Chapitre 45


Bertold avait poussé la porte avec un long soupir. Il n'aimait pas l'idée de laisser les deux garçons seuls dans leur état, et ne comprenait pas tellement ce qui avait pu se passer. Apparemment, Connie soutenait Eren. Avait-il eu un malaise, quelque chose ? Dans ce cas-là, le garçon aurait demandé de l'aide, assurément.

Or, il avait le sentiment de s'être fait renvoyer avec un coup de pied aux fesses.

Depuis quand Connie et Eren s'entendaient-ils aussi bien, d'ailleurs ? Depuis la veille, il avait le sentiment de les voir collés en quasi-permanence. Ce n'était pas vraiment la même sensation que de voir Jean et Marco, mais il y avait quelque chose de…Bizarre, entre eux.

Presque aussi bizarre que ce qu'il trouva en avançant dans le dortoir. Sous son lit, enfouis sous une couverture, la forme des corps se dessinait parfaitement. Pas de mouvement, et seul le haut du crâne de Marco dépassait. Et un pied, aussi. Trop bas pour être celui du brun. Il n'y avait pas besoin d'être devin pour savoir à qui il appartenait et Bertold pinça les lèvres, grognant sur leur manque de prudence. Sur le matelas, deux serviettes traînaient. L'une était assurément moins propre que la première, et il grimaça. Restant discret, il s'approcha, et à peine eut-il monté les deux premiers barreaux de l'échelle menant à son lit en hauteur qu'il se demanda si tout été ligué contre lui.

Se hissant sur le matelas, il darda un regard noir au garçon déjà présent. Allongé sur le côté, Reiner le regardait avec une expression hésitante, les jambes légèrement relevées et tirant sur son tee-shirt le plus bas possible.

-Qu'est-ce que tu fous, toi aussi ?

-Ah, hum…Comment dire…

Le grand blond triturait l'ourlet de son vêtement, visiblement mal à l'aise, et Bertold remarqua très rapidement les tâches humides sur son pantalon. D'abord silencieux, il s'avança à quatre pattes près de lui, et attrapa sans prévenir son entrejambe en se penchant au-dessus de lui.

-Aïe…Oh, Bert', tu...

-Dis donc, gros dégueulasse, grinça le brun, tu te fais plaisir dans mon lit ?

Reiner déglutit, se sentant devenir rouge pivoine.

-Ah, euh…En fait…

En fait, c'était totalement ça, même si ce n'était pas l'idée première lorsqu'il était venu se réfugier là. Reiner se demanda s'il devait s'affoler quand le souffle de Bertold lui chatouilla le visage. Il sentait ses doigts s'enfoncer contre ses bourses, à travers le tissu de son pantalon. L'intérieur était collant et humide, les sécrétions traversaient légèrement la toile fine.

-Ar-arrête, gémit-il. C'était pas franchement de ma f-faute… !

Merde. Quand la situation était-elle devenue comme ça ? Il n'avait même pas eu le temps de comprendre , que Bertold l'avait plaqué dos sur le matelas, une jambe passée au-dessus de lui. Ses poignets brusquement prisonniers de son autre main se retrouvaient bloqués au-dessus de sa tête.

-Ah ouais ? T'as une explication décente ?

Décente ? Du genre, quelque chose qui tenait la route ? Reiner grimaça légèrement il avait un doute sur le fait qu'entendre les deux d'en bas se soulager mutuellement soit une bonne excuse.

Et il déglutit. Lentement.

Sa voix brûlante –à son oreille du moins-, la main qui prenait bourses et sexe sans faire dans la dentelle, son souffle chaud qui lui réchauffait le visage, son corps qui l'emprisonnait.

Pas besoin de beaucoup plus. Même si au-dessus, dans un élan de domination et d'exacerbation de virilité, c'était Bertold.

-Tu fais chier, marmonna le brun.

Reiner esquissa un petit sourire navré, quand bien même il ne se sentait pas le moins du monde désolé. Ca ne tarda pas la bouche du brun venait de lui attaquer la gorge, mordant à pleines dents dans sa pomme d'Adam, quitte à lui faire mal.

Là, sous la poigne de Bertold, il avait la queue en feu. Ni plus, ni moins. Serrant les dents, il retint un grognement sourd –de plaisir ? Oui, sûrement-, et glissa une main derrière la nuque de son camarade.

Il y avait une espèce d'absence de douceur qui lui faisait tourner la tête. Un côté bestial. Quelque chose qu'il n'aurait pas pensé trouver chez le garçon taciturne et calme.

