CHAPITRE LIV

Darcy prit le nouveau-né dans ses bras, encore surpris de faire la connaissance de son fils.

« Un garçon ? » demanda-t-il comme pour confirmer ce qu'il savait déjà.

Elizabeth hocha la tête, riant de l'étonnement manifesté par son époux.

« James, » dit Darcy en glissant son doigt dans la petite main. Il se leva d'à côté de sa femme et emporta le petit dans la galerie. Son beau-père et son cousin (désormais son beau-frère) discutaient avec Georgiana. Au sourire narquois du colonel, on devinait qu'ils connaissaient déjà le sexe du bébé et étaient prêts à se moqueur de la prédiction erronée qu'il avait soutenue les derniers mois. Aucun ne dit mot, attendant que Darcy fasse la révélation.

« Félicitations, cher frère ! – lui souhaita Georgiana pleine d'émotion.

- Merci, - répondit-il en l'étreignant comme il pouvait.

- Et… ? – demanda Richard, simulant l'impatience.

- C'est un garçon. James Thomas, » annonça-t-il en baissant un peu l'enfant emmailloté pour que ses proches puissent mieux le voir.

Les larmes montèrent aux yeux de Mr Bennet. Il était fier que les deux fils de sa chère Lizzie portent ses noms, bien qu'au début l'idée que William aie comme second nom Bennet lui avait parue épouvantable.

« Puis-je… ? – demanda le vieil homme, indiquant son souhait de prendre le nouveau-né dans ses bras.

- Eh bien, cher cousin… Je crois que ta courte carrière de devin vient de se terminer. Tu n'avais que deux possibilités et tu as échoué ! » remarqua le colonel d'une voix tonitruante. Le bébé bougea dans les bras de son grand-père et geignit doucement.

« Tais-toi, tu vas le réveiller, - lui reprocha Darcy, alors que tous savaient qu'il n'aimait pas être moqué.

- Il ressemble beaucoup à ma Lizzie quand elle est née, - dit Mr Bennet en replaçant l'enfant dans les bras de son père, la voix brisée par l'émotion. – Je crois que vous devriez le ramener à elle.

- Je vais le faire, » répondit Darcy en regardant en coin son cousin, qui riait encore malgré l'expression sévère de son épouse. Tandis qu'il refermait la porte de la chambre, il l'entendit s'esclaffer :

« Et moi qui pensait monter un spectacle à Londres ! » avant d'éclater à nouveau de rire.

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Quand il entra à nouveau dans la chambre, il s'efforça de ne pas faire de bruit en marchant. Elizabeth dormait paisiblement après l'épuisante épreuve. Mrs Reynolds prit le bébé et le porta dans son berceau. Elle connaissait la relation existant entre ses maîtres et elle ne discuterait pas avec lui comme la fois précédente. La gouvernante se retira donc pour superviser la préparation du souper, laissant à Darcy le soin de son épouse. Il profita de son sommeil pour aller dans sa chambre se changer.

« Cette couleur te va très bien, elle fait ressortir tes yeux, - lui dit Elizabeth dans un murmure en le voyant rentrer dans la pièce, concentré sur le nœud de sa cravate.

- T'ai-je réveillée ? »

Elle nia de la tête. Elle avait les cheveux défaits, tombant sur l'oreiller, et quelques mèches collées à son front par la sueur. Darcy prit un linge qu'il plongea dans l'eau fraîche, avant de le passer sur son visage aux traits tirés. Elle apprécia le contact froid sur sa peau et sourit. Il s'assit à côté d'elle, lui prenant la main et l'embrassant. Elle rendit le geste en plongeant ses doigts dans ses cheveux.

« Ton père dit qu'il est tout pareil à toi lorsque tu es née, - lui raconta-t-il.

- Pour la ressemblance physique ou l'impatience à naître ? – demanda-t-elle sur le ton de la plaisanterie, lui caressant toujours les cheveux.

- Pour la ressemblance, je suppose. Il a la chevelure plus abondante et sombre que William à la naissance. Mais je n'ai pas encore vu ses yeux.

- Es-tu déçu ? » s'inquiéta-t-elle. Le sexe de son bébé ne lui avait pas du tout importé, souhaitant avant tout qu'il soit sain.

