay elle-même, mais que l'ordre existait bien avant elle. La Sororité était supposée être composée de sorcières qui avaient des talents spéciaux dans des domaines assez rares de la Magie. Personne ne savait comment on en devenait membre. On savait seulement que cela impliquait un rituel et qu'en faire partie était un des plus grands honneurs qu'on puisse décerner à une sorcière.

Même s'il s'agissait d'un groupe regroupant peu de membres, c'était facilement l'un des plus – si ce n'est le plus – influent dans le monde. Le simple fait d'appartenir à la Sororité permettait de se faire traiter comme une royauté parmi les sorciers. Et il y avait même de vraies royautés dans leurs rangs. Une princesse bien réelle, Evelyne de Norvège. Les familles royales du monde magique ne régnaient plus désormais, et ce depuis des siècles. Cela faisait longtemps qu'il avait été décidé que les sorciers et sorcières arrêteraient de diriger des nations, pour des raisons de secret de leur monde, mais les héritiers de ces blasons gardaient néanmoins leurs titres.

« Elles sont restées longtemps la dernière fois ? » demanda Ginny, essayant de se concentrer sur la conversation autour d'elle.

« Seulement un jour. » répondit Edward. « Elles viennent tous les ans. Par contre elles sont arrivées assez tôt ce matin. » Les deux nouvelles venues furent escortées dans le bâtiment principal du refuge et Ginny s'écarta de la fenêtre.

« Vous pensez qu'on va les rencontrer ? » demanda-t-elle aux autres adolescents.

« Bah, on les a vues l'année dernière. Elles mangent avec nous et tout le tralala. » expliqua Edward. « Mais elles ne parlent pas beaucoup. Elles sont un peu renfermées sur elles. Mais ça me va, je ne saurais pas quoi leur dire si elles m'adressaient la parole ! »

« Pourquoi pas ? » demanda Mary. « Elles sont effrayantes ? »

« Pas vraiment effrayantes… » contredit le garçon, appréciant grandement d'avoir les trois filles pendues à ses lèvres. « C'est leurs yeux. J'en ai parlé à Anne et elle m'a dit que tous les membres de la Sororité qu'elle avait déjà rencontré avaient des yeux comme ça. »

« Comme quoi ? » demanda Leonie.

« C'est la couleur. Très intense, presque magique. Certains disent qu'elle l'est. Magique je veux dire. Qu'on est capable de voir la magie à travers leurs yeux. » Ginny hocha la tête et regarda le bâtiment où les deux silhouettes avaient disparues.

« On le découvrira bien assez tôt. Bon, je vais m'habiller. Ça ne sert plus à rien d'aller se recoucher maintenant. » Elle retourna dans sa chambre avec Mary, en parlant de ce qu'il venait se passer.

« Tu sais, j'ai rêvé de faire partie de la Sororité quand j'étais plus petite. » lui confia la blonde. « C'est stupide mais… »

« Ce n'est pas stupide. » lui assura Ginny, en s'attachant les cheveux. « Avec toutes les histoires qu'on entend sur elles, c'est tout à fait naturel. » Mary sourit, montrant sa gratitude. Une demi-heure plus tard, elles étaient totalement prêtes et allèrent prendre le petit-déjeuner. Charlie s'approcha d'elle, en regardant par-dessus son épaule toute les dix secondes. Il avait l'air de s'attendre à voir les sorcières de la Sororité débarquer dans la pièce d'une seconde à l'autre.

« Vous êtes debout tôt, les filles. » commenta-t-il.

« L'arrivée de sorcière mystérieuses à l'aube peut avoir cet effet sur les gens. » plaisanta Ginny.

« Tu es au courant ? » demanda Charlie, surpris.

« Leonie les as vu en allant chercher de l'eau ce matin. » expliqua Ginny. « Donc, doit-on s'attendre à ce qu'elles fassent une apparition bientôt ? »

« Pas vraiment. Elles sont arrivées tôt parce qu'elles avaient une sorte de mission à accomplir sur leur chemin jusqu'ici et elles n'ont pas dormi la nuit dernière. » Ginny soupira. Elle avait vraiment espéré les rencontrer. « Oh, ne t'inquiètes pas ! » s'exclama Charlie avec un sourire. « Elles resteront toute la journée. Ne les attends pas avant le début de l'après-midi par contre. » Ginny rayonna à l'entente de cette nouvelle. Une fois son petit-déjeuner fini, elle se dirigea rapidement vers la nurserie. Elle n'était pas censée travailler ce jour-là, mais elle essaya toujours d'y faire un tour pour regarder les bébés dragons.