Reiner eut un hoquet à mi-chemin du gémissement quand les doigts glissèrent sous la ceinture de son pantalon pour se replacer de la même manière. Ils étaient encore frais de l'air ambiant, contrastant désagréablement avec son membre brûlant.

Bertold retint une petite grimace de nouveau en sentant les restes coller à ses doigts. « T'es dégoûtant…, » souffla-t-il. Mais quelque part, c'était…Excitant. Avoir Reiner sous ses doigts de cette façon, réagissant au quart de tour à peine il le touchait ou s'approchait. Il avait un peu la sensation d'avoir inversé les rôles qu'ils avaient eu pendant longtemps, et cette idée lui plaisait terriblement.

-B…Bert', ils sont en bas…, gémit Reiner.

Le brun remonta à son oreille, exhalant un souffle chaud à l'intérieur. Il sentait son cœur s'accélérer en entendant les soupirs et gémissements qui résonnaient à son oreille.

-Et alors ? Ca t'a pas gêné, tout à l'heure…

Un grognement lui répondit. Un point pour lui.

-Tu t'es douché, ajouta-t-il.

-Je vois pas le…Rapport…, marmonna Reiner.

-Tu sens bon.

Le parfum du savon s'était mélangé avec l'odeur naturelle du blond, et Bertold inspira longuement, le visage dans sa nuque. Reiner eut un petit sourire en coin, oubliant un instant sa position.

-Tu fais ta gonzesse, Bert' ?

Il le sentit sourire contre sa peau, et au même moment sa main bougea un peu. Brusquement, un de ses genoux s'insinua entre ses cuisses, les écartant pour libérer le passage et ses doigts glissèrent sur son membre, ses bourses, s'infiltrant entre ses fesses.

Reiner se demanda lui-même s'il rougissait ou pâlissait.

-Fais gaffe, c'est qui la gonzesse, à ton avis ?

-Putain, t'abuses…

Leblond sentait son souffle s'accélérer, et brusquement Bertold lâcha son cou pour happer ses lèvres, glissant le bout de sa langue dans un souffle brûlant. En même temps que son doigt, humide de la semence de Reiner, s'introduisait lentement en lui. Il se retint de justesse de serrer les dents, mordillant la langue de Bertold par la même occasion.

Le brun lâcha ses lèvres un très bref instant, le gratifiant d'un petit coup de langue. « Te crispe pas, idiot…, » marmonna-t-il.

-T'es un enfoir- Ah… ! Putain…

Reiner gémissait, ne sachant pas vraiment où il devait donner de la tête. Sur la paume qui touchait toujours son appareil ? Le doigt en lui, qui bougeait, entrait, repartait, dans une espèce de va-et-vient et qui perturbait complètement ses sens ?

-B…Bert'…, gémit-il d'une voix suppliante. A-arrête ça.

Il eut un soupir de soulagement en le sentant s'immobiliser.

-Pourquoi ? » souffla Bertold. T'as pas l'air contre…

Et la seconde d'après, il reprenait. Ses mouvements s'étaient ralentis, et Reiner se demanda s'il n'allait pas hurler. Ou exploser. Quelque chose du genre.

Et ça lui faisait franchement mal d'accepter l'idée qu'il était en train de prendre son pied de cette manière.

-Merde, Bert'…Ils sont en bas…, répéta-t-il.

-Ils dorment, laisse…

Bertold n'était pas vraiment sûr de ce qu'il avançait, mais il supposait qu'en l'entendant arriver, ils auraient au moins bougé un peu. Et au pire…Tant pis. Pour le moment, il ne s'intéressait qu'à ce qu'il avait entre les mains. D'un coup d'œil, il remarqua le membre qui dépassait de la ceinture, presque contre son poignet. Reiner pouvait toujours supplier, il ne pouvait pas le tromper sur ce point-là.

D'un coup de dents soudain, il attrapa la lèvre inférieure du garçon, la suçotant longuement. C'était étrange de le sentir là, autour de son doigt, se contractant, se resserrant à chacun de ses passages. Lui-même se sentait terriblement dur, bénissant pour la énième fois les pantalons lâches qu'ils avaient et qui l'empêchaient d'être serré.

Il enfonça lentement son doigt de nouveau, et lâcha la lèvre.

-Eh, Reiner…, murmura-t-il.

Le blond gémissait encore et encore, visiblement sans se rendre compte qu'il avait écarté un peu plus les cuisses. Et puis, il n'aimait pas trop le sourire en coin du garçon.

