Désolée pour le retard, vacances en famille et au chaud, ça altère mon cerveau !

Chapitre 54 : Merlin et le jeune druide ~Partie 2~

Ce fut un léger sifflement de douleur qui fit stopper Merlin à mi-chemin de la Vallée, et il se tourna vers Daegal avec une grimace d'inquiétude.

« Est-ce que tu vas bien ? »

Lorsque le garçon ne répondit pas, Merlin tira une pomme de son sac et la lui lança.

« Tiens. »

Daegal l'attrapa, perplexe.

« Vous n'aimez pas ça ?

- Ce sont mes fruits préférés.

- Alors pourquoi vous me la donnez ? »

Merlin soupira, et posa son sac au pied d'un arbre. Ils pouvaient se reposer quelques minutes avant de reprendre leur route.

« Parce que tu ressembles à quelqu'un pour qui le déjeuner de ce matin était le premier vrai repas depuis longtemps. Tu as plus besoin de cette pomme que moi. »

Il tira un sachet d'herbe et de matériel de son sac.

« Et tu as aussi une blessure dont tu n'as pas parlé. Montre-moi ton bras. »

Daegal fronça les sourcils.

« Pourquoi vous agissez comme ça ? Les gens que j'ai rencontrés, ils… ils ne sont pas comme vous. Ils s'en moquent. Je ne compte pas. »

Merlin fit s'asseoir le garçon et commença à remonter sa manche.

« Ne pense jamais ça. Tout le monde compte. »

Il remonta assez la manche pour voir les larges bleus autour du coude.

« Comment t'es-tu fait ça ? »

Daegal grimaça lorsque Merlin tâta la blessure.

« En me faufilant à Camelot. J'étais… j'étais nerveux à l'idée d'entrer ouvertement, même si la magie est maintenant légale, alors j'ai escaladé le mur. Je suis tombé. »

Merlin soupira et posa une main sur la blessure.

« Thurhaelle. »

Les ecchymoses diminuèrent immédiatement, et Merlin terminant le traitement par une pommade de consoude et un bandage.

« La consoude finira ce que j'ai commencé. C'est toujours mieux de laisser le corps s'occuper lui-même d'une partie de la guérison, sauf si la blessure est sérieuse et doit être traitée immédiatement. Sinon, le corps peut devenir dépendant de la magie pour se soigner. »

Daegal observait la procédure avec curiosité.

« Où avez-vous appris ça ? »

Merlin sourit.

« Avec Gaius, mon mentor. Tout ce que je sais sur l'utilisation des herbes en médecine, c'est lui qui me l'a appris.

– Vous avez de la chance de l'avoir. »

Merlin acquiesça.

« C'est vrai. »

Il finit de nouer le bandage et rabaissa la manche.

« Voilà, fini. Allons-y. »

Il ramassa son sac, et allait se remettre en route lorsque Daegal lui tendit la pomme.

« C'est à vous. »

Merlin sourit, et avec un signe des doigts et une étincelle d'or dans les yeux, il coupa la pomme en deux, et en attrapa une moitié.

« Alors on partage. »

Il croqua dans sa moitié en s'éloignant, laissant Daegal le fixer pendant quelques instants avant de se hâter de le rattraper.

~(-)~

« Vous semblez nerveux, Sire.

– Pouvez-vous m'en blâmer ? »

Gaius observait Arthur depuis le pas de porte des appartements royaux, alors que le jeune homme venait vers lui vêtu de sa cotte de mailles, de sa cape et de sa couronne. Arthur détestait porter sa couronne, au-delà du fait qu'elle était lourde, parce qu'il avait toujours l'impression qu'elle l'éloignait de son peuple. Elle le signalisait comme différent d'eux, et non égal.

Le médecin soupira, comprenant les inquiétudes d'Arthur.

« Le Sarrum a en effet une certaine réputation.

– Même mon père le craignait… Il disait qu'il prenait plaisir à empaler les hommes.

– Pas uniquement les hommes. Les femmes et les enfants aussi. Il a aussi un penchant pour assassiner ses amis. »

Arthur s'arrêta net et dut résister au besoin de passer une main dans ses cheveux et de se débarrasser de sa couronne.

« Rappelez-moi pourquoi je cherche à conclure une alliance avec lui.

