Jour 5. Sur la table du salon de chez Sirius, la Gazette du Sorcier. En première page, mon nom et celui de Lily. « Les Amants Maudits de Poudlard », par Emile Skeeter. Il n'a pas l'impression d'aller un peu loin, là, avec son titre racoleur ?! J'ai envie de foutre le feu à ce torchon, mais il faudrait que je le lise pour avoir une idée de ce qu'ils savent.
Ça fait cinq bonnes minutes, pourtant, que je fixe le titre et la photo qui montre Lily agenouillée à mes côtés après ma chute lors du match contre son équipe sans réussir à tourner les pages du journal. Je savais qu'on se ferait griller un jour ou l'autre, je savais qu'ils nous auraient, mais je n'avais aucune idée de la réaction que j'aurais à ce moment là.
La peur. Pas pour moi, pour Lily. Pour ce qu'ils racontent probablement sur elle là dedans, pour la façon dont les gens vont la regarder après ça. Pour tout ceux qui ne la connaissent pas et qui vont la juger sur quelque chose qui ne les regardent pas, sur quelque chose qui est sincère et vrai. Peu m'importe ce qu'ils peuvent dire à mon sujet, je ne suis pas du genre à me laisser influencer mais elle... Elle est vulnérable. Elle sera touchée, c'est sûr.
Pourquoi lire, alors, puisque je sais qu'ils ne racontent probablement que des inepties dans ce torchon ? Je pointe ma baguette dessus et le tout s'enflamme devant mes yeux. La sensation de chaleur me fait frissonner de rage, alors je prends mon manteau et je transplane. Je ne peux pas laisser Lily gérer une chose de plus toute seule.
Dans l'allée de Godric's Hollow, des dizaines et des dizaines de journalistes se pressent au portillon.
« Et ils ont eu l'adresse en plus ! Je peste. »
Et ils se tournent tous vers moi, baguettes à la main pour récolter de plus amples informations sur ma relation avec Lily. Bon sang mais qu'est-ce que ça peut leur faire ?! Je me force à ne pas écouter leurs questions sinon je sais pertinemment que je vais finir par en démolir deux ou trois, et je me fraye un chemin parmi eux pour rejoindre ma maison qui me semble bien hostile là.
A l'intérieur, je découvre Lily assise sur le canapé, la tête dans ses mains qui serrent étroitement un mouchoir. Agenouillée devant elle, Alice frotte doucement ses genoux et lui dit à voix basse des mots que je n'entends pas parce que mes oreilles bourdonnent des propos haineux que je me retiens de balancer aux foutus rapaces qui se trouvent à notre porte.
Je ne peux pas supporter de la voir dans cet état. Je vais anéantir tout ceux qui ont contribué à cet article de merde que je ne lirai jamais, à commencer par Emile Skeeter. Cet abruti vient de mettre fin à sa carrière.
« Lily. »
Ses deux yeux verts se posent résolument sur moi. Elle essuie ses joues, se lève, s'approche de moi, et alors que je m'attends à me faire une nouvelle fois réprimander, à juste titre, pour mon comportement passé, elle vient se serrer contre moi et j'ai l'impression que je revis. Pourtant, le regard accusateur d'Alice derrière elle me refroidit.
« Merlin, il était temps ! S'exclame-t-elle.
_ C'est bon Alice... La calme Lily en quittant mes bras pour poser ses mains sur ses épaules.
_ Non ce n'est pas bon ! Monsieur décide du jour au lendemain qu'il veut faire sa vie tout seul et il se frotte au premier petit cul qu'il croise ! C'est un sale...
_ Con, oui, c'est vraiment un sale con. C'est un gigantesque con, et il le sait, je crois, répond-elle en tournant la tête vers moi.
_ Je le sais, je confirme en hochant la tête.
_ Voilà. »
La conversation semble close mais pourtant Alice me toise toujours avec animosité. Est-ce que je peux lui en vouloir ? Je ne crois pas. Et puis de toutes façons, je m'en fiche. Tout ce qui m'importe maintenant, c'est Lily et ce foutu journal qui la met dans tous ses états. Je prends la gazette sur la table basse et je la brandis devant elle.
« Tu as lu ça ? Je lui demande en le secouant. »
Elle acquiesce, comme je m'y attendais, et je vois en elle toute l'agressivité et la peur qu'elle ressentait autrefois, quand je l'ai rencontré, et qui font écho à sa fragilité. Je connais ses mécanismes de défense par cœur maintenant, je sais, quand elle a ce regard froid, que ce n'est pas tant parce qu'elle est en colère que parce qu'elle est blessée. Je sais que ça ne veut pas dire que je dois partir, mais plutôt que j'ai intérêt à rester.
