Salut à tous ! :)

D'abord je tiens à dire que dis-je, a crier un énorme MERDE à ceux et celle qui passent leur bac cette semaine ! Que le FORCE soit avec vous ! ;)

Ensuite, comme toujours, je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre ! Encore merci pour vos commentaires ! Il arrive que certain refasse vraiment ma journée en positif ! :D

Je remercie tout particulièrement Evie Regal qui a accepté d'être ma bêta et de relire tous mes futurs chapitres pour que la lecture vous soit plus agréable.

Et, je rappelle que je posterai le prologue de ma nouvelle fanfiction "Ne me regarde pas", mardi 26 juin, soit dans une semaine jour pour jour, en soirée.

Quelques mots sur ce chapitre : Dernier chapitre de la quatrième partie. (Pour l'occasion, il est un peu plus long) Je pense que beaucoup se doutent de ce qui va arriver, peut-être que je deviens un peu prévisible, peut-être… ou peut-être pas ! XD Mais en même temps on s'approche de la fin et j'ai promis un Happy-end.

Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas.

Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)

oOoOo

I Hear Your Voice

Free like the river Libre comme la rivière
Flowing freely through infinity Coulant librement à travers l'éternité
Free to be sure of Libre d' être sûr
What I am and who I need not be De ce que je suis et de qui j'ai besoin d'être
Free from all worries Libre de tous problèmes

Stevie Wonder - Free

Chapitre 50 : Ligne d'infini

Les mains agrippées à mon volant, j'observe les voitures qui circulent. Je passe nerveusement ma langue sur mes lèvres, le cœur battant à cent à l'heure. Je démarre mais je n'ose pas m'engager, pas encore. Je sais que je n'ai pas beaucoup de temps, que je dois le faire et que c'est maintenant. Je souffle. Si je ne m'engage pas d'ici trente secondes, j'appelle un taxi.

Je secoue vivement la tête avant de monter le volume à fond. Les premières notes de piano de Bring To Me Life d'Evanescence raisonnent. Très bien, c'est maintenant. Je passe la première et pourtant, je n'arrive toujours pas à bouger. Je baisse les yeux sur la boite à gants. Je relis encore les mots de Lexa. Je frappe le volant violemment.

-Non mais c'est pas vrai !

Je retire rapidement la clef, sors de la voiture en attrapant mon sac et le post-it. Je me précipite jusqu'à une rue un peu plus passante. Dès que j'aperçois un taxi, je fais signe. J'attends à peine qu'il se stationne pour ouvrir la portière et me glisser sur le siège arrière. Je donne très rapidement l'adresse et demande au chauffeur de faire au plus vite.

Je sens l'impatience me gagner alors que nous nous engageons dans une bretelle avec un peu plus de circulation. Putain, je ne peux pas le croire. Cette fois, je vais la tuer ! Je l'aime mais là… je vais vraiment la tuer !

Réalisant que la voiture ne bouge pas d'un pouce depuis au moins une minute, je saisis mon portable et pour la vingt-cinquième fois, je compose son numéro. Sans surprise, je tombe sur sa foutue messagerie. J'inspire profondément en regardant sa note que je chiffonne dans mon poing en grimaçant :

-Lexa, je souffle, ne fais pas ça. Je t'en supplie pas sans moi. Je… j'arrive, attends moi, je t'en prie.

Je raccroche en soupirant au moment même où la voiture reprend un peu de vitesse. J'observe les paysages presque statique par la fenêtre. Lentement, je laisse mes doigts se déplier. Je jette un regard noir à la boule de papier avant de la déplier délicatement et de la lisser sur ma cuisse.

Je sens les larmes se former dans mes yeux. Je pince l'arrête de mon nez. Je ne peux pas croire qu'elle ait l'intention de faire ça sans moi. Je relis encore et encore les mêmes mots et je ne peux simplement pas les croire.

Je croyais que nous avions décidé que si nous devions le faire, nous le ferions ensemble. Je suis certaine qu'elle a pris cette décision stupide sur un coup de tête. Je suis tellement énervée contre elle. Ne sommes nous pas censées tout affronter ensemble ?

Je me redresse alors que je commence à reconnaître quelques maisons. Je suis tellement impatiente, j'espère juste qu'il n'est pas trop tard, que je pourrai encore l'arrêter. Je me redresse un peu plus alors que nous nous rapprochons de la destination. Je grimasse en voyant la moto de Lexa devant la maison de mes parents. Elle est déjà là, évidemment qu'elle l'est déjà ! Après tout, elle avait de l'avance. Je jette presque mes billets au chauffeur avant de foncer vers l'entrée. J'ouvre la porte comme si le diable lui même me poursuivait.

-Lexa, je hurle alors que je pose à peine les pieds chez mes parents.

-Clarke ma chérie mais que fais-tu là ?

Ma mère est calme. Non mais pourquoi est-elle calme ? Je fronce les sourcils avant de serrer un peu plus le poing sur le post-it de Lexa. Je dévisage ma mère encore quelques secondes avant de réaliser qu'elle ne sait pas. Je retiens de justesse un soupir de soulagement, de toute évidence, j'ai paniqué pour rien.

-Où est Lexa ?

-Non mais c'est pas vrai, soupire Abby, tu peux la voir quand bon te semble. Vous avez été séparé à peine dix heures. Tu es au courant que vous pouvez respirer même l'une loin de l'autre ?

Ne pas s'énerver, ne pas s'énerver, surtout ne pas s'énerver. Je souffle une grande partie de l'air que j'avais retenu. Je fixe ma mère avec une détermination que j'ai rarement avec quelqu'un d'autre que Lexa. Je veux la voir, maintenant et personne ne m'en empêchera. Pas même ma mère.

-Maman, je grogne, où est Lexa ?

-Clarke, m'appelle une voix que je reconnaîtrais entre mille.

Je me décale pour l'apercevoir. Je me sens immédiatement soulagée. Cette fois, elle m'a vraiment fait peur. J'étais à ça de la crise cardiaque. Alors que Lexa trouve mes yeux, elle fronce lentement les sourcils comme si elle comprenait un peu plus, à chacun de ses pas, toutes les étapes émotionnelles par lesquelles je viens de passer en très peu de temps.

Elle s'essuie les mains sur un des vieux torchons que Marcus utilise quand il fait du jardin. Je remarque ensuite des gants anti-coupure dans la poche de son jean qui est tâché de terre ici et là. Et, il y a aussi ses pieds, elle a pris le temps d'enlever ses chaussures avant d'entrer dans la maison. Alors je comprends bêtement que Lexa est juste venue aider Marcus avec ses rosiers, ils en avaient parlé dimanche. Je suis trop bête et surtout, surtout je manque de sommeil.

