Chapitre 50 : Les bienfaits inattendus de l'hygiène dentaire

- Comment va le Grand Patron ?

L'appel venait de Morgan, mais toute l'équipe était rassemblée autour de lui et écoutait après qu'il ait mit Rossi sur haut-parleur.

- Reid avait raison. La couleur rouge en était un autre. Maintenant il s'épuise mentalement à essayer d'anticiper les actes de Lewis et prédire la nature des autres ancres, déclencheurs, ou peu importe comment tu veux les appeler, qui attendent d'exploser.

Reid se pencha en avant, haussant la voix pour couvrir le bourdonnement des activités ayant lieu à l'extérieur de la salle de conférence du commissariat où ils s'étaient rassemblés pour prendre des nouvelles de leur chef en privé.

- Qu'est-il arrivé quand vous avez montré du rouge à Hotch ? A-t-il attaqué ?

- Non. L'opposé, en fait. Il s'est reculé et s'est replié sur lui-même, en essayant d'y échapper. Il n'a pas attaqué de la même manière qu'avec la phrase utilisée en déclencheur.

- C'est bien ! C'est très bien…

L'enthousiasme de Reid n'atteignit pas Rossi.

- Je suppose. Mais tout ce que ça veut dire, c'est qu'il y a encore plus de ces choses.

- Non ! Rossi, cela veut dire que nous sommes sur la bonne voie. Je pensais que Hotch était quelqu'un de plus auditif, et sa réaction le confirme. Le vrai point positif est que je parie que les autres déclencheurs ne provoqueront pas de réactions aussi violentes que la première, qui était reliée à son sens dominant. S'il y en a d'autres…

- Reid ! le coupa Rossi dans ses effusions pleines d'espoir. Sa réaction a été très violente lorsqu'il a vu du rouge pour la première fois. Non… disons pour les premières fois… au pluriel. Quand il a vu ton écharpe, puis quand il a ouvert le paquet de sucreries rouges, à chaque fois il a vomi ses tripes. C'est plutôt violent ça pour moi.

- D'accord, d'accord…

Spencer lutta pour ralentir et communiquer plus efficacement. Le fait que le concept soit pleinement formé et éclatant dans son esprit ne signifiait pas qu'il soit accessible aux autres.

- « Violent » n'était peut-être pas le bon mot. Hotch n'a pas été agressif avec le déclencheur visuel. Il a été utilisé plusieurs fois, mais quand vous l'avez désarmé en le nommant… en faisant en sorte qu'il en soit conscient… il n'a pas eu de réaction agressive ni fait preuve de violence. Et maintenant, il en est libéré. C'est une bonne chose, Rossi !

Un soupir abattu parvint par le haut-parleur.

- Peut-être. Il ne le voit pas de cette manière. Et jusqu'à un certain niveau, je dois admettre que je suis d'accord. C'est une bombe à retardement ambulante. Si nous ne savons pas ce qui va déclencher une réaction, on sera toujours à l'observer… à attendre… comment va-t-il travailler si nous le scrutons constamment ?

- Comme il le fait toujours, intervint Morgan, la voix rauque en repensant au passé. Pour moi, ça ressemble à Hotch et moi juste après qu'il se soit fait poignarder par Foyet. Vous vous souvenez ? On a eu de sacrées discussions, vous et moi, Rossi. Et le Grand Chef n'était pas lui-même, mais il s'est accroché. Le truc, c'est que cette fois ce n'ira pas aussi mal, vu que je ne vais pas penser qu'il cherche inconsciemment à se faire descendre.

L'équipe ne pouvait pas voir Dave se masser les tempes et secouer la tête, mais le ton de sa voix reflétait un déni frustré.

- Ce sera différent, Derek. Il était en colère et dépressif, mais il avait un but à atteindre : attraper Foyet pour pouvoir retrouver sa famille. Cette fois, il n'y a aucun unsub à chasser. Le « méchant » est en lui. Cela ébranle sa foi en lui-même. Sans ça…

La phrase mourut, laissant chacun imaginer comment ce serait d'avoir les fondations de son identité ébranlées ; que ces fondations soient affaiblies et pourries de l'intérieur.

La voix de JJ brisa le silence :

- Peut-être qu'il n'y en a plus. Lewis n'a été seul avec Hotch que quelques heures. Jusqu'où a-t-il pu aller ?

- Suffisamment loin. Il en a déjà assez fait, même s'il n'y a que deux déclencheurs, fit Rossi avec un ton défaitiste inhabituel.

- Hotch ne supporte pas bien les drogues, JJ, continua Reid. Elles font donc plus de dégâts et le rendent plus sensible aux suggestions de l'unsub. En fait…

Il poussa un soupir nerveux à l'idée de proposer un tableau encore plus noir qu'il ne l'était déjà.

- … je parie que ces suggestions l'ont encore plus atteint que toute autre victime de Lewis. Et ces autres victimes étaient déjà sévèrement atteintes. Il en faut beaucoup pour qu'une personne qui n'a pas de tendances suicidaires se tue elle-même. Il faut une poussée psychologique phénoménale pour que quelqu'un abandonne toute valeur éthique et commette un meurtre. Hotch a été atteint plus profondément encore. Cela va au-delà de la suggestion, c'est un ordre contre lequel on ne peut lutter.

- Mais le pire était l'auditif, clarifia Kate, et vous l'avez eu. Alors le pire obstacle que Hotch doive franchir à présent, c'est son manque de confiance en lui, pas vrai ?