« Je ne partirai plus, je dis simplement.
_ Eh ben ! Tu parles d'une nouvelle ! C'est ça qu'ils auraient dû écrire dans le journal ! Lance Alice. »
Lily lâche un rire. C'est la seule chose qui m'empêche de répondre à sa meilleure amie d'aller se faire voir, et pour lui prouver ma bonne foi, je referme mes doigts sur les poignets de Lily et je la tire avec moi sur le perron.
Là, dehors, les journalistes hurlent. Je n'écoute pas, je me contente d'être là, avec Lily, de passer mon bras autour de ses épaules et d'officialiser ainsi notre relation aux yeux de tous. Peu m'importe à présent ce qu'ils peuvent penser dans leur cerveau dénué de bon sens. Tu vois, Lily, je n'ai jamais eu honte de toi, je n'ai jamais eu l'intention de me séparer définitivement de toi.
C'est bizarre, cette sensation que j'éprouve, là, en la serrant contre moi devant tout ce monde. Ce sentiment de fierté que je ressens à montrer qu'elle est à moi et uniquement à moi, cette espèce de délivrance qui me donne des ailes et me fait sentir léger comme une plume, parce que moi aussi, je suis à elle.
Je me suis imaginé des centaines de fois ce jour où je révélerais ma relation avec elle au monde entier, mais jamais je n'ai pensé le vivre de cette manière, avec tant de force et de bonheur, en me sentant si libre et libéré. J'avais planifié un peu la chose, je m'étais dis que je ferais comme ci ou comme ça, que je dirais ci ou ça, mais finalement, là, rien ne se déroule selon le scénario que je m'étais écrit à moi-même, et c'est parfait.
Tout près du mien, le visage de Lily passe par toutes les couleurs de l'arc en ciel. Rouge de honte d'être traînée ainsi devant les journalistes qui vont probablement la dénigrer dans leur article, elle tremble. Blanche comme un linge, semblant comprendre mon geste, ma volonté brutale de montrer au monde ce que nous sommes vraiment, elle réalise que plus rien ne sera comme avant et elle a peur. Moi je n'ai pas peur, je pense juste à ces mecs qui seront verts de jalousie parce que c'est moi, c'est moi que Lily a choisi.
« Pourquoi tu fais ça ? Elle me chuchote en cachant sa tête dans mon cou.
_ Parce que je n'ai pas lu cet article mais je peux aisément m'imaginer ce que Skeeter y raconte. Je veux que les gens te voient rougir d'embarras devant eux et devant moi. Pas parce que tu es gênée de m'aimer, mais parce que tu ne l'avais jamais fait en public avant. Tu es mignonne quand tu rougis Lily. Ils ne peuvent pas passer à côté de ça et ils ne peuvent pas non plus te détester pour ça. »
Pourtant, je ne m'attarde pas. Je ne veux pas la mettre plus mal à l'aise qu'elle ne l'est déjà, alors je finis par refermer la porte pour la protéger des questions qui fusent et que nous préférerions ne pas entendre. Alice est beaucoup moins sur la réserve, à l'intérieur de la maison. Il me semble qu'elle a saisi que je regrette amèrement les erreurs que j'ai faite.
« Bon... Puisque Monsieur a plus ou moins prouvé qu'il était décidé à ne plus être un gros con, je vais y aller, conclut-elle avant de filer à travers le groupe de journalistes. »
Lily referme soigneusement la porte derrière elle et la verrouille à double tours. Elle s'y adosse ensuite en soupirant, lassée par les questions incessantes des reporters. Je sors ma baguette de ma poche, je l'agite en l'air quelques secondes, et progressivement le bruit désagréable de leurs demandes d'interview diminue pour finalement disparaître.
Il ne reste plus que nous, les yeux dans les yeux, chacun décontenancé par la présence de l'autre. Un instant, j'ai l'impression que j'ai gâché ce que nous avions, et puis son regard s'assombrit et je me rends brutalement compte que je n'ai jamais eu autant envie d'elle qu'à ce moment précis.
Ses doigts qui se crispent le long de ses hanches ne me laissent pas de doute. Elle aussi, elle a envie de moi. Je me jette sur elle avec autant d'ardeur qu'elle m'enlève ma chemise et je ferme les yeux quand je retrouve l'odeur grisante de son parfum. Merlin comment j'ai pu me passer de ça aussi longtemps ? Et ses cheveux qui me chatouillent le bras quand j'y plonge mes doigts, sa bouche qui se pose sur la mienne avec avidité, ses mains douces qui glissent sur mon torse, sur mon ventre, qui défont ma ceinture avec la confiance que je lui ai appris à avoir... Tout ça, c'est ce qui me rend heureux.
