Note de l'auteur : Oui, vous ne rêvez pas. Après plus de quatre mois d'attente, le chapitre 52 de Cœurs déchirés est enfin prêt. Mes excuses, j'avoue m'être un peu détournée d'Hakuouki ces derniers temps. La publication des chapitres risque d'être plus longue du fait de mes autres fandom d'intérêt. D'autant plus qu'avec le recul, je trouve le début de cette fic complètement aberrante, j'ai presque honte d'avoir écrit ça… Mais bon, si ça peut vous rassurer ce n'est pas le manque d'idée qui me fait défaut, disons plutôt le manque de temps et des fois de motivation.

Pour vous rappeler ce qui se passait dernièrement dans ma fic : Kazama et Amagiri sont rentrés à la demeure Kazama mais c'était là un piège de Chigiru. Non seulement Amagiri est tué par le chef des Kazama, mais en plus on découvre qu'Umeko est enfermée dans une pièce, enceinte. Sanosuke est mort, Okita est parti rejoindre Hijikata tandis que Shiranui revient chez Sen et découvre que tout a changé. Sa jeune sœur a été enlevée, Kimigiku a été tuée, et Sen se prostitue pour survivre. Pendant ce temps, Sannan fait des recherches secrètes et approfondies sur l'ochimizu avec le sang d'oni de Chizuru qui est sa complice.

Ce chapitre est plus long que d'habitude, bien que j'ai coupé plus tôt que prévu car je trouvais que ça devenait trop long. Je tiens à vous prévenir d'une chose très importante avant que vous ne débutiez la lecture…

/!\ Attention, la troisième partie (et également la partie la plus longue) est classée R-18. Elle n'est pas spécialement essentielle à la compréhension de la fic, donc vous pouvez la sauter. Il s'agit là de la scène la plus violente de toute ma fic, et même si j'ai essayé de rester soft dans mes mots, l'ambiance est assez lourde, donc je préfère vous prévenir pour les âmes sensibles /!\

Sur ce merci à tous ceux qui ont encore le courage de me lire. Bonne lecture

Chapitre 52 : Torture

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Okita profita de sa courte pause au bord d'un étang pour s'asperger la figure et s'allonger dans l'herbe le temps que son brave cheval se désaltère. Il ferma les yeux, offrit son visage aux rayons su soleil printanier, peut-être que cela donnera quelques couleurs à son teint extrêmement pâle. La brise fit voler quelques unes de ses mèches châtain et il se souvint avoir déjà connu pareille sensation de bien-être. Les souvenirs affluaient dans son esprit. Il se revoyait pécher les grenouilles avec sa soeur il y a de cela au moins vingt ans, quand il n'était encore qu'un tout petit enfant innocent, loin de la voie du sabre et des guerres. Il se souvenait de la main Kondo qui lui frottait la tête en souriant pour le féliciter de ses progrès. Il entendait encore le claquement des boken lorsqu'il combattait en duel amical avec Saito, son meilleur rival, et sans doute même son meilleur ami. Mais surtout, il se remémorait avec perfection le confort, la jouissance, les frissons qui parcouraient son corps lorsqu'il s'endormait dans les bras rassurants de Sanosuke. Le jeune homme aux yeux verts sourit. Finalement, malgré de nombreuses zones d'ombre, comme l'abandon de sa soeur, sa maladie, la mort des êtres qu'il aimait le plus au monde, il n'était pas si moche, son destin, car il l'avait mis sur la route de personnes exceptionnelles, et pas seulement ceux qui sont déjà parties.

"Bats-toi pour ce qui t'es encore cher", c'est ce que lui avait dit cet oni arrogant qui lui avait légué la belle bête qui partageait son voyage. Pendant ses heures de chevauchée, Okita avait eu le temps d'y réfléchir. Même si les deux êtres les plus chers à son coeur n'étaient plus, il était faux de dire qu'il ne lui restait plus rien à quoi s'accrocher, plus aucune de raison de se battre.

Il y avait le Shinsengumi, la précieuse milice bâtit par son maître, à laquelle il avait juré loyauté même si elle était maintenant dirigée par son pire cauchemar, ou sa meilleure victime selon les jours.

Il y avait Hajime Saito, son meilleur rival, son premier amour, son ami, probablement le seul homme contre qui il dégainait son sabre avec un enthousiasme innocent, et non pas une excitation sombre et meurtrière. Saito, un guerrier affirmé qui avait su s'imposer dans le monde des samourai malgré sa tare d'être né gaucher. Ses mouvements fluides et rapides apparaissaient comme une danse envoûtante à ses yeux. Sans doute est-ce cela qui l'avait charmé autrefois.

Et puis, il y avait elle, cette petite demoiselle aux étranges pouvoirs de guérison des coeurs, cette gamine ordinaire en apparence, mignonne sans être spécialement "belle à tomber". Elle qui avait été si patiente avec lui. Elle qu'il considérait comme sa petite soeur. Oui, il y avait elle, Chizuru Yukimura, qu'il devait protéger, car elle était spéciale pour eux tous. C'est ce qu'auraient voulu Kondo et Sanosuke qui l'appréciaient également beaucoup :

« Les revoir une dernière fois, me battre pour eux ou avec eux, et je pourrais enfin trépasser en paix. »

Il toussa avant de se redresser. Le temps lui était compté, il ne devait pas perdre une minute. Il chevaucha sa monture et partit au trop sur la route du nord. S'il se dépêchait, il pourrait peut-être rejoindre le Shinsengumi dans la soirée.

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Ce jour d'hivers, Sen aurait préféré l'oublier, l'enterrer, faire en sorte qu'il n'ait jamais existé, même si cela impliquait d'effacer de sa mémoire Umeko qu'elle considérait comme sa sœur. Elle qui avait perdu son petit frère tant désiré, dès le départ elle avait pris la jeune oni timide sous son aile, la mettant à l'aise et se comportant avec elle comme si elle avait toujours fait partie de son quotidien. Avec Umeko, elle pouvait passer des heures à parler chiffons. Sen ne se lassait jamais de raconter ses coups de foudres ou ses rencards avec Shinpachi Nagakura, ramenant toujours une anecdote qui faisait rire la jeune fille. Sen ne s'était jamais sentie aussi bien depuis le décès de sa famille. Il y avait bien Kimigiku, mais sa suivante et garde du corps ne vivait pas dans le même monde qu'elle. Plus âgée, plus mature, malgré les années la shinobi n'avait jamais réussi à considérer Sen autrement que comme sa maîtresse, et cette dernière n'avait de ce fait jamais pu discuter avec elle comme elle l'avait fait si naturellement avec Umeko… Pour autant, elle aimait aussi Kimigiku, sa mort face à leurs agresseurs l'avait profondément bouleversée. Elle revoyait le corps en sang par terre, dépouillé de ses vêtements. Oui, elle revoyait toute la scène avec précision, car elle revenait chaque fois qu'elle fermait les yeux.