« Déçu ? Pourquoi devrais-je l'être ?

- Ce n'est pas la petite fille que tu voulais.

- Lizzie, tu sais que parfois tu peux être sotte. Jamais je ne serai déçu d'une telle chose. La seule chose à laquelle je pense à présent c'est combien je suis chanceux qu'ils aillent tous deux bien, qu'ils soient forts et en bonne santé. Je ne pourrais pas être plus fier de toi. »

Soulagée, les yeux d'Elizabeth se mouillèrent de larmes. Darcy s'approcha et l'embrassa sur les lèvres.

« Bien qu'il y ait un mauvais côté à tout ça… - ajouta-t-il peu après.

- Quoi donc ?

- Je devrai supporter les plaisanteries continuelles de Richard. »

A la tombée de la nuit, à l'heure du coucher de William, Darcy l'amena faire la connaissance de son petit frère. Il était bien petit pour comprendre vraiment ce qui se passait, autant que son père ait passé la moitié de l'après-midi à lui expliquer pourquoi il ne pouvait pas voir sa maman.

Elizabeth était assise dans le lit, essayant de nourrir le nouveau-né entre ses pleurs et ses gémissements. William entra dans les bras de son père et son visage s'illumina à la vue de sa mère. Il tendit ses bras vers elle, mais Darcy le retint. William parut surpris qu'Elizabeth ne se lève pas, puis il se rendit compte que ses bras étaient occupés. Il signala de ses petits doigts le bébé, interrogeant du regard son père.

« C'est ton frère, James. A présent, tu es grand frère et tu devras prendre soin de lui, » lui expliqua Darcy. Elizabeth rit de cette explication sérieuse que le petit garçon s'efforçait de comprendre. Elle cessa d'allaiter le bébé et le reposa sur les genoux de William.

« William, voici ton frère. Vois-tu comme il est petit ? » Son fils aîné la regarda en hocha la tête. « Comme il est tout petit, Maman et Papa vont devoir beaucoup s'occuper de lui. Mais nous t'aimons beaucoup. Veux-tu être un gentil grand frère ? » Le petit hocha encore la tête, sans bien comprendre ce qu'on lui expliquait. « Bien. Maintenant, souhaite-moi bonne nuit, ainsi qu'à ton petit frère. »

William embrassa James sur le front et le bébé se mit à gigoter. Après tout, il semblait que les paroles de Mr Bennet aient valeur de présage, songea Elizabeth : James paraissait être peu patient.

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Un mois plus tard, le tempérament du nouveau petit Darcy était connu de tous. C'était un très bel enfant aux cheveux sombres et aux yeux en amandes. Leur couleur était un mélange du bleu intense de ceux de son père, et du noir profond de ceux de sa mère. Chacun s'accordait à dire qu'il était superbe, mais c'était un pleurnicheur et tout devait tourner autour de lui. Après un mois passé avec le bébé dans la même chambre sans pouvoir se reposer une nuit entière, Darcy était de méchante humeur et plus taciturne qu'à l'ordinaire.

« Mrs Darcy, je dois vous parler, » dit-il à son épouse tandis qu'elle prenait avec les enfants un peu d'air et de soleil.

Qu'il prenne ce ton avec elle n'était pas coutumier, et elle se prépara mentalement à une querelle. « Que se passe-t-il, Mr Darcy ? – s'enquit-elle en entrant dans son bureau, insistant avec humour sur le titre de son mari.

- Je suis arrivé à la conclusion qu'il est temps que James aille dormir dans la nursery, » déclara-t-il avec grand sérieux, les mains nouées derrière le dos. Elizabeth se demanda si cette pose était destinée à dissimuler sa nervosité.

« William est resté avec nous beaucoup plus longtemps, - remarqua-t-elle.

- William était un ange comparé à James, - répliqua-t-il, déterminé à faire valoir sa décision.

- Je t'ai déjà dit que je n'aime pas les comparaisons, - s'agaça-t-elle. – William est d'une sorte, et James en est d'une autre. Les deux sont nos enfants. Je détestais que l'on me compare à Jane, cela me faisait sentir insignifiante et mal à l'aise. »

Darcy hocha la tête mais ne changea pas d'opinion. « Nous avons besoin de dormir, et il ne s'agit pas de l'abandonner. Nous le déplaçons que de quelques mètres.

