L'hôtel était situé à l'ouest de Poivressel, non loin du marché. Ce dernier semblait être le point névralgique du commerce de la région. En ouvrant la fenêtre de leur chambre, ils pouvaient entendre la criée des commerçants et les mélodies jouées à l'improviste par des saltimbanques de passage.

La peau des deux amants était à présent aussi grise que des nuages de pluie et ils commençaient tous deux à se sentir assez mal. Le Vokit sonna et un message leur était adressé de la part de Théo: "L'eau chaude accélère le processus." Sans plus attendre, ils se ruèrent sous la douche et firent couler une eau presque brûlante. La suggestion de l'entomologiste semblait porter ses fruits car Max tomba a genoux en se tenant le ventre. Aurélia le suivit bientôt. Tous deux se tordirent de douleur tandis que leurs corps reprenaient leurs apparences initiales. Mike se sentit grandir brutalement et il eut la sensation que ses os lui brûlaient la chair. Polly pleurait à chaudes larmes tandis que sa silhouette s'affinait peu à peu. Une vague de douleur manqua de peu de lui faire tourner de l'œil, mais en respirant à fond et en faisant de son mieux pour garder son calme, Mike parvint à se relever avec peine. Il traîna Polly inconsciente de toutes ses forces et parvint avec difficulté à la placer sur le lit. Elle semblait se reposer du sommeil du juste.

Après tout ce temps à la voir en Max, elle était enfin redevenue la mystimaniac qu'il adorait. Son entrejambe ne le trahissait pas non plus, tout était revenu à la normale de ce côté là aussi. Poussant un soupir de soulagement il s'allongea à côté de sa petite amie en souriant. Tout était rentré dans l'ordre à présent. Puis en se laissant border par les bruits provenant du marché, il s'assoupit tranquillement, le cœur léger.

Ce fut la faim qui le réveilla. Son estomac grondant lui rappelait qu'un repas n'était pas du luxe. En se relevant, il vit Polly assise au bord de lit, qui regardait ses mains d'un air absent. Le dresseur murmura:

- Polly?
- mmmh?
- Tout va bien?!
- Oui...
- On dirait vraiment pas...
- Si c'est juste que...pfffffffrt HAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHA!
- Qu'est-ce qu'il y a?!
- Hahahahahahaha! Tu... hihihihihi, tu a gardé ton hahahahahahahahahahahahahaha maillot de bain!

Mike réalisa soudain qu'il ne s'était pas changé depuis la transformation, et son corps masculin déformait de façon grotesque le maillot qu'il portait étant fille. Extrêmement embarrassé en se rendant compte de la situation, le garçon se précipita à la salle de bain en se changea en remettant son épaisse tunique. La honte passée, il retourna dans la chambre ou Polly, hilare, se tenait pour ne pas tomber en riant. Puis en écrasant une larme due à son fou rire, elle serra son compagnon dans ses bras. Et lui dit:

- Ça va. C'est juste que ce n'était pas désagréable d'être un garçon banal, personne ne regarde ta poitrine et ça ne siffle pas quand tu sors un peu les fesses...
- Je comprends tout à fait. Et si tu veux opter pour une tenue masculine je comprendrait tout à fait tu sais?
- Et ressembler à un sac informe? Non merci!
- Tu peux trouver un compromis...
- Je suis une femme, j'ai des formes et je vais les assumer. Si je dois choisir mes habits à cause des autres, c'est la déchéance!
- Je voulais pas...
- Ne t'en fait pas. Des mecs idiots il y en a eu avant que je te rencontre et après. L'essentiel c'est que je te plaise à toi!
- Oh... fit le dresseur en rougissant légèrement. C'est gentil...