Parviendrait-elle un jour à se débarrasser de cet éternel cauchemar ? Pas tant qu'elle vivrait tel une revenante. Il avait fallu quelques heures pour transformer sa vie paisible en horreur. Sen avait mal, bien plus qu'à l'endroit où elle avait été violentée et marquée. Son esprit brisé la brûlait sans cesse, viendra un jour où elle se consumera totalement. Elle n'était déjà plus elle-même, elle avait perdu toute dignité, mais pour autant elle n'avait pas trouvé le courage d'en finir avec cette existence morne et sans but.

Telle était sa pénitence pour le meurtre de son père, et de n'avoir rien pu faire pour sauver Kimigiku et Umeko.

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/!\ Cette partie est destinée à des lecteurs avertis /!\

Elle avait couru, guidée par les cris de détresse d'Umeko qu'elle entendait parfaitement malgré la distance entre sa demeure et les tombes de sa famille. Les feuillages qui s'accrochaient au bas de son kimono la ralentissaient, mais lorsqu'elle se retrouva face à un spectacle encore plus horrible que celui de sa mère morte, tout son courage s'évapora soudainement. Elle trembla, elle avait peur, elle ne voulait pas croire ce qui était en train de se passer. Elle cligna des yeux plusieurs fois pour faire disparaître cette horrible image : Kimigiku morte, tuée par une balle en plein front, les yeux exorbités. Sur elle, un homme brun et aux yeux rouges, portant un révolver similaire à Kyo à sa ceinture, se plaisait à lui peloter sans ménagement sa volumineuse poitrine tout en poussant des soupirs de bien-être.

Ils n'étaient que deux. Deux oni mâles réputés pour leur puissance mais surtout leur cruauté. Chigiru Kazama et Kyotarô Shiranui, deux noms, deux visages qu'elle n'oublierait jamais.

Tandis que le tireur s'amusait sans scrupule avec le corps avantageux de la défunte shinobi, Chigiru Kazama maintenait Umeko agenouillée par terre. Ses poignets étaient attachés dans son dos. Ses chevilles liées également et son kimono remonté au dessus des genoux afin qu'elle sente le gravier pénétrer sa chair délicate. L'oni cruel tirait sur sa longue chevelure attachée en queue de cheval haute, l'obligeant à assister à ce morbide spectacle.

Les yeux de la demoiselle étaient rougis et remplis de larmes :

« Regarde bien Umeko, lui disait son père qui déshabillait complètement le cadavre de la shinobi. C'est comme ça qu'un oni mâle prend une femelle. Et toi, tu dois faire comme elle. N'oppose aucune résistance, contente toi d'écarter les cuisses et de te taire. »

Umeko voulait fermer les yeux, détourner le regard de cette scène macabre, mais Chigiru ne manquait jamais de lui donner un coup de pied dans le dos et de tirer d'avantage sur ses cheveux tout en lui beuglant des « Regarde ».

Sen n'y croyait pas. Elle recula, mais le bruit de ses pas maladroits fit remarquer sa présence aux deux hommes venus envahir son domaine :

« Tiens donc, voilà encore du gibier, dit l'homme qui était installé sur les hanches de la shinobi décédée. Chigiru-sama, je pense qu'on va se régaler.

- Laisse-là moi. Moi, je ne m'abaisserai jamais à toucher une humaine pure, même si elle est bien roulée. Hormis Marie, je n'ai jamais touché d'autres oni femelle de sang pur, alors celle-là est pour moi.

- Oh, t'es rabat-joie, déjà que tu vas te faire ma fille. »

Les membres de la jeune fille tremblaient. Cet homme avait-il vraiment pour ambition de souiller Umeko ? Elle devait faire quelque chose, mais la peur la paralysait. Elle savait qu'elle ne pourrait rien face à ces deux démons. Qu'allaient-ils faire d'elle aussi ? Elle qui avait fui la demeure avec sa famille autrefois, qui se mêlait aux humains, qui cachait des fugitifs. Leur regard pervers en disait long sur leurs ambitions peu chastes. Sen recula. Elle devait partir, courir, détaler le plus loin possible, mais elle ne pouvait laisser son amie aux mains de ces monstres :

« Fuis Osen-chan »

Immédiatement, sa culpabilité s'envola. Elle voulut suivre cette demande désespérée de son amie, mais lorsqu'elle se retourna elle se retrouva nez à nez avec Kyotarô Shiranui qui avait abandonné Kimigiku pour se téléporter derrière elle :

« Où penses-tu aller ? Ne sois pas intimidée. Viens, dit-il sournoisement tout en agrippant le poignet de Sen.

- Laissez-là père, je vous en supplie. Je vais rentrer avec vous, mais laissez Sen tranqu…

- Tais-toi effrontée, aboya Chigiru en lui donnant cette fois un coup de genoux entre les omoplates et en la laissant retomber le front sur le sol. Tu crois qu'on va faire confiance à une fuyarde. Pour cet affront, tu mériterais d'être marquée, mais ton père a négocié avec moi et t'offre une nouvelle chance. Remercie-le et tiens-toi tranquille. Je n'aimerais pas abîmer ton joli minois qui m'excite déjà. Hum, et tes cuisses sont si appétissantes, ajouta-t-il tout en faisant glisser sa main sur la peau blanche d'Umeko, remontant lentement jusqu'à ses fesses, se léchant les babines tandis que la jeune fille se mordait la langue pour ne pas pleurer.

- Hé, retiens-toi un peu ! Je sais que ça fait longtemps que tu ne t'es pas fait une femelle de sang pur, mais quand même elle va porter ton nouvel héritier. Et c'est ma fille, je n'ai pas envie de la voir se faire engrosser devant moi. »

Chigiru ricana avant de retirer sa main de sous le kimono bleu de la jeune oni qui se sentit tirer brusquement en arrière. Son agresseur venait de la remettre à genoux.