D'après ce que Charlie avait dit, c'était la saison des amours et ils devraient voir des mâles voler dans le courant de la semaine prochaine. Mais pour l'instant, les trois dragons dans la maternité étaient la joie et la fierté de tout le refuge. Il y avait une Apaloeil des Antipodes qui se nommait Bertha, un Noir des Hébrides appelé Nox et un Cournelongue roumain qu'ils appelaient Lance. Et oui, Charlie l'avait avertie que, même très jeunes, les dragons étaient extrêmement dangereux. Et oui, encore une fois, elle savait que c'était jouer avec le feu d'essayer de les approcher. Mais après qu'elle se soit avancée vers eux la première fois, Ginny avait réalisé qu'elle avait un don avec les Dragons.

Et, comme à son habitude, une fois qu'elle arriva à proximité, le dragon, Lance qui était le plus jeune des trois, s'approcha d'elle, sautant de l'enclos rond où il était gardé pour atterrir directement dans ses bras. Elle rigola doucement, grattant avec affection sous la mâchoire du petit dragon avant de se lever pour le ramener avec les deux autres.

« Tu deviens de plus en plus lourd, mon chou. » déclara-t-elle en le reposant au sol pour pouvoir dire bonjour aux deux autres dragons qui l'attendaient. « Je ne vais plus pouvoir te porter d'ici quelques semaines. » Elle caressa les autres dragons et joua avec les trois pendant quelques instants, sachant qu'elle n'avait pas énormément de temps avant que la garde du matin n'arrive. « La chose la plus étrange s'est passée ce matin… » Et elle raconta aux dragons l'arrivée des deux sorcières. Les dragons avaient l'air d'écouter sa voix avec attention. Elle entendit Brigitte, une des dresseuses, et Paul se parler juste en dehors de la nurserie à peine une minute après qu'elle ait fini sa narration. Elle dit au revoir aux dragons et leur fit signe de garder le secret de sa venue, en mettant un doigt sur sa bouche, pendant qu'elle sortait par la porte arrière. Ginny commença à effectuer ses corvées de la journée avec un grand sourire et complètement ignorante du fait que quelqu'un l'observait.

Il était quatre heure de l'après midi, et après un nettoyage des granges intensif, elle eut la chance de pouvoir échapper à un deuxième round de nettoyage de sol grâce à Anne, la vétérinaire du refuge, qui demanda un volontaire pour rapporter de l'Armoise de la forêt. Apparemment, ils commençaient à en manquer – ce qui voulait dire qu'il n'y en avait déjà plus - et elle devait confectionner des potions pour les dragons assez rapidement. Ginny, ayant l'habitude de cueillir cette herbe pour les remèdes de sa mère contre les maux de ventre, depuis toujours, sauta sur l'occasion et se retrouva rapidement dans la forêt avec une faucille et un sac en cuir. On lui avait donné des instructions très claires sur la localisation de l'herbe et on lui avait demandé d'en ramener le plus possible.

Elle s'enfonça dans les bois, à la recherche de la clairière qu'Anne lui avait décrite. Elle était supposée continuer vers l'est jusqu'à ce qu'elle entende de l'eau couler, d'une rivière à proximité puis elle devrait suivre le son, qui la mènerait jusqu'à la clairière. Un peu après qu'elle ait commencé à réellement se demander si elle ne s'était pas perdue, elle entendit le fameux bruit qu'elle recherchait. Soulagée, elle tourna à droite et fit confiance à ses oreilles jusqu'à ce qu'elle atteigne la clairière. Elle était pleine d'Armoise et Ginny se dépêcha d'en récolter autant qu'elle pouvait.

