Le Pacte du Sang – Chapitre 53 – Les secrets de Harry
Le repas avait été à la fois excellent et instructif. Harry avait été impressionné par les accomplissements des Coeurdaigle au sujet du Diadème et leur découverte de ce que Voldemort en avait fait. Il éprouva de la tristesse pour leur assassinat et il promit de faire de son mieux pour aider Kingsley Shacklebolt à rendre les enfants Coeurdaigle à leur famille de sang.
Après le repas, Severus suggéra à Harry d'aller marcher dans le parc. Le jeune sorcier accepta. Le temps était beau. Ils marchèrent l'un à côté de l'autre pendant de longues minutes, en silence. Le Maître des Potions avait fait cette suggestion car il avait perçu – par un recours discret à la Légilimencie – que le jeune sorcier voulait lui dire quelque chose que personne d'autre ne devrait savoir. Pas même Amelia. Pas même Dumbledore.
"Professeur, j'ai une faveur à vous demander."
Nous y sommes. Severus ne fut pas surpris – la requête du garçon le confirma dans sa première perception. Il eut un ricanement pour lui. Si prévisible. "Honnêtement, Potter, vous ne croyez pas que Dumbledore et vous, vous n'avez pas déjà assez exigé de moi ? Que vous prenez tout pour acquis ?" Devant le visage sérieux du gamin, le Maître des Potions se laissa fléchir. "Bon, très bien, Potter. De quoi s'agit-il ?"
Harry sortit un objet de sa veste. Une baguette. Une baguette que Severus reconnut immédiatement.
La Baguette de Sureau.
"Professeur, j'ai besoin de vos conseils concernant cette baguette. Vous la reconnaissez sûrement."
Severus fit oui de la tête. Bien sûr qu'il l'avait reconnue. Il jeta un coup d'oeil à la Baguette de Sureau – qu'il avait toujours connue pour être entre les mains de Dumbledore, avant qu'elle ne finisse entre celles de Lord Voldemort.
"La Baguette de Sureau. Le Bâton de la Mort. La Baguette de la Destinée. Que voulez-vous de moi à son sujet ?"
"Je l'ai gardée avec moi depuis le moment où je l'ai reprise à Voldemort. Je l'ai utilisée pour réparer ma baguette de Houx qui avait été abîmée quelques semaines auparavant." Il soupira. "Professeur, je ne sais pas quoi en faire. Ou plutôt, la seule chose que je veux pas faire avec, c'est bien de la remettre dans la tombe du Professeur Dumbledore, avec sa dépouille. Quelqu'un pourrait s'inspirer de ce que Voldemort a fait auparavant, profaner la tombe et l'y dérober."
"Gardez-là alors. Vous êtes son maître après tout. Songez-y, elle sera bien pratique si vous travaillez comme Auror."
"Oh, non ! Cette baguette... n'attire que des ennuis. Je crois que vous pouvez le comprendre. Voldemort voulait vous tuer à cause d'elle. Je ne veux pas être tué à cause d'elle non plus. J'ai eu assez d'ennuis pour remplir toute une vie, je ne veux pas d'un poids supplémentaire à cause d'elle. Ma baguette de Houx marche très bien pour moi. Je veux seulement une vie normale et tranquille."
Severus était étonné. James Potter n'aurait jamais eu une idée pareille. Il aurait sûrement gardé la Baguette de Sureau et s'en serait très certainement vanté. Cela ressemblait plus à Lily d'avoir une telle pensée – se débarrasser d'une arme bien trop dangereuse qui ne causait que des ennuis où qu'elle soit. Abandonner la promesse du pouvoir en échange d'une vie tranquille. "Vous êtes vraiment comme votre mère."
Harry sourit. "Je vous remercie, Professeur Rogue. Je le prends comme un compliment."
Severus laissa échapper un ricanement. "Alors, que pensez-vous que l'on doive faire de la Baguette de Sureau, si elle signifie bien trop d'ennuis pour vous, au point que vous souhaitez vous en défaire ?"
"J'y ai déjà réfléchi, à partir du moment où j'ai gagné son allégeance. Depuis que j'ai vaincu Drago au Manoir des Malefoy, quand nous nous en sommes échappés. A partir de cet instant, j'ai dû décider de ce que je devrais en faire."