Il se releva et chercha un verre d'eau pour se rafraîchir. C'était l'après midi et le soleil était brûlant, même à l'ombre il faisait chaud. Alors qu'il buvait, Polly claqua des doigts et se changea. Elle portait à son tour un maillot de bain une pièce, de grandes lunettes et un chapeau à larges bords. Le garçon manqua de s'étrangler en buvant quant il la vit. Essayant de sauver les apparences, il fit comme si de rien n'était et fit demi tour pour poser son verre. En se regardant dans le miroir, il inspira profondément. Voir Polly dans une tenue qui épousait ses formes et les mettait en valeur lui avait immédiatement rappelé qu'il était un garçon. Il rougit énormément en essayant de chasser les pensées salaces qui pointaient le bout de leur nez dans son esprit. Il murmura pour lui même:

- Bon sang... pourquoi est-ce que ça me travaille autant... Quelle honte, à peine mon corps récupéré et j'ai déjà l'impression d'être un pervers...
- Eh bien tu es mon pervers... susurra Polly en arrivant derrière lui par surprise.
- É-écoute Polly, je...Euh...

Elle avait glissé ses mains par les ouvertures de manches de son habit et les laissait glisser sur son torse lentement.

- Tu quoi? Murmura t'elle langoureusement.
- Je ne sais pas si... Euh...enfin, on vient de récupérer nos corps...
- Oui, et alors? Tout semble rentré dans l'ordre...

Il sentait son cœur battre à tout rompre et sa température monter rapidement. Le contact des mains de la fille sur sa peau avait déclenché ses pulsions intimes. Mais cette fois c'était très perturbant dans la mesure où il avait un peu peur de ne pas se retenir. Les sensations étaient exacerbées et décuplées, d'un point de vue biologique, il avait l'impression d'être assis sur un volcan sur le point d'entrer en éruption et il n'osait pas vraiment l'avouer.

- Si... Si on fait ça ce soir ou demain, ça irait aussi, hein, c'est pas parce que nos corps ont repris leur genre d'origine que tu doit te sentir obligée de...
- Je ne suis obligée de rien du tout... chuchota t'elle avec une voix extrêmement sensuelle.
- P-polly, je ne crois pas que ce soit v-vraiment une bonne idée!
- Moi je suis certaine que c'est la meilleure des idées! Rugit t'elle en retirant sa tunique.

Elle le tira en arrière et ils tombèrent tous deux sur le sol de la salle de bain. La jeune fille se jeta sur son amant en l'embrassant plus passionnément qu'elle ne l'avait jamais fait auparavant. Ses mains parcourent le corps de son petit ami sur toute sa surface. Elle sollicita manuellement son plaisir sans toutefois aller jusqu'au bout. Elle avait remarqué qu'il était sur la réserve et elle souhaitait voir ce qui se passerait en franchissant ce seuil.

A plusieurs reprises elle le fit languir et désirer, ses gestes à lui se faisaient de plus en plus fébriles tant il essayait de se contenir. Mais brûlante de plaisir et de désir elle fit sauter les dernières parcelles de retenue de Mike. Il la porta soudainement à bout de bras pour la prendre. Le plaisir était tel qu'elle en eut le tournis. Chaque millimètre carré de sa peau n'était plus que plaisir. Chaque goutte de son sang n'était plus que désir. Une vague plus bouillonnante que du métal en fusion l'engloutit et elle se mit à gronder et siffler alors qu'elle lacérait la peau de son amant de toutes ses forces. De son côté son amant n'était plus guidé que par les sensations de son corps. La prenant sauvagement, ils glissèrent contre le mur de la salle de bain. Il avait l'impression d'être un brasier inextinguible et affamé, et Polly était ce qu'il consumait. Elle passa aux morsures, bien plus violentes que d'habitude mais son amant ne semblait pas incommodé le moins du monde. Lorsqu'elle sentit la dernière vague monumentale de plaisir arriver, elle rugit de plaisir et planta ses doigts qui étaient presque des griffes à présent, profondément dans les omoplates de son compagnon. Il s'abandonna dans un dernier soubresaut et ils tombèrent tous les deux dans l'encadrement de la porte, en sueur et rouges comme des braises. A bout de souffle, Polly articula:

- Qu'est ce que...*pfouh* il...*hah* s'est...*hah* passé?!
- Au-Aucune idée... répondit le garçon comme s'il sortait d'un exploit sportif. Mais...*pfouh*...C'était... plutôt intense...*pfuh*

Elle s'adossa contre le lit, reprit son souffle et plaisanta:

- Je vais porter ça plus souvent?
- P-pourquoi? Fit le dresseur, gêné.
- Tu ne m'a même pas déshabillée, tu as juste frayé ton chemin... fit elle en souriant.
- Désolé... répondit-il en se grattant le cou.
- OH! MIKE! Fit-elle en écarquillant les yeux et en portant la main à sa bouche dans une mine choquée.
- Quoi?
- R-regarde toi!

