Déclaration : Les personnages ne m'appartiennent pas, je ne fais que les emprunter. Merci à Russel T Davies et à la BBC de les avoir créés.

Bêta : Réa S, tout aussi précieuse ^^

MADE BY TORCHWOOD


Chapitre 53 : Une arrivée impromptue, partie 1


La nuit d'Elisha avait été probablement agitée car nous trouvâmes nombre de mugs éparpillés un peu partout dans le salon à notre réveil. Ianto ne dit rien, il en ramassa quelques-uns avant de rejoindre la cuisine et je l'imitais. J'avais hâte d'avoir mon café, j'avais même feignanté au lit dans l'unique but de partir avec ce goût divin en bouche, à défaut d'un autre que je n'avais pas obtenu … Ianto avait décrété que cela nous mettrait en retard, sur ce j'avais rétorqué que cela irait vite, ce qui ne lui avait pas plu, même peut-être un peu vexé ... Il objecta que son patron était tatillon sur les horaires, patron qui était dans la pièce mais qui n'avait apparemment pas son mot à dire.

Nous allions partir quand Elisha débarqua dans le salon. Les yeux bouffis, les cheveux emmêlés, elle avait apparemment fait un énorme effort pour nous intercepter avant notre départ.
- Je voudrais venir avec vous. Travailler pour Torchwood.
Aussi directe que Ianto l'avait été dans sa chambre de Torchwood Londres. C'était drôle car ma réponse allait être la même. Je vis Ianto entrouvrir la bouche sous l'effet de la surprise puis se tourner vers moi en fronçant les sourcils. A en croire son attitude, son amie venait de brûler quelques étapes. Je cherchais à me remémorer la manière dont je lui avais répondu ce jour-là.
- C'est non Elisha. Cardiff est une petite ville, nous sommes au complet.
Je vis Ianto réagir, il avait reconnu les mots évidemment. J'espérais qu'il comprenait le message sous-jacent.
- Mais ... reprit-elle alors que la déception se peignait sur son visage.
- On se voit ce soir, Elisha, la coupa Ianto en lui faisant un signe apaisant.
J'enfilais mon lourd manteau avec son aide sous le regard triste d'Elisha qui s'était littéralement affaissée sur le canapé.

Pendant notre trajet silencieux vers le Hub, je reçus un appel de Tosh qui était déjà à son poste.
- Jack, entendis-je alors que Ianto enclenchait le haut-parleur de mon téléphone portable, des weevils dans un hangar à l'est de votre point. Owen est déjà parti.
- Je le rejoins, répondis-je en coupant la ligne.
- Nous le rejoignons, rectifia Ianto en plantant son regard dans le mien, un sourcil inquisiteur levé.
J'arrêtais brutalement le SUV au frein à main devant un arrêt de bus.
- Tu descends tout de suite Ianto, ordonnais-je.
- Mais … tenta-t-il, incrédule.
- Tu vas au Hub, je vais chasser le weevil, tout de suite !
Il s'exécuta et je redémarrais en faisant crisser les pneus.

Tosh m'avait envoyé les coordonnées du hangar sur le GPS du SUV et en quelques minutes je rejoignis Owen qui m'attendait.
- T'en a mis du temps, Harkness.
- Comment va ton bras ? m'inquiétais-je tandis que je prenais armes et sprays dans le coffre de la voiture.
- Mieux, ce genre de blessure vous fait souffrir toute une vie si elle est mal soignée. J'ai pris le temps qu'il fallait. J'arriverai à te couvrir si c'est cela qui t'inquiète, ajouta-t-il en me jetant un regard de biais.
- Un peu oui, dis-je en souriant, tâche de lui présenter l'autre épaule cette fois.
- Bien sûr, fit Owen en se forçant à rire. Je ne compte pas l'approcher d'aussi près.
Je lui tendis une oreillette tandis que je plaçais la mienne.
- Tosh, nous sommes prêts, tu nous guides ?
- Jack, je n'ai que deux signaux, où est Ianto ?
- Je l'ai débarqué en route. Où va-t-on ?
- Sur votre gauche, à environ 100 mètres, vous devriez les voir. Le pic était important, je pense qu'il y en a plusieurs. Soyez prudents.