-Il faut que je te parle deux minutes.

Je ne laisse pas à Lexa le temps de me répondre ou à ma mère de protester. J'agrippe le poignet de Lexa et je nous dirige immédiatement vers la porte. Je la fais passer avant moi et alors que je vois ma mère faire un pas vers nous, je claque la porte, non sans lui jeter un regard noir.

Lexa prononce mon nom tendrement. Cette douceur fait écho jusqu'à mon cœur. Je relâche la poignée que je tenais toujours fermement avant de me jeter à son cou. Je m'accroche à elle comme si ma vie en dépendait. Je la serre un peu plus fort si c'est possible, comme pour me rassurer. Je ne peux empêcher un souffle soulagé d'échapper à mes lèvres. Je ferme les yeux pour mieux me ressourcer, m'assurer qu'elle n'a pas fait la bêtise que je me suis imaginée pendant de longues, terriblement longues secondes.

-Clarke, tente de nouveau avec hésitation Lexa.

-Tu m'as fait une peur bleue, ne me refais jamais ça !

-J'ai laissé un mot, prononce prudemment la brune.

Je m'éloigne en la frappant au niveau de l'épaule. Je lui fais de gros yeux avant de brandir le post-it sous ses yeux. Je le lisse bien comme si elle avait pu oublier ses mots. Je l'agite comme si c'était une véritable arme de crime. Puis j'accuse :

-« Je suis partie discuter avec tes parents, à plus tard. Je t'aime. Lexa. », je récite, discuter, vraiment Lexa. Dis-cu-ter !

-Oh…

-Ne fais pas ça. Je t'interdis de faire ce « oh » surpris, tu n'as pas le droit ! Je… j'ai… merde, tu m'as fait super peur ! J'ai cru que… que… c'était horrible ! Pourquoi tu ne répondais pas au téléphone ? Hein ? Il est où ton foutu portable ? J'ai dû te laisser une vingtaine de messages et je ne parle même pas des sms.

-Clarke…

Lexa s'approche en prononçant mon nom. Sa voix est clairement coupable. Elle tend la main vers moi avant de la replier comme si elle réalisait tout le mal qu'elle venait de me faire involontairement. Elle baisse les yeux avant de se mordre la lèvre inférieure. Je la vois même fermer ses paupières. Je sais qu'elle essaye de se concentrer assez pour être tout à moi, pour ne plus entendre les milliers de voix dans sa tête.

Elle fait un pas en avant en commençant à déplier ses doigts. Avec une lenteur presque insolente, ses cils se relèvent. Je suis aussitôt irrémédiablement attirée par ses iris si particulières, par ce vert addictif. Ses deux mains glissent sur mes joues avec une douceur si intense que mon cœur en manque un battement ou deux. Son visage s'approche. Tout semble prendre un malin plaisir à ralentir jusqu'à l'indécence. Son nez frôle maintenant le mien, ses cheveux glissent sur mon visage me faisant frissonner et ses lèvres… ses lèvres sont si proches qu'il devient impossible de penser à autre chose que de l'embrasser.

-… je suis désolée.

Ces trois mots sont prononcés avec fragilité et je sais qu'elle est sincère. Je suis incapable d'en douter. Puis elle comble la distance infime qu'il existait encore entre nous. Un ouragan naît dans mon corps alors que ses lèvres rencontrent timidement les miennes. Mes doigts s'agrippent à son débardeur, je sens mes mains trembler, mes jambes devenir cotonneuses et l'air m'échapper bien trop rapidement. J'aimerais la garder près de moi indéfiniment. Mais la terrible réalité nous rattrape, nos poumons se vident et nous nous séparons.

Lexa passe ses doigts sur ma nuque avant de les remonter dans mes cheveux relâchés. Elle me rapproche jusqu'à ce que mon front puisse se reposer sur son épaule. Je ferme les yeux en remarquant que je suis si près que je suis capable de percevoir les battements frénétiques de son cœur. Elle prononce d'une voix quelque peu brisé :

-J'ai été horriblement maladroite, je suis… désolée.

-J'ai cru…

-Je sais.

-J'aurai pu te tuer. Ne me refais jamais ça.

-Je suis désolée.

-Arrête de t'excuser, je la sermonne. Juste ne parle plus jamais, jamais, jamais, de discussions avec mes parents. Jamais. La prochaine fois essaye : je vais sauver les rosiers de ton père. C'est beaucoup plus précis.

-Je suis, reprend elle avant de se stopper net, d'accord. Je le ferai.

-Bien.

Je m'éloigne en reniflant. Je retiens difficilement mes larmes. Je souffle. Je crois que je n'ai pas eu aussi peur depuis que Lexa partage ma vie. J'ai vraiment cru que je pourrais la perdre. Je n'ose imaginer ce qui se serait passé si elle avait vraiment eu cette discussion seule avec mes parents. Je crains que si par malheur ils n'acceptent pas la situation, elle fuit. Je ne supporterai pas de la perdre.

Je remarque le regard de Lexa sur moi. Je lui souris pour faire bonne figure mais je sais qu'elle vient d'avoir accès à mes pensées les plus enfouis. Je suis vraiment terrifiée à l'idée de la perdre, ce serait pour moi un déchirement. Je n'arriverais pas à me relever si elle devait partir. J'ai besoin d'elle.

Je sais que certains aimen parfois se moquer de notre façon d'agir. Nous nous cherchons toujours du regard lorsque nous sommes dans une même pièce mais éloignées. Je sais que Lexa a parfois juste besoin de m'effleurer pour s'assurer que je suis bien présente. Pour moi, c'est trouver ce vert si éclatant, si unique. Je me perdrais dans les enfers pour trouver ses iris. La vérité c'est que mon cœur est comme fissuré dès que je suis loin d'elle. Je ne parle jamais d'elle à ceux qui ne la connaisse pas pour la simple raison que de l'évoquer me lacèrerait l'âme alors que je ne pourrais pas la voir, alors qu'elle ne me prendrait pas la main en se présentant elle-même avec ce sourire timide qui me fait sombrer un peu plus dans un amour infini.