"Cachez-là dans votre chambre forte à Gringotts."
Harry ricana à son tour. "Nous savons tous les deux que Gringotts peut être cambriolé – c'est arrivé déjà deux fois. Non. J'ai bien songé à la détruire, monsieur. Mais elle avait été la baguette du Professeur Dumbledore avant et j'ai pensé que ça pourrait être sacrilège de le faire. En fait, je me tourne vers vous parce que je ne sais pas. Je veux seulement m'en débarrasser et j'ignore comment le faire. J'ai besoin de bons conseils."
Severus voulut rétorquer au gamin qu'il aille s'adresser à Dumbledore pour avoir des conseils – comme d'habitude. Il fixa le jeune sorcier, plantant son regard sombre dans les yeux verts. "Votre Occlumencie est décidément nulle, Potter. Vous ne croyez pas que vous devriez me dire la vérité ? Qu'en fait, vous savez parfaitement bien ce que vous voulez en faire !"
Harry baissa la tête, tel un élève de première année surpris à errer dans le château après le couvre-feu. Il confirma d'un signe de tête. "Oui, monsieur." Il prit une profonde inspiration. "Je me demandais si je pouvais vous la donner. Pour que vous la cachiez. N'importe où vous le jugerez le mieux. Vous avez caché tellement de secrets avant, je sais que je peux vous faire confiance que personne ne saura jamais rien sur l'endroit où elle se trouverait réellement."
"Je préfère ça, Potter. Vous en avez assez d'une vie d'ennuis. J'ai en assez d'une vie de mensonges. Je préfère infiniment plus la vérité. Contrairement à de nombreuses personnes, je suis assez fort pour l'entendre." En fait, Severus était contrarié par la demande du gamin. En même temps, il comprenait le souhait de Harry. Lui aussi voulait une vie normale et tranquille. Il était bien conscient qu'une baguette aussi dangereuse ne pouvait pas et ne devait pas rester sans surveillance dans un lieu aussi célèbre que la tombe de Dumbledore. Surtout maintenant que la guerre était terminée, de nombreux sorciers et sorcières se rendraient en masse sur le tombeau du vieux Directeur – car il avait été un ami, un professeur, et le Directeur pour nombre d'entre eux. "Vous avez raison, Potter. On ne peut pas la laisser aussi facilement accessible que ça."
Harry observa le parc s'étendant devant lui. "J'avais pensé à un endroit qui serait incartable. Lorsque Mademoiselle Davis m'a amené ici, elle avait mentionné que votre propriété était incartable et très bien gardée par des sortilèges. Je me suis demandé alors..." Il s'arrêta, soudainement gêné.
"Continuez," ordonna Severus – bien qu'il sût déjà la réponse.
"Si je pouvais la laisser ici, à vos bons soins. Elle pourrait être enterrée ici, avec vous seul sachant où elle l'a été exactement. Vous avez dupé Voldemort pendant tant d'années grâce à votre Occlumencie, Professeur. Vous avez gardé aussi nombre de secrets du Professeur Dumbledore. Je crois que vous pouvez garder celui-là aussi."
Severus réfléchit à l'idée du garçon. Il devait admettre qu'elle était sensée. Il serait effectivement capable de garder ce secret là aussi. Même si Potter était un mauvais Occlumens, cela ne faisait aucune différence. Il ne savait même pas où sa propriété était située. Il ne l'aurait pas vu enterrer la baguette non plus. Le parc était assez grand. Le moment venu, Severus emporterait dans sa tombe ce secret supplémentaire.
Le Maître des Potions consentit d'un geste de la tête. "Le Professeur Dumbledore aurait sûrement estimé que c'était là une idée raisonnable." Il tendit la main.
Harry mit la Baguette de Sureau dans la main de Severus. "Je vous remercie, Professeur. Je crois que notre monde est bien plus sûr – et moi avec, pour être honnête – si cette baguette est mise hors de la portée de quiconque. Surtout de personnes mal-intentionnées. Nous ne voudrions pas qu'une autre guerre magique éclate, n'est-ce pas ?"
"Non, certes non," approuva Severus. Il soupesa la baguette de sa main. Par pur réflexe, il jeta avec un Priori Incantato non-verbal. Un sortilège en jaillit. A sa grande surprise, c'était un sortilège qu'il reconnut immédiatement.