Aussi silencieusement que possible, nous nous approchâmes du point d'activation. Trois spécimens, fraîchement débarqués, se délectaient du contenu de plusieurs poubelles qu'ils avaient éventrées. L'endroit était désert, fort heureusement.
- Fantastique, murmura Owen, comme s'ils ne puaient pas assez naturellement, il faut qu'ils se roulent dans les poubelles ...
- Au contraire c'est une chance, cette poubelle nous évite de les chercher parmi tous ces hangars. Je vais de l'autre côté, on va les surprendre à mon signal.
Owen acquiesça. Je le laissais pour contourner le bâtiment et ensemble nous les interceptâmes. Owen les empêcha de fuir tandis que je m'occupais du corps à corps. Quoiqu'en dise Owen, je voulais ménager son épaule et éviter toute nouvelle blessure. Le plus difficile fut finalement de transporter les corps des bestiaux endormis jusqu'au SUV. Nous l'avions approché au plus près mais il fallait malgré tout parcourir quelques mètres qui nous parurent bien longs.
- Ils pèsent des tonnes ! se plaignit Owen.
- Ce sont des mâles, de beaux spécimens, répondis-je en souriant.
- Oui, j'avais remarqué ! Ce sont des mutants, ajouta-t-il plus sérieusement.
Je ne fis aucun commentaire. Les égouts étaient à peu près débarrassés de leurs occupants weevils mais si la faille continuait à en rejeter autant que par le passé, nous allions avoir du mal à lutter contre une nouvelle colonisation.

Ceux-là ne verraient pas grand-chose de la nouvelle planète sur laquelle ils venaient d'atterrir. Les poubelles de Cardiff, même pas le coffre de notre voiture dans lequel ils avaient voyagés inconscients et finalement une cellule crasseuse de Torchwood. Leur destination finale devrait néanmoins les satisfaire, en tout cas c'était ce que semblaient indiquer les premiers messages que j'avais reçus de l'île où ils étaient reclus, loin de toute civilisation. Ianto devrait faire le nécessaire pour qu'ils y soient acheminés, si seulement je l'avais vu j'aurais pu lui demander directement. Mais ce goujat avait laissé Tosh nous accueillir et nous aider à les transporter vers les cellules, avec malgré tout un charriot plus que bienvenu. J'avais suivi mes deux agents vers les étages supérieurs du Hub pour constater que Ianto n'y étais pas non plus. Tosh s'était réinstallée à son poste et Owen avait rejoint son labo, pour ma part je fis un tour à la cuisine en espérant y trouver de quoi me restaurer. Celle-ci était immaculée mais désespérément vide, le frigo contenait bien quelques yaourts mais sans aucune date de péremption, j'hésitais.
- Tosh ? criais-je.
Aucune réponse. Je manquais de considération dans ce lieu où j'étais censé régner.
- Pourquoi tu cries Jack ? demanda-t-elle en me rejoignant.
- Que penses-tu de ces yaourts ?
- C'est pour ça que tu me déranges ? !
Je posais mes mains sur mes hanches, et alors, pensais-je, je ne pouvais pas avoir des préoccupations bassement matérielles ?
- Moi, je n'y toucherais pas, me conseilla-t-elle. Demande donc à Ianto, c'est son domaine, fit-elle en repartant aussi sec.
C'était donc les mains vides que je me dirigeais vers le labo m'enquérir des résultats des tests pratiqués sur les weevils. En traversant la pièce principale, silencieuse, je levais les yeux pour capter le vol de Myfanwy. J'étais heureux de retrouver le Hub.

- Les premiers tests confirment la présence des deux espèces et pour le moment je n'ai détecté aucun virus ou bactérie. Mais je viens juste de commencer, je vais continuer aujourd'hui.
- Bonne nouvelle, fais un court rapport pour l'Unit tout de suite. Tu enverras le reste quand tu auras terminé.
- Je voudrais faire passer à Tosh quelques tests.
- Pour quelle raison ? m'enquis-je.
- Elle dort mal la nuit, se réveille tôt, s'endort dès la nuit tombée … Je pense que c'est lié au temps passé dans cette boucle temporelle.
Il semblait soucieux, il avait baissé le ton pour qu'elle ne nous entende pas. Il était à l'hôpital, j'étais à la base de l'Unit et Tosh avait fait face seule. Il devait culpabiliser de ne pas avoir été là pour la protéger.
- Cela a dû chambouler son horloge interne, dis-je pour le rassurer. Il est probable qu'il lui faille du temps pour que tout rentre dans l'ordre. Tu me donneras les résultats dès que tu les auras ?
- Bien sûr, dit-il en faisant claquer ses gants de latex avant de se replonger dans ses analyses.

