Il hésitait sérieusement entre mettre son poing sur le nez de Sheppard ou l'embrasser.
Le colonel était venu le voir à peine trois jours plus tôt, et voilà que des marines venaient le réveiller aux petites heures de la nuit pour l'emmener manu militari sur Atlantis.
Apparemment, un mystérieux virus faisait des misères à Samantha et la pauvre avait besoin de son intellect supérieur pour les sortir de ce mauvais pas.
Comme il était improbable que Noël tombe en plein mois de juin, il était improbable que Todd n'ait rien à voir avec l'incident, mais il n'allait toutefois pas le pointer du doigt trop vite. Après tout, il ne s'agissait que d'une diversion afin de lui permettre de revenir sur la cité pour finaliser son programme de faux verrou.
L'aube se levait à peine lorsqu'il arriva sur la digue Sud où il fut accueilli par un marine à l'air exténué et un téléporteur hors service.
« Quoi ?! Il va falloir marcher jusqu'à la tour principale ? »
« Oui, docteur, et monter jusqu'au sommet aussi.» répondit le soldat sans aucun enthousiasme.
« Mais je n'ai même pas déjeuné ! » gémit-il.
« Tenez, j'ai des barres énergétiques.» déclara l'homme en lui tendant une barre avant de lui faire signe de le suivre.
« Merfi... Vous chavez, che chuis très chenchible à l'hypoglychémie. Chi je ne manche pas régulièrement, je fais des malaiches. »
« Oui docteur McKay, tout le monde sait que si vous ne mangez pas régulièrement, vous tombez dans les pommes... » soupira le soldat.
« Je ne tombe pas dans les pommes, je fais un malaise vagal, c'est très différent ! »
« Si vous voulez, Docteur. »
Bien vite l'interminable montée de marches lui coupla le souffle et il ne put plus que suivre le soldat en silence.
Lorsque enfin ils arrivèrent à la salle de contrôle, il était presque certain que ses jambes allaient se détacher de son corps et ses poumons sortir par sa bouche pour ramper au sol.
« Ah, docteur McKay, vous voilà enfin. Tenez, prenez un ordinateur et aidez-nous. » le salua distraitement Carter, sans même lever le nez de son écran.
« Hey... Je vais... faire... une crise... d'asthme... Il me faut... de l'eau ! » parvint-il à crachoter.
Une bouteille se matérialisa miraculeusement sous son nez, et malgré la douleur lancinante dans ses jambes, il ne lui fallut que cinq interminables minutes d'agonie pour se sentir assez bien pour se mettre au travail.
« Ne vous en faites, Samantha, je vais vous sortir de là en un rien de temps ! » déclara-t-il en faisant craquer ses doigts avant de se mettre au travail.
Trois heures plus tard, il maudissait en silence le wraith qui avait créé ce virus, dont il arrivait à peine à afficher le code durant trois secondes avant que ce dernier ne contamine le disque dur, le forçant à réinstaller complètement l'ordinateur et à tout recommencer, une fois de plus.
A la quatorzième tentative, il parvint néanmoins à prendre une photo de l'écran avant que tout ne s'efface et ils purent étudier une petite partie du code, qui transpirait subtilement le wraith.
« Ah, j'en étais sûr, c'est un virus wraith ! » fanfaronna-t-il.
« Vous en êtes certain, Rodney ? » demanda Samantha.
« Oui, vous êtes brillante, mais la technologie wraith n'est pas votre spécialité, contrairement à moi, il est donc normal que cela vous ait échappé. »
La militaire lui jeta un regard vaguement dégoûté. Après tout, il venait de prouver la supériorité de son intellect, c'était bien normal, et il ne pouvait que lui pardonner.
«Un virus wraith ? Ce serait ce Todd qui l'aurait créé ? »
Il pâlit. Il ne fallait surtout pas qu'ils le soupçonnent.