Comprenant la gravité de la situation et les odieux projets des deux hommes, Sen voulut tout mettre en œuvre pour se libérer et porter secours à sa jeune sœur de cœur, quitte à perdre son humanité, quitte à reprendre cette forme qu'elle arborait. Mais un coup bien placé sur sa nuque l'empêcha de mettre en œuvre son idée de faire appel à sa forme oni. Un voile noir apparut devant ses yeux et elle tomba dans l'inconscience.

Lorsqu'elle se réveilla, tout était noir autour d'elle. Un bandeau avait été placé sur ses yeux et ses bras douloureux étaient attachés vers le haut au niveau de ses poignets. Ses pieds reposaient sur un support instable qui pouvait basculer à tout moment et la suspendre dans le vide. Elle croyait que ses agresseurs l'avaient laissée là pour emmener Umeko vers son funeste destin, mais elle avait été naïve de penser qu'ils la laisseraient tranquille, elle une rare oni de sang pur :

« Elle est réveillée, il était temps ! Elle n'est pas aussi robuste qu'elle n'en donne l'air. »

C'était Kyotarô Shiranui qui parlait. Sen secoua la tête pour faire tomber son bandeau. Cette cécité forcée redoublait son angoisse. Elle aurait préféré être à la merci d'une horde de loups affamés plutôt que face à ces deux hommes qui semblaient tourner autour d'elle comme des vautours sur un cadavre :

« Elle est plutôt bien roulée pour une femelle vierge, poursuivit Kyo Shiranui si près que Sen avait l'impression de sentir son souffle sur sa joue, ce qui la fit frémir d'horreur.

- Qui te dit qu'elle est vierge ? Si ça se trouve, ton fils lui a déjà sautée dessus.

- M'en fous, j'la veux !

- Je passe en premier. T'as déjà profité du macchabée, c'est à mon tour. »

Elle entendit encore des pas tourner autour d'elle puis une fumée âcre envahir ses narines. Chigiru venait de lui souffler son tabac dans le nez. Elle toussa avant de cracher sur son opposant, tout en sachant que cela aggraverait la situation. De toute façon, elle était déjà perdue, alors autant sauver le peu d'honneur qui lui restait :

« Garce »

Elle poursuivit sa provocation en donnant cette fois-ci des coups de pieds dans le vide, frappant de chaque côté sans rencontrer la cible recherchée. Ses yeux bandés ne l'aidant pas vraiment à s'orienter. Elle entendit Kyotarô rire puis une poigne ferme saisir l'une de ses jambes :

« Allons, ne t'excite donc pas tant. Tu seras mienne bien assez vite » persifla Chigiru tout en enfonçant ses ongles dans la chair de ses chevilles et en faisant tomber la cendre de sa pipe sur son pied, la brûlant.

Sen gémit sous la douleur. Elle se secoua pour libérer sa jambe de la poigne de son agresseur tout en essayant de maintenir l'équilibre avec son autre jambe. Seulement, un coup de pied donné sur son support de fortune, et la voilà maintenant suspendue, l'intégralité de son poids retenu par ses deux bras attachés. L'étirement lui faisait mal, bien qu'encore supportable :

« Fous-là à poil. »

Elle s'attendait à peu de compassion de la part de ces deux hommes, mais elle espérait qu'un coup de baise de chacun d'eux leur suffirait. Encore une fois, quelle naïveté ! C'était bien peu connaître la cruauté innée de ces oni sans cœur.

Kyôtaro déchira son kimono jusqu'à ses sous-vêtements. L'air froid hivernal s'incrusta dans sa chair mise à nue. Bien vite, ses plaintes furent étouffées par un bâillon fabriqué à partir des lambeaux de ses vêtements :

« Maintenant dégage, surveille ta fille, qu'elle regarde comment on prend une oni femelle »

Chigiru n'y alla pas par plusieurs chemins. Il prit possession avec brutalité de la virginité de la jeune fille, déchirant son hymen qui de suite se mit à saigner. Sen gémit, mais son cri s'étouffa dans le bâillon. Une larme mouilla son bandeau et coula le long de sa joue. Elle secoua la tête, espérant donner un coup de boule à son agresseur mais ne rencontra que le vide. Alors elle subit chaque mouvement infini de l'oni mâle qui violait son intimité sans pitié. Chacun de ses coups de rein la déchirait de l'intérieur, jusqu'à qu'il finisse par se déverser en elle au bout de longues minutes de martyre. Sen sentit cette substance chaude et visqueuse mêlée à son propre sang glisser le long de ses cuisses. Cela la répugna tellement qu'elle en eu la nausée :

« Si t'as fini, c'est mon tour.

- T'as raison, la laisse pas refroidir. »

Sen fit non de la tête. Plus jamais elle ne voulait endurer cette torture, sans compter que cela risquait de la faire tomber enceinte de ces deux hommes :

« La soirée ne fait que commencer ma jolie » dit cette fois Kyotarô tout en pelotant sans ménagement sa poitrine, la pinçant à l'en faire mal avant d'à son tour venir frotter son sexe dans le sien.

Ce fut comme si on venait de lui lancer du sel sur ses plaies, et cela n'en finit pas. L'un après l'autre, pendant des heures, Sen sentit qu'on la blessait jusqu'au plus profond de son être. Ses bras, sa poitrine, son sexe lui faisaient mal. Sa douleur était telle qu'elle n'entendait plus les ricanements de ses agresseurs, ni même les ténus « arrêtez » d'Umeko qui assistait impuissante à ce spectacle :

« Bon, je suis vidé moi. Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? On la marque ? » demanda Kyotarô tout en arrangeant sa tenue.