- Je vois que tu as pris ta décision, malgré que ce soit ma chambre, - lui rappela-t-elle.

- Mais c'est ma maison, » rétorqua-t-il, sèchement.

Elizabeth le fusilla du regard et fit une courbette moqueuse. « Comme vous le désirerez, mon seigneur, » répondit-elle. Darcy avait remporté une bataille, mais la guerre ne faisait que commencer.

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Darcy était réellement offensé du traitement que lui faisait subir son épouse. Depuis leur dispute, elle l'appelait "monsieur", avec solennité et des manières exagérées. Il était plus qu'évident qu'elle entendait souligner le fait qu'il ait prit une décision sans la consulter, et désormais elle se comportait comme s'il était son maître et non son époux. Darcy trouvait cela injuste envers lui, après tout il était normal que le mari prenne des résolutions sans nécessairement chercher le consentement de sa femme. Normal… dans d'autres familles, finissait-il pas conclure.

Aussi peiné et ennuyé qu'il fut de la situation, il savait qu'il avait bien fait de faire sortir James de la chambre conjugale, et il espérait que tôt ou tard la contrariété d'Elizabeth se dissiperait.

La lettre qu'il reçut ce matin-là n'alimenta pas ses espérances. Lady Catherine, sa tante qui s'entendait si mal avec son épouse, pensait venir passer le reste de l'été à Pemberley pour connaître le nouveau membre de la famille. Il maudit en silence la situation qui s'annonçait et choisit de repousser la communication de telles nouvelles à son épouse à après sa chevauchée quotidienne.

Elizabeth descendit les escaliers les plus proches du bureau de son mari. Elle était encore un peu fâchée contre lui pour l'attitude qu'il avait montrée, mais malgré son entêtement elle devait reconnaître qu'éloigner James avait été une bonne chose. Cela dit elle ne pensait pas en faire part à son époux, préférant plutôt le "torturer" avec ses commentaires sarcastiques. Tandis qu'elle se dirigeait vers le bureau, elle songeait à la raison qui l'amenait là, mais en entrant elle découvrit que la pièce était vide. Elle se dirigea vers la bibliothèque, mais il n'y était pas non plus.

« Olivia, avez-vous vu Mr Darcy ? – interrogea-t-elle une des filles du jardinier, qui avait grandi dans la demeure.

- Oui, madame. Il vient de sortir, vers les écuries. »

Elizabeth à son tour maudit en silence sa mauvaise chance. Dernièrement, il s'ingéniait à la fuir le plus possible. Soudain, elle se rappela la relation qu'avaient ses parents et se rendit compte combien elle agissait mal en se laissant emporter par son orgueil. Elle ne voulait pas que son époux l'évite en se cachant dans un coin de la demeure comme le faisait son père avec sa mère. Aussi, malgré la chaleur intense, elle décida de sortir se promener en espérant le rencontrer.

Comme toujours lorsqu'elle entamait l'une de ses promenades, elle se vit bientôt plongée dans ses pensées tandis qu'elle admirait les verts champs bordés de bois touffus. L'ombrelle la protégeait du brûlant soleil d'été, mais sa robe encore de deuil semblait vouloir la suffoquer.

Arrivant à un coude de la rivière, où l'eau coulait paisiblement, elle s'assit sur le sol sous un vieil if. C'était un endroit isolé, un refuge qu'elle cherchait lorsqu'elle voulait être seule et même se baigner. Elle commença à retirer ses vêtements derrière l'arbre, après avoir vérifié qu'il n'y avait personne aux alentours. Elle délaça son corset et avala une grande bouffée d'air. Elle sonda l'eau du bout du pied pour en tester la température. Elle sourit à elle-même en sentant la fraîcheur agréable et plongea, s'immergeant dans l'onde claire. Son père lui avait apprit à nager quand elle était petite dans la rivière qui traversait leur propriété et depuis, elle profitait de cette activité quand elle pouvait.