Je me pince l'arrête du nez en soupirant. Je ferme les yeux juste une seconde et lorsque je les ouvre de nouveau, je remarque un changement. C'est infime mais bien présent. Je fronce les sourcils avant de secouer la tête de gauche à droite comme pour réfuter cette idée qui n'a pas encore été évoquée. Je sais qu'elle est mauvaise et le fait de la prononcer à voix haute ne changera pas les choses. Pourtant Lexa semble s'en moquer et propose :

-Nous devrions peut-être le faire aujourd'hui.

-Non, j'énonce immédiatement sans hésitation.

-Clarke…

-Non, je répète.

Un sourire triste étire les lèvres de Lexa. Je n'aime pas devoir lui faire du mal. Mais ce serait encore plus insupportable de rester spectatrice face à mes parents qui pourraient lui briser le cœur. Je souhaiterais qu'ils la connaissent vraiment, qu'ils se rendent compte à quel point elle est forte, courageuse et incroyable. Mais il y a ce risque… cette réaction incertaine qui pourrait être la leur, et ça m'empêche de vouloir être téméraire. Je ne peux pas laisser Lexa face aux comportements trop nébuleux de mes parents.

Et s'ils n'acceptaient pas Lexa entièrement, il n'y aurait pas que son cœur de brisé. Parce que pour moi, il n'y aura jamais de choix à faire entre elle et eux. C'est elle, encore et toujours elle. Je suis incapable de vivre sans elle. Peut-être que je trouverai un moyen de survivre mais je veux croire que nous méritons plus que cela, tellement plus.

Sans oublier que j'ai cet horrible pressentiment qui me hante depuis des mois. Lexa ne me laisserait pas choisir. Elle me forcerait la main pour que je reste près d'eux. C'est impensable. Parce que même si je les aime plus que tout, que pendant longtemps, ils ont été mon monde… aujourd'hui, ils représentent mon bonheur passé. Car chacun de mes rires, toute ma joie, tous mes sourires ne sont que pour une seule personne : Lexa. Elle dirait que la famille est plus importante que tout. Je pense qu'elle ne réalise pas qu'elle est ma famille, peut-être bien plus qu'eux. Je me suis trouvée une vraie maison. Dès que j'y pense, je vois son visage, j'entends son rire, j'attends de retrouver ses bras.

-Clarke, souffle Lexa bouleversée.

-Tu n'aurais pas dû entendre ça, je souligne en détournant les yeux.

-Peut-être, prononce-t-elle en posant ses doigts sous mon menton pour attirer de nouveau mon attention, mais je l'ai entendu, sourit-elle.

-Lexa, je bougonne.

-Je t'aime.

Je me perds dans ses yeux. Je n'ai jamais douté de son amour pour moi. Jamais. Je sais que Lexa serait du genre à s'effacer si elle pensait que son absence serait nécessaire à mon bonheur. Mais c'est d'elle dont j'ai besoin. D'elle et de personne d'autre. Je passe ma langue sur mes lèvres avant d'avouer :

-Tu sais, je crois que j'en mourrais

-Il n'y a pas si longtemps, j'ai dit à Link que ma plus grande peur, c'était de te perdre. Tu as tord. Je n'arriverai… je n'arriverai pas à m'effacer. Je t'aime tellement qu'égoïstement, je veux te garder que pour moi.

-Alors s'ils… ne t'acceptent pas.

-Je ne disparaîtrai pas. Jamais. Je te le promets.

Je me perds presque dans cette promesse. Je ne vivrai désormais que pour elle. À partir de ce jour, ce sera toujours Lexa et moi contre le monde entier. Je réfléchis encore un peu à ce qu'elle veut faire. Qui à part elle voudrait accomplir une telle folie ? C'est son secret, il lui appartient. Elle n'a pas à le confier à qui que ce soit. Mais elle veut le faire, pour moi. Afin que je n'ai pas à mentir à mes parents. Si ça, ce n'est pas une ultime preuve d'amour, je ne sais pas ce que s'est.

-D'accord, je finis par céder.

-D'accord ? me demande-t-elle de confirmer.

-D'accord, je souris.

-Ta mère à l'oreille collée à la porte, souffle-t-elle.

-Quoi ? Depuis le début ?

-Hum hum… mais je ne suis pas certaine qu'elle ait compris grand-chose.

-Ce n'est pas une raison. Ça ne se fait pas ! MAMAN !

J'ouvre la porte d'entrée rapidement. Ma mère manque de tomber mais elle finit par retrouver l'équilibre. Je lui lance un regard noir avant de lui demander la mâchoire serrée :

-Je peux savoir ce que tu fais ?

-Je voulais juste m'assurer qu'il n'y avait pas de nuages au paradis, essaye-t-elle de me faire croire.

-Écouter aux portes, je souffle. Tu me fais honte.

-Si vous n'étiez pas si discrète toutes les deux, je n'aurais pas besoin de grappiller des informations.

-Est-ce que tu t'entends parler, je demande estomaquée. Et dire que tu es censée être une adulte responsable. Pi-toy-able !

-Clarke, essaye de me tempérer Lexa en passant doucement sa main sur mon épaule, ce n'est pas si grave.

Okay… son sourire vient complètement de me faire oublier pour quelle raison j'étais énervée contre ma mère. Lexa me fait un clin d'œil amusé. Je fais une moue bouseuse pour la forme. Alors que ma mère soupire en précisant :

-Et elles recommencent…

-Je vais finir d'aider Marcus, reprend Lexa en ignorant l'intervention de ma mère, puisque nous sommes tous là, nous pourrions peut-être dîner ensemble.

-C'est une très bonne idée, explose ma mère. Clarke, nous nous mettons tout de suite aux fourneaux !

Je me fais embarquer un peu contre mon gré. Je me retourne pour lancer un regard de détresse à Lexa qui s'excuse en un haussement d'épaule. Je souris amusée avant d'éclater de rire. Je suis toujours angoissée mais je nourris l'espoir que tout va bien se dérouler.

J'ai à peine le temps de mettre un pied dans la cuisine que j'ai déjà un tablier autour de mon cou, ma mère a allumé la fameuse radio sur la station pirate et elle a ouvert son livre de cuisine. J'imagine qu'en attendant de lui faire une annonce tout sauf normale, elle va être insupportable. J'ai toujours aimé mes moments en tête à tête avec ma mère dans cette cuisine. Il n'y a qu'une seule et unique fois où je m'y suis sentie mal à l'aise mais c'était avant Lexa.

