Chapitre LII : Le jugement de l'âme …

Où vas-tu comme ça ?

C'est toi qui l'a dit … La réponse est peut-être dans la boîte de Weasley …

Et en quoi cela nous intéresse-t-il ? Si Poudlard sombre un peu plus … quel mal cela peut-il nous faire ?

Tu n'es pas curieuse ?

Anae leva les yeux au ciel. Mais un petit sourire était né sur ses lèvres en même temps.

Autant faire quelque chose … plutôt que de patrouiller pour rien dans les couloirs … N'empêche qu'il faut retraverser tout Poudlard … Nous sommes à l'opposé de la salle commune des Gryffondors.

Severus éclata soudain de rire en voyant la mine grognonne d'Anae.

Ils firent donc demi-tour et se dirigèrent vers la Salle Commune des Gryffondors.

Des murmures parcouraient les tableaux ; les personnages semblaient affoler mais ni Severus ni Anae ne l'avaient remarqué.

Un souffle glacé envahit soudain les escaliers où venaient d'arriver les professeurs et des craquements sourds se firent entendre. En même temps, Severus et Anae dégainèrent leurs baguettes.

Je crois que nous allons avoir un peu d'action, murmura la sorcière.

Un peu ? Je crois que tu te trompes … Regarde !

Severus venait de désigner la créature qui s'avançait vers eux : un minotaure. Le monstre était très grand, plus de deux mètres de haut. Les deux cornes effilées luisaient et leurs pointes étaient recouvertes d'une substance poisseuse écarlate.

On dirait que nous ne sommes pas les premiers à l'avoir rencontré … constata Severus.

Les yeux rouges de la créature flamboyaient et des naseaux de la tête taurine sortait un souffle glacé.

Un meuglement assourdissant résonna dans le couloir, le Minotaure se préparait à charger.

Ni Severus ni Anae ne lui laissèrent le temps de s'avancer vers, la créature fut frappée de plein fouet par des éclairs de stupéfix. Mais le sortilège n'arrêta pas la progression de la bête. Les sorts semblaient avoir très peu d'emprise sur le Minotaure, il avançait simplement au ralenti au lieu d'avoir été paralysé.

Que se passe-t-il, marmonna Anae. Nos sorts ne l'arrêtent pas …

Les deux sorciers avaient beau lancer plusieurs sorts sur le Minotaure, ils n'avaient aucun effet ou presque sur la créature. Elle progressait, forçant Anae et Severus à reculer imperceptiblement.

C'est la première fois que je vois ça … C'est comme si notre magie n'avait aucune prise sur lui …

Essayons autre chose, proposa Anae.

Sectumsempra !

Une longue égratignure zébra le torse du Minotaure. Il s'arrêta, regarda bêtement le sang couler un instant. Mais quelques secondes après, la blessure commença à se refermer et il n'y eut plus aucune trace …

C'est impossible.

Le maître des potions s'était arrêté/

Impossible ou pas, lui cria Anae, il faut faire quelque chose …

Le minotaure s'est dangereusement approché. Les sorts d'entrave et de saucissonnage perdaient les quelques effets qu'ils avaient eu sur la créature. Deux petits pas seulement séparaient les sorciers du monstre.

Une idée ? demanda Anae.

On continue à lui jeter des sorts d'entrave … Il sera ralenti, ça nous laissera le temps de trouver une solution …

De nouveaux éclairs jaillirent des deux baguettes et touchèrent de plein fouet le minotaure. Sa fureur était à son paroxysme. Les naseaux fumants, les yeux du minotaure lançaient des éclairs de pure haine. La créature semblaient enchaînées par des liens invisibles. Elle avait beaucoup de difficulté à faire un mouvement.

Severus et Anae étaient sur le point de se réjouir pour cette courte victoire, mais le monstre banda ses muscles et les chaînes invisibles éclatèrent en mille morceaux. Un rugissement de victoire se fit entendre. Les bras musclés levé au ciel, le minotaure fit un pas de plus en avant.

Attention, cria Severus.

Mais c'était trop tard, la créature venait d'empoigner Anae et la jeta au loin comme une vulgaire marionnette. La sorcière s'écrasa contre une vieille armure rouillée qui s'écroula à terre en un fracas assourdissant. Un filet de sang perla aux lèvres de la sorcière.

Severus était seul à faire face au minotaure à présent.

Sans avoir eu plus de nouvelles, une majorité d'élèves avaient regagné leurs lits à l'abri dans leurs dortoirs. Les élèves de sixièmes et septièmes années étaient restés dans leurs salles communes, attendant d'hypothétiques nouvelles. Les plus jeunes élèves dormaient déjà. Le dortoir de Pouffsouffle dominaient les serres et la lune se reflétait dans le toit de verre de la serre numéro trois. Bien au chaud sous leurs épaisses couvertures, les jeunes sorciers étaient plongés dans leurs rêves qui pour certains semblaient mouvementés : beaucoup de garçons s'agitaient en proie à de horribles cauchemars.