Tout à fait distraite, elle entendit soudain un cheval approcher. Elizabeth se pressa pour sortir de l'eau, mais le peu de vêtements qu'elle portait lui collaient au corps et elle n'aurait pas le temps de se rhabiller. Elle se replongea dans l'eau jusqu'au cou, essayant de se cacher. Elle entendit le cavalier s'arrêter et mettre pied à terre, sûrement intrigué par les vêtements sur le sol près de l'arbre.

« Mrs Darcy, avez-vous pour habitude de vous déshabiller pour vos promenades ? – demanda une fois familière à Elizabeth.

- Dieu merci, c'est toi ! J'ai failli avoir une attaque, » s'exclama-t-elle soulagée, les mains sur les yeux pour occulter le soleil et pouvoir voir le visage de son époux.

Elle se redressa pour sortir de l'eau, mais se submergea à nouveau en se rendant compte de sa presque nudité. Darcy dissimula sa contrariété face à la réaction de sa femme. Un instant, il se souvint que cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu la vision de son corps nu.

« Aide-moi à sortir, » le pria Elizabeth en tendant le bras hors de l'eau. Il se rapprocha de la rive et tendit la main. Elizabeth la prit et, prenant appui dans la rivière, elle tira avec force pour le faire tomber.

L'expression surprise et incrédule de son époux la fit éclater d'un rire sonore. Darcy était debout, tout habillé et ses bottes disparaissant sous l'eau. Ses cheveux mouillés lui tombant sur le visage, il les écarta de ses yeux et la regarda avec sévérité. Elle tenta de contrôler son rire, mais en vain.

Il franchit les deux pas qui les séparaient et l'embrassa violemment. Ses mains commencèrent à parcourir les contours du corps de son épouse à travers le tissu fin et transparent. Elizabeth sentit un frisson la parcourir : sa tâche de mère l'absorbait et lui avait fait oublier son devoir d'épouse. Le contact passionné de ces lèvres si familières lui rappela combien elle désirait Darcy. Rapidement, ils se défirent de leurs vêtements mouillés qu'ils jetèrent sur la rive. Mais la crise de rire la reprit en le voyant essayer de retirer ses bottes pleines d'eau.

Son rire paraissait provoquer plus de désir en lui, car il la reprit dans ses bras pour la caresser fiévreusement. Il la prit par la taille et la souleva, ils pouvaient sentir chaque centimètres de leurs peaux collées. Elizabeth l'entoura de ses jambes er leurs corps s'unirent dans la fraîcheur de la rivière.

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Les vêtements de Darcy étaient encore assez mouillés malgré avoir été étendus sur le sol. Ils se prélassaient à l'ombre des arbres, enlacés et exténués, après avoir de nouveau fait l'amour sur la pelouse. Ils n'avaient que leurs sous-vêtements, et la tête d'Elizabeth reposait sur le torse de Darcy.

« C'est la seule bonne chose de nos disputes, - réfléchit-elle à voix haute.

- Je le sais. Les réconciliations sont notre spécialité, - répondit-il sur le ton de la plaisanterie. – Mais, mon amour, elles ne valent pas tant de souffrance. »

Elle rit de ce commentaire. « Je veux bien reconnaître que je me suis comportée de façon irréfléchie, si tu reconnais que tu as été autoritaire, - dit-elle en s'asseyant, tandis qu'elle lui tendait la main pour sceller la paix.

- Me jetteras-tu encore à l'eau ? – demanda-t-il en feignant l'offense.

- Tu as glissé, - répliqua-t-elle avec malice, avant de l'embrasser.

- Il est temps de nous rhabiller et rentrer avant que quelqu'un ne passe par ici et nous surprenne dans cette honteuse situation, » annonça-t-il en faisant un effort pour se lever. Ils s'habillèrent le plus décemment possible et Darcy lui fit signe de monter à cheval.

« Je préfère marcher, tu le sais.

- Mais nous arriverons plus tôt si nous allons à cheval, - répondit-il, et connaissant la frayeur de son épouse pour la monte, il ajouta : - Je tiendrai les rênes et je promets de ne pas te laisser tomber. »

Elle céda à contrecœur et monta avec crainte. Il se plaça derrière elle et l'entoura de ses bras. Leur monture partit d'un pas lent, en raison du poids des deux cavaliers, et Elizabeth se sentit si confortable appuyée contre son mari qu'elle oublia ses peurs et se mit à apprécier la promenade.

