Disclamer :
Rien ne m'appartient, à part les idées tordues qui, je l'espère, feront de cette fic une histoire intéressante. La trame de fond (lieux, personnages, termes magiques -sauf les miens !-) est l'entière propriété de Mrs J.K Rowling (la veinarde !), et je ne touche rien pour faire profiter les lecteurs de mon imagination débordante (dommage… é_è).
Personnages que j'ai inventés :
- Employés du manoir d'Aylesbury :
Helen Norton (dite « Nounou Norton » pour Elina - veuve) : la nurse
Mildred O'Donnell (vieille fille) : l'intendante
Rosa Jones (célibataire) : la cuisinière
Loretta Samms (épouse de Gilford) : la femme de chambre
Gilford Samms : entretien du manoir, bricolage, améliorations, etc…
William Green (veuf) : vieux jardinier au grand coeur
- Elèves de Poudlard (amis d'Elina) :
- Sam Bright.
- Malcolm Ross
- Deborah Wells
- Whitney Appleton
- (amis de Jeffrey) :
- Jake Doll
- Lucy Stenton
- Stuart Nelson
- Professeur à Poudlard :
- Isolda Saint-Clair - Maîtrise de la magie
Comme d'habitude, pour les reviews signées je vous ai répondu en MP. Merci encore à Marion Snape 75 et Orpheana. Votre fidélité est une belle récompense dont je ne me lasse pas !
Frédérique, merci pour ton enthousiasme ! Il y a encore beaucoup de moments forts à venir et j'espère qu'ils te plairont.
Arthemius Black, tu continues ta progression et, du même coup, tes compliments. Merci mille fois, je n'ai pas fait tout ça pour rien, alors ! Effectivement, j'aime bien passer de l'émotion aux scènes plus intenses, entrecoupées d'instants où l'insouciance permet une sorte de « repos » pour mes personnages, comme pour mes lecteurs. Je me dis qu'il en faut pour tous les goûts. Merci encore !
Bonne lecture à tous !
Chapitre 54 - Unis le temps d'une quête
(Le besoin de s'aider engendre la bienveillance, une indulgence mutuelle, l'absence de toute rivalité – George Sand)
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Un pâle soleil de fin d'après-midi descendait vers l'horizon lorsque Harry retourna à Poudlard. Dumbledore écouta attentivement le récit de l'Auror et, pour ne pas entraver l'urgence de sa démarche, le laissa repartir aussitôt.
Harry activa le heurtoir de la porte du manoir d'Aylesbury. Ce fut Gilford qui vint lui ouvrir, ou tout au moins, il tenait encore la poignée mais il était si étroitement suivi par les autres sorciers qu'on pouvait se demander lequel était le plus impatient de l'accueillir. Il repéra très vite Severus parmi le petit groupe.
- Elle est vivante, annonça t'il au milieu d'un concert de soupirs soulagés. Mais j'ai besoin de vous.
- Je viens…
Rogue attrapa sa cape de voyage sur la patère de l'entrée et les deux hommes s'éloignèrent de la maison.
- Que se passe t'il, Potter. Je vous connais depuis assez longtemps pour savoir que quelque chose vous préoccupe.
- Je perçois sa présence au large des côtes écossaises. Le problème, c'est qu'elle a l'air immobile et la région est suffisamment accidentée pour être dangereuse. Je n'exclus pas qu'elle soit blessée, Monsieur. Avez-vous une idée d'un endroit précis où elle aurait pu se rendre ?
- En Ecosse ? réfléchit Severus, qui comprit soudain. Bien sûr, nous sommes allés plusieurs fois sur une plage de l'île d'Islay. En fait, ce sont plutôt des… falaises, termina t'il si bas que Harry l'entendit à peine.
Rogue était plus pâle encore qu'il ne l'avait été de toute la journée et souhaitait de tout son cœur que Fiona n'ait pas eu ce qu'il se refusait à voir autrement qu'un accident si les déductions d'Harry s'avéraient justifiées. Ils arrivèrent à la sortie du parc et s'arrêtèrent avant de décider d'un point de chute.
- Pourquoi supposez-vous qu'elle est sûrement blessée ? s'inquiéta Rogue.