Je frissonne quand je sens sa jambe s'enrouler autour de moi, et elle sourit contre ma bouche, ravie de constater qu'il y a des trucs que je ne peux pas feindre. Elle non plus, elle ne peut pas se cacher derrière des apparences quand je la touche. Sa peau est brûlante sous mes doigts, son cœur bat contre mes lèvres quand ma bouche se met à embrasser son corps, ravie de le retrouver enfin. Et puis sa main se fige dans mes cheveux.
« James...
_ Hmmm ?
_ Pas devant tes parents... »
Je relève la tête en fronçant les sourcils et je remarque que ses yeux sont rivés sur le tableau de l'entrée derrière moi. Oh... Effectivement, je peux comprendre que ce soit un peu déstabilisant. Je laisse échapper un rire et je la prends dans mes bras pour l'emmener dans la chambre sans qu'elle n'émette la moindre objection. Je sais pourtant que nous avons une longue conversation à avoir, je sais qu'il ne suffit pas que je me jette sur elle pour la récupérer entièrement, mais pour l'instant, je préfère ne pas y penser.
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« Tu m'as manqué, elle me dit la tête calée contre mon torse. »
Chacun de ses mots vibrent contre ma cage thoracique et un sentiment de bien-être comme je n'en ai pas ressenti depuis que je l'ai laissé m'envahit. Pourquoi je lui en ai voulu ? Pourquoi j'ai cru qu'elle pourrait me quitter pour Rogue ? C'était complètement stupide. Il n'y a que quand nous sommes dans les bras l'un de l'autre que tout va bien.
« Demain je vais voir Alice et elle fera un article sur nous, je rectifierai le tir, poursuit-elle.
_ Tu n'as rien à rectifier Lily.
_ Tu n'as pas lu l'article. Je ne peux pas les laisser penser que tu as abusé de moi, de ma naïveté dû à mon jeune âge, de mon impressionnabilité par rapport à ton statut, et tout le reste...
_ Ça m'est égal. Skeeter sera viré dans la semaine, de toutes façons, je poursuis d'un ton catégorique.
_ Quoi ? Comment tu le sais ? »
Elle se redresse et me fixe avec ses grands yeux verts plein d'étonnement et de candeur. Merlin, elle a un visage si innocent que ça me fout les boules quand je repense à ce que je viens de lui faire dans ce lit.
« Parce que quand je suis rentré tout à l'heure, ma copine était en train de pleurer sur notre canapé à cause de son article idiot. Mon père connaissait le patron de la gazette qui est un sacré lécheur de bottes en plus d'être un incompétent, un petit hibou de ma part devrait suffire à ce qu'il se sente si honoré qu'il se mette à accepter toutes mes demandes dans la seconde.
_ Tu me fais peur quand tu joues au maître du monde, reprend-elle en secouant la tête de droite à gauche.
_ Personne n'a le droit de dire du mal de toi, je conclus en resserrant mes bras autour de son corps nu. »
Qu'est-ce que je peux y faire, moi, si je suis en colère quand on s'en prend à elle ? J'ai été un imbécile avec elle ces derniers temps et je n'accepterais pas que quiconque ne viennent concourir avec moi dans la catégorie du plus gros salaud du siècle.
Là, je me rappelle que nous avons encore plein de choses à régler, et mes muscles se tendent lorsque je repense à cette enveloppe que j'avais trouvé sur la table. Lily non plus n'est pas dans son assiette. Elle ne sait pas quoi me dire et je le sens.
Les yeux vissés sur le plafond, je me demande si je vais oser lui en reparler. Pourtant, il le faut. Il faut que je lui dise que j'en ai envie. Dès que mon regard est tombé sur les mots « Pas enceinte », quelque chose s'est réveillé en moi. Ces mots ont sonnés comme un « non » pour moi, et je déteste les « non », mais je n'avais jamais réalisé avant à quel point.
Ma gorge est serrée. Ça m'arrive rarement. C'est juste que c'est tellement étrange de penser que je pourrais être prêt à ça... A avoir un enfant avec elle alors qu'il y a quelques semaines je lui certifiais ne pas être pressé. Maintenant, j'ai l'impression de ne plus penser qu'à ça. A ça, et à l'épouser. Pourtant, je viens juste de la retrouver, et nous avons recollé les morceaux de la manière la plus inconsciente qui soit, sans utiliser de mots, comme d'habitude.