Alors que je m'applique à éplucher les pommes de terre, je repense à ce fameux dimanche où Sindy a essayé de me piéger. Je ne sais pas si je dois détester cette journée ou la vénérer. Je ne pense plus souvent à elle mais maintenant quand je le fais, je ne ressens rien d'autre que de l'indifférence. Je l'ai revu, une fois et c'était le calme plat. Je n'étais ni en colère, ni triste, ni heureuse. Je ne ressens vraiment plus rien pour elle, elle n'est devenue rien d'autre qu'une inconnue et c'est très bien comme ça. Elle a essayé de me questionner sur ma vie. Je me suis contentée de lui assurer que je lui avais pardonné. Un homme un peu plus jeune était avec elle. Je l'ai longuement observé et j'ai compris qu'elle n'avait pas changé et qu'elle ne le ferait certainement jamais. Alors quand je suis partie, je l'ai remercié.

Oui, je l'ai remercié de m'avoir brisé le cœur de la pire des manières parce que sans ça, jamais je n'aurais eu la chance et le privilège de rencontrer Lexa. Je l'ai remercié parce que grâce à sa trahison, je me suis libérée d'elle. Je l'ai remercié parce son incapacité à me respecter m'a appris à connaître ma valeur et à reconnaître ceux qui en ont. Je l'ai remercié pour toutes ces choses qui font de moi celle que je suis aujourd'hui, celle que Lexa aime.

-Tu sembles être partie loin dans tes réflexions, remarque ma mère. Si tu t'es disputée avec Lexa…

-Je ne me suis pas disputée avec Lexa, je la coupe sans attendre.

-Vraiment, parce que je t'ai entendu crier.

-Non c'est juste que j'ai cru qu'elle t'avais parlé sans moi.

-Il arrive souvent à Lexa de me parler sans toi.

-Tu ne comprends pas, je soupire. Je pensais qu'elle était venue te parler de ce qui s'est passé dans l'appartement le jour de l'accouchement d'Octavia.

-Ah ! ah ! fulmine-t-elle en brandissant son couteau, donc il s'est bien passé quelque chose ce jour là. Je le savais, s'extasie-t-elle. Donc, qu'est-ce qui s'est passé ?

-Ce n'est pas à moi de te le dire.

-Mais toi, tu sais.

-Évidemment.

-Elle est malade c'est ça ? Un problème de l'oreille interne. Dis-moi que ce n'est pas un neurinome, en tant que chirurgien, je ne connais que trop bien les risques d'une intervention.

-Lexa n'est pas malade maman.

-Diminution de l'audition, hyperacousie, acouphènes, parfois des pertes d'équilibre, tu es médecin Clarke, tu aurais dû voir les symptômes.

-Maman, je répète, Lexa n'est pas malade.

-Je ne peux pas te croire, explose ma mère en faisant claquer son couteau sur le plan de travail.

-Hey… Abby, essaye de temporiser Marcus. Qu'est-ce qui t'arrive ?

-Il m'arrive que ma fille me ment encore.

Je dévisage ma mère interloquée. Je m'apprête à protester au moment où Lexa me prend la main. Elle secoue la tête avant de me souffler à l'oreille d'attendre. Je la vois se diriger vers l'entrée. Je peine à suivre toute son avancée mais quand elle revient, elle porte son sac à dos sur une épaule.

Lexa fixe ma mère de manière presque mauvaise. Je ne l'avais jamais vu observer ma mère de cette façon. Je la vois inspirer profondément avant d'ouvrir son sac. Elle en sort un dossier qui doit bien faire cinq centimètres d'épaisseur et le lance sans plus de cérémonie sur le plan de travail. Je remarque tout de suite qu'il s'agit d'un dossier médical. Je relève les yeux vers Lexa. Je ne comprends pas.

-Comme le disait Clarke, je ne suis pas malade. Je t'avais déjà dit avoir fait une batterie de tests quand j'avais dix-sept ans.

-Mais, tente ma mère.

-Je m'y attendais, réplique Lexa. C'est pour cette raison que j'ai repassétous les tests en juin dernier.

Quoi ? Mais pour quelle raison je ne suis pas au courant ? Je fronce les sourcils ne comprenant pas la situation. Lexa me fait un sourire timide et quelque peu coupable.

-Tu peux lire chaque petite ligne de ce dossier, si ça te chante Abby ou juste le compte-rendu de fin, je m'en fiche.

-Dans ce cas, pourquoi est-ce que tu le fais ?

-Je ne te laisserai pas croire que ta fille te ment. Je ne suis pas malade. C'est autre chose.

Ma mère commence à feuilleter les premières feuilles. Je me mets sur la pointe des pieds pour essayer de voir moi aussi. Il y a eu beaucoup de tests. Lexa a dû passer un temps fou dans un hôpital alors qu'elle les déteste. J'aurais dû être présente pour elle.

Juin… qu'est-ce qui s'est passé en juin pour qu'elle prenne une telle décision sans moi ? Mes putains d'examens afin de rester aux urgences ! Je me suis démenée, rentrant à peine à la maison. Je soupire. Elle aurait tout de même pu m'en parler. J'espère pour elle qu'elle n'y a pas été seule sinon… je… je ne sais pas ce que je fais mais je me débrouille pour lui faire passer l'envie de prendre des décisions aussi stupides.

-Donc, reprend ma mère en étalant plusieurs feuilles devant elle, si ce n'est pas médical, qu'est-ce que c'est ?

J'échange un regard d'encouragement avec Lexa. Elle se fait soudain toute petite. Je vois bien que tous les débuts de phrases meurent sur ses lèvres. Elle baisse les yeux. Je sais qu'elle appréhende plus que tout la réaction de mes parents, peut-être plus que moi, même si je ne suis pas certaine d'en connaître la raison.

-Lexa est…

-Je suis…

Nous commençons toutes les deux d'une même voix avant de nous stopper net. Nous échangeons un regard complice avant de nous sourire. Je lui demande silencieusement si tout va bien pour elle. Elle acquiesce avant de se mordiller la lèvre inférieure. J'entends ma mère soupirer mais je n'y fais pas vraiment attention. Il n'y a que Lexa, personne d'autre.

Je penche la tête sur le côté comme pour essayer de voir une faille qu'elle essayerait de me dissimuler. Je ne vois rien, pourtant il y a bien quelque chose. Je cligne des yeux à vitesse grand v et un nombre incalculable de fois alors que je comprends enfin quel est le problème. J'ai enfin mis le doigt sur ce qui l'effraie à ce point. Elle a peur d'être rejeté une nouvelle fois pas sa famille.

Lexa considère mes parents comme sa famille. Sans que je ne puisse la retenir, une larme m'échappe. Je l'essuie rapidement afin que personne ne le remarque, j'aurais pu réussir mon coup si Lexa n'était pas attentive en toutes circonstances.