Je le laissais pour rejoindre Tosh, cette fois je fis un peu plus attention, elle avait effectivement les traits tirés. Elle m'indiqua qu'aucune activité de la faille n'était prévue pour la journée, ce qui était une bonne nouvelle compte tenu de son état et des tests qu'Owen devait mener. Je me dirigeais enfin vers les archives. J'étais certain d'y trouver Ianto puisqu'il n'était nulle part ailleurs.

Pour y être, il y était. Je le découvrais en pleine action. La pièce, où seul Ianto et moi-même pouvions pénétrer, s'était métamorphosée en une jungle faite de dossiers, cartons, fiches, papiers … il n'y avait pas un endroit qui ne soit recouvert d'une feuille de ces précieux vestiges de l'ancien temps. Je me tenais à l'entrée de la pièce, je me demandais si ces papiers éparpillés n'étaient pas là pour m'empêcher justement d'entrer ... Je tentais de visualiser un parcours pour rejoindre mon gallois qui se trouvait au fond de la pièce sans rien endommager mais, il n'y en avait pas. Ianto ne pouvait pas ignorer ma présence, j'avais bien pris soin de faire résonner mes pas dans le couloir. Pourtant, il continuait son classement comme si je n'étais pas là. Mais je décelais dans ses gestes brusques la tension qui l'habitait, il n'avait apparemment pas apprécié sa balade à pied. Je m'appuyais contre le chambranle de la porte, amusé par le spectacle, quand mon téléphone sonna.

Ma fille. Il devait y avoir un souci pour qu'elle prenne la peine de décrocher son téléphone et d'appeler son cher père.
- Alice ? fis-je en me tournant vers le couloir du Hub.
- Papa.
Toujours ce ton glacial qu'elle utilisait pour m'accueillir.
- Comment vas-tu ? Comment va Steven ?
- Ne joue pas l'inquiet, cela te va mal. J'ai un problème.
Son ton était exaspéré, il lui en coûtait de me demander de l'aide. C'était d'ailleurs extrêmement rare, elle était bien la fille de son père, indépendante.
- Une fuite d'eau pour tout te dire, reprit-elle. C'est dimanche, et …
- Les fuites d'eau sont ma spécialité, j'arrive, la coupais-je mettant fin à son appel à l'aide si douloureux à prononcer.
- Bien
Elle ne semblait pas ravie contrairement à moi. Ça ne me dérangeait pas qu'elle m'appelle ainsi, je lui avais dit qu'elle pouvait le faire et elle m'avait tout aussi clairement fais savoir qu'elle ne voulait pas de moi dans sa famille. Entre nous deux il n'y avait plus grand-chose mais il nous restait au moins la franchise. Elle m'avait avoué que je lui faisais peur. Si Ianto voyait en moi un héros, et je savais que c'était le cas quoiqu'il en dise, ma propre fille ne voyait qu'un monstre, une aberration qui la renvoyait sans cesse à sa propre mort … qui avait raison ?

Je n'avais pas bougé de l'endroit où je me trouvais, mais au moins ma conversation en avait captivé un, Ianto. Il avait fait volte-face et me fixait, droit dans les yeux. Un air de défi, auquel je répondis par un sourire carnassier. Il ne pouvait pas me résister, il était intrigué par ma conversation, intéressé bien malgré lui.
- On décolle Ianto.
- Est-ce que cette fois tu me conduiras jusqu'à notre destination ou bien comptes-tu m'abandonner en plein chemin ? demanda-t-il alors que je repartais déjà vers l'étage supérieur.
- Tout de suite les grands mots ! Tu ne fais pas assez de sport Ianto, lançais-je en quittant définitivement l'étage à grands pas, ne laissant aucune chance à sa réponse qui se perdit dans les couloirs du Hub.
Il me rejoignit quelques minutes après, toujours l'air un peu maussade et silencieux.