« Todd ?! Non, il n'est pas aussi ostentatoire. S'il avait créé un virus, ce serait un ver invisible qui nous espionnerait ou saboterait silencieusement nos systèmes, pas ce... feu d'artifice ! »
« Excusez-moi, Rodney, mais nous avons un wraith sur la cité, et alors que cela fait des mois que nous sommes sur Terre, nous sommes brusquement victimes d'un virus wraith. C'est une drôle de coïncidence. » nota Lee depuis sa console.
« D'autant plus que ledit wraith devait être transféré aujourd'hui vers la Zone 51.» ajouta Carter.
« Vous n'allez pas le transférer, hein, Sam ? Si ça se trouve, il est le seul à pouvoir neutraliser ce truc ! »
« Vous n'étiez pas censé régler le problème en un rien de temps, Rodney ? » demanda cette dernière avec un petit sourire en coin.
« Oui, mais non. J'ai déjà fait mieux que vous ! »
« Mmh. De toute manière, tant que ce problème n'est pas réglé, personne ne va nulle part, alors si vous voulez rentrer chez vous, Rodney, remettez-vous au travail. » conclut Carter.
« A vos ordres, chef ! » répliqua-t-il d'un ton moqueur avant de se replonger dans ses écrans.
A la fin de la journée, Rodney avait la pire migraine de sa vie, et il ne souhaitait qu'une seule chose, se blottir dans son lit dans le noir et le silence absolu. Malheureusement, il ne pouvait pas.
Sheppard avait été chargé d'interroger Todd, et il était venu en fin d'après-midi leur faire son rapport. Il était certain que le wraith n'était en rien responsable de la contamination de la cité (1).
Fait qui fut corroboré par la découverte du vecteur originel du virus : un détecteur de signes vitaux ayant appartenu à Beckett et sans doute trafiqué par Michael.
Ou du moins, telle était la version officielle.
Malheureusement pour lui, en même temps que son rapport, John avait amené avec lui une clé USB qu'il avait « malencontreusement » oubliée sur son ordinateur et sur laquelle il ne doutait pas trouver un autre programme récalcitrant.
Une fois seul dans sa chambre avec un ordinateur soigneusement coupé du réseau et une boîte d'antidouleurs, il s'attela à sa tâche.
La clé contenait deux fichiers, son code et un petit fichier texte sobrement intitulé : A lire.
Quelques lignes, simples, efficaces, et subtilement humiliantes.
Dr McKay, je vous suggère de tenter de terminer ce programme avant de neutraliser le virus. Ainsi votre verrou pourra se déclencher lors de la réinitialisation de la cité et personne ne s'étonnera de sa survenue puisque, d'après vos propres mots, vous ignorez presque tout de cette cité.
Fabuleux, il avait quoi, deux jours, trois peut-être avant que le virus ne soit neutralisé, a priori par ses soins ?
Avec un gémissement pitoyable, il se mit au travail. Au moins le maudit alien avait-il fait du bon travail et résolu plusieurs problèmes sur lesquels il butait depuis des semaines.
Au bout de deux interminables journées passée à batailler contre le virus psychédélique et deux nuits à coder le faux verrou, Rodney était à bout de forces. Il s'accorda finalement quelques heures de sommeil, interrompues par Sheppard qui frappait furieusement à sa porte.
« Rodney, Rodney, debout, le virus a été neutralisé ! » beuglait le militaire depuis le couloir.
« Super, laissez-moi dormir. » marmonna-t-il, épuisé.
« Non, Rodney. Debout ! »
L'information arriva enfin à son cerveau et il se redressa en se frottant les yeux.
« J'arrive .» gémit-il en se relevant, misérable.
« Pitié, dites-moi que vous avez du café. » supplia-t-il alors qu'il sortait de sa chambre à regret.
« Non, Rodney, et j'espère que votre programme est terminé ! » répliqua John, parfaitement alerte malgré ses gros cernes.
« Non, il n'est pas du tout prêt et il ne le sera pas avant au moins trois jours ! » protesta-t-il alors qu'ils s'engageaient dans l'escalier.
« Rodney ! »
« Ok, deux jours. »
« Rodney ! »
« Une journée et demi, c'est le mieux que je puisse faire et seulement si je travaille avec Todd ! »
« Alors il faut que vous alliez à l'infirmerie. Désolé, Rodney. » conclut le soldat avec un drôle de rictus tordu.