Sen qui était aussi réactive qu'une morte se ressaisit à ces paroles. Allaient-ils vraiment lui apposer la marque ? L'ultime punition pour un oni, dont on disait qu'elle faisait encore plus mal qu'un fer rouge sur une peau à vif :

« Attends, on va profiter qu'elle soit encore une oni. »

Sen grelottait sous la morsure du froid, et son corps entier n'était que douleur et angoisse. Entre ses cuisses continuaient de couler les semences de ses violeurs. Elle ne pouvait ni voir, ni parler, ni bouger. Elle tremblait, tentait de bouger son corps toujours suspendu par les bras. Ses poignets devaient sûrement avoir pris la marque des cordes, sans compter qu'une pression commença à se faire sentir dans son bas-ventre. L'envie d'uriner était forte, mais elle se retint de s'affliger une autre humiliation face à ces deux monstres, du moins jusqu'à ce qu'elle entende le bruit d'une lame que l'on dégaine, puis le bout d'un katana pointer sur son ventre. Elle eut un mouvement de recul, apeurée, mais ne réussit qu'à se balancer légèrement :

« Ne bouge pas, dit cette fois Kyotarô qui la tint par les hanches et lécha sa nuque. On va faire de toi une vraie œuvre d'art. »

Ses sphincters la lâchèrent lorsqu'elle sentit la lame lui entailler la peau. Elle hurla sous son bâillon, tentant vainement de bouger pour échapper à ce nouveau supplice. Chigiru semblait tracer des kanji sur son ventre. Chacune de ses entailles se refermait à peine avait-il fini d'écrire, aussi continua-t-il son œuvre jusqu'à ce qu'il en soit satisfait :

« Je suis une catin, une titre qui te correspond bien, chienne. Mais nous sommes bons princes, car grâce à ton pouvoir d'oni femelle, tu n'auras aucune marque.

- Attends, moi aussi j'ai envie d'écrire, jubila à son tour le maître des Shiranui qui dégageait déjà la longue chevelure de la jeune fille au bord de la rupture nerveuse. File-moi ton arme.

- Un sous-fifre comme toi n'a pas à toucher l'un des héritages des Kazama. Va donc te trouver un couteau dans la cuisine.

- T'es pas sympa, moi je t'offre ma fille, le plus bel héritage de ma famille.

- Soit déjà heureux que je prenne cette fuyarde comme nouvelle femme. »

Kyotarô grommela avant de disparaître un instant, ce qui laissa le temps au chef du clan Kazama d'admirer sa victime dans toute sa splendeur :

« Tu souffres ? Pense que tout ceci n'était que chatouille à côté de la douleur provoquée par la marque. Remercie-nous, nous t'y préparons » dit-il tout en tranchant cette fois l'une de ses jambes, de la cuisse à la cheville.

Il tira ensuite sans ménagement sur sa longue chevelure châtain, faisant brutalement courber le cou de la jeune fille, avant de couper sa crinière d'un coup de katana.

L'ensemble des mèches tombèrent sur le sol. Sen sentit sa tête plus légère, ses pointes arrivant difficilement jusqu'à sa nuque :

« Oh, mais en voilà une bonne idée ! Ainsi je ne serai pas gêné pour écrire.

- Dépêche-toi, le jour se lève bientôt. Je veux que nous voyageons de nuit avec Umeko. »

S'était-il réellement passées plusieurs heures depuis le début de son calvaire ? Elle n'en savait rien, elle ne sentait plus ses bras, ni le reste de son corps. Umeko était elle encore en train de les regarder s'acharner sur elle ? Est-ce que le corps de Kimigiku gisait encore dehors ? Sen coupa court à ses questionnements lorsqu'elle sentit de nouvelles entailles pénétrer la chair de son dos. C'était plus qu'elle ne pouvait en supporter. Elle devait se libérer, par n'importe qu'elle moyen. Elle devait appeler ce pouvoir qui la répugnait, ce pouvoir propre aux oni femelles qui avait autrefois tué son père.

Elle avait mal, Kimigiku était morte, et Umeko serait enlevée par leur pire ennemi. Elle ne devrait pas rester de marbre face à un spectacle aussi sinistre :

« Allez au diable » hurla Sen au travers de son bâillon, sentant une force nouvelle s'immiscer en elle.

Ses cheveux coupés blanchirent et une corne apparue sur son front, lui ôtant son bandeau par la même occasion

« Enfin elle se réveille, triompha Chigiru Kazama. Je commençais à douter du vrai pouvoir de cette femelle. »

Sen n'écoutait plus, uniquement guidée par son instinct de destruction. Seulement, même sous cette forme, elle avait bien du mal à s'extirper de ses liens solides qui la maintenaient suspendues. Elle se balançait, donnait des coups pieds dans le vide sans parvenir à se libérer. Chigiru Kazama la regarda se fatiguer pour rien en ricanant avant de s'approcher d'elle :

« Hé, t'es fou ! Elle va abîmer ta tronche. C'est qu'elle sont coriace les femelles quand elles sont dans cet état, l'avertit le tireur.

- Tu me prends pour un idiot ? A ton avis, pourquoi, est-ce que je l'ai attachée comme ça ? Regarde là, on dirait un poisson qui se débat au bout d'une canne à pêche. Amusant, n'est-ce pas ?

- Et qu'est-ce que tu veux faire ? C'est bien toi qui as dit qu'il ne fallait pas traîner.

- Juste quelques minutes. Quel mâle n'a jamais rêvé de prendre une femelle en furie ? trépigna intérieurement Chigiru qui recommençait déjà à défaire le nœud de son kimono.

- T'es maso, elle pourrait te mordre.

- Admire comment je m'y prends. »

Il pénétra de nouveau sauvagement la femelle qui hurla cette fois non pas de furie mais à nouveau de douleur, faisant glisser le bâillon jusqu'autour de cou, gesticulant pour se débattre, tentant de mordre son agresseur qui avait lui aussi pris sa forme oni et qui parvenait à retenir les mouvements brusques de son cou d'une main, tandis que l'autre faisait pression sur ses hanches pour lui permettre une meilleure pénétration :

« Profite bien de cette force que tu possèdes, femelle, car bientôt elle n'existera plus. »

Sen se débattit encore. Elle ne réussit qu'à mordre violemment son agresseur sur l'épaule, ce dernier, pour se venger et reprendre le contrôle, l'étrangla avec le reste du bâillon, lui coupant sa respiration jusqu'au bord de l'évanouissement. Ce manque d'air lui fit reprendre son apparence normale, et elle geignant encore plus sous cet ultime assaut dont elle était victime :

« Allez, ça suffit comme ça, déclara Chigiru en renouant son obi. Tu ne cries même plus tellement tu es exténuée. Tu n'as aucune résistance, tu es indigne de ton rang d'oni. Tu ne m'amuses plus, mettons fin à ce jeu.