Le dortoir avait beau être plongé dans le noir, on y voyait comme en plein jour. Ce n'était pas la lueur pâle de la lune qui apportait cette lumière étrange. Il faisait un peu froid … Timothée se demanda si les elfes avaient bien chauffé le dortoir avant qu'ils ne viennent se coucher, il faisait si froid : de la buée s'échappait de sa bouche entrouverte. Dans le lit à côté du sien, de sonores ronflements montaient régulièrement du garçon endormi. Timothée se retourna plusieurs fois en grognant : avec tout ce bruit digne du Poudlard express il allait avoir du mal à se rendormir. D'ailleurs, il s'assit dans son lit … Pourquoi s'était-il réveillé ? Il se gratta la tête. Un mauvais rêve sans doute, quelques images lui revinrent en tête : une sorte de chien ou de loup, une plume … Bizarre …

Soudain, le craquement se fit de nouveau entendre : ce n'était pas son songe étrange qui l'avait tiré de son sommeil mais bien ce bruit étrange.

Une ombre se dessinait derrière le rideau de son baldaquin, une main un peu plus grande que la moyenne fit bouger le fin voilage.

La respiration du petit sorcier s'accélera.

Une voix comme venue d'outre-tombe l'interpella.

Timothée Randall Bawloy, lève-toi !

Sans qu'il ne le veuille, son corps s'était mis en mouvement, il aurait bien voulu rester dans son lit, se cacher sous ses couvertures mais plus rien ne lui obéissait plus.

Il passa derrière le voile de son baldaquin.

Timothée n'était plus dans son dortoir. Il était dans une salle étrange, qu'il n'avait jamais vue auparavant. Une salle immense dont les murs et le plafond étaient recouvert d'étranges hiéroglyphes. Il se serait cru dans un temple égyptien.

Avant d'entrer à Poudlard, avant de savoir qu'il était un sorcier, Timothée rêvait de devenir égyptologue …

Il n'eut aucun mal à reconnaître la créature qui se tenait devant lui.

Anubis, murmura le jeune sorcier.

Avance-toi, jeune mortel, tu vas être jugé …

Timothée se mit à trembler de tous son corps.

Jugé mais pourquoi ? Je n'ai rien fait … Je ne comprends pas … Où sommes-nous ? Que se passe-t-il ? Si c'est une blague ce n'est vraiment pas drôle.

Alors qu'il parlait, était apparu devant Anubis et Timothée une immense balance. Sur un des plateau avait été déposé une plume.

Tu vas être jugé, jeune mortel. Si ton cœur est pur il sera aussi léger que cette plume alors tu rejoindras les Plaines des Bienheureux… Mais malheur à toi si ton cœur est plein de vices … tu connaîtras les tourments éternels.

Mais … protesta Timothée … Je n'ai rien fait … Laissez-moi …

Le jeune sorcier était tout près de l'immense balance dorée. Son souffle faisait voleter la plume … Les tremblements reprirent de plus belle.

Timothée aperçut derrière la balance, dans l'ombre les silhouettes de plusieurs personnages, mais sa peur était tellement grande qu'il se mit à pleurer.

Silence ! Ton cœur va être posé sur la balance …

Une douleur fulgurante envahit la poitrine de Timothée. Avec horreur, une tache sanglante apparut à l'endroit où était son cœur, la tache grandit de même que la douleur. Le jeune sorcier se mit à hurler comme jamais il n'avait hurlé auparavant. Malgré ses larmes et ses cris, il vit son cœur sortir de sa poitrine et aller se poser sur le plateau de la balance.

Il te faut réciter les mauvaises actions que tu n'as pas commises dans ta vie, Timothée Randall Bawloy …

Je … je …

Parle !

Je … je n'ai pas volé …Je n'ai pas tué …

Le jeune sorcier bafouillait, les pensées défilaient à toute vitesse dans sa tête …

Pendant un instant, il ne se passa rien.

Puis, lentement, inexorablement, le plateau où avait été posé le cœur se mit à descendre.

Maât a parlé, Timothée Randall Bawloy. Ton coeur, ton âme sont remplis par le mal. Puisses-tu être maudis à jamais …Babaï, la Grande Dévoreuse, sera ton châtiment.

Au même moment, une étrange créature arriva : elle avait une tête de crocodile entourée d'une crinière de lion. Ses pattes postérieures étaient celles d'un hippopotame et les antérieures, celles d'une hyène.

Elle commença à dévorer le cœur encore palpitant, tandis que les hurlements de Timothée ne faisaient qu'augmenter à mesure que son cœur disparaissait dans la gueule de Babaï.

Tous les garçons se réveillèrent en même temps. Les cris étaient de plus en plus horribles. Des sixièmes et septièmes années venaient d'arriver dans la chambre, alertés par les hurlements.

Mais que se passe-t-il ici ?

On sait … on a été réveillé par des cris …

Le préfet des Pouffsouffle envoya trois élèves prévenir, grâce aux tableaux le professeur Chourave.

Puis, il s'avança, pâle et blême vers le lit d'où venaient les cris.

Soudain, il n'y eut plus rien : plus de hurlements, plus de pleurs, seuls les respirations saccadés des élèves apeurés.

Le préfet tira d'un coup sec sur le baldaquin.

Le spectacle qu'il eut sous ses yeux hanta ses pires cauchemars pendant de longs mois.

Le jeune Timothée était étendu sur son lit, dans une mare de sang. Sa poitrine ouverte laissait voir une ouverture béante là où aurait dû être le cœur du jeune sorcier.