Je ne sais pas ce qu'il se passe dans ma tête, des fois. Je passe du tout au rien, du rien au tout, et j'ai du mal à me suivre moi-même alors je me demande comment elle fait, elle. Comment pourrait-elle comprendre ma déception face au fait qu'elle ne soit pas enceinte alors qu'il y a quelques temps je lui demandais de me laisser respirer ?
« Lily ?
_ Oui ?
_ Ça t'as fait quoi quand tu as lu ces mots sur le parchemin de Sainte Mangouste ? »
Un silence profond et angoissant s'en suit. Je n'arrive pas à la regarder et ma main droite s'est figée sur sa taille. Je sens son front brûlant se coller à ma joue et puis elle ne bouge plus, elle non plus. Je crois qu'elle réfléchit, je crois qu'elle veut éviter une autre altercation, mais elle n'a aucune idée que je n'ai plus aucune envie de me battre avec elle et que je céderais au moindre regard de travers qu'elle me lancera.
« J'étais soulagée, finit-elle par dire. »
Vlan... Je déglutis et j'arrête de respirer l'espace d'un instant. Ça me fait un peu mal, mais je n'arrive pas à dire pourquoi. C'est normal qu'elle ne soit pas prête, elle est tellement jeune, elle n'arrive pas à se projeter dans l'avenir, je ne dois pas m'en formaliser, ça viendra, et pourtant... Pourtant je ne me sens plus très bien, maintenant.
« Pourquoi ? »
Sa question me met mal à l'aise. Je sais qu'il faut que je sois honnête avec elle, c'est la moindre des choses après ce que je lui ai fait subir, je lui dois ça, mais pourtant, j'ai tellement peur de l'effrayer que j'hésite.
« James... Tu en as envie, toi, c'est ça ? Elle me demande timidement en semblant connaître la réponse. »
Je ne réponds pas. Ses lèvres effleurent mon cou et je ferme les yeux. Il est hors de question qu'on s'engueule maintenant pour une divergence d'opinion là dessus. Je viens de la retrouver, je ne suis pas prêt à la perdre de nouveau.
« Je l'ai su dès que j'ai vu ton regard quand tu as posé la lettre devant moi, poursuit-elle.
_ Lily, je ne savais même pas à ce moment là...
_ Bien sûr que si, tu l'as juste réalisé après. Ecoute je... J'ai dit que j'étais soulagée parce que je ne voulais pas que ça se passe comme ça. Je n'avais aucune envie de tomber enceinte au moment le moins opportuns du monde, de l'apprendre sans toi, et d'apprécier la nouvelle sans toi. Je ne dis pas que je suis prête à ça dans l'immédiat, mais je crois... Je pense que... D'ici quelques temps si on arrive à se comprendre... Si on ne fait plus n'importe quoi, peut-être que... »
Elle laisse sa phrase en suspend et je me décale un peu pour voir son visage. Un sourire embarrassé s'est dessiné dessus et je ne peux pas m'empêcher de le lui rendre. Je suis amusé de la voir raisonnable pour la première fois dans sa vie, mais je ne lui dis pas parce que je crains encore ses foudres. Pourtant je me sens mieux, là, même si nous avons encore pas mal de problème à régler, même si mon épaule me fait souffrir atrocement et que j'ose à peine bouger de peur de perdre ce contact physique avec Lily.
« Pourquoi tu souris ? Elle me demande en s'écartant légèrement.
_ Je viens de réaliser que maintenant, je vais pouvoir te traîner partout dans Pré-au-lard. Je vais pouvoir garder mon bras autour de toi quand nous sortirons, je vais pouvoir parler de toi à mes potes de Poudlard, je vais pouvoir te tenir la main dans la rue, je vais pouvoir t'embrasser sans y réfléchir à deux fois, je vais pouvoir te montrer à tout le monde, bordel Lily on est libres !
_ C'est vrai, mais ce n'est pas une excuse pour utiliser un si vilain mot, monsieur Potter, me fait-elle remarquer en s'asseyant en tailleur, nouant autour d'elle une partie du drap blanc qui recouvre le lit.
_ Parce que c'est toi qui va m'apprendre les bonnes manières maintenant, Evans ? Je m'étonne en haussant les sourcils.
_ Peut-être bien, Potter. Tu as un peu manqué de discipline ces derniers temps et tu n'es pas encore tiré d'affaire, je tiens à te le dire... »
Je secoue la tête de gauche à droite avec un demi sourire. S'il y a une chose qui n'a pas changé dans cette histoire, c'est cette facilité qu'elle a à me balancer des provocations à tout bout de champs. Elle roule sur moi en éclatant de rire et je ferme les yeux. Son rire. J'ai été un crétin de le lui voler pendant tant de temps, trop de temps.