- Puis-je connaître notre destination ? demanda-t-il avec un air pincé qui me fait rire.
- On va voir ma fille. Fuite d'eau, expliquais-je en bouclant ma ceinture.
- Oh, et tu t'y connais en plomberie ? fit-il sceptique.
- Tu seras étonné, Ianto Jones.
- Plus rien ne m'étonne, marmonna-t-il en bouclant la sienne.

- Tu sais que nous sommes dimanche ? m'enquérais-je au bout de quelques minutes.
Mes agents travaillaient sept jours sur sept et il m'arrivait parfois de ne plus connaître la date du jour, ni même savoir quel jour nous étions. Mais je m'étonnais quand même qu'aucun d'eux ne me demande un jour de repos, il fallait que j'y sois attentif, que je les force de temps en temps à prendre du temps en dehors de Torchwood.
- Oui, répondit Ianto en souriant comprenant que moi je n'en savais rien. Est-ce que tu peux t'arrêter ? Là ! m'indiqua-t-il du bout de l'index.
Je m'exécutais en fronçant les sourcils.
- Jack, non seulement nous sommes dimanche, mais c'est bientôt l'heure du déjeuner.
Ah, c'était donc cela la faim qui me taraudait. Je fis comme si c'était une évidence, tandis qu'il sortait du SUV que j'avais fort mal garé devant quelques commerces.
- Je n'en ai pas pour longtemps, lança-t-il avant de partir au pas de course.
Il lui fallut tout de même vingt bonnes minutes pour revenir avec ses achats. Je ne savais pas trop comment Alice allait réagir, non seulement je ne lui avais pas annoncé la présence de Ianto mais en plus il arrivait avec de quoi préparer un repas … cela n'allait pas lui plaire. Je n'avais pas pour habitude de ménager les personnes qui m'étaient proches ... C'était vrai avec ma fille, c'était vrai avec Ianto. Je décidais donc de ne rien dire, Ianto ne m'avait pas demandé d'ailleurs la permission, il connaissait pourtant la nature de mes relations avec ma fille.
Nous allions bien voir.

Alice nous ouvrit rapidement, elle m'attendait. Elle fut surprise bien entendu de me découvrir accompagné, elle interrompit son geste, laissant la porte tout juste entrouverte.
- Je te présente Ianto Jones, mon compagnon.
A ces mots, j'en eu deux qui froncèrent les sourcils, allez comprendre.
- Bonjour Madame, fit Ianto en lui tendant sa main.
Main que ma fille ignora en continuant à fuir Ianto des yeux. Celui-ci se ravisa rapidement en baissant sa main.
- Salut Tonton ! cria Steven en forçant le passage.
Ce bonhomme était extraordinaire, il dépassa sa mère qui leva les yeux au ciel et se jeta dans mes bras comme il avait l'habitude de le faire. Il était très affectueux malgré le peu de temps que nous passions ensemble.
- Steven, attends ton oncle dans ta chambre, demanda Alice fermement.
- Vas-y Steven, lui dis-je doucement en le déposant au sol, j'arrive.
- Tiens Steven avant de partir, commença Ianto en fouillant dans un des sacs, je t'ai acheté ça.
Il sortit un paquet de cartes que je ne connaissais pas, l'inverse aurait été étonnant.
- Est-ce que tu en fais la collection ? interrogea Ianto en se baissant à son niveau, moi quand j'étais petit, je le faisais.
- Bien sûr ! s'exclama Steven les yeux brillants en trépignant sur place d'excitation.
Il regarda Ianto un peu étonné mais avec un immense sourire aux lèvres, le cadeau le comblait apparemment.
- Ianto est un ami à moi, expliquais-je.
- Merci ! Pourquoi le paquet est ouvert ? demanda-t-il.
Sa mère ne disait rien, je me dis que c'était plutôt bon signe.
- J'ai vérifié qu'il y avait de bonnes cartes, sinon j'en aurais acheté un autre. Je pense que tu seras content, j'ai eu de la chance, expliqua Ianto tout aussi heureux que le gosse.
- Steven, tu vas dans ta chambre regarder cela ?
- Oui maman ! fit Steven avant de repartir dans l'appartement en courant découvrir le trésor.
- Jack, je ne veux pas de lui chez moi.
- Je t'attends dans la voiture, me dit Ianto doucement en posant sa main sur mon bras, enchanté d'avoir fait votre connaissance.
- Non, ordonnais-je à Ianto.
Il se figea. Elle avait un choix à faire, c'était la première fois que je lui amenais quelqu'un. Nous pouvions former une famille si seulement elle voulait bien me donner une chance.
- C'est important Alice, ajoutais-je.
J'étais vraiment contrarié par sa réaction, impolie mais pas seulement … cruelle, une fois de plus.