Le bruit du ruisseau était relaxant et l'herbe verte sous ses pieds était tentante. Elle songea à rester un petit peu plus longtemps. Après tout, elle pouvait toujours dire qu'elle s'était perdue dans les bois. Mais elle se rappela que les dragons avaient besoin de leurs potions alors elle rejeta immédiatement toute idée de traîner. Avant qu'elle ne puisse se fustiger mentalement plus longtemps, un rugissement puissant lui envahit les oreilles, faisant écho dans la forêt. Sa tête se releva brusquement, par pur réflexe. Ce ne fut pas très compliqué de localiser la source du bruit. Un grand dragon volait au-dessus de sa tête, en route pour le refuge. Du moins elle l'espérait. Parce qu'il avait étrangement l'air de faire des cercles au-dessus de sa tête, et sa silhouette devenait de plus en plus grande à chaque fois qu'il finissait un cercle. Est-ce qu'il descendait ?

La partie rationnelle de son cerveau lui hurlait de s'enfuir, de rentrer dans les bois où elle serait plus en sécurité. Mais, alors que le dragon se rapprochait de plus en plus pour finalement atterrir lourdement, faisant trembler le sol sous ses pieds, ses jambes refusaient de répondre. De toute façon, ça n'arrangerai plus son cas désormais. Le dragon l'avait vue et essayait visiblement de la jauger du regard. Il pencha la tête sur le côté, ses grands yeux jaunes l'observant avec attention. Ginny retint avec peine un hoquet. Que pouvait-elle faire ? Elle était seule, dans la forêt avec seulement sa baguette et une faucille pour se défendre. Et même si elle arrivait à saisir sa baguette – elle préférait ne même pas tenter de faire tout mouvement hâtif – que pouvait-elle bien faire pour stopper un dragon ? Même si ce dernier n'avait pas l'air pressé de la dévorer, elle savait pertinemment que tout pouvait changer d'une seconde à l'autre. Elle devait faire quelque chose. N'importe quoi !

Un doux murmure commença à l'arrière de son esprit pendant que le dragon se rapprochait encore un peu plus. Elle l'avait déjà entendu, lorsqu'elle était plus jeune, c'est le plus précis qu'elle se rappelait. Elle marchait dans une rue du Chemin de Traverse et elle s'était perdue. Involontairement, elle s'était retrouvée dans l'Allée des Embrumes où un groupe de sorciers aux airs louches l'avaient repérée. Ils s'étaient approché d'elle, ricanant et se faisant des sourires malsains et elle voulait les juste les faire s'arrêter.

C'est à ce moment que le murmure avait débuté et était devenu de plus en plus fort, jusqu'à ce que son père la trouve et ne jette une série de sorts bien choisis sur le groupe de sorciers. Elle l'avait entendu à nouveau une autre fois, quelques instants avant de s'évanouir dans la Chambre des Secrets, lorsqu'elle avait rencontré Tom Riddle en face à face pour la première fois. Elle avait écarté ce souvenir les deux fois, prenant ce murmure comme un rêve d'enfant ou une illusion induite par la peur mais là… Il se renforçait encore et devenait plus qu'un marmonnement : il s'agissait de mots. Mais dans une langue qu'elle ne connaissait pas. Le dragon se rapprocha encore et les mots résonnèrent encore plus fort dans sa tête. Ils se répétaient en rythme et quelque chose la poussait à les prononcer à voix haute. Le dragon se rapprocha encore et elle céda à la pression.

Codail suan, mo chadra bhán

Codail sámh, a mhuirnín mhilis

Luigh go ciúin sa chliabhán

Dún do shúil, a leabh dhílis

Elle faillit s'arrêter en entendant sa propre voix. Elle était aussi claire que du cristal et sonnait bien trop mature pour son âge. Les mots s'élevaient de sa gorge et flottaient dans les airs, les notes aigues charmant peu à peu le dragon. Et elle aurait fini par s'arrêter si le dragon n'avait pas cligné plusieurs fois des yeux, comme s'il luttait pour garder les yeux ouverts.

Réalta geala anocht ag luascadh ins an spéir

Fuaim na coille agus ceol na hoíche

Fág uait an olagán

Níl gá ar bith leis choíche

Ginny n'avait aucune idée de ce qu'elle chantait – parce que, vu le rythme des paroles, même s'il restait lent, il s'agissait bien d'une chanson – mais le dragon sembla être affecté par son chant. La créature avait baissé la tête jusqu'à la poser par terre, sa queue remuait avec les notes. Ses jambes tremblèrent lorsqu'il commença à s'endormir.