Une pause suivit ses paroles, alors que chacun pensait à ce qui, quand on le disait ainsi, semblait presque optimiste.

- Mais c'est un mâle alpha, c'est comme la pierre à la base de l'édifice, celle sur laquelle tout le reste repose, soupira Reid. Si c'était moi, ce ne serait pas si grave. Mais pour Hotch, c'est… c'est comme couper les tendons des pattes d'un loup alpha. S'il ne peut courir avec la meute, il s'affaiblit. Il abandonne. Il n'a plus de raison de continuer.

- Sa raison, c'est Jack.

La déclaration de Morgan était définitive et ne laissait aucune place pour un débat quand il s'agissait de la dévotion de leur chef pour son fils.

- Mais c'est à double-tranchant, Derek. Hotch ne se fera jamais confiance avec Jack s'il pense qu'il pourrait perdre le contrôle en une fraction de seconde. Cela le coupe en quelque sorte de sa famille, à nouveau… comme avec Foyet.

Rossi détestait être la voix du pessimisme, mais cela devait être dit s'ils voulaient réussir un jour à trouver le moyen de faire sortir Aaron de ce qui ressemblait à un labyrinthe mental inextricable.

C'en était trop pour Morgan. La pensée que son chef puisse être émotionnellement en lambeaux était plus qu'il ne pouvait entendre sans être pris d'un élan de rage.

- Ca ne peut pas arriver, Rossi. Pas une nouvelle fois. Vous me donnez dix minutes seul dans une pièce avec ce sale rat fureteur. Eteignez les caméras et il me dira exactement quels déclencheurs il a placé en Hotch. Il va me supplier de pouvoir les désamorcer, gronda Morgan d'une voix emplie de haine.

Il voyait toujours le visage souriant de Lewis au moment où ils l'avaient trouvé. C'était déjà assez difficile quand un unsub blessait quelqu'un de l'équipe, mais quand cela l'amusait à ce point, aussi ouvertement, une ligne était franchie.

- Sérieusement, Rossi. Organisez une rencontre. On a des pistes ici pour l'enfant qui a disparu ; ça ne devrait pas nous prendre plus d'une journée ou deux. Organisez… une… rencontre…

Dave savait exactement ce que son collègue ressentait. Mais il savait aussi que si Morgan agissait comme il le disait, sa carrière ne serait plus jamais la même. Au mieux, il serait muté et oublié à un poste qui le rendrait aigri avec le temps. Au pire, il serait incarcéré avec les unsubs qui feraient de sa vie un enfer le jour où ils découvriraient qu'il était un ancien agent du FBI.

- Désolé, Derek. Il va falloir trouver un autre moyen, soupira Rossi, résigné. Restez concentrés sur l'affaire… je vais m'inquiéter suffisamment pour nous tous.

-o-o-o-

Peter Lewis ne pouvait rester en place.

Il n'aimait pas être obligé de changer de plan.

A l'origine, il avait l'intention d'appeler Hotch une fois la boîte de Welchel's livrée. Il avait eu hâte d'entendre, dans la voix de l'agent, l'émotion qui lui indiquerait qu'il avait tapé dans le mille.

Mais cela avait demandé plus de travail pour que la livraison se passe comme il le souhaitait. Et, pour cette raison, il devait se montrer prudent dans l'utilisation de son téléphone.

Malgré tout, le besoin de composer le numéro de l'Agent Hotchner le tenaillait. Il savait que dès qu'il le ferait, sa cellule serait entièrement fouillée… retournée de toute part, alors que les gardes chercheraient le téléphone qu'ils sauraient qu'il possédait.

Si je pouvais être certain qu'ils ne le trouveront pas, cela vaudrait le coup. Allez, Peter, tu es plus intelligent qu'eux. Tu peux trouver un moyen. Et pense à la récompense si tu y parviens ! Le pauvre petit Aaron Hotchner sera une épave tremblante.

Lewis serra ses bras autour de lui en jubilant.

Quand la bulle d'anticipation joyeuse se dégonfla, il se mit à parcourir sa cellule du regard.

Les murs étaient beiges, mais là où ils étaient abimés, un simple enduit blanc avait été appliqué pour refermer les plus grandes fissures. Les petites étaient laissées tel quel, comme celle qu'il avait élargi avec attention afin de servir de cachette à son téléphone.

Si je pouvais boucher cette fissure avec le téléphone à l'intérieur, ils ne le sauraient jamais. Mais je dois pouvoir y accéder à plusieurs reprises. Cela ne fonctionnera pas avec un réel enduit, même si je pouvais trouver un moyen de m'en procurer.

L'unsub fixa la petite fissure où son téléphone, la clef de toutes ses prévisions et de son plaisir, était caché. Ses yeux errèrent vers le petit bassin qui servait de lavabo… les quelques produits de toilette auxquels il avait droit…

…et un sourire qui aurait fait frissonner le garde de nuit… Cinglé !... étira les traits farineux de Lewis.

Du dentifrice. Du dentifrice blanc. Ils ne le sauront jamais…


Anthales : Wow, que de reviews ! :D Tant mieux si on ressent moins de différence de temporalité, ça me rassure. J'ai essayé de faire attention à tous les éléments concrets qui pouvaient donner cette impression, mais ce n'est pas facile car comme tu dis ce sont parfois des détails auxquels je ne peux hélas pas grand chose. Sinon ouaip, ce sont des chapitres assez durs pour Hotch, c'est vrai, mais le pire reste encore à venir...