En se relevant, il s'approcha du miroir de la salle de bain et vit son corps couvert de sillons sanglants là où sa compagne l'avait griffée. En se tournant il vit que le haut de son dos ressemblait à un champ labouré par une machine brutale. Polly était au bord des larmes en le regardant. Il retourna vers elle en se rhabillant, puis en se mettant accroupi, il demanda:

- Hé! Pourquoi tu pleures?
- C'est de pire en pire, je ne me suis pas retenue et...
- Je vais bien! S'exclama t'il! Regarde! Tralalala je danse!
- Oh Mike, tu ne changeras jamais... répondit-elle en souriant.
- Je te promets que ça va bien...
- D-d'accord.
- Promis.

Il lui tendit la main et l'aida à se relever. Ils s'étreignirent dans un câlin affectif pendant un long moment, chacun gardant le silence pour profiter de l'autre. Ils furent interrompus par le Vokit qui se mit à sonner. Mike le prit et décrocha:

- Allô?
- Ah enfin! J'ai cru que tu m'avais oubliée! Fit une voix féminine à l'autre bout.
- Strykna?!
- Ça fait des mois que j'attendais que tu m'appelles! Ta... copine avait promis que tu m'appellerais à ton réveil!
- J'ai...Euh... j'ai été plutôt occupé et...
- Bon, au moins tu es remis... Maintenant que je t'ai, je voulais savoir où tu es!
- Je...enfin nous sommes à Hoenn actuellement et...
- Hoenn? Parfait! Iriiiiiiiis! Ils sont à Hoenn! Cria la championne d'une voix stridente. On peux faire un petit détour? Alleeeeeeez s'il te plaît!

Il entendit la maîtresse de la ligue d'Unys marmonner quelque chose et l'instant d'après, le ton joyeux de la championne d'Ondes Sur Mer donnait la réponse:

- Parfait! Vous êtes où?
- Poivressel.
- Vous partez bientôt?
- A vrai dire on comptait profiter de la plage et...
- Ohlala mais c'est génial! On arrivera d'ici deux jours!
- Trois si tout va bien!

Cria Iris en arrière plan:

- Si tu emmène de nouveau quinze tonnes de fringues mon Drattak sera mort d'épuisement avant l'arrivée!
- Pas quinze tonnes!
- Non quatorze!
- Ne l'écoute pas Mikey-chou. On se donne rendez vous sur la plage dans trois jours!

La conversation fut terminée et il posa le vokit et Polly éclata de rire:

- Hahahahahahahahahahahahahaha! "Mikey-chou!" Hahahahaha encore pire que ta mère! Hihihihihi!
- Oh ça va hein...
- Te vexe pas... "Mikey-chou"! Pfffffffrt hahahahahahahahaha!

Poussant un soupir, le dresseur rajusta sa tenue et retourna boire de l'eau. Il faisait bien trop chaud pour avoir les idées claires. Puis, étonné, il demanda:

- Attends un peu...
- Quoi donc?
- Elle va venir et tu ne dis rien? Tu te vexes pas et tu râles pas?
- Hahaha, eh tu me prends un peu pour une abrutie là...
- Mais pas du tout!
- Regarde ça! Fit Polly en se déhanchant lascivement. Elle rivalisera jamais!
- ... exact.

Elle afficha un gigantesque sourire satisfait et claqua des doigts pour s'habiller d'une robe légère et d'un grand chapeau.

- Je meurs de faim...
- On a qu'à sortir manger quelque chose!
- Excellente idée!