« Je crois que James a hérité de ton tempérament. Il a toujours les yeux vifs et grands ouverts, comme pour observer tout ce qui se passe aux alentours. De plus, si on n'accède pas immédiatement à ses besoins, il se met tout de suite à pleurer. »

Elizabeth lui décocha un coup de coude dans les côtes en signe de protestation. « Et d'où tiens-tu toutes ces informations ? – demanda-t-elle, curieuse.

- Je vais le voir tous les jours. C'est la première chose que je fais en me levant. Mes fils et toi êtes mon plus précieux trésor, » répondit-il en arrêtant le cheval pour l'embrasser posément.

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Elizabeth était dans la nursery, allaitant James et s'efforçant d'accorder de l'attention à William, quand Darcy entra. Le bébé s'était endormi et il le prit dans ses bras pour qu'elle puisse rajuster son corsage. William apporta sa petite ardoise pour lui réclamer un dessin : il n'avait pas un vocabulaire très étendu, et les dessins finissaient par être des chiens, des chats ou des vaches.

« Lizzie, j'ai reçu une lettre de ma tante. Elle nous prévient de son arrivée vendredi prochain.

- Voilà ce qui arrive lorsqu'on fait des invitations de courtoisie. On les accepte, - répliqua-t-elle avec sarcasme.

- Nous devions la convier au baptême, cela aurait été grossier de ne pas le faire, - répondit-il pour se justifier.

- Je comprends, mais ce n'est pas toi qui devras supporter les critiques.

- J'essayerai d'être un bon époux et ne pas te laisser trop seule avec elle. »

Lady Catherine de Bourgh arriva à Pemberley avec sa voiture à quatre chevaux, deux cochers et de nombreux domestiques. On l'installa dans ce qu'elle appelait sa chambre, et durant le thé elle se plaignit de la fatigue du voyage pour quelqu'un de son âge.

« Neveu, attendez-vous que je meure pour m'amener vos fils ? – demanda-t-elle d'un ton sans réplique, tandis qu'ils étaient au salon après le repas.

- Je suis désolée, Lady Catherine, mais j'ai songé que vous souhaiteriez vous reposer, et deux petits enfants sont souvent un peu trop vifs, - s'excusa Elizabeth, en faisant signe à un domestique d'envoyer chercher les enfants et leur bonne.

- Mrs darcy, je vois que vous portez encore le deuil. Cela vous sied, on dit que le noir amincit et je vois que votre silhouette n'est plus celle d'avant, - remarqua la grande dame, faisant allusion à quelques possibles kilos en trop.

- Il y a quelque chose d'étrange avec vous, Lady Catherine : je ne sais jamais si je dois prendre vos commentaires comme des éloges ou des critiques. Je choisirai de croire que vous m'avez complimentée sur ma toilette, » répondit Elizabeth avec ironie.

Darcy allait intervenir, pour dire que le corps un peu plus voluptueux de sa femme lui plaisait davantage que son extrême minceur lorsqu'ils s'étaient mariés. Mais sagement, il choisit de se taire, ne sachant pas si elle le prendrait bien ou mal.

La bonne d'enfant fit son entrée au salon avec les deux petits de la famille, et immédiatement Lady Catherine fit remarquer que William avait le même port que Darcy.

« Je ne me trompe jamais ! A peine l'avais-je vu lorsqu'il était nourrisson je vous ai dit, neveu, qu'il avait tout d'un Darcy. » Le fier neveu la remercia pour ces paroles, et l'invita à prendre James dans ses bras. Lady Catherine observa le bébé endormi avec sévérité, cherchant les traits des Darcy ou des Fitzwilliam. Soudain, le petit ouvrit ses yeux en amande et les tourna vers la vieille dame, lui adressant un semblant de sourire avant de les refermer. Lady Catherine remit ensuite l'enfant dans les bras de la bonne.