-Putain, quoi ? grogna-t-il.

-Ton cul est génial.

-Merde, va crever… !

Bertold gloussa gentiment, amusé de la fausse réticence qu'il voyait chez Reiner, et reprit ses petites affaires, se repaissant des soupirs et autres gémissements qu'il entendait entre leurs lèvres quand il revenait l'embrasser. Reiner n'essayait plus de le mordre quand il bougeait.

Un frisson et Reiner s'arqua légèrement sous son corps. Bertold sentit quelques gouttes atteindre jusqu'à sa gorge et il soupira en lâchant les poignets, retirant l'autre main sous les grognements du garçon. Il le gratifia d'un petit baiser sur le bout du nez, s'attirant un regard noir, et roula sur le côté avec un sourire.

-Enfoiré, t'es content en plus…

Les bras en croix et le souffle court, haletant, Reiner grognait de mécontentement. Il s'était répandu sur son propre ventre, et cette fois c'était sûr : une nouvelle douche allait s'imposer.

Bertold se cala contre son oreiller, un bras glissé derrière sa tête. Sans demander son avis à Reiner, il glissa sa main dans son propre pantalon, soupirant de soulagement en attrapant son érection. Le blond arqua un sourcil en comprenant ce qu'il faisait et se redressa sur un coude.

-Eh, qu'est-ce que tu…

Bertold claqua légèrement de la langue, et d'un mouvement de menton lui signifia de rester à sa place.

-Bouge pas, toi.

-Dis donc…

Le brun lui lança un petit clin d'œil, avant de soupirer comme sa main allait et venait sur lui.

-T'es du genre « œil pour œil, dent pour dent »…, ricana-t-il.

-Oh, connard…

Reiner déglutit en le regardant faire. Au fur et à mesure, le pantalon avait glissé sur les cuisses de Bertold, empêchant celui-ci de se cacher sous le tissu. Ou plutôt, il l'avait fait exprès. C'était obligé. Légèrement tourné sur le côté, Reiner le fixait, détaillant le moindre de ses mouvements. Le sexe érigé était parcouru en de longs mouvements de sa main, et les yeux mi-clos Bertold soupirait, gémissant tout bas. Le gland suintait légèrement. Il glissait son pouce dessus de temps en temps.

Son visage était rougi par le plaisir.

Il prenait presque son pied.

Tout seul.

Là, une frustration s'emparait progressivement du blond.

Merde.

Il avait envie de le prendre. Là. Sans se préoccuper du reste. Le sentir autour de lui. L'entendre hurler, de plaisir ou de douleur, il s'en foutait totalement.

Et ce fut lui qui grogna quand la semence apparut, maculant le bas du tee-shirt de Bertold. Le souffle encore rapide, Bertold leva sa main après l'avoir essuyée rapidement, et leva un doigt dans un charmant geste. Un peu vulgaire.

-Tu sais où il était, celui-là ? dit-il avec un petit clin d'œil.

Reiner rougit violemment et se retourna, tournant le dos dans une flopée de jurons. Le brun rit de nouveau et glissa dans son dos, passant un bras autour de ses épaules. Sa bouche vint happer le cartilage d'une oreille, le bout de sa langue léchant les reliefs.

-Fais pas la gueule, allez…, murmura-t-il.

-T'es un connard, c'est tout.

-J'y peux rien.

Bertold sourit en coin.

-Ca fait deux pour moi, souffla-t-il au creux de l'oreille.

-Ta g…

-A toi de me rattraper…

Reiner n'alla pas au bout de sa phrase. Merde.

Bertold savait un peu trop bien comment le prendre.

Sous la couverture, il faisait chaud. Surtout coincé entre ses bras. Son pied qui dépassait était la seule chose désagréable, et Jean déglutit. C'était comme si l'odeur de Marco l'envahissait.

-Eh, souffla-t-il, hésitant.

-Mh ?

Ils avaient un peu peur d'être entendus. Les bruits qui leur parvenaient n'étaient pas franchement ambigus et il n'était pas dur de savoir ce qui se passait. Quant aux voix…

-Reiner était là-haut depuis le début ?

Il entendit un petit soupir Marco resserra son étreinte sur lui.

-On dirait…

-Il pourra rien dire, si ?

Même dans l'obscurité de la couverture, Jean pouvait deviner un sourire sur les lèvres de Marco quand il parlait.

-Qu'il essaie…