– Parce que vous avez entendu les rumeurs. »

L'expression de Gaius se fit grave.

« Qu'il a gardé prisonnière Morgane, peut-être pendant deux ans. Pour l'avoir gardé aussi longtemps, il doit avoir découvert une faiblesse qui peut être exploitée. Vous recherchez cette alliance, pas uniquement pour vous assurer qu'il aura au moins un instant d'hésitation avant d'entreprendre une quelconque action contre Camelot, mais également parce que vous désirez apprendre cette faiblesse si possible. »

Arthur soupira et hocha la tête.

« Je ne suis pas d'accord avec son régime, mais traiter avec lui est peut-être la seule façon d'atteindre nos buts. J'ai beau avoir conclu de nombreuses alliances et gagné le respect de nombreux rois, Grand ou Petits, mais je suis encore loin de les avoir tous unifiés. Il y a des moments où je me demande si je vais un jour y parvenir, où je me demande si les actes qui m'ont été prédits sont même possibles. »

Gaius lui sourit en signe de soutien.

« Merlin pense que c'est possible, et moi aussi. Vous devez juste avoir foi en vous. Vous êtes devenu un véritable homme d'État, Arthur. J'espère que vous vous en rendez compte. »

Arthur prit une profonde inspiration.

« Merci. »

Tous deux quittèrent la pièce et rejoignirent l'entrée principale du château. Gwen les y attendait, sur les marches du palais, plusieurs chevaliers triés sur le volet déjà en formation autour d'eux, et Friou et Scild assises comme des statues vivantes au pied de l'escalier. Si le Sarrum tentait quoi que ce soit durant cette première rencontre, il devrait gérer deux vouivres très en colère.

~(-)~

« Garde le rythme, Daegal. Il faut qu'on rejoigne ta sœur. »

Ils approchaient de la Vallée maintenant, et le terrain se faisait plus difficile. Merlin jeta un regard derrière lui, nota la pause indécise du garçon, et revint vers lui.

« La dernière fois que tu l'as vue, dans quel état était-elle ? »

Daegal baissa la tête, incapable de croiser le regard de Merlin.

« Je vous l'ai dit. La vie la quittait. »

Il dépassa Merlin, prenant la tête et se mettant à trottiner. Le sorcier suivit, commençant à se sentir mal à l'aise, comme si quelque chose n'allait pas. D'une certaine manière, Daegal ne semblait pas assez inquiet, et de temps en temps il avait eu des étincelles de culpabilité dans ses yeux. Mais après tout, la culpabilité pouvait être due au fait d'avoir laissé sa sœur toute seule, et le manque d'inquiétude au fait que Daegal était quelqu'un qui trouvait gênant de montrer ses émotions.

Mais la pointe de malaise subsistait chez Merlin pendant qu'il suivait le garçon pendant près d'une heure, jusqu'à ce qu'un craquement de branche lui fasse jeter un coup d'œil à une crête proche, et qu'il voit des hommes hirsutes.

Merlin regarda Daegal et l'appela par l'esprit alors qu'il plongeait à couvert.

« Daegal! Des bandits! »

Le garçon continua son chemin, comme s'il n'avait pas entendu.

« À terre!»

Daegal ne répondit pas, et Merlin l'attrapa par la magie, le trainant à couvert.

« Que faites-vous ?!

– Shh ! »

Ce fut seulement maintenant que le garçon repéra les bandits, qui passaient dangereusement près d'eux. Une fois que Merlin fut sûr que Daegal avait repéré le danger, il relâcha sa prise sur lui.

« Tu ne m'as pas entendu ?

– Non. »

Deagal secoua la tête, et jeta un nouveau coup d'œil aux bandits.

« Merci. Vous m'avez sauvé la vie. »

Merlin le regarda avec sévérité.

« Nous ne sommes pas encore en sécurité. Maintenant, allez, le plus vite nous rejoindrons ta sœur le mieux ce sera. »

Ils continuèrent leur chemin, Daegal ouvrant la voie et semblant devenir de plus en plus anxieux chaque minute. Il n'était pas le seul. Des soupçons désagréables envahissaient le sorcier qui le suivait, ressassant ce qui venait de se passer. Même s'il était vrai que tous les druides ne pouvaient pas entendre ou utiliser la voix de l'esprit, Daegal n'avait même pas semblé pensé qu'elle ait pu être utilisée. De plus, il ne se déplaçait pas avec le même pas assuré, mais pourtant furtif des Druides. Si on regardait un druide dans la forêt, on pouvait les voir disparaître devant se yeux sans le moindre sort. Pourtant le garçon devant lui semblait maladroit parmi les arbres, comme s'il n'y était pas habitué.