- Je n'ai pas été aussi affirmatif, tempéra Harry. C'est juste que, pour ce que j'en ai vu, c'est une région assez sauvage et je ne ressens qu'une présence. Elle est donc seule. Son immobilité peut s'expliquer aisément, mais il faut prendre en compte qu'elle est partie depuis presque vingt-quatre heures, que nous ne sommes pas certains qu'elle ait mangé depuis tout ce temps et, surtout, les ondes que je perçois ne sont pas très puissantes. Ce qui peut tout aussi bien vouloir dire qu'elle est simplement fatiguée.
- Ne me ménagez pas, Potter, s'énerva quasiment Rogue. Je ne suis pas idiot. Je sais très bien que vous pouvez déceler beaucoup plus qu'une simple fatigue.
- Dans ce cas, je réitère ce que je viens de dire, Monsieur. Je pense qu'elle est probablement à bout de forces. Indiquez-moi un lieu où nous pouvons transplaner, trancha Harry pour couper court à cet aspect peu réjouissant de la conversation.
Ce qui ramena Severus à la réalité.
- Il y a un village à l'intérieur des terres. Il est connu pour une statue un peu bizarre qui trône au milieu de sa place principale. Il s'agit d'un sorcier mais les moldus n'en savent rien, bien sûr. Concentrez-vous sur Barnabas le Follet à Rockside.
- Très bien. Allons-y.
Harry et Rogue apparurent à l'endroit convenu. Un froid pénétrant s'abattait sur la campagne et la nuit tombée depuis peu avait incité les villageois à se réfugier au cœur de leurs foyers.
- Venez, se pressa Severus. Nous n'avons que quelques centaines de mètres à parcourir. …Je n'ai pas encore eu le temps de le faire, mais je vous remercie pour votre aide, Potter.
- Ce n'est rien, assura Harry. Je vous demanderai juste une chose, c'est de me laisser lui parler seul avant que vous n'interveniez.
- Je comprends. Après tout, vous avez partagé des secrets qu'elle n'a jamais révélés à personne. Cela dit, je vous dispense de me faire part de votre point de vue, il y a des sujets que nous devons régler entre nous.
Harry ne répondit pas mais il mesurait toute la tension qui planait autour de la simple annonce de l'existence d'un enfant.
- C'est là…, indiqua Rogue en s'arrêtant à l'entrée de la crique.
Harry l'entendit émettre un son de surprise et d'appréhension en découvrant un amas de tissu sombre représentant une cape à moitié dissimulée derrière un rocher. Fiona était toujours allongée sur la plage. Les deux hommes échangèrent un regard rapide et l'Auror s'avança seul, comme il l'avait exigé. Ses pas s'enfoncèrent dans le sable qu'un vent tournant faisait virevolter en tourbillons légers et il contourna la roche pour venir s'accroupir devant la jeune femme.
- Fiona… ? Fiooonaaa…, chantonna t'il avec douceur. C'est Harry.
- Laisse-moi tranquille, Harry, répondit-elle d'une voix faible.
Mais il était soulagé de voir que le ton employé était assez mécanique et ne dégageait aucune agressivité. Par contre, sa cape comportait de nombreuses zones de sable accumulé et Harry en déduisit qu'elle devait être là depuis un bon moment.
- Etes-vous blessée ? demanda t'il.
- Non. J'ai voyagé toute la nuit et je crois bien que j'ai dormi toute la journée. Enfin…, j'ai réfléchi, j'ai dormi, je ne sais plus…
Harry adressa un bref sourire en direction de Severus pour le rassurer.
- Tout le monde s'inquiète de votre absence, reprit-il. Vous ne croyez pas qu'il serait temps de rentrer ?
- Qu'ils aillent au diable, murmura Fiona sans conviction.
- Très bien, dit-il en s'asseyant. J'ai tout mon temps.
Il croisa les chevilles et prit ses genoux dans ses bras.
- Vous savez que je me sens vraiment idiot. Il fait presque nuit. Je suis là, assis dans le sable, et je parle à une robe de sorcier. Si quelqu'un venait à passer dans le coin, on pourrait penser que je suis complètement fou.
Deux petits sons indiquèrent à Harry que Fiona venait de rire.
- Tu sais que c'est une des premières choses que j'ai reproché à Tu-Sais-Qui quand je l'ai eu en face de moi, raconta t'elle. Je lui ai sorti un truc du genre « il est assez déplaisant de converser avec une cape ».
- Et que vous a t'il répondu ?