Il fixa le jeune homme, un éclat sombre dans les yeux. "Comment cela se fait-il que mon Sectumsempra a été jeté avec la Baguette de Sureau ?"
Harry avait l'air embarrassé, une fois de plus. Il rougit même. Severus se rappela son impression lorsqu'ils avaient fait allusion à Pettigrow. Par une étrange association d'idées, il eut une puissante intuition qui lui susurrait que les deux faits étaient en relation – même s'il n'avait aucune preuve factuelle. Pour le moment. Il le savait, c'était tout.
"Potter..." gronda Severus. "Seul le Seigneur des Ténèbres, vous et moi, connaissons ce sortilège. Le dernier sort que le Seigneur des Ténèbres a jeté avec la Baguette de Sureau, c'était le Sortilège de la Mort. Qu'il a jeté sur vous. Je n'ai jamais utilisé la Baguette de Sureau car c'est maintenant la toute première fois que je la tiens en main. Ce qui ne laisse qu'une seule possibilité. Vous. Qui avez-vous ensorcelé avec ?" Un silence inconfortable s'installa entre les deux sorciers.
"Personne, Professeur."
"Vous ne voudriez pas goûter de mon Veritaserum, Potter. J'en ai ici et vous n'êtes plus un élève." Son ton, bien que calme et détaché, annonçait clairement le danger.
"C'est illégal," contra le jeune sorcier d'un ton brusque, se souvenant de ce que Hermione avait dit à Ombrage, lors de leur cinquième année, quand cette femme avait voulu l'utiliser sur lui.
Le regard sombre de Severus brilla d'une lueur d'indignation. "Je me moque bien si c'est illégal ou pas, Potter. Gardez vos histoires d'Auror pour vous. De plus... vous êtes ici dans ma maison. Vous y êtes venu de votre plein gré. Je n'ai pas besoin de vous le rappeler, n'est-ce pas ?"
"Non, ce n'est pas la peine, Professeur. Tout comme vous n'avez pas besoin de m'empoisonner non plus si vous voulez vous débarrasser de ma présence."
"Alors, maintenant... Ne – me – mentez – pas." Il martela légèrement la poitrine du jeune homme avec la pointe de la Baguette de Sureau, au rythme de chacun de ses mots, un geste qui mit Harry mal à l'aise – en dépit du fait qu'il en était le véritable maître et qu'il n'avait rien à en craindre. Chaque petit coup porté allait de pair avec le ton inimitable que le Maître des Potions utilisait lorsqu'il voulait montrer qu'il avait raison.
Harry soupira. Il avait l'impression de se retrouver en quatrième année, lorsque le Maître des Potions l'avait questionné à propos de qui avait volé les ingrédients requis pour concocter le Polynectar. "Très bien. J'avais espéré garder ce secret-là pour moi. Mais je peux vous le dire après tout." Un soupir profond. "Vous êtes la seule personne à qui je peux le dire en fait. La seule qui puisse comprendre."
Il y avait un mélange de colère et de tristesse dans sa voix, qui ne laissa pas Severus indifférent. "Et de quoi s'agit-il, Mr Potter ?"
"Après la fin de la bataille, il y avait une dernière chose que j'avais besoin de faire. Quelque chose qui me donnerait une sorte de conclusion. Je suis allé au hangar à bateaux et..."
Severus ajouta deux et deux. Il soupçonna ce que le jeune sorcier pouvait y avoir fait. Le hangar à bateaux... Sectumsempra... Conclusion... Il ne fut pas surpris par les paroles suivantes de Harry.
"Je m'y suis rendu, tout seul. Il était toujours là. Immobile et sans âme, bien évidemment. Mais toujours vivant. A respirer comme s'il était endormi."
Queudver. Ne me dites pas qu'il a...
"Je me suis souvenu de ce que Voldemort vous avait fait, monsieur. J'ai... j'ai fait la même chose. Je lui ai tranché la gorge en utilisant la Baguette de Sureau et je l'ai laissé saigner jusqu'à ce qu'il meure. Tout le monde aurait pensé qu'il aurait été tué au cours de la bataille. Par Voldemort en personne, qui avait utilisé la Baguette de Sureau, et qui était assez cinglé pour tuer ses propres hommes. Une autre victime de la guerre. Après tout, il y avait quelques autres personnes à avoir été témoins de ce qu'il vous avait fait, à vous. Moi... Ron... Hermione... Mademoiselle Davis... Des gens dignes de confiance. Personne n'aurait soupçonné que c'était moi, surtout si j'avais utilisé une baguette qui serait demeurée cachée ou même qui aurait été détruite après !"