-Oui donc, Lexa est… elle est quoi ?

-Maman, je souffle, tu sais toutes ces fois où une personne que l'on pense condamnée s'en sort. Tu crois que c'est un miracle ?

-Un miracle, peut-être pas, rejette-t-elle tout de suite, tout juste un coup du destin mais ce n'est pas le propos.

-Pourquoi tu nous poses cette question ma princesse ? se demande Marcus.

-J'ai besoin de savoir est-ce qu'une seule fois, tu as cru à l'inexplicable ?

Je la vois réfléchir. Je sais pertinemment que même si sa réponse s'avère être positive, elle ne le dira pas. Mais il est possible que Lexa elle, puisse voir cette vérité enfouie et elle pourra rebondir dessus. Du moins, je l'espère.

-Non, je ne vois rien, répond elle sans surprise alors que je vois Lexa froncer les sourcils.

-J'ai hâte d'en savoir plus, je souris à Lexa. Elle y a cru une fois, n'est-ce pas ?

-Je ne comprends pas. Cette conversation n'a pas le moindre sens et…

-Tu avais huit ans, la coupe Lexa.

Je vois ma mère écarquiller les yeux au possible. Elle semble se retenir au plan de travail. Elle jette un regard confus à Marcus avant de dévisager Lexa. Je serre un peu plus ma main dans la sienne et je caresse le dos de sa main pour l'encourager.

-Par… pardon ?

-Tu as déjà cru à l'inexplicable et tu avais huit ans.

-C'est n'impor…

-Tu as trouvé un chiot. Un, Lexa ferme les yeux, un bouvier bernois, c'était juste après que tu ais fait un vœu en jetant une pièce dans l'océan, elle fait une pause, tu ne voulais pas être seule, elle ouvre les paupières pour plonger son regard dans celui de ma mère, tes parents étaient toujours absents. Ils ne te voyaient pas, quoi que tu fasses.

-Comment, essaye de l'interrompre ma mère.

-Toujours est-il que tu as pris le chiot avec toi et tu as décidé de rechercher son maître. Il avait un collier rouge et s'appelait, de nouveau une pause, Ozzie.

-Ça suffit, explose-t-elle.

-C'est comme ça que tu as rencontré Jack alors ne pas croire à l'inexplicable, c'est ne pas croire à ta rencontre avec lui.

Je me tourne vers Lexa à la fin de cette phrase. Jamais de toute ma vie, je n'avais entendu cette histoire. Au vu de la réaction de Marcus, lui aussi semble surpris. Ma mère fait un pas vers Lexa, elle paraît en colère, du coup je n'hésite pas, je lâche la main de ma petite amie. Je me dresse telle une barrière entre elles.

-Je n'ai jamais raconté cette histoire, jamais.

-Maman…

-Comment le sait-elle ?

-Elle le sait parce que tu viens d'y penser, je finis par avouer.

-Très drôle Clarke, vraiment.

-C'est la vérité, intervient Lexa. Depuis que j'ai dix-sept ans, je suis capable de lire dans les pensées, c'est un héritage familial. C'est aussi la raison pour laquelle je ne parlais plus.

Ma mère éclate de rire. Ce n'est pas une réaction qui m'étonne mais je m'inquiète pour Lexa. Je me retourne pour jauger sa réaction. Son regard est triste. Je soupire. J'observe ma mère avant d'exploser :

-Maintenant ça suffit ! Tu voulais la vérité, tu l'as ! Tu te demandes vraiment pourquoi nous ne voulions pas t'en parler, tu ne crois en rien maman. Réfléchis cinq minutes, repense à toutes ces fois tu soupires parce que nous communiquons sans un mot et bien c'est exactement ce que nous faisons, du moins, ce que je fais avec Lexa.

-Mais enfin c'est impossible, réplique-t-elle.

-Ah oui… dis-moi comment elle aurait pu savoir pour cette histoire, je ne la connaissais pas, Marcus non plus au vu de sa réaction.

-C'est juste impossible.

-Je ne suis pas folle, grimasse Lexa.

-Maman ! je hurle. Tu viens de penser qu'elle est folle ?

-Non, je n'ai…

-Abby, Marcus pose sa main sur l'épaule de ma mère, il s'agit de Lexa. Ne pourrais-tu pas lui laisser le bénéfice du doute.

-C'est simple, Lexa lance un paquet de carte sur la table, prenez n'importe laquelle, je vais dans la pièce d'à coté et je vous dis laquelle vous avez en main.

-C'est stupide, s'acharne ma mère.

-Ça ne nous coûte rien d'essayer, la temporise Marcus. Je joue le jeu.

Lexa soupire avant de passer dans le salon. Elle a les yeux rivé au sol et le dos légèrement courbé. Je ne sais pas ce qu'ils sont tous les deux en train de penser mais ça lui fait du mal. Je la suis du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse derrière un mur. Dès qu'elle n'est plus visible, je me tourne vers mes parents pour les fusiller du regard.

-Ne me dis pas que tu crois à ça Clarke.

-Prends une carte maman.

-Je suis sûre que c'est truqué.

-Et bien prends en une autre, je suggère en colère, celle du uno si ça te chante, n'importe laquelle, prend même un batteur, un livre, un DVD, une photographie, n'importe quoi mais prends quelque chose dans les mains.

-Ton portable, exige-t-elle.

Je soupire avant de m'exécuter. Je retrouve le sourire alors que Marcus sort les cartes avant de les étaler sur la table. Il choisit le roi de cœur et le sept de carreaux en me faisant un clin d'œil. Il semble plus ouvert d'esprit que ma mère.

-C'est bon Lexa !

-Tu n'as rien dans les mains, m'assure-t-elle.

-Oh très bien, je me dirige vers l'armoire sur ma gauche.

-La tasse BB-8, celle que tu as acheté pour Marcus à Disneyland.

-Et sans surprise c'est un sans faute, je m'amuse en montrant la tasse à mes parents.

-Marcus n'a pas pris une mais deux cartes, un roi et un sept… respectivement le cœur et le carreaux et Abby… est-ce qu'elle vient de te confisquer ton portable ? Elle croyait vraiment que nous allions tricher ? Mon téléphone est resté sur le comptoir.