- Pfff ! Qu'il préférait que j'apprenne à le connaître pour ce qu'il était et non pour ce qu'il représente. Tu parles ! Ce type transpirait l'arrogance, l'arrivisme, la cruauté et l'obstination à plus de cinq mètres à la ronde !
Harry sourit.
- Je dois dire que je le comprends un peu sur ce coup-là. Je suis ni plus ni moins en train de faire la même chose en m'adressant à vos vêtements. La seule différence, c'est qu'il se dégage de vous de la tristesse, du désespoir, du renoncement, de la peur aussi sur ce qu'il pourrait arriver. Et je sais parfaitement pourquoi vous en êtes arrivée là.
Fiona écarta elle-même le rebord de sa capuche pour dégager un petit bout de son visage et regarder Harry. Sa pâleur était inquiétante et elle semblait transie de froid.
- Et selon toi, comment dois-je réagir ? demanda t'elle.
- Je ne sais pas. Vous pourriez peut-être ruer dans les brancards, comme vous savez si bien le faire. Leur expliquer pourquoi vous avez privilégié certaines décisions plutôt que d'autres. Libre à eux ensuite de comprendre que le choix n'a pas été facile et que vous vous en repentez chaque jour, même encore aujourd'hui. Vous l'avez bien fait avec moi.
- Autant parler à une colonie de moules, se découragea Fiona.
- Je n'ai pas dit que c'était gagné d'avance mais, puisque nous avons tout notre temps, vous voulez que je vous raconte l'histoire d'un petit garçon qu'on a élevé dans l'ignorance ? La solitude ? Et je pourrais même ajouter, le mensonge ? énuméra Harry en songeant à sa propre enfance. Votre fils a la chance de vous avoir à ses côtés, poursuivit-il plus sérieusement. Il n'y a que vous qui puissiez défendre ses intérêts, le protéger des autres, le guider sur la voie qui fera de lui un sorcier honnête. Vous avez déjà réussi à le faire en vous opposant à Vous-Savez-Qui. Dumbledore et Rogue vous apparaissent-ils donc encore plus terribles qu'un mage noir pour que vous renonciez avant même d'avoir essayé ?
- Où est-il celui-là au fait ?
- Juste là-bas, à quelques mètres, répondit Harry. Il n'entend pas ce que nous disons mais je peux vous assurer qu'il est très inquiet et qu'il s'en veut.
- Ffhum, il craint surtout de s'attirer les foudres des gens qui m'apprécient puisque chacun sait que c'est à cause de sa réaction que je suis partie. Il ne voudra jamais de cet enfant, d'ailleurs ils sont se détestés dès qu'ils se sont vus. Il ne me pardonnera jamais non plus de l'avoir laissé en Albanie et encore moins d'avoir caché son existence pendant si longtemps.
- Et si vous alliez à Poudlard voir ce qu'il en est. Dumbledore vous attend toujours, vous savez.
- Je n'ai pas la force d'aller affronter deux hommes aussi bornés qu'une paire de mules, soupira Fiona.
- Ça tombe bien, personne ne vous a dit qu'il vous attendait d'ici une heure, vous avez donc tout votre temps, plaisanta Harry. Pour l'instant, vous allez surtout vous reposer et réfléchir à tout ça. Relevez-vous, Fiona. Au sens propre comme au figuré et venez avec moi.
- J'ai le droit d'en choisir un à la fois ?
- Bien sûr.
- Alors on va commencer par le sens propre, décida t'elle en se redressant.
Elle s'installa en tailleur, secoua un peu sa cape pour se débarrasser du sable, réajusta son capuchon pour se protéger du vent et s'adossa sur le rocher, tournant toujours le dos à Rogue qui soupira de soulagement de la voir se mouvoir enfin.
- Je n'ai vraiment pas envie de voir Severus, se plaignit Fiona. Tu ne veux pas lui demander de partir ? …Tiens, c'est curieux, observa t'elle presque amusée. C'est exactement ce qu'il m'a envoyé en pleine figure hier soir.
Harry se pencha et prit une de ses mains qu'il serra affectueusement. Fiona fit elle-même la démarche de poser son autre main sur celle de Harry et ils restèrent un instant à apprécier ce contact amical et réconfortant.
- Non, Fiona, refusa t'il. Je ne demanderai pas à Rogue de partir parce qu'il est important pour lui de vous ramener au manoir. Je lui ai apporté mon aide, mais imaginez l'humiliation qu'il ressentirait de devoir rentrer seul.