- C'est bon, tu t'es décidé ? On la marque et on se tire ?

- Une dernière chose avant quelle ne devienne une piètre humaine. Je veux qu'elle souffre, qu'elle comprenne qu'on ne s'oppose pas à moi. Cette chienne, elle a du sentir tant de plaisir quand on lui ait montée dessus, railla maintenant Chigiru. Elle ne mérite même pas qu'on sorte nos queues pour elle. Elle doit payer, ne plus jamais éprouver de plaisir sexuel.

- Attends, tu vas quand même pas…

- Si tu es trop mauviette pour voir ça, file ailleurs, mais je saurais en tenir compte pour la suite, l'avertit de nouveau l'homme aux cheveux grisonnants.

- Oh arrête ! Je trouve au contraire que c'est une super bonne idée. T'as vu comme elle couinait de plaisir, la salope. Faut plus jamais qu'elle ressente ça. Je ne veux juste pas que ma fille subisse la même sort.

- Ta fille sera celle qui portera mon nouvel héritier. C'est une oni de sang pur, elle juste une pouilleuse issue dune famille de fuyard. Si t'es d'accord avec moi, écarte-lui les cuisses qu'on en finisse. »

Si la pauvre victime s'était retenue de supplier ses assaillants lors des premières pénétrations qui avaient déchiré ses parties intimes, cette fois elle pleura et murmura une plainte quasi-muette lorsqu'elle comprit ce que ses bourreaux avaient l'intention de lui faire encore subir. Le froid et ses gémissements avaient asséché sa gorge tant et si bien qu'elle n'arrivait même plus à parler. Quand bien même, cela n'allait certainement pas les arrêter, et Sen subit bien malgré une nouvelle déchirure. Le petit bourgeon très vascularisé qu'elle s'était pris plaisir à titiller bien inconsciemment dès l'adolescence fut coupé sans pitié, tombant sur le sol, la faisant saigner abondamment avant de cicatriser rapidement, laissant un vide, un manque, une amputation à son sexe déjà endolori. A bout de force, Sen n'avait pas crié, mais les larmes coulaient abondamment sur ses joues. Elle n'avait plus rien d'une vraie femme maintenant qu'elle avait été si sauvagement excisée :

« Ce que c'est laid, railla Kyotarô Shiranui en la lâchant subitement, la suspendant de nouveau dans le vide. Quand je pense que ma lame a touché cette horreur. Pourquoi avoir doté les femmes de ceci ? Ça ne sert à rien. Les femmes portent les enfant, point final ! Beuark, et elle m'a sali avec son sang en plus, la guenon.

- Arrête avec tes simagrées. Il est temps de passer au bouquet final. Va te poster dans un coin et admire la puissance de ma race d'oni supérieur.

Plus de larme, plus de voix, plus de salive, plus de force, plus de sens si ce n'est celui de l'ouie, Sen pensait avoir vécu le pire, mais une sentence encore plus horrible l'attendait. Elle sentit la pointe d'un katana se poser sur sa poitrine, au niveau de son cœur. Elle ne chercha pas à éviter les nouvelles coupures. De toute façon, elle ne sentait quasiment plus rien, et pourtant :

« Par ce sceau que je t'afflige, je te juge indigne de ton rang » récita Kazama tout en commençant à tracer une marque sur la peau blanche de Sen.

Elle hurla instantanément tout en gigotant, alors qu'elle ne pensait plus trouver la force de s'opposer. Son cerveau déconnecté, c'était son corps uniquement qui réagissait à ce nouveau supplice. Le mal qui s'insinuait en elle fut encore pire que ses précédentes tortures, comme un mélange de brûlure, de coup de masse, de piqûre, de coupure, d'écrasement et de lacérations qui se fondaient en elle et atteignaient la moindre de ses racines nerveuses. Impossible d'y échapper maintenant que le kanji maudit était tracé.

La douleur était telle qu'elle hallucinait. Son corps entier semblait s'amputer. Elle avait l'impression que ses membres se détachaient de son tronc, que ses organes génitaux tombaient sur le sol ainsi que ses intestins de par ses orifices naturels. Elle avait l'impression de sentir des rats lui mordre les orteils, des cafards galoper sur sa peau et entrer dans ses oreilles, sa bouche, son vagin et son anus, la grignotant de l'intérieur. Elle vomit, évacuant un oisillon encore vivant de sa gorge qui geignait à lui en déchirer les tympans. Et puis devant elle, elle crut voir ses défunts parents qui s'approchaient, le regard haineux. Son père la saisit par la gorge pour l'étrangler et la faire lentement mourir par asphyxie, tandis que sa mère lui ouvrait le ventre pour placer dans son utérus le cadavre de son jeune frère :

« Tu n'es qu'une pourriture, tu mérites qu'on te jette, humaine. »

L'enfer autour d'elle se brisa. Elle se retrouva complètement essoufflée, dans sa demeure, son bourreau toujours devant elle, l'air ravi :

« J'espère que la transition t'a plue. Te voilà aussi insignifiante que les humains. Il n'y a pas de possibilité de te débarrasser de cette marque. Tu vivras et souffriras éternellement avec elle comme fardeau. »

Chigiru Kazama dégaina son arme afin de rompe la corde qui retenait la jeune fille pendue depuis des heures. Elle s'écroula comme une masse sur le sol, n'acquiescant pas le moindre geste pour se retenir. Les yeux vitreux, le corps entièrement paralysé, pour autant elle était encore consciente de ce qui l'entourait :

« Si tu as encore un temps soit peu d'honneur, mets un terme à ta vie, entendit-elle tandis qu'une objet métallique tombait sur le sol en bois. Allez, on se tire. »

Des bruits de pas, de l'urine en abondance qui s'écoulait sur son corps nu et dans ses cheveux, puis plus rien, juste la morsure du froid hivernal qui lacérait sa peau bleuie sans aucune cicatrice. Ne restait comme seul stigmate que cette marque sur sa poitrine, et ce traumatisme psychologique que ne disparaîtrait probablement jamais. Sen pensait qu'elle allait mourir, alors elle ferma les yeux, s'endormant mais se réveillant vite à cause du froid. Instinctivement, elle se frictionna la peau puis se mit sur un coude. Le moindre de ses mouvements réveillait une douleur à sa poitrine puis sur le reste de son corps. Cette marque encore récente scintillait.