- Entrez, fit-elle résignée en ouvrant grand sa porte.
Enfin. L'appartement avait bien changé depuis ma dernière visite, il était meublé avec goût mais il restait inadéquat à mes yeux. Trop petit, sans un jardin où Steven pourrait jouer, non vraiment pas assez bien pour eux deux.
- Est-ce que je peux aller à la cuisine Madame ? osa demander Ianto toujours ses sacs en main.
- Oui, répondit-elle, c'est par là, fit-elle en désignant une porte qui donnait sur le salon. Et appelle-moi Alice.
- D'accord, répondit Ianto avec un sourire timide.
Il partit préparer je ne sais quoi à manger qui allait me combler j'en étais certain. Cela me motivait drôlement … Il n'y avait pas à dire, je mangeais bien mieux depuis qu'il était là. Mais il n'y avait pas que cela, la perspective de partager un repas avec ces trois personnes chères à mon cœur me comblait.
- Alors cette fuite ? demandais-je en enlevant mon lourd manteau.
- Oh, souffla-t-elle, ça a commencé dès le premier jour. Joe est passé mais il n'a pas réussi à régler le problème, la plomberie et lui ça fait deux.
- Au moins Steven aura vu son père, fis-je remarquer.
- Ils ont l'intention de partir en Italie, lâcha-t-elle amère. Ça se passe dans la salle de bain.
Celle-ci était en piteux état du fait de la vétusté de l'installation. Pour bien faire, il faudrait tout changer. Alice le savait mais le propriétaire ne voulait pas en entendre parler. Je travaillais près d'une heure avec Alice comme assistante, une assistante qui répondit tout juste à mes tentatives de discussion si bien que je réparais dans un silence seulement entrecoupé des éclats de rire de Steven. Je ne savais pas ce qu'il faisait avec Ianto mais cela les fit beaucoup rire. J'avais quasiment fini quand nous eûmes la visite du bonhomme en question.
- Alors tonton, c'est bientôt fini ? C'est que j'ai faim moi !
Je vis Ianto passer également la tête par la porte, curieux probablement.
- Yeah, encore quelques tours à donner et nous aurons fini avec ta maman.
- Viens Steven, lui dit Ianto en lui tendant la main, tu vas m'aider à mettre la table.
Sa mère se tourna en entendant cela, elle semblait douter que Steven puisse l'aider.

Mais quand nous les rejoignîmes, la table était effectivement mise et la pièce saturée par la bonne odeur d'un rôti. Alice était contente et surprise, cela se voyait.
- Est-ce toi qui a mis la table Steven ? demanda-t-elle gentiment suspicieuse.
- Oui, j'ai même gagné une pièce, fit-il très satisfait en prenant un siège à sa place habituelle.
- Désolé, murmura Ianto.
- Pas grave, j'use moi aussi de temps en temps de ce stratagème, dit-elle.
Un dimanche en famille, si commun pour tant d'autres et si exceptionnel pour Ianto et moi. Un regard extérieur n'aurait pas décelé la tension qui existait entre moi et ma fille car le repas fut détendu, autant que cela était possible. Avant de partir, je glissais à Alice qu'il lui fallait chercher une maison et que je lui faisais un virement dès le lendemain. Elle ne dit rien, ce que je pris pour un oui.