Comme c'est bien Serpentard de votre part, Potter, ne put s'empêcher de songer Severus. "Vous avez jeté le Sectumsempra sur Pettigrow." Ce n'était là qu'une affirmation.
Tout à coup, Harry laissa sa révolte éclater. Il saisit le bras de Severus. "J''étais tellement en colère après lui, Professeur ! Il avait trahi mes parents ! A cause de lui, j'ai été privé de ma famille ! Il m'a volé mon enfance !"
Severus lisait bien la colère sur le visage du garçon. Une colère qui durerait probablement toute une vie. Une blessure qui serait là à jamais. Une colère qui faisait écho à la sienne. Il ne pouvait pas en blâmer le gamin – et il ne le ferait pas. Combien il avait lui-même voulu tuer aussi Pettigrow ! Toutes les fois où il avait voulu se débarrasser de lui, pour venger la mort de Lily ! Et plus tard, le viol d'Amelia. Il comprenait la colère de Harry et son désir de trouver une conclusion à toute cette histoire. Sauf que la conclusion pour Potter portait pour lui, Severus Rogue, le nom de « vengeance ».
Comme la vengeance est douce...
Le Maître des Potions observa le jeune homme sous un angle entièrement nouveau. Tuer un homme qui été déjà inconscient n'était pas une grande affaire – du moins pour lui, le Mangemort aguerri. Cependant, pour quelqu'un comme Harry Potter, c'était beaucoup à assumer. C'était aussi un acte que Severus n'avait jamais été en mesure de pouvoir mettre à exécution concernant Queudver. L'intention avait été là, toujours, mais il ne le pouvait pas. La disparition du sorcier-rat aurait soulevé bien trop de questions et Severus ne pouvait pas mettre en danger sa position au sein du Premier Cercle. La vengeance était douce, certes, mais la vermine n'en valait pas la peine.
Finalement, le jeune sorcier avait bien plus de tripes qu'il ne l'aurait pensé. Bien plus encore, ils n'étaient pas si différents l'un de l'autre non plus.
"Une mort bien méritée, Potter. Vous n'avez rien à vous reprocher. J'aurais fait la même chose, si j'en avais eu l'opportunité. J'ai toujours voulu le faire, d'une manière ou d'une autre." Un soupir. "J'ai su dès le début que c'était lui qui avait amené le Seigneur des Ténèbres à Godric's Hollow cette nuit-là. Malheureusement pour eux... vos parents... avaient placé leur confiance en une personne qui ne la méritait pas."
Harry hocha la tête. "Je savais que vous comprendriez, Professeur. Je n'en ai parlé à personne. Pas même à Ron et Hermione. Pas même à Ginny. Pas même au Professeur McGonagall ou au Professeur Dumbledore. Et j'ai bien l'intention que la situation reste ainsi. En fait, vous êtes la seule personne à qui je puisse en parler. La seule personne qui comprendrait ce que je ressentais alors. Et encore, je n'en aurais rien dit, s'il n'y avait pas eu le Priori Incantato que vous avez jeté."
La compassion monta dans le cœur de Severus – alors qu'il n'en avait jamais eu beaucoup, et encore moins pour un certain Harry Potter. Mais de l'attention, oui. "Comme vous l'avez dit plus tôt, Potter, vos secrets sont en sûreté avec moi. Tout comme l'étaient aussi ceux du Professeur Dumbledore. Suivez mon conseil, pour une fois dans votre vie, et vous éviterez les ennuis. Continuez ainsi. Pas un seul mot à quiconque. Personne ne pleurera la mort de Pettigrow. Pas même les autres Mangemorts. Croyez-moi... la vermine n'en vaut définitivement pas la peine."
Harry laissa échapper un sourire triste. "Merci, Professeur Rogue. J'apprécie vraiment votre compréhension. Je suis désolé de vous charger une fois de plus avec ces deux secrets mais vous êtes la seule personne à qui, je le sais, je peux les confier."