- Je me moque de son orgueil mal placé. Je n'ai simplement pas le courage de me battre une fois de plus pour des futilités. Et Merlin sait qu'il sait s'y prendre lorsqu'il s'agit de trouver les mots qui blessent !
- Ne vous inquiétez pas. Il nous suivra mais restera à l'écart... Je remarque quand même que vous avez su choisir l'endroit idéal pour le mettre mal à l'aise, ironisa Harry. Belle revanche ! Voilà qui va lui donner matière à réfléchir. D'ailleurs, c'est plutôt chouette comme coin. Je n'aurais jamais imaginé que le grand Severus Rogue puisse avoir l'âme romantique.
- Je sais bien que tu ne l'as pas connu sous son meilleur jour, compatit Fiona. Mais je t'assure qu'il a aussi des qualités cachées.
- Cachées, enfouies, ensevelies, abyssales ! rectifia t'il en haussant un sourcil moqueur. Allez, levez-vous.
Fiona fut entraînée malgré elle car il n'avait pas lâché sa main. Ils étaient toujours face à face et elle se blottit contre Harry qui l'a prit aussitôt dans ses bras et lui caressa le dos pour l'apaiser.
- Tu sais que tu me fais beaucoup penser à Jeffrey, le compara t'elle.
- Merci de faire enfin les présentations.
- Je ne t'avais jamais dit son prénom ? Ah non, c'est vrai que je ne voulais pas que quelqu'un puisse faire le rapprochement, se souvint-elle, toujours serrée contre Harry. C'est drôle, mais il te ressemble physiquement. Il est très brun, plutôt mince et de taille moyenne mais il dégage une grande puissance. Il donne l'impression d'être distant aussi, comme s'il était un peu perdu alors qu'en fait, il est surtout solitaire. La seule chose qui vous sépare, c'est qu'il a été habitué aux rigueurs du monde de la magie assez tôt ; ça lui donne une certaine assurance que tu n'avais pas mais que tu as su remplacer par du courage. En ce qui concerne Jeffrey, je dirais que c'est son principal défaut. Il a grandi bien avant l'heure et semble être blasé de tout. Si tu savais le nombre de livres qu'il a déjà ingurgités !
Harry sourit silencieusement.
- A vous en croire, je jurerais que vous êtes plutôt en train de me décrire son père.
- C'est vrai qu'il a les traits de Severus. Avec un peu de moi aussi…
Harry ne songeait pas qu'à l'aspect physique en faisant cette remarque. Les nombreux livres évoqués étaient également un point commun important entre le père et le fils que Fiona ignorait, visiblement.
- Ne vous inquiétez pas, Fiona. Il lui faudra du temps mais je suis sûr qu'il finira par accepter. …Nous ferions mieux d'y allez, maintenant. Vous ne pensez pas ?
- Avant de partir, il faut que je te montre quelque chose de superbe, proposa t'elle en brisant enfin leur étreinte.
Elle conserva une de ses mains dans la sienne et entraîna lentement Harry le long de la côte.
- Finalement, reprit Fiona. Nous aussi nous avons quelques points communs. Je suis sûre que ton enfance difficile ne t'a jamais permis de découvrir les beautés de l'océan.
- C'est vrai, avoua Harry. J'ai dû attendre ma vingt-cinquième année pour ça. J'étais en mission à l'ouest de l'Afrique, si je me souviens bien. Je venais de neutraliser deux Mangemorts et, avant de rentrer, je me suis accordé une journée sur une plage absolument déserte et magnifique. J'avais besoin de réfléchir…
- Tout comme moi…, observa Fiona d'un ton morne. Regarde…, dit-elle en s'arrêtant enfin.
Ils étaient juchés au sommet de la falaise la plus élevée de tout le littoral, celle-là même où Severus avait conduit Fiona la première fois. Le vent plus violent à cette hauteur faisait chanceler leurs corps. Harry passa son bras autour des épaules de Fiona pour la retenir et elle-même s'agrippa à sa taille d'une main ferme.
- C'est splendide, reconnut Harry. Il n'y a même pas de mot pour définir un tel acharnement.
Les vagues assombries par la nuit s'entrechoquaient en contrebas et venaient recouvrir les récifs de leur écume éclatante avant de s'éloigner pour ne revenir que plus puissantes encore. D'une façon plus inattendue, des nuages s'étaient massés peu à peu et une pluie fine vint s'abattre sur les côtes dont le découpage anguleux contrastait avec la noirceur des eaux.