« Quoi ? Attendez, non ! »
L'instant d'après, John le poussait et il ratait la prochaine marche, dégringolant jusqu'au palier suivant.
« Équipe médicale demandée d'urgence dans l'escalier principal au cinquantième niveau, Le docteur McKay vient de faire une mauvaise chute .» annonça ensuite le colonel sur sa radio.
« John ! Pourquoi ? J'ai sûrement une jambe cassée ! »
« Mais non, elle est juste bien foulée. Je suis certain que Beckett voudra vous garder en observation, surtout si vous avez une grosse migraine et que vous ne supportez ni la lumière, ni le bruit. Après tout, on ne plaisante pas avec les commotions ! Si vous gémissez assez, il vous mettra sans doute derrière dans le labo, avec Todd... »
« Il n'était pas nécessaire de me pousser ! J'aurais pu faire semblant ! » ronchonna-t-il.
« Vous êtes très mauvais comédien Rodney, et en temps de crise, il faut de très bonnes excuses. Je suis quand même sincèrement désolé. Ça ira ? » demanda le marine en venant s'accroupir près de lui, l'air coupable.
« Ça ira, mais vous me le revaudrez ! »
« Je vous emmènerai sur cette planète avec les jolies vahinés pas farouches quand nous serons de retour dans Pégase, Rodney, je vous le promets. »
« Y a intérêt ! Et c'est vous qui payez les cent prochaines tournées ! »
« D'accord, Rodney. Les secours arrivent, n'oubliez pas, vous avez très mal à la tête… »
« Ahhh... cessez de hurler, Sheppard, ma tête va se fendre en deux ! »
« Voilà, comme ça ! » murmura le militaire en l'encourageant d'une tape amicale sur le bras.
Comme l'avait prévu John, il n'eut à gémir et à radoter sur sa mort par hémorragie intracrânienne qu'une petite heure avant que Carson, malgré leur amitié, ne le range dans le laboratoire en compagnie du wraith en une tentative désespérée d'avoir la paix.
« Bonjour, docteur McKay. » le salua ce dernier, observant avec curiosité sa cheville enflée et bandée.
« Ouais, bonjour. On s'y met ou on boit un thé ? Je vous signale que votre supervirus a été neutralisé .» rouspéta-t-il - rendu méchant par la douleur - en sortant sa tablette du sac que John lui avait amené un peu plus tôt.
Un grondement d'avertissement amusé lui répondit, et il se plongea dans ses lignes de code, n'osant plus regarder le wraith.
Une fois l'anti-virus de sa tablette mis à jour, ils purent connecter leurs ordinateurs par Bluetooth et travailler en simultané sur le code, qui prenait enfin forme.
A quatre reprises, ils durent s'interrompre précipitamment alors que Beckett entrait pour venir voir comment ils allaient. A chaque fois, Rodney se laissait précipitamment retomber, cachant sa tablette sous ses draps pendant que Todd affichait un quelconque jeu sur son écran.
A sa dernière visite, le médecin leur jeta un drôle de regard, alors qu'il relevait leurs constantes respectives.
« Je suis surpris que vous n'ayez pas encore exigé que je mette Rodney ailleurs. Il peut être très agaçant quand il est malade... » nota le médecin.
« Il ne gémit que quand vous êtes là, Carson Beckett, le reste du temps, il se tient tranquille. Alors, moins vous viendrez, plus j'aurai la paix .» répliqua le wraith avec un rictus mauvais.
Le docteur battit en retraite vers son vieil ami, l'air presque effrayé.
« Et vous, Rodney, ça va ? Vous voulez que je vous remette dans l'infirmerie ? »
« Non ! Surtout pas ! Ce gros insecte vert est peut-être moche et méchant, mais il ne fait pas plein de bruit, contrairement à Félicie et à sa toux, sans parler du lieutenant Klaus qui ne sait pas se tenir tranquille et dont le lit grince atrocement. Je vous en prie, Carson, je vais sans doute mourir dans quelques heures, laissez-moi au moins les passer au calme ! » supplia-t-il, s'attirant un regard outré du wraith.