Le baiser est la plus belle façon de se taire en disant tout disait Maupassant, j'avais fait mienne cette belle pensée. Je ne laissais pas le temps à Ianto de s'installer dans la voiture que mes grandes mains entouraient son visage, je l'attirais vers moi pour coller mes lèvres aux siennes. C'était chaud, c'était bon, si bon … ce simple contact entre nos deux points réveillait en moi un autre appétit féroce. Il prenait naissance au creux de mes reins, se diffusait en moi, grandissait alors que nous ouvrions à l'unisson nos bouches. Ianto était si doux, toujours attentif à moi, il me suivait, jouait avec moi si facilement. C'était divinement bon et de plus en plus érotique. Mon téléphone nous fit redescendre du nuage où nous nous étions envolés, c'était souvent ainsi, bien trop souvent.
- Tosh, mais qu'est-ce qu'il y a ? répondis-je en tentant de masquer ma frustration du mieux que je pouvais.
Je vis Ianto sourire en coin tout en s'essuyant les lèvres rougies par le baiser.
- Jack, je pense que tu serais intéressé de savoir que ta main dans le bocal vient de s'illuminer et frétille bizarrement …
- Merde ! lâchais-je avant de mettre le contact et démarrer en trombe.
- J'ai localisé le signal et cela vient de la place …
- Qu'est-ce qui se passe ? me demanda Ianto complètement paniqué.
Moi-même je l'étais et je ne pouvais rien faire pour me contrôler, Ianto recevait de plein fouet les sentiments fous qui venaient de m'envahir. Cent ans que j'attendais ce moment. Cent ans.
- Le Docteur, il est là, dis-je les dents serrées.

Je conduisais vite, très vite dans les rues de Cardiff. Ianto se cramponnait tandis que tous mes sens étaient en éveil pour arriver le plus vite possible tout en évitant de percuter les véhicules et personnes qui ne manquèrent pas de se mettre en travers de mon chemin. Les voitures étaient interdites sur la place du Millenium Center mais j'avais les télécommandes nécessaires pour y accéder. Malgré les cris de Ianto, je fonçais à vive allure vers les dernières bornes qui s'abaissaient et qui allaient me permettre d'accéder à la place. Je voyais la cabine bleue du Docteur ! Il était toujours là. Bon dieu, Ianto hurlait comme un fou à côté de moi.

Foutues bornes, elles descendent beaucoup trop lentement, elles ne seraient pas abaissées à temps, c'était ce que Ianto devait me dire mais je n'entendais plus rien. Je voyais juste la cabine et mes oreilles bourdonnaient, je sentais mes tempes battre sous l'affut de sang. J'allais rester coincé sur cette fichue borne et il y avait du monde sur la place … je pris ma décision, j'arrêtais la voiture au frein à main, je bondis hors du véhicule pour courir comme si ma vie en dépendait, vers cette vieille cabine de police bleue chère à mon cœur. En fait si, ma vie en dépendait.

- Jack ! cria Ianto derrière moi.
Il me suivait mais pouvait-il seulement comprendre, je ne devais pas m'arrêter, il allait bientôt partir …
- Jack ! Arrête-toi ! Le Tardis ne veut pas de toi, arrête !
Impossible … pensais-je.
- C'est comme pour le coffre, fais-moi confiance !
Son hurlement était déchirant, que se passait-il ? Etait-ce possible qu'il soit à nouveau en contact avec la machine …
Je tournais la tête en ralentissant mon allure et je le vis. Il s'était arrêté, tombé à genoux, reprenant difficilement son souffle, en pleurs, désespéré … mon cœur était partagé entre ces deux êtres quand j'entendis. Le bruit du Tardis si caractéristique. Il repartait ! Sans moi. Ianto pouvait-il avoir raison ? Je m'arrêtais de courir en proie au désarroi le plus grand.