Codail suan, mo chadra bhán

Codail sámh, a mhuirnín mhilis

Luigh go ciúin sa chliabhán

Dún do shúil, a leabh dhílis

Réalta geala anocht ag luascadh ins an spéir

Fuaim na coille agus ceol na hoíche

Et en s'écroulant par terre avec un gros bruit, le dragon s'endormit. Ginny regarda sa forme ronflante, choquée. Que venait-il de se passer ? Est-ce qu'elle venait de faire ça ? Elle secoua la tête pour essayer d'éclaircir ses pensées. Pourquoi était-elle toujours debout ici ? Elle se tourna pour partir et heurta de plein fouet la femme qui se tenait juste derrière elle. Une femme habillée d'une robe bleue pâle et une cape verte sombre, avec des cheveux châtains foncés et les yeux gris les vifs qu'elle n'ait jamais vus. C'était une des deux sorcières de la Sororité. Elle lâcha ce qui semblait être un pendentif autour de son cou en regardant Ginny.

« Bonjour. » salua-t-elle la jeune adolescente, comme si un énorme dragon n'était pas en train de dormir à quelques pas d'elles.

« Bonjour. » croassa Ginny, essayant de comprendre ce qu'il se passait. La seule pensée cohérente qui flottait dans son esprit pour le moment était 'je n'ai aucune idée de ce que je suis en train de faire'.

« Je suis Astrid. » se présenta la jeune femme. « Et quel est ton nom, jeune Sirène ? » Sirène ? pensa Ginny, perturbée. Une image des femmes poissons lui traversa l'esprit alors qu'elle regardait Astrid avec de grands yeux confus.

« Je m'appelle Ginny. » répondit-elle. « Que voulez-vous dire par Sirène ? » Les yeux d'Astrid s'agrandirent face à cette question.

« Et totalement inconsciente de ses talents je vois. Encore plus intéressant. » Elle regarda le dragon endormi avec un sourire. « Je me demandais aussi pourquoi tu avait fait ça. Ce dragon n'aurait jamais blessé de Dompteuse… » Les sourcils de Ginny se froncèrent face au terme inconnu et Astrid se mit à rire, plus choquée qu'amusée. « Et tu ne sais rien de ce talent non plus. »

« Quel talent ? Qu'est-ce qu'il vient de se passer ? » Astrid la regarda avec ses yeux pénétrants. Elle ne devait pas être beaucoup plus âgée qu'elle, nota vaguement Ginny, mais ne se départissait pas de son air. Elle comprenait à présent pourquoi les membres de la Sororité étaient traitées comme des royautés. Elles avaient la tête de l'emploi.

« Marche avec moi, j'essaierai de t'expliquer de mon mieux. » Ginny acquiesça et réunit son butin éparpillé au sol. Elles marchèrent en silence pendant un moment, avant qu'Astrid ne se mette à parler. « Un Dompteur ou une Dompteuse d'Animaux est un sorcier ou une sorcière avec la capacité de contrôler et, arrivé à un certain point avec de l'entraînement, et de communiquer avec les créatures magiques. J'ai vu ces dragons réagir à ta présence ce matin. Tu n'as pas remarqué ? »

« Si. » confirma Ginny. « Je ne savais juste pas… Je n'en pensais rien. »

« Ce dragon ne t'aurait pas non plus fait de mal. Il était simplement curieux. Il n'avait probablement jamais rencontré de Dompteur. » Ginny se sentit bizarrement coupable de ce qu'elle venait de faire.

« Est-ce qu'il va aller bien ? » demanda-t-elle à la femme plus âgée qui se mit à rire.

« Oh, tu l'as juste endormi pour quelques heures. Vu la chanson que tu as choisie, tu n'as jamais eu l'intention de le blesser ! » la rassura Astrid.

« Mais je n'ai pas choisi la chanson ! » protesta Ginny, faisant se figer Astrid dans ses pas. Tout ça était fou. Complètement et définitivement dément.

« Quoi ? »

« Je n'ai même pas choisi la langue ! » continua la rousse. « Je voulais simplement que ça s'arrête. » Qu'est-ce qui ne va pas avec moi, pensa-t-elle, la panique commençant à lui monter à la tête.

« Tu ne savais pas ce que tu chantais ? » demanda Astrid, regardant la jeune fille, complètement sous le choc.

« Non. C'était les murmures dans ma tête. » Ginny grimaça devant sa propre explication, mais Astrid eut l'air aux anges.