« Allons, Rodney, vous n'allez pas mourir. Vous avez juste une vilaine entorse et une grosse migraine qui passera quand vous vous serez reposé. Vous vous êtes surmené et cette chute n'a pas aidé. Vous serez vite sur pieds, mon vieux ! »
Il lui répondit avec une mine pitoyablement tragique, à laquelle le médecin fit écho avec un petit sourire empli de pitié avant de retourner à ces autres patients.
« Gros insecte vert, moche et méchant ? » persifla Todd.
« Je me suis peut-être un peu laissé emporter par mon rôle. » s'excusa-t-il.
« On va dire ça... »
Il se remit au travail alors qu'un frisson glacé le parcourait.
« Pourquoi la cité n'a-t-elle pas été réinitialisée ? Ça aurait déjà dû être fait. » s'étonna-t-il quelques minutes plus tard.
« Parce que, docteur McKay, mon virus n'est pas si simple que cela à neutraliser. » répondit le wraith avec un sourire mauvais.
« Vous avez fait quoi ? Une commande de l'homme mort ? Un infinite loop ? »
« Non, bien plus simple. Un virus autoreproducteur dont la racine se trouve dans la commande de réinitialisation de la cité. »
« Oh ! »
« Et oui, chaque fois que vos scientifiques tentent de réinitialiser la cité, ils réinstallent le virus. »
« Mais si on ne peut pas réinitialiser la cité, comment va-t-on s'en débarrasser ? » demanda-t-il, soudain inquiet.
« Je ne suis pas stupide, Docteur, j'ai inclus une porte dérobée à mon programme... En fait, il s'agirait plutôt d'un trou de serrure très spécial.» ricana le wraith.
« Une serrure que vous êtes le seul à connaître ! »
« En effet, mais si vos scientifiques pouvaient la découvrir « tous seuls » et trouver le moyen de l'ouvrir sans que j'aie jamais à m'approcher de l'un de vos terminaux, cela éviterait certaines questions gênantes. »
« Et comment sont-ils censé y arriver si vous êtes le seul à pouvoir trouver cette foutue serrure ? »
« Parce que j'en connais l'emplacement, mais je n'en ai pas la clé » répondit le wraith, sibyllin.
« Quoi ?! Vous savez comment, mais ne pouvez pas neutraliser votre propre virus ?! »
« Exact. Maintenant, si nous pouvions travailler sur votre programme, ce serait bien, votre codage est au mieux médiocre. »
« Je ne vous permets pas ! » s'offusqua-t-il.
« Silence, docteur McKay, on pourrait nous entendre ! »
« Heu...oui. »
Comme l'avait prévu le wraith, le virus ne cessait de se réinstaller encore et encore. S'il parvint à éviter tout travail officiel durant vingt-quatre heures, Carter lui apporta ensuite son ordinateur et une pile de coussins afin qu'il puisse travailler sur le virus récalcitrant depuis l'infirmerie, qu'il refusait toujours catégoriquement de quitter, malgré l'insistance de Beckett qui ne voyait plus aucune raison de le garder. A la fin de sa seconde journée à l'infirmerie, le faux verrou avait enfin passé avec succès la centième simulation, et était prêt à être installé.
« Bon, grâce à votre aide, j'ai enfin terminé mon programme. » conclut-il, satisfait, s'attirant un regard mauvais du wraith. « Heu...Alors c'est quoi votre serrure secrète? » demanda-t-il d'un ton qu'il voulait badin.
« Vous ne l'avez pas trouvée tout seul, malgré votre intelligence supérieure ? » demanda Todd, moqueur.
« Si, bien sûr, mais je veux vous l'entendre dire. » répliqua-t-il du tac au tac.
Un feulement peu convaincu lui répondit.
« Faites venir Sheppard. » cracha le wraith.