Elle rampa jusqu'à sa chambre avant de s'enfouir sur une couverture toujours aussi nue, puis elle s'endormit pendant plusieurs jours.

Ce fut la faim qui la réveilla à nouveau. Elle avait exploré sa chambre en désordre, espérant que tout ceci n'avait été qu'un horrible cauchemar. Mais sa nudité et sa douleur à la poitrine la ramenèrent à l'atroce vérité. Elle voulut pleurer, mais elle était trop déshydratée pour ça. La faim et la soif la forcèrent à se lever. Avant tout, elle devait trouver des vêtements, mais malheureusement pour elle, ses ravisseurs ne s'étaient pas seulement contentés de lui arracher son âme. Pire, ils avaient profité de son état comateux pour saccager et piller sa demeure. L'ensemble de ses kimonos avait été brûlé. Ses réserves alimentaires, ses objets de valeurs et ses économies volés. Même ses poules qui la fournissaient en œufs avaient été tuées. Absolument tout, même son mobilier avait été ravagé à coup de katana et de révolver, les rendant invendables, tout juste utilisable. Il ne lui restait plus que le dague de son père, petit patrimoine de famille, seul objet laissé par ses agresseurs pour qu'elle puise en finir avec sa misérable vie d'humaine.

Elle jugea l'arme avant de partir dans un rire hystérique, incontrôlable. On aurait presque dit une démente :

« Imbéciles, idiots. Vous auriez dû m'achever. Maintenant je vais me venger. Je vais vous tuer, vos couper vos sexes avec cette dague, vous ouvrir le ventre et me faire une balançoire avec vos tripes. Je vous torturerai plus que je ne l'ai été. Vous allez voir, bande d'enfoirés ! »

Elle battait de l'air avec sa dague, ses gestes incoordonnés abîmant encore plus les restes du mobilier ainsi que le papier washi des shôji. Elle finit par tomber d'épuisement au sol. Sa folie passagère repartie, elle plaça l'arme tranchante sous sa gorge, prête à en finir. C'était probablement mieux ainsi. Que pourrait-elle faire seule et sans moyens ?

Son bras tremblait. Etait-ce le froid ou la peur ? Toujours est-il qu'elle finit par lâcher la dague sans même s'entailler. Même si elle avait guérit, Sen se souvenait de la douleur provoquée par chacune des coupures infligées par les deux hommes. Elle craignait de souffrir encore, et même de mourir. Ces derniers jours de sommeil, elle avait rêvé. Elle avait vu Kimigiku qui lui reprochait sa faiblesse et la faisait culpabiliser d'avoir abandonné Umeko. Etait-ce cela qu l'attendait après la mort ? Une éternité de remords ?

Au désespoir, une fine larme coula le long de la joue de la jeune fille :

« Kyo… »

Elle n'aurait pas cru penser à lui en cet instant. Elle qui était une oni, chaque fois qu'elle déprimait, elle pensait à Amagiri, celui que son cœur d'oni avait choisi pour toujours. A présent, le rouquin semblait être complètement sorti de ses pensées. Seul le souvenir du tireur, de ses vannes mesquines, de ses sourires malicieux et de ses quelques baisers furtifs parvinrent à faire renaître en elle un semblant de cohérence.

D'une main, Sen toucha entre ses jambes. Aucune sensation ne lui parvint, elle d'habitude si sensible lorsqu'elle se masturbait en pensant à Amagiri. Elle ferma les yeux, se concentra sur l'exploration de son sexe souillé, touchant chaque zone en espérant qu'une infime partie ait été épargnée :

« Kyuju » dit-elle à voix haute, mais rien ne venait.

Le souvenir du grand homme bienveillant la laissait complètement indifférente, elle pourtant folle d'amour pour lui autrefois. Ses agresseurs ne s'étaient pas contentés de réduire son esprit en lambeaux. Ils lui avaient aussi arrachée son cœur.

Son autre main se posa sur la marque qui ornait désormais son buste, puis elle descendit vers sa poitrine. Elle caressa ses seins et crut sentir un léger frisson lorsque ses doigts titillèrent ses tétons. Elle ferma à nouveau les yeux, ravala sa salive, puis ce nom sortit tout seul de ses lèvres :

« Kyo… »

Elle écarquilla les yeux de surprise. Qu'est-ce qui lui prenait ? La voilà qu'elle se touchait tout en pensant à ce laxiste de tireur. Elle fit une grimace de dégoût, mais force était de constater que le jeune homme occupait ses pensées.

Sen se releva, regarda de nouveau autour d'elle avant de retomber à genoux, son visage dans ses mains. Quand bien même il reviendrait un jour, Kyo Shiranui ne lui pardonnerait jamais d'avoir laissé Umeko se faire prendre par ces rustres. Plus rien ne serait comme avant sans Kimigiku pour la réprimander gentiment, et sans Umeko pour calmer le jeu entre Kyo et elle. Que pouvait-elle faire ? Elle n'avait même plus de quoi s'habiller.

Sen releva soudainement la tête. Elle venait de se souvenir de quelque chose. Caché au fond des placards, elle avait conservé dans une boite quelques souvenirs de sa mère, dont un kimono que l'ancienne femme de maison portait presque quotidiennement et dans lequel Sen aimait venir se nicher. Par miracle, la dite boite n'avait pas été touchée, ses agresseurs n'ayant sans doute pas cherché à fouiller plus que ça.

Tout était là, le kimono, les peignes et quelques bijoux de sa défunte mère. Enfiler le vieil habit lui fit chaud au cœur, mais elle se ravisa lorsque ses yeux se posèrent à nouveaux sur les précieux accessoires féminins. L'image de sa mère les portant apparut dans son esprit, mais elle la chassa. Elle n'avait pas le choix, elle devait se débarrasser de certains affects pour survivre, si elle voulait remonter à la surface. Elle devrait vendre tous ces effets, pour s'acheter à manger, et elle devait trouver un travail rapidement, gagner de l'argent, arranger un peu sa demeure. Mais quel genre de travail ? Elle savait tout juste cuisiner de simples plats. Le ménage n'était pas son fort non plus. Serveuse dans un salon de thé peut-être ?