« Il ne vous ressemble en rien, sauf peut-être les lèvres. Il est trop tôt pour le dire, bien qu'il n'y a pas de doute sur qui est sa mère, - annonça-t-elle d'un ton contrarié, avant de demande : - Est-il en bonne santé ?

- Il l'est, - répondit Darcy.

- Je me réjouis de le savoir, car je souhaite être sa marraine, - exposa-t-elle sans détours.

- Comment ? » s'exclama Elizabeth en bondissant de son siège.

Darcy se leva calmement et regarda sa femme dans les yeux. « Je crois que tu devrais ramener les enfants, nous ne voudrions pas qu'ils fatiguent ma tante, » proposa-t-il, bien que ce fût un ordre clair. Elizabeth prit William par la main et sortit de la pièce en compagnie de la bonne d'enfant.

« Je crains, ma tante, de ne pas pouvoir accéder à votre requête. Depuis avant même la naissance, Richard et Georgiana ont été choisis pour parrains, - expliqua Darcy d'un ton qu'il espérait conciliant.

- Cela n'a pas d'importance ! Je sais que Georgiana cèdera sa place si vous l'informez de l'honneur que je vous fais.

- Elle le ferait sûrement. Mais je ne lui demanderai pas. Je suis navré de devoir décliner votre aimable proposition. »

Lady Catherine le regarda avec colère. « Vous êtes un imbécile ! Ne savez-vous pas que je n'ai pas encore décidé à qui léguer Rosings et le reste de mes biens ?

- Ma tante, sachez que je vous respecte pour être la sœur de ma chère mère, mais n'ai pas besoin de votre charité. Vous pouvez céder Rosings à qui vous semblera, et qui sûrement vous sera éternellement reconnaissant. Comme je le suis d'avoir une sœur si aimante, et comme l'est mon épouse d'avoir trouvé en elle une grande amie.

- Je ne remets pas en cause le fait que Georgiana soit un choix excellent… - commença-t-elle, essayant de réengager la bataille.

- Nous le savons. Georgiana est le meilleur choix. Elle est affectueuse, considérée et dévouée. Elle a pris soin de moi ces derniers mois, et est restée avec moi durant la naissance, » interrompit Elizabeth, qui était revenue sans qu'ils s'en rendent compte.

- Vous devriez y songer. Pemberley est important, mais si vous l'unissiez à Rosings, vous seriez l'une des plus riches personnes du royaume. Je vous donne jusqu'à demain, - offrit Lady Catherine, tandis qu'elle se levait pour se retirer.

- Cela n'est pas nécessaire, ma tante. J'ai la richesse qu'il me faut, - répondit fermement Darcy, en prenant la main de son épouse. – Une famille que j'aime et un domaine qui m'appartient. »

Lady Catherine était décidée à prendre la mouche, quand les mots d'Elizabeth rattrapèrent sa conscience.

« J'espère que vous ne le prendrez pas comme une offense. Vous faites partie de la famille dont parlait Mr Darcy, et je sais qu'un éloignement ne le rendrait pas du tout heureux. De plus, je n'ai pas eu de temps pour les préparatifs du baptême, et j'aurais besoin d'aide, - mentit-elle effrontément.

- Nous nous verrons demain, - annonça Lady Catherine sans se retourner. Et avant de sortir, elle ajouta : - Avec deux petits enfants, je ne sais s'il y aura assez de temps pour préparer une réception convenable. Je vous aiderai à l'organiser. »

Elizabeth se tourna vers son époux et leva les yeux au ciel en signe d'agacement. Darcy l'enlaça et l'embrassa.

« T'ai-je dit que te me parais très séduisant lorsque tu t'opposes à ta tante ? – dit-elle avec malice.

- Et je te trouve irrésistible quand tu es manipulatrice, - répondit-il sur le même ton, l'embrassant à nouveau.

- Ce sera un supplice de la supporter. Tu me revaudras ça, - affirma Elizabeth en le pointant du doigt.

- Que dirais-tu de monter dans notre chambre et commencer à solder cette dette ? – proposa Darcy en l'embrassant dans le cou.

- William, il est tôt ! – s'exclama-t-elle, amusée.

- Tu sais que je n'aime pas avoir de dettes, » lui susurra-t-il à l'oreille.