« Pourquoi ?! Sheppard ne saurait même pas ouvrir l'outil d'indexation de son ordinateur. »
« Il est la clé. »
« Pardon ? »
« Il est la clé, humain borné ! »
« Quoi ?! »
« J'ai créé un patch encodé avec ses gènes lié au virus. Une fois le patch installé, il sera le seul à pouvoir le désactiver, sombre primate décérébré ! »
Rodney déglutit. Todd ne devenait vulgaire que lorsqu'il était vraiment à bout de nerfs. Maintenant qu'il y réfléchissait, malgré les innombrables pilules qu'il devait avaler quotidiennement en plus de ses piqûres, le wraith n'avait pas dormi un seul instant depuis son arrivée sur la cité presque cinq jours plus tôt.
« D'accord, je vais l'appeler.» murmura-t-il d'une voix blanche.
Trois minutes plus tard montre en main, Sheppard déboulait dans le laboratoire.
«Alors ? »
« On a fini le verr... » commença-t-il avant de s'interrompre alors que le général Carter entrait aussi en trombe. « Je voulais dire, j'ai terminé de décoder le virus. J'ai découvert comment le neutraliser.» se corrigea-t-il in extremis.
« Fantastique, Rodney ! Comment ? » demanda la scientifique.
« Heu... c'est très simple… Heu... Il faut que... heu, John... Il faut que John... » bafouilla-t-il, jetant de petits regards paniqués au wraith qui le fixait, impénétrable, depuis son coin.
« Je crois que votre physicien ne s'est pas encore très bien remis de sa chute dans les escaliers. Ce qu'il essaie de dire, c'est qu'il faut que John Sheppard réinitialise la cité depuis le fauteuil de contrôle pour pouvoir supprimer le virus avant qu'il n'ait eu le temps de recontaminer vos fichiers. » susurra le wraith, fixant le colonel de son regard le plus pénétrant.
« Oui... C'est ce que je voulais dire. John est la clé. » parvint-t-il à bafouiller avec un petit sourire crispé.
Carter les observa alternativement tous les trois pendant quelques instants, une étrange lueur dans le regard, puis son expression redevint neutre.
« Mais je me suis déjà installé dans le fauteuil pour les vingt précédentes réinitialisations ! » protesta le militaire.
« Oui, mais il faut que j'installe un patch avant, c'est trois fois rien, juste un petit programme qui reroutera le virus et vous permettra de le désinstaller manuellement, ou plutôt mentalement .» expliqua McKay tout en tentant de faire de discrets signes de tête en direction de la clé USB de John toujours branchée sur l'ordinateur que Todd tenait sur ses genoux.
« Ah, oui, bien sûr. Je suis certain que si vous m'expliquez la procédure en détail, je n'aurai aucune peine à supprimer ce virus, alors. » conclut Sheppard avec un drôle de rictus.
« Vous en êtes certain, Colonel ? » demanda Carter, suspicieuse.
« Oui, mon général. Si Rodney me dit quoi faire, j'y arriverai les doigts dans le nez, hein Rodney ? »
« Heu, oui c'est ça, les doigts dans le nez... » maugréa-t-il.
Carter les fixa encore un instant d'un air peu convaincu avant de retourner au capharnaüm qu'était devenue la salle de contrôle.
« Réparez-moi cette cité le plus vite possible. Et ce wraith m'a l'air en pleine forme, qu'il retourne dans sa cellule jusqu'à ce que les militaires de la Zone 51 viennent le chercher... et sans ordinateur ! » ordonna-t-elle depuis le pas de porte.
« A vos ordres, Général Carter.» acquiesça Shepppard, un peu trop crispé pour paraître naturel.
Le militaire ne se détendit qu'une fois certain d'être seul.
« J'espère que votre machin va fonctionner, Todd, sinon vous êtes cuit, mon vieux. »
« Si vous faites les choses correctement, le programme s'enclenchera dès la réinitialisation terminée. Et celui-là n'a pas de porte dérobée. Il ne cessera qu'une fois de retour dans Pégase. » siffla le wraith.