Sen se regarda dans une glace. Elle était dans un état lamentable. Ses connaissances sur Kyoto ne manqueront pas de lui demander ce qu'il s'était passé. Les femmes de la ville sont toutes des commères, et Sen ne souhaitait pas que son malheur soit connu de tous. Elle devait s'aventurer là où elle n'avait jamais osé mettre les pieds. Elle avait le choix entre les quartiers mal famés où circulaient alcool et pervers en tout genre, ou bien chez les occidentaux, là où la plupart des japonais n'aimait pas se mêler.

Le choix fut vite fait. Sen se rendit dans ce quartier peu fréquenté des gens de sa patrie. Du moins de ceux qui rejetaient définitivement cette intrusion dans leur pays. Il y avait bien quelques nippons, mais tous portaient ces étranges vêtements. Elle devait être la seule en kimono, et immédiatement elle fut comme un objet de foire, admirée des hommes, commentée. Question discrétion, elle avait plutôt mal choisie sa destination. Cependant, elle n'eut aucun mal à vendre ses précieux objets à ce qui semblait être un collectionneur :

« Auriez-vous un travail pour moi ? » demanda de but en blanc la jeune fille déterminée.

L'occidental eut un air surpris avant de sembler considérer la question. Il observa Sen des pieds à a tête, l'évaluant probablement. Bien qu'elle n'aimait pas être considérée comme une mignonne poupée japonaise qu'on peut observer à sa guise, Sen se dit qu'elle n'avait pas le choix et qu'elle devait saisir cette chance d'être au centre des intérêts des occidentaux. Après tout, elle avait déjà touché le fond. Puisque tous semblaient s'intéresser à elle, autant qu'elle tire profit de cette situation :

« Ca dépend de ce que vous êtes prête à donner » répondit l'homme à lunettes.

Sen lutta contre le dégoût qui s'emparait d'elle avant de se reprendre. Non, il n'avait rien dit de suspicieux ou de pervers. Elle ravala sa salive, pensa à Umeko et se dit qu'elle pourrait tout donner pour gagner de l'argent et l'aider à s'en sortir. Si elle vivrait, ce n'était que pour ça :

« Ce que je suis prête à donner, vous dites ? »

Subitement et à la grande surprise de son interlocuteur, Sen défit le nœud de son obi avant d'écarter son kimono, se montrant complètement nue. Elle ne portait même pas de sous-vêtements puisqu'elle n'avait pas encore pris temps d'en acheter de nouveaux.

L'occidental resta coi avant de se reprendre. Il se racla la gorge, observant encore avec une certaine appétit le corps de femme devant lui, la dite femme se sentant bien malgré elle gênée :

« Vous êtes splendide, et vous avez de l'audace. C'est bien rare chez les japonaises. J'ai entendu dire que les prostituées vivaient toutes dans un lieu appelé Shimabara…

- Je ne suis pas l'une de ces catins, le coupa Sen qui devait se défendre si elle voulait conserver l'estime de cet homme. Je me retrouve seule sans argent. Je suis prête à tout pour en gagner. Faites de moi votre bonne ou votre maîtresse, même votre poupée. J'ai juste besoin d'argent de toute urgence.

- Je vois, je comprends. »

C'est ainsi que commença la vie de la jeune fille dans cet enfer. Chaque ryo gagné à jouer les poupées dociles que les occidentaux aimaient montrer, les bonnes, les modèles nus ou pas pour les artistes. Elle alla même jusqu'à vendre son corps, car cela rapportait plus.

Chaque pièce d'or servait à acheter de nouveaux accessoires pour plaire à ces hommes venus d'ailleurs, et donc s'en faire encore plus d'argent. Sen était comme un emblème dans ce quartier, l'image d'une petite japonaise aux coutumes traditionnelles, mais un brin exotique.

Malgré la honte que lui suscitait ce travail, elle n'en n'était pas totalement insatisfaite. Les occidentaux s'avéraient polis et généreux. Rapidement, elle put se procurer un bon pécule mais qui malheureusement s'envola dans des frais médicaux. Au mois de mars, elle dut suspendre ses activités pendant plusieurs jours, prise d'un soudain accès de fièvre et de douleurs abdominales. Le médecin qui l'avait pris en charge lui annonça le diagnostic qu'elle jugea presque comme une bénédiction malgré son état : Sen avait fait une fausse couche, l'enfant qu'elle portait étant probablement issu des deux ordures qui l'avaient violée.

A l'arrivée du printemps, elle put enfin enterrer auprès des siens le corps de Kimigiku qu'elle avait laissé dans un coin de l'ancien abri de ses poules, enveloppé dans un drap propre. La terre qui se réchauffait lui permit de creuser un trou suffisamment profond. Sen n'eut pas la force de regarder une dernière fois le cadavre de sa dévouée shinobi. Elle toucha la tête au travers du tissu avant de recouvrir l'intégralité de son corps de terre et apposer une nouvelle pierre en mémoire à son amie disparue. Restait Umeko dont elle devait s'occuper maintenant. Sen avait pensé économiser beaucoup d'argent pour s'acheter une arme, pourquoi pas engager un tueur à gage, ou bien prendre des cours pour apprendre à tirer. N'importe quoi qui pourrait mettre les chances de son côté. N'importe quoi qui pourrait la motiver, même si son engagement comprenait de très nombreux risques.

Chaque ryo était un don. Sen mangeait peu pour se permettre d'arriver plus vite à son objectif. Un jour, elle proposa même une invitation chez elle afin que ses clients profitent d'un cadre typique nippon. Cette proposition plut énormément à ses clients.

Sa chambre était la pièce où elle recevait, également la seule qu'elle s'était permise d'arranger. Ses rendez-vous s'accumulèrent, et ce n'est qu'une fois qu'elle sentit le poids de cet homme au crâne dégarni sur elle, sur ce futon, que la culpabilité s'empara d'elle. Tandis qu'il la pénétrait, une larme coula sur sa joue. Elle regrettait de s'adonner à de telles activités dans cette chambre, ce lieu où Kyo l'avait embrassée en lui avouant son amour pour elle :

« Kyo… » Avait-elle pensé, rongée par les remords.

La roue des enfers était en marche, elle ne pouvait plus l'arrêter maintenant.

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« Kyo » gémit Sen tout en laissant rouler une larme de ses paupières closes jusque sur le sillon de sa joue poudrée.