Ils se rendirent main dans la main au marché. Il était à présent presque quinze heures trente et la foule défilait dans le le lieu bondé. Partout des marchands vous vendaient des camelotes censées révolutionner votre vie mais derrière on constatait rapidement que c'était du matériel bon marché. Il y avait les stands où les commerçants criaient plus fort les uns que les autres, chacun essayant de vendre son produit plutôt que celui du voisin. Des montagnes de viandes diverses et parfois douteuses s'empilaient au milieu des stands entre deux cultivateurs de baies ou encore des producteurs de fromage. La compagne de Mike semblait extrêmement curieuse à tout ce qui l'entourait et faisait défiler un regard intéressé sur tout ce qui passait à sa portée.

Après la nourriture, ce fut la section des marchands de tissus. Ou vous vantait des tapis venus tout droit d'une tribu dracologue à Sinnoh, évidemment tous tressés en écailles de Dracolosse et de Carchacrok. D'autres vous certifiaient que leurs soieries étaient brodées avec des cocons de Prismillion, garantissant ainsi à vos tentures un scintillement à rendre jaloux votre voisine d'en face. Le garçon eut un sourire, c'était typiquement le genre d'âneries que sa mère était susceptible d'acheter en croyant l'escroc qui se faisait passer pour un vendeur. Et dans les derniers rangs se trouvaient les vendeurs de bibelots et de bijoux eux aussi venant d'endroits incroyable et dont la puissance mystique pouvait révéler votre talent inné et faire de vous le meilleur des dresseurs. Encore de l'attrape gogo...
Sa petite amie elle en revanche semblait très attirée par une bague tout à fait banale. Il leva les yeux au ciel en lui tirant la main:

- Pollyyyyyy... allez viens, t'as pas besoin de ça...
- Mais attends! Regarde comme elle est jolie!
- Çà n'en reste pas moins une arnaque!
- C'est rien du tout huit P$!
- Quoi?! Huit! Pour un bout de ferraille tordue?! C'est plus de l'escroquerie, c'est du vol!
- Pfffffff... rabat-joie... maugréa t'elle.

Ils firent demi-tour pour acheter de quoi manger. Mike se prit un pain fourré au fromage d'Ecremeuh et Polly opta pour des brioches aux graines d'Heliatronc. Cependant elle restait partiellement maussade jusqu'à leur retour sur la plage. Une fois arrivés, elle prit rapidement sa forme initiale sans projeter l'holoavatar et elle emmena ses brioches en lévitant au dessus du sol et alla se poser sur un haut rocher et tourna le dos à son dresseur.

Mike relâcha les autres Pokémons qui coururent tous dans l'eau pour se rafraîchir. Desséliande laissa tremper ses racines en faisant des ronds dans l'eau, Tutankafer se laissa flotter comme une boîte qui dériverait en mer, saisit Dimoclès et se servit des deux épées comme des pagaies. Moyade effectuait des acrobaties complexes dans l'eau en chantant. Au loin, l'astre solaire était dans sa course descendante et Mike vint s'asseoir sur les racines de Desséliande pour y laisser tremper ses pieds aussi. Il mangea tranquillement son pain qu'il partagea avec l'arbre. Ce dernier absorba des nutriments dans l'eau et fit pousser des baies Sitrus fraîches. Mike en mangea quelques unes pour le dessert. Il risqua un coup d'œil vers Polly mais au moment où elle s'aperçut qu'il lui tendait une baie de là où il était, elle fit la grimace et lui tourna ostensiblement le dos, une fois de plus. Le fond de l'air était tiède et la chaleur nettement plus supportable avec les pieds au frais dans l'eau. Il perdit son regard sur l'horizon en laissant son esprit vagabonder.

Après presque une heure de contemplation il fut tiré de sa méditation par un étrange bruit. Il tourna la tête partout mais ne vit rien, puis il se concentra un peu et entendit très clairement dans sa tête:

- A...e..e! ...E... op...f!
- Tutankafer?! Je ne t'entends pas bien, qu'est ce qu'il se passe?!

D'instinct il ouvrit les yeux et scruta la mer. Il vit au loin les écharpes de Dimoclès entrain d'être agitées. Le dresseur se frappa le front du plat de la main et geignit:

- Oh le con, il a été emporté par le courant.