« Bon, eh bien, j'espère que votre voisine garde votre chat, Rodney, parce que je crois que nous partons bientôt. »
« Oui... Enfin, normalement, il y a un délai de deux heures avant qu'il ne faille absolument décoller pour neutraliser le compte à rebours, les Anciens avaient prévu cette sécurité afin de permettre la correction d'une éventuelle erreur. Au moins, ça permettra au SGC « terrien » d'évacuer la cité .» lâcha-t-il, tendu.
« Quoi ?! » rugit Sheppard, alors que le wraith feulait, furieux.
« C'était dans le code de base. C'est mal ? » demanda-t-il, avec appréhension.
« Oui, Rodney ! Si la Commission apprend qu'on a deux heures avant de devoir quitter la Terre, ils vont évacuer Todd ! Ces sales rats bavent depuis trop longtemps sur les potentielles avancées scientifiques que son corps représente pour le laisser filer ! »
« Ben, on n'a qu'à leur dire qu'il n'est pas disponible ? » proposa-t-il, sans réfléchir.
« C'est un prisonnier ! Les prisonniers sont toujours disponibles, Rodney ! »
« Sauf lorsqu'ils s'échappent... » nota le wraith d'un ton tranquille.
Sheppard se figea, pesant le pour et le contre.
« John, on ne va pas le laisser s'échapper ?! Qui sait ce qu'il va faire sur la cité ! »
« Docteur McKay, vous m'avez déjà laissé installer un virus sur votre cité, et créer un programme de verrou galactique qui pourrait potentiellement tous nous réduire en bouillie, que pourrais-je faire de plus dans mon état en me cachant dans un recoin sombre ? » demanda le wraith, affable.
« C'est un faux verrou galactique, il ne détruira pas la cité ! Il ne détruira pas la cité, n'est-ce pas ? »
« C'était ce que les Anciens avaient prévu dans le code de base... » répliqua le wraith avec un haussement d'épaules désintéressé.
« Todd a raison. De nous tous, il est celui qui a le plus intérêt à ce qu'Atlantis revienne dans Pégase, et même s'il parvenait à nous échapper après le décollage, vu la quantité de médicaments qu'il doit avaler pour rester en vie en ce moment, ce ne serait que pour mourir d'un rhume dans un coin.» réfléchit Sheppard.
« Alors, on fait comment ? »
« Allez donc préparer votre « patch de rien du tout » pour le fauteuil, moi je vais ramener Todd à sa cellule. Dans son état, il ne risque pas de me voler mon pistolet wraith pour m'assommer avec, n'est-ce pas ? » déclara John avec un sourire entendu.
Rodney était à mi-chemin de la salle du fauteuil lorsque sa radio se mit à grésiller furieusement, annonçant que le wraith s'était échappé et qu'une équipe médicale était attendue devant sa cellule.
Avec une grimace mi-compatissante mi-vengeresse, il se remit en route. Se faire assommer était douloureux, presque autant qu'une cheville foulée, et même si John était son ami, il l'avait bien mérité cette fois-ci.
Il ne lui fallut que dix minutes pour préparer la mise à jour qui grefferait ni vu ni connu le verrou sur le reste de la programmation, et cinq de plus pour le patch destiné à neutraliser le virus.
Il poireauta ensuite pendant une interminable demi-heure, durant laquelle il reçut par trois fois la visite de groupes de marines à la recherche de Todd.
Lorsque la porte s'ouvrit pour la quatrième fois, il allait hurler qu'aucun wraith ne serait assez stupide pour tenter de se cacher dans une grande salle vide à l'exception d'un fauteuil, mais se ravisa lorsqu'il vit John entrer.
« En plein visage, ce rat m'a tiré dessus en plein visage ! » ronchonna ce dernier.
« Quelle idée aussi de le laisser prendre votre arme. »
Le regard noir que lui jeta le militaire n'avait rien à envier à ceux du wraith.
« Bon, on y va ?! » grogna John en se laissant tomber dans le fauteuil qui s'inclina docilement sous lui.
« Allons-y. »
(1) Sheppard ne ment pas. Todd a créé le virus mais c'est lui-même qui s'est chargé de la contamination d'Atlantis.