« Tu as chanté une berceuse. Une que j'apprécie énormément. Et tu as chanté en Irlandais. » Elle se remit à marcher. « Les Sirènes sont des sorcières qui ont le pouvoir de soumettre les autres à leur volonté, par le biais de leurs chansons. Plus la victime est puissante, plus elle résiste. Plus la Sirène est puissante, plus elle enchante. Et tu me sembles être une Sorcière bien puissante, en effet. » Ginny suivit Astrid, la bouche grande ouverte. Elle était une quoi ? Mais ça expliquerait le dragon en train de roupiller dans la clairière derrière elles. Elle dépassa Astrid, perdue dans ses pensées, avant de réaliser que la jeune femme s'était arrêtée.

« Pourquoi on s'arrête ? » demanda Ginny soudain nerveuse. Une part d'elle était certaine qu'elle allait se réveiller de ce rêve d'une minute à l'autre.

« J'ai appelé Michaela, l'amie qui est arrivée avec moi au refuge. Elle vient nous retrouver. » expliqua Astrid.

« Vous l'avez appelée ? Comment ? » Elle n'avait jamais vu la sorcière sortir sa baguette. Astrid pointa le pendentif qu'elle tenait quelques minutes auparavant.

« Ce collier est enchanté. » éclaira-t-elle. « Il chauffe dès que j'ai besoin de lui parler. Chaque membre de la Sororité en a un, lorsqu'elle voyage pour une commande liée au travail. » Le son de branches qui se cassaient les informa de l'arrivée de la seconde sorcière avant que Ginny ne puisse continuer à poser des questions. Elle était un peu plus petite qu'Astrid et sa peau était sombre. Ses yeux étaient de couleur cuivre, réalisa Ginny, surprise. Elle remarqua aussi que les deux femmes étaient magnifiques, dans le genre beauté éthérée. Un peu terrifiantes aussi, ajouta-t-elle mentalement.

« Tu m'as appelé Astrid ? » demanda-t-elle, la voix douce. Michaela devait avoir environ le même âge qu'Astrid, pas plus de 25 ans, mais elle avait l'air plus ouverte, plus détendue. Son regard cuivre se promena sur Ginny avec attention. « Est-ce que c'est la Dompteuse dont tu me parlais ? Tu lui as déjà dit alors ? » Me dire quoi ? se demanda Ginny. Que je suis une Dompteuse ? Je croyais qu'elles pensaient que j'étais déjà au courant.

« J'ai essayé mais je l'ai trouvée en train d'endormir un dragon. » déclara Astrid avec humour. Michaela eut l'air perplexe pendant que Ginny baissa les yeux pour regarder ses chaussures. « Avec sa voix. » clarifia Astrid, faisant hoqueter l'autre femme.

« Une Sirène en plus ? » Ginny leva les yeux du sol pour trouver Michaela la regarder avec confusion. « C'est… inhabituel. » Puis elle sourit à Ginny, un vrai sourire chaleureux qui mit la jeune fille un peu plus confortable. « Et quel est ton nom ? » demanda-t-elle.

« Je suis Ginny. »

« Et bien Ginny. Nous avons une proposition pour toi. » annonça Michaela. Ginny la regarda, interdite.

« Est-ce que tu sais ce qu'est la Sororité ? » demanda Astrid. Ginny hocha la tête. « Après t'avoir vue ce matin, j'ai contacté notre chef et elle veut t'offrir une place dans nos rangs. » Les yeux de Ginny s'agrandirent comme des soucoupes.

« Une quoi ? » Michaela se mit à rire pendant qu'Astrid continuait.

« Si tu venais à accepter, tu serais marquée comme novice pour un an. Puis, si tu finissais par accepter de nous joindre, tu recevras toutes les informations sur l'Ordre et tu pratiqueras le rituel d'initiation. » expliqua Astrid. « Tu as un an pour changer d'avis, sans conditions. Mais c'est une expérience qui se présente, pour les plus chanceuses, une fois dans sa vie et qui donne l'occasion d'apprendre et de consolider tes capacités avec les seules personnes au monde qui puissent réellement t'aider. »