L'appelé posa l'une de ses mains sur ses cheveux coupés courts, au fond ému par le ton employé par la femme qu'il aimait. Jamais de son conscient, Sen ne prononcerait son nom de cette manière. Condamnée à aimer Amagiri, le tireur savait que ses sentiments pour elle ne seraient jamais complètement partagés. Au moins parviendrait-il peut-être à se faire accepter sous son toit. En revanche, il doutait fort qu'après ce traumatisme, Sen l'accepte en tant qu'époux. Elle devait probablement être écœurée des hommes.

Shiranui grinça des dents tandis que son regard se posa à nouveau sur la chambre et sur les boîtes de maquillage déposés sur la coiffeuse. Il ne pouvait accepter si facilement que d'autres hommes se soit appropriés sa dulcinée. Sen avait été possédée mainte et mainte fois dans cette maison. Une chance qu'elle ne soit pas tombée enceinte… Quoique, il ne savait pas :

« Sen, par mon honneur, je jure que tu n'auras plus jamais à subir cela. Je suis prêt à renoncer à toi. Je t'aime bien trop pour te faire souffrir… Pff, c'est que je commence à devenir fleur bleue moi. Ca ne va pas du tout ça. »

Il élaborait des plans dans sa tête. En priorité, il devait libérer sa jeune sœur, mais pas question de laisser Sen seule dans cet endroit délabré, probablement la cible de pervers. Et il devait s'entraîner, gagner en force et rapidité, économiser de l'argent pour pallier aux besoins de Sen et s'acheter une nouvelle arme plus performante. Tout cela en très peu de temps. Il devait passer à l'action avant la fin de l'été. Plus le temps passait et plus Umeko restait la victime de ces vermines :

« Ca me fait mal de penser à ça, mais je ne pourrais pas le faire seul. Prendre d'assaut la demeure du clan Kazama, c'est comme se reconvertir en kamikaze. Mettons ma fierté de côté, il en va de la sécurité d'Umeko. Je devrais peut-être essayer de contacter les autres cons d'homo. Ouais, je ne suis pas sûr que le gamin veuille faire de nouveau face à son paternel. Okita ? Non, c'est un boulet celui-là, et si ça se trouve il est déjà mort. Putain, pourquoi t'es mort Harada, j'ai besoin de toi là ! Comment tu m'as dit qu'il s'appelait ton pote déjà ? »

Un bruit venant de l'extérieur le sortit de ses projets. Persuadé qu'il y avait quelqu'un, Kyo chargea son arme et se posta derrière une cloison d'où il pouvait apercevoir l'allée. Un homme d'âge mûr, environ la cinquantaine, approchait. Il portait une moustache, un accoutrement occidental, il semblait seul et non armé. Son visage jovial laissait fort à deviner qu'il était sur le point de passer un agréable moment. Le tireur grinça à nouveau des dents, serait-ce là l'un des clients de Sen ?

Shiranui se posta sur l'engawa, sa présence stoppant net la marche de l'inconnu qui haussa un sourcil et s'exprima dans un japonais relativement mauvais, avec un fort accent étranger :

« Vous êtes aussi là pour Asuka ? Je regrette, mais c'est mon tour, dit-il en sortant une montre à gousset de sa poche. Je suis un homme très occupé et…

- Dégagez ! »

Le ton de Shiranui était sans appel. Les manières de cet homme l'horripilaient :

« Je vous demande pardon ?

- Dégagez avant que je ne m'énerve, l'avertit une fois de plus le tireur.

- Pensez-vous que de simples menaces vont me faire renoncer à ma distraction favorite ? »

C'en était trop pour Kyo qui n'osait imaginer cet étranger prendre son pied avec sa Sen. Il s'apprêtait à le rejoindre pour lui flanquer une sacrée correction et le tirer de force vers la sortie mais il fut arrêté dans son élan par une voix ensommeillée derrière lui :

« Qui est là ? demanda Sen d'une petite voix, son gracieux kimono froissé et tout juste arrangé.

- Personne, je m'en occupe. Retourne dans ta chambre, lui ordonna le tireur.

- Asuka, m'auriez-vous oublié, très chère ?

- Michel-san… »

Réalisant soudain qui l'identité de son nouveau visiteur, Sen se raidit, s'apprêtant à arranger sa tenue mais elle fut interrompue par un bruit métallique peu rassurant. Elle comme l'occidental firent un mouvement de recul. Shiranui venait de dégainer son arme et le pointait maintenant droit sur le front du client :

« Dégagez j'ai dit, décréta Kyo, ou je vous trou le crâne.

- Kyo ! s'indigna la jeune fille qui, même si elle n'aimait pas ce travail, n'avait pas de rancune particulièrement envers les occidentaux qui l'avaient un peu aidée à se relever.

- Pas de bêtises mon garçon, pactisa l'homme chauve quelque peu démuni face au révolver. Cette arme n'est pas chargée, n'est-ce pas ? »

Pour tout réponse, Kyo tira en l'air. Le bruit assourdissant fit crier Sen de surprise et tomber l'occidental fesses au sol. Son corps maigre et peu flatteur tremblait de toute part. Le tireur retint un rictus de dégoût à l'idée que sa bien-aimée avait pu être touchée et prise par cet homme laid. Il passa son bras libre au travers des épaules de la jeune fille qui n'osait plus rien dire et ordonna une fois de plus :

« Dégagez, et ne revenez plus jamais ici. Ni toi, ni tes autres copains occidentaux. Je te laisse le soin de décommander tous ses rendez-vous. Se… Asuka reste avec moi maintenant. Je vais m'occuper d'elle. Allez, file ! »

Le vieil ne se fit pas prier d'avantage et détala comme un lapin non sans pousser un petit cri peu viril.

Quand il disparu de l'allée, Kyo s'attendait à recevoir tous les reproches du monde. Il s'en réjouissait presque d'avance, prêt à encaisser les mignons petits coups de sa bien-aimée sur son épaule avec ses insultes rigolotes, la Sen qu'il connaissait quoi. Mais, à son grand étonnement et pour son plus grand plaisir, la jeune fille se serra plus contre lui, posant sa tête sur son épaule et lui chuchota simplement :

« Merci »

Par ce geste, il venait de mettre un terme à ces semaines de souffrance. La roue tournait de nouveau.