~(-)~

Le Sarrum d'Amara chevaucha dans la cour, observant le château et les gardes stationnés tout autour. Il ne semblait pas être perturbé par la présence des deux vouivres qui servaient de garde rapprochée au Roi de Camelot, et même si Arthur notait intérieurement que l'homme et son escorte étaient à peine mieux équipés que des bandits, en cuir clouté, il sut que le Sarrum et ses hommes étaient une force à ne pas négliger.

« Nous sommes très reconnaissants au Sarrum d'avoir accepté notre invitation et d'honorer notre palais de sa présence. Nous l'accueillons, lui et ses guerriers, en toute amitié. »

Le Sarrum lui rendit son regard, et répondit sans mettre le pied à terre.

« La dernière fois que je vous ai rencontré, vous aviez dix ans. Uther avait organisé un tournoi en votre honneur. »

Arthur se força à rester calme et à ne pas réagir aux piquants contenus dans ces mots.

« Je me bats à mes propres tournois, désormais. »

Le Sarrum sourit.

« Eh bien, nous serons ravis de vous mettre à l'épreuve. »

~(-)~

« Nous sommes arrivés. Elle est juste de l'autre côté de ces arbres. »

Daegal recula pour passer derrière Merlin, après avoir désigné du doigt un fourré juste devant eux, et le sorcier fronça les sourcils.

« Qu'est-ce qui ne va pas. ?

– Rien. J'espère juste qu'elle est encore en vie. »

Merlin pénétra dans le fourré et le traversa, s'arrêtant au sommet de l'arête rocailleuse derrière lui. Il ne fut pas surpris par ce qu'il y trouva… rien. Il était seulement déçu que quelqu'un d'aussi jeune que Daegal ait été utilisé dans cette manipulation. Probablement à la demande du Sarrum, pour éloigner le Sorcier de la Cour de Camelot de la cité avant son arrivée.

Merlin fit demi-tour, sourcils froncés, et laissa tomber son sac.

« Il n'y a personne ici. Pourquoi m'as-tu amené ici ? De quoi s'agit-il ? Est-ce que le Sarrum avait si peur de moi qu'il a payé un enfant pour me tromper ? »

Daegal fit un pas en arrière.

« Je… je peux expliquer. »

Merlin marcha vers lui, et remonta la manche droite du garçon pour révéler le symbole du triskellion, qui avait été partiellement effacé. Ce n'était pas un vrai tatouage.

« Tu n'es pas un druide. »

Daegal commençait maintenant à avoir l'air perdu, perplexe, et coupable.

« Qui es-tu ? »

Distrait par les questions qu'il posait au garçon, Merlin ne vit pas Morgane sortir des arbres derrière lui. D'une brutale impulsion magique, il fut projeté en arrière loin de Daegal, pour atterrir lourdement au bord de la corniche.

Morgane le rejoignit, jetant un sac de pièces au garçon.

« Tu as bien travaillé. Je savais que ce ne serait pas trop compliqué. Merlin a toujours eu un faible pour les Druides, surtout les enfants. »

Daegal attrapa le sac, mais demeura anxieux, inquiet pour le sorcier assommé allongé sur le sol.

« Pourquoi vous faites ça ?

– Parce que Merlin s'est immiscé dans mes plans une fois de trop. »

Elle s'agenouilla à côté de Merlin, déboucha un flacon, et l'attrapa par le menton, versant la majeure partie du liquide noir dans sa bouche.

« L'agonie que tu vas ressentir… Tu seras heureux quand la mort viendra. »

Le poison administré, Morgane poussa Merlin du pied, l'envoyant rejoindre le sol plusieurs mères plus bas.

Daegal courut jusqu'à la corniche pour regarder vers le bas, les yeux écarquillés et incertains.

« Vous allez vraiment tuer le Roi ? »

Morgane se renfrogna, son regard glacial.