« Je sais que ça a l'air imposant au premier abord. » intervint Michaela. « Mais c'est vraiment la chance d'une vie. Une fois dans la Sororité, tu pourras poursuivre ta vie normale, mais au moins, tu auras quelqu'un vers qui te tourner lorsque le besoin se fera sentir. Tu es jeune et tes talents n'ont pas encore vraiment évolués. Mais tu vas grandir. Ces dons ont la fâcheuse tendance d'être un peu… pesants parfois. » Ses yeux s'assombrirent et Ginny se questionna sur la nature de son don à elle. « Je parle d'expérience. »

Ginny força son cerveau à arrêter de s'agiter pendant quelques secondes, le temps qu'elle puisse penser à ce qui lui arrivait en ce moment. On venait de lui offrir une place dans la Sororité, pour aiguiser des dons dont elle ne connaissait même pas l'existence il y a quelques minutes. Ce serait absolument fou de dire oui. Mais voilà, si elle était capable de contrôler ses dons, elle pourrait prendre soin d'elle-même. Elle n'aurait plus à être allongée sur le sol glacé d'une chambre secrète, à attendre de mourir. On ne pourrait plus l'utiliser. Elle ne se sentirait plus aussi incapable. Et elle pourrait empêcher que d'autres personnes ne se retrouvent dans sa situation.

« Nous comprenons si tu as besoin de temps. Mais n'oublie pas que nous partirons au lever du soleil et… »

« Oui. » la coupa Ginny, en regardant les deux femmes. Michaela sourit et Astrid s'arrêta pour la regarder, surprise.

« Oui ? Juste comme ça ? »

« J'ai été dans une situation une fois, où je ne pouvais pas me défendre. J'ai senti les mêmes murmures qu'aujourd'hui, mais je ne savais pas ce que c'était. » expliqua-t-elle. « Ce jour-là, la vie de plusieurs personnes ont été mises en danger à cause de ça, y compris la mienne. Peut-être que si j'avais su ce qu'il se passait dans ma tête, j'aurais pu empêcher tout ça. Je veux apprendre maintenant. » Ce n'était probablement pas l'explication à laquelle elles s'attendaient venant d'une fille de 13 ans mais elles semblèrent toutes deux la trouver plus que satisfaisante. Astrid se rapprocha d'elle avec un sourire aux lèvres.

« Alors nous serons plus que ravies de t'accueillir parmi nous. » Elle marmonna dans une langue que Ginny ne pouvait pas comprendre et sa paume droite se mit à briller d'une lueur bleue. Les yeux de Ginny s'écarquillèrent. « N'aies pas peur. » la rassura Astrid avant de toucher son front. Facile à dire, pensa Ginny, essayant de ne pas penser à quel point les évènements s'enchaînaient rapidement. Une vague de magie se diffusa depuis le point qu'elle avait touché jusque dans tout son corps et une chaleur étrange entoura son omoplate gauche. Plus tard, lorsqu'elle regarderait son dos dans un miroir, elle découvrirait une rune noire tatouée à cet endroit.

« Voilà. » déclara Michaela au moment où la chaleur disparut. Ginny n'arrivait pas à dire si elle se sentait différente.

« Et maintenant ? » demanda-t-elle aux deux femmes qui la regardèrent en souriant.

« Maintenant tu attends. Dans environ un an, nous viendrons te trouver pour le rituel et ton initiation, si c'est toujours ton choix. » expliqua Astrid.

« Donc, nous viendrons toquer à ta porte l'été prochain. » ajouta Michaela en riant.

« Ce ne sera probablement pas nécessaire. » répondit Ginny, en souriant en retour, l'ébauche d'un plan se formant petit à petit dans son esprit. « Je serais ici, je pense. » Les deux femmes hochèrent la tête et recommencèrent leur marche vers le Refuge. Ginny leur demanda de ne rien dire à son frère pour le moment et elles lui assurèrent qu'elles ne laisseraient pas échapper un mot. Ginny avait peur de la réaction de sa famille, en particulier de sa mère, si elle l'apprenait. Elle pourrait

même essayer de la convaincre du contraire et la rousse ne pourrait pas supporter ça. Elle avait son propre secret désormais, pensa silencieusement la jeune fille. Et elle en profiterait un maximum.


Voilà ! Même si c'est pas ce que vous attendiez, j'espère quand même avoir quelques reviews, s'il vous plaît ;)

A la semaine prochaine !

Ah oui, avec ma correctrice on voulait juste rajouter R.I.P Alan Rickman, c'était un acteur très talentueux.