Le regard de ma mère tombe sur le smartphone de Lexa et se décompose. Elle secoue la tête avant de fixer le mur. Je ne peux que l'imaginer se poser mille et une questions à la seconde. Pauvre Lexa…

-Merci du soutiens Clarke, rit Lexa. Je t'ai déjà dit à quoi ressemblaient les pensées de ta mère. C'est effrayant, souligne-t-elle. Clarke s'il te plaît, tu peux l'empêcher de prendre le couteau à sa gauche, je fixe ma mère, elle lève les mains comme si ça n'avait pas été son intention, la poêle maintenant. Sérieusement Abby, tu veux me lancer la cafetière au visage ? Mais elle est à moitié pleine !

-Ça suffit maintenant, implose ma mère.

-Toi même ça suffit, je retorque, arrête de vouloir tuer ma petite amie.

Un mouvement me fait me retourner. Je souris à Lexa qui me répond timidement. Elle est semblable à une personne qui se jette volontairement dans la fosse aux lions.

-Non, je ne suis pas seule, dit-elle en fixant Marcus. Nangila est comme moi. J'ai… j'ai aussi récemment partagé le don avec mon frère et Lincoln. Victoria est née avec et j'ai fait en sorte que Charlie l'ait aussi à la demande de ses parents.

-Ce que vous suggérez est impossible, insiste ma mère.

-Tu n'es pas obligée de me croire Abby mais c'est la vérité. J'ai longtemps pensé que c'était une malédiction, je l'ai vécu de cette manière jusqu'à ce que je rencontre Clarke. Elle m'a beaucoup aidé, réappris à vivre.

-Je ne peux pas…

-Abby, la coupe Marcus, je la crois.

-Mais…

-C'est Lexa, même quand c'est difficile, elle a toujours décidé de nous dire la vérité. Et je ne vois pas pour quelle raison elle inventerait une telle histoire.

-Mais…

-Tu te souviens quand elle est partie, j'interviens. Je t'ai dit qu'elle n'était pas responsable, que j'étais celle qui l'a fait souffrir. C'est parce que… j'ai réagi comme toi. J'ai eu peur. Je n'ai pas voulu la croire. Je l'ai blessé. Je ne te laisserai pas lui faire ce que je lui ai fait subir accidentellement. Alors, s'il le faut… nous allons te laisser de l'espace, du temps pour digérer tout ça, je prends la main de Lexa. Allez viens, nous rentrons à la maison.

Je force Lexa à me suivre. Je lui assure mentalement que c'est la meilleure solution. Ma mère a toujours eu besoin de temps et d'espace pour réfléchir. Je m'arrête devant le salon. Je suis encore de dos quand je dis :

-Au revoir maman.


Jetlag, been in a state of disaster Décalé, je suis tellement mal

Ever since I left you the last time Depuis que je t'ai laissé la dernière fois

I saw you just fade away Je t'ai juste vu t'éloigner

Now I get lost, tracing my steps back Maintenant je me perds, je reviens sur mes pas

It cost nearly everything that Ça me coûte presque tout

I'm not ready to lose today Je ne suis pas prêt à perdre aujourd'hui

No I'm not ready to lose everyting I know Non je ne suis pas prêt à perdre tout ce que je connais

Magic Men - Paris


Deux mois plus tard…

J'observe Lexa cuisiner avec un sourire en coin. Je suis accoudée contre le bar qui sépare le salon de la cuisine. Je sens que ce qu'elle prépare va encore être délicieux. Amusée par mon comportement, elle m'a rappelé à plusieurs reprises que si je le souhaitais, je pouvais l'aider. Je sais qu'en théorie, c'est possible mais elle est bien trop méthodique pour que j'essaye de le faire.

Un peu par hasard, mon regard se bloque sur l'horloge numérique du micro-onde. J'avais presque oublié que nous étions dimanche. Ça va fait neuf week-end que nous n'avons pas déjeuné en famille. Je dois bien avouer que ça commence à me manquer. Ma mère me manque horriblement même au travail nous ne faisons que nous croiser. J'ai très vite compris qu'elle m'évitait délibérément. Évidemment son comportement n'a échappé à personne. J'ai eu le droit à des centaines, qu'est-ce que je dis ? Des milliers de questions sur notre "dispute".

Jamais je n'aurais cru qu'elle resterait braquée si longtemps. Une ombre passe m'empêchant de continuer à fixer les chiffres défiler. Lexa se baisse pour trouver mon regard. Je n'ai pas besoin de savoir lire dans les pensées pour deviner ce qu'elle s'apprête à me dire :

-Tu peux aller les voir dans l'après-midi, me propose-t-elle.

-Non, pas sans toi.

-Clarke, je n'ai pas envie que…

-Je sais mais ça n'arrivera pas. Elle va revenir. Je le sais.

-Très bien, elle sourit mais je vois bien que la situation la rend triste.

Elle se remet dans sa préparation. J'essaye de lui voler un bout de carotte mais elle me tape gentiment sur le dos de la main. Je ris ce qui la fait vraiment sourire. C'est bien mieux ainsi. Je soupire avant de reprendre :

-Puisque nous parlons de ce qui ne va pas en ce moment, tu as des nouvelles de Nangila ?

-Il refuse toujours d'aller à l'école. Nous sommes fin octobre, Luna a décidé de continuer les cours à domicile. C'est Elijah qui s'occupe de tout.

-Tu lui as parlé ?

-Oui. Mais il a toujours réussi à m'éloigner. Quand il ne veut pas que je sache quelque chose, je n'ai aucun moyen de le savoir.

-Tu crois que c'est à cause de votre don ou c'est autre chose ?

-Honnêtement, je ne sais pas trop. Nan' est dans une bulle depuis qu'il est arrivé en Amérique. Peut-être qu'il a simplement eu peur.

-O m'a dit qu'il se débrouillait super bien au hand. Elle le voit déjà comme son futur champion.

-La pauvre, rit Lexa.

-Attends que Victoria et Charlie puissent faire du sport… là, ce sera horrible !

-Tu as sûrement raison oui.

Un silence s'installe entre nous. J'observe Lexa un peu plus attentivement. Elle s'applique à couper une courgette en petits cubes. Tout semble aller bien mais je sais qu'en ce moment, elle a beaucoup à gérer. Aiden fait des crises au moins une fois par semaine. Il l'appelle presque à chaque fois en pleurs. Heureusement, Lætitiaest toujours présente pour le soutenir mais ça ne suffit pas. Lincoln le gère beaucoup mieux que prévu mais il a toujours énormément de questions. Je sais que les jumeaux sont encore loin de comprendre la situation mais elle appréhende déjà la conversation qu'elle va devoir avoir avec eux quand ils auront l'âge de comprendre. Il y a Nangila. Et bien sûr mes parents…

-Lexa ?