"Vous avez utilisé mon Sectumsempra avec sagesse. Je l'ai conçu dans un but spécifique. Vous vous rappelez sûrement ce que j'avais noté dans mon vieux livre de Potions."
"Bien sûr, monsieur, que je m'en souviens." Harry cita avec un hochement de la tête. "Pour les ennemis."
Ils marchèrent pendant quelques minutes encore. "Attendez-moi ici, Potter," dit-il au garçon tout en lui montrant un banc non loin de là. "Asseyez-vous là-bas. Je ne serai pas long."
Harry comprit ce que le Mage Noir voulait faire. Il consentit d'un signe de tête et alla s'asseoir sur le banc. Severus marcha vers un bout de la forêt qui couvrait une partie de la propriété. Il disparut derrière un bosquet d'arbres. Harry détourna le regard. Il ne voulait pas savoir où le Maître des Potions avait enterré la Baguette de Sureau.
Quelques minutes plus tard, Severus revint, ses mains ne contenant rien d'autre que sa propre baguette. "Je l'ai enterrée, Potter. Sous un arbre là-bas. A présent, je suis le seul à connaître sa situation exacte. Et je ferai de mon mieux pour emporter ce secret dans ma propre tombe."
Harry le regarda, plein de reconnaissance. "Merci, Professeur. Merci, pour moi et pour le reste du monde magique."
"Ne me remerciez pas, Potter. Je ne l'ai pas fait pour vous. Je l'ai fait pour moi. Je ne veux pas être tué pour ça. Une fois a bien failli avoir lieu." Il jeta un regard vers la demeure. "Je l'ai fait pour elle aussi. Je ne veux pas qu'Amelia soit impliquée d'une quelconque manière avec."
Harry hocha la tête. Ils reprirent leur marche vers la maison.
"Potter, à mon tour de vous questionner. Etiez-vous conscient, tout ce temps, d'être vous-même un Horcrux ?"
Harry se rappela les souvenirs que le Professeur lui avait laissés. Le Mage Noir avait été littéralement choqué d'apprendre que le garçon en avait été un – même si Voldemort l'avait créé de manière involontaire.
"Je crois que..." Sa voix s'érailla lorsqu'il se souvint des émotions qu'il avait alors ressenties. La tristesse dans les yeux de Ron et de Hermione, quand il leur avait révélé la vérité. "C'était comme si... comme si je l'avais toujours su, Professeur. Il y avait une raison pour laquelle je pouvais parler avec les serpents, pourquoi je pouvais sentir la présence des autres Horcruxes, pourquoi il y avait cette connexion avec l'esprit de Voldemort. Je l'avais comprise, plus ou moins intuitivement. Et Hermione aussi l'avait comprise." Un soupir. "Je me rappelle avoir été surpris après avoir vu vos souvenirs et entendu le Professeur Dumbledore dire que je devais mourir. Bien que je doive avouer que je ne sais pas ce qui m'a le plus choqué alors."
"C'est-à-dire ?"
"D'avoir la confirmation d'être un Horcrux, ou bien d'apprendre que je devais mourir. Je ne le sais toujours pas." Une pause. "Mais ça n'a plus d'importance maintenant, n'est-ce pas ?"
Severus secoua la tête, cette fois ces yeux sombres luisant de compréhension. "Non, Potter, ça n'a plus d'importance."
"J'ai dû alors prendre une décision. Voldemort m'avait donné une heure pour le rejoindre dans la Forêt Interdite et affronter mon destin. Ce que j'ai fait et j'y suis allé. Hermione avait suspecté que j'avais été aussi un Horcrux. Mais j'avais appris que nous avons tous de la lumière et des ténèbres en nous-même. Que ce qui compte, c'est la partie sur laquelle nous choisissons d'agir. C'est ce que nous sommes réellement."
Severus approuva de la tête. Il reconnaissait bien là les paroles de sagesse de Dumbledore. "Oui, Potter. Nous pouvons faire des erreurs – nous en faisons tous. Mais à la fin, seuls nos choix nous définissent. Pas nos capacités ou encore la pureté de notre sang, ou quoi que ce soit d'autre."
Les deux sorciers se regardèrent avec compréhension. Une lueur chaleureuse de compassion brilla dans les yeux verts de Harry. Puis il arriva quelque chose d'étrange – du moins dans l'opinion de Severus. Le jeune sorcier tendit la main vers lui.
"Je vous présente vraiment mes excuses pour tout, Professeur Rogue. Je vous remercie pour tout ce que vous avez fait pour moi aussi. Pour moi et pour tout le monde dans notre communauté. J'espère que nous pourrons rester ainsi, vous et moi, à se respecter l'un l'autre. Si vous ne le souhaitez pas, ce que je peux comprendre, au moins sachez que vous avez mon respect."
Après quelques secondes d'hésitation et de surprise, Severus prit la main de Harry et la serra, sans un mot. S'il y avait des mots à dire, ils étaient incapables de sortir de sa bouche, piégés comme ils l'étaient dans sa gorge. Ils ne deviendraient pas des amis proches mais de nombreuses ambiguïtés et d'incompréhensions du passé avaient été levées – ce qui était le plus important après tout. A présent, le temps était venu de songer à l'avenir.
Harry avait quitté le Manoir des Prince de la même manière qu'il y était venu – avec un bandeau sur les yeux entre autres – mais non sans avoir d'abord mentionné à Amelia que les victimes de la Commission d'Enregistrement des Nés-moldus étaient invitées à apporter leur témoignage sur la façon dont Ombrage les avait traitées. La jeune sorcière avait accepté de donner le sien. Severus avait cependant imposé une condition. Comme son témoignage ne pouvait être recueilli qu'au Ministère de la Magie, et qu'il ne pouvait pas y aller pour la protéger, elle devrait l'être par une autre personne. Harry proposa tout de suite d'être celui qui assurerait cette protection. Severus y consentit, ce que Harry interpréta comme un signe qu'il avait gagné la confiance du Mage Noir.
Amelia était contente d'aider leur communauté à se débarrasser de leurs préjugés sur le sang. Son témoignage, ajouté aux douzaines d'autres, aida à fournir une fondation solide pour éviter que ces mêmes préjugés ne deviennent la règle dans une société. Il y aurait toujours des préjugés mais ils seraient tenus fermement en laisse et ne reviendraient pas à l'avenir sous forme de politique. Plus jamais.
Et les voilà, les secrets de Harry ! J'aime bien explorer son côté obscur, à lui aussi. En plus, je pense qu'il a d'authentiques tendances Serpentard, et pas uniquement parce qu'un peu de l'âme de Voldemort a cohabité dans sa tête pendant pas mal d'années. Après tout, il ne serait pas le premier à avoir les qualités d'au moins deux Maisons à la fois. Dumbledore et Severus sont aussi un peu comme ça.
En fait, je crois que la confession de Harry a fini par sceller d'une certaine manière la réconciliation ou du moins une certaine paix, entre lui et Severus. Oui, ils ne sont pas si différents tous les deux. Même s'il y a eu une tension avant la confession. Pour cela, je me suis rappelée la fameuse scène dans La Coupe de Feu où Severus explique ce qu'est le Veritaserum à un Harry qu'il accuse d'avoir volé dans ses stocks d'ingrédients... j'adore cette scène ! Il y a aussi quelques éléments de L'Ordre du Phénix, mais les fans ont dû les reconnaître.
Enfin, Severus finit par faire confiance à Harry en lui confiant la mission d'accompagner et de protéger Amelia. C'est dire.
En tout cas, tout au long de leur conversation, sur ces deux derniers chapitres, je pouvais les entendre discuter dans ma tête.
J'espère que vous avez aimé ce chapitre, qu'il ne vous a pas déçu... Je pense aussi que nous avions besoin - ainsi que Harry et Severus - d'une certaine conclusion à leur relation. Tout n'est pas encore terminé, il reste encore deux chapitres avant la fin. Laissez-moi des commentaires pour me donner votre avis sur ce chapitre, c'est important pour moi de savoir si 1) j'ai bien respecté le caractère de Severus et de Harry ; 2) si je n'ai pas fait fausse route question intrigue.
J'en profite pour remercier les lecteurs qui laissent des commentaires de manière anonyme et à qui je ne peux répondre par PM via pour leur exprimer ma gratitude.