- Tiens, il ne manquait plus que ça, fit remarquer Harry en resserrant le col de sa cape de sa main libre. Voilà que la pluie se met de la partie.
- C'est de ma faute, elle m'accompagne, murmura Fiona avec lassitude. Elle le fait toujours quand ça ne va pas…
Comprenant qu'elle pleurait, Harry l'obligea à se placer face à lui et la prit à nouveau dans ses bras.
- Voilà que vous recommencez à émettre des pensées négatives, chuchota t'il en exerçant une pression rassurante sur sa tête qu'elle avait enfouie dans son cou.
- Ils vont tout gâcher, gémit Fiona. Je suis déjà surprise que Jeffrey m'ait pardonnée pour ce que j'ai fait mais je suis horrifiée à l'idée de le décevoir en ne parvenant pas à raisonner Severus et Dumbledore. Tu imagines ce que va être sa vie si on le condamne avant même d'essayer de le connaître ?
- Ah, attention. Si vous persistez à ressasser des idées noires, je sens que je vais ressortir ma petite histoire, ironisa Harry. Il était une fois un petit garçon qui croyait fermement que ses parents étaient morts dans un accident de voiture…, commença t'il. …Ayez confiance, Fiona, reprit-il plus sérieusement. Je suis sûre que vous vous en sortirez très bien.
Elle laissa passer un long moment avant de murmurer à nouveau.
- Ramène-moi…
Harry tourna discrètement le visage vers Rogue qui les avait suivis au loin, comme il s'y attendait, et lui adressa un signe de tête négatif pour le tenir à l'écart. Il sortit sa baguette et ensorcela deux pierres pour en faire des Portoloins en prenant soin de choisir l'entrée du parc du manoir comme lieu d'arrivée de façon à ce que Severus ne perde pas un trop grand terrain sur eux lorsqu'il actionnerait le sien.
Les deux sorciers apparurent à l'orée du petit bois qui longeait l'enceinte du domaine, bientôt suivis de Rogue un peu à l'écart. Harry avait toujours une main posée sur l'épaule de Fiona tandis qu'elle essuyait ses larmes et il la laissa prendre un peu d'avance pour ne pas donner l'impression de l'avoir ramenée seul comme il l'avait évoqué quelques minutes plus tôt. La lenteur de ses pas lui permit d'être rejoint par son ancien professeur mais il ne dit rien. Il n'était pas sûr d'ailleurs que Rogue ait compris son geste, mais peu importe. Pour Harry, ça avait son importance.
Fiona atteignit le perron en étant soudain enveloppée de la lumière aveuglante du vestibule qui s'étalait en une large raie par la porte que l'on venait d'ouvrir. Harry resta en retrait pour laisser Severus gravir les marches en premier et attendit.
- Oh, mon Dieu ! s'exclama Madame Norton en accueillant Fiona qui abaissait son capuchon en retrouvant la chaleur réconfortante de la maison. Vous êtes frigorifiée ! Venez un peu par ici.
Rosa la déchargea de sa cape.
- Vous devez avoir faim, supposa t'elle. Je vais vous préparer quelque chose.
- Non, démentit Fiona d'une voix éteinte. Je suis épuisée et j'aimerais mieux aller dormir.
Helen Norton profita d'un moment d'inattention de sa part pour esquisser un geste contradictoire envers à la cuisinière.
- Allez préparer un potage, recommanda t'elle tout de même. Nous lui monterons plus tard…
Madame Jones se précipita vers la cuisine et rassembla quelques légumes qu'elle éplucha à l'aide de sa baguette pour gagner du temps.
- Monsieur Potter, fit le jardinier à Harry, toujours sur le seuil de la porte. Entrez donc un moment.
- Non merci, Monsieur Green. Je dois y aller, maintenant.
- Vous êtes sûr que vous ne voulez pas dîner avec nous ? insista Mildred un peu déçue.
- Non vraiment. C'est gentil à vous mais il faut que je repasse au Ministère avant demain.
Rogue lui indiqua qu'il se chargerait d'avertir Dumbledore et tous le remercièrent chaleureusement de son aide en regrettant son départ.
- Nous sommes heureux que vous soyez à nouveau parmi nous, dit ensuite Gilford à Fiona.