-Hum ?

-Tout va s'arranger.

Je la vois cligner des yeux un nombre incalculable de fois avant qu'elle ne lâche son couteau. Elle plonge son regard dans le mien et je peux y lire toute sa fragilité. Je sais que je suis la seule à qui elle laisse entrevoir cette partie d'elle. Je lui souris avant de me lever.

Je m'avance jusqu'à elle et une fois à sa hauteur, je tends les bras. Elle n'hésite pas une seconde et se glisse jusqu'à poser sa tête sur mon épaule. Je referme mes bras sur son dos et caresse avec amour sa colonne vertébrale. J'embrasse avec douceur sa joue. Je ne la vois pas mais je sais qu'elle sourit.

-Je suis certaine que d'ici très peu de temps, tout ira beaucoup mieux.

-Merci, souffle-t-elle.

-Je serai toujours là pour toi.

Je l'éloigne légèrement, assez pour lui caresser tendrement la joue. Je me mets sur la pointe des pieds pour venir l'embrasser avec douceur. Ça n'a rien d'extravagant, juste un simple baiser, un rappel de mon amour infini pour elle. Ce n'est pas le manque d'air qui nous sépare mais la sonnerie de la porte d'entrée.

Lexa fixe la porte sans dire un mot en fronçant le sourcils. Je devine alors qu'elle sait déjà qui vient nous rendre visite. Je tente de lui demande de qui il s'agit mais elle semble vraiment bouleversée alors je renonce. J'espère juste que ce n'est pas une autre catastrophe. Je me décide à aller ouvrir lorsque la main de Lexa m'arrête en me retenant par le poignet.

-Clarke, souffle-t-elle, c'est ta mère.

Ma… j'écarquille les yeux. Ma mère ? Je fixe la porte d'une tout autre manière. Je n'ose plus faire un geste comme si elle pouvait disparaître alors que concrètement, je ne l'ai pas encore vu. J'interroge Lexa du regard, je lui demande confirmation et elle n'hésite pas pour me la donner. J'avance donc avec une certaine appréhension. C'est une main tremblante qui se pose sur la poignée et c'est le cœur battant que je la tire pour bel et bien découvrir ma mère. J'en reste bouche bée.

Elle semble fatiguée, elle a d'énormes cernes sous les yeux, qui eux sont d'ailleurs bien rougis. Je n'ai aucun doute, elle vient de pleurer. Sa tenue aussi n'a rien à voir avec la femme forte que je connais. Elle porte une veille paire de jean troué, des baskets en piteux état et en dessous de son manteau gris, j'aperçois son tee-shirt Star Labs que je lui avais offert pour la blague, qu'elle ne porte normalement que pour traîner et faire le ménage.

-Maman, je prononce incertaine.

-Clarke, elle me prend brusquement dans ses bras, je suis désolée. Je suis une vraie idiote !

-Maman, je tente alors que ses bras m'étouffent presque.

-Oui, je sais, réplique-t-elle en me rejetant presque violemment. Où se trouve Lexa ? me demande-t-elle en essuyant une larme solitaire sur sa joue gauche.

-Je suis là Abby, prononce Lexa en se plaçant à ma droite. Ça n'a pas l'air d'être la grande forme, dit-elle avec douceur.

-Je…

-Entre, lui propose-t-elle sans hésitation.

-Lexa !

Il est hors de question qu'elle soit aussi gentille après le mal que ma mère nous a fait. Je me prends un regard noir qui me fait reculer d'un pas ou deux. Non mais pourquoi je me fais tuer du regard moi ? J'essaye juste d'aider.

-Entre, demande de nouveau Lexa. Tu veux un café ?

-Je ne…

-Je sais Abby, sourit Lexa avec compassion. Je suis certaine que ce n'est pas grand-chose. Ce n'est pas la première fois que tu te disputes avec Marcus.

Quoi ? Mes parents se sont disputés ? J'écarquille les yeux soudainement paniquée. Lexa souffle à mon oreille de bien m'occuper de ma mère le temps qu'elle prépare les boissons. Nous nous installons face à face, dans le salon, elle dans le canapé et moi dans le fauteuil. Je n'y arrive pas. Je ne sais pas quoi lui dire.

Je me sens infiniment soulagée lorsque Lexa arrive enfin. Elle dépose une tasse devant ma mère et m'en tend une avant de repartir dans la cuisine. Je la suis du regard avec un nœud dans l'estomac. Je ne me sens pas à l'aise. Je ne sais pas comment commencer quoi que ce soit avec elle. Elle est celle qui a décidé de garder cette distance entre nous.

Lexa revient avec un thé, elle le pose sur la table basse et s'installe à côté de ma mère. Je ne sais pas comment elle fait. Le jour où nous sommes revenues de chez mes parents après leur avoir dit la vérité, elle a pleuré pendant des heures. Ma mère lui a fait énormément de mal. Comment peut-elle être si prêt et ne pas craindre d'être de nouveau blessée ?

-Tu veux en parler ou juste…

-Je suis infiniment désolée pour mon comportement Lexa. Je… je crois que j'ai enfin compris.

-C'est un peu trop tard maman, le mal est fait.

-Clarke, me sermonne Lexa.

-Non, ne me "Clarke" pas, elle a été horrible avec toi.

-J'en ai conscience et elle vient de s'excuser.

-C'est trop facile, je m'indigne.

-J'ai conscience qu'il ne suffit pas de demander pardon pour qu'on nous l'accorde mais je suis sincère. Je… je voulais revenir vers vous il y a des semaines mais…

-Je comprends Abby, lui assure Lexa en posant sa main sur sa cuisse. Je comprends.

-J'ai été tellement étroite d'esprit.

Lexa me lance un regard encourageant, elle me demande silencieusement de faire un effort. Je soupire avant de me souvenir que Lexa a évoqué une dispute avec Marcus. Je baisse les yeux avant de demander :

-Que s'est-il passé ? Avec Marcus, je veux dire.

-Hier soir nous nous sommes disputé, violemment, comme souvent ces dernières semaines et il est parti en claquant la porte. Il… il n'est pas venu n'est-ce pas ?

Je n'arrive pas à croire que Marcus a disparu depuis hier soir. Instinctivement, je saisis mon portable pour vérifier que je n'ai aucun message. J'ai peut-être perdu le contact avec ma mère ces deux derniers mois mais pas avec lui. Nous avons essayé de nous voir au moins une fois par semaine.