« Tiens ta langue. Pas un mot de tout ceci à quiconque. N'oublie pas qu'il me reste encore quelques gouttes. »

Daegal hésita un instant de plus avant de s'enfuir, mais Morgane ne lui jeta pas le moindre coup d'œil alors qu'elle se dirigeait vers Camelot. Elle avait quelqu'un à rencontrer, et la mort d'un roi à organiser.

~(-)~

La nuit arriva, après plusieurs heures passées à éviter son hôte au prétexte de devoir s'occuper d'affaires royales. Mais maintenant, Arthur était assis dans la salle des fêtes, le Sarrum à ses côtés, espérant plus que tout de ne pas être coincé ici à échanger des amabilités avec l'homme. Mais peut-être qu'il était maintenant temps de savoir si les rumeurs étaient vraies.

« Je pense que nous avons beaucoup en commun. Nous partageons de nombreux alliés et amis… et aussi un ennemi. »

Quand le Sarrum lui jeta un coup d'œil, Arthur continua.

« Une rumeur court que vous auriez fait prisonnier Morgane. Est-ce vrai ? »

Le Sarrum avala une gorgée de vin, et sourit avec un air presque satisfait.

« Elle n'a rien de dangereux. Je l'ai enfermée, comme un animal. »

Arthur fronça les sourcils.

« Comment l'avez-vous capturé ? C'est une puissante sorcière.

– J'ai trouvé son point faible. Tout le monde en a un, même elle. C'était un jeune dragon. »

Arthur dut se forcer pour ne pas réagir à ces mots, ou tirer l'épée lorsque le Sarrum continua.

« Son amour pour cette créature l'a fait souffrir plus qu'elle ne l'aurait jamais imaginé… mais pas plus qu'elle ne le méritait. Je savais qu'elle n'oserait pas utiliser la magie contre moi, pas tant que sa bien-aimée créature risquait d'être blessée. Quelle honte. Toute cette puissance, toute cette beauté, abandonnée et oubliée dans une tombe vivante. »

Il fallut tout son contrôle à Arthur pour garder sa voix calme et son expression impassible.

« Vous êtes un juge sévère, Seigneur Sarrum. »

Le Sarrum semblait indifférent à son niveau de brutalité.

« Quand il s'agit d'individus comme elle, nous devons être sans merci. »

Il marqua une pause.

« Je n'ai pas été assez impitoyable. Morgane s'est échappée. Une faute de ma part, mais je ne serais plus aussi imprudent. Pas que son temps avec moi ait été entièrement gâché… Alors que le dragon grandissait, la fosse est devenue trop petite. Peu à peu, la créature a été estropiée et tordue. La nuit, on pouvait entendre ses pleurs. Ils étaient encore plus déchirants que ceux de Morgane. »

De l'autre côté d'Arthur, Gwen avala difficilement sa salive, et se releva avant de sourire à leur hôte.

« J'espère que le Sarrum me pardonnera de me retirer pour la nuit. »

Le Sarrum indiqua que ça ne le dérangeait pas et Gwen partit, laissant Arthur maintenir les apparences pour le restant du banquet. Mais une fois que ce fut fini, il vint chercher sa femme dans ses appartements.

Arthur trouva Gwen assise près de sa fenêtre, ses yeux rougis par les larmes. Elle lui jeta un coup d'œil quand il entra, et leva une main pour essuyer ses lames pendant qu'il approchait.

« Je suis si heureuse que Merlin n'ait pas été là ce soir. S'il avait entendu ce que cet homme a fait à Aithusa... »

Arthur attira Gwen sur ses pieds, puis dans ses bras, la serrant fortement.

« Si Merlin avait été là, il me manquerait plusieurs fenêtres et le Sarrum aurait sans doute été jeté au travers de l'une d'elle. Mais cela explique pourquoi Aithusa est chétif et boite. »

Gwen prit une inspiration tremblante.

« On va devoir le lui dire, n'est-ce pas ? »

Arthur hocha gravement la tête.

« Oui, mais ça peut attendre que le Sarrum soit parti. Cette alliance est trop importante, et a le potentiel de mettre le trône de Camelot hors de portée de Morgane pour toujours. Pour le bien de la paix, nous devons continuer. »