- Jack, viens ! me supplia-t-il en me tendant la main. Fais-moi confiance, je sais que tu veux le voir, je comprends. Viens et tu le verras. Sinon, il partira !
Je fis un énorme effort pour tourner le dos à la boîte bleue, celle qui hantait mes rêves depuis des décennies puis pour marcher vers Ianto. Comme un automate, je le choisissais lui mais une immense tristesse ralentissait mes pas. Il se releva, vint vers moi et me prit dans ses bras. Les miens étaient ballants, je ne pouvais pas le serrer comme lui le faisait. Je souffrais, je souffrais terriblement.
- Je l'entends, murmura-t-il à mon oreille, il me parle dans ma tête. Il ne veut pas de toi mais je suis en train de le convaincre. Le Docteur est furieux à l'intérieur …
- Comment le sais-tu ? réussis-je à articuler encore abasourdi.
- Le Tardis me le dit, me souffla-t-il à l'oreille, le Docteur lui a donné de nouvelles coordonnées mais … je lui ai demandé de rester avec moi. Avec nous …
- Et alors ? le coupais-je trop impatient et inquiet de savoir.
- Il écoute …
Après quelques douloureuses minutes d'attente, où Ianto avait fermé ses yeux et où moi je me liquéfiais sur place, j'entendis à nouveau le bruit du Tardis qui décolle. Il disparut sous nos yeux …
- Il est au Hub Jack, je lui ai montré cet endroit, demandé d'y aller … Rejoignons-les ! me dit-il en souriant.
Je le suivais sans rien dire, je réalisais à peine ce que je venais de faire … j'avais dû mal à y croire. Mon portable vibrait dans ma poche mais je n'en avais que faire. Ianto en revanche vint le chercher.
- Tosh vient de me confirmer que le Tardis est en plein milieu du Hub, déclara-t-il en raccrochant.
J'avais une seconde chance de le voir, je ne pus retenir un sourire qui s'échappa, immense et trouva un écho sur le visage de Ianto.

Nous courûmes tous les deux vers les quais, j'eus même la présence d'esprit de verrouiller le SUV en passant devant. Le cliquetis de l'eau, le bureau de l'office de tourisme, le long couloir qui mène à notre base souterraine, l'ouverture de la lourde porte … tout cela passa en un instant, l'excitation de le retrouver revenait, intacte. Le Tardis trônait au centre du Hub ! Il était là, chez moi … de tous les objets entreposés ou qui avaient été de passage dans ce lieu, le Tardis en était le joyau. Jamais je n'aurais imaginé cela possible, même dans mes rêves les plus fous …

Je m'approchais, tout comme Ianto et nous fûmes rejoints par Tosh et Owen. Ce dernier avait une arme en main, je lui intimais l'ordre de la poser. Nous étions tous les quatre devant la porte, hypnotisés par cet objet rare et unique dans l'univers. Moi, j'attendais que le Docteur se décide enfin à se montrer. Quand la porte s'ouvrit mon cœur s'accéléra, nous y étions, enfin.

Le Docteur sortit du Tardis, accompagné d'une jeune femme, tous deux l'air circonspects, il me regarda les sourcils froncés, je ne le reconnus pas. Il s'était régénéré, une nouvelle forme en tous points nouvelle. Il ne s'attarda pas sur moi, son regard se posa sur Ianto. Moi, en revanche je le dévorais des yeux. Beaucoup plus mince que la forme que je connaissais mais pas moins charmant. Fini le blouson de cuir, il portait un costume marron à fines rayures et des baskets … beaucoup plus attaché à son apparence, me sembla-t-il. Et, oh, beaucoup, beaucoup plus de cheveux. Il était tout à fait à mon goût mais, le contraire aurait été étonnant.

Les écarquilla les yeux, puis se prit la tête entre les mains en hurlant, tandis que Ianto s'effondrait tel un pantin. J'eus assez de reflexes pour le soutenir avant que sa tête n'heurte lourdement le sol. Cette rencontre tournait mal sans que je sache pourquoi, je me penchais vers Ianto en regardant le Docteur qui avait cessé de crier, cette fois c'était moi qui étais interloqué. Ianto ne revenait pas à lui, Owen qui s'était immédiatement agenouillé releva son regard et je compris. Il était mort.
- Je suis désolé Jack, déclara le Docteur.


A suivre …

Ne pas caillouter ^^

Petit aperçu de la suite :

" - Mais que lui as-tu fais ? !
Je criais mon désespoir.
Mon Ianto, mort, par ma faute. Ca ne devait pas se passer de cette manière ! J'attendais cette rencontre pour retrouver un ami, peut être repartir vers de nouvelles aventures, avoir des réponses à mes questions, mais vraiment pas pour perdre un être cher. Cela m'était arrivé si souvent … finalement, je n'avais pas su le protéger. Est-ce que je devais payer toute bonne chose qui m'arrivait ? Le Docteur était là mais mon cœur avait choisi Ianto sur cette place ...
"

Merci de suivre cette histoire, à bientôt !