Des confirmations lui furent adressées de toutes parts et les sourires exempts du moindre reproche lui réchauffèrent le cœur. Seul Severus s'obligeait à rester discret puisqu'elle se bornait à l'ignorer superbement de toute façon. D'ailleurs, elle se dirigeait déjà vers l'escalier.
- Je vais m'occuper du feu de votre chambre, décida Loretta en la suivant.
Elle laissa la femme de chambre s'affairer près de la cheminée et ne prit que le temps de se changer avant de s'enfoncer dans son lit.
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Fiona dormit pendant deux jours. Enfin : elle s'était réveillée un peu après midi mais s'était accordé le reste de la journée pour réfléchir. Harry avait raison. Lui, n'avait pas eu la chance d'avoir une mère à ses côtés pour le protéger. Mais elle, était la seule à pouvoir convaincre le monde de la magie que son fils n'était pas un monstre et que, malgré les apparences, il était en sécurité auprès de Voldemort. Que Rogue ne puisse pas le concevoir n'avait rien de surprenant, mais Dumbledore devait au moins être capable de le comprendre, se dit-elle en sortant de sa salle de bain avant de descendre jusqu'à la cuisine.
Les employés du manoir y étaient réunis et venaient d'accueillir Severus récemment revenu de Poudlard.
- Miss Mandelsen, s'inquiéta Madame Norton en apercevant Fiona sur le seuil. Etes-vous sûre qu'il est raisonnable de vous lever ?
- Oui, Helen. J'avais juste besoin de me reposer. Maintenant c'est fait.
- C'est un soulagement pour nous tous de voir que vous allez mieux, assura la cuisinière. J'espère que vous dînerez avec nous ?
- Non, Rosa. Je me contenterai d'un plateau léger que j'emporterai dans ma chambre.
Au premier coup d'œil, elle mesura toute la rancœur que Severus éprouvait toujours à son égard, mais il était anxieux aussi, et Fiona fut surprise de la profonde culpabilité qui ternissait le ton de sa voix lorsqu'il tenta d'engager la conversation.
- Je voulais juste te dire que…
- Je suppose que Dumbledore souhaite toujours me voir ? le coupa t'elle avec une froide détermination. Alors allons-y, il est temps qu'on n'en finisse.
Devant tant froideur, Rogue ne put que se rengorger de son autorité naturelle. D'autant plus que sa première intention était de lui exprimer ses regrets avant d'aborder d'autres sujets, mais Fiona ne l'avait pas laissé finir. Il plissa brièvement les yeux de rage et répondit :
- Dumbledore n'est pas là pour l'instant. Il a dû se rendre au Ministère pour assister à l'audience d'un groupe de Mangemorts que Potter a fait arrêter il y a quelques jours.
- Très bien. Alors demande-lui quand je dois venir et je viendrai.
Elle amorça quelques pas pour sortir de la pièce mais Severus se décala légèrement pour lui barrer le chemin.
- Je ne suis pas de ceux qui s'excusent facilement, lâcha t'il les dents serrées par la colère. Mais quand je décide de le faire, j'aimerais autant qu'on m'accorde le minimum d'attention que j'estime être en droit de mériter.
- Admettons que tu viennes de t'acquitter de cet humiliant fardeau, le déchargea Fiona en haussant un sourcil vengeur. Il y a des mots que je me refuse à entendre ce soir, lui rendit-elle en retour de la remarque qu'il avait faite à Mildred le jour où il avait appris l'existence de son fils.
Cette fois, Fiona sortit et remonta dans sa chambre où elle rédigea une lettre qu'elle enverrait à Jeffrey le plus tôt possible. Ne sachant toujours pas si Dumbledore l'avait avisé de sa découverte sur leur lien de parenté, elle préféra rester discrète sur ses préoccupations mais l'informa qu'elle se rendrait probablement à Poudlard dans les jours à venir et l'embrassait tendrement.
Un peu plus tard, Loretta lui monta un plateau qu'elle dégusta avec bien peu d'appétit. Avec le recul, Fiona s'en voulait d'avoir été si dure avec Rogue. D'un autre côté, elle savait pertinemment qu'il ne lui épargnerait pas les reproches qu'elle s'apprêtait à entendre et mieux valait dès à présent mettre à profit le courage qu'elle avait enfin retrouvé.
Dans le prochain chapitre, les reproches fusent de tous côtés. Comment pourrait-il en être autrement ?
Bises à tous et à bientôt !
