Note : Ai eu le temps d'écrire ceci entre deux partiels... Bonne lecture !
Personnages : Tamao, Hao
Instant 53 : Chocolat commençant à fondre
Froide, rigide, sévère, effrayante, impassible. Tels étaient les adjectifs susceptibles de convenir à Tamao et tels étaient ceux que Mach, mary et Kanna lui avaient donnés. Ryu aurait ajouté « jolie », Hana « présente ». Ponchi et Conchi s'abstenaient de commenter, trop terrifiés par ce que leur maîtresse pourrait leur faire. Si belle et dangereuse à la fois. Tous les voyous de la ville connaissaient son nom et elle passait pour une légende aux yeux d'eux tous. Même Bokutou no Ryu, pourtant très admiré et redouté, n'avait pas sa popularité et ne les effrayait pas comme elle les effrayait. Et si autrefois elle avait timide et frêle, admirant et respectant quiconque parlait plus fort qu'elle, cette époque était révolue depuis le décès brusque de Mikihisa et tous étaient désormais susceptibles de déclencher ses colères, même Anna, bien qu'elles soient rares.
C'était le matin, l'aube pour être exact, le soleil se levait timidement et les oiseaux chantaient sur les arbres. Tamao venait de se lever, le reste de la maison était encore endormi. Personne n'aurait donc dû se trouver dans sa cuisine quand elle s'y rendit, pourtant quelqu'un y était.
- Bonjour Tamao, la salua chaleureusement Hao en ouvrant la fenêtre pour laisser l'air rentrer.
- Bonjour Seigneur Shaman King, lui répondit la jeune femme, respectueuse mais sur ses gardes, bien surprise et guère ravie de trouver le roi dans son sanctuaire.
- Que puis-je pour vous ? demanda-t-elle avec retenue.
Hao lui sourit.
- J'avais envie d'un gâteau au chocolat et il paraît que c'est toi qui fais les meilleurs que l'on puisse manger.
Tamao leva le nez en l'air et se décida enfin à entrer dans la cuisine au lieu de rester sur son seuil.
- C'est Yoh qui vous a dit cela ? devina-t-elle.
- Effectivement. Je les ai croisés Anna et lui en Afrique et il m'a chargé de transmettre ses amitiés à sa petite sœur.
Tamao ne broncha pas. Elle n'était plus amoureuse de lui depuis longtemps et si le roi désirait la blesser ainsi mal lui en prenait. Le complexe d'Œdipe qui l'affectait s'était évaporé en même temps que celui qu'elle considérait comme son père.
- Et bien je vous inviterai à en partager un avec nous, à l'occasion.
Tamao l'ignora alors pour aller chercher son bol et du lait au réfrigérateur. Elle aimait tout contrôler, comme pour contrebalancer toutes ses années où sa vie avait été régie par d'autres. Or l'interruption d'Hao dans sa cuisine n'était ni voulue ni attendue, donc très déplaisante.
- Maintenant me paraît une bonne occasion, déclara le roi en ouvrant un placard pour en tirer des plaquettes de chocolat noir.
De toute évidence le Shaman King n'avait pas l'intention de se laisser congédier de la sorte. Tamao ne contrôlait plus rien. Elle se raccrocha à la casserole qu'elle venait de sortit, encore persuadée qu'elle trouverait une solution pour le chasser et qu'elle pourrait faire chauffer son lait tranquille. Elle se trompait lourdement et le réalisa lorsqu'il lui prit la casserole des mains en souriant pour y mettre son chocolat déballé.
- Il faut le couper en morceaux, non ?
Hao prit le silence de Tamao pour une affirmation et cassa les tablettes en petits carrés.
- Ca vous arrive souvent de débarquer sans prévenir parmi vos sujets ? lança-t-elle brusquement.
L'attaque était la meilleure des défenses.
- Ca t'arrive souvent de manquer de courtoisie avec ton roi ? répliqua vivement Hao.
Il se tourna vers elle et Tamao ne put s'empêcher de frémir, craignant de l'avoir fâché. Les souvenirs du Shaman Fight étaient encore bien vivaces dans son esprit. Cependant se Majesté semblait toujours de bonne humeur, continuait de casser son chocolat avec entrain, un sourire en coin, les yeux brillants. Tamao ne savait sur quel pied danser.
- Tu es tout en contrôle, constata-t-il. Détends-toi enfin, c'est une belle matinée, non ?
La jeune femme ne put qu'acquiescer quand il lui désigna l'extérieur de la main. Les oiseaux chantaient toujours.
- Je te pardonne.
Elle tourna un regard surpris vers Hao sans comprendre le sens de sa phrase.
- De ne pas m'offrir à boire. J'arrive à l'improviste et tu es des plus rigoureuses, je peux comprendre que tu sois déconcertée.
Il l'avait dit sans la regarder, son attention toujours portée sur sa tablette de chocolat. Le ton était condescendant. Il laissait entendre qu'il était tout à fait normal qu'il arrive sans prévenir, qu'elle aurait dû s'y attendre, que sa surprise pouvait lui être reprochée. N'avait-elle pas le droit d'être surprise ? Et puis Tamao posa abruptement son bol sur la table, délaissa sa bouteille de lait toujours fermée et sortit un verre pour sa Majesté.
- « Puis-je avoir un verre d'eau s'il te plaît » marche aussi, fit-elle remarquer avec acidité, le respect qu'elle lui avait tout d'abord témoigné s'effaçant petit à petit.
- N'y a-t-il pas du jus d'orange dans le frigo ? releva-t-il.
Tamao secoua la tête mais se plia à son caprice. Lui finit enfin de casser tous ses morceaux et s'écarta de la casserole avec un air ravi.
- Enfin ! s'exclama-t-il quand son hôtesse lui donna son verre.
- Je n'ai pas l'habitude des esprits qui boivent et qui mangent, fit-elle remarquer avec une nuance de reproche.
- Tu ne veux pas m'apprendre ? changea complètement de sujet Hao.
- A ?
- Faire un gâteau au chocolat, lâcha Hao comme si c'était la chose la plus évidente du monde.
Tamao ne répondit pas mais lui tourna le dos pour se servir son bol de lait.
- J'ai faim, fit remarquer le roi d'une voix plaintive. Mais ne t'inquiète pas, ajouta-t-il, ce n'est pas toi que j'ai l'intention de manger mais le gâteau que tu vas préparer.
La shaman le foudroya du regard devant cette menace à peine voilée.
- Après vous partirez ? demanda-t-elle cependant confirmation.
- Si je suis rassasié, pourquoi resterai-je ?
Alors, rassurée et ayant hâte de se débarrasser de l'intrus, Tamao sortit vivement les ingrédients nécessaires, enfila d'un geste leste son tablier de cuisine noir, s'empara d'un saladier et s'occupa. Hao le regarda faire avec attention et peut-être même un brin de fascination au fond des yeux.
- Il faut allumer le feu si vous voulez que le chocolat fonde, l'informa-t-elle.
Hao s'en occuper sans se servir des boutons. Il s'approcha ensuite silencieusement derrière Tamao. Elle le sentit et fit volte-face.
- Tu m'as l'air bien perturbée, s'amusa-t-il. Lâche prise.
Elle ne le repoussa pas quand il repoussa une mèche de cheveux roses de son visage, ni même quand il s'approcha tout contre elle ou quand il posa délicatement ses lèvres sur sa bouche. Elle était craquante.
Le chocolat était en train de fondre.