Je panique légèrement lorsque je remarque que je n'ai pas de nouveau message. Où a-t-il pu aller ? Et pour quelle raison partir ? Se disputer, je comprends mais partir… ça ne lui ressemble pas.

-Clarke, reprend la voix tremblante de ma mère, je suis complètement paniquée. Je… je ne peux pas le perdre.

-Ça va aller, lui assure Lexa. Je vais appeler Anya, elle va essayer de localiser son portable.

-Lexa, la retient ma mère, tu le sais ?

Je vois ma petite amie esquisser un sourire timide avant de hocher la tête pour affirmer. Les yeux de ma mère brillent et cette fois, Lexa secoue la tête de gauche à droite. Non mais elle se fout de moi ? D'abord, elle ne veut pas croire Lexa et maintenant elle communique silencieusement avec elle ? Vraiment ? Ça ne me plaît pas, pas du tout !

Lexa se plante devant moi, elle me fait de gros yeux. Je claque ma langue contre mon palet. Elle vient m'embrasser et avant de quitter mes lèvres, elle m'ordonne d'être gentille. De mieux en mieux… je la regarde s'éloigner non sans une certaine petite rancune envers elle. Elle devrait être hors d'elle. Pourquoi accorder son pardon si facilement ?

-Clarke, je…

-Je ne suis pas prête à te pardonner.

-Je comprends mais…

-Tu ne te rends pas compte de ce que tu lui as fait, j'accuse.

-Je me sens vraiment très mal. Je… j'avais honte de ma réaction, c'est pour cette raison que je… je n'ai pas osé revenir vers vous. Je ne savais pas comment faire.

-C'était facile maman… une semaine ou deux, j'aurais pu comprendre mais tu en as laissé neuf s'écouler. Neuf, j'insiste les larmes aux yeux.

-J'allais revenir vers toi après dix jours mais…

Un long, très long silence s'installe entre nous. Il est si long que je perçois tous les petits bruits qui nous entourent. Je croise les bras sous ma poitrine. C'est une façon de me protéger, de nous protéger Lexa et moi.

-Mais quoi ? je demande alors que la patience commence à me manquer.

-J'ai appris une autre nouvelle qui m'a terrifié. J'avais tellement peur de ta réaction que je… je n'ai pas osé… ça et la honte. Je sais que Lexa n'est pas… je me suis sentie tellement ridicule et puis il y a eu…

-Arrête de tourner autour du pot maman, je grogne.

-Je ne pensais même pas que s'était encore possible, j'ai quarante-cinq ans.

Oh mon dieu ! J'écarquille les yeux de stupeur. Oh mon dieu ! Je ne peux pas le croire. C'est… non, j'ai dû mal comprendre.

-Je savais que tu ne…

-Attends, tu es sérieuse ? Tu es…

-… enceinte, oui. Et je suis…

Je plaque ma main sur ma bouche alors que des larmes de joie s'échappent de mes yeux. Sous mes doigts, je souris et très vite je ne peux plus le cacher. Je ris, de joie, de bonheur. Je vais être grande sœur !

-C'est une excellente nouvelle !

-Tu n'es pas fâchée ?

-Pourquoi je le serais ? Marcus et toi, vous… vous vous êtes attendus si longtemps.

-J'ai pensé que tu serais en colère. C'était le sujet de notre dispute. Marcus voulait te le dire et j'étais effrayée… j'avais si peur de t'affronter.

-Je ne serai jamais en colère contre ça maman mais pour Lexa…

-Je sais, je vais devoir ramer.

-Tellement, je lui assure.

-Je comprends. Je peux te prendre dans mes bras ?

-Évidemment. Tu m'as manqué, terriblement !

-Je suis désolée, souffle-t-elle en me rejoignant pour m'étreindre.

Je me ressource enfin dans ce geste. Je ne peux pas encore lui accorder mon pardon, c'est trop tôt. Mais elle m'a tellement manqué que je peux aisément ravaler ma colère. Je suis trop heureuse de la retrouver. J'ai besoin d'elle.

Lexa revient dans notre salon le sourire aux lèvres. Je peux lire le bonheur dans ses yeux, elle est heureuse que nous nous soyons retrouvées. Je lui demande silencieusement si elle a trouvé Marcus. Elle acquiesce avant de dire à voix haute :

-Je vais aller le chercher.

-Attends Lexa, intervient ma mère, je…

-Je sais, sourit ma petite amie. Je sais.

-Mais…

-Il est temps de réunir notre famille Abby, nous avons perdu assez de temps.

Je regarde Lexa attraper son casque. Elle me fait un clin d'œil en enfilant sa veste. Je secoue la tête en me disant que Marcus ne montera jamais derrière elle. Lexa me fait un sourire qui veut clairement dire qu'elle ne doute pas de sa capacité à le convaincre, pas même une seule seconde.

La voir partir est toujours difficile pour moi, je n'aime pas ça. Je me dis que c'est certainement parce qu'elle m'a déjà échappé une fois. Mais la vérité c'est que lorsque je suis loin d'elle, je suis comme incomplète. Ça peut paraître stupide voire même fleur bleu, mais c'est ce que je ressens.

Il faut moins d'une demi-heure à Lexa pour nous ramener Marcus. Ma mère court jusqu'à lui et lui délivre mille excuses avant de lui annoncer qu'elle m'a parlé de la bonne nouvelle. Marcus me jette alors un regard et je lui souris avant de lui assurer que je suis très heureuse pour lui.

De toute évidence, je n'ai pas menti à Lexa en lui assurant que tout est sur le point de s'arranger. C'est dans les rires, que nous finissons ce dimanche. Un des meilleurs depuis bien longtemps.

oOoOo

Voilà pour ce nouveau chapitre de cette fiction. J'espère qu'il vous a plu. Ça y est, toutes les personnes de la "famille" de Lexa connaissent son secret. Comme beaucoup l'avaient imaginé, la réaction d'Abby n'a pas été parfaite mais elle saura se faire pardonner. Sinon quoi souligner d'autre… l'arrivée d'un nouveau membre de la famille, les difficultés d'Aiden avec le don et le petit Nan' qui refuse d'aller à l'école. J'attends vos réactions avec impatience.

Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.

Les Notes :

Note n°1 : Stevie Wonder - Free

Note n°2 : Evanescence - Bring Me To Life

Note n°3 : Magic Men - Paris

En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre : « ... ». J'ai envie de garder le suspense du prochain titre... désolée ! ^^

GeekGirlG.