Bon bah voici un nouveau chapitre, l'aventure continue.
Chapitre 54 – J'avais tort
Je parviens à distinguer la forme de tous les garçons immobiles endormis sur les canapés, mais aucune trace de Regina.
- Attends, où est-ce qu'elle … Oh mon dieu.
Regina est étendue sur le sol derrière l'un des canapés, les cheveux éparpillés et les yeux fermés. Je réduis la distance entre nous en quelques pas rapides, m'agenouillant à ses côtés. Elle respire toujours, elle s'étire avec un grognement lorsque je lui écarte les cheveux du visage pour vérifier si la fièvre n'est pas revenue.
(Elle n'est pas spécialement chaude. Elle a dû tomber dans les pommes à cause de la fatigue.)
- Quoi ? … Quelle heure il est ? Demande-t-elle.
- Tard. Allez, on va au lit.
Ses yeux papillonnent quand je passe doucement son bras sur mon épaule et aide Regina à se mettre debout, puis je la guide dans les escaliers avec de petits enjambées pour m'assurer qu'elle ne tombe pas.
Dès que nous atteignons sa chambre, elle marche presque toute seule, mais je l'aide à se mettre sur le lit quand même. Je m'assieds sur le bord du matelas à côté d'elle en voyant ses yeux s'ouvrir en grand finalement. Le visage de Regina commence à rosir, et le temps d'un instant elle semble si vulnérable, l'épuisement lui donnant un côté fragile.
- Hey. Je dis.
- Hey.
Regina ne se recule pas lorsque je lui pose la main sur la joue, un légère chaleur irradiant ma main.
- Attends, je dois retourner en bas. Réagit-elle.
- Non, c'est faux. Ils vont bien, ils sont tous endormis.
- Emma, tu comprends pas …
Elle essaie de se rasseoir, mais une légère pression contre son épaule la repousse en arrière. Un soupir frustré m'informe exactement de ce qu'elle en pense, mais je ne la laisse pas redescendre tout de suite.
- Je sais que les médecins font les pires patients, Regina, mais il faut que tu dormes. Tu t'es évanouie en bas.
- Je ne peux laisser personne mourir. Je ne peux pas …
Regina grince des dents, essayant de se rasseoir à nouveau, mais je mets mes deux main sur ses épaules, la maintenant fermement en place jusqu'à ce qu'elle se laisse aller contre les oreillers.
- S'il te plaît Regina, repose-toi. Il n'y a rien que tu puisses faire dans cet état. Tu pourrais même commencer à faire des erreurs.
Mes doigts glissent vers ses cheveux, passant dans les mèches noires avec de douces caresses. Elle ferme les yeux un moment avant de laisser échapper un profond soupir, se mouvant subtilement pour venir au contact de mon toucher.
- Il y a quelques années, j'ai eu une patiente. Une femme dans la quarantaine. Elle a eu une maladie chronique toute sa vie, et pendant des années la seule qu'on pouvait faire était de gagner du temps. Traitement de la douleur, thérapie, ce genre de choses. Mais malgré cela, ses chances de guérisons étaient tellement faibles, les chances pour un remède étaient si fines, elle voyait toujours le côté positif des choses. Elle me taquinait toujours quand je travaillais tard en disant que j'étais jeune et que je devais vivre ma vie. Mais je ne l'ai pas fait. J'ai travaillé autant que je le pouvais pour l'aider, pour convaincre son assurance de couvrir certains frais médicaux. Et son état s'est amélioré. Assez pour qu'elle puisse quitter l'hôpital.
Le sourire de Regina apparaît juste un instant avant de disparaître à nouveau, la tristesse pesant dans son regard alors que ses yeux rencontrent les miens.
- Pendant quelques jours. Puis elle a soudainement été admise de nouveau, précipitée vers les urgences. Il y a eu une réaction inattendue avec son nouveau traitement. Son état s'est détérioré en quelques heures … puis elle est morte.
(Oh non.)
- Regina. Tu as fait tout ce que tu pouvais pour essayer de la sauver.
- C'est vrai. Mais ça n'a pas suffit. On a fait une petite fête après qu'elle soit sortie de l'hôpital la première fois. Je lui ai dit qu'elle entrait dans une nouvelle phase de sa vie. Mais j'avais tort.
Ma gorge se serre alors que je retiens mes larmes, refusant de pleurer alors que je vois bien que Regina lutte pour les retenir aussi.
- Je ne peux même pas imaginer ce que tu as vécu, Regina. C'est horrible.
- Ça fait partie de mon job de médecin. Et c'est encore pire quand ça peut être de ta faute. C'est pourquoi j'ai épuisé chacune des possibilités mais … j'ai appris à garder les gens à distance. Il le faut. Si je me laisse submergée par mes émotions, je … m'arrêterais. J'aurais trop peur d'agir.
Regina détourne le regard, mais l'éclat de douleur qui fait tressaillir la ligne fine de sa mâchoire est bien trop évident.
(… C'est pourquoi elle gardait ses distances. Si elle tient à moi et finit par me perdre, ce serait trop. Elle ne serait plus en mesure de protéger qui que ce soit. Alors elle doit se protéger elle-même d'abord.)
Il y a des milliers de choses que je voudrais lui dire, en commençant par des excuses, mais les yeux de Regina se sont refermés. Lorsque sa respiration se stabilise sur le rythme du sommeil, je ne peux même pas considérer le fait de la réveiller. Mais je peux rester. Je ne la quitterai pas.
Et voilà! J'espère lire